QUAND L’IDEE DES « REPARATIONS » S’IMPOSE…

ESCLAVAGE : 14 PAYS DE LA CARAÏBE DEMANDENT REPARATIONS A l’ANGLETERRE, A LA FRANCE ET A LA HOLLANDE

14 Pays de la Caraïbe ont engagé des poursuites contre les grandes nations européennes, que sont l’Angleterre, la France et les Pays-Bas. Ils demandent des compensations financières, pour le lourd héritage de l’esclavage laissé par ces nations.Ces pays se basent sur un cas de jurisprudence où des Kenyans torturés par le pouvoir colonial anglais, ont été dédommagés en 1950 après un procès très médiatisé.

Le Royaume-Uni, la France et les Pays-Bas sont poursuivis par quatorze petits Etats de la Caraïbe. Ils demandent réparation pour le lourd héritage de l’esclavage laissé par ces nations esclavagistes. S’ils obtiennent gain de cause, des compensations financières évaluées à plusieurs centaines de milliards d’euro, pourraient être engagées.  175 ans après l’abolition de l’esclavage faite par le Royaume Uni, 167 ans après celle de la France, 152 après l’abolition faite par les Pays-Bas voici que l’histoire revient sur le devant de la scène sous-forme judiciaire.
A la tête de ces poursuites judiciaires, la Caricom(Caribbean Community) composée de douze anciennes colonies, anglaises, françaises( Haïti, association le MIR) et hollandaise (Surianm) se sont unis afin de porter aux plus haut niveau leurs revendications. Ces pays estiment que les gouvernements européennes ont tiré profit durant des siècles du dur travail mener par les esclaves et qu’ils doivent désormais payer. Ces Etats ont engagé le célèbre Cabinet d’Avocat LEIGH DAY connu pour avoir remporté  récemment le procès des centaines de kenyans torturés et emprisonnés par le pouvoir colonial britannique, durant les années 1950. La Caricom n’a pas précisé le montant qu’elle demanderait mais elle souligne que l’Angleterre une fois l’esclavage abolit en 1833, a dédommagé les propriétaires d’esclaves d’une somme avoisinant les vingt milliards de £, quand à la France, le gouvernement de Napoléon III accorde aux anciens propriétaires d’esclaves une indemnité égale au tiers de la valeur de leurs anciens esclaves. 
 
Ce n’est pas la première fois que l’idée de réparations surgit. Aux Etats-Unis l’idée avait déjà fait surface à plusieurs reprises,  après la Guerre Sécession (1861-1865)  près de 400 000 acres de Terres en Floride, en Géorgie, et en Caroline du Sud appartenant à d’anciens propriétaires furent redistribuées par le Gouvernement de Washington aux esclaves affranchis, mais finalement l’idée fut abandonnée par le président Andrew Johnson successeur d’Abram Lincoln assassiné.
Pour les Etats membres de la Caricom, l’esclavage débuté au XVIIe siècle serait un frein au développement de la Région,aujourd’hui très pauvre. Ils comparent leur demande à l’autre génocide l’Holocauste, qui avait vu l’Allemagne post-nazie remboursée les victimes du Régime Nazi. «L’héritage terrible de ces crimes contre l’humanité doit être réparé pour le bénéfice du développement de nos sociétés des Caraïbes et tous nos peuples », a déclaré Ralph Gonsalves, Premier ministre de la petite Saint-Vincent-et-les Grenadines. Pour le Premier Ministre, il s’agit d’un tord qui doit être redressé.
Verene Shepherd, qui coordonne les demandes de la Jamaïque pour les réparations, a déclaré que leurs ancêtres esclaves »n’ont rien eu» quand ils ont été libérés. «Ils ont obtenu leur liberté et leur a dit« Allez-vous développer »..  Face à ses demandes pour le moins nouvelle,les critiques sont nombreuses en Europe. Elles soulignent que de nombreux membres de la CARICOM ne seraient pas si pauvres que cela, car, ce sont des  paradis millionnaires tels que les Bahamas et la Barbade.
La Caricom insiste et  elle espère parvenir à un règlement avec les pays européens et ne saisiront la Justice que si les négociations échouent.
Une réparation financière est-elle apte à calmer les souffrances liées à l’esclavage?
En France, une association a elle aussi entamée des poursuites contre ceux qui ont profité de l’esclavage. Lorsqu’il a annoncé son intention de poursuivre en justice la Caisse des dépôts et consignations au motif qu’elle aurait «profité de l’esclavage», le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) a réalisé un coup médiatique qui a quasiment supplanté les commémorations de l’abolition de l’esclavage. Pour la psychanalyste Jeanna Wiltord :  » Pour comprendre l’insistance de la demande de réparation qui se fait entendre dans ces populations, il me paraît nécessaire de situer la souffrance causée par la colonisation esclavagiste et racialisée dans sa dimension de traumatisme.» Elle poursuit sn explication en ces termes : En psychanalyse, un événement revêt un caractère traumatique dès lors qu’il génère, après coup, des comportements et des actes automatiques, c’est-à-dire non délibérés, comme la peur de l’eau pour celui qui a manqué de se noyer dans son enfance… Arrivés sur des terres lointaines et sans aucun rapport avec leurs pays et culture d’origine, les Africains déportés se sont vus imposer, de surcroît, un rapport social totalement faussé:
 
