C’ETAIT UN GROS POISSON !!!

[EXCLUSIF La1ère] « Outre-m’AIR » la première compagnie aérienne qui va relier l’ensemble des Outre-mer

  • Dominique Trait – Thomas Payet
  • Publié le 01/04/2016 | 06:07, mis à jour le 01/04/2016 | 06:07

OUTRE-MER 1ÈRE François Hollande a demandé à Gérard Feldzer d’étudier la mise en place d’une compagnie aérienne reliant l’ensemble des Outre-mer. Le spécialiste des questions aéronautiques a remis son rapport au mois de septembre. Nous vous révélons en exclusivité le contenu de ce projet.

© France info - AFP Monty Rakusen / Cultura Creative
© France info – AFP Monty Rakusen / Cultura C

Deux lignes aériennes pour relier l’ensemble des Outre mer (Saint-Pierre et Miquelon, La Martinique, la Guadeloupe, les Antilles, la Polynésie, Wallis et Futuna, La Nouvelle-Calédonie, La Réunion et Mayotte), ce sera bientôt une réalité. Soucieux de resserrer le lien avec les Outre-mer mais aussi de rassurer les professionnels du tourisme, victimes des troubles politiques qui percutent de plein fouet les destinations préférées des Français, le président de la République a demandé au spécialiste de l’aéronautique Gérard Feldzer de constituer un groupe de travail.

Le choix de Gérard Feldzer n’a rien du hasard. Cet ancien pilote, consultant aéronautique et ancien patron du Musée de l’air et de l’espace au Bourget avait depuis longtemps dans ses cartons un projet de ce type.

« C’est un idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps, je l’avais d’ailleurs exposée à quelques candidats à l’élection présidentielle en 2012. L’idée a fait son chemin puisque François Hollande l’a retenue. »

Encouragé par le chef de l’Etat, Gérard Feldzer s’est entouré des meilleurs spécialistes de l’aéronautique. Le projet sera officiellement présenté à la presse le 25 avril. « Il sera détaillé  par le chef de l’Etat lui-même, mais ce que je peux d’ores et déjà vous dire c’est que deux avions A380-900 allongés avec une capacité de 900 passagers décolleront deux fois par semaine d’Orly. Le premier prendra la direction de Saint-Pierre et Miquelon, le deuxième de la Polynésie. Chacun de ces avions fera escale sur l’ensemble des territoires et département d’outre-mer : Saint-Pierre et Miquelon, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Polynésie, Wallis et Futuna, La Nouvelle-Calédonie, La Réunion, Mayotte et retour à Paris. Le deuxième avion respectera les mêmes destinations mais dans le sens inverse. » 

Découvrez les rotations assurées par les deux avions A380 de la compagnie Outre-m’AIR :

Les destinations de la compagnie Outre-m’AIR
Les différentes dessertes assurées par la compagnie Outre-m’AIR

Un tour du monde à 199 euros

© Monty Rakusen / Cultura Creative
© Monty Rakusen / Cultura Creative

La révolution, précise Gérard Feldzer, n’est pas dans la mise en place de ces deux dessertes aériennes « nous savons depuis longtemps que c’est techniquement possible »mais dans le prix et les conditions exceptionnelles qui seront proposées pour « Grand tour de France ».
Chaque passager pourra prendre l’avion où qu’il se trouve à Paris, à Wallis, à Papeete, à Fort-de-France… et pour 199 euros seulement il aura la possibilité de se rendre où il veut dans les Outre-mer, de faire étape à un endroit et de poursuivre ensuite son voyage.

Pour le même tarif il peut partir de Paris, direction la Polynésie, y rester une semaine,  puis partir pour la Nouvelle-Calédonie. Ensuite deux choix s’offrent à lui: soit il revient  à Paris avec une étape à La Réunion et à Mayotte, soit il prend l’avion en sens inverse et il fait une escale en Polynésie puis retour à Paris. La révolution c’est la mise en place des deux « navettes » dans deux directions différentes, ce qui laisse le choix aux passagers. La seule contrainte: le billet sera valable un an. »

Des avions spécialement aménagés

Le seul obstacle sur lequel ces spécialistes se sont « cassés les dents »c’est le temps. Même si personne n’effectuera une boucle Paris-Paris au rythme de l’avion et de ses escales car cela représenterait plus 60 heures en total cumulé,  il est probable que des passagers profiteront du tarif exceptionnel pour se rendre, par exemple,  à Nouméa avec la contrainte des escales « C’est la raison pour laquelle les deux A380-900 seront aménagés avec des couchettes et des douches. Les services à bord seront les mêmes qu’un Paris-Los Angeles d’une grande compagnie comme Air France ou British Airways. Il n’est pas question d’aller vers le « low-cost » avec un service à bord bas-de-gamme »insiste Gérard Feldzer.

Gérard Feldzer annonce la création de la compagnie aérienne Outre-m’AIR. Regardez : 

Gérard Feldzer annonce Outre-m’AIR
Gérard Feldzer annonce la création d’Outre-m’AIR
© JOSÉ PAZOS FABIÁN / NOTIMEX
© JOSÉ PAZOS FABIÁN / NOTIMEX

Une campagne de recrutement dans les Outre-mer
Autre particularité, et non des moindre, dans ce projet de fédérer l’Hexagone et les Outre-mer, le personnel navigant sera recruté dans les territoires et départements ultramarins. Une campagne sera lancée fin avril avec l’objectif d’embaucher soixante-dix-sept stewarts et hôtesses de l’air. Les pilotes, en revanche, seront des volontaires détachés d’autres compagnies. « Nous avons passé des accords avec deux compagnies aériennes enthousiastes à l’idée de s’associer à ce projet », précise Gérard Feldzer.

Premier vol le 18 septembre à 10H10 au départ d’Orly

Cette nouvelle compagnie sera baptisée «Outre-m’AIR » et sera financée pour moitié par l’Etat, pour moitié par des investisseurs privés soucieux de s’implanter dans les Outre-mer ou d’y développer leurs activités. Le nom de ces entreprises est un secret (encore) bien gardé, tout comme le coût total de ce projet qui dépasserait selon nos calculs les plusieurs dizaines de millions d’euros « Je peux simplement vous dire que les études de marché sont très concluantes et que ce projet est parfaitement maîtrisé sur l’aspect financier »,affirme Gérard Feldzer qui ajoute que «le président de la République s’exprimera dans les tout prochains jours.» 

Une opération politique

A près d’un an de l’élection présidentielle, le lancement de cette compagnie aérienne en direction des Outre-mer laisse à penser qu’elle pourrait revêtir une dimension très politique. En effet, difficile de ne pas imaginer que derrière ce projet se cache une opération de séduction pour les électeurs des Outre-mer dont le vote pourrait-être décisif l’année prochaine dans la course à l’élection présidentielle. Gérard Feldzer s’en défend avec vigueur. « Si j’avais imaginé la moindre intention politique dans ce projet, jamais je n’aurais accepté de présider cette commission. Si le Président en récolte quelques bénéfices cela restera dérisoire du service que proposera à des millions de Français. » 

Cinq billets offerts par La1ère.fr

La1ère a décidé de s’associer à ce projet en offrant, avant même l’ouverture officielle de la billetterie, cinq billets « Outre-m’AIR ». Les cinq premiers internautes à nous contacter à l’adresse Redactionoutremer1ere@gmail.com  s’envoleront dès le 18 septembre pour un tour des Outre-mer à la carte.

QUAND LA FRANCE REVISITE L’HISTOIRE…..

En octobre 2010, environ 500 sans papiers ont occupé les lieux, et jusqu'à 300 ont dormi sur place.

En octobre 2010, environ 500 sans papiers ont occupé les lieux, et jusqu’à 300 ont dormi sur place. Crédits photo : THOMAS SAMSON/AFP

UN MUSEE  à  l’HISTOIRE  MOUVEMENTEE…

Le principe d’un musée de l’Immigration a été arrêté par Lionel Jospin, alors  Premier  Ministre en 2001. Après une longue gestation, et une décision prise par jacques Chirac, le lieu ouvre finalement ses portes en octobre 2007, dans un climat passionnel.

À l’époque, le Parlement envisage d’instaurer des tests ADN lors des regroupements familiaux, avec l’assentiment du ministère de l’Immigration. Ce dernier exerçant la tutelle conjointe du musée (avec la Culture, l’Éducation nationale) des membres du conseil scientifique démissionnent avec fracas. Exit toute possibilité de cérémonie officielle. En mars 2009, une nouvelle tentative est organisée. Mais elle échouera à nouveau, à cause du contexte politique. Eric Besson, dont la politique à la tête du ministère de l’Immigration est contestée, essuie une telle bronca sur place qu’il ne parvient pas à prononcer le moindre discours. Il est finalement «exfiltré» par le service d’ordre.

En octobre 2010, c’est le coup de grâce pour cette maison décidément très sensible. Cornaqués par la CGT, environ 500 sans papiers occupent les lieux. Jusqu’à 300 dorment sur place, et des banderoles sont déployées sur le fronton du palais de la porte Dorée. Le gouvernement, qui veut éviter des images télévisées d’expulsions par des CRS, met quatre mois à régler le problème. Le musée sera même fermé un temps, par décision préfectorale. «Des expulsions, comme il y avait eu après l’occupation de l’église Saint-Bernard, auraient signé notre fin» juge aujourd’hui Luc Gruson, actuel  directeur  du  Musée,  succédant   à  Jacques   TOUBON aujourd’hui, « Défenseur des  droits »img008

Dérouté par toutes ces polémiques, le public boudera longtemps les expositions de la porte Dorée, pourtant d’un bon niveau. Mais depuis, les choses se sont apaisées. Le Conseil d’orientation du musée, présidé par Jacques Toubon, puis, depuis cet été, par l’historien Benjamin Stora, a compris le message. En 2013 et 2014, la muséographie a été revue de fond en comble et recentrée sur l’histoire de l’immigration, l’ethnographie et les arts. Quant à l’actualité, elle se «règle» désormais au sein de débats, de tables rondes ou de conférences. Mercedes Erra, présidente exécutive de Havas Worldwide, a été nommée à la tête du Conseil d’administration et se charge, de son côté, de mobiliser les mécènes et d’organiser la communication. On lui doit d’ailleurs une première campagne d’affichage au ton volontairement décalé («Notre ancêtres n’étaient pas tous des gaulois» ou encore «L’immigration, cela fait toujours des histoires»).

