250 ANS APRES ……..

 Nantes ressuscite les esclaves oubliés de l’île de Tromelin

  • La1ère avec AFP
  • Publié le 17/10/2015 | 12:21, mis à jour le 17/10/2015 | 12:21

Abandonnés sur un îlot de l’océan Indien après un naufrage en 1761, ils ont survécu pendant 15 ans en recréant une micro-société. Les esclaves oubliés de Tromelin (située à 560 km au nord de La Réunion) s’exposent à partir de ce samedi à Nantes, au château des ducs de Bretagne.

Ile de Tromelin située à 560 km au nord de La Réunion © Richard Bouhet/AFP
© Richard Bouhet/AFP Ile de Tromelin située à 560 km au nord de La Réunion

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L’histoire commence en juillet 1761.  L’Utile, navire de la Compagnie des Indes orientales, transportant clandestinement 160 esclaves malgaches, s’échoue sur un minuscule îlot, l’Ile de Sable. Deux mois plus tard, 122 hommes d’équipage repartent sur un bateau de fortune et promettent aux 88 esclaves rescapés de revenir les chercher.

« Tromelin, l’ïle des esclaves oubliés »

Ce n’est qu’en 1776 que sept femmes et un bébé de huit mois, les seuls survivants, sont récupérés par le chevalier de Tromelin, qui donne son nom à l’île. L’exposition « Tromelin, l’île des esclaves oubliés » est proposée simultanément à Nantes, où elle a été inaugurée ce vendredi par la ministre des Outre-Mer George Pau-Langevin, et dans l’océan Indien. Elle présente les résultats de quatre campagnes de fouilles menées entre 2006 et 2013 sur cet îlot de 1 km2 pour comprendre comment ces esclaves ont survécu.

Thomas Romon (à gauche) et Max Guerant, devant la maquette montrant le lieu où se sont réfugiés les esclaves abandonnés de Tromelin au 18e siècle © Georges Gobet / AFP
© Georges Gobet / AFP Thomas Romon (à gauche) et Max Guerant, devant la maquette montrant le lieu où se sont réfugiés les esclaves abandonnés de Tromelin au 18e siècle

Une île balayée par les cyclones

« C’est une histoire très forte, intéressante en elle-même, qui permet de parler de l’esclavage et de dépasser l’histoire« , explique l’un des commissaires de l’exposition, Max Guérout, du groupe de recherche en archéologie navale (Gran), à l’origine des fouilles. L’exposition, historique et archéologique, s’ouvre sur une présentation de Tromelin, située à 560 km de La Réunion, à une altitude de 7 mètres, inhospitalière, quasi dépourvue de végétation, balayée par les cyclones.

En pleine guerre de Sept Ans

Comment l’Utile, parti de Bayonne pour rejoindre l’actuelle île Maurice le 17 novembre 1760, en pleine guerre de Sept Ans,  principal conflit du XVIIIe siècle opposant notamment la France à l’Angleterre, a-t-il pu s’y échouer ? Probablement à cause d’une erreur de navigation, « deux cartes avec deux positions de l’île différentes » étant à bord, rappelle Thomas Guérout.

Des documents qui retracent le naufrage

Les cartes retraçant les routes empruntées par les navires de la Compagnie des Indes orientales, les documents d’armement, le récit de l’écrivain de bord, parmi les pièces maîtresses de l’exposition, permettent de savoir « à peu près tout sur le voyage et le naufrage« , avant la première campagne de fouilles en 2006, éclaire Max Guérout.

Ustensiles de cuisine fabriqués par les esclaves de Tromelin au 18e siècle © Georges Gobet /AFP
© Georges Gobet /AFP Ustensiles de cuisine fabriqués par les esclaves de Tromelin au 18e siècle

De nombreux objets retrouvés

Sur le site du naufrage ? Fûts de canons, fragments de cloche, balles de fusil. Les recherches sous-marines et terrestres ont également mis au jour de nombreux objets de la vie courante et ustensiles de cuisine fabriqués avec du cuivre et du plomb récupérés sur l’épave du navire.  Hameçons ou pointes de lances pour chasser tortues et sternes, l’essentiel de leur alimentation, vaisselle rafistolée, briquets en silex sont exposés dans une salle entourée d’un voile blanc, recréant l’ambiance d’un chantier de fouilles, avec ventilateur simulant le vent et bruit de la mer et des oiseaux en fond sonore.

Survivre sur une île où il n’y a rien

« Seuls trois ou quatre objets, dont un coquillage de triton et une cuillère en porcelaine, ont été fabriqués à l’aide d’éléments trouvés sur l’île« , tous les autres l’étant à partir de l’épave de l’Utile, raconte Thomas Romon, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). « Ils se sont débrouillés avec leur environnement, sur une île où il n’y avait rienCes gens ne se connaissaient pas forcément, mais de toute évidence ils ont décidé de s’unir pour survivre« , estime Thomas Romon, prenant pour preuve cette sorte de hameau découvert sur l’île, comprenant une douzaine de bâtiments groupés autour d’une cour centrale, dont une cuisine et des maisons « regroupées les unes contre les autres, à l’abri du vent ».

Exposition itinérante

Présentée jusqu’au 30 avril à Nantes, l’exposition fera escale au Musée de la Compagnie des Indes de Lorient, puis à Bordeaux, Bayonne, Marseille et sur l’île de Tatihou, au large du Cotentin.

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