ESCLAVAGE : la part de l’EUROPE, la part de l’AFRIQUE ….

« On  ne  nous a pas   pas  tout  dit     » !!

Reste  que  l’histoire sinon  la  mémoire   ne  s’enfouit  pas   comme  ça…  un  beau   jour,  à   force ,  elle   remonte ,  elle  rejaillit…. Ce  qui   explique   que l’Afrique soit  obligée   à  son  tour  de  reconnaître  après   la   France(2001 !) les conséquences de ce  désastre   humainement   insoutenable  !

10 mai

Esclavage : « La complicité de monarques africains est une donnée objective », selon l’anthropologue sénégalais Tidiane N’Diaye

  • Par Philippe Triay
  • Publié le 07/05/2015 | 13:35, mis à jour le 07/05/2015 | 16:49

Les traites et les esclavages occidental et arabo-musulman n’auraient pas été possibles sans la collaboration active des Africains. Décryptage avec l’historien et anthropologue sénégalais Tidiane N’Diaye.

Document d'archives montrant une capture d'esclaves. © DR
© DR Document d’archives montrant une capture d’esclaves.
C’est une réalité sur laquelle historiens, journalistes et militants ont souvent jeté un voile, par lâcheté intellectuelle ou opportunisme idéologique. Mais les faits sont têtus, et il existe assez d’archives pour l’attester. Durant les longs siècles de traite et d’esclavage arabo-musulman puis occidental, des Etats négriers d’Afrique ont participé et se sont enrichis grâce à ce commerce, comme les royaumes d’Ashanti ou d’Abomey (actuels Ghana et Bénin) par exemple (voir cartes ci-dessous).

Auteur d’un ouvrage remarqué sur l’esclavage arabo-musulman, « Le génocide voilé » (éditions Gallimard, 2008), l’anthropologue et économiste sénégalais Tidiane N’Diaye explique à propos de la traite que « la complicité de certains monarques et leurs auxiliaires africains dans ce commerce criminel est une donnée objective ». Interview sans langue de bois.

Ce sont des faits historiques souvent négligés ou occultés par les chercheurs, mais des Africains ont aidé à alimenter la traite transatlantique et le système esclavagiste durant des siècles. Comment cela se passait-il ? Qui étaient les principaux protagonistes ?
Tidiane N’Diaye :
Vous savez, dans cette tragédie les prédateurs, d’abords arabes puis occidentaux ont excité la cupidité et la rapacité de nombreux chefs locaux. Les razzias étaient légalement organisées par des chefs ou sultans, pour approvisionner les négociants qui travaillaient pour l’exportation de captifs africains. Par exemple les princes des États voisins de celui du sultan du Bornou (Kanem, Wadaï, Baguirmi et Sokoto) dans l’actuel Nigéria, se livraient au trafic de captifs. Tous, loin de vouloir supprimer une traite dont  ils profitaient, ne songeaient qu’à imposer des taxes de passage lorsqu’ils ne « rackettaient » pas directement les caravanes. Au pays des Fellatas, les chasses à l’homme y étaient dirigées par Ahmadou, fils et digne héritier de El Hadji Omar Seydou Tall, sur le sentier du Jihad. A l’intérieur du continent, l’entreprise était encore plus répugnante avec les monarques dahoméens, dont le plus grand des fournisseurs d’esclaves fut Béhanzin. Car ici l’islamisation n’explique pas leur complicité, ils étaient animistes pour la plupart. Ces usurpateurs sanguinaires crispés sur leurs privilèges, étaient surtout préoccupés par la puissance et le prestige, que seul le verdict des armes pouvait assurer en ces lieux. Ils entrèrent en « collaboration », d’abord avec les Arabo-musulmans, avant l’arrivée des négriers européens. Ils ont vécu du sang, de la sueur et de l’agonie de leurs peuples. Pour gagner en efficacité, tous eurent de plus en plus besoin de moyens aussi sophistiqués que meurtriers. Pour disposer de plus d’armement et de chevaux, gage de leur puissance, ils furent obligés de vendre davantage de captifs en engageant des guerres contre les royaumes voisins pour se fournir. Tout en se faisant des guerres au service des négriers, ces chefs africains furent progressivement piégés par les mécanismes d’échange de la traite. Aussi, beaucoup « d’exportés » étaient le produit de guerres intestines, encore accrues par l’appât des débouchés qu’offrait d’abord cette ignominie. Puis l’arrivée des navigateurs fut providentielle pour le commerce de ces États trop éloignés du Sahara, pour qu’ils y écoulent leur surplus de captifs.