7 ans  après  son  ouverture  donc,  François   HOLLANDE  trouve  dans  l’occasion  de  cette  inauguration,  un  moyen   peut  être  de  redorer   son  blason  et  de  reconquérir   un  électorat  en  déperdition  au  moment où  N.SARKOZY pointe  son  nez  à  la  présidence  de  l’UMP encore   secouée  par les « affaires »..

mediaLe  François Hollande et le défenseur des Droits, Jacques Toubon, visitent le musée de l’histoire de l’immigration, à Paris le 15 décembre.REUTERS/Yoan Valat/Pool

Le musée a ouvert ses portes en 2007, année de l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Lui avait refusé d’y mettre les pieds au nom de l’identité nationale. François Hollande a voulu au contraire dire la reconnaissance de la France pour ses immigrés, donner une vision positive de l’immigration en France.

C’était la volonté de François Hollande lors de l’inauguration de cette cité de l’immigration : « rendre aux immigrés la place qui leur revient dans leur récit national, de rendre justice à ceux qui venus en France pour libérer le pays ou tout simplement pour travailler ».

François Hollande a défendu une vision sereine de l’histoire de l’immigration en posant un regard positif sur ces hommes et ces femmes qui ont participé à a construction de la nation France. Un discours important, mais insuffisant pour les associations.

Pour Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, il s’agit d’« un discours intéressant, un discours sur la mémoire, un discours utile face aux différents populisme qui travaillent  notre pays, mais un discours qui vient bien tard, et qui n’est pas accompagné véritablement de moyens. »

Mais François Hollande a bien conscience que cette histoire, ce récit national, n’est pas le plus partagé par tous : « trop de compatriotes ne se sentent pas assez Français quand d’autres ne se sentent plus chez eux ». Le président évoque une double dislocation du pacte républicain qui porte atteinte au vivre ensemble. La faute à ceux qui jettent de l’huile sur le feu. François Hollande ne les nomme pas, mais Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen sont ceux par exemple qui veulent faire éclater Schengen. « C’est assez facile, dit-il. Schengen est la frontière de l’Europe (…) Faire éclater Schengen, faire disparaître Schengen, mais ça serait reculer, ça serait aboutir à rétablir des frontières, pays par pays. »

 

François Hollande lance un message de mobilisation alors que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme vient d’être faite cause nationale. François Hollande dit qu’il faut reprendre le combat, répondre, ne rien laisser passer, mettre fin au fantasme. « L’immigration, rappelle François Hollande, c’est 200 000 personnes en France par an pas plus. » François Hollande avait fait du droit de vote des étrangers aux élections locales une promesse de campagne en 2012. Il acte son impuissance à faire modifier la Constitution. « Aux forces républicaines de prendre leur responsabilité », dit-il.

Pour Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, c’est une promesse de trente ans. « On entend ce discours depuis Mitterrand en 1981, nous continuons à demander que cette question ne soit pas renvoyée au prétexte qu’on a pas les 3/5e, etc. Parce que ça, ça va durer tout le temps. Et qu’il s’agit d’une question qui a un pouvoir symbolique fort, de reconnaissance fort. »

En attendant, l’alternative c’est d’accélérer et favoriser l’acquisition la nationalité. Seule annonce de ce discours au musée de l’Immigration : la naturalisation de tous les étrangers de plus de 65 ans qui ont au moins un enfant Français.

Commentaires  selon RADIO FRANCE INTERNATIONAL 2014 (et   ajouts personnels)

RENDEZ-VOUS INATTENDU…

http://senego.net/2013/12/12/video-surpris-clients-magasin-donne-frissons-pardonnez-regardez_136921.html(voir   bas  de  page)

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Se  seraient-ils  donnés  rendez-vous,  MANDELA   et  ALIKER … pour   s’entretenir  avec CESAIRE ?

Ce même   jour   du  5 Décembre 2013 ces deux  hommes nous  ont  quittés  à  quelques  heures  d’intervalle, d’un  bout   à l’autre   du monde , un  géant  et  un  lilliputien  …. de  pays ! L’un  dépassant   son  centenaire d’âge, et  l’autre  de 10 ans  son  cadet , mais  qui  comptabilise  27  ans  de détention  sur  une île prison de  son pays   à  casser  des cailloux ….

Hommage  national pour  l’un,  hommage  national   mais  aussi  international pour  celui   dont   on vante  aujourd’hui   la  détermination et  la  force  , le  courage pour  la  lutte   qu’il   a  menée  depuis  sa  plus  tendre  enfance au  pays  de l’APARTHEID,  et  qu’il  a  conduit  à  la  réconciliation  .

Pays   en  proie  à  une  émancipation dont  le  chantre  de la  négritude Aimé  CESAIRE s’en était   fait l’apôtre   et  l’éclaireur, mais  pays pauvre,

Pays  riche   de  ressources   et  d’une  économie  florissante,  mais   dont  les  hommes sont   condamnés   désormais   à   vivre   en  bonne  intelligence,  sans  haine   et  sans  discrimination.

Aujourd’hui   comme   dans  toutes  les  histoires,  et  l’histoire   qui  se répète, abandonnés  à  notre  triste  sort,  nous  nous remémorons les  plus  belles  pages  qu’ils  nous  ont  léguées  et nous les  saluons,  les  vénérons  parce  que l’originalité  de leur personne restera gravée  à  jamais…

REQUIESCAT IN  PACE !  nelson_mandela

Lp.CONSEL

Copyright (c) 2013

LETTRE D’UN AMI en période de Noël à la Martinique

Hello, hello ! sa’w fè ? Bon et joyeux noël et Bonnes, agréables fêtes de fin d’année ! pour cela je t’envoie du chaud soleil avec qq brises des douces alizées de cette période pas trop chaude mais surtout un peu de tout ce qu’il y a de bon dans notre ile « où l’air a des odeurs de sucre et de vanille’, des saveurs d’épices et de liqueurs au rh… vanillé. J’ai fait comme d’habitude mon schrub moi-même ! oui Mesieu ! Hummmmmmm ! je ne te dis pas !. Je ne suis pas prêt de perdre mes kg superflus avec tout ça malgré qq marches et bains de mer. En plus des ignames de cette période il y a des fruits à pains (hors saison) que je ne boude pas dans mon assiette. Tout est beau, tout est bon (presque) pour celui qui ne vit pas là toute l’année (comme moi) mais attention ! tout n’est pas rose dans ce pays « où on confond pistache et cacahuètes » comme le dit si bien sur BMJ. En effet, politique, commerce de supermarchés, chômage, misère, violence et autres ingrédients durs de la vie. Le Père Noêl lui est de plus en plus blanc sur son traîneau tiré par des rennes nordiques, dans la neige lointaine des paysages d’ailleurs au beau milieu des panneaux publicitaires implantés aux pieds de nos mornes et les catalogues regorgent de produits made in ailleurs où les produits dits « locaux » comme le jambon de Noêl nous arrive d’ailleurs et flirte avec les sapins, la neige sous un air de bon à consommer. D’ailleurs les pêcheurs interdits de vente de langoustes à la veille des fêtes pour cause de chlordé.. bloquent le port par où arrivent tous les containers chargés de produits d’importation. Mais pour la Noêl, il semble bien qu’il n’ait manqué aucune décoration ni de quoi se mettre dans la panse. Je me suis rabattu sur ma petite viande roussie de « ti-cho ou tcho ! tcho ! », un peu de pois d’angole, igname poule, des topinambours, mandarines et d’autres petits pâtés de cochon. Du local svp. Fout’ i té bon. Je fais pénitence pendant ces jours d’abondance et demande au Seigneur de donner un peu aussi à tous ceux qui n’ont pas la chance d’avoir comme moi cette si belle chance de vivre de si bons moments au chaud. Donc je pense énormément aussi à toi et à ceux qui sont restés sous la grisaille et dans le froid hivernal continental et n’ont pas tout ce bon plaisir d’être ailleurs. Joyeux Noêl et Très Bonnes Fêtes de fin d’année en attendant une nouvelle année que déjà je te souhaite excellente et meilleure que celle qui s’achève. Bon Fòs vieux Frère ! Bon courage ! ek an lòt solèy . tjinbé rêd anba frédi-a. et vivement que tu viennes faire un tour dans ce décors pour ne plus avoir envie de repartir….. Tout un programme ! N’est-ce pas ?

Serge ROISAND

Copyright (c) 2013

Annexe abréviations et  expressions :

saw’fè : comment  vas tu  ?

qq = quelques

rh… = rhum(vanillé)

BMJ =  Bondamanjak ,Revue  d’actualité « pimentée »(en référence  au  piment   du  même  nom.

chlordé.. = chlordécone produit phytosanitaire Pesticide organochloré utilisé entre 1981 et 1993 employé pour le traitement des bananiers pour lutter contre le charançon.
Le chlordecone est un polluant organique persistant, extrêmement rémanent dans l’environnement qui peut s’avérer très toxique.
A été classé comme cancérogène possible chez l’homme dès 1979 mais n’a été interdit qu’en 1993 et utilisé notamment aux Antilles

fout’i té bon = qu’est ce  que   c’était   bon !!!

bon fos vieux  frère !=  sois fort   vieux  frère

ek an  lot solèy= à une   autre  fois,  un  autre  jour

tjinbé rêd anba frédi-a = tiens  bon sous  le  froid (de  l’hiver)

Une première bourde pour démarrer.

Frédéric Régent : « Il ne faut pas culpabiliser l’ensemble des Français sur la traite négrière… »

Et  mon  cul,  c ‘est  du  poulet  !!!!!! je  poserais  la  question à  M.REGENT,  s’il  a  entendu  parler  de  « conscience  collective » , est  ce  que  le  Français du  fin  fond  du  pays  de  Navarre  reconnait  ou  non le 14  juillet  comme  étant  une  fête  nationale  ou   seulement   des festivités du  bal  des  pompiers aux  feux  d’artifice, le  citoyen  lambda, reconnait  il  ou  non la  chute  de  la  monarchie depuis que  la République s’est  érigée   et  à  quel  prix ?  …  Au  NOM  du  PEUPLE  FRANCAIS  !!!!!   Tout  cela  pour  rétorquer  à  M.REGENT   que  si  « NUL  N’EST  CENSE  IGNORER  LA LOI » il  n’est pas    de  citoyen  qui  puisse  de soustraire  de  ce  qu’il convient   d’appeler  « la conscience  collective » ,  on  assume  ou  on  n’assume  pas sinon  alors  il  serait  temps  de   se  poser la  question  de  son  identité .

