10 mai 2006 .. un évènement dans l’Histoire de la France et des Francais

 
 
                          Ce 10 Mai  2006, j’avais  décidé  d’assister a  la  » PREMIERE  COMMEMORATION  DE LA TRAITE NEGRIERE, DE  L’ESCLAVAGE et  de  TOUTES  LES ‘ABOLITIONS »,  et  pour  cause…..!!! j’ai  longtemps souffert de   cette absence  de  reconnaissance vraie  dont  l’homme  antillais est  victime, malgré  tout  ce  qu’il  peut  recevoir  et  manifester  comme  témoignage  de  son  appartenance  a  la  Nation  Française  et  au delà…
 
                      La reconnaissance de  cette  origine   longtemps  tue  et   bafouée,  ne  saurait  plus  être   ignorée   AUJOURD’HUI dans  la  société universelle  des   Hommes, pour  peu  que   L’IDENTITE  a  laquelle  il  s’est si  souvent trouvé confronté, s’enracine d’abord  et  AVANT  TOUT  dans  cette  douloureuse  période qu’a  été   la  traite des  Nègres.
 
                      Renaître  sous  un  nouveau  jour,  sous  une  identité   jusque là  purement  formelle, et  percevoir a  la  fois ce  voile  qui  se  lève en  même  temps  qu’un  avenir  encore  a  entreprendre, place  l’individu  que   je  suis  devant  une   refondation  de  lui-même, tant  les  compromis et  les  substituts semblaient  avoir été d’une  divine  condescendance.
 
                      Il  ne s’agit  pas  de remettre  systématiquement  en  question  ce qui  paraît  acquis, mais il  devient  alors  utile  ou  nécessaire  d’en  confirmer  ou  de  préciser de justes valeurs  au  statut  d’ETRE HUMAIN   jusqu’aux  droits qu’il  convient  d’égaliser aux  qualités nationales des  ultramarins  et  des  particularités  de  l’Outre  Mer.
 
                      Ainsi, une  mise a  jour de cette  conscience collective saura – t-elle servir  le  bon  sens  et  la  compréhension des  rapports et  des  réalités  distinctives autant  que communes dans l ‘histoire et  le  quotidien, sans  stigmatisations   ni  excès  au  regard  de  la  nature   humaine.
 
HONNI SOIT  QUI  MAL  Y  PENSE!
 
                     A peine sorti  du  métro, les  trottoirs  grouillaient  de  monde, et mon  premier  geste  était  de  m’informer  aupres des  policiers,  de  l’entrée du  public. ce  qui  me  fut  précisé et   je me  précipitai alors même  si  un  léger  retard  ne  me  garantissait nullement les  premières  loges.
Longeant  ainsi  les  barrières  dressées, que  ne  fut  pas  ma  surprise et  de  m’indigner de  voir combien  elles  éloignaient  le  public d’ une  cérémonie  qui  ne  saurait  avoir  d’autre  caractère  que  populaire.  Ce  ne  sont  quand  même  pas  les  champs  Elysées un  14 juillet!!! c’est  alors  que  je  m’aperçus que   nombre  de  promeneurs « incognito »  semblaient s’approcher lentement  de  l’attroupement…. je  continuai  donc  pour  être  au  plus  près et   bientot  me  retrouvai  parmi  les  « invités » comme  beaucoup  d’autres curieux(?)  malgré eux..
                       
                       La  voix  de  Jacques  MARTIAL s’éleva avec  les  mots  extraits du  « Cahier  d’un  Retour au  Pays Natal » pour  résonner, et  retentir aussi  loin  qu’ aux  confins de  l’Ile  de  France  . Le  Président  CHIRAC  debout , écoute avec  ferveur ces  mots  qui  ébranlent  l’air  environnant, et  les  feuilles même  des  arbres alentours…de  chaque  côte  des  marches  de  l’escalier qui  ouvre sur  le  plan d’eau, les  personnalités  ou  je  reconnais  le  Premier  Ministre , le  Ministre  de la  Culture  et  Le  Ministre   de  l’Outre-Mer, la  députée Mme  Christiane  TAUBIRA, et  de  l’autre le Ministre  de  l’égalité des  Chances, Mme Lucette MICHAUX-CHEVRY,députée  de  Guadeloupe et d’autres  élus des  DOM-TOM et  je  l’ai  sû  par  la  suite la  présence de Lilian THURAM.
                     
