QUAND LA FRANCE REVISITE L’HISTOIRE…..

En octobre 2010, environ 500 sans papiers ont occupé les lieux, et jusqu'à 300 ont dormi sur place.

En octobre 2010, environ 500 sans papiers ont occupé les lieux, et jusqu’à 300 ont dormi sur place. Crédits photo : THOMAS SAMSON/AFP

UN MUSEE  à  l’HISTOIRE  MOUVEMENTEE…

Le principe d’un musée de l’Immigration a été arrêté par Lionel Jospin, alors  Premier  Ministre en 2001. Après une longue gestation, et une décision prise par jacques Chirac, le lieu ouvre finalement ses portes en octobre 2007, dans un climat passionnel.

À l’époque, le Parlement envisage d’instaurer des tests ADN lors des regroupements familiaux, avec l’assentiment du ministère de l’Immigration. Ce dernier exerçant la tutelle conjointe du musée (avec la Culture, l’Éducation nationale) des membres du conseil scientifique démissionnent avec fracas. Exit toute possibilité de cérémonie officielle. En mars 2009, une nouvelle tentative est organisée. Mais elle échouera à nouveau, à cause du contexte politique. Eric Besson, dont la politique à la tête du ministère de l’Immigration est contestée, essuie une telle bronca sur place qu’il ne parvient pas à prononcer le moindre discours. Il est finalement «exfiltré» par le service d’ordre.

En octobre 2010, c’est le coup de grâce pour cette maison décidément très sensible. Cornaqués par la CGT, environ 500 sans papiers occupent les lieux. Jusqu’à 300 dorment sur place, et des banderoles sont déployées sur le fronton du palais de la porte Dorée. Le gouvernement, qui veut éviter des images télévisées d’expulsions par des CRS, met quatre mois à régler le problème. Le musée sera même fermé un temps, par décision préfectorale. «Des expulsions, comme il y avait eu après l’occupation de l’église Saint-Bernard, auraient signé notre fin» juge aujourd’hui Luc Gruson, actuel  directeur  du  Musée,  succédant   à  Jacques   TOUBON aujourd’hui, « Défenseur des  droits »img008

Dérouté par toutes ces polémiques, le public boudera longtemps les expositions de la porte Dorée, pourtant d’un bon niveau. Mais depuis, les choses se sont apaisées. Le Conseil d’orientation du musée, présidé par Jacques Toubon, puis, depuis cet été, par l’historien Benjamin Stora, a compris le message. En 2013 et 2014, la muséographie a été revue de fond en comble et recentrée sur l’histoire de l’immigration, l’ethnographie et les arts. Quant à l’actualité, elle se «règle» désormais au sein de débats, de tables rondes ou de conférences. Mercedes Erra, présidente exécutive de Havas Worldwide, a été nommée à la tête du Conseil d’administration et se charge, de son côté, de mobiliser les mécènes et d’organiser la communication. On lui doit d’ailleurs une première campagne d’affichage au ton volontairement décalé («Notre ancêtres n’étaient pas tous des gaulois» ou encore «L’immigration, cela fait toujours des histoires»).

7 ans  après  son  ouverture  donc,  François   HOLLANDE  trouve  dans  l’occasion  de  cette  inauguration,  un  moyen   peut  être  de  redorer   son  blason  et  de  reconquérir   un  électorat  en  déperdition  au  moment où  N.SARKOZY pointe  son  nez  à  la  présidence  de  l’UMP encore   secouée  par les « affaires »..

mediaLe  François Hollande et le défenseur des Droits, Jacques Toubon, visitent le musée de l’histoire de l’immigration, à Paris le 15 décembre.REUTERS/Yoan Valat/Pool

Le musée a ouvert ses portes en 2007, année de l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Lui avait refusé d’y mettre les pieds au nom de l’identité nationale. François Hollande a voulu au contraire dire la reconnaissance de la France pour ses immigrés, donner une vision positive de l’immigration en France.

C’était la volonté de François Hollande lors de l’inauguration de cette cité de l’immigration : « rendre aux immigrés la place qui leur revient dans leur récit national, de rendre justice à ceux qui venus en France pour libérer le pays ou tout simplement pour travailler ».

François Hollande a défendu une vision sereine de l’histoire de l’immigration en posant un regard positif sur ces hommes et ces femmes qui ont participé à a construction de la nation France. Un discours important, mais insuffisant pour les associations.

Pour Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, il s’agit d’« un discours intéressant, un discours sur la mémoire, un discours utile face aux différents populisme qui travaillent  notre pays, mais un discours qui vient bien tard, et qui n’est pas accompagné véritablement de moyens. »

Mais François Hollande a bien conscience que cette histoire, ce récit national, n’est pas le plus partagé par tous : « trop de compatriotes ne se sentent pas assez Français quand d’autres ne se sentent plus chez eux ». Le président évoque une double dislocation du pacte républicain qui porte atteinte au vivre ensemble. La faute à ceux qui jettent de l’huile sur le feu. François Hollande ne les nomme pas, mais Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen sont ceux par exemple qui veulent faire éclater Schengen. « C’est assez facile, dit-il. Schengen est la frontière de l’Europe (…) Faire éclater Schengen, faire disparaître Schengen, mais ça serait reculer, ça serait aboutir à rétablir des frontières, pays par pays. »

 

François Hollande lance un message de mobilisation alors que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme vient d’être faite cause nationale. François Hollande dit qu’il faut reprendre le combat, répondre, ne rien laisser passer, mettre fin au fantasme. « L’immigration, rappelle François Hollande, c’est 200 000 personnes en France par an pas plus. » François Hollande avait fait du droit de vote des étrangers aux élections locales une promesse de campagne en 2012. Il acte son impuissance à faire modifier la Constitution. « Aux forces républicaines de prendre leur responsabilité », dit-il.

Pour Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, c’est une promesse de trente ans. « On entend ce discours depuis Mitterrand en 1981, nous continuons à demander que cette question ne soit pas renvoyée au prétexte qu’on a pas les 3/5e, etc. Parce que ça, ça va durer tout le temps. Et qu’il s’agit d’une question qui a un pouvoir symbolique fort, de reconnaissance fort. »

En attendant, l’alternative c’est d’accélérer et favoriser l’acquisition la nationalité. Seule annonce de ce discours au musée de l’Immigration : la naturalisation de tous les étrangers de plus de 65 ans qui ont au moins un enfant Français.

Commentaires  selon RADIO FRANCE INTERNATIONAL 2014 (et   ajouts personnels)

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