DUMAS, tel que vous ne le connaissiez pas ..!

Adorable portrait, entre autres, de Dumas… par Suzanne DRACIUS

LES TROIS MOUSQUETAIRES ÉTAIENT QUATRE, ET LES TROIS DUMAS MULÂTRES
« Pour l’adresse, chaque fois que tu scandes : « 60, avenue Alexandre Dumas, 97200 Fort-de-France », ils te répondent qu’elle n’existe pas, l’avenue Alexandre Dumas, on n’a pas ça à Fort-de-France. (Tu ne le sais que trop !) Quand est-ce que tu auras fini de te foutre de leur gueule ?… Le policier tripote l’annuaire de Martinique, un peu trop nerveusement à ton goût. Est-ce pour y chercher encore l’avenue Alexandre Dumas, introuvable, inouïe, improbable, aux dires de tous ses collègues, ou pour te tabasser avec ? Tu as vu ça dans des films : les coups d’annuaire, ça fait mal, sans laisser de traces : l’idéal. Certes, le bottin rien moins que mondain de la minuscule Martinique, ce n’est pas le bout du monde, mais quand même…
Mais là où c’est le bouquet, c’est quand ils demandent ta profession. Alors là, ils tombent cul par terre et puis te disent d’arrêter de mentir. Ils croient que tu affabules, que tu es en pleine mythomanie aggravée de schizophrénie. Un des babylones, inspiré, avance même « kleptomanie » ; il a vu cela à la télé. Ils se demandent s’ils ne devraient pas t’envoyer directissimo à Colson, chez les tocs tocs. Y en a marre, de tes délires et de tes élucubrations !
Faut voir ce que tu as dans la tête !
« Ce siècle avait deux ans » écrivait Victor Hugo, plus doué, au demeurant, pour jongler avec la métrique qu’en calcul arithmétique, en évoquant le moment de sa naissance. (En esprit plus rigoureux, tu observes que ce siècle — le XIXème —, n’avait qu’un an, si l’on compte juste, mais au diable l’avarice ! Quand on aime, on ne compte pas.) Trêve de ces impertinences, aussi pertinentes soient-elles ! De quel droit as-tu l’impudence — peut-être doublée d’imprudence — d’oser toucher au patriarche qui eut « l’art d’être grand-père » et Pair de France et des funérailles nationales ? Un peu de respect, quoi, merdre ! C’est ubuesque !
En cet an de grâce 2002, on célèbre donc partout en France, et jusqu’au fin fond de Martinique, « l’Année Hugo ». Grand bien nous fasse.
Mais Alexandre Dumas AUSSI est né en 1802 !
À l’heure où l’on s’avise enfin de le transférer au Panthéon — au grand homme la patrie reconnaissante, sur le tard ! — que l’hexagonale Villers-Cotterêts, bourgade de l’Aisne où il naquit, mais ne vécut que quelques semaines, se désole, dix fois vingt ans après, d’être dépouillée de la dépouille de l’auteur de Vingt Ans après, voilà qui est tout à son honneur ! Que cette bonne ville très françoise — où fut édictée, par François Ier, la fameuse ordonnance de 1539 prescrivant l’emploi du français alors appelé « le françois » au lieu du latin pour les textes officiels, lois et jugements — soit la ville natale de Dumas, ô coïncidence ! Ô symbole ! Ô baudelairienne correspondance qui avait tout pour te réjouir l’âme et le cœur, tous les sens et inversement, dixit l’ami Rimbaud, toi qui affectionnes la langue française en mêlant l’amour du latin à la passion du créole…
Mais te souvenant que l’écrivain français le plus mondialement réputé, celui dont Les Trois Mousquetaires sont célèbres sur la terre entière (les personnages de fiction les plus représentés, filmés et même en dessins animés), était né exactement la même année que le papa des Misérables, tu te demandas pourquoi cet an de grâce 2002 ne serait pas également sacré « Année Dumas ». Pourquoi Hugo plus que Dumas ? L’injustice te mit hors de toi. Tu n’en dormis pas de la nuit.
Tu te plongeas dans le dictionnaire, histoire d’y trouver la réponse à ta question et d’en savoir plus sur lui. Tu y eus seulement la confirmation que ledit « écrivain français » était fils du général Alexandre Davy Dumas. Consternation !