 

 

 

 

 

source  MontrayKréyol .com

Edouard GLISSANT, avec le petit côté acerbe qu’on lui connaît, avait coutume de dire que les Antilles comptent beaucoup de diplômés, mais assez peu d’intellectuels. On pourrait ajouter que nombre d’entre ces diplômés au cerveau mou sont des vendus au système en place, des « thuriféraires stipendiés » selon une expression qu’affectionnait Aimé CESAIRE. Des gens à la recherche de strapontins, assoiffés d’honneurs et de pouvoir. Lèche-bottes des gouvernements en place et prêt à tous, y compris à salir leurs compatriotes antillais, pour se faire bien voir du Maître blanc.

   Si les Antilles sont d’ailleurs dans une impasse, c’est en grande partie à cause de ces besogneux de la pensée qui n’ont jamais produit une seule idée originale de leur vie et qui se contentent de répéter, sous des formes diverses et variées, ce qu’ils ont laborieusement appris sur les bancs des universités hexagonales. Tel est le cas du dénommé Frédéric REGENT, maître de conférences en histoire et nouveau directeur du CNMHE (Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage) qui a osé proféré l’énormité suivante suite à sa nomination :
« Il ne s’agit pas pour nous de culpabiliser l’ensemble des Français sur la traite négrière car au moment où elle se pratiquait, 95% de la population était sous la domination des classes riches. »
Avant d’analyser cette énormité, imaginons le tollé qu’aurait immédiatement provoqué une phrase du genre « Il ne s’agit pas de culpabiliser l’ensemble des Allemands à cause de l’hitlérisme car 95% de la population était sous la domination des classes riches ». Evidemment que la majorité des Allemands en 1939 étaient des ouvriers, des employés, des conducteurs de bus, des mécaniciens, des agriculteurs, des femmes de ménage, des infirmières, des vendeuses de magasin, des cuisiniers etc. ! Cela les a-t-il empêchés de suivre HITLER ? A-t-on d’ailleurs jamais vu, depuis que le monde est monde, un pays où les riches soient plus nombreux que le reste de la population ? Bref…
Pour en revenir à la traite et à l’esclavage, et donc à la conquête des Amériques, il est maintenant prouvé que c’est cela qui à permis à l’Europe de dépasser économiquement les autres aires civilisationnelles. Il y a eu une formidable accumulation du capital (cf. « Capitalisme et esclavage » (1944) du Dr Eric WILLIAMS, tout premier Prime minister de Trinidad) qui a servi aux pays européens à construire des ports, des routes, des écoles, des hôpitaux etc. dont seul un idiot ou quelqu’un d’intellectuellement malhonnête peut soutenir l’idée qu’ils n’aient bénéficié qu’aux seules « classes riches ». Si ces dernières en étaient les premiers bénéficiaires, il n’en demeure pas moins que c’est l’ensemble des populations européennes qui a pu tirer profit, au fil des siècles évidemment, de l’amélioration des infrastructures, de la construction de manufactures et d’usines, de réseaux de voie ferrée etc. En clair, si le Français moyen ou l’Anglais moyen disposent du niveau de vie qui est le leur aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à l’accumulation du capital généré par la traite et l’esclavage. Les dédouaner tout uniment comme le fait F. REGENT, leur ôter toute mauvaise conscience, les amener surtout à croire que l’Europe est devenue ce qu’elle est uniquement par ses propres moyens, grâce à son seul génie, relève non seulement de la contrefaçon historique, mais aussi de l’insulte envers les centaines de millions d’Amérindiens et surtout d’Africains qui ont travaillé de force dans les mines d’or et d’argent, les plantations de café, de tabac et de canne à sucre et qui y ont perdu leur vie.
Arrêtons-nous un instant sur le fait qu’au XVe siècle, l’Europe n’était pas plus développée économiquement, scientifiquement et technologiquement que le monde arabe, l’Inde ou la Chine. En 1414, l’amiral chinois ZANG-HE, au terme d’un très long périple de plus de 12.000 kms, arrive avec une flotte impressionnante jusqu’à la Corne de l’Afrique, dans ce qui est l’actuel Kenya. Il embarque deux lions et trois girafes qu’il ramènera à l’Empereur à Pékin et rebrousse chemin sans avoir la moindre idée de coloniser les populations africaines ni d’exploiter leur richesses, mais en établissant des relations commerciales qui dureront un certain temps. Quelque soixante-dix ans plus tard, Christophe COLOMB traverse, en 1492, l’Atlantique sur des embarcations de la taille des pétrolettes d’aujourd’hui (30 mètres de long) alors que l’amiral ZANG-HE, lui, disposait de navires (140 mètres de long) de la taille des actuels paquebots de croisière de taille moyenne. L’Europe, au niveau de la construction navale, était très en retard sur la Chine ! Et pas seulement dans ce domaine comme l’explique lumineusement K. POMERANZ dans « La Grande divergence » (2000).
Mais avant que COLOMB ne se lance dans son périlleux périple, des explorateurs européens, notamment portugais avaient commencé à visiter les côtes africaines et à y installer des bases lesquelles finiront par devenir des villes, véritables têtes de pont de la colonisation du continent africain dont l’Europe pompera les richesses durant des siècles (cf. « Comment l’Europe sous-développera l’Afrique » (1972) du Guyanien Walter RODNEY). A compter du milieu du XVe siècle, en effet, les Portugais, sous la houlette du prince HENRI le Navigateur, vont installer des têtes de pont et des comptoirs tout le long de la côte occidentale de l’Afrique, détruisant au passage des empires africains comme ceux du Kongo et du Monomotapa et instaurant dès cette époque le commerce des esclaves. Ils seront, ces Portugais, imités par la suite par les Hollandais, les Anglais, les Français etc…qui se livreront à un pillage systématique du continent noir, pillage ininterrompue puisqu’il continue en ce tout début du XXIe siècle.
6 siècles de pillages donc !

Au début du XIXe siècle, sur les 135 millions de km2 de terres émergées, l’Europe en possède 70 millions. L’Empire colonial anglais atteint 19 millions de km2, l’Empire colonial français 9 millions. Les richesses qui vont être tirées de ces vastes territoires seront rapatriées en Europe et contribueront fortement au développement économique, scientifique, technologique mais aussi social des peuples européens et pas seulement de 5% d’entre ces derniers comme tente de nous faire accroire Frédéric REGENT.  Au XVe siècle, nul contemporain n’aurait parié un kopeck sur la domination européenne qui allait marquer le demi-millénaire suivant : l’hyperpuissance de l’époque était la Chine, et certains ensembles de civilisations (Inde, monde arabo-musulman) étaient technologiquement et économiquement plus avancés que l’Occident. La grande question reste de savoir quand l’Europe a été en mesure de dépasser ses concurrents, et pourquoi elle y est arrivée. La réponse ne fait aucun doute : la conquête des Amériques, la Traite des Noirs et l’esclavage comptent pour beaucoup dans ce dépassement.

Venir donc nous raconter aujourd’hui que seuls 5% des Européens en ont bénéficié est au mieux une erreur, au pire une ânerie. Au « plus pire », si l’on peut dire : un mensonge éhonté…

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HISTOIRE ET TOURISME

 par Marc Sefil a ajouté 3 photos.

Joséphine, au cœur de l’offre touristique martiniquaise ?

Le musée Napoléonien à La Havane. Il met en valeur, notamment pour les touristes, la formidable collection d’armes, de livres, de souvenirs et d’œuvres d’art évocatrice de Napoléon Bonaparte rassemblée par Julio Lobo Olavarría, un richissime cubain passionné et admirateur de l’empereur. Suite à son exil après la révolution cubaine, sa collection, l’une des plus importantes du monde sur ce personnage, est passée dans… « le patrimoine de la nation cubaine ». Ce musée a aussi accueilli du 7 au 11 juillet 2014 le 12e Congrès Napoléonien. Cherchez l’erreur : le régime castriste intégrant dans le patrimoine de sa nation des objets ayant appartenus à un esclavagiste et co-organisant même un colloque historique sur celui-ci.
Nos idéologues locaux, thuriféraires de ce régime, auraient-ils raté un épisode (ou une leçon ?) lorsqu’il souhaite éradiquer l’image de Joséphine de l’histoire de la Martinique, la rendant responsable du rétablissement de l’esclavage dans les colonies non-occupées par les Anglais en 1802 (la Guadeloupe et Saint-Domingue. Occupée en 1794, la Martinique fut rendue à la France au Traité d’Amiens en 1802 et n’a donc pas connu la première abolition de 1794) ? Ne privent-ils pas la Martinique d’un formidable produit d’appel touristique à cause d’un fait, par ailleurs, jusqu’ici non-prouvé historiquement ? Aucun document n’atteste en effet la responsabilité de Joséphine dans le rétablissement de l‘esclavage (en histoire, il en faut 3 dûment authentifiés et le corroborant pour qu’un fait soit avéré). Les pressions des armateurs de Nantes, La Rochelle ou Bordeaux, principaux bénéficiaires du commerce triangulaire et principaux financiers des guerres napoléoniennes, y ont beaucoup plus contribué que les charmes de Joséphine.
Quant à son lieu de naissance : Martinique ou Sainte-Lucie ? C’est une vieille controverse que le livre attendu de l’historienne Suzanne England-Ancey ne va pas, à mon humble avis, contribuer à apaiser. Les documents sur lesquels elle s’appuie (selon l’article de France-Antilles du 24 mai 2014) ayant été depuis longtemps étudiés et critiqués (au sens de la critique historique) par J. Rennard (Rennard J. Mélanges. In: Revue d’histoire des colonies, tome 36, n°127-128, troisième et quatrième trimestres 1949. pp. 331-347). Quoiqu’il en soit, la ferme volonté de l’île voisine de faire fructifier l’idée de cette naissance sur son sol (dans plusieurs de ces prospectus touristiques le fait est signalé) est le signe évident qu’elle veut avoir sa part de Joséphine pour attirer des touristes. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à vouloir sa part de Joséphine puisque Noisy-le-Grand, ville natale de son premier époux Alexandre de Beauharnais, ne manque pas d’inscrire sur ses plaquettes touristiques les liens qu’elle entretient avec Joséphine (Cf. http://www.noisylegrand-tourisme.fr/…/josephine-de-beauharn…). Enfin, en 2014, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Joséphine, le Sénat lui consacra une exposition qui accueillit plus de 200.000 visiteurs au cours des 4 mois que durèrent cette exposition à raison de 20 euros l’entrée. Voilà donc quelques leçons d’exploitation d’une potentialité touristique en direct de la Caraïbe et de l’Hexagone !
Il ne s’agit pas de nier que Joséphine fut esclavagiste. Personne n’est assez bête pour croire ou attester qu’elle n’ait pas été porteuse des représentations, des normes, des valeurs, des idées, des stéréotypes, des préjugés, en un mot des mœurs de la socio-classe au sein de laquelle elle évoluait. Il ne s’agit pas non plus d’en faire l’apologie. Il s’agit en toute liberté, en toute conscience de ce que nous sommes et surtout libérés de tout esclavage (mais mental celui-là) d’utiliser la renommée internationale (voire même mondiale) d’un personnage de l’histoire martiniquaise pour en faire un produit touristique porteur et par là même en profiter pour faire connaître au monde entier d’autres pans de notre histoire, notamment… la période esclavagiste… il y a là une dialectique fructueuse à défricher. En un mot d’exploiter TOUTES nos potentialités et atouts pour redorer l’éclat de notre tourisme pour en faire un secteur créateur d’emplois.

