NOS CHERCHEURS ONT LA PAROLE…

Esclavage : notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie

  • Christine Cupit
  • Publié le 27/10/2016 à 07:03, mis à jour le 27/10/2016 à 07:14

MARTINIQUE 1ÈRE Historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues poursuivent aujourd’hui encore (27 octobre), à Schoelcher, leurs réflexions sur la dimension psychologique des conséquences de la traite et de l’esclavage des Noirs.

Ce colloque sur l’impact psychologique de l’esclavage, est aussi celui des paradoxes. Ce ne sont pas les scientifiques qui ont lancé le débat, mais les écrivains et les artistes en général, représentés par Patrick Chamoiseau.

L’écrivain martiniquais s’est exprimé sur l’influence de l’esclavage dans la littérature poétique, en se référant à deux grandes figures : Aimé Césaire et Édouard glissant. Ces deux auteurs ont trouvé dans le traumatisme esclavagiste, une source d’inspiration exhaustive, ce qui a donné naissance notamment, au « Cahier d’un retour au pays natal » ou au « Discours antillais« .

Les intervenants l’ont également souligné : les arts et la culture ont beaucoup contribué à notre émancipation, tout comme l’instruction. Mais s’il y a bien eu émancipation de nos populations, il y a aussi des traumatismes du fait de l’esclavage. Selon les chercheurs, l’impact sur nos sociétés modernes est bien réel, même s’il varie selon les zones géographiques.  Notre besoin de parler de l’esclavage est aussi une stratégie de survie…
On ne peut pas comparer la situation aux Antilles avec celles des États-Unis ou du Brésil par exemple. Mais il y a tout de même un point commun fondamental. L’esclavage et la traite négrière ont contribué à la création du concept de race, jusqu’à présent inexistant et à la domination du blanc sur le noir.

Nous ne souffrons pas des mêmes symptômes que nos ancêtres esclaves, frappés par l’anxiété, la dépression, la torpeur ou l’amnésie. Mais notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie et de résistance, à un traumatisme séculaire et insidieux, qui a pris ses racines dans le code noir en 1685.

Rassembler des compétences pluridisciplinaires

Ce colloque scientifique international, a débuté hier matin (26 octobre) dans un hôtel du quartier la Batelière (Schoelcher). Il rassemble des scientifiques et des historiens qui échangent sur les conséquences psychologiques et traumatiques de l’esclavage grâce à l’association First Caraïbes présidée par le professeur Aimé Charles-Nicolas.

« Comment la mauvaise image de soi a-t-elle été inculquée ? Quel rapport avec l’esclavage ? Comment aider « ceux qui ne se consolent point de n’être pas à la ressemblance de Dieu mais du diable » ? Il n’est pas rare en effet, que dans ces pays qui furent des terres d’esclavage, les psychiatres expliquent certains symptômes de leurs patients par les traces de l’esclavage », souligne Aimé Charles-Nicolas.

« Mais comment construire un corpus scientifique des conséquences psychologiques de la mise en esclavage ? Il est alors apparu indispensable de faire se rencontrer pour la première fois historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues pour échanger sur cette question loin de toute posture victimaire« , insiste-t-il.

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