«Dans la société coloniale, les relations humaines ne se sont pas structurées à partir de la différence symbolique introduite par la parole
Ainsi, sur décision du colonisateur, qui refusait de voir en eux des semblables, les esclaves sont entrés de force dans une société ségrégationniste. Désormais, la valeur d’un individu, son humanité se jugent à la couleur de sa peau:
«Aux “blancs” a été attribuée une valeur imaginaire et les “noirs” sont restés marqués d’une façon tout aussi imaginaire par la macule de l’esclavage.»
De même que les valeurs de la Révolution française sont toujours constitutives de la société hexagonale contemporaine, les valeurs de la société «coloniale esclavagiste et racialisée» fondent encore les relations sociales dans les ex-colonies françaises. Les conséquences sur les individus et la société elle-même s’avèrent nombreuses: Jeanne Wiltord souligne par exemple «une fragilité des hommes dans leur rapport à la virilité». Il est à noter qu’en psychanalyse, la virilité se distingue de l’organe sexuel. Ici, elle s’apprécie à l’aune de la capacité à faire usage du langage pour soutenir une parole en son propre nom. Cette fonction «humanisante» s’étant trouvée pervertie, la parole est devenue l’affaire du «blanc».
Il est logique de penser que de tels traumatismes vieux de plusieurs siècles devraient être résolus depuis belle lurette. Cependant, les maux psychiques ne peuvent être véritablement soignés que si l’on pose des mots sur les événements qui les ont produits. Mais en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane française et à la Réunion, on a plutôt opté pour le silence. C’était la consigne. En Martinique par exemple, «la proclamation par le gouverneur Rostoland de l’abolition de l’esclavage en 1848 est explicite sur ce point: “je recommande à chacun l’oubli du passé’’».
Pourtant, «ne pas parler d’une histoire lui donne de l’ampleur», précise Jeanne Wiltord. De plus, au silence imposé par l’Etat s’est ajouté celui infligé par l’école laïque républicaine qui ne laisse aucune place dans les programmes à l’histoire des colonies, ni même à la façon dont elles ont été peuplées. Au contraire, elle a imposé le déni en enseignant à tous un ancêtre unique et commun: le gaulois.
Enfin, l’accession en 1946 de ces quatre colonies au statut de département parachève l’œuvre de déni, car la structure coloniale sur laquelle elles ont été créées a perduré après la départementalisation. Cette particularité en fait des départements entièrement à part. Une situation à laquelle tout le monde semble s’être accommodé, mais qui n’est pourtant pas propice à une guérison du traumatisme.
«Le déni est un mécanisme paradoxal qui fonctionne à notre insu pour nier une réalité, poursuit Wiltord, mais qui ne permet pas de constituer la mémoire de cette réalité. C’est une tentative imparfaite pour se détacher de la réalité d’un événement ou d’un fait, quand leur signification ne peut pas être admise psychiquement par un sujet.»
Aussi, une question reste en suspens: comment un traumatisme aussi profond et encore présent dans le quotidien de nombreux Antillais, Guyanais et Réunionnais peut-il être pansé?
Ne plus être esclave de l’esclavage