Sé pa nou ki pli kouyon ! Dot ka eksplwaté’y.. épi nou ! Nou la ka lésé an bagay pouri an lè koy, san fè ayen !

(nous  ne  sommes  pas  plus   bêtes  de   les  autres  qui  exploitent  la  situation autant  que  nous ! nous laissons  un  patrimoine  en  friche  sans  ne   rien  faire !)

 

DE L’égalité … à l’EGALITE, parlons en!

Egalité réelle, une réparation de l’esclavage qui ne dit pas son nom?

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par Anne-Laure BERNARD

Le 10 mai 2015, date de commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage dans les anciennes colonies françaises, François Hollande inaugurait à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) le Mémorial ACTe, centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage. Est-ce un hasard si le Président de la République a annoncé ce même jour une future loi sur l’« égalité réelle » en faveur des territoires d’outre-mer ?

Une « égalité réelle » pour réparer l’esclavage ?

Lors des commémorations, Victorin Lurel, alors député et Président du Conseil Régional de Guadeloupe, a dit vouloir prendre toute sa part dans le débat sur les réparations. Il a soutenu la venue du Révérend Jesse Jackson, figure du combat des Noirs Américains pour leurs droits civiques. Au Mémorial ACTe, entre meeting politique, office religieux et embrassades avec les séparatistes, Jesse Jackson a déployé sa verve pour exhorter les Guadeloupéens, qu’il désigne comme « son peuple », à exiger des réparations, déchaînant les vivats de la foule et des élus locaux. Un clou qu’il enfoncera au journal de 20h de Guadeloupe 1ère : « Vous ne devez rien à la France, c’est la France qui vous doit ».

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Environ un an plus tard, on retrouve Jesse Jackson aux côtés du Président Hollande et de l’ancienne Garde des Sceaux, Christiane Taubira, à la cérémonie de commémoration du 10 mai à Paris. Il plaide à nouveau pour une politique de réparation en faveur des descendants d’esclaves français qui selon lui sont « libres mais pas égaux ». Ce que la loi Taubira de 2001 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité » n’a pas obtenu de la représentation nationale, à savoir l’indemnisation au titre du crime, la loi sur l’« égalité réelle » y parviendra-t-elle de manière détournée ?

Dans son pays, les Etats-Unis d’Amérique, Jesse Jackson réclame pour la communauté noire des mesures économiques, sanitaires, éducatives et sociales pour réparer les conséquences de l’esclavage et de la ségrégation. Cette revendication se fonde sur l’idée de « justice réparatrice ». En 2014, sur ce même principe, les pays de la CARICOM ont adressé à la France, au Royaume-Unis et au Pays-Bas une demande officielle de réparations au titre de l’esclavage et de la colonisation, en vue de rattraper leur retard de développement. N’est-ce pas aussi cette voie qu’ont choisie les défenseurs du projet de loi sur l’« égalité réelle », dite « loi sur l’égalité économique » ? A leur tête, le CREFOM n’appelle-t-il pas de ses vœux « un vaste plan d’égalité dans tous les territoires d’outre-mer, afin que ces derniers obtiennent enfin le rattrapage…» économique, social, éducatif, sanitaire, en matière d’infrastructures et de logement ? C’est en tout cas ce que confirme le rapport remis en mars 2016 à Georges Pau-Langevin, Ministre des Outre-Mers, par le député Victorin Lurel qui propose un plan de convergence et un « big-bang » économique, social et fiscal contractualisé avec l’Etat.

« Egalité réelle » pour les Antilles-Guyane et… Haïti l’émancipée

« Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons ». En 2015, cette phrase de François Hollande enthousiasma l’auditoire du MACTe. On pensa alors que la France, jusqu’ici opposée à des réparations financières, était prête à rendre les 150 millions de francs-or versés par Haïti de 1825 à 1883 – ce fameux emprunt qui obligea l’ex-colonie à s’endetter lourdement auprès des banques françaises et contribua à obérer son avenir. « Certains ont appelé cette exigence la rançon de l’indépendance » a nuancé le Président français. Mais de quelle exigence s’agit-il ? A quoi renvoient ces mots énigmatiques ?

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Dans la Caraïbe francophone, d’aucuns estiment que la France n’a jamais digéré la perte de sa richissime colonie de Saint-Domingue (actuelle Haïti) suite à la révolte des esclaves africains. Or, du point de vue de Paris, l’analyse est différente : La défaite infligée aux troupes de Bonaparte en 1803 a certes été cuisante mais, la 1ère République noire demeure le fruit (inattendu !) de la Révolution française. Mieux : En 1825, sous la Restauration, quand Haïti, victorieuse et ruinée, propose d’indemniser les colons expropriés, la France s’engage à reconnaitre l’existence du nouveau pays en échange de ce remboursement. C’est par cet acte de naissance officiel (garantie de paix et de légitimité) et par lui seul, que l’Etat souverain d’Haïti pût enfin nouer librement des relations internationales politiques et commerciales. Pour les deux parties, respecter cet acte est un devoir. Une exigence. Hollande et ses prédécesseurs le savent : seules la guerre, la diplomatie ou la mansuétude du plus fort peuvent conduire à renégocier un traité dûment signé entre Etats dignes de ce nom.

En termes diplomatique et historique, préserver le prestige et l’honneur des deux nations impose de manœuvrer avec prudence : D’un côté, laisser Haïti aux prises avec une misère dont la France est en partie responsable entacherait l’image de la ‘‘Patrie des droits de l’Homme’’ ; de l’autre, suivre ceux qui exigent qu’on « rende l’argent d’Haïti » laisserait planer un gros doute sur la valeur de l’indépendance du seul pays où, excusez du peu, les esclaves ont non seulement battu l’armée coloniale mais racheté d’eux-mêmes leur liberté aux anciens maîtres. C’est là l’honneur d’Haïti. Vouloir à tout prix refaire l’histoire ne servirait que le prestige d’une France généreuse, repentante et vertueuse, et sous-entendrait qu’en réalité, la victoire des héros Haïtiens, celle de David contre Goliath, n’était que relative (car on n’impose rien au vainqueur d’une bataille). On peut se référer au texte des historiens Marcel Dorigny et François Blancpain figurant dans le rapport Debray pour mieux comprendre cet épineux dossier.

Une « réparation réelle » pour le prestige de la France ?

Mais revenons au Mémorial ACTe, impressionnant monument de 83 Millions d’euros dédié à la mémoire de nos ancêtres victimes ; lieu où fut, rappelons-le, annoncé une future loi sur l’« égalité réelle ». Pour François Hollande, Président de la République Française, son inauguration en grande pompe en présence de Chefs d’Etats de la Caraïbe et de pays Africains était autant un « ACTe » de réparation (et non de contrition !) qu’une splendide occasion de réaffirmer urbi et orbi la grandeur et la droiture morale de son pays. Un exercice qu’il a renouvelé cette année en annonçant la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage, prémisse à l’édification d’un nouveau mémorial et d’un lieu muséographique dans l’Hexagone. Et de deux !

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Avec la loi Taubira, la France –qui s’enorgueillit d’être la première nation à reconnaitre l’esclavage comme crime contre l’humanité– avoue être une génitrice terrible moralement responsable envers les descendants d’esclaves de ses anciennes colonies. Son devoir d’assistance, et non d’assistanat, vaut donc pour toute sa ‘‘filiation’’ : celle des territoires d’Amérique qui ont choisi de rester dans son giron (décolonisation par l’intégration) ; et dans une moindre mesure pour les citoyens de la République d’Haïti (décolonisation par l’indépendance). Par conséquent, le soutien multiforme contre les séquelles de l’esclavage et le paupérisme du tiers-monde qu’on pourrait aux Antilles appeler « égalité réelle » pourrait prendre pour Haïti le nom de « justice réparatrice ».

Côté guadeloupéen, seuls les indépendantistes ont boudé l’inauguration du mastodonte mémoriel offert par la France. Ainsi, Elie Domota qui qualifie le Mémorial ACTe de « macaquerie » coloniale, ne doute pas que derrière l’ « égalité réelle » se profile la question des réparations. Interviewé par le journal Nouvelles Semaine du 2 octobre 2015, le secrétaire général du syndicat UGTG, leader du LKP (qui, en 2009, dénonçait le scandaleux écart des prix entre la métropole et la Guadeloupe), rejette l’« égalité réelle ». Selon lui, la seule réparation qui vaille ne peut être que financière et adossée à une redistribution des terres des descendants de colons blancs aux descendants d’esclaves noirs. Une position qui est loin de faire l’unanimité aux Antilles, terres de profond métissage. Un autre indépendantiste, Luc Reinette, considéré comme l’initiateur du Mémorial ACTe, martèle que cet édifice n’est qu’un (bon) début ; que « la France doit maintenant nous demander pardon » et quitter la Guadeloupe tout en continuant à nous financer au titre des réparations. Dans le Nouvelles Semaine du 20 mai 2016, l’ex leader de l’ARC rassure sur sa capacité à diriger une Guadeloupe indépendante grâce à un puit financier sans fond qu’alimenterait la Mère Patrie sur une durée minimale de 25 ans. Là encore, le soutien de la population est loin d’être acquis.

