DE LA CITOYENNETE PLEINE ET ENTIERE EN GUADELOUPE

Danik Zandwonis «Le Guadeloupéen n’a pas la pleine conscience d’une quelconque citoyenneté»

22 juin 2016 par Rédac Creoleways

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Coutumier des formules choc, l’homme de médias Danik Zandwonis nous fait parvenir cette réflexion sur le déficit de citoyenneté que chacun déplore en Guadeloupe, quel que soit le bord idéologique ou la couleur de peau. Au-delà d’une rhétorique d’indépendantiste « blanchi (noirci ?) sous le kaskod », D. Zandwonis fait un constat de fond qui, hors antenne, en petit comité, nous interpelle tous : Aujourd’hui, les métros deviennent-ils plus véillatifs que nous, natifs, dès qu’il s’agit de protéger la nature de Guadeloupe, nos intérêts de consommateurs ou nos droits et devoirs de citoyens ? Tribune « à la roue libre les bras croisés ».

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Les Guadeloupéens sont-ils des citoyens…. de la Guadeloupe

par Danik I. ZANDWONIS

Mon propos va sans doute déranger certains mais qu’importe ! Nous devons avoir l’outrecuidance et l’impertinence de nous dire ce que nous sommes et surtout ce que nous ne sommes pas. Ainsi donc en plein conflit de l’eau, on a vu au cours d’un reportage du JT de Canal 10 quelques manifestants devant les bureaux du SIAEG vociférant à propos de cette grève qui durait et qui privait une bonne partie des consommateurs du précieux liquide. Ces manifestants résidant à coup sûr dans le périmètre de Pointe-à-Pitre, la Marina et des hauteurs de Gosier étaient TOUS, sans exception, des blanfwans ! Wow ! Voilà un terme que certains exècrent mais il recouvre une réalité qui est bien loin d’être virtuelle.

J’ouvre ici une petite précision sémantique à l’usage de ceux qui ignorent ou font mine d’ignorer que la Guadeloupe de 2016 est toujours une colonie française. Dans notre pays, outre les Guadeloupéens natifs qui sont afro- descendants, indo-descendants, kalina–descendants et européo-descendants, vivent aussi ceux qu’on qualifie improprement de « métros » mais qui sont de véritables Français de France. Ils sont fonctionnaires, chefs d’entreprises, aventuriers… tantôt de passage mais la tendance depuis quelques années est à l’installation définitive.

Ces Francais expatriés sont donc ce qu’en créole on nomme sans aucune volonté péjorative ou racialiste des « Blanfwans » parce qu’on les distingue des « blankréyol » qu’on désigne aussi par les vocables « blanmatignon », « blangouyav », « blantètikann » ou encore « béké », un terme emprunté au créole martiniquais. Je referme ici cette parenthèse sémantique pour revenir à mon propos initial.

Pourquoi cette manifestation de blanfwans qui a surpris d’aucuns, mérite notre attention ?

Cette manif, en elle-même, est tout-à-fait normale et légitime car elle est a priori citoyenne. Quand dans un pays « normal » les choses ne vont pas que ce soit à l’échelle d’un quartier, d’une ville, d’une région ou même d’un département, les citoyens se mettent en branle. S’ils sont organisés en « association de défense des intérêts » de ceci ou de cela, ils feront entendre leur voix et leur mécontentement. En France, aux Etats Unis, en Suisse, les « assos » de consommateurs, de défense, de protection … sont légions car dans ces pays « normaux », les citoyens existent et le font savoir. Ils en ont le droit et sont même protégés par des lois qui leur garantissent le libre-exercice de leur citoyenneté. En France, depuis la Révolution de 1789, la notion de citoyen est porteuse de sens et de contenu. En Guadeloupe, sous tutelle coloniale, c’est beaucoup plus compliqué, la citoyenneté a du mal à exister. Elle est même antinomique. Ce fonctionnement citoyen n’est pas et ne peut pas être dans l’ADN du Guadeloupéen. Le tissu associatif quoique relativement dense ne recouvre le plus souvent que le festif (Carnaval, Nwel, fet komin…). Les assos vraiment citoyennes qui veulent et peuvent peser sur la société civile sont beaucoup moins nombreuses qu’il ne le faudrait. Pourtant dans le passé de la Guadeloupe coloniale post-1848, il y a bien eu des « sociétés » et des « chitou ». Cependant ces « groupes » n’avaient pas un véritable caractère citoyen.

Alors il faut se demander pourquoi ce déficit absolu de la citoyenneté dans notre pays ?

Il ne pas faut chercher trop loin pour comprendre que l’ex- esclave qui a été libéré en 1848 s’est trouvé projeté dans une société initiée et contrôlée par ses anciens maitres, lesquels ont mis près d’un siècle avant de reconnaître vraiment la qualité d’homme à ces fils d’esclaves.

C’est en 1946 que les vielles colonies sont soit-disant transformées en département. On connaît l’histoire et la vacuité pour nous de la devise des républicains français : liberté, égalité, fraternité. Peut-être aurait-il fallu ajouter citoyenneté… Mais le projet colonialiste ne prévoyait pas de faire de nous ni de vrais hommes, ni de vrais citoyens.

En 2016, le Guadeloupéen n’a pas la pleine conscience d’une quelconque citoyenneté qu’on ne le lui rappelle qu’à l’occasion des joutes électorales. Être citoyen dans ce pays se résume souvent à « accomplir son devoir d’électeur ». Nul besoin d’être un politiste expert pour s’apercevoir que même dans ce cadre, le pseudo-citoyen guadeloupéen a du mal avec cette citoyenneté octroyée qui ne lui colle pas à la peau d’où cette défiance par rapport à la chose politique et singulièrement au vote.

Mais une autre question se pose. L’homme guadeloupéen, s’il affirme une citoyenneté dans un pays colonisé, cette dernière doit elle n’être que française ? La réponse est dans la question. On comprend alors cette résistance peut être même inconsciente à une citoyenneté qui ne serait pas notre. Il faudra donc attendre que la Guadeloupe soit vraiment guadeloupéenne et peut être à ce moment, le citoyen guadeloupéen commencera à exister.

En attendant les blanfwans de Guadeloupe continueront à être et à agir eux en de vrais citoyens français… dans un pays colonisé. À bien regarder, la citoyenneté en Guadeloupe ne concerne vraiment que les colons ou leurs représentants. Faut-il alors parler d’un apartheid de la citoyenneté ?

Source Creoleways.com

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1 commentaire (+ vous participez ?)

  1. luckbrown
    Juil 09, 2016 @ 00:32:47

    Le même constat pourrait s’appliquer au « citoyen Martiniquais » du fait de cet esprit individualiste au fond très cultivé et résultant de cette méfiance entretenue par les colons (diviser pour régner), même si « l’homme noir demeure le plus grégaire des humains » et au risque de se trahir lui-même…
    Cependant aussi bien pour le Guadeloupéen ou le Martiniquais ou tout autre Domien présent dans l’Hexagone il serait aussi utile de savoir s’ils sont nombreux à exprimer leur pleine citoyenneté de Français (à part entière ou entièrement à part (?) Cela aussi est une problématique sur laquelle il importe de se pencher , peut être pour mieux considérer le statut du descendant d’esclaves des 2 côtés de l’Atlantique et par rapport à l’Afrique ….

    Réponse

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