                       Jamais   voix  n’avait   porté  aussi  haut l’âme  de   nos  ancêtres si  longtemps plongées  dans  le  silence  des  siècles, jamais voix  n’ait  appelé a  reconnaitre les  descendants que  nous sommes au  sursaut d’une  identité  mieux   comprise  et  acceptée, mieux  partagée  parce  que  plus  équitable, selon   les  mots  qu’exprimait ainsi  Aimé CESAIRE.
Bien  des  spectateurs se réjouissaient  comme  moi  d’accompagner   ces  évocations douloureuses, ces  indignations autant  que  les  prières  et  les  exhortations  nées de  cette  volonté  de  résurgence sinon  d’émergence. 
Une  ovation  retentissante confirmait  par  une  poignée  de   main  chaleureuse  du  Président  CHIRAC  et  du  Premier  Ministre M. de  VILLEPIN  au  déclamateur d’un  rare  talent.
                     
                       Dans son discours  explicite et de  réconfort  certain , le Président  CHIRAC a rappelé  l’historique  de  ces  ignominies et  de  ces  injustices, précisant  même la réécriture  de  la   Bible  ou  les  Nègres apparaissaient   comme étant les  fils  de  CHAM. Un vaste  programme sous l’égide de  la  Mission  confiée  a  Maryse  CONDE, tant  pour rassurer  beaucoup  de  celles et ceux   issus  des  colonisations, que  pour donner  de  l’extension au devoir  de  mémoire  par  l’ histoire oublié. Loin de  se  priver  d’un   bain  de  foule, tour  a  tour  livrant  des  autographes, ou  serrant  des  mains, le  Président  acceptait  volontiers  de se  faire photographier aux côtés  de  participants enthousiastes .
 
                        La foule alors se dispersait lentement,  tandis  que  les uns retrouvaient des amis, interviews et  mots de  sympathie s’échangeaient, des  mains  se  serraient,  comme  de  chaleureuses retrouvailles dans la  fraternité , avec pour  toile  de  fond l’oeuvre  botanique de  Léa   Saint Julien  témoin éphémère d’un  évènement de  l’histoire…
 
* Ecouter  le discours de  la  lauréate du  Concours de Plaidoiries 2005 (avec  Windows  média9)
 
Luckbrown (c) Copyright 05.2006
 
NB. Je me suis  étonné quand  même que  ce discours n’ait  pas été  conclu d’ un :  »  Vive la République, Vive la France !! »
 
 Annexes

Allocution de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l’occasion de la première journée commémorative en métropole du souvenir de l’esclavage et de son abolition.

Jardin du Luxembourg – mercredi 10 mai 2006

Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs,

Ici même, au Sénat, le 10 mai 2001, à l’unanimité, la représentation nationale a solennellement qualifié la traite et l’esclavage de crime contre l’humanité. La France a ouvert la voie aux autres nations : mémoire et justice devaient être rendues à ces millions et ces millions de victimes anonymes de l’esclavage. Aujourd’hui, 10 mai 2006, la France célèbre la première journée consacrée en métropole à la mémoire de la Traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.

La Traite occidentale, du début du XVIème jusqu’au milieu du XIXème siècle, ne fut ni la première, ni la seule manifestation de la traite négrière, qui s’est étendue sur plus d’un millénaire. Et elle a nécessité, c’est vrai, des complicités multiples, jusque dans les pays d’origine des esclaves.

