DE L’ ORIGINE DES ESCLAVES EN MARTINIQUE ET DE LA POPULATION

La Traite des esclaves vers  la  Martinique et l’origine de la population.

La Martinique aurait reçu entre le milieu du XVII° siècle (1635) et le premier quart du XIX° siècle (1831), du fait de la traite atlantique, une population d’esclaves comprise entre 145.000 et 179.000 individus hommes femmes et enfants, provenant de 75 à 250 ethnies différentes. D’où sont ils venus ? Quelles ethnies africaines furent concernées ? Quels sont les ports européens surtout français qui en ont tiré profit ?

A la Martinique

Lors de la période de commémoration en 1998 du cent cinquantième anniversaire de l’abolition de l’esclavage s’agissant des colonies françaises, les jeunes avaient posé de nombreuses questions extrêmement pertinentes, auxquels les adultes ne répondaient que de façon approximative.

Un enfant avait dit « si l’on a interdit la traite, c’est qu’à un moment on l’a autorisée. Qui a autorisé la traite en France? »
Un second avait demandé «l’Afrique c’est grand, est ce qu’on sait d’où précisément sont venus les captifs ? »
Un autre avait demandé « est ce que l’on sait combien d’esclaves sont arrivés à la Martinique en provenance d’Afrique ? »

C’est en repensant à ces questions et en essayant d’y répondre que cet article a été écrit en 1999.

On ne trouvera donc pas ici, une description des conditions épouvantables de cette multiplication de crimes que fut la traite sur deux siècles; ni des conditions dans lesquels est né le racisme, comme moyen idéologique d’assurer la reproduction du système esclavagiste; ni description ou analyse du système esclavagiste.

On trouvera seulement une tentative de répondre simplement à ces questions d’enfants par un économiste familier de l’histoire de la Martinique, sans aucune autre prétention.

Des esclaves peu nombreux avant 1650

Les débuts de la traite vers la Martinique et la situation des esclaves

L’ esclavage fût interdit en France bien avant le XVI° siècle.

Néanmoins « par delà la ligne des amitiés », cette ligne imaginaire qui coupe l’atlantique, il en allait tout autrement. L’esclavage et la traite étaient déjà instaurés par des chrétiens lorsque les français y sont venu prendre une place et ravitailler en fraude ou piller espagnols et portugais. Ceux qui partaient « à la grande aventure » ou en course, n’eurent pas besoin d’autre justification que les profits qu’on en tirait.
Lorsqu’en 1626 le Cardinal de Richelieu devient « Grand Maître Chef et Surintendant Général de la Navigation et Commerce de France », son ambition est de doter la France d’une flotte importante, et pour cela les colonies aux Amériques lui paraissent indispensables. Il favorise la création de compagnies pour aller coloniser les îles d’Amériques comme Saint Christophe en 1626, la Martinique et de la Guadeloupe en 1635. D’Esnambuc est alors le prête nom de Richelieu et de quelques autres associés.
L’acte d’engagement de 1626 pour Saint Christophe précise que « si toutefois il se fait traite des nègres. » D’Esnambuc en aura sa part. Ainsi au tout début de la colonisation, l’esclavage et la traite deviennent déjà des composantes de la colonie en formation.

De 1635 aux années 1650, la population de la Martinique est principalement formée de blancs, habitants et leurs serviteurs « alloué », « engagés », ou « Trente six mois ». Il n’est pas rare de trouver sur les habitations où se plante le « petun » ou tabac, ne nécessitant pas une importante main d’oeuvre, plus de « d’engagés » que d’esclaves. La traite n’est alors pas très développée et souvent clandestine.

Il n’y a donc pas eu à proprement parler de décision d’une autorité en France autorisant la traite des esclaves aux colonies, car au début du XVII° siècle ce sont des opérations sporadiques, plus qu’un système organisé.