© Hatier-Aupelf
© Hatier-Aupelf

Certaines royautés ou nations africaines de l’époque se sont-elles vraiment enrichies grâce à la traite, et dans quelle mesure ?
Il y avait une offre massive de captifs, moyennant armes, chevaux, textiles ou Cauris  (coquilles de gastéropodes qui servaient de monnaies dans cette partie de l’Afrique précoloniale.) Ce dernier comme on sait, sera progressivement remplacé par l’argent, qui se révélera être le plus pernicieux des instruments de corruption jamais introduits en Afrique. D’autres chefs faisaient aussi des razzias et vendaient des hommes pour avoir des bœufs, des armes, des étoffes ou tout autre bénéfice. La responsabilité de ces roitelets et autres renégats cupides, ne souffre aucun doute. Dans cette tragédie, force est donc, de reconnaître qu’il y eut la collaboration de potentats autochtones qui, pour tirer profit de ce mal, se souciaient peu de la destination ou de la mort de leurs compatriotes. Il n’y eut pas seulement que les négriers berbères, égyptiens, européens et autres ramassis et écume des nations. La complicité de certains monarques et leurs auxiliaires africains dans ce commerce criminel est une donnée objective.

© J. Fakambi, "Route des esclaves au Bénin"
© J. Fakambi, « Route des esclaves au Bénin »

L’ex-président du Sénégal Abdoulaye Wade a rappelé récemment, de manière peu élégante il est vrai, l’existence d’un esclavage interne à l’Afrique subsaharienne quand il a traité son successeur Macky Sall de « descendant d’esclaves ». Qu’en est-il exactement sur le plan de l’histoire ?
En fait, il faut dire qu’isolée du monde méditerranéen pendant des millénaires, l’Afrique noire a ignoré jusqu’à l’ère contemporaine la propriété foncière. La propriété privée n’existait pas dans nombre de pays ou alors de façon très limitée. L’environnement étant propriété commune, beaucoup de familles choisissaient de mettre toutes leurs terres en coopérative, pour les exploiter. L’argent n’existait pas au sens où nous le connaissons aujourd’hui. Mais progressivement l’enrichissement et l’élévation sociale, viendront à dépendre de la possibilité de cultiver un maximum de surface. D’où la nécessité de disposer d’une importante main-d’œuvre. Ainsi dans les sociétés africaines plus un homme possédait de serfs pour cultiver ses terres et de femmes, plus il était riche. Et plus il était riche, plus il était en situation d’accroître son « patrimoine » de femmes et de serfs. C’est ainsi que la voie fut ouverte vers les conflits, pour se procurer de la main-d’œuvre. Des guerres tribales se firent donc plus violentes. Les chefs de clans victorieux, au lieu de se contenter des terres conquises et d’une reconnaissance, obligeaient les vaincus à accepter une position de subordination. Également de vieilles rancunes de familles et des rivalités de tribus provoquaient souvent des conflits tout aussi dévastateurs. Les vaincus devenaient captifs des vainqueurs.

L'anthropologue sénégalais Tidiane N’Diaye.