Mais, par le caractère systématique qu’elle a revêtu, par son extension géographique, la Traite occidentale a exercé une influence sur l’évolution de tout notre monde. Le commerce triangulaire a été une entreprise de déshumanisation qui a duré plusieurs siècles, et à l’échelle de plusieurs continents. Une tragédie, qui a vu la déportation en masse d’hommes, de femmes, d’enfants, arrachés à leur terre, aux leurs, et convoyés comme des animaux.

En ravalant les esclaves au rang de « biens meubles », le Code noir, promulgué en France en 1685, leur déniait la qualité d’homme. La légende biblique elle-même fut pervertie, pour légitimer ce trafic odieux : certains prétendirent que les Noirs descendaient de Cham, maudit par son père Noé. Et voilà comment l’on essaya de justifier l’infâme et l’injustifiable.

Ne nous y trompons pas : aujourd’hui encore, cette tragédie a des échos. En Occident notamment, elle a donné corps aux thèses racistes les plus insupportables, en contradiction absolue avec les idées des Lumières. En privant l’Afrique d’un sang vigoureux, elle a épuisé ce continent. Et, aujourd’hui encore, des formes d’esclavage et de travail forcé subsistent dans le monde, contre lesquelles nous devons plus que jamais nous mobiliser.

Dans ce drame, pourtant, sont nés de nouveaux peuples, et une culture forte et originale : nous venons d’en avoir deux puissants exemples, avec la « Forêt des Mânes », ce voyage à travers la mémoire des ancêtres, accompli par Léa de SAINT-JULIEN, que je félicite encore et qui a fait une superbe réalisation.

Et avec l’interprétation par Jacques MARTIAL de cet immense poète qu’est Aimé CÉSAIRE. Dans cet extrait du Cahier d’un retour au Pays natal, vous aurez noté que jamais le mot d’ »esclavage » n’est prononcé. Et cette absence augmente encore la puissance de l’évocation. Elle fait surgir la réalité dans la béance même de ce qui n’est pas dit. Quel hommage à la noblesse de celles et de ceux à qui l’on a tout ôté, sauf l’essentiel : l’humanité.

Cette première journée à la mémoire de l’esclavage et de ses abolitions constitue une étape très importante pour notre pays. D’autant plus importante que, depuis toujours, l’Outre-Mer a partie liée avec la République et participe à la nature même de notre identité française.

J’ai voulu que tous les pouvoirs publics se mobilisent à l’occasion de cette commémoration, pour signifier la participation de la nation tout entière à cette prise de conscience empreinte de gravité et de fraternité.

Aujourd’hui auront lieu de très nombreuses manifestations publiques. Un hommage sera rendu aux grands hommes, inhumés au Panthéon, qui ont combattu l’esclavage : Toussaint LOUVERTURE, le commandant DELGRÈS, Victor SCHOELCHER. Dans les établissements scolaires, les enseignants organiseront un moment de réflexion et de recueillement dans leur classe. Les chaînes publiques de radio et de télévision proposeront une programmation spéciale. Chaque préfet organisera dans son département une cérémonie en souvenir de l’esclavage. Et le Gouvernement français est représenté à Gorée, au Sénégal, un des lieux de départ de la Traite, Gorée qui a vu tant de souffrances et tant de déchirements.

Mesdames et Messieurs,

Regarder tout notre passé en face, c’est une des clés de notre cohésion nationale. C’est une force supplémentaire pour notre avenir car c’est la marque de notre capacité à avancer, ensemble. Nous devons regarder ce passé sans concession, mais aussi sans rougir. Car la République est née avec le combat contre l’esclavage. 1794, 1848 : la République, c’est l’abolition.

Nous sommes les héritiers de ces républicains. Nous pouvons être fiers de leur combat pour les droits de l’homme. Aujourd’hui encore, leur engagement nous oblige. Cette première commémoration n’est pas un aboutissement : c’est un début. C’est l’affirmation nécessaire d’une mémoire de l’esclavage partagée par tous les Français.