Néanmoins à la Martinique on peut distinguer plusieurs périodes en ce qui concerne la traite négrière.
* La période de 1635 à 1650, période de défrichage et de plantation du tabac, il y a alors très peu d’esclaves.
* La période de 1650 à 1685, période pendant laquelle l’esclavage va devenir dominant en même temps que se développe la production de sucre. Déjà se développe le marronnage, tandis que le pouvoir royal va progressivement organiser ce qui va devenir le Code Noir en 1685.
* La période de la fin du XVII° siècle à la Révolution Française , avec une traite constante et importante.
* La période qui suit et se termine en 1831 par l’abolition effective de la traite.

 

Sucreries et esclavage

A partir de 1650 on assiste au développement des sucreries sur un modèle déjà expérimenté au Maroc, à Madère et au Brésil avec l’emploi d’esclaves. Le modèle est repris tel quel, sans que ne soit questionné l’emploi d’esclaves. L’esclavage suit le sucre à dit Freyre.Le développement des sucreries, entraîne l’arrivée de main d’oeuvre esclave.
Les premiers furent des «Calvaires» et des «Yolofs» des îles du cap vert, des «sénégalais», probablement des «Toucouleurs» et des «Saracollets» de la région de Saint Louis, des «Bambaras» du fleuve Sénégal, quelques «Bambaras» et quelques «Mandingues» dont la religion islamique a posé des problèmes.
Quelques «Peuls» capturés très haut dans l’intérieur arrivent de Gambie et de Guinée, mais note le sieur de la Courbe voyageur à la côte d’Afrique en 1685, le pays n’expédie pas encore ni de «Balantes», ni de « Nalous » et très peu de «Bissagots».
Les colons recherchent déjà à la Martinique les «Aradas» de la région de Juda. On trouve aussi des «Angolas» au XVII° siècle selon le Père Labat.
Au début la traite est effectuée quasi clandestinement, par des français, mais surtout principalement par des navires négriers hollandais qui avaient amené en peu de temps à la Martinique et à la Guadeloupe environ 1.300 africains.
La Hollande est un petit pays dont la flotte vers 1660 est largement supérieure aux flottes françaises et anglaises cumulées. Colbert s’est préoccupé de cette situation. La guerre avec la Hollande à partir de 1672 et le retour de la Martinique sous l’autorité royale après liquidation de la Compagnie Seigneur Propriétaire de la Martinique vont changer cette situation. La flotte hollandaise de l’Amiral Ruyter échoue de justesse en 1674 à prendre Fort Royal et la Martinique.

Cette guerre avec la hollande a probablement sauvé le peuple caraïbe, car le Roi Louis XIV qui a déjà interdit la mise en esclavage des amérindiens, a interdit expressément les diverses expéditions préparées contre eux. Il ne veut pas que les Français aient à se battre sur deux fronts.

Mais cette même guerre va précipiter le sort tragique des populations de l’Afrique de l’Ouest. En effet 1677 une expédition de la flotte française de l’Amiral d’Estré a chassé les Hollandais depuis les îles du Cap Vert jusqu’à la Sierra Léone et pris l’île de Gorée. Les français se glissent dans les comptoirs jusque là controlés par les Hollandais.

Les opérations sporadiques de traite cessent. Désormais à l’instigation de Colbert, sont instaurés de véritables privilèges, ou monopoles, de la traite des esclaves accordés à des compagnies comme la Compagnie de Guinée ou la Nouvelle Compagnie du Sénégal par exemple.

Avec les forts besoins en main d’œuvre pour la production de sucre, l’attitude de l’autorité royale change radicalement et Colbert sera l’un des instigateurs d’un véritable système subventionné par l’Etat pour capturer ou racheter des esclaves en Afrique pour les expédier aux Antilles et particulièrement à la Martinique.

Cependant envoyer ainsi massivement des esclaves dans une île couverte de forêt et qui ne comporte qu’une population limitée entraîne, au delà de toute considération morale ou philosophique de nombreuses difficultés. On doit faire face au marronnage et il faut organiser le système répressif qui accompagne forcément l’esclavage.