(Photo à gauche : Tidiane N’Diaye) : Le résultat de ces affrontements était que des famines et des disettes devenaient fréquentes et parfois si dramatiques, que des hommes libres n’hésitaient pas à se vendre eux-mêmes comme captifs ou à vendre leurs propres enfants. Les coupables de certains crimes comme les sorciers, pouvaient être réduits en servage et éloignés de leur région d’origine. Il arrivait aussi que des individus se vendent eux-mêmes à un maître, pour éteindre une dette qu’ils ne pouvaient rembourser. D’autres qui avaient perdu leurs proches, pouvaient aussi par le servage, être socialement réintégrés. Ils abandonnaient leur patronyme pour adopter celui d’un maître. Une constante dans les sociétés négro-africaines, est aussi le système des castes qui a abusivement fourni de nombreux asservis. Du portugais casto (pur), ce système symbole de classes strictement hiérarchisées dans beaucoup de civilisations, est appliqué depuis des milliers d’années en Afrique. Cette hiérarchisation sociale se traduit par exemple au Sénégal, par une division comprenant au sommet, des nobles de sang royal, appelés Bours, Guélawars, Faama, Mwené, Damel, Almamy, Linguers etc. Durant des siècles, les sociétés africaines fonctionnaient suivant cette féodalité souvent d’épée ou de robe. Ce qui a engendré une classe de seigneurs, qui ont toujours dominé et souvent soumis au servage, des hommes appartenant aux autres classes sociales. Ces populations ou le gros de la plèbe, étaient composées de non-castés dits Guers et les autres membres de castes inférieures qui sont appelés Nyénios (Rabb, Mabbo, Woudé, Teug, Laobé, Guéwel, Dions etc.) En fait ces catégories sociales, regroupaient souvent des corporations artisanales longtemps méprisées comme les cordonniers, les forgerons, les tisserands etc. Sachant que l’esclavage ou servage africain relevait de rapports de force très aléatoires et que les « castés » avaient tout aussi absurdement été relégués à ce rang du fait de leurs professions, j’ai trouvé ridicule et irrévérencieuse l’attitude de Wade envers Macky Sall.

© DR
© DR

Pensez-vous que l’Afrique subsaharienne (ou du moins certaines nations, car le continent est immense) devrait reconnaître officiellement sa responsabilité dans la traite et la déportation de millions d’esclaves, comme l’ont fait certains Etats occidentaux ?
Bien évidemment cette question demeure taboue et divise les intelligentsias africaines et afro-américaines. Mais le président Matthieu Kérékou du Bénin, avait été le premier  à se mettre à genoux devant une congrégation noire de Baltimore, pour demander pardon aux Africains-Américains et à toute la diaspora pour « le rôle honteux que les Africains ont joué durant la traite ». Le 27 avril 2015, pour la première fois un pays africain, le Sénégal, rendait hommage aux victimes de la traite négrière. La date de cette commémoration, qui se veut désormais annuelle, n’a pas été choisie au hasard : elle correspond à celle de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, le 27 avril 1848. Bien que les organisateurs de cette manifestation ne se soient pas étendus sur le rôle des Africains eux-mêmes dans cette tragédie, rappelons qu’en octobre 2003, les évêques africains réunis à Gorée avaient publié une déclaration dans laquelle ils demandaient « le pardon de l’Afrique à l’Afrique » en ces termes : « Commençons donc par avouer notre part de responsabilité dans la vente et l’achat de l’homme noir, hier et aujourd’hui… Nos pères ont pris part à l’histoire d’ignominie qu’a été celle de la traite et de l’esclavage noir. Ils ont été vendeurs dans l’ignoble traite atlantique et transsaharienne…» Ceci venait après la déclaration du pape Jean-Paul II qui, en 1985 à Yaoundé, au nom des Catholiques de l’Occident, avait demandé pardon à « nos frères africains qui ont tant souffert de la traite des Noirs ». Ce message sera repris dix ans plus tard à Rome, implorant encore : « le pardon du ciel pour le honteux commerce d’esclaves auquel participèrent de nombreux chrétiens ». Je pense que maintenant la messe est dite, nul ne peut plus ignorer les responsabilités des uns et des autres.

La traite négrière divise les intellectuels africains

par Emmanuel DONGALA

Au sujet de la traite négrière, une question demeure taboue et divise les intelligentsia africaine et afro-américaine: la responsabilité des Africains eux-mêmes dans le commerce de leurs semblables.

Le 27 avril dernier, pour la première fois un pays africain, le Sénégal, rendait hommage aux victimes de la traite négrière. La date de cette commémoration, qui se veut désormais annuelle, n’a pas été choisie au hasard: elle correspond à celle de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, le 27 avril 1848. Des poèmes ont été lus, des discours prononcés et des fleurs ont été jetées d’un bateau effectuant la traversée entre Dakar et l’île de Gorée, haut-lieu de ce trafic ignoble dont la «Maison des Esclaves» et sa porte béante ouverte sur l’océan Atlantique rappelle douloureusement ces départs sans retour.
«Le pardon de l’Afrique à l’Afrique»

Cependant, à lire les discours et déclarations faites pour l’occasion, on s’aperçoit qu’aucun n’a osé s’aventurer sur ce qui constitue la part d’ombre de ce commerce: le rôle des Africains eux-mêmes. Revenons un peu en arrière pour mieux comprendre les termes du débat et les passions qu’il suscite.