Quelle que soit notre origine, nous sommes tous réunis par une identité majeure : l’amour de la France, la fierté de vivre ici, le sentiment de la communauté nationale, le respect des lois de la République.

Le combat de la République pour l’égalité, l’unité, la fraternité, la liberté, c’est un combat plus que jamais actuel, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières. Pour que vive la République, il nous faut lutter sans relâche contre tout ce qui peut l’empoisonner. Les discriminations font perdre la foi républicaine à ceux qui en sont victimes. Les discriminations, le racisme, c’est la négation de tout ce que nous sommes, de tout ce qui nous avons construit, de tout ce qui nous fait vivre en tant que Nation.

Pour vaincre les préjugés, il faut lutter contre l’ignorance, contre l’oubli. C’est aussi pour cela que nous avons besoin de cette journée en mémoire de l’esclavage. Pour que cet événement vive dans la durée, il faut maintenant l’incarner dans un lieu de mémoire, de travail, d’échange. Un lieu de recherche, de culture, de fraternité. C’est la mission que j’ai confiée au Professeur Edouard GLISSANT, chargé de préfigurer le futur Centre national consacré à la traite, à l’esclavage et à leurs abolitions.

Il faut également à cette mémoire un lieu symbolique, porté par une œuvre forte. Ici même, au Jardin du Luxembourg, où la Haute Assemblée s’est prononcée le 10 mai 2001, prendra place une œuvre originale commémorant la Traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions. Je demande au ministre de la culture d’organiser dans les meilleurs délais un concours public à cette fin.

Mesdames et Messieurs,

La France, c’est l’exigence. Exigence de mémoire, exigence de justice, exigence de vérité et de fraternité. C’est parce qu’elle a toujours porté ce message qu’elle occupe dans le monde une place singulière. Face à l’infamie de l’esclavage, la France a été au rendez-vous, la première. Ce combat, elle continuera à le mener, pour la mémoire et contre toutes les formes modernes de l’oubli ou de l’esclavage.

C’est sa vocation et c’est sa grandeur.

Et, au-delà de ce combat, à travers le souvenir de l’esclavage et de ses abolitions, c’est aussi la diversité française que nous célébrons aujourd’hui. Une diversité, ferment d’unité. Une diversité qui fait notre force et dont nous pouvons et devons être fiers.

Je vous remercie.

source : http://www.elysee.fr
Les droits de reproduction sont réservés et strictement limités

 

Extrait du CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL, Aimé Césaire,
© 1955, édité par Présence Africaine.
Extrait cité par M. Jacques Martial, lors de la Cérémonie en l’honneur de la première journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition

[…] le pain, et le vin de la complicité, le pain, le vin, le sang des épousailles véridiques.

[…]

Au bout du petit matin,
la mâle soif et l’entêté désir,
me voici divisé des oasis fraîches de la fraternité
ce rien pudique frise d’échardes dures
cet horizon trop sûr tressaille comme un geôlier.

Ton dernier triomphe, corbeau tenace de la Trahison.

Ce qui est à moi, ces quelques milliers de mortiférés qui tournent en rond dans la calebasse d’une île et ce qui est à moi aussi, l’archipel arqué comme le désir inquiet de se nier, on dirait une anxiété maternelle pour protéger la ténuité plus délicate qui sépare l’une de l’autre Amérique ; et ses flancs qui sécrètent pour l’Europe la bonne liqueur d’un Gulf Stream, et l’un des deux versants d’incandescence entre quoi l’Equateur funambule vers l’Afrique. Et mon île non-clôture, sa claire audace debout à l’arrière de cette polysnésie, devant elle, la Guadeloupe fendue en deux de sa raie dorsale et de même misère que nous, Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité et la comique petite queue de la Floride où d’un nègre s’achève la strangulation, et l’Afrique gigantesquement chenillant jusqu’au pied hispanique de l’Europe, sa nudité où la Mort fauche à larges andains.