Le marronnage au XVII° siècle à la Martinique

Comme l’écrit le Père DuTertre un chroniqueur « A mesure que le nombre de ces esclaves accroissait dans la Martinique pour la consolation et la richesse des habitans celuy des marrons, c’est-à-dire fugitifs, s’augmentait tous les jours pour les affliger ».
Du Tertre estime le nombre des marrons à 3 ou 400 vers 1660. L’un d’eux, « un puissant Nègre d’une mine martiale et d’une grandeur fort extraordinaire » était considéré comme leur chef, et marronnait depuis au moins deux ans. Ayant appartenu à Fabulet, un habitant du Prêcheur on l’appelait de ce fait Francisque Fabulet. A la fin de 1665, Francisque Fabulet sous promesse de sa liberté s’est rendu, a ramené 8 à 10 marrons puis est resté au service du Gouverneur Clodoré jusqu’en 71 où, accusé de vol et de tentative collective de marronage, il sera condamné aux galères.
Ces marrons vivaient dans les bois « par pelotons de 25 à 30 ». Armés seulement « de méchants arcs et de quelques flèches, ils descendaient hardiment la nuit dans les cases un peu écartées et y pillaient particulièrement des armes, des munitions et des vivres ». Ils n’avaient « encore tué personne dans l’Isle ». Des primes sont offertes pour leur capture.

L’origine du Code Noir de 1685

L’origine du Code Noir pour la Martinique remonte aux instructions de Colbert à l’Intendant Patoulet de 1661.

« Sa Majesté estime nécessaire de régler par une déclaration tout ce qui concerne les nègres dans les isles, tant pour la punition de leurs crimes que pour tout ce qui peut regarder la justice qui leur doit être rendue et c’est pour cela qu’il faut que vous fassiez un mémoire le plus exact et le plus étendu qu’il sera possible qui comprenne tous les cas qui peuvent avoir rapport aux dits nègres en quelque manière que ce puisse être qui mériteraient d’être réglés par un ordre et vous devez bien connaître l’usage observé jusqu’à présent dans les isles et votre avis sur ce qui devrait être observé à l’avenir »

Ce n’est cependant que le 6 août 1685, est enregistré à la Martinique par l’Intendant ce qu’on a appelé le « Code Noir ».

Dans ce texte véritable institutionnalisation de l’esclavage, on trouve aussi outre les articles ayant trait aux esclaves, des articles consacrés aux étrangers, aux juifs, aux français de la Religion Réformée, dans l’esprit de la Révocation de l’Edit de Nantes.
On connaît bien cette période formative de la société de la Martinique, par divers travaux historiques, effectués à partir des chroniqueurs et des archives, en particulier la thèse sur :
« La Société d’Habitation à la Martinique – Un demi-siècle de formation 1635-1685 », de Jacques Petitjean Roget Paris   1978

 
Durant le long règne de Louis XIV et le non moins long règne de Louis XV, l’esclavage est devenu dominant à la Martinique, et le recours à la traite est massif pour assurer le renouvellement de la population esclave et son accroissement. Cette population a un taux de croissance naturel négatif du à la forte mortalité qui la frappe. La traite est devenue une activité massive et très lucrative.
Quelques chroniqueurs nous ont laissé d’importants travaux sur la traite comme par exemple Le Chevalier Des Marchais, sur les côtes d’Afrique à Juda ou aux pays des Ardres vers 1725, son ouvrage sera publié par le fameux Père Labat en 1730. On y trouve des cartes assez remarquables pour l’époque qui permettent de mieux situer les lieux et les populations d’origine de la traite sur les côtes africaines.
Gabriel Debien dans son remarquable travail sur « Les esclaves aux Antilles Françaises (XVII° – XVIII° siècle » Sociétés d’histoire de la Guadeloupe et de la Martinique 1974 , notait que « l’étude des origines ethniques des noirs que la traite amena aux Antilles françaises ne fait que commencer. Elle est d’une très grande difficulté. »
Difficile à la fois par la dispersion des sources, leur fiabilité tout à fait relative en ce qui concerne les déclarations des colons, et la difficulté de relier les noms de lieux, mais aussi des ethnies des XVII° XVIII° siècle aux noms d’aujourd’hui, car il y eu de nombreux mouvements de populations des royaumes se sont faits et défaits, et la colonisation est passée par là.
On connaît aujourd’hui mieux l’importance de la traite négrière française au XVIII° siècle par l’immense travail inachevé de Jean Mettas, « Répertoire des expéditions négrières françaises au XVIII° siècle » édité par son ami Serge Daguet et la Société Française d’histoire d’Outre Mer- Paris 1978.
Il a dénombré et dépouillé de 1708 à 1793, 3343 expéditions négrières françaises. Nous avons utilisé ce travail et sur ce siècle nous avons dénombré 459 expéditions négrières destinées à la Martinique. Au détour de l’examen de ces fiches assez arides on découvre un certain nombre de traits importants pour notre sujet.