En octobre 2003, les évêques africains réunis à Gorée au Sénégal publiaient une déclaration dans laquelle ils demandaient «le pardon de l’Afrique à l’Afrique». On pouvait y lire les mots suivants:

«Commençons donc par avouer notre part de responsabilité dans la vente et l’achat de l’Homme Noir, hier et aujourd’hui… Nos pères ont pris part à l’histoire d’ignominie qu’a été celle de la traite et de l’esclavage noir. Ils ont été vendeurs dans l’ignoble traite atlantique et transsaharienne…»

Cette déclaration venait après celle du pape Jean-Paul II qui, en 1985 à Yaoundé, au nom des Catholiques de l’Occident, avait demandé pardon «à nos frères africains qui ont tant souffert de la traite des Noirs», message qu’il reprit dix ans plus tard à Rome en implorant «le pardon du ciel pour le honteux commerce d’esclaves auquel participèrent de nombreux chrétiens».

Comme l’explique Jean Mpisi dans son livre consacré au sujet Les évêques africains et la traite négrière: le pardon de l’Afrique à l’Afrique, pour ces évêques, «la démarche est double, dénoncer le crime de l’esclavage et appeler les peuples d’Afrique à avouer et d’assumer l’implication de leurs ancêtres dans le trafic d’esclaves.»

En fait, la prise de position des évêques n’était pas sans précédent: en 1999 déjà, le président Matthieu Kérékou du Bénin avait étonné son public en tombant à genoux devant une congrégation noire de Baltimore et demander pardon aux Africains-Américains et à toute la diaspora pour le rôle «honteux» que les Africains ont joué durant la traite.
Les historiens africains nient en bloc

La déclaration des évêques provoqua l’ire de l’intelligentsia africaine, en particulier celle de ses historiens. Pour eux, il n’y a pas débat; les Africains n’ont participé ni de près ni de loin à la traite. La seule concession faite sur cette question est que les —rares— Africains qui y ont effectivement pris part l’ont fait à leur corps défendant, contraints et forcés. Les évêques furent accusés de «négationnisme», leur déclaration n’étant rien d’autre qu’une «culpabilisation des pauvres peuples noirs d’Afrique» comme l’écrivit l’un d’eux dans un dossier spécial publié pour l’occasion par la revue Afrique Education en novembre 2003. Citons à ce sujet Elikia Mbokolo:

«Dans l’histoire de l’Afrique, il n’y a pas de place pour le « négationnisme ». Faute de pouvoir nier ce trafic, les négriers ont d’abord cherché à en minimiser l’importance. Et puis, surtout, ils ont voulu le justifier. C’est ainsi qu’est née la légende que certains, par ignorance ou de mauvaise foi, continuent de divulguer et que reprennent aujourd’hui des évêques africains: ce seraient les Noirs d’Afrique eux-mêmes qui auraient vendu leurs propres frères! […] La déclaration des évêques est un mauvais coup pour l’Afrique.»

Cette réaction des historiens n’est pas surprenante. Evoquer le rôle des Africains dans la traite suscite soit un silence gêné —Christiane Taubira dont la loi française du 21 mai 2001 stipulant que «la traite et l’esclavage dont ont été victimes les Noirs constituent « un crime contre l’humanité« » porte le nom, avait en son temps, lors d’une session ordinaire de l’Assemblée nationale béninoise, fustigé «le silence coupable» des parlementaires et gouvernants africains face à ce problème— soit des réactions virulentes de déni de la part des intellectuels.

L’un des seuls à avoir dénoncé ce mutisme est le politologue camerounais Achille Mbembé, dans un article publié dans la revue Politique Africaine en mars 2000 et qui a fait date, A propos des écritures africaines de soi (PDF).

Pour l’auteur de ces lignes, la lecture attentive des arguments avancés par les historiens africains ne convainc ni dans un sens (la participation des Africains), ni dans l’autre (leur non participation). En réalité, ils ne font que ressasser ce que l’on sait déjà sur l’inhumanité du phénomène et la façon dont il fonctionnait comme système.
Les intellectuels afro-américains unanimes

Cette attitude se trouve être à l’opposé des intellectuels noirs d’outre-Atlantique, descendants et héritiers de ces Africains victimes d’un voyage sans retour. Pour eux la question ne se pose pas; les Africains du continent portent une part de responsabilité dans la déportation de leurs ancêtres.

