NON ! Monsieur FILLON, PARTAGER N’EST PAS…

exploiter l’autre et ses richesses sans lui donner d’équivalence en retour, ni le réduire en esclavage, mais le RESPECTER dans toutes les dimensions de sa personne , comme vous savez si bien l’exiger l’arme à la main …! Elle est surtout coupable d’ avoir participer activement à l’exploitation indigne de cet humain autre.

Tribune – Marie-Michèle Darsières
| Décidemment certains ont la dent dure. Ils sont incorrigibles !

« Non, La France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord, » a déclaré dimanche 28 août, à Sablé-sur-Sarthe, le candidat à la primaire à droite, François Fillon. Et il a ainsi fustigé les enseignements scolaires qui apprennent à avoir « honte » de son pays.

Voici qu’au nom d’un populisme de droite le plus abject qui soit, on peut encore en 2016, entendre, en France, malgré la polémique qui avait valu la suppression de la phrase sur « le rôle positif de la présence française outre-mer, » que prônait le deuxième alinéa de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, après la déclaration affligeante de Sarkozy, selon lequel « l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’Histoire », nous voilà revenus, à la belle époque « de la mission civilisatrice de la colonisation » … !

Est-ce une façon d’effacer, de nier, de rayer cette autre France, accouchée dans la douleur du monde colonial et de l’immigration ? cette France venue d’ailleurs, mais qui semble étrangère au candidat à la primaire de droite ? cette France multiple, issue de la colonisation justement ? cette France là est un soubassement de l’espace national. Et elle n’a pas de frontières, elle est un patrimoine. C’est elle qui a partagé sa culture avec générosité. Sa pharmacopée, sa biodiversité, ses mers, ses terres, ses modes de vie, son art, sa musique, sa cuisine, son vocabulaire, son métissage. C’est elle qui devrait continuer à éclairer chaque pensée qui se voudrait confuse et « européo-centrée ». Cette France là, s’est construite avec et autour de tous les peuples qui ont passé ses frontières, réfugiés politiques ou anciens colonisés, chacun apportant dans ses bagages, sa culture, son âme . L’Arménie, la Russie, la Pologne, mais aussi les Amériques, toute l’Afrique, l’Asie , les peuples du Pacifique. Comment nier toutes ces cultures millénaires et leurs richesses humaines, culturelles et scientifiques, la sagesse amérindienne , la civilisation précolombienne, les grands empires du Sahel ou de l’Afrique australe, de Madagascar, du monde maori et mélanésien, malais et austronésien parmi d’autres… ? Ignorer tous ces apports, vouloir les gommer et revendiquer un partage à sens unique d’une mission « civilisatrice » , semble être un exercice de « haute voltige » , extrêmement périlleux…auquel s’est risqué François Fillon qui n’hésite pas à dire : « Si je suis élu président de la République, je donnerai instruction au ministre de l’éducation nationale d’abroger ces programmes et de demander à trois académiciens de renom de s’entourer des meilleurs avis afin de les réécrire, avec l’idée de les concevoir comme un récit national…en partant de la France et en axant ce récit sur celle-ci et non en le diluant, comme on le fait aujourd’hui, dans l’études de faits généraux « mondialisés ». Autrement dit, ce serait au chef de l’Etat de donner l’ordre de réécrire l’Histoire, selon ses propres critères avec des « académiciens de renom » dont on devine aisément qu’ils ne seraient pas issus des anciens pays colonisés .

Ce discours est largement dépassé, puisque Outre-Manche par exemple , depuis une trentaine d’années, l’Angleterre, pays en perpétuelle « concurrence » avec la France pendant l’époque coloniale, a déjà beaucoup avancé en changeant de paradigme pour écrire un autre récit du monde, une autre géographie au sens très étendu du terme.

Pour reprendre ses termes : « …en partant de la France et en axant ce récit sur celle-ci et non en le diluant, comme on le fait aujourd’hui, dans l’étude de faits généraux mondialisés », François Fillon , clairement, s’oppose au courant des postcolonial studies qui s’inscrit depuis quelques années, dans le débat français.