Au début de la période les négriers sont aussi des flibustiers. Prenons l’exemple de l’expédition suivante décrite dans la fiche 3 de METTAS en 1709.


Ce navire a capturé deux autres navires négriers, un bateau de Flessing le Jacob, qui débarquera aussi 100 esclaves à la Martinique, et un bateau Portugais, le Notre Dame de Pitié de 70 tonneaux qui débarquera 100 esclaves et aura 30 morts à bord.

En exploitant ces fiches on arrive à avoir une certaine vision des choses.

Ports ayant monté des opérations négrières vers la Martinique
au cours du XVIII° siècle entre 1709 et 1792

Nantes 230 expéditions
Saint Malo 47 expéditions
Le Havre 40 expéditions
Bordeaux 33 expéditions
Lorient 33 expéditions
La Rochelle 28 expéditions
Dunkerque 11 expéditions
Vannes 9 expéditions
Marseille 8 expéditions
Honfleur 6 expéditions
Brest 4 expéditions
Bayonne 2 expéditions
Martinique 2 expéditions
Rochefort 1 expédition.

Importance variable de la traite à destination de la Martinique


Cette année là les principales expéditions viennent de la région de Juda, (Dahomey actuel) et de Cabingue (embouchure du Congo).

En 1720 c’est à peu près la même origine.

En 1729 il y a un déplacement des lieux de traite car il y a 18 expéditions


Mais à la fin de la période les expéditions se font moins nombreuses vers la Martinique, certaines années il n’y a aucune expédition.

 

Origine des esclaves débarqués à la Martinique

Bien entendu on ne connait pas l’ensemble des opérations de traites qui ont concernées la Martinique au XVIII°. Mais Mettas a pu relever un grand nombre d’informations.
Avant la Mort de Louis XIV, en 1617, les lieux de traite sont sur la côte ouest africaine, Gorée, Cap la Houe, Juda, Les Iles du cap Vert, l’Ile d’Anabon, le Cap Monte, la côte de Guinée, Galbar, la Riviére Royale du Gabon (Calabar) et Banny ou Calbany, le pays de Jakin ou Jacin, L’Ile de Sao Thomé, l’Ile du Prince, Acra, Apas, Anamabou.

Durant le règne de Louis XV viennent s’y ajouter, Patakary, Badagri, Mesurade, Albreda, Saint André, Grand Jonk, Grand Bassa ou Bassan, Epée, Axim, Quyeta, Cestre ou Grand Sestre, la Rivière de Formosa, le Cap Trois Pointes, Petit Popo, le Bénin, la Rivière du Bénin, la Mine, Bissau, le Sénégal, la Sierra Léone, Arguin, le cap de Lope, Louangue, Gabinde, Malimbe, Angole, l’Ile Bananes, Chama, la Cote d’Or, le Fort Wineba, Petite Galine, Cacheau ou Cacho, la Rivière Saint Jean, la Gambie, Portonovo, Aunis, l’Ile de Loss, Cormantin, Bandy.

