HISTOIRE DU CARNAVAL EN MARTINIQUE

Exrait de      AZ.MARTINIQUE.COM 29.01.2016

Le Carnaval de Martinique naît en pleine colonisation à Saint-Pierre qui était alors la plus grande ville de l’île. Il était le mélange de la culture africaine et européenne. Originellement, le Carnaval remonte au Moyen-Age. Dans le but de supprimer les idées et les traditions païennes, l’église catholique sous la contrainte et par peur de voir être créée une nouvelle religion moins restrictive, crée le « Mardi Gras » qui est le rite de la célébration du Printemps.

Carnaval en Europe au Moyen-Age
Le Mardi Gras était donc la journée de fêtes, bals publics, déguisements et autres réjouissances que célébraient pleinement les chrétiens européens. A cela s’ajoutaient toute sorte de menus à base de viande qui était consommé sans modération. Sa position dans le calendrier, à la veille du Mercredi des Cendres qui marque le début du Carême, la période de jeûne et prières, en faisait le dernier jour où on pouvait manger « gras » jusqu’à la fête de Pâques. Cette journée va devenir le Carnaval du latin « carnelevarium» qui signifie suppression de la viande.

Le Carnaval des colons aux esclaves

En Martinique, le Carnaval arrive en Martinique avec les colons français catholiques aux environs du 17ème siècle. De cette tradition qu’ils avaient en Europe, ils y imprégnèrent les esclaves africains depuis les bateaux négriers. Une fois installés dans les plantations, les maîtres invitaient famille et amis de leur rang à commémorer le Carnaval selon les traditions européennes importées aux Antilles. Ainsi des réceptions fastueuses avec de la nourriture en abondance étaient partagées entre élites de l’époque. Les invités arrivaient masqués vêtus d’habits luxueux. Plus loin dans leur quartiers, à proximité des cases, les esclaves répétaient cette tradition des colons en tentant de copier leurs maîtres tout en gardant leur tradition de costumes tels qu’ils étaient fabriqués en Afrique. Le tambour y est introduit et les esclaves dansaient selon les rythmes de cet instrument qu’ils utilisaient autrefois dans leurs fêtes.

Au final, les festivités étaient très différentes selon le statut social de la personne célébrant le carnaval. Car si le carnaval était une réception dans l’habitation chez les Colons blancs, elle était un cortège, un défilé costumé qui mêlait danses et musique dans les quartiers des esclaves sur l’habitation du maître. Il était en effet interdit de quitter la propriété du maître. Le carnaval sera cependant plusieurs fois interdit aux esclaves, les maîtres ne supportant pas voir des esclaves courir les rues et fêter avec des coutelas, bâton et autres outils de travail.

A la fin de l’esclavage, c’est toute la population qui danse ensemble et célèbre le Carnaval devenu une festivité que toute l’île s’est appropriée. Ainsi « les créoles quelle que soit leur couleur, sont grands amateurs de musique et de danse. Il faut les voir […] le jour du carnaval. Au son d’une mélopée plaintive, à phrase tombante et reprise sans intermittence avec quelques variantes, l’innombrable cortège des hommes et des femmes marche en mesure, se tenant par la main, se donnant le bras, se séparant, s’unissant selon les mouvements de cette danse accidentée, au milieu des cris, des chants, des rires, dans une ivresse sans fin. »

A noter que le Carnaval a été interdit lors de la Première Guerre Mondiale ainsi que les fêtes patronales qui ont été remplacées par des fêtes patriotiques. Il aurait été mal vu que les habitants des colonies françaises se réjouissent dans les rues pendant que la nation était en guerre et de même les rassemblements populaires ne garantissaient pas la sécurité des participants.
Un succès populaire

Le carnaval connaît un vif succès au 19ème siècle en particulier vers la fin de l’époque. Des défilés et parades populaires étaient organisés dans la ville de Saint-Pierre alors capitale et ville principale de la Martinique jusqu’en 1902 et l’éruption de la Montagne Pelée. Le Carnaval ne sera pas commémoré plusieurs années après et reprendra à Fort-de-France, la nouvelle capitale de la Martinique. La réputation de ce carnaval atteint dès lors de nombreuses îles de la Caraïbe et le continent sud-américain par les trois Guyanes (Guyane Française, Guyana et Surinam). Les personnages du carnaval Pierrotain (de Saint-Pierre) sont recréés à Fort-de-France sur la base des héritages multiculturels qui caractérisent alors la société créole, de faits de société ou à partir des mœurs en vogue à l’époque (métiers, actualité régionale ou internationale).

Les personnages du Carnaval martiniquais

C’est ainsi qu’apparaîssent les différents personnages du Carnaval martiniquais :

Vaval Carnaval Martinique- « Sa Majesté Vaval », la marionnette géante, le Roi du Carnaval sera en tête des chars et de la parade. Il représente soit un personnage, un fait divers, un fait politique, ou un sujet des actualités locales, nationales ou internationales. Préparé plusieurs mois à l’avance dans le plus grand secret, il apparaît le Dimanche Gras en tête de défilé, après une confection faite dans le plus grand secret par diverses associations de la ville. Durant tous les jours gras, il sera célébré et mis à l’honneur jusqu’au mercredi soir où il est incinéré dans une place proche de la Baie de Fort-de-France « le Malecon ».