Entre la mise en accusation du modèle républicain et le refus de la « repentance », il y a en France une place pour l’examen critique, qui offre la possibilité de repenser le pluralisme de la société, en déjouant les contradictions d’un universalisme fondé sur une vision de l’Autre essentialisée et infériorisante, tout en gardant la capacité à dénouer les identifications abusives aux situations passées, pour une meilleure acceptation des différences et la richesse d’un avenir mieux partagé et nécessairement apaisé.

FILLON, à l’aise dans le cambouis identitariste
Tribune – Gilbert Pago | A Sablé-sur-Sarthe, ce dimanche 28 août, l’ancien premier ministre, François Fillon, candidat à la candidature présidentielle aux primaires de la droite et du centre s’est est pris aux programmes scolaires dont il pense le plus grand mal. Ce faisant, il s’intéressait à ce qui nous importe.

Ecoutons l’argumentaire : Il s’insurge contre les enseignements qui apprennent aux élèves à avoir « honte » de leur pays : la France. Il se mobilise afin de « retrouver la confiance dans notre patrie » et de « revoir l’enseignement de l’Histoire à l’école primaire ».

Il s’insurge contre le fait que les enseignants sont » obligés d’apprendre aux enfants à comprendre que le passé est source d’interrogations » car « Faire douter de notre Histoire ! Cette instruction est honteuse ! ».

Puis il se met à expliciter ce dont il s’agit.

Ecoutons ce qu’il assène : « Non, la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du nord ». « Non la France n’a pas inventé l’esclavage ! La France, c’est quinze siècles d’histoire depuis le baptême de Clovis à Reims ».

En fait il ne renie ni la colonisation, ni l’esclavage. Son propos valide le fameux article 4 de la loi de février 2005 qui vantait le « rôle positif de la colonisation française » en insistant sur le dessein de faire partager la grande culture française et européenne. Il s’aligne sur le discours de décembre 2015 de la députée F.N. Marion Maréchal Le Pen qui elle aussi est tonitruante sur la « France depuis le baptême de Clovis à Reims ».

Mais il ne s’arrête pas à ce curieux compagnonnage. Il enfonce encore le clou.

Ecoutons ce qu’il égrène : « La France, c’est Saint Louis, c’est Louis XI, c’est Louis XIV, c’est les révolutionnaires de 1789, c’est Bonaparte, c’est Napoléon III, La troisième république, Thiers, Ferry, Jaurès, Clémenceau, Poincaré, De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac ».

Il les mélange tous, eux ces grands hommes (Ce sont d’ailleurs tous des mâles !). Qu’ils aient été : l’esclavagiste Louis XIV et son code noir, le Bonaparte rétablissant l’esclavage en 1802, Napoléon III le suppôt des ségrégationnistes coloniaux contre les acquis abolitionnistes de 1848, Thiers le massacreur des communards, Ferry le chantre zélé des partages coloniaux de l’Afrique et de l’Extrême Orient. Il y ajoute quelques figures plus présentables, sinon pour montrer la complexité de l’histoire mais surtout pour effacer tout ce qui ressemble aux idées émancipatrices, en les noyant dans un grand tout.

On peut penser que le discours électoral de François Fillon n’a pas une importance stratégique et qu’il est aussi niais que les propos de Laurence Rossignol sur ces « Nègres » qui auraient accepté l’esclavage. On peut se gausser de ce que l’ex premier ministre de tout un quinquennat, ait les mêmes références que cette dignitaire d’extrême droite fière d’être la petite fille de Jean-Marie Le Pen. Nous sommes dans ce moment pénible des montées des chauvinismes nationalistes, des poussées populistes du rejet de l’autre, des affirmations de sectarisme racialiste, des replis identitaristes ; tout ceci accompagnant la crise mondiale. Mais nous devons nous interroger sur l’esprit de fermeture de dirigeants politiques qui voudraient électoralement surfer sur ce qui est une régression du vivre ensemble et n’acceptant pas un monde qui s’ouvre continument et se métisse inexorablement.