Mais bien plus déroutant est de lire dans le même journal la rhétorique indépendantiste reprise par un élu de la République : Interrogé sur les réparations, le sénateur Jacques Gillot répond directement sur l’égalité réelle. Ce partisan de l’autonomie de la Guadeloupe, regrette que l’égalité selon Lurel fixe comme référence la métropole. A son sens, le projet de loi soutenu par l’ex Président de Région est « une négation » de notre identité, un projet assimilationniste qui ne tient pas compte « du caractère particulier de nos territoires ». Cet élu de gauche semble voir une incompatibilité entre identité guadeloupéenne et progrès social à la française. Or, vers quel autre standard sinon celui de la France, celui que nous avons mandaté pour nous représenter au sein de la Nation, voudrait-il que nous tendions ? A en croire son cri patriotique, il nous faudrait renoncer à nos droits pour ne plus être des aliénés assimilés (Adieu donc 40%, minima sociaux, protections sociales, système de soin, retraite, droit du travail, services et équipements publics…). Or, qu’est-ce que l’autonomie sinon nous gérer nous-mêmes au sein de la République Française ? Sérieusement, qui imagine Jacques Gillot jeter son écharpe tricolore aux orties pour brandir le drapeau séparatiste guadeloupéen ?

Conscient que les mots ‘‘autonomie’’ et ‘‘indépendance’’ font figure d’épouvantail pour les Antillais, Jacques Gillot déclare par ailleurs, qu’une politique de réparation doit déboucher sur « un programme d’ ‘‘empowerment’’ au niveau culturel, social et économique ». Le concept d’ ‘‘empowerment’’ fut utilisé aux Etats-Unis par le mouvement des droits civiques dans les années 60. On peut le traduire comme un processus d’appropriation ou de réappropriation de son pouvoir d’agir, qui redonne aux minorités victimes d’inégalités les moyens d’améliorer leurs conditions d’existence. Il s’agit donc d’une logique d’intégration au pays dans lequel on vit et non d’une prise de distance avec une quelconque tutelle coloniale.

En Guadeloupe, l’ ‘‘empowerment’’ aurait consisté pour Jacques Gillot lui-même, puisqu’il en avait la compétence (au sens légal) 14 ans durant en tant que Président du Département, à travailler à ce que tous les Guadeloupéens aient de l’eau à leur robinet toute l’année.

Réparation-séparation ou négociation-intégration ?

L’objectif affiché du projet de loi sur l’égalité réelle est de « repenser le pacte de progrès économique et social » entre la métropole et les Outremers.

Or, le lourd financement de monuments mémoriels ne doit pas faire oublier que nos territoires, largement dépendants de l’Etat,

voient aujourd’hui leurs ressources menacées sur deux fronts :

  • Le risque de perdre les avantages acquis (sur-rémunération des fonctionnaires, défiscalisation, octroi de mer et autres niches fiscales)
  • Les dotations et les investissements de l’Etat (dotation aux budgets des collectivités locales, LBU…) qui s’amenuisent comme peau de chagrin.

Pour préserver l’unique source d’oxygène de territoires économiquement à bout de souffle, il y a donc urgence à endiguer le désengagement de l’Etat et faire inscrire dans le marbre certaines dispositions dérogatoires –y compris celles régulièrement fustigées par l’Europe ou la Cour des Comptes– voire à anticiper leur inéluctable disparition par des mesures de substitution.

Nous voilà donc aux Antilles devant la quadrature du cercle : Pour réduire son déficit public et respecter des règles du libre-échange imposées par l’Europe et l’OMC, l’Etat français s’éclipse au moment même où nos pays, frappés de chômage endémique, doivent affronter sur le long terme les effets de la mondialisation, de la crise économique et d’une puissante révolution technologique. Comment amener l’Etat, pressé par des instances supranationales, à ne pas se désengager chez nous comme il semble décidé à le faire partout dans l’Hexagone ? Et surtout, comment peser dans cette négociation ?

En rappelant la France, pays des droits de l’Homme, à sa responsabilité ET à ses devoirs !

A ce jeu, notre maître-atout reste l’invocation de la dette morale imprescriptible de l’esclavage. Pour des peuples dont les voix les plus tonitruantes n’ont de cesse de clamer leur désir d’émancipation ou de responsabilité, c’est le seul moyen digne d’obtenir la garantie du maintien des transferts financiers de la France dans nos territoires qu’elle a créés dans la douleur (surtout pour nous, la douleur !).

Dans un contexte où les Etats occidentaux sont très soucieux de leur bonne image, l’irruption de la question des réparations sur la scène internationale est une aubaine pour nos responsables politiques et syndicaux. Bien utilisée par les descendants de victimes, cette carte permettrait le maintien des avantages acquis, et qui sait ? Peut-être même l’amplification des engagements financiers de l’Etat français dans nos territoires… quel que soit leur statut.

Mais alors, pourquoi tant de circonvolutions ? Si notre mal développement est une conséquence de l’esclavage et de la colonisation, s’il s’agit de gommer des inégalités entre territoires français tout en conservant nos privilèges de citoyens français d’outre-mer, pourquoi ne pas appeler un chat « un chat » ? Pourquoi substituer au terme « réparation » celui d’« égalité réelle » ? Puisque Victorin Lurel prend en effet « toute sa part » en soutenant ce projet de loi et si la justice réparatrice est son parti pris, pourquoi le futur texte ne serait-il pas une loi sur les réparations, parachevant ainsi l’œuvre entamée 15 ans plus tôt par la députée Guyanaise, Christiane Taubira qui, soyons honnêtes, reprenait elle-même le flambeau de l’abolitionniste Victor Schœlcher ?

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Une « égalité réelle » politiquement correcte

On l’a vu, la revendication des réparations financières est portée chez nous, en Guadeloupe, par des indépendantistes, certes ultra-minoritaires mais dont la propagande est omniprésente. Ces derniers, à l’instar des pays de la CARICOM se disent prêts à aller devant les plus hautes instances juridiques si la France n’accédait pas à leurs demandes. Dès lors, comment nos élus, dont certains sont membres du Parlement français justement grâce aux luttes et à la volonté d’intégration de plusieurs générations de Guadeloupéens, pourraient-ils participer à cette aventure sans passer pour schizophrènes ? Si l’idée de justice sociale les séduit, celle d’une vengeance à retardement d’une Guadeloupe sous le joug d’une France esclavagiste leur semble forcément anachronique. Nos élus sont aussi conscients de la formidable différence de niveau de vie des Antilles françaises comparativement au reste de la grande et de la petite Caraïbe. On comprend pourquoi le concept d’ « égalité réelle » qui permet d’arriver aux mêmes fins sans passer pour d’éternels quémandeurs leur semble plus séduisant que l’idée conflictuelle de réparations.

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D’ailleurs, les adversaires électoraux de Victorin Lurel et de François Hollande se bornent à dénoncer l’égalité réelle comme une manœuvre électorale pour pêcher des voix ultramarines ou comme un projet assimilationniste. Critiques molles car si d’aventure l’Etat concrétisait les propositions du député Lurel (qui font furieusement penser aux revendications du LKP), nos économies sous perfusion s’en trouveraient forcément requinquées. Débouya pa péché !

Quid de la responsabilité réelle ?

L’« égalité économique réelle » nous est présentée comme une manière de parvenir en 25 ans maximum à un progrès social que la départementalisation n’aurait pas suffisamment accompli.

Pour qui aime son pays, force est d’admettre, même si c’est douloureux, que la conception qu’ont nos élus de la gestion des deniers publics (voir les différents rapports de la Chambre Régionale des Comptes) propulse la Guadeloupe dans le XXIème siècle sans égal accès à l’eau, aux transports publics dignes de ce nom, à une filière de traitement des déchets pérenne. Après 34 ans de décentralisation, on s’achemine toute honte bue, vers une demande auprès de l’Etat tant décrié pour qu’il efface l’ardoise au nom de l’« égalité réelle ».

La question de la responsabilité se pose cruellement lorsque certains de nos représentants, après avoir réclamé et salué un monument à la mémoire de nos ancêtres martyrs, estiment qu’il revient encore à l’Etat d’assumer le fonctionnement et la gestion d’un mémorial qu’ils considèrent désormais comme un boulet. Peut-être un avant-goût de ce qu’il adviendra aux Antilles des équipements et des infrastructures issus de l’ « égalité réelle » ?

La responsabilité devant l’Histoire devrait conduire les défenseurs d’une Guadeloupe indépendante (projet tout à fait respectable en soi) à refuser de demander des réparations au titre de l’esclavage et de la colonisation. En effet, comment justifier une telle demande alors que l’île est toujours (selon ce courant idéologique) sous le joug colonial ? Si donc une partie des nationalistes antillais exige de la France des réparations, sans passer par la case indépendance, c’est qu’ils reconnaissent de facto que la Guadeloupe n’est plus à décoloniser.

De plus, contrairement aux pays de la CARICOM qui demandent réparations à des puissances étrangères, la Guadeloupe, elle, fait plus que jamais partie de son ancienne puissance coloniale. Obtenir une indemnisation reviendrait donc à nous faire payer nous-mêmes nos propres réparations en tant que contribuables et à les faire payer par tous les travailleurs Français. Etre responsable devant l’Ethique c’est refuser de « pwofitasyonner » du combat que mènent les pays pauvres de la Caraïbes pour leur survie, tandis qu’il s’agit pour nous de préserver voire augmenter nos privilèges et notre pouvoir de surconsommation. Qu’y a-t-il de moral à demander à l’Etat français des réparations financières tout en lui réclamant d’assumer notre standing ?