Diable rouge Martinique- Le Diable Rouge nous vient directement d’Afrique. Le masque était fabriqué en utilisant divers matériaux et objets de récupération comme des miroirs et s’inspirant des masques de moisson à Casamance, une région au sud du Sénégal. Il porte des cornes de bovin et ne laisse apparaître que les yeux. Ils sont à l’honneur le Mardi Gras qui est parfois surnommé journée des Diables rouges.

Guiablesse Carnaval Martinique- La Guiablesse est la veuve éplorée du Roi Vaval. Elle n’apparaît que le mercredi des Cendres vêtue de Noir et Blanc, venue pleurer Vaval qui sera incinéré le Mercredi soir à l’issue du Carnaval. – Le coupeur de canne est un personnage qui remonte au Carnaval de 1849, l’année suivant l’abolition de l’esclavage. Les anciens esclaves s’étaient déguisés en anciens esclaves avec leur tenue pour ridiculiser leur ancien métier de coupeur de canne. Le coupeur de canne est de moins en moins présent dans les cortèges actuels. A noter que même pendant la période esclavagiste, les esclaves se déguisaient parfois comme leur maître juste pour les faire moquer.

Neg Gwo Siwo- Le « nèg Gwo Siwo » est un personnage, à l’image du coupeur de canne, symbolisant les esclaves. Il est badigeonné de sirop de canne mélangés avec du charbon, ils font fuir la foule. Ils sont peu présents actuellement. Vous pourrez les voir lors du Carnaval de Paris car ils sont restés très populaires auprès d’une partie de la communauté haïtienne.

Touloulou carnaval Martinique- Les « Touloulous » très présents jadis dans les parades de Saint-Pierre a disparu à Fort-de-France avant de revenir très récemment par le biais des associations locales. Très populaire en Guyane française, le Touloulou qui porte un masque rappelant le Carnaval de Venise symbolise la femme dominatrice, supérieure dans sa hiérarchie avec l’homme.

Hommes d’argile de la Poterie des Trois-Ilets- Les hommes d’argiles sont des travailleurs de la Poterie des Trois-Ilets, l’une des plus anciennes entreprises martiniquaises actuellement encore en activité. – Karolyn zyé Kokli est une femme qui transporte sur son dos son mari alcoolique tous les soirs sur ses épaules. Le poids de ce dernier fait loucher ses yeux. – Les mokozombies sont des échassiers qui ont disparu petit à petit du Carnaval de Martinique mais que vous retrouverez en Guadeloupe et en Guyane ou encore au Carnaval de Paris. – Enfin, Maryan Lapo fig nous vient tout droit du Carnaval de Saint-Pierre et du 19ème siècle. Selon la légende, un cirque en représentation dans la ville de Saint-Pierre aurait vu son ours s’échapper. Pour ne pas décevoir le public, une femme se serait alors déguisée en ours en utilisant un costume à base de feuilles de bananes séchées pour combler l’ours disparu. Maryan la po fig mime donc cet ours. Elle est généralement accompagnée d’un montreur et d’un musicien.

Le Carnaval d’aujourd’hui en Martinique

Aujourd’hui encore, le Carnaval est très populaire. C’est d’ailleurs, l’un des événements les plus populaires chaque année avec le Tour de la Martinique des Yoles Rondes. Si des parades ou « vidés », mot utilisé localement pour parler du cortège, sont organisées dans presque toutes les communes c’est le Carnaval de Fort-de-France qui est le plus populaire. A noter que la ville du Lamentin organise aussi son Carnaval et rivalise de plus en plus en popularité avec celui de la ville capitale.

Le Lundi Gras, le vidé du Carnaval de Fort-de-France est plus parsemé car la parade majeure est celle organisée par les communes du Sud de l’île dans une commune de l’Espace Sud (Communauté des commune du Sud de la Martinique). Le Carnaval est un formidable moment où tous les déguisements sont autorisés sans aucune retenue. Ainsi de nouveaux personnages ont peu à peu fait leur apparition au sein de ce Carnaval dont le plus populaire le travesti, l’homme grimée en femme est parfois fait de façon très osée.

Groupes à pied Carnaval Martinique

Mais que serait cet événement sans ses groupes à pieds ? Les orchestres de rue qui enchantent la population à coup de tambours, cha-chas et autres instruments fabriqués manuellement sont des associations qui se préparent toute l’année pour assurer cet événement. Il n’est pas rare d’entendre hors-période de Carnaval des sons de tambours et des rythmes du Carnaval, preuve que ces groupes sont entrain de répéter en vue des jours gras. L’apparition des groupes remonte à 1975 et sont une des composantes du Carnaval de Fort-de-France qui n’est pas un héritage du Carnaval de Saint-Pierre.