Pour que la France avance, pour que l’Europe aille de l’avant, pour que l’humanité entière se propulse et pour que nous Antillais nous progressions, il faut refuser le « négationnisme » de l’histoire du monde, c’est à dire de notre histoire à toutes et à tous. Il faut tant du côté des descendants des vainqueurs que du côté des descendants des vaincus, que du côté de l’imposant métissage et créolisation du monde que nous affrontions notre nouvel univers. La colonisation des temps modernes n’a pas été comme une volonté « de faire partager sa culture » à des peuples « attardés et inférieurs ». Ces peuples ont connu des degrés de développement qui souvent ont été économiquement, techniquement et intellectuellement en avance sur la chrétienté médiévale. L’attardement et l’infériorité n’étaient pas leur caractérisation. L’expansion européenne a été d’abord une entreprise de domination. Ce fut l’écrasement de sociétés, la négation de cultures, l’effacement des religions autres que chrétiennes, l’appropriation de ressources et de main d’œuvre. François Fillon nie tout cela en se sentant solidaire d’une majorité de Françaises et de Français pour lesquels on trafique l’histoire. Mais le danger existe aussi, pour nous, si nous refusons sinon de regarder le passé mais de le connaître sérieusement, de le faire connaître pour éviter d’autres raccourcis et impostures dangereuses.

Au XVème siècle, les navigateurs-marchands du sud de l’Europe (principautés italiennes et royaumes ibériques) explorent de « Nouveaux Mondes ». Il leur fallait l’accès direct aux richesses qui parvenaient par les caravansérails et les Sarrazins infidèles. C’est ainsi que le pape Nicolas V s’adressant au roi du Portugal dont les vaisseaux longent les côtes de l’Afrique, lui accorde par sa bulle du 8 janvier 1454, le privilège suivant : 8 janvier 1454

« Au roi Alphonse du Portugal, la faculté pleine et entière d’attaquer, de conquérir, de vaincre, de réduire et de soumettre tous les sarrasins (i.e Africains), païens et autres ennemis du Christ où qu’ils soient, avec leurs royaumes, duchés, principautés, domaines, propriétés, meubles et immeubles, tous les biens par eux détenus et possédés, de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle, (…) de s’attribuer et faire servir à usage et utilité ces dits royaumes, duchés, contrés, principautés, propriétés, possessions et biens de ces infidèles sarrasins (Africains) et païens… ».

Comme on le constate, il n’y a rien là d’un affichage de « partage de culture » mais une affirmation au libre droit de la conquête, de la rapine, de l’écrasement de religions différentes et de la mise en esclavage.

Trente neuf ans plus tard, après l’arrivée en Amérique de Christophe Colomb et la vision des richesses à portée de sabres, le 4 mai 1493, le pape Alexandre VI rédige la bulle « Inter Cætera » qui partage, entre l’Espagne et le Portugal, les « nouvelles terres découvertes et à découvrir ». Cette bulle est confirmée par le fameux traité de Tordesillas du 7 juin 1494 et met tout le Nouveau Monde sous le contrôle de la péninsule ibérique, avec l’appui décisif de la papauté.

Pour la suite de notre propos, nous ne nous limiterons qu’au cas de la France, en n’abordant pas l’Angleterre, les Pays Bas, le Danemark ou la Suède, et c.

A la fin du premier tiers du XVI ème siècle, François 1er, roi de France, s’attache à obtenir la limitation de la portée de la bulle « Inter Cætera ». Il obtient une déclaration (mais pas une bulle !) du pape Clément VII restreignant la souveraineté des Etats ibériques aux territoires déjà découverts à cette date. D’ailleurs, en1534, Jean Le Veneur, évêque de Lisieux et grand aumônier du roi, conseille à François Ier des expéditions pour découvrir « certaines îles et pays où l’on dit qu’il se doit trouver grande quantité d’or et autres riches choses ». Aux protestations espagnoles nées de la conquête de la « Nouvelle France » en Amérique du Nord, François 1er a cette répartie : « Je voudrais bien voir la clause du testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde ». Là encore, il s’agit d’or et de riches choses mais toujours pas de partage de culture.