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Esclavage et colonialisme obligent, notre ressentiment historique a fini par nous rendre réticents à affirmer en toute simplicité ‘‘nous sommes Français’’, et pire, honteux de demander comme n’importe quels citoyens Français ce que la France offre de meilleur. Il est devenu d’autant plus difficile de verbaliser cette appartenance chèrement acquise par nos ancêtres, que le ressentiment contre la France est exacerbé par le discours nationaliste. Cette idéologie de la culpabilisation irrigue depuis plus de quarante ans l’ensemble de la pensée politique aux Antilles et interdit toute revendication de nouveaux droits ou de maintien des acquis au nom de la citoyenneté, sous peine d’être taxé d’aliéné-décérébré-assimilé traître à la Guadeloupe. C’est ainsi qu’en 2009, nos nationalistes, eux-mêmes victimes de leur propre logique, ont pu réclamer plus d’Etat et davantage de droits français au nom de… la lutte contre l’Etat colonial esclavagiste.

Etre responsable, c’est aussi admettre que ce défaut de citoyenneté déploré par tous, classe politique et simples électeurs confondus, nous a interdit de tirer tous les bénéfices de la départementalisation, quelles qu’aient pu être les carences de l’Etat, et d’assumer le rôle qui nous incombait dans ce cadre, retardant davantage encore notre développement.

Les souffrances de l’esclavage, bien réelles et aussi terribles furent-elles, ne sauraient justifier le renoncement à la responsabilité, quelle qu’elle soit. Que l’on soit autonomiste, départementaliste ou indépendantiste, chacun constate aujourd’hui que notre pratique d’une citoyenneté où seuls comptent les droits sans les devoirs, a grandement facilité, en pleine mondialisation, le délitement des valeurs fondamentales de notre propre société (famille, travail, solidarité, respect de l’autorité, respect des aînés, mérite, sens de l’honneur…).

Egalité sans citoyenneté réelle ?

A la faveur d’un projet de loi dénommé « Egalité et Citoyenneté », bien distinct de celui sur l’« égalité réelle », Victorin Lurel, résolu à gommer des faits historiques qui font, aujourd’hui, tâche sur le pedigree de la France, a obtenu l’abrogation de l’indemnisation versée aux colons expropriés par Haïti et la France il y a plus de 160 ans. Une victoire qui s’ajoute certes à la liste des réparations symboliques, mais dont on peine à voir le lien avec la citoyenneté française. De plus, en jouant d’une similitude d’intitulé entre loi « Egalité et Citoyenneté » et loi sur « l’égalité réelle », Victorin Lurel a habilement focalisé l’attention médiatique sur les réparations symboliques en attendant d’obtenir, également, des réparations économiques réelles… mais inavouables. Abracadabra !

A bien y regarder, l’action menée en 2009 par le LKP contre la vie chère et les monopoles abusifs et celle conduite par le député Victorin Lurel, la Secrétaire d’Etat Erika Bareigts et le CREFOM de Patrick Karam  au nom de l’« égalité réelle » adressent un message identique à la France : le combat pour les droits et l’intégration à la République, entamé depuis 1848, n’est pas terminé. C’est comme si cette lutte, singulière dans la Caraïbe, avait finalement supplanté la question du développement, comme si elle était devenue notre moteur collectif, une composante essentielle de notre identité. Au plus profond de nous, nous avons chouké cette idée que le progrès social, l’amélioration de nos conditions d’existence, l’avenir de nos enfants ne dépendent nullement de notre propre capacité à créer de la richesse économique, ni de notre génie collectif pour innover et conquérir des marchés mais avant tout de notre volonté persévérante à

être aussi Français que les autres

tout en sauvegardant certaines singularités.

En tant que partie intégrante de la République Française, les Outremers devraient logiquement bénéficier des mesures du texte « Egalité et Citoyenneté » : un arsenal juridique visant la mixité sociale, l’égalité des chances pour les jeunes et les territoires les plus fragiles de la République et le renforcement de la lutte contre toutes formes de discriminations. Mais il semble que seul le texte sur « l’égalité réelle » puisse nous assurer ce fameux verrouillage des avantages spécifiques dont nous avons parlé plus haut, sans obligation citoyenne de notre part.

En l’occurrence, il ne s’agit donc pas pour nos élus de consolider notre citoyenneté, celle des droits ET des devoirs, mais plutôt de garantir nos privilèges de Français, certes, mais « entièrement à part ».

Le véritable projet de loi sur « l’égalité réelle » sera lui, examiné à la rentrée de septembre 2016. Gageons que d’ici là, Victorin Lurel s’activera, sans jamais le dire clairement, à obtenir des réparations concrètes, palpables, de l’esclavage. L’avenir nous dira si avec de telles fondations, qui font fi du contrat de la citoyenneté, l’édifice de l’ « égalité réelle » résistera au temps.

Anne-Laure BERNARD
Pour Creoleways

DUMAS, tel que vous ne le connaissiez pas ..!

Adorable portrait, entre autres, de Dumas… par Suzanne DRACIUS

LES TROIS MOUSQUETAIRES ÉTAIENT QUATRE, ET LES TROIS DUMAS MULÂTRES
« Pour l’adresse, chaque fois que tu scandes : « 60, avenue Alexandre Dumas, 97200 Fort-de-France », ils te répondent qu’elle n’existe pas, l’avenue Alexandre Dumas, on n’a pas ça à Fort-de-France. (Tu ne le sais que trop !) Quand est-ce que tu auras fini de te foutre de leur gueule ?… Le policier tripote l’annuaire de Martinique, un peu trop nerveusement à ton goût. Est-ce pour y chercher encore l’avenue Alexandre Dumas, introuvable, inouïe, improbable, aux dires de tous ses collègues, ou pour te tabasser avec ? Tu as vu ça dans des films : les coups d’annuaire, ça fait mal, sans laisser de traces : l’idéal. Certes, le bottin rien moins que mondain de la minuscule Martinique, ce n’est pas le bout du monde, mais quand même…
Mais là où c’est le bouquet, c’est quand ils demandent ta profession. Alors là, ils tombent cul par terre et puis te disent d’arrêter de mentir. Ils croient que tu affabules, que tu es en pleine mythomanie aggravée de schizophrénie. Un des babylones, inspiré, avance même « kleptomanie » ; il a vu cela à la télé. Ils se demandent s’ils ne devraient pas t’envoyer directissimo à Colson, chez les tocs tocs. Y en a marre, de tes délires et de tes élucubrations !
Faut voir ce que tu as dans la tête !
« Ce siècle avait deux ans » écrivait Victor Hugo, plus doué, au demeurant, pour jongler avec la métrique qu’en calcul arithmétique, en évoquant le moment de sa naissance. (En esprit plus rigoureux, tu observes que ce siècle — le XIXème —, n’avait qu’un an, si l’on compte juste, mais au diable l’avarice ! Quand on aime, on ne compte pas.) Trêve de ces impertinences, aussi pertinentes soient-elles ! De quel droit as-tu l’impudence — peut-être doublée d’imprudence — d’oser toucher au patriarche qui eut « l’art d’être grand-père » et Pair de France et des funérailles nationales ? Un peu de respect, quoi, merdre ! C’est ubuesque !
En cet an de grâce 2002, on célèbre donc partout en France, et jusqu’au fin fond de Martinique, « l’Année Hugo ». Grand bien nous fasse.
Mais Alexandre Dumas AUSSI est né en 1802 !
À l’heure où l’on s’avise enfin de le transférer au Panthéon — au grand homme la patrie reconnaissante, sur le tard ! — que l’hexagonale Villers-Cotterêts, bourgade de l’Aisne où il naquit, mais ne vécut que quelques semaines, se désole, dix fois vingt ans après, d’être dépouillée de la dépouille de l’auteur de Vingt Ans après, voilà qui est tout à son honneur ! Que cette bonne ville très françoise — où fut édictée, par François Ier, la fameuse ordonnance de 1539 prescrivant l’emploi du français alors appelé « le françois » au lieu du latin pour les textes officiels, lois et jugements — soit la ville natale de Dumas, ô coïncidence ! Ô symbole ! Ô baudelairienne correspondance qui avait tout pour te réjouir l’âme et le cœur, tous les sens et inversement, dixit l’ami Rimbaud, toi qui affectionnes la langue française en mêlant l’amour du latin à la passion du créole…
Mais te souvenant que l’écrivain français le plus mondialement réputé, celui dont Les Trois Mousquetaires sont célèbres sur la terre entière (les personnages de fiction les plus représentés, filmés et même en dessins animés), était né exactement la même année que le papa des Misérables, tu te demandas pourquoi cet an de grâce 2002 ne serait pas également sacré « Année Dumas ». Pourquoi Hugo plus que Dumas ? L’injustice te mit hors de toi. Tu n’en dormis pas de la nuit.
Tu te plongeas dans le dictionnaire, histoire d’y trouver la réponse à ta question et d’en savoir plus sur lui. Tu y eus seulement la confirmation que ledit « écrivain français » était fils du général Alexandre Davy Dumas. Consternation !
Mes respects, mon général ! Merci pour le grade militaire, mais, pour votre négresse de mère, pas de merci ! Black out total sur la noire de Saint-Domingue, l’Africaine qui vous donna le jour, sous le soleil des Grandes Antilles, faisant de vous, Général, un demi nègre, et de son petit-fils un quarteron, — selon les distinctions délirantes à la Moreau de Saint-Méry ou autres eugénistes nazillards, capables de couacs aussi cruellement crétins que les catégorisations cacophoniques par lesquelles ils étiquetèrent les divers degrés de métissage, calculant la proportion de sang « blanc » et de sang « noir », en baptisant les différents sangs-mêlés des harmonieux noms de « mamelouk », « sacatra », « octavon » ou « griffe », et tu en passes et des meilleures…
Tu te bouchas les oreilles, afin de ne plus jamais entendre le concert de détracteurs s’amusant à colporter que ce mulâtre prenait des nègres pour l’aider à composer son œuvre monumentale.
Fallait-il voir là la raison de ce monumental oubli ? Un métis d’ascendance servile, de « sang impur », l’illustre écrivain français, le plus universellement connu de par le monde ? Cela ne s’exporte pas ! Ce n’est pas vendeur. Ça ferait désordre… Entre Désordre et Génie, le motif de ce choix inique ? ! Est-ce que ce sang noir ferait tache, obscurcissant son œuvre immense ?
Les trois mousquetaires étaient quatre, a-t-on coutume de préciser, avec un pseudo sourire érudit : à Athos, Porthos, Aramis, il faut adjoindre d’Artagnan, évidemment ! On se complaît à un lapsus tentant, pour désigner « les trois Dumas », jeu de mots d’autant plus séduisant que les trois se prénomment Alexandre : le grand-père, le père et le fils.
Mais ce que jamais nul n’exalte, c’est l’existence de Cessette. Ce que l’on proclame moins volontiers, ce qui écorche la bouche, c’est cette Cessette, ce ventre de négresse esclave qui donna naissance au premier des trois Dumas, futur général de la République française dans toute sa splendeur, grandeur et décadence.
Cessette était son prénom, et Dumas était son nom. Son prénom est resté obscur, son nom est devenu immortel. Oui, le patronyme sonore, désormais immortalisé, magnifié pour les siècles des siècles par le père des Trois Mousquetaires, est en fait un matronyme, celui de la femme noire esclave de l’actuelle Haïti, et non le nom à rallonge du marquis normand Davy de la Pailleterie, noble aïeul trop peu généreux pour lui transmettre son titre…
Cependant, quoi qu’il en soit, on veut bien vanter les charmes de « nos » Antilles pour les vacances, le tourisme, les belles plages ensoleillées toute l’année, mais il ne faudrait pas exagérer… Après tout, ces Haïtiens ont pris leur indépendance, il ne faudrait pas confondre avec « nos » Antillo-Guyanais : ils ne sont pas français, eux ! Ils ont choisi de ne plus l’être, alors, maintenant, qu’ils se démerdent ! S’ils veulent exister, être reconnus, revendiquer Alexandre Dumas etcetera, c’est leur problème, pas le nôtre !
Non, ce n’était pas possible ! Pas dans la France des Droits de l’Homme et des élans démocratiques contre la xénophobie et le racisme ! Impossible d’imaginer que l’on déroberait le souvenir du prolifique romancier à la mémoire de tout un peuple, — vol bien plus grave, à tout prendre, que celui du Collier de la Reine !
Qui aurait eu le front de penser que, tel son héros le Comte de Monte-Cristo, Dumas serait un jour contraint de réapparaître masqué, clandestinement, affublé d’un masque de fer blanc pour dissimuler l’infamie de son teint bistre ?
Mais pour consommer quelle vengeance ? Pas une à la Edmond Dantès ? »

