CYPARIS et L’ERUPTION de la MONTAGNE PELEE (en BD)

Cyparis et l’éruption de la montagne Pelée en Martinique en BD [INTERVIEW]

Les éditions La Boite à bulles viennent de publier une bande dessinée tout public sur l’éruption de la montagne Pelée en 1902 qui a ravagé Saint-Pierre en Martinique. La1ère a interviewé l’auteur Lucas Vallerie. Il retrace cette histoire à travers différents personnages dont le fameux Cyparis.

© La Boîte à bulles
© LA BOÎTE À BULLES
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le 
La1ère : pourquoi vous êtes-vous intéressé l’histoire de Cyparis ?
Lucas Vallerie : C’est une histoire que tout le monde connaît ici en Martinique, à l’école on va visiter son cachot et les ruines de Saint-Pierre. C’est un héros, ou plutôt un anti-héros local, assez méconnu du reste du monde, il a pourtant été l’un des premiers noirs célèbre des Etats-Unis à cause de sa tournée avec le Cirque Barnum & Bailey’s en 1903 en tant que Freaks.

Quel est votre lien avec la Martinique ?
J’y ai passé une partie de ma scolarité, collège, lycée, l’adolescence, des belles années ! J’y ai rencontré ma femme et certains de mes meilleurs amis. Ma petite sœur y est née ainsi que mes deux enfants pendant la conception du livre.

Lucas Vallerie © Boite à bulles
© Boite à bulles Lucas Vallerie

On habitait à Bruxelles avec ma femme quand on y est retournés en vacances voir ses parents. En rentrant, je voulais raconter un peu la Martinique sur mon blog BD dont l’ascension de la Pelée. Une petite note d’histoire s’imposait avec l’éruption, la destruction de Saint-Pierre et bien sûr, l’étonnant destin de Louis-Auguste Cyparis.

Je voulais juste faire quelque chose de court et puis en me documentant, j’ai commencé à rallonger, rallonger, découper en feuilleton, en chapitres, j’ai commandé tous les bouquins que je pouvais trouver sur le sujet qui m’a passionné, c’était l’éruption dans la tête, j’y ai passé des nuits blanches et quand je dormais, j’en rêvais encore !

Alors il fallait faire quelque chose, j’ai conçu un dossier que j’ai envoyé à plusieurs éditeurs, un seul m’a répondu positivement : La Boîte à Bulles. On a réaménagé en Martinique pour être au cœur de l’action, je n’aurais jamais pu la faire ailleurs cette BD et c’était parti pour quatre ans de boulot ! Aujourd’hui, nous y vivons encore avec nos deux garçons !

D’où vient ce personnage de la nièce de métropole ? A-t-elle réellement existé ?
Non, la nièce et son oncle sont deux personnages fictifs. La nièce me sert à faire visiter Saint-Pierre et les environs sous un œil ingénu aux lecteurs qui ne connaissent pas la Martinique. Et puis c’est un peu mon histoire aussi, venu de métropole, qui tombe amoureux de la Martinique. Il y a néanmoins très peu de personnages fictifs, j’ai essayé de coller le plus possible à la réalité.

Le contexte politique est-il exact ? Des élections ont rendu aveugles les hommes politiques au point qu’ils n’ont pas réalisé l’importance de l’éruption à venir.
Oui, tout à fait. C’est exact. C’était important de raconter ça. Il y a eu beaucoup de rumeurs qui circulaient. On racontait que le Gouverneur de l’époque Louis Mouttet avait fait venir l’armée pour empêcher les gens de fuir. C’est complètement faux ! Le Maire de Saint-Pierre avait fait appel à lui pour avoir des forces de maintien de l’ordre car cela commençait à devenir le chaos.  Certains fuyaient, d’autres arrivaient des villages alentour pour se réfugier à Saint-Pierre, ville qu’on pensait sûre.

Les militaires devaient arriver le 8 mai, ils ne sont donc jamais venus. Il faut bien se mettre en tête qu’il y avait de la cendre partout, du bruit, des tremblements de terre. Les Pierrotins oscillaient entre terreur et fascination. Mais il n’y avait que très peu de routes praticables, surtout des lignes maritimes limitées et près de 30 000 personnes à évacuer. Certains habitants ne voulaient tout simplement pas partir, abandonner leur maison de peur de se faire piller.

On ne veut jamais croire au pire dans ces cas-là et c’est là que les politiques ont fauté en cherchant à rassurer une population qui n’attendait que ça. Personne ne croyait à la catastrophe, malgré les alertes lancées par M. Landes qui n’avait certainement pas assez de poids et de charisme pour se faire entendre. On retrouve aujourd’hui les mêmes problématiques avec le réchauffement climatique.

