DES DIFFICULTES SOCIALES ET DES INEGALITES DANS LES OUTRE MERS

Les Outre-mer : des difficultés sociales et des inégalités
06 jan 2016 97land 97land
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inequalities

Oubliés de bien des études nationales, les départements d’outre-mer sont pourtant confrontés à des difficultés économiques et sociales majeures. Les inégalités qui y règnent sont beaucoup plus importantes que sur le reste du territoire national. Synthèse de données sociales sur les revenus, l’emploi et l’éducation. Extrait d’une note d’études du Compas.

La Réunion et Martinique : des inégalités de revenus très supérieures à la métropole

La Réunion est le département le plus inégalitaire de France et la Martinique arrive en troisième position – juste après Paris -, selon les données sur les revenus fiscaux 2011 de l’Insee. Le plus souvent, les départements d’outre-mer sont oubliés des classements, alors qu’il y règne des écarts de revenus considérables…

Si les inégalités sont fortes c’est d’abord parce que ces deux départements sont, de très loin, les plus pauvres de France, Mayotte et la Guyane excepté. Le revenu fiscal médian – la moitié de la population a un revenu inférieur, l’autre supérieur – avant impôts et prestations sociales atteint 880 euros mensuels à La Réunion et 1 100 euros en Martinique, nettement moins que pour les territoires de métropole où le revenu médian est le plus bas, la Seine-Saint-Denis (1 270 euros) et le Pas-de-Calais (1 350 euros).

Les plus pauvres des Dom sont très loin d’avoir les niveaux de vie des plus pauvres de métropole. Le seuil des 20 % les plus pauvres est de 242 euros mensuels à La Réunion et de 413 euros en Martinique (toujours avant prestations sociales), contre 585 euros en Seine-Saint-Denis et 712 euros en Haute-Corse, les deux départements de métropole où les bas revenus sont les plus faibles… En Martinique comme à La Réunion, hors prestations, 1/5 de la population dispose de revenus insuffisants pour vivre sans prestations, l’aide de la famille ou le travail non déclaré. De plus, le coût de la vie est plus élevé qu’en métropole (+ 17 % en Martinique et + 12 % à La Réunion), selon les estimations 2010 de l’Insee.

La pauvreté n’explique pas tout. Les données de l’Insee montrent que les plus aisés des Dom ont des revenus très élevés. A la Martinique comme à La Réunion, la frontière des 10 % les plus riches se situe à environ 2 900 euros mensuels minimum. Comparé au classement des départements de métropole, 2 900 euros se situe autour du 40ème rang. Un niveau comparable aux départements du Nord, de la Drôme ou de la Haute-Vienne.

Si l’on observe la situation au niveau des communes, les écarts sont encore plus grands. Trois villes de La Réunion occupent les trois premières places du classement des inégalités : Saint-Benoit, Saint-Pierre et Saint-Denis, avec un indice de Gini au même niveau que la ville la plus inégalitaire de France, Neuilly-sur-Seine…

Les inégalités de revenus en Martinique et à La Réunion

Revenus fiscaux mensuels avant impôts et prestations sociales
Seuil des 10 % les plus pauvres en euros Seuil des 20 % les plus pauvres en euros Revenu médian en euros Seuil des 10 % les plus riches en euros Indice de Gini
Martinique 107 413 1 111 2 916 0,47
Réunion 0 242 878 2 856 0,53
Métropole 577 915 1 062 3 247 0,31
Source : Insee – 2011

Les dix villes où le revenu médian est le plus bas sont situées à La Réunion, avec moins de 800 euros mensuels, bien moins que le seuil de pauvreté à 60 % de notre pays (964 euros, mais après prestations sociales). Dans une ville comme Saint-Louis de La Réunion, la moitié de la population vit avec moins de 680 euros… Même en ajoutant des prestations sociales, il est très probable que le taux de pauvreté soit compris entre 30 et 40 % dans de très nombreuses communes de la Martinique et de La Réunion… Dans une publication, l’Insee indique que le taux de pauvreté atteint 42 % en 2010 à La Réunion.

Dans 17 villes sur les 51 que compte notre classement, le seuil des 20 % les plus pauvres est inférieur à 300 euros, l’équivalent de 30 % du seuil de pauvreté. A Saint-Benoît et Le Port (La Réunion), 20 % de la population vit avec moins de 60 euros mensuels, hors prestations sociales. Dans les villes les plus « riches », en Martinique, que sont Case-Pilote et Schoelcher, 20 % de la population vit avec moins de 720 euros par mois…

Mais comme l’ont montré les données départementales, les catégories aisées vivent bien dans une grande partie des villes de Martinique et de La Réunion. Dans une partie des communes les plus pauvres, le seuil des 10 % les plus aisés est relativement peu élevé, autour de 1 700 euros à Salazie, Saint-Rose ou Saint-Philippe (toutes situées à La Réunion). Mais dans les localités les plus riches, et notamment en Martinique, les ménages les plus aisés disposent de très confortables revenus. Ainsi à Schoelcher, aux Trois-Ilêts ou à Case-Pilote (Martinique), le seuil des 10 % les plus riches s’élève à 3 750 euros ou plus, niveau qui correspond à la moyenne de l’Essonne ou du Val-de-Marne, comparable à la situation des couches aisées de villes de métropole comme Nancy, Cannes ou Bordeaux. Dans une ville importante comme Saint-Denis de La Réunion, les 10 % les plus aisés vivent avec au moins 3 450 euros par mois, soit davantage qu’à Rennes (3 420 euros)…

Ces chiffres nous enseignent finalement deux choses. Les populations de la Martinique et de La Réunion sont particulièrement pauvres. On peut étendre ce jugement à l’ensemble des Dom : la Guadeloupe est plus proche de la Martinique, la Guyane et Mayotte encore plus pauvres que La Réunion. Bien sûr, prendre en compte les prestations sociales, les impôts et le travail non-déclaré amènerait à nuancer nos conclusions, mais ne modifierait pas le sens de l’analyse.

La pauvreté n’est pas généralisée. Une partie de la population des Dom dispose de revenus très élevés, au niveau des catégories équivalentes de la plupart des villes de métropole. Les inégalités salariales sont fortes dans le secteur privé, et dans la fonction publique, les traitements majorés de 40 % (53 % à La Réunion).

Les raisons des difficultés économiques et sociales de ces territoires sont nombreuses, notamment liées au faible niveau d’éducation d’une grande partie de la population et aux inégalités de niveau vie.

Observatoire des Inégalités

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