Pour les ami(e)s qui ne sont pas encore montés au 7è ciel littéraire :
Suzanne Dracius, RUE MONTE AU CIEL (« Coup de coeur Fnac » à sa sortie), en librairie ou en ligne ; pour commander à l’éditeur (vendeur indépendant, pas « esclave » du géant, « politiquement correct »), cliquer ici :
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UNE FONDATION pour la MEMOIRE de L’ESCLAVAGE

Lionel Zinsou participera à la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage

Le Monde.fr avec AFP | 10.05.2016 à 14h35 • Mis à jour le 10.05.2016 à 17h23

 
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L’ancien premier mùinistre béninois Lionel Zinsou, le 4 février 2015 à Paris.
L’ancien premier mùinistre béninois Lionel Zinsou, le 4 février 2015 à Paris. THOMAS SAMSON / AFP

Le président de la République, François Hollande, a annoncé, mardi 10 mai, la création, avant la fin de l’année, d’une « fondation pour la mémoire de l’esclavage, de la traite et des abolitions ». Cette annonce a été faite à l’occasion de la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage qui coïncide cette année avec les quinze ans de la loi Taubira, qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité.

Cette fondation « sera une source de promotion des valeurs de liberté, d’égalité, de tolérance » et « diffusera la connaissance de l’esclavage, de la traite mais aussi tout le combat des abolitionnistes », a-t-il ajouté. Il a également précisé que cette fondation réfléchirait aussi « à l’édification d’un mémorial aux esclaves et d’un lieu muséographique ».

L’économiste franco-béninois Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin, présidera la mission de préfiguration de cette fondation et présentera son rapport « à l’automne ». Dans un communiqué, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) s’est aussitôt félicité de cette « victoire », qui « constitue objectivement une avancée importante en matière de réparation ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/05/10/francois-hollande-annonce-la-creation-d-une-fondation-pour-la-memoire-de-l-esclavage_4916758_3224.html#HX8QQHIADU6tQi26.99

COLLOQUE SCIENTIFIQUE INTERNATIONAL

L’ESCLAVAGE : quel  impact   sur  la  psychologie  des  populations ?

Martinique 26 & 27 octobre 2016 – Hôtel   la  Batelière (Route  de  Schoelcher)

Guadeloupe  28  octobre 2016

 Source  http://www.CIPHAGE.COM

A l’initiative de l’Association Régionale FIRST CARAIBES, se tiendra à la Martinique les 26 et 27 octobre et en Guadeloupe le 28 octobre 2016 le Colloque Scientifique International «L’esclavage : quel impact sur la psychologie des populations ?» dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les afro descendants 2015-2024.

Avec la présence de plus en plus insistante dans l’espace public de la thématique de l’esclavage nous nous sommes rendus compte que nous ne savions rien des conséquences psychologiques de la traite des Noirs et de leur mise en esclavage alors même que des travaux psychiatriques ont démontré la nécessité de traiter les psychotraumatismes, que des travaux d’épigénétique démontrent l’existence de traces sur l’ADN des traumatismes psychologiques et leur transmission de génération en génération, alors, enfin, que des travaux d’historiens ont mis au jour «la voix des esclaves». Il est alors apparu indispensable de faire se rencontrer historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues pour échanger sur cette question loin de toute posture victimaire.

En fait, l’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de la première manifestation scientifique sur les conséquences psychologiques de l’esclavage. Dans ce contexte l’enjeu c’est aussi le lien entre esclavage et racisme puisque, avec la traite composée exclusivement de Noirs, le changement de nature et d’échelle de l’esclavage a fait se développer à partir du XVIe siècle une vision racialisée et racialement hiérarchisée de l’humanité (Controverse de Valladolid etc.). Avec l’abolition de l’esclavage, le XIXe siècle a inventé les théories raciales qui ont rationnalisé et justifié «scientifiquement» la hiérarchie, intriquée à la colonisation et plaçant le nègre dans l’évolution darwinienne entre le singe et l’homme.

Ainsi les conséquences de l’esclavage et de ses suites (Jim Crow, lynchages, apartheid, droits civiques…) qui ont façonné les esprits pendant des siècles se révèlent incommensurables ne serait-ce qu’à la lumière des données scientifiques actuelles sur le psychotraumatisme.

La Caraïbe, qui a payé un lourd tribut à l’esclavage avec ses 10 millions d’Africains déportés, apparait bien placée pour échanger des savoirs sur cette question et créer des savoir-faire de résilience.

Certaines des questions que nous allons approfondir ont été posées par Frantz Fanon notamment celle des modèles intériorisés qu’il a englobés sous le terme «aliénation» et que les américains nomment «internalized racism».

En octobre 2011 FIRST CARAIBES a organisé en Martinique, un Congrès International consacré à l’héritage de Frantz Fanon. Il a montré, entre autres, que l’aliénation nécessitait de nouvelles recherches et, à cet égard, ce colloque de 2016 s’inscrit dans la continuité du congrès de 2011 et donnera lieu à la publication d’un ouvrage en français et en anglais

 

Professeur Aimé CHARLES–NICOLAS,

Président de l’Association First Caraïbes

Le projet

Nous souhaitons organiser un colloque scientifique international fin octobre 2016 en Martinique et en Guadeloupe sur les conséquences psychologiques de l’esclavage, problématique très peu étudiée.

L’idée est de faire le point sur les connaissances scientifiques dans ce domaine, de proposer des pistes de recherche et de résilience en faisant se rencontrer, pour la première fois, historiens, psychiatres, anthropologues et généticiens qui ont travaillé sur les stigmates actuels de l’esclavage.

Ces experts invités viennent des Etats-Unis, du Brésil, de la Caraïbe, du Sénégal et d’Europe. Du fait de leur histoire encore actuelle et du travail qu’ils ont commencé sur ce sujet, les Américains seront les plus nombreux, ils seront 11.

La généticienne spécialiste d’épigénétique du psychotraumatisme et de sa transmission transgénérationnelle vient de Genève.
Nous avons invité un expert du Portugal qui a été le premier et le dernier pays à pratiquer la traite d’esclaves et trois experts du Brésil.

C’est que la question de l’esclavage s’installe dans l’espace public.
Elle a acquis une visibilité politique, sociale et culturelle, à un niveau global, des Amériques à l’Europe, à l’Afrique, l’Océan Indien et même l’Asie. Les Nations Unies ont reconnu en 2001 l’esclavage et la traite comme «une tragédie épouvantable dans l’histoire de l’humanité» lors de la Conférence Mondiale de Durban. Des évènements consacrés à ces questions font aujourd’hui florès : colloques, commémorations, pièces de théâtre, films, livres d’histoire, bandes dessinées. Les thèses d’histoire se multiplient en Europe et dans l’hémisphère américain. Parmi les mémoriaux (Nantes, Gorée, Atlanta, Manchester, etc…) celui des Nations Unies a été inauguré à New York le 25 mars 2015 et le tout récent Mémorial ACTe en Guadeloupe a été signalé par la presse internationale comme «the world’s largest memorial devoted to the history of slavery in the western world». Même le hip-hop français et les rappeurs jamaïcains font directement référence à l’héritage de l’esclavage et réclament un accès à leur «véritable histoire».

En effet le travail récent des historiens a révélé une autre histoire décentrant le point de vue jusque-là exclusivement occidental, interrogeant les rapports de pouvoir à partir des esclaves, cherchant à retrouver leur voix, mettant en évidence leur capacité à agir. Des pans entiers de la mémoire et de l’histoire se (re)construisent ainsi par petites touches où la logique de revendication d’une identité historique est confrontée à la logique du refoulement, puissante.

Comment alors ne pas s’interroger sur la dimension psychologique des conséquences de la traite et de l’esclavage des Noirs ?
Cette ampleur du traumatisme, cette violence, «le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, (…) l’omni-niant crachat» ne peuvent pas demeurer sans conséquences psychotraumatiques alors que les recherches génétiques les plus récentes montrent l’inscription des psychotraumatismes dans l’ADN des sujets et leur transmission sur plusieurs générations. En effet, il n’est pas rare que, dans ces pays qui furent des terres d’esclavage, les psychiatres expliquent certains symptômes de leurs patients par les traces de l’esclavage. Certains comportements de la vie quotidienne courants dans ces pays et qualifiés de «pathologiques» nécessitent un examen pluridisciplinaire par les sciences humaines et sociales.