Les principaux lieux de traites vers la Martinique au XVIII° siècle

Acra 11 expéditions de 6 ports
Anamabou 23 expédition de 6 ports
Angole 38 expéditions de 8 ports
Badagry 6 expéditions de 3 ports
Bany 7 expéditions de Nantes
Cap de Monte 14 expéditions de 4 ports
Cote d’Or 8 expédition de 4 ports
Epée 12 expéditions de Nantes
Gabingue 30 expéditions de 5 ports
Galbary 11 expéditions de 2 ports
Gorée 32 expéditions de 10 ports
Guinée 21 expéditions de 7 ports
Ile bananes 9 expéditions de 4 ports
Ile du Prince 25 expéditions de 7 ports
Jakin 17 expéditions de 5 ports
Juda 107 expéditions de 11 ports
La Mine 6 expéditions de 3 ports
Louangue 23 expéditions de 4 ports
Malimbe 12 expéditions de 4 ports
Mesurade 15 expéditions de 8 ports
Petit Popo 16 expéditions de 4 ports
Queta 8 expéditions de Nantes
Sao Thomé 13 expéditions de 6 ports
Senégal 17 expéditions de 5 ports
Sierra Léone 12 expéditions de 8 ports

Cela concerne des lieux de traite sur toute la côte d’Afrique du Sénégal actuel, à l’Angola.

Carte des lieux de traite

Regardons la cate publiée par le Père Labat avec l’ouvrage du Chevalier des Marchais et essayons d’y repérer les lieux de traite vu ci avant.

La côte depuis la Sierra Léone.

La côte des Dents

 

Les environs de Juda

 

Connait on l’origine ethnique

C’est un travail qu’il est difficile sinon impossible à conduire. On connaît généralement les lieux de traite mais on ne sait pas quels étaient réellement les captifs vendus. Il est parfois difficile de retrouver ces noms qui ont parfois disparu. Pour implanter les lieux ayant expédiés des esclaves vers la Martinique, lieux parfois oubliés nous avons utilisé la carte publiée dans le Chevalier des Marchais, découpée en trois parties reproduites ci avant.

Pour savoir l’origine des esclaves les documents des capitaines négriers assez précis sur les lieux, sont totalement imprécis sur les origines ethniques. Les esclaves venaient de l’intérieur par des caravanes de marchands d’esclaves.

Mais ces documents sont plus précis que les appellations données à la Martinique aux esclaves débarqués, où souvent le fait que des esclaves parlent la même langue suffisait à les déterminer. Or on sait qu’il existait en Afrique des langues vernaculaires parlées par différentes ethnies en plus de leur propre langue. Le plus souvent on se basait sur des caractères morphologiques et sur des scarifications pour déterminer l’origine des nouveaux débarqués.

Pour aller plus loin faute de documents précis, il faudrait année par année, et en prenant chaque lieu de traite, interroger l’histoire de ces pays d’Afrique, pour savoir si des guerres avaient eu lieu à cette période, et qui avait alors été vaincu. Il y a une forte chance que la majorité des captifs aie été partie des populations vaincues.

Mais il y a aussi des guerres de succession, et les prétendants écartent des groupes rivaux en les réduisant en esclavage et en les vendant. (Cette mésaventure est arrivé plus tard à la Mère du futur Roi Guezo, et tout un groupe de dignitaires et de prètres dahoméens qui furent expédiés au Brésil.)

Prenons les cas des esclaves embarqués en Guinée, Sierra Leone, et à Mesurade. Dans cette zone, qui correspond aujourd’hui à la côte d’Afrique de Free-Town en Sierra Leone à la limite actuelle du Liberia, et une partie de la côte d’Ivoire, les anglais y étaient les maîtres du commerce. Il est un peu surprenant de trouver un si grand nombre d’expéditions vers la Martinique en provenance de cette origine.

En terme d’ Ethnies, les « Sosos », les « Téménés », les « Kisis », les « Miserables » déformation de Mesurade, parfois appelés « Cangas », les « Yacoubas », les « Shebrous » venaient de cette zone.

Plus au sud est la Côte des Dents, correspond à la Côte d’Ivoire au Ghana, et au Togo actuel. C’est véritablement à partir de là que les français vont implanter des lieux de traite.

Bien que une carte ci avant donne une certaine idée de la façon dont au début du XVIII° siècle les marchands d’esclave européens voyaient la répartition des populations à l’intérieur, on ne peut pas aisément en tirer une information exploitable sauf qu’à coup sur, les européens ont su largement jouer des rivalités entre les diverses populations à leur profit. Il est clair que les conflits entre ces populations ont servi les desseins des négriers.