En plus d’un travail psychanalytique qui découle d’une démarche individuelle, la psychiatre martiniquaise préconise de «faire des recherches historiques et de travailler à rendre l’histoire lisible». En effet, une représentation victimaire s’applique à ne concevoir les esclaves que dans leur condition de maltraité et à occulter la force dont ont fait preuve nombre de ceux qui ont refusé de se soumettre: il y a eu des résistants, des révoltés. Un tel regard, affirme Jeanne Wiltord, permettrait d’aborder autrement «cette histoire déjà marquée par la honte chez les descendants d’affranchis».
Aujourd’hui, on entend çà et là des voix s’élever pour réclamer des réparations pour les multiples dommages occasionnés par la traite négrière. Jean-Marc Ayrault lui-même et certains membres de son gouvernement ont pu estimer la demande légitime. Cependant, la position de Jeanne Wiltord est sans ambigüité:
«Une réparation est impossible. On ne peut pas effacer l’histoire.»
D’autant qu’elle perçoit une motivation plus profonde dans toutes ces requêtes en compensation:
«Dans toute demande, il y a une demande d’amour et de reconnaissance; mais y porter réponse par des compensations matérielles ne fait que relancer la demande sans jamais arriver à la satisfaire car cette réponse est une méconnaissance du registre où la demande a à être entendue.»
Le propos ici n’est absolument pas de classer aux oubliettes cette triste période de l’histoire humaine et du capitalisme marchand, bien au contraire. Le souvenir de la traite négrière doit permettre de construire un présent et un futur plus en adéquation avec le respect de la personne humaine. C’est d’ailleurs ce qu’écrivait Frantz Fanon[6] en 1952 dans sa conclusion de Peau noire masque blanc:
«Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte.
En aucune façon je ne dois m’attacher à faire revivre une civilisation nègre injustement méconnue. Je ne me fais l’homme d’aucun passé. Je ne veux pas chanter le passé aux dépens de mon présent et de mon avenir.
[…] N’ai-je donc pas sur terre autre chose à faire qu’à venger les Noirs du XVIIe siècle?[…] Vais-je demander à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable des négriers du XVIIe siècle? Vais-je essayer par tous les moyens de faire naître la culpabilité dans les âmes? La douleur morale devant la densité du passé? Je suis nègre et des tonnes de chaînes, des orages de coups, des fleuves de crachats ruissellent sur mes épaules. Mais je n’ai pas le droit de me laisser ancrer […] Je n’ai pas le droit de me laisser engluer par les déterminations du passé. Je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères.[…] Mais moi l’homme de couleur, dans la mesure où il me devient possible d’exister absolument, je n’ai pas le droit de me cantonner dans un monde de réparations rétroactives.» 
 

Un Déni très Français

En France, le déni est très fort. Le président de la République Française François Hollande, dans son intervention du 10 Mai 2013, jour de la Commémoration de l’esclavage au niveau national, était resté ferme dans son refus de toute réparation matérielle de l’esclavage. Pour lui, il y a une «Impossible réparation» : c’est en ces termes que le président de la République a gardé la porte close à toute compensation financière, pour ce crime qui a tué des millions d’êtres humains. De plus ces dernières semaines, une polémique lancée par la chanteuse Joëlle Ursull a  agité les réseaux sociaux et prouve la France est encore dans le déni. Face à ce refus de reconnaître l’esclavage des noirs comme le pire crime commis dans l’histoire de l’Humanité, la question des réparations se pose et doit se maintenir.

E.L.M.S pour TheLinkFwi@

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