Et pourtant, curieusement, bien peu de travaux sont consacrés aux moyens de surmonter ce psychotraumatisme.

Certes, les conséquences actuelles ne sont pas en continuité linéaire avec les traumatismes initiaux, elles ont été remaniées par les contingences existentielles. Les conditions des Noirs ont été différentes dans la Caraïbe francophone, anglophone ou hispanophone, aux Etats-Unis et au Brésil, notamment après l’abolition. Comment ces conditions ont-elles imprimé leurs marques ? Qu’ont dit de leur vécu les personnes mises en esclavage ? Des facteurs de protection ont-ils permis d’enrayer la transmission transgénérationnelle ? A l’inverse, lorsque les facteurs dommageables sont plus nombreux, un cycle de la haine de soi apparaît-il ? Par une reproduction des modèles intériorisés ? Y a-t-il des dénominateurs communs aux psychismes façonnés par l’esclavage ? Quels mécanismes conduisent de l’esclavage au racisme ? Quel impact l’esclavage a-t-il eu sur la représentation du Noir actuelle et sur les relations sociales dans la Caraïbe, en Europe, aux Etats-Unis, au Brésil et en Afrique ? Quelle piste pour la résilience ? (en effet, loin de toute posture victimaire, une meilleure connaissance des mécanismes devrait nous aider à alléger ce boulet psychologique).

Plusieurs de ces questions ont été posées par Frantz Fanon notamment celle des modèles intériorisés qu’il a englobés sous le terme «aliénation» et que les américains nomment «internalized racism». En octobre 2011 FIRST CARAIBES a organisé en Martinique un Congrès International consacré à l’héritage de Frantz Fanon. Il a montré, entre autres, que l’aliénation nécessitait de nouvelles recherches et, à cet égard, ce colloque de 2016 s’inscrit dans la continuité du congrès de 2011.

Il est ainsi apparu indispensable à un psychiatre Aimé CHARLES-NICOLAS (Martinique), un sociologue Benjamin BOWSER (USA), une historienne Myriam COTTIAS (Martinique), une anthropologue Hebe MATTOS (Brésil) et un politologue Ali MOUSSA IYE (République de Djibouti, UNESCO) d’organiser un colloque scientifique international durant lequel des historiens, des psychiatres, des généticiens, des sociologues et des anthropologues se rencontreront afin de faire le point sur les conséquences et les traces psychologiques de l’esclavage de nos jours, dans un échange interdisciplinaire sous forme de séances plénières, de tables-rondes et d’interactions permanentes avec la salle.
Il sera complété par des propositions artistiques. En effet, de tous temps facteur de sublimation, d’épanouissement individuel et puissant levier de reconnaissance et de résilience collective, l’art ouvre ici sur une poétique de la relation à soi et aux autres qui se fait «poétique d’émancipation». C’est surtout pour évoquer le dépassement du trauma qu’il sera présent et pas seulement comme entracte ou ornementation de journées laborieuses. Des vidéos de témoignages seront également présentées.

Ce colloque, porté par l’Association FIRST CARAIBES, aura lieu les 26-27octobre 2016 en Martinique, à La Batelière, et le 28 octobre en Guadeloupe au Mémorial ACTe dont la puissance symbolique et universelle est particulièrement pertinente pour un point d’orgue de la manifestation.

Le Colloque se situe dans le cadre de la «Décennie des Nations Unies pour les afro-descendants 2015-2024» et bénéficiera du parrainage de l’UNESCO et aussi de l’Association Mondiale de Psychiatrie et de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Il sera placé sous le haut patronage de Madame Christiane TAUBIRA, ancienne Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, auteur de la loi qui reconnait la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. Elle a bien voulu accepter d’être présente et d’ouvrir le Colloque. De même Madame George PAU-LANGEVIN, Ministre des Outre-mer, a bien voulu accorder son haut patronage et prononcera une allocution d’ouverture.

Il bénéficie du parrainage – c’est un grand honneur – de la First Lady Michelle Obama qui sera peut-être présente.

Le Comité d’Honneur est composé de 4 Prix Nobel de littérature connus pour leur engagement : Mr Derek Walcott (qui a déjà annoncé qu’il sera présent), Wole Soyinka, Toni Morrison et JMG Le Clézio, et aussi de Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt), Maryse Condé (Ecrivain), Christiane Eda-Pierre (Cantatrice), et Robert Badinter (ancien Gardes des Sceaux, Ministre de la Justice de 1981 à 1986). Ce contexte prestigieux de personnalités à nos côtés vise à donner du poids aux conclusions de ce colloque scientifique qui seront largement médiatisées à travers le monde entier (nous avons déjà l’accord de télévisions américaines, européennes, africaines).

Il s’agit d’un projet de collaboration scientifique et culturelle de grande envergure sur une question de première importance qui concerne l’humain et les fondements de notre société et dont la Martinique (terre natale d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon) et la Guadeloupe (qui a récemment inauguré son Mémorial ACTe) seraient les bâtisseurs. La Caraïbe qui a payé un lourd tribut à l’esclavage avec ses 10 millions d’Africains déportés apparait bien placée pour échanger des savoirs sur cette question et créer des savoir-faire.

Le colloque vise à :

  • Décrire les conséquences psychologiques de l’esclavage,
  • Identifier les praticiens et les chercheurs qui pourront mettre en œuvre des recherches dans ce domaine,
  • Identifier les possiblités d’enquêtes collaboratives entre les différents pays de la Caraïbe d’une part et d’autre part entre la Caraïbe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud afin de vérifier les hypothèses et les résultats des actions mises en place.

PROGRAMME

Introduction à la subjectivité de l’esclave

Le vécu des razzias, de l’arrachement, de la traversée. La métamorphose en objet

L’arrivée, la vie quotidienne. Le maitre et l’esclave,  les arrangements, les résistances

L’évolution au cours des siècles, selon les lieux

Les révoltes et leur retentissement sur « le moral des troupes ».

Les récits : qu’ont dit de leur vécu psychologique les personnes mises en esclavage ?  Conséquences chez les enfants et les adultes de la maltraitance au quotidien.

Divers conflits intrapsychiques. Facteurs de destruction et de protection de l’estime de soi. Y a-t-il des dénominateurs communs aux psychismes façonnés par l’esclavage ?

Qu’est-ce que le psycho-traumatisme ?

L’inscription épigénétique du psycho-traumatisme et sa transmission transgénérationnelle. Certains comportements sociaux, certains symptômes actuels de patients (violence,  comportements anti-sociaux, conduites auto-punitives, certaines obésités, certains tempéraments dépressifs, anxieux) peuvent-ils être rattachés à l’esclavage ?

Après l’abolition,les conditions des Noirs ont été différentes dans la Caraïbe francophone, anglophone ou hispanophone, aux Etats-Unis et au Brésil, comment ces conditions ont-elles imprimé leurs marques ?

Des facteurs de protection ont-ils permis d’enrayer la transmission transgénérationnelle ? A l’inverse, lorsque les facteurs dommageables sont plus nombreux, un cycle de la haine de soi apparaît-il ? Par une reproduction des modèles intériorisés (internalizedracism) ? Quels sont les mécanismes intimes de cette « aliénation » ?

Y a-t-il des dénominateurs communs aux psychismes façonnés par l’esclavage ? Quels mécanismes conduisent de l’esclavage au renforcement du racisme ? Quel impact l’esclavage a-t-il eu sur la représentation du Noir actuelle et sur les relations sociales dans la Caraïbe, en Europe, aux Etats-Unis, au Brésil, et en Afrique ?

Introduction à la subjectivité du maître et de son entourage

Les affects en jeu chez les maîtres.

Pourquoi le fonctionnement mental du raciste résiste-t-il aux faits aujourd’hui ?

La loi, La loi du plus fort.

Les bénéfices secondaires du racisme.

Le sadisme.

La compassion.

Le psychisme des Blancs façonné par l’esclavage ?

Quelle continuité entre esclavage, revendication identitaire et racisme ?

Les meurtres de Noirs par des policiers aux Etats-Unis : approfondir l’analyse de ce comportement et le mettre en perspective

L’intériorisation du racisme

conséquences sur la psychologie des populations et possibilités d’intervention thérapeutique.

Quelles pistes pour la résilience ? Sortir de l’esclavage des symptômes de l’esclavage ?

 

MERCREDI  26  OCTOBRE

SOIREE  CULTURELLE  (PAYANTE) AU  DOMAINE  DE  FONDS  ST JACQUES

Vendredi 28 octobre : Mémorial ACTe, Guadeloupe

Sociologie politique

Quel impact des lois (code noir, lois instaurant l’apartheid, décrets d’abolition, loi Taubira, loi Gayssot de 1972, droits civiques et Jim Crow, législation trinidadienne, brésilienne etc.) sur la psychologie des populations dans les différents pays concernés ? Etude des résistances

Mise en place des recherches et des interventions sociales

Identification des équipes et des thèmes de recherche et des interventions sociales. Par exemple études d’opinion, par exemple mise en perspective historique de l’étude « Racisme, discrimination et intégration dans la France de 2010 » ; Recherche sur les mariages mixtes. Conclusions et éléments de langage, stratégies de communication et de valorisation des résultats du colloque. Contributeurs de l’ouvrage et propositions de titres des chapitres

Visite de l’exposition permanente au Mémorial ACTe (payante)

Initié par le président du Conseil régional Victorin LUREL et la Région Guadeloupe accompagnés par le Comité International des Peuples Noirs (CIPN), le Mémorial ACTe a pour ambition originelle de créer un lieu dédié à la mémoire collective de l’esclavage et de la traite, ouvert sur le monde contemporain. En plus d’être directement celle des Guadeloupéens et des habitants de la Caraïbe, l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière concerne toute l’Humanité. Offrir un lieu de mémoire et de recherche, c’est, en plus de fédérer toutes les composantes de la population autour d’un passé commun, s’engager à poser la question de la liberté, de toutes les libertés et du vivre ensemble. En 2014, les ONG estimaient que 36 millions de personnes étaient asservies dans des conditions assimilables à l’esclavage, prouvant ainsi que les problématiques et réflexions menées par le 
Mémorial ACTe sont d’une incontestable actualité.

Conclusions et éléments de langage

Stratégies de communication et de valorisation des résultats du colloque.

Contributeurs de l’ouvrage et propositions de titres des chapitres

 

 

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