FELIX EBOUE, le VISIONNAIRE

Pour commémorer le 71e anniversaire  de  la  mort  de  Félix  EBOUE, le Comité International pour  la  Mémoire des Anciens Combattants d’Outre Mer ( C.I.M.A.C.D.O.M) * et  la  Ville   de  Paris offraient   une  soirée  d’évocation  de  ce   premier   Gouverneur noir au   périple sans  pareil et dont  l’action  auprès  du   Général  DE  GAULLE  fut   capitale  quant aux  destinées  de  la   France   durant  la guerre  de 1939-45.

Après  que  les   orateurs  aient   fait  l’éloge   de ce   brillant  et   distingué   élève  de la  Guyane encore   en  proie à   sa   réputation  de « pays   du   bagne » le  film  de Bacha  BAUER a  tenté   de  retracer  le  parcours  impressionnant   de   cet   homme   hors pair et  dont   on  peut   dire   qu’il a été un  pionnier ,  mais que  l’histoire semble  avoir   oublié  dans  les  tiroirs …

Il  est  intéressant  aussi   de  rappeler les   missions   de   haut   rang qui   lui  étaient confiées  au   milieu  de  ses   frères   noirs,  et  qu’il  a   su   mener  avec  droiture et   humilité,  mais  aussi  certainement  avec  autorité .

Mon  attention  a   été   retenu    néanmoins  par   ce  texte  qui  semble   marqué   du   sceau du  Père : « JOUER LE  JEU »  tant   l’inspiration  même   est   d’une  remarquable simplicité  pour   qui   s’interroge face au  destin .

 Discours prononcé en 1937 au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, lors de la remise des Prix.
A cette jeunesse que l’on sent inquiète, si incertaine devant les misères de ces temps qui sont les misères de tous les temps ; à cette jeunesse, devant les soucis matériels à conjuguer ; à cette jeunesse dont on veut de part et d’autre, exploiter les inquiétudes pour l’embrigader ; à cette jeunesse qui me fait penser à ce mot de Guyau : « pour connaître et juger la vie il n’est pas besoin d’avoir beaucoup vécu, il suffit d’avoir beaucoup souffert » ; à cette jeunesse, généreuse et spontanée, n’ai-je pas le devoir, me tournant vers elle, de l’adjurer à mon tour de rester indépendante ,N’ai-je pas pour obligation de lui dire ; ne te laisse pas embrigader, ne souffre pas que l’on t’nseigne comme suprême idéal le fait de marcher au pas, en colonnes parfaites, de tendre la main ou de montrer le poing.
En l’acceptant, tu consacreras le triomphe de la lettre au détriment de l’esprit, parce qu’on t’aura enseigné que le rite tient lieu de culte.Ne devons-nous pas conserver à cette jeunesse ses qualités essentielles : l’indépendance, la fierté, l’orgueil, la spontanéité, le désintéressement ?Je ne résiste pas, quant à moi, au désir de vous indiquer, mes jeunes amis, une autre formule qui permet de gagner, sinon à tous les coups, mais de gagner sûrement en définitive.
Je vous dirai : « Jouez le jeu ! »
Jouer le jeu, c’est être désintéressé.
Jouer le jeu, c’est réaliser ce sentiment de l’indépendance dont je vous parlais il y a un instant.
Jouer le jeu, c’est piétiner les préjugés, tous les préjugés, et apprendre à baser l’échelle des valeurs uniquement sur les critères de l’esprit. Et c’est se juger, soi et les autres, d’après cette gamme de valeurs. Par ainsi, il vous sera permis d’affirmer et de faire admettre que les pauvres humains perdent leur temps à ne vouloir considérer que les nuances qui les différencient, pour ne pas réfléchir à trois choses précieuses qui les réunissent: les larmes que le proverbe africain appellent “les ruisseaux sans cailloux ni sable”, le sang qui maintient la vie et, enfin, l’intelligence qui classe ces humains en hommes, en ceux qui ne le sont pas ou qui ne le sont guère ou qui ont oublié qu’ils le sont.
Jouer le jeu, c’est garder farouchement cette indépendance, parure de l’existence; ne pas se laisser séduire par l’appel des sirènes qui invitent à l’embrigadement, et répondre, en pensant aux sacrifices qu’elles exigeraient en retour :Quelle mère je quitterais ! Et pour quel père !
Jouer le jeu, c’est savoir prendre ses responsabilités et assumer les initiatives, quand lescirconstances veulent que l’on soit seul à les endosser; c’est pratiquer le jeu d’équipe avec d’autant plus de ferveur que la notion de l’indépendance vous aura appris à rester libres quand même.
Jouer le jeu consiste à ne pas prendre le ciel et la terre à témoin de ses déconvenues, mais, au contraire, à se rappeler les conseils laminaires d’Epictète à son disciple: Il il y a des choses qui dépendent de nous; il y a des choses qui ne dépendent pas de nous”
.Jouer le jeu, c’est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s’imposent par la qualité de l’esprit et faire un pied de nez aux pédants et aux attardés.
Jouer le jeu ,c’est accepter la décision de l’arbitre que vous avez choisi ou que le libre jeu desinstitutions vous a imposé.
Jouer le jeu, c’est, par la répudiation totale des préjugés, se libérer de ce qu’une expression moderne appelle le complexe d’infériorité. C’est aimer les hommes, tous les hommes, et se dire qu’ils sont tous bâtis selon la commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts.
Jouer le jeu, c’est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer malgré clameurs oumurmures et poursuivre la route droite que l’on s’est tracée.
Jouer le jeu, c’est pouvoir faire la discrimination entre le sourire et la grimace; c’est s’astreindre à être vrai envers soi pour l’être envers les autres.
Jouer le jeu, c’est respecter l’opinion d’autrui, c’est l’examiner avec objectivité et la combattre seulement si on trouve en soi les raisons de ne pas l’admettre, mais alors le faire courageusement et au grand jour.
Jouer le jeu, c’est respecter nos valeurs nationales, les aimer, les servir avec passion, avecintelligence, vivre et mourir pour elles, tout en admettant qu’au delà de nos frontières, d’authentiques valeurs sont également dignes de notre estime, de notre respect. C’est se pénétrer de cette vérité profonde que l’on peut lire au 50e verset des Vers d’or: “.. Tu sauras, autant qu’il est donné à l’homme, que la nature est partout la même..” et comprendre alors que tous les hommes sont frères et relèvent de notre amour et de notre pitié.
Jouer le jeu, dès lors, c’est s’élever contre le conseil nietzschéen du diamant au charbon : “Sois dur ! » et affirmer qu’au-dessus d’une doctrine de la force, il y a une philosophie du droit.
Jouer le jeu, c’est proclamer qu’on ne ” prend pas pour juge un peuple téméraire” et poursuivre son labeur sur le chemin du juste et de l’humain, même lorsque les docteurs et les pontifes vous disent qu’il est trop humain.
Jouer le jeu, c’est fuir avec horreur l’unanimité des adhésions dans la poursuite de son labeur. C’est comprendre Descartes et admettre Saint Thomas; c’est dire : “que sais-je ?” avec Montaigne, et “Peut-être !” avec Rabelais. C’est trouver autant d’agrément à l’audition d’un chant populaire qu’aux savantes compositions musicales. C’est s’élever si haut que l’on se trouve partout à son aise, dans les somptueux palais comme dans la modeste chaumière de l’homme du peuple; c’est ne pas voir un excès d’honneur quand on est admis là, et ne pas se sentir gêné quand on est accueilli ici. (…)
Jouer le jeu, enfin, c’est mériter votre libération et signifier la sainteté, la pureté de votre esprit.
Félix EBOUE
Biographie

