APRES Abdou DIOUF …

Succession du secrétaire général Abdou Diouf à la tête de l’OIF

Francophonie : Jack Lang joue placé

Dans les grandes manoeuvres géopolitiques liées à la succession du secrétaire général de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie), Abdou Diouf, Jack Lang joue un rôle de joker pour les Africains, et l’Elysée. Et si la France n’a pas intérêt à bousculer la tradition qui veut que le secrétaire général soit un Africain, Jack Lang serait très utile à un poste d’administrateur que les Africains ne veulent surtout pas voir politisé.

Posté par IPR le Jeudi 06 Novembre à 17H20

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L’irruption de Jack Lang dans la mêlée feutrée liée la succession du secrétaire général, Abdou Diouf, s’inscrit dans une stratégie diplomatique complexe où les Africains, mais aussi la France et le Canada, les principaux pays donateurs à abonder le budget de l’institution, ont leur mot à dire et surtout, du fait de l’émergence du concept de francophonie économique, des intérêts à concilier. Si depuis le Sommet de Cotonou (1995), il était de tradition – non écrite – de voir le poste emblématique de secrétaire général « réservé » à un Africain, l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations unies, ayant précédé en 1997 l’actuel secrétaire général, Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal, le sommet de Dakar voit les Africains avancer en désordre, sans candidat « naturel », quand Ottawa – le gouvernement fédéral – fait le forcing pour imposer son prétendant, Michaëlle Jean, ex-gouverneur général du Canada, puis envoyée spéciale de l’Unesco pour Haïti, avant d’être nommée chancelier de l’Université d’Ottawa. Une femme issue du multiculturalisme cher aux Canadiens, qui n’hésite pas à déclarer, du fait de ses origines haïtiennes : « Je suis à la fois du Nord et du Sud, toutes les portes me sont ouvertes… », revendiquant ainsi une ascendance africaine, et ancillaire, es qualité d' »arrière-arrière-petite-fille d’esclave ».

Un curriculum que l’ex-premier ministre du Québec, Bernard Landry, critique – « la nomination de Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie constituerait une grave erreur » – et révise à la lumière du cynisme politique, dans les colonnes de la presse de la Belle province : « À titre de gouverneure générale du Canada, de 2005 à 2010, elle a été la représentante de la reine d’Angleterre (…) Passer de ce statut au personnage le plus important de la francophonie ne me paraît pas convenable. Ça m’apparaît être une mauvaise symbolique (…) Lorsqu’elle était gouverneure générale du Canada, je ne l’ai jamais vue engager quelque bataille que ce soit pour défendre la langue française ou la faire rayonner, alors qu’au Canada, malheureusement, en dehors du Québec, les minorités francophones sont en régression rapide. Tout cela me semble un mauvais alignement d’astres… » Pour les Canadiens français, le poste de gouverneur général du Canada est tout à la fois une simple fonction de représentation et un anachronisme en tant que survivance du pouvoir colonial anglais.

L’éventualité d’une tutelle nord-américaine sur la francophonie

Et quand bien même le profil de cet apparatchik international – elle n’a jamais été démocratiquement élue – qui ajoute un plaidoyer féministe très personnel à la cause de la francophonie finirait par emporter un consensus, fondé sur l’intense effort financier promis par le premier ministre canadien, Stephen Harper, au moment où la participation de la France apparaît nettement en retrait, l’OIF se retrouverait dans une situation délicate, avec deux Canadiens aux manettes.

En effet, l’administrateur de l’OIF est un Québecquois, Clément Duhaime, bras droit de M. Abdou Diouf, seul et unique titulaire de ce poste depuis sa création en 2006, et son mandat court normalement jusqu’en 2018.

Une telle configuration est inimaginable. Clément Duhaime a déjà fait savoir qu’il démissionnerait si Michaëlle Jean venait à être désignée à Dakar lors du huis-clos fatidique. Or si l’administrateur a pour mission d’exécuter et de gérer la coopération, le secrétaire général, en dépit du lustre attaché à la fonction, n’est qu’un luxueux poste de haut fonctionnaire. L’OIF est placée sous la tutelle de trois instances politiques, le Sommet, l’instance suprême, qui se réunit tous les deux ans les chefs d’Etat, la Conférence ministérielle et le Conseil permanent de la francophonie.

Les Africains, sachant que le Canada s’est toujours opposé à l’attribution d’un siège pour l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU, de même qu’à la création d’une agence de l’ONU chargée de la lutte contre les changements climatiques (Sommet de Kinshasa en 2012), voient d’un œil méfiant le soudain engouement d’Ottawa pour l’OIF et l’éventualité d’une tutelle nord-américaine sur la francophonie, à l’heure où le poids de l’Afrique subsaharienne et de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) va croissant.

Une faute politique

Si la nécessité budgétaire peut conduire le Sommet de Dakar à désigner Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie, pas un chef d’Etat africain n’acceptera qu’un de ses ressortissants devienne administrateur et donc grand argentier de l’OIF, au risque de « politiser » un poste jusqu’alors « neutralisé » car opportunément attribué à un représentant du « Nord », de l’Occident.

Or Michaëlle Jean, peu au fait des réalités de la géopolitique africaine, a d’ores et déjà proposé le poste tenu par Clément Duhaime à des personnalités africaines politiquement engagées dans leurs pays respectifs, le Mauricien Jean-Claude de L’Estrac entre autres ; une erreur d’appréciation qui a sans doute concouru à susciter de la part des Africains, M. Abdou Diouf en tête, une « candidature » française en la personne de Jack Lang.

C’est ce qui expliquerait l’émergence opportune de son nom à Paris, dans les ministères et La Lettre de l’Expansion, mais aussi, depuis hier, dans les colonnes de La Lettre du Continent (n°693) : « Une désignation de la Canadienne Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), fin novembre, pourrait pousser l’ancien ministre français de la Culture, Jack Lang, à se positionner pour le fauteuil d’administrateur de la même organisation. Le poste est actuellement occupé par Jean Duhaime, lui-même canadien. Or ce dernier ne pourrait rester en fonction dans l’hypothèse où sa compatriote succèderait à Abdou Diouf, deux ressortissants du même pays ne pouvant occuper les deux postes exécutifs de l’OIF. »

Philippe Le Claire pour Imaz Press Réunion

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