Et je me dis Bordeaux et Nantes et Liverpool et New York et San Francisco
pas un bout de ce monde qui ne porte mon empreinte digitale
et mon calcanéum sur le dos des gratte-ciel et ma crasse
dans le scintillement des gemmes !
Qui peut se vanter d’avoir mieux que moi ?
Virginie. Tennessee. Géorgie. Alabama
[…]

Ce qui est à moi aussi : une petite cellule dans le Jura,
une petite cellule, la neige la double de barreaux blancs
la neige est un geôlier blanc qui mont la garde devant une prison

Ce qui est à moi
c’est un homme seul emprisonné de blanc
c’est un homme seul qu défie les cris blancs de la mort blanche
(TOUSSAINT, TOUSSAINT LOUVERTURE)
[…]
c’est un homme seul dans la mer inféconde de sable blanc
c’est un moricaud vieux dressé contre les eaux du ciel
La mort décrit un cercle brillant au-dessus de cet homme
la mort étoile doucement au-dessus de sa tête
la mort souffle, folle, dans la cannaie mûre de ses bras

[…]
Gonflements de nuit aux quatre coins de ce petit matin
soubresauts de mort figée
destin tenace
cris debout de terre muette
la splendeur de ce sang n’éclatera-t-elle point ?
[…]

voum rooh oh
que mes cieux à moi s’ouvrent
[…]

Non, nous n’avons jamais été amazones du roi du Dahomey, ni princes de Ghana avec huit cent chameaux ni docteurs à Tombouctou Askia le Grand étant roi, ni architectes de Djenné, ni Mahdis, ni guerriers. Nous ne sentons pas sous l’aisselle la démangeaison de ceux qui tinrent jadis la lance. Et puisque j’ai juré de ne rien celer de notre histoire (moi qui n’admire rien tant que le mouton broutant son ombre d’après-midi), je veux avouer que nous fûmes de tout temps d’assez piètres laveurs de vaisselle, des cireurs de chaussures sans envergure, mettons les choses au mieux, d’assez consciencieux sorciers et le seul indiscutable record que nous ayons battu est celui d’endurance à la chicotte…
Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ; que les pulsations de l’humanité s’arrêtent aux portes de la nègrerie ; que nous sommes un fumier ambulant hideusement prometteur de cannes tendres et de coton soyeux et l’on nous marquait au fer rouge et nous dormions dans nos excréments et l’on nous vendait sur les places et l’aune de drap anglais et la viande salée d’Irlande coûtaient moins cher que nous, et ce pays était calme, tranquille, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes.

Nous vomissure de négrier
Nous vénerie des Calebars
quoi ? Se boucher les oreilles ?
Nous, soûlés à crever de roulis, de risées, de brume humée !
Pardon tourbillon partenaire !

J’entends de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit d’un qu’on jette à la mer… les abois d’une femme en gésine… des raclement d’ongles cherchant des gorges… des ricanements de fouet… des farfouillis de vermine parmi des lassitudes…

Rien ne put nous insurger jamais vers quelque noble aventure désespérée.
[…]
Ainsi soit-il. Ainsi soit-il. C’était écrit dans la forme de leur bassin.

[…]

Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité
ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre
gibbosité d’autant plus bienfaisante que la terre déserte
davantage la terre
silo où se préserve et mûrit ce que la terre a de plus terre
ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’oeil mort de la terre
ma négritude n’est ni une tour ni un cathédrale

elle plonge dans la chair rouge du sol
elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l’accablement opaque de sa droite patience.

