HISTOIRE ET TOURISME

 par Marc Sefil a ajouté 3 photos.

Joséphine, au cœur de l’offre touristique martiniquaise ?

Le musée Napoléonien à La Havane. Il met en valeur, notamment pour les touristes, la formidable collection d’armes, de livres, de souvenirs et d’œuvres d’art évocatrice de Napoléon Bonaparte rassemblée par Julio Lobo Olavarría, un richissime cubain passionné et admirateur de l’empereur. Suite à son exil après la révolution cubaine, sa collection, l’une des plus importantes du monde sur ce personnage, est passée dans… « le patrimoine de la nation cubaine ». Ce musée a aussi accueilli du 7 au 11 juillet 2014 le 12e Congrès Napoléonien. Cherchez l’erreur : le régime castriste intégrant dans le patrimoine de sa nation des objets ayant appartenus à un esclavagiste et co-organisant même un colloque historique sur celui-ci.
Nos idéologues locaux, thuriféraires de ce régime, auraient-ils raté un épisode (ou une leçon ?) lorsqu’il souhaite éradiquer l’image de Joséphine de l’histoire de la Martinique, la rendant responsable du rétablissement de l’esclavage dans les colonies non-occupées par les Anglais en 1802 (la Guadeloupe et Saint-Domingue. Occupée en 1794, la Martinique fut rendue à la France au Traité d’Amiens en 1802 et n’a donc pas connu la première abolition de 1794) ? Ne privent-ils pas la Martinique d’un formidable produit d’appel touristique à cause d’un fait, par ailleurs, jusqu’ici non-prouvé historiquement ? Aucun document n’atteste en effet la responsabilité de Joséphine dans le rétablissement de l‘esclavage (en histoire, il en faut 3 dûment authentifiés et le corroborant pour qu’un fait soit avéré). Les pressions des armateurs de Nantes, La Rochelle ou Bordeaux, principaux bénéficiaires du commerce triangulaire et principaux financiers des guerres napoléoniennes, y ont beaucoup plus contribué que les charmes de Joséphine.
Quant à son lieu de naissance : Martinique ou Sainte-Lucie ? C’est une vieille controverse que le livre attendu de l’historienne Suzanne England-Ancey ne va pas, à mon humble avis, contribuer à apaiser. Les documents sur lesquels elle s’appuie (selon l’article de France-Antilles du 24 mai 2014) ayant été depuis longtemps étudiés et critiqués (au sens de la critique historique) par J. Rennard (Rennard J. Mélanges. In: Revue d’histoire des colonies, tome 36, n°127-128, troisième et quatrième trimestres 1949. pp. 331-347). Quoiqu’il en soit, la ferme volonté de l’île voisine de faire fructifier l’idée de cette naissance sur son sol (dans plusieurs de ces prospectus touristiques le fait est signalé) est le signe évident qu’elle veut avoir sa part de Joséphine pour attirer des touristes. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à vouloir sa part de Joséphine puisque Noisy-le-Grand, ville natale de son premier époux Alexandre de Beauharnais, ne manque pas d’inscrire sur ses plaquettes touristiques les liens qu’elle entretient avec Joséphine (Cf. http://www.noisylegrand-tourisme.fr/…/josephine-de-beauharn…). Enfin, en 2014, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Joséphine, le Sénat lui consacra une exposition qui accueillit plus de 200.000 visiteurs au cours des 4 mois que durèrent cette exposition à raison de 20 euros l’entrée. Voilà donc quelques leçons d’exploitation d’une potentialité touristique en direct de la Caraïbe et de l’Hexagone !
Il ne s’agit pas de nier que Joséphine fut esclavagiste. Personne n’est assez bête pour croire ou attester qu’elle n’ait pas été porteuse des représentations, des normes, des valeurs, des idées, des stéréotypes, des préjugés, en un mot des mœurs de la socio-classe au sein de laquelle elle évoluait. Il ne s’agit pas non plus d’en faire l’apologie. Il s’agit en toute liberté, en toute conscience de ce que nous sommes et surtout libérés de tout esclavage (mais mental celui-là) d’utiliser la renommée internationale (voire même mondiale) d’un personnage de l’histoire martiniquaise pour en faire un produit touristique porteur et par là même en profiter pour faire connaître au monde entier d’autres pans de notre histoire, notamment… la période esclavagiste… il y a là une dialectique fructueuse à défricher. En un mot d’exploiter TOUTES nos potentialités et atouts pour redorer l’éclat de notre tourisme pour en faire un secteur créateur d’emplois.

Sé pa nou ki pli kouyon ! Dot ka eksplwaté’y.. épi nou ! Nou la ka lésé an bagay pouri an lè koy, san fè ayen !

(nous  ne  sommes  pas  plus   bêtes  de   les  autres  qui  exploitent  la  situation autant  que  nous ! nous laissons  un  patrimoine  en  friche  sans  ne   rien  faire !)

 

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