L’instituteur qui tente d’alerter les hommes politiques de l’époque sur le danger de la situation a-t-il existé ?
Oui, Gaston Landes était professeur de sciences naturelles au lycée laïc de Saint-Pierre et directeur du merveilleux jardin botanique de Saint-Pierre. C’était quelqu’un de très érudit en Martinique, il avait été envoyé à l’exposition universelle de l’époque pour représenter l’île.

Gaston Landes connaissait bien la Martinique qu’il avait sillonnée. Malheureusement il n’a pas réussi à convaincre les autorités compétentes. A-t-il été tenu au silence ? La rumeur circule.

Quels sont les retours que vous avez sur votre roman graphique aussi bien dans l’Hexagone qu’en Martinique ?
Le roman est sorti le mois dernier, c’est encore frais. Néanmoins il a bonne presse en métropole, sur les blogs BD et autres. Ici, en Martinique, j’ai également de très bons retours des Martiniquais qui aiment qu’on parle de leur île et trouvent que j’ai bien respecté leur histoire, les gens et leurs expressions ainsi que la réalité scientifique.

Et comme j’y ai mis de l’humour ça passe à tous les âges, et ça j’en suis très heureux, c’était une réelle volonté. Que tout le monde puisse lire cet ouvrage, c’est un drame certes, mais avant et après c’est la vie, on rigole et les Martiniquais sont un peuple qui aime bien rigoler. Mais cette histoire ne parle pas que de la Martinique, elle parle de catastrophe naturelle et d’humains, aussi elle trouve tristement son écho dans l’actualité internationale (Volcan à Bali, Cyclones Maria, Irma, tremblement de terre au Mexique…)

Cyparis a-t-il réellement été sauvé par un journaliste américain ?
Oui, le livre de Georges Kennan « Le désastre de la Pelée » relate son voyage en Martinique juste après les événements. Ce type-là était un vrai aventurier et son livre est très bien écrit et très intéressant ! Mais ce sont bien les trois compères qui ont sorti Cyparis du cachot et l’ont amené au Morne Rouge au Père Mary. Le curé a vraiment pris soin de lui. Le fait que ces trois compères étaient des pillards est contesté.

Comment avez-vous réussi à restituer le parcours de Cyparis aussi précisément ? Est-ce que tout le récit est exact historiquement ?
J’ai lu énormément de livres d’époques, de témoignages. J’ai retrouvé des lettres du Père Mary qui raconte son histoire au Gouverneur, j’ai même retrouvé l’acte de naissance de Cyparis. C’était une véritable enquête. Ici, encore aujourd’hui, des gens doutent de son existence, mais le procureur général de l’époque a bien certifié qu’il était en prison à l’heure de l’éruption.

Il y avait trois cachots, un petit, un moyen et un gros. Celui que l’on visite aujourd’hui comme le sien est le moyen, mais il y a un doute là-dessus. La plupart des événements que j’ai relatés proviennent de sources sures. J’ai trouvé beaucoup de photos. Quand j’avais des trous, j’ai un peu complété. Par exemple, le fait qu’il s’évade de prison est vrai, qu’il se rende par lui-même également, mais dès le lendemain, sur ce point les opinions divergent.

L’éruption qui détruit le Morne rouge et tue le Père Mary, ça c’est exact, mais la façon dont Cyparis s’en sort, je n’en savait rien. Et puis il a fallu lui trouver un caractère, un tempérament. J’avais sa date de naissance, j’ai vu qu’il était cancer (rires) et il me faisait penser à certains de mes amis notamment dans sa relation explosive au rhum, malgré un caractère paisible.

La photo de lui la plus connue m’a beaucoup inspiré également. Tout se passe dans son regard : un mélange de dignité et de résignation, une grande force intérieure. J’ai donc pris tous ces éléments pour en faire un personnage consistant et un peu burlesque. C’est un anti-héros, le fil rouge de cette histoire.

Cyparis, la BD aux éditions Boîte à Bulles (prix 32 euros)
Cyparis, la BD aux éditions Boîte à Bulles (prix 32 euros)

Quels sont vos prochains projets ? Avez-vous encore envie de parler de la Martinique ? Ou de l’Outre-mer ?
Eh bien il est possible que je refasse des choses sur la Martinique, ce que je continue à faire en illustration depuis quatre ans avec mes cartes postales illustrées, des expos sur l’histoire, des fresques. J’ai certaines choses qui vont peut-être se faire sur le carnaval, le quimbois (vaudou local) ou Fort-de-France.

Mais là, directement en BD, je travaille sur le scénario et les dossiers de plusieurs projets notamment une série d’aventures burlesques et fantastiques autour de la ville de Paris, ça parle de gens très très méchants.

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