Eia pour le Kaïlcédrat royal !
[…]

Tiède petit matin de vertus ancestrales

[…]

Eia pour la joie
Eia pour l’amour
Eia pour la douleur aux pis de larmes réincarnées.

et voici au bout de ce petit matin ma prière virile
que je n’entende ni les rires ni les cris, les yeux fixés
sur cette ville que je prophétise, belle,
donnez-moi la foi du sauvage du sorcier
donnez à mes mains puissance de modeler
donner à mon âme la trempe de m’épée
je ne me dérobe point. Faites de ma tête une tête de proue
et de moi-même mon coeur, ne faites ni un père, ni un frère,
ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,
ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie
comme le poing à l’allongée du bras !
Faites-moi commissaire de son ressentiment
faites-moi dépositaire de son sang
faites de moi un homme de terminaison
faites de moi un homme d’initiation
faites de moi un homme de recueillement
mais faites aussi de moi un homme d’ensemencement

faites de moi l’exécuteur de ces oeuvres hautes
voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme-

Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine
ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine
car pour me cantonner en cette unique race
vous savez pourtant mon amour tyrannique
vous savez que ce n’est point par haine des autres races
que je m’exige bêcheur de cette unique race
que ce que je veux
c’est pour la faim universelle
pour la soif universelle

la sommer libre enfin
de produire de son intimité close
la succulence des fruits.

[…]

Tenez je ne suis plus qu’un homme, aucune dégradation, aucun crachat ne le conturbe,
je ne suis plus qu’un homme qu accepte n’ayant plus de colère
(il n’a plus dans le coeur que de l’amour immense, et qui brûle)

[…]

Et voici soudain que force et vie m’assaillent comme un taureau […].

Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique. […]
car il n’est point vrai que l’oeuvre de l’homme est finie
que nous n’avons rien à faire au monde que nous parasitons le monde
qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l’oeuvre de l’homme vient seulement de commencer
et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force
et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu’à fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite.

[…]

Et je cherche pour mon pays non des coeurs de dattes, mais des coeurs d’homme qui c’est pour entrer aux villes d’argent par la grand’porte trapézoïdale, qu’ils battent le sang viril, […] .

Et au milieu de tout cela je dis hurrah ! […]

le négrier craque de toute part… Son ventre se convulse et résonne… […]

[…]

La négraille aux senteurs d’oignons frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté

Et elle est debout la négraille

la négraille assise
inattendu ment debout
debout dans la cale
debout dans les cabines
debout sur le pont
debout dans le vent
debout sous le soleil
debout dans le sang
debout
et
libre
debout et non point pauvre folle dans sa liberté et son dénuement maritimes girant en la dérive parfaite
et la voici :
plus inattendument debout
debout dans les cordages
debout à la barre
debout à la boussole
debout à la carte
debout sous les étoiles

debout
et
libre

et le navire lustral s’avancer impavide sur les eaux écroulées.

Et maintenant pourrissent nos flocs d’ignominie !
[…]

[…]
dévore vent
je te livre mes paroles abruptes
dévore et enroule-toi
et t’enroulant embrasse-moi d’un plus vaste frisson
embrasse-moi jusqu’au nous furieux
embrasse, embrasse NOUS
[…]
embrasse, ma pureté ne se lie qu’à ta pureté
[…]
et lie, lie-moi sans remords
lie-moi de tes vastes bras à l’argile lumineuse
lie ma noire vibration au nombril même du monde
lie, lie-moi fraternité âpre
puis m’étranglant de ton lasso d’étoiles
monte, Colombe
monte
monte
monte
Je te suis, imprimé en mon ancestrale cornée blanche.
monte lécheur de ciel
et le grand trou noir où je voulais me noyer l’autre lune
c’est là que veux pêcher maintenant la langue maléfique de la nuit en son immobile verrition !

Aimé Césaire

La France commémore le 10 Mai 2006
La cérémonie au Jardin du Luxembourg à Paris avec le chef de l’Etat
 
La première journée nationale de commémoration de l’esclavage a eu lieu ce mercredi en fin de matinée au Jardin du Luxembourg à Paris. Le Président de la République, accompagné du Premier ministre Dominique De Villepin, de la député Christiane Taubira et l’écrivain Maryse Condé, présidente du comité pour la Mémoire de l’esclavage étaient présents pour l’événement.