Après que le roi Bourbon ait conquis sa « Nouvelle France », Montaigne, en quête d’ouverture sur le monde, rend visite aux trois Amérindiens conduits à Rouen par des marchands-navigateurs en 1562. Dans son livre premier « Les Essais », il livre, en 1580, une réflexion qui met à mal l’expression « Les Cannibales ». Mais surtout en 1588, dans son livre III, chapitre VI, il émet ce jugement sur la colonisation :

« Notre monde vient d’en trouver un autre…aussi grand, rempli et fourni que lui…J’ai bien peur que nous ayons fort hâté son déclin et sa ruine par notre contagion, et que nous ayons bien cher vendu nos opinions et nos arts…ce qui les a vaincus, ce sont les ruses et les boniments avec lesquels les conquérants les ont trompés…Nous nous sommes servis de leur ignorance et de leur inexpérience pour les mener à la trahison, à la luxure, à la cupidité et à la cruauté, sur le modèle de nos mœurs. Les facilités du négoce étaient-elles à ce prix ? Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions d’hommes passés au fil de l’épée, la plus riche et la plus belle partie du monde bouleversée, pour faire le trafic des perles et du poivre : Méprisables victoires !… ».

Passées les guerres de religion, La France étend au XVII ème siècle ses rêves coloniaux. Avec ses péroutiers et flibustiers, elle jette son dévolu sur les « Isles du Pérou », c’est à dire les Petites Antilles dites Isles du vent. De 1625 (Installation à Saint Christophe, actuel Saint Kitts) à 1660 (Traité repoussant les Kalinagos – Caraïbes – aux seules îles de Dominique et Saint Vincent, les Français (quelquefois alliés à leurs rivaux Anglais) ont combattu et massacré les Kalinagos. Ceci se passa à l’île de la Tortue, à Saint Martin, à Saint Eustache, à Saint Christophe, à Antigua, à Montserrat, en Guadeloupe, à Marie Galante, aux Saintes, en Martinique, à Sainte Lucie, à Grenade. Tout cela en trente cinq ans, ramenant la population Kalinago à moins de 10% de son chiffre d’avant 1625. Rien de cela ne s’apparente à un « partage de la culture française ». De plus, c’est à cette époque que la France se lance dans le trafic négrier et l’esclavage. Les flibustiers et colons français en s’implantant dans les années vingt, sur les îles, ont des esclaves noirs qu’ils ont acquis de certains Kalinagos, ou surtout auprès des Espagnols pratiquant la traite négrière africaine, ou encore des esclaves enlevés lors de leurs rapines.

Très vite, flibustiers et marchands navigateurs s’investiront dans le trafic négrier, quoique le « roi très chrétien » de France ne l’autorise pas. Il n’accorde ni lettres patentes ni recommandation ; par contre son administration et ses ministres ferment les yeux. En 1638, Richelieu autorise la Compagnie du Cap Vert et du Sénégal créée en 1626, à pratiquer la traite négrière pour fournir les îles en esclaves. En 1642, Louis XVIII autorise la traite négrière et l’esclavage, sous le haut commandement de la Compagnie des Isles d’Amérique. La France, en effet n’a pas inventé l’esclavage mais elle s’en est servie et surtout, elle a violé ses principes administratifs internes et son code de conduite spirituelle de « pays très chrétien » puisqu’elle interdisait l’esclavage dans son royaume et son choix religieux gallican. Vint l’Edit de mars 1685 appelé plus tard Code Noir qui officialisait la pratique. Là, nous retrouvons Louis XIV, cité parmi les emblèmes de la France.

Nous retrouvons, au début du dix neuvième siècle, Napoléon Bonaparte en 1802, qui rétablit l’esclavage dans les colonies françaises alors que la Révolution l’avait abrogée en 1794.