C’est ce qui ressort à la lecture du livre magistral de l’historienne africaine-américaine Saidiya Hartman, professeure à Columbia University, Lose your Mother: A Journey Along the Atlantic Slave Route, aboutissement de longues recherches faites au Ghana où elle a parcouru les anciennes routes empruntées par les caravanes d’esclaves de l’hinterland à la côte atlantique.

Plus encore, dans un article intitulé «Ending the Slavery Blame-game» («En finir avec le jeu du à qui la faute au sujet de l’esclavage») publié dans le New York Times du 22 avril 2010, le professeur Henry Louis Gates, Jr. de l’université de Harvard bouscule sérieusement la position sur laquelle s’arc-boutent la plupart des historiens africains. A partir des documents d’archives et des résultats de recherche dont il rend compte, il conclut sans détours que «la triste vérité, c’est que la conquête, la capture des Africains et leur vente aux Européens furent pendant longtemps une des principales sources de devises de plusieurs royaumes africains.»

S’appuyant sur l’énorme base de données concernant la traite transatlantique, Trans-Atlantic Slave Trade Database, dirigée par David Eltis de l’Emory University ainsi que sur des études menées par d’autres historiens comme John Thornton qui a beaucoup publié sur le Royaume du Kongo et Linda Heywood de Boston University, il souligne que «l’esclavage était un business, très bien organisé et lucratif autant pour les acheteurs européens que pour les vendeurs africains».

La Transatlantic Slave Trade Database contient des données sur plus de 12,5 millions de personnes transportées vers le nouveau monde de 1514 à 1866 et sur les ports d’où elles partirent. Cette base permet aussi d’établir qu’environ 16% des esclaves des Etats-Unis venaient du Nigeria et 24% du Congo et de l’Angola. On y apprend aussi que la plupart des esclaves venait d’une cinquantaine de groupes ethniques seulement, parmi lesquels les Akans du royaume d’Asante (actuel Ghana), les Fons du Dahomey (Bénin) les Mbundu de Ndongo dans l’actuel Angola et les Kongos (des deux Congo).

La question qui se pose alors est celle-ci: les Africains pourvoyeurs d’esclaves étaient-ils au courant des cruautés pratiquées dans le «Nouveau Monde»? La réponse du professeur Gates est un oui sans équivoque. Pour étayer son argumentation, il rappelle le parcours d’Antonio Manuel, l’ambassadeur du Kongo au Vatican qui, en route vers l’Europe en 1604, s’arrêta d’abord à Bahia au Brésil pour libérer un compatriote asservi par erreur. Il rappelle aussi qu’il y eut des milliers d’anciens esclaves qui revinrent en Afrique pour s’installer au Liberia et en Sierra Leone.

«Dans ces conditions, il est difficile de prétendre que les Africains n’étaient pas au courant et étaient innocents», conclut-il.

Il est certain que pour les Africains, faire reconnaître comme crime contre l’humanité la traite négrière orchestrée par l’Occident a constitué un enjeu idéologique, politique et symbolique important. Il est utile de rappeler une fois de plus que les Africains ne sont pas à l’origine de la traite négrière. Cependant, cela ne doit pas aboutir à faire l’impasse sur la complexité du phénomène. L’histoire nous apprend que pour que des systèmes d’oppression perdurent, il faut une part de coopération ou de collaboration d’un certain nombre d’acteurs sociaux des peuples qui subissent l’oppression.

Pourquoi n’en aurait-il pas été ainsi pour les Africains de l’époque? Le reconnaître ne retranche rien des crimes commis par l’Occident. En outre, cela permet de relancer un dialogue trop souvent évité, à cause de ce honteux commerce, entre les Africains d’Afrique et leurs descendants dispersés dans le vaste bassin de l’Atlantique.

Emmanuel Dongala est écrivain et professeur. Son dernier roman, Photo de groupe au bord du fleuve (Actes Sud, 2010) vient d’obtenir le Prix Kourouma 2011.

Source : http://www.slateafrique.com/1933/intellectuels-africains-traite-negriere-responsabilite

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