Par Mame Diarra Diop

« Cette cérémonie de commémoration est la volonté d’une représentation nationale. Un hommage doit être rendu aux millions d’anonymes qui ont subi l’esclavage, cette entreprise de déshumanisation et grande tragédie… », a déclaré, ce mercredi matin au jardin du Luxembourg à Paris, Jacques Chirac à l’occasion de cette première journée du 10 mai, date commérant désormais l’abolition de l’esclavage et de la Traite négrière. Plusieurs personnalités afro-caribéennes présentes ont bien voulu donner leur sentiment à Afrik sur l’événement.

Maryse Condé, Présidente du Comité pour la Mémoire de l’Esclavage
« On reconnaît enfin la présence, le rôle et la souffrance de nos ancêtres. Et cette reconnaissance ne doit pas s’arrêter là et prendre alors, une ampleur plus vaste dans la nation française. Nous avons élaboré un carnet de propositions au Président de la République et que nous avons publié aux éditions de la Découverte et qu’il faut absolument lire ! Vous y verrez tout ce qu’on demande pour changer la vie de la société. »

Christiane Taubira, député de Guyane
« Je trouve que le texte d’Aimé Césaire dit par Jacques Martial et que je connais presque par cœur d’ailleurs, est un texte somptueux, qui avait exactement les mots qu’il fallait pour ce 10 Mai. Jacques Martial a donné la voix et la force qu’il fallait et sa déclamation suffisait amplement pour donner à l’événement toute son envergure et toute sa profondeur. »

Jacques Martial, comédien
« C’est une date importante. Je suis très fier d’avoir été invité pour participer à cette commémoration avec ce texte incroyable de Cahier d’un retour au pays natal. Ce 10 Mai est un moment d’ouverture. C’est l’occasion de pouvoir nommer les choses. De commencer à construire une nouvelle fraternité en connaissance de notre histoire.

Calixthe Beyala, écrivain
« J’ai dit merci au Président Chirac. Parce qu’il nous a donné à voir et à entendre quelque chose qu’on n’espérait plus, ni voir, ni entendre. C’est un jour magique ! C’est un jour magnifique ! J’ai senti que les ancêtres étaient présents, j’ ai senti l’amour de la terre pour la première fois, la communion avec les autres êtres humains. Nous commémorons cette date, parce qu’il y a des mouvements noirs qui, depuis des années, oeuvrent et il n’ y a pas que la loi Taubira. C’est le fruit du travail d’associations, comme le Cofad (Collectif des filles et fils d’Africains déportés), de gens qui ont sacrifié leurs vies depuis vingt cinq ans pour obtenir ce que nous obtenons aujourd’hui. Je pense à un homme comme le professeur Assani Fassassi et qui a organisé le premier colloque à l’Unesco pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Personne ne semble se souvenir de ça. Et moi je pense qu’il est temps d’avoir une mémoire un peu plus longue. »

Luc Saint Eloy, comédien
« C’était une cérémonie solennelle. Je suis très heureux d’être témoin de ce virage historique et avec l’extrait de Cahier d’un retour au pays natal interprété par Jacques Martial, on a eu le message le plus puissant.. Le texte d’Aimé Césaire est tellement porteur qu’à la limite, on a plus besoin de discours. Je n’ai même plus besoin de dire que Monsieur Chirac était là pour témoigner que la France s’honorait de ce geste historique et on ne peut que dire merci. Nous allons maintenant construire ensemble. Avec cette date, la France commence enfin à regarder son passé et j’ai envie de dire qu’elle peut nous remercier aussi pour ça. Car tant de fois, nous avons volé au secours des valeurs républicaines de ce pays. »

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1 commentaire (+ vous participez ?)

  1. luckbrown
    Fév 15, 2014 @ 23:24:40

    A reblogué ceci sur * L U C K Y L A N D *.

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