Une gloire française qui revient sur une avancée de la plus haute importance qui condamnait un crime contre les droits humains.

Il fallut 16 ans pour que la suppression de la traite négrière imposée par le traité de Vienne de 1815, ne soit effectivement appliquée dans les colonies françaises en 1831. Il fallut 55 ans après la suppression en 1793 de l’esclavage à Saint Domingue (la future Haïti), 54 ans après la loi de 1794 (16 pluviôse an II), 30 ans après les premières abolitions en Amérique du sud, 15 ans après l’abolition dans les colonies anglaises et près d’une vingtaine d’insurrections dans les colonies françaises pour la victoire définitive de l’émancipation. Tout un demi-siècle pour la victoire à la fois, des esclaves, des libres de couleur, des abolitionnistes, de l’exemple des émancipations déjà réalisées et de la Révolution de 1848. Mais il y a eu les réticences, les tentatives de retour, les politiques ségrégationnistes des «incorrigibles », les nouvelles pratiques de colonisation pour les contrats d’engagement des Indiens, des Chinois, des Congos, pour le « partage de l’Afrique » et l’asservissement de l’extrême Orient.

Jules Ferry est celui qui a le mieux symbolisé la nouvelle donne coloniale du dernier tiers du dix neuvième siècle.

D’abord la question économique :

« La concurrence, la loi de l’offre et de la demande, la liberté des échanges, l’influence des spéculations, tout cela rayonne…jusqu’aux extrémités du monde. C’est là un problème extrêmement grave… ce grand marché de l’Amérique du Sud nous sera disputé et peut-être enlevé par les produits de l’Amérique du Nord. Il faut chercher des débouchés… »

Puis la question stratégique :

« Je dis que la politique coloniale de la France, … qui nous a fait aller, sous l’Empire, à Saigon, en Cochinchine, … qui nous a conduit en Tunisie, … qui nous a amenés à Madagascar, je dis que cette politique d’expansion coloniale s’est inspirée d’une vérité… : à savoir qu’une marine comme la nôtre ne peut pas se passer, sur la surface des mers, d’abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement. (…) Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, (…) c’est abdiquer, et, dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c’est descendre du premier rang au troisième et au quatrième… »

Enfin la question culturelle, vue d’un point de vue raciste :

« … il y a… un second ordre d’idées … : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question…Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures…Les races supérieures… ont le devoir de civiliser les races inférieures… Quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation. »

C’est malheureusement cette argumentation que reprennent tous les racistes du monde, tous les nostalgiques des colonisations, toutes les étroitesses nationalistes qui refusent les autres qui sont différents. Par contre le grand public soumis aux contraintes économiques, sociales et sociétales se laisse prendre à ce discours qui empêche l’épanouissement humain. Il faut rejeter ces thèses non seulement celles des extrêmes droites, mais aussi les références à la loi de la honte de février 2005, puis encore le discours de Dakar de Sarkozy et la charge de Fillon.

Il est possible de construire un autre monde !

Fort de France, le Jeudi 1er septembre 2016.

Tribune – Sylvie Meslien, historienne, enseignante d’Histoire-Géographie |
Cette intervention est une réaction à une partie du discours de François Fillon tenu le 28 août 2016 à Sablé sur Sarthe.

C’est un fait certain, par delà les clivages politiques derrière lesquels certains se cachent, il est des hommes qui pour justifier leur pensée nationaliste la plus primaire souhaitent renier des pans d’Histoire de la France sous des prétextes fallacieux. Ils souhaiteraient que soit effacées des manuels scolaires des pages qui selon eux ne participent pas à la grandeur de la France et dans lesquelles, ils ne se reconnaissent pas. Cette Histoire qu’ils renient, c’est la mienne, et j’exprime mon refus de la voir disparaitre des livres d’histoire des écoliers. Ce serait une nouvelle injure faite à toutes ses luttes entamées par mes ainés et mes compatriotes pour les y inscrire.