Revenons à la région de Juda, celle qui a été à l’origine de la grande majorité des opérations de traite vers la Martinique. On sait que Juda a été le principal port d’embarquement d’esclaves pour la Martinique.
Le problème c est que l’on ne sait pas si les captifs de Juda sont des « Fons » des « Aradas » très recherchés, des « Nagos », des « Barbas », des « Cotocolis », des « Mahis » ou des « Popos », ou peut être même d’autres ethnies.

Dans la Région de Banny et Calbany, (correspondant au Nigéria actuel) ce pourrait être surtout des « Ibos » qui furent embar

La Martinique un caléidoscope

Si on considère qu’il y avait à chaque expédition des captifs issus de plusieurs ethnies, et parlant plusieurs langues, (entre 3 et 10 ethnies par lieu de traite) cela veut dire que la Martinique a reçu des apports culturels africains de 75 à 250 ethnies différentes au cours du XVIII° siècle.

Ces apports étaient des plus variés, de la musique des chants, des contes, des pratiques culturales, des pratiques culinaires, des rites magiques, ou religieux, de la façon de construire une maison, des masques, des tambours, etc… Mais ils n’étaient portés que par un petit nombre d’individus éclatés sur de très nombreuses habitations sur l’ensemble de l’île, de sorte que les pratiques restaient restreintes à de très petits groupes, qui eux-même rencontraient d’autres petits groupes ayant d’autres pratiques ou d’autres rituels.
Les propriétaires d’esclaves faisaient très attention de ne pas avoir trop d’individus issus des mêmes origines ethniques, pour éviter les coalitions qui auraient pu alors se produire et mieux contrôler leurs ateliers. On comprend mieux l’importance de la constitution d’une langue nouvelle le créole comme moyen de communication commun à ces malheureuses populations transplantées.

La Traite vers la Martinique au XIX siècle

La traite ne s’est pas arrêtée au XVIII° siècle. Occupée par les Anglais au moment de la Révolution et rendue à la France avec le retour de Louis XVIII sur le Trône, la Martinique bénéficiera marginalement de l’apport de la traite anglaise durant cette période, d’autant que la traite va être interdite par un traité Franco Anglais progressivement ratifié par divers pays.
Cependant la traite se poursuit vers Cuba, les Etats Unis, et le Brésil à cette époque sur une très grande échelle. Plus près de la Martinique on trouve tout ce qu’il faut pour organiser ce type d’opération à Sainte Croix ou à Saint Thomas par exemple, et des opérations clandestines initialisées de Martinique vont y être organisées.
Ainsi la traite continue vers la Martinique. Et les efforts des flottes anglaises et françaises, sont insuffisants pour l’ arrêter, sauf cas exceptionnel, comme celui de ces Ibos de l’ Amélie, captifs libérés à la Martinique, pris sur un navire négrier après une longue course poursuite.
La traite clandestine se poursuit vers la Martinique jusqu’en 1831, date à laquelle les deux derniers navires négriers sont signalés, l’un au Robert, l’ autre au Diamant, ou il sombra au pied du Morne Larcher entraînant la mort de nombreux captifs. Un monument du souvenir y a été construit par l’artiste martiniquais Laurent Vélère.
(voir le lien un naufrage au Diamant).
La traite s’arrête en 1831, parce qu’à partir de cette date, tout armateur, propriétaire au associé d’une compagnie ayant un bateau saisi en effectuant une opération de traite, sera solidairement avec le capitaine et l’équipage condamné pour crime de traite. Finie l’impunité des façades d’immeubles cossus et finie la traite négrière française.

Estimation du nombre des esclaves introduits

Il s’agit bien entendu des esclaves introduits à la Martinique.

Une première estimation pour le XVII° siècle pourrait donner de 500 à 1.000 esclaves introduits annuellement soit 15.000 à 30.000 esclaves introduits. Certains historiens avancent des chiffres plus précis.