Bradjacks, voitures du Carnaval Martinique
Aussi, dois-t’on également ne pas négliger les traditionnels « bradjacks », des voitures très anciennes décorées de façon parfois amusantes qui supportent parfois une bonne dizaine de jeunes gens sur leur toit. Elles ont parfois été interdites des cortèges pour des raisons de sécurité publique mais sont revenues avec cette fois un contrôle et un permis délivré pour participer au spectacle.

Reine du Carnaval de Martinique
Autre personnage tout aussi important est la Reine du Carnaval, les élections ont lieu peu avant les jours gras. Une jeune fille sera reine est élue au cours d’élections qui auront lieu peu avant les jours gras. Pour être élue, les candidates s’affrontent en se présentant dans une tenue fabriquée manuellement à base d’éléments de récupération devant un jury qui choisira la candidate la plus originale et ayant la meilleure prestance. Il y a également une élection de Reine-Mère, une femme âgée d’au moins 60 ans, généralement parée de la tenue traditionnelle, ainsi qu’une mini-Reine, une jeune de moins de 10-12 ans. Les élections de Roi sont beaucoup plus rares. Les trois générations seront présentes sur le char de la commune qui organise le défilé.

Programme du Carnaval en Martinique

Le Carnaval ne se résume pas en Martinique aux seuls jours gras car sitôt l’épiphanie arrivée, les parades dans les communes sont un échauffement en vue des jours gras. Le Carnaval à proprement parlé c’est 4 jours de festivités : le Dimanche Gras, le Lundi Gras, le Mardi Gras et le Mercredi des Cendres. Le Carnaval qui était censé finir dès le soir du Mardi Gras a été allongé d’une journée grâce à une dérogation papale accordée à certaines îles de la Caraïbe et des pays d’Amérique du Sud au milieu du 20ème siècle.

Ainsi le Carême ne débute que le jeudi suivant le Mercredi des Cendres à minuit, et l’imposition des cendres se fait le Vendredi et non le Mercredi comme il est coutume dans les pays catholiques. A noter que tous les jours Gras, à l’issue des parades urbaines, les carnavaliers continuent les festivités dans différentes soirées dans des boîtes de nuits, restaurants, casinos et autres paillotes.

Parade de présentation des Reines du Carnaval

Le Samedi précédant les Jours Gras les Reines, Mini-Reines et Reines-Mères sont présentées au public dans une parade de présentation. Le Samedi ne figure pas comme étant une journée du Carnaval, la présentation restant quelque chose d’informel et de récent.

Parade de présentation des Reines du Carnaval

Le Dimanche c’est la présentation du Roi Vaval en tête de cortège ainsi que le début des festivités. La population vient dans la ville de Fort-de-France parés de tout type de costumes. Aucun code d’habillement n’est donné et seule l’originalité est de mise en ce premier jour de vidé.

Mariage burlesque du Lundi Gras

Le Lundi c’est le « mariage burlesque » qui est à l’honneur. Les femmes sont déguisées en hommes et les hommes en femmes parfois en mariée. C’est l’inversion de la hiérarchie des sexes dans le couple. Ce jour-là la parade du Sud est l’événement de la journée. Toutes les Reines des communes du Sud paradent avec les groupes à pied majeurs de l’île. Cette parade est très populaire et brasse l’ensemble de la population du sud de l’île.

Mardi Gras Fort-de-France Carnaval

Le Mardi Gras est une journée qui commence très tôt. En effet, à cette occasion le « pijama lévé », parade matinale qui débute dès 4h30 du matin convie toutes les personnes sur son passage à venir réveiller les autres habitants de la commune, juste vêtus d’une chemise de nuit ou d’un pyjama. Petit à petit, la parade grossit avant que tout ce beau monde rentre chez lui (se rendormir ?) afin de se préparer pour le grand défoulement de l’après-midi. Le Mardi Gras est la journée de sortie des diables rouges qui effraieront sans doute les plus jeunes enfants. Les couleurs de la journée sont le rouge et le noir. Mieux vaut suivre les codes couleurs car sans quoi vous ferez vraiment tâche dans le vidé.

Mercredi des Cendres Fort-de-France Carnaval

Le Mercredi Gras est le jour du deuil, journée où les carnavaliers se parent de blanc et noir, couleur du deuil en Martinique. A l’issue de la parade, le Vaval de l’année sera brûlé sur le Malecon la place bordant la Baie de Fort-de-France. Ses nombreuses veuves, les Guiablesses le pleureront en le voyant disparaître ravagé par les flammes. Les festivités se poursuivront dans des boîtes de nuit jusqu’à minuit, heure de début du carême.

Le Jeudi suivant doit être certainement perçu comme la journée la plus calme de l’année tant il est calme après les festivités qui auront duré 4 jours.

Attention cependant, les ratières (pièges en bois pour attraper des crabes) sont de sortie car la chasse aux crabes qui seront consommés à Pâques est ouverte. Eh oui, en Martinique, « show must go on », le spectacle doit continuer…

Bibliographie

– Les colonies françaises, petite encyclopédie coloniale, Volume 1

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