En cette période de crise économique et sociale, l’actualité expose chaque jour un retour en arrière : le refus de l’acceptation de l’autre et de sa culture : pourtant cet « autre » que l’on rejette contribue et a contribué à la réussite de la France. Tous ces discours trouvent leur justification dans les difficultés que rencontre actuellement la Nation, les attentats terroristes d’extrémistes islamistes révélant la vraie nature des uns et des autres et servant de justifications et de prétextes aux pensées jusqu’alors enfouies et qui puisent leurs racines dans le révisionnisme et le racisme.

Peut on prétendre renier toute une partie de l’Histoire de la France, de l’apport des sociétés, ex colonies, qui ont contribué à la grandeur et à la richesse de la société française sans que cela ne suscite de réactions ? Car l’histoire de mon île (la Martinique), des Antilles, des anciennes colonies françaises d’ »Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord » font partie de l’Histoire de la France.

La France, terre de « partage »

« La France ne serait pas coupable d’avoir voulu partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord ? » N’est-ce pas faire l’oubli que ce partage de la France avec les peuples qu’elle colonisait se fit le plus souvent par le fer et le feu, la Bible dans la main : partage brutal qui entraina le génocide de populations ; des autodafés de documents précieux ; des destructions de monuments ; des expropriations de terres des autochtones que l’on substitua par des colons qui façonnèrent ces parties du monde selon la vision des états dont ils étaient originaires. Pour s’enrichir toujours plus, l’état de Louis XIII autorisait la traite négrière et l’esclavage de millions d’hommes et de femmes extraits du continent africain. Louis XIV légitima et légiféra sur cet état de fait et ordonna la mise en œuvre d’un texte particulièrement odieux qu’est le code noir (1685). Cet infâme commerce, que la « France n’a pas inventé » participa à la richesse et à la grandeur de la France.

« Le partage » ce fut également l’asservissement de peuples pour travailler dans des mines, dans des champs, réservant à ces populations dites « sauvages » des conditions de vie et de travail innommables, entrainant pour ces populations la disparition et l’extinction de leurs cultures pour le seul profit de quelques états dont la France faisait partie.

« Le partage », ce fut le refus de la culture de l’autre pour la substituer à celle plus « chrétienne » et plus « occidentale » de la France coloniale.
« Le partage », ce fut la spoliation des terres de ces peuples qui n’avaient pas demandé à accueillir, ni à recevoir.

« Le partage » ce fut le choc bactériologique, maladies courantes de France et d’Europe comme la grippe, la rougeole, la variole et la varicelle qui se propagèrent dans ces contrées lointaines, décimant des populations entières et entrainant un véritable ethnocide.
Le « partage » ce furent ces guerres de Croisades menées en Afrique (Saint Louis), les guerres coloniales des XVII et XVIIIe siècles qui se poursuivirent au XIXe et XXe siècles.

Le « partage » ce fut le rétablissement de l’esclavage par Napoléon 1er (anciennement appelé Bonaparte), le Second Empire (Napoléon III), la Troisième République et les exactions qui furent commises pour profiter de cet empire colonial, l’un des plus grands et des plus étendus, en Afrique et en Asie et qui a participé à la puissance de la France.

De ce partage qu’est-ce que la France a reçu en retour ?

Peut-on faire fi des contributions que ces peuples ont apportées à la France ? Dès le Moyen-Âge, la France s’est enrichie du savoir des Arabes, des Asiatiques, des Africains et des Amérindiens. Ces apports ; tant dans les sciences, la médecine, le culinaire, les mathématiques, la philosophie ou la géographie, la botanique, les lettres ; ont permi des progrès dans toutes les strates de la société

française. La France est sortie du Moyen-Âge pour entrer dans l’époque moderne grâce à l’apport de ces civilisations. Durant la période des lumières au XVIIIe siècle, les colonies ont inspiré les philosophes et les penseurs, le mouvement a permis à la France de sortir des « ténèbres de l’ignorance ». La rencontre de l’Afrique, de l’Asie, des Amériques avec l’Occident provoquent et participent aux Révolutions industrielles. Durant les deux conflits mondiaux (1914-1918 et 1939- 1945), des hommes originaires des colonies ont payé le prix du sang pour sauver l’honneur de la France, sans que par la suite leur valeur soit reconnue à sa juste mesure. La langue française « langue magnifique », sa culture, son patrimoine sont riches des apports de toutes les cultures des pays que la France a colonisés.