Les 459 expéditions de traites du XVIII° siècle, répertoriées par Mettas, ont débarqué 87.620 captifs attestés, soit compte tenu des chiffres qui manquent pour 104 expéditions, environ 110.000 à 120.000 esclaves en 85 ans à la Martinique, non compris les morts et disparus en mer.

A la traite Française il conviendrait d’ajouter, la traite anglaise, durant les périodes pendant lesquelles la Martinique est devenue anglaise avant d’ être échangé contre les quelques arpents de neige du Canada, la traite Hollandaise, et surtout l’Interlope, ou traite clandestine qui se pratique, en particulier en temps de guerre avec une grande mansuétude des autorités. Il est difficile d’ estimer ces chiffres.

On peut estimer la traite anglaise au moment où l’île a changé de colonisateur à quelques 7.500 esclaves selon B David. On devrait y ajouter des chiffres de traite clandestine au XVIII° peut être 4.000 à 6.000 esclaves. Durant la période révolutionnaire, la Martinique passée sous contrôle anglais connaît un marasme économique important pourquoi acheter des esclaves. Au moment de la restauration la France a accepté de signer avec l’ Angleterre une traité interdisant la traite, mais on sait que la traite a continué.

On sait même qu’elle a été importante jusqu’en 1831. En effet lors des discussions sur la détermination du montant et de l’assiette de l’indemnité à verser aux propriétaires pour l’abolition de l’esclavage, certains membres de la commission d’indemnisation avaient proposés d’exclure les esclaves introduits illicitement depuis l’interdiction de la traite. Les colons se sont battus pour que la date à partir de laquelle s’appliquait ce texte ne fut pas la ratification du traité interdisant la traite, mais la date de 1831. Selon les travaux de B David, il y aurait eu entre 1825 et 1829 132 navires soupçonnés ou convaincus de s’être livrés à la traite des noirs. S Daguet étudiant les ports de France en dénombre beaucoup moins un peu plus de 55 ayant débarqué un peu plus de 8.600 esclaves. On sait par différents documents que durant cette période la traite s’est organisée dans les antilles même. Le matériel de traite étant acheté à Saint Thomas ou sainte Croix, parfois avec les pavillons de complaisance. l’opération de traite était alors un aller retour entre les antilles et l’Afrique. La bonne connaissance des côtes de l’île par les capitaines permettant d’approcher et de débarquer clandestinement des cargaisons dans des anses isolées. Où par ailleurs ils bénéficiait de la complicité de colons, parfois des notables. On peut estimer d’après les travaux de B David et S Daguet que dans la période 1818-1831 la traite clandestine a apporté entre 8.500 et 15.500 esclaves clandestins.

Si on effectue une récapitulation, en retenant ces estimations la Martinique aurait reçue entre le milieu du XVII° et le premier quart du XIX° siècle une population d’esclave comprise entre 145.000 et 179.000 individus hommes femmes et enfants.

Nous pensons avoir ainsi tenté d’apporter des réponses à ces enfants dont les questions m’avaient interpellées lors de la célébration en 1998 du cent cinquantième anniversaire de l’abolition de l’ esclavage.

Décembre 1999

Les autres composantes de la population

Nous indiquerons ultérieurement ce que furent les autres composantes de la société martiniquaise : les indiens caraïbes; les engagés blancs de toute les partie du royaume de France; les immigrants européens au moment de l’abolition de l’esclavage; les immigrants Congo quelques 9.000 entre 1859 et 1861; les immigrants des comptoirs de l’Inde, quelques 25.000 à la fin du XIX siècle; les immigrants chinois de la région de Canton vers 1875; les immigrants des territoires sous mandat de la SDN, de Syrie et du Liban.

Tous ont contribué à faire de la Martinique ce qu’elle est aujourd’hui.