Mes respects, mon général ! Merci pour le grade militaire, mais, pour votre négresse de mère, pas de merci ! Black out total sur la noire de Saint-Domingue, l’Africaine qui vous donna le jour, sous le soleil des Grandes Antilles, faisant de vous, Général, un demi nègre, et de son petit-fils un quarteron, — selon les distinctions délirantes à la Moreau de Saint-Méry ou autres eugénistes nazillards, capables de couacs aussi cruellement crétins que les catégorisations cacophoniques par lesquelles ils étiquetèrent les divers degrés de métissage, calculant la proportion de sang « blanc » et de sang « noir », en baptisant les différents sangs-mêlés des harmonieux noms de « mamelouk », « sacatra », « octavon » ou « griffe », et tu en passes et des meilleures…
Tu te bouchas les oreilles, afin de ne plus jamais entendre le concert de détracteurs s’amusant à colporter que ce mulâtre prenait des nègres pour l’aider à composer son œuvre monumentale.
Fallait-il voir là la raison de ce monumental oubli ? Un métis d’ascendance servile, de « sang impur », l’illustre écrivain français, le plus universellement connu de par le monde ? Cela ne s’exporte pas ! Ce n’est pas vendeur. Ça ferait désordre… Entre Désordre et Génie, le motif de ce choix inique ? ! Est-ce que ce sang noir ferait tache, obscurcissant son œuvre immense ?
Les trois mousquetaires étaient quatre, a-t-on coutume de préciser, avec un pseudo sourire érudit : à Athos, Porthos, Aramis, il faut adjoindre d’Artagnan, évidemment ! On se complaît à un lapsus tentant, pour désigner « les trois Dumas », jeu de mots d’autant plus séduisant que les trois se prénomment Alexandre : le grand-père, le père et le fils.
Mais ce que jamais nul n’exalte, c’est l’existence de Cessette. Ce que l’on proclame moins volontiers, ce qui écorche la bouche, c’est cette Cessette, ce ventre de négresse esclave qui donna naissance au premier des trois Dumas, futur général de la République française dans toute sa splendeur, grandeur et décadence.
Cessette était son prénom, et Dumas était son nom. Son prénom est resté obscur, son nom est devenu immortel. Oui, le patronyme sonore, désormais immortalisé, magnifié pour les siècles des siècles par le père des Trois Mousquetaires, est en fait un matronyme, celui de la femme noire esclave de l’actuelle Haïti, et non le nom à rallonge du marquis normand Davy de la Pailleterie, noble aïeul trop peu généreux pour lui transmettre son titre…
Cependant, quoi qu’il en soit, on veut bien vanter les charmes de « nos » Antilles pour les vacances, le tourisme, les belles plages ensoleillées toute l’année, mais il ne faudrait pas exagérer… Après tout, ces Haïtiens ont pris leur indépendance, il ne faudrait pas confondre avec « nos » Antillo-Guyanais : ils ne sont pas français, eux ! Ils ont choisi de ne plus l’être, alors, maintenant, qu’ils se démerdent ! S’ils veulent exister, être reconnus, revendiquer Alexandre Dumas etcetera, c’est leur problème, pas le nôtre !
Non, ce n’était pas possible ! Pas dans la France des Droits de l’Homme et des élans démocratiques contre la xénophobie et le racisme ! Impossible d’imaginer que l’on déroberait le souvenir du prolifique romancier à la mémoire de tout un peuple, — vol bien plus grave, à tout prendre, que celui du Collier de la Reine !
Qui aurait eu le front de penser que, tel son héros le Comte de Monte-Cristo, Dumas serait un jour contraint de réapparaître masqué, clandestinement, affublé d’un masque de fer blanc pour dissimuler l’infamie de son teint bistre ?
Mais pour consommer quelle vengeance ? Pas une à la Edmond Dantès ? »

Pour les ami(e)s qui ne sont pas encore montés au 7è ciel littéraire :
Suzanne Dracius, RUE MONTE AU CIEL (« Coup de coeur Fnac » à sa sortie), en librairie ou en ligne ; pour commander à l’éditeur (vendeur indépendant, pas « esclave » du géant, « politiquement correct »), cliquer ici :
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