Petit-fils d’esclave, né à Cayenne, en Guyane, Félix Éboué devient administrateur colonial. Le premier Noir à cette fonction. En 1940, il se rallie au Général de Gaulle. Figure de la Libération, grand Humaniste, Félix Eboué parle dans ce texte à la jeunesse.
(Cayenne – Guyane française, 26 décembre 1884 || Le Caire – Egypte, 17 mai 1944)

Félix <a href='http://www.seconde-guerre.com/biographies/biographie-n-eboue.html' class='lien'>Eboué</a>Boursier, après des études à Bordeaux puis à l’École coloniale de Paris (1906), il fut nommé administrateur des colonies (1909). À ce titre, il occupa jusqu’en 1927 de nombreux postes en Oubangui‑Chari et dans diverses régions de l’Afrique équatoriale française (A‑E-F). En 1930, il fut promu au grade d’administrateur en chef et, lors d’un congé en France, participa en 1931 au Congrès international d’ethnographie réuni à Paris à l’occasion de l’Exposition coloniale.

En janvier 1932, Paul Reynaud, ministre des Colonies, le nomma secrétaire‑général du gouvernement de la Martinique. En avril 1934, après avoir été de nouveau affecté au Soudan français, en tant que gouverneur intérimaire, il fut rappelé en France en septembre 1936 et nommé par le gouvernement de Front populaire dirigé par Léon Blum, secrétaire général de la Guadeloupe. Arrivé à Pointe‑à‑Pitre en octobre 1936, il y trouva une agitation inquiétante qu’il réussit progressivement à calmer ; dans le même temps, aidé par une conjoncture économique favorable, il parvint à assainir en deux ans les finances publiques, déficitaires depuis plusieurs années. Rappelé en France en 1938, il fut nommé gouverneur de 2e classe au Tchad.

Après l’effondrement des armées françaises en juin 1940 et l’occupation de Paris, Éboué, refusant l’idée de l’armistice, informa dès le 29 juin le gouverneur général Boisson de sa détermination à maintenir le Tchad dans la guerre et, dès juillet, prit contact avec le général De Gaulle. Après la reconnaissance de la France Libre par les Britanniques (7 août), il accueillit à Fort‑Lamy les envoyés de de Gaulle, René Pleven et le commandant Colonna d’Ornano et, le 26 août 1940, le Tchad rallia officiellement la France Libre, donnant un exemple immédiatement suivi par la quasi totalité des territoires de l’A‑EF (Congo, Cameroun, Oubangui‑Chari). Au début du mois d’octobre 1940, le général de Gaulle se rendit à Fort‑Lamy où il rencontra Félix Éboué qu’il nomma membre du Conseil de défense de l’Empire et, le 12 novembre 1940, gouverneur général de l’Afrique équatoriale française. En janvier 1941 il fut décoré de la Croix de la Libération et nommé membre du Conseil de l’Ordre de la Libération.

Après avoir fait libérer les chefs africains incarcérés par le gouverneur général Boisson, Éboué entreprit de définir les grandes lignes d’une nouvelle politique indigène en A.‑E.F, appuyée sur les élites locales et les structures sociales existantes. En juillet 1942, sur sa proposition, le général de Gaulle signa trois décrets fixant le statut des notables et organisant les communes africaines. Du 30 janvier au 8 février 1944, Éboué prit une part active à la conférence de Brazzaville sur la décolonisation ouverte par le général de Gaulle, au cours de laquelle il vit dans leur ensemble ses théories reprises et adoptées.

Le 17 mai 1944, Félix Éboué, alors en mission en Égypte, mourut d’une congestion pulmonaire.

Il fut inhumé au Panthéon le 21 mai 1949.

Source : © Encyclopédie Hachette Multimédia 2003

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