 
 

Les influences indiennes de la Martinique: Page 2 of 5
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Histoire

Organisation de l’immigration et départ d’Inde
Organisation de l’immigration indienne

L’immigration indienne était réglementée. Il y avait deux formes d’immigration, l’une libre effectuée à titre individuel par les planteurs, l’autre massive sous contrôle gouvernemental. C’est la seconde qui prévaut. Le Ministère de la Marine et des Colonies signe avec des armateurs et des compagnies maritimes des traités prévoyant le transport régulier de contingents indiens. Le premier, conclu le 27 mars 1852 pour six ans avec le Capitaine Blanc prévoyait le transport de 4000 Indiens vers les colonies françaises au prix de 500 Francs par migrant. De ce contrat, 1191 Indiens ont été importés en Martinique. Le futur propriétaire devait rembourser le voyage et les 50 francs versés à l’engagé indien avant son départ pour la colonie.

Emigration Inde de Pondichery Le 25 avril 1855 est créé à Pondichéry, la Société d’Immigration de l’Inde Française pour organiser le recrutement et l’expédition des Indiens vers les colonies française. Le 1er Juillet 1861, une convention franco-anglaise est signée afin de recruter des engagés dans le Nord de l’Inde et de la faire partir depuis le port de Calcutta. Les ports de Pondichéry et Bombay ont aussi été le point de départ de cette immigration vers les Antilles. L’origine des Indiens migrant dans les colonies françaises était diverse. Jusqu’en 1861, ils provenait de la région méridionale de Madras et c’était les Tamouls qui étaient majoritaires. Après, elle fut plus de Calcutta et le nord-ouest de l’Inde.

L’arrivée des Indiens en Martinique s’était négociée plutôt facilement avec le gouvernement Anglo-Indien car la famine sévissait à Madras et dans les districts du Nord de l’Inde. Étant responsables de ces affamés, leur départ réduisait les dépenses qu’il avait à effectuer pour nourrir cette population.
Le Voyage de l’Inde aux Antilles

Les Indiens quittaient leur terre natale sans savoir ce qui les attendaient à leur arrivée dans l’île. Beaucoup pensaient qu’ils ne s’agissait que d’une mission temporaire et qu’ils rentreraient sur leurs terres natales une fois leur contrat fini. Avant leur embarquement, un agent gouvernemental regardait si ils avaient pris leur décision en âme et conscience et que personne n’avait motivé ce départ loin de leurs terres sous la contrainte. Le bateau était surveillé et des vérifications étaient faites afin de tester sa fiabilité sur un voyage qui s’avérait être long.

En effet, deux mois étaient nécessaires pour rallier l’Atlantique et les îles de la Caraïbe. Il fallait donc veiller à avoir suffisamment de nourriture pour la durée du voyage et veiller à ce que chaque personne dispose d’un espace suffisant afin de supporter la traverser confortablement. Les conditions sanitaires étaient également très importantes. Ainsi deux médecins voyageaient à bord (un français et un indien) afin d’intervenir en cas de problème médical. Trop nombreux sur les navires, les émigrants étaient souvent sujets à toute sorte de maladie (grippe, dysenterie, choléra et autres maladies pulmonaires). Le choléra a notamment fait beaucoup de victimes qui sont morts avant même l’arrivée aux Antilles. Les naufrages aussi faisaient un nombre important de victimes. Ainsi le « Souvenance », affrété le 28 décembre 1870 par le Gouvernement français pour un transport entre Pondichéry et la Martinique et qui a quitté l’Inde le 15 mars de l’année suivante a connu un naufrage dans le Canal du Mozambique entraînant le décès des 371 passagers de l’occupation.

La vie sur les bateaux était différente de celle des bateaux négriers. Les hommes étaient séparés des femmes, les couples mariés avec enfants des couples mariés sans enfant. Des agents gouvernementaux veillaient à la bonne tenue des relations et à l’organisation de la vie sur les bateaux. Ceci n’empêchait pas cependant les révoltes des immigrants, ni les sévices commis par l’équipage. Après deux mois de voyage parfois tumultueux, ils arrivaient en Martinique. Le débarquement avait lieu à Saint-Pierre puis a été déplacé à partir de 1857 à Fort-de-France où un « dépôt des immigrants » est construit à leur intention sur la rive droite, à l’embouchure de la rivière Levassor. Une fois les formalités administratives remplies, les travailleurs sont attribués aux engagistes qui leur devaient logement, nourriture et soins.

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