La France riche des ses héros … Noirs

L’Histoire de France ce sont aussi des héros comme Delgrès, Toussaint Louverture, la négresse Solitude, Aimé Césaire, Félix Eboué, Camille Mortenol, Battling Siki, Roland Garros, Charles N’Tchoréré, Léopold Sédhar Senghor, Gaston Monnerville, Félix Houphouët Boigny. La liste est longue de ces héros ultramarin qui ont contribué à l’écriture de l’Histoire de France et porté haut les couleurs et les valeurs de celle-ci.

La loi Taubira (2001) que l’on met à mal depuis quelque temps, est une loi qui renforce la grandeur de cette France, seul état occidental à avoir reconnu la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Reconnaitre et apprendre ces pages d’Histoire à l’école, faire ce travail de mémoire (trop longtemps occultée), ce n’est pas accabler ou culpabiliser la France, mais c’est définir et admettre sa part de responsabilité, pour que demain nos enfants puissent aller de l’avant et trouver leur place au sein de la Nation française.

Pour finir ce propos, M. Fillion sait-il seulement que l’un des maires de la commune dans laquelle il fut lui même élu et où il tint son discours, était un martiniquais nommé Raphaël Élizé arrière petit fils d’esclave, vétérinaire, maire de Sablé sur Sarthe dans les années 1930, rejeté à cause de sa couleur, et qui entra en résistance lors du second conflit mondial, il fut interné à Buchenwald et tué lors d’un bombardement ? Certainement que cette histoire mériterait de trouver sa place dans les manuels scolaires..

 

 

Eugène LARCHER Maire de Les Anses d’Arlet
President de l’Espace Sud

« Je tiens à dénoncer fermement les propos honteusement révisionnistes tenus par M. François Fillon, samedi 3 septembre à La Baule, sur la colonisation, propos doublés d’une conception obscurantiste de l’enseignement de l’histoire. »

 

Le « partage » de la culture selon un certain Monsieur FILLON
Tribune – Francis Carole, conseiller exécutif de la Martinique

| La déclaration de François FILLON, le dimanche 28 août, à Sablé-sur-Sarthe, exhale l’odeur pestilentielle de tous les discours révisionnistes et négationnistes sur l’esclavage et la colonisation. « Non, La France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord », s’indigne l’ancien premier ministre français.

Le propos, à vrai dire, n’est pas nouveau. L’article 4 de la loi du 23 février 2005-que nous avons combattu en son temps-s’inscrivait dans la même veine fangeuse.

Il affirmait : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit » (article 4, alinéa 2).

Le prêchi-prêcha d’un certain Nicolas SARKOZY, à l’université Cheikh Anta Diop, à Dakar, le 26 juillet 2007, affichait encore plus violemment la volonté de rejeter le continent africain dans un éternel immobilisme, alors même que l’Afrique est le berceau de la civilisation : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est jamais entré dans l’histoire.[…]. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour le progrès. »

Toutes ces prises de position ont en commun la négation du crime de l’esclavage, l’apologie du colonialisme, le mépris des civilisations non-européennes et le mythe européocentrique d’une prétendue « mission civilisatrice de la France » qui sépare les êtres humains en’ »races supérieures » et en « races inférieures ».

Le « partage » en question, soit dit en passant, ne s’opérait d’ailleurs qu’en sens unique puisqu’il n’était pas imaginable pour le colon d’accepter, lui, de partager ( au sens propre) la culture de celui qu’il pensait avoir le droit de dominer éternellement. L’autre n’appartenait-il pas aux races inférieures ? Tout au plus pouvait-il espérer être assimilé à la culture du colonisateur.

Ce que François FILLON appelle voluptueusement « partage » a été en réalité une entreprise systématique de mépris, de destruction, de violence sans nom, d’élimination de populations entières, d’écrasement des cultures. Adepte d’une pensée provincialiste, FILLON, comme tous ses prédécesseurs d’une certaine philosophie française, soliloque cyniquement sur l’amas de désastre absolu, encore fumant, laissé par la traite négrière et la colonisation. Ce désastre se poursuit aujourd’hui à travers une mondialisation qui, à bien des égards, n’est qu’un prolongement de l’impérialisme et des crimes d’une histoire lourde.

Il y a quelque chose de viscéralement indécent et insidieux à vouloir justifier un quelconque « rôle positif » de la colonisation et encore davantage à chercher fallacieusement à confondre partage avec l’autre et anéantissement de l’autre.

Quel citoyen français tolérerait qu’un candidat au poste de chancelier de l’Allemagne ( Bundeskanzler) déclare que l’occupation de la France par les nazis, entre 1939 et 1944, exprimait une volonté bienveillante de HITLER de faire « partager » aux Français la culture aryenne ?

En outre, si l’on accepte la vacuité perfide et intellectuellement irresponsable du raisonnement de François FILLON, ne devrait-on pas presque s’accommoder de la violence aveugle des « djihadistes » qui, tout compte fait, ne sauraient être jugés « coupables » de vouloir simplement -certes, à coups de bombes et de décapitations- « faire partager » ce qu’ils considèrent comme leur « culture religieuse » ?

François FILLON, en disant ce qu’il a dit à Sablé-Sur-Sarthe n’a pas simplement commis un impair. Il a énoncé ce que l’on pouvait énoncer de pire : justifier l’injustifiable au nom de la pire des idéologies.

En cela il n’est pas pardonnable.

 

 

L’effrayant « partage » de M. Fillon
Tribune – Serge Letchimy, Député de la Martinique

| Il est bien triste qu’en plein 21ème siècle, l’on soit forcé de rappeler à un homme politique d’importance, ancien Premier Ministre d’une des plus grandes démocraties d’Europe, admirable Patrie des Droits de l’Homme, qu’aucun bénéfice politicien ne saurait excuser la régression morale ou une ignoble négation de l‘Histoire.

Ce que M. Fillon appelle « partager sa culture », n’est autre que cette frappe coloniale que Césaire depuis 1950 a magistralement décrite dans le Discours sur le colonialisme : Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine… J’avais eu l’occasion de le rappeler en son temps à M. Claude Guéant, mais j’avoue que face à la régression de M. Fillon ce n’est pas la colère qui me vient, mais un profond sentiment de pitié. Parvenir à un tel niveau politique, et rester incapable de se rendre compte qu’avec ces harangues populistes, il offense des millions de personnes victimes de Traite, d’esclavage, de génocides, des millions de communautés dans tous les coins de la terre à tout jamais démantelées, et qu’il offense tous ceux qui dans les Outre-mer l’ont reçu en grande pompes et qui se taisent maintenant.

L’enfant d’un viol peut devenir un être formidable. Ce qui surgit d’un crime peut parfois se révéler précieux pour le vivant ou pour l’humanité. Faudrait-il pour autant célébrer et ce viol et ce crime, et en tirer fierté ? La France n’a pas inventé l’esclavage. D’accord. Mais Hitler non plus n’avait pas inventé les camps de concentration. Faudrait-il dès lors l’en absoudre et le retirer des irrémédiables infamies de l’histoire ? La colonisation ne saurait avoir engendré quelque effet positif que ce soit : juste des océans de souffrances et des germinations hasardeuses du vivant.

M. Fillon, on le voit bien, tente de précéder M. Sarkozy dans le marais identitaire — lequel ratisse déjà en large dans les caniveaux du Front National. C’est une option, mais c’est surtout un renoncement : on y perd sa décence. Pour ne pas dire son âme

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