CHLORDECONE … quand en parler ne suffit pas !

une salutaire pétition pour combler le silence de l’État

Plusieurs milliers de signatures recueillies par une pétition lancée sur internet pour réclamer un plan d’action pour une alimentation sans chlordécone : cette question prend une ampleur insoupçonnée. Une mobilisation civique qui remplit le silence des autorités.

Environnement en Martinique © Martinique La 1ère
© MARTINIQUE LA 1ÈRE Environnement en Martinique
  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le 

En attendant le jour hypothétique où les autorités de l’État vont sortir de leur silence sur le scandale du chlordécone, voici que des citoyens de Guadeloupe et de Martinique se mobilisent. Ils demandent « le droit fondamental d’un accès à une nourriture produite localement et exempte de poison ; un étiquetage des produits indiquant la présence ou non de chlordécone et sa quantité ; une politique publique permettant la production agricole locale d’une nourriture non contaminée ».

Ils réclament simplement le droit de savoir et le droit à la santé. Non pas des poursuites judiciaires contre les coupables, parfaitement identifiés, de ces négligences répétées ayant abouti à une situation hors de contrôle. Pas plus que l’indemnisation des victimes de l’exposition à ce poison.

Pourtant, il y a de quoi

Une plainte déposée en Guadeloupe depuis plus de dix ans pour identifier les responsables de cette incurie tarde à prospérer. Il est vrai que, contrairement à d’autres scandales sanitaires, la pression de l’opinion publique est faible sur les magistrats. Surtout que les gouvernements successifs n’aident pas à établir la vérité. Surtout que nombre de nos responsables politiques, de droite comme de gauche, ont adopté la même attitude depuis la révélation de l’ampleur de la catastrophe sanitaire, écologique et économique.

L’information est disponible depuis 1977, date des premières publications scientifiques sur le chlordécone. Mais il a fallu la mission parlementaire d’information conduite par le député Philippe Edmond-Mariette en 2005 pour commencer la longue marche vers la prise de conscience du problème. Deux ans plus tard, en 2007, la première enquête d’ampleur est publiée par deux militants écologistes, Louis Boutrin et Raphaël Confiant. Ils éditent un livre dressant le constat et un second proposant des solutions. Ils subissent moqueries ou silence poli.

Si chacun avait pris ses responsabilités, dans les hautes sphères du pouvoir, des citoyens ne se seraient pas mobilisés de la sorte. Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre démocratie.

le double langage du gouvernement

Peut-on parler d’un double langage du gouvernement et singulièrement de la ministre de la Santé ? Agnès Buzyn a affirmé vendredi 2 février au Sénat que les études menées sur les relations entre chlordécone et la santé ne sont pas concluantes. Une affirmation controversée à plus d’un titre.

Agnès Buzyn, Ministre de la santé © Eric FEFERBERG / AFP
© ERIC FEFERBERG / AFP Agnès Buzyn, Ministre de la santé
  • Cecile marre
  • Publié le , mis à jour le 
Peut-on à la fois refuser de faire le plein, et déplorer ensuite de tomber en panne d’essence ? C’est un peu ce qu’a fait la ministre de la Santé Agnès Buzyn vendredi 2 février au Sénat.
La discussion portait sur une proposition de loi d’indemnisation des victimes de l’exposition aux pesticides. Le sénateur socialiste de Guadeloupe Victorin Lurel insistait sur la nécessité d’inclure dans la liste de ces produits toxiques le chlordécone et le paraquat. La ministre lui a répondu qu’il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’utilisation du chlordécone et la prévalence des cancers.Voir l’extrait.

Mais ce qu’a oublié de dire Agnès Buzin, c’est que si elle a en effet, en tant que directrice de l’institut national contre le cancer, financé le démarrage des études, c’est également elle qui leur a retiré ce financement.

Retour dans le passé

En 2010, la première étude du genre, Karuprostate, est publiée par l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) en Guadeloupe. Les équipes scientifiques suivent pendant trois ans 700 hommes diagnostiqués avec un cancer de la prostate.

Les résultats sont sans appel. « Dès qu’apparaît une élévation du chlordécone dans le sang, vous élevez votre risque. Si on admet que quand vous n’avez pas de chlordécone dans le sang vous avez un risque 1 d’avoir un cancer de la prostate, eh bien dès que le chlordécone commence à pouvoir être mesuré dans le sang, vous élevez légèrement votre risque et ça commence à être quelque chose de très significatif, de passer d’un risque 1 à un risque 2 de voir survenir quelque chose, c’est un événement très important« , précise le professeur Pascal Blanchet, chef du service urologie au CHU de Pointe-à-Pitre, dans le magazine de la santé.

Deux ans plus tard, une autre équipe à Angers, parvient à expliquer le mécanisme par lequel le chlordécone favorise le développement de la tumeur. « On a pu cibler une des nombreuses étapes du développement tumoral et comprendre comment cette toxique favorisait la croissance tumorale en agissant directement sur la formation de nouveaux vaisseaux » explique Nicolas Cléré, enseignant-chercheur à l’université d’Angers en 2012.

L’équipe de l’INSERM souhaite aller plus loin. Il n’y a qu’un seul pays avec les mêmes conditions d’exposition et c’est la Martinique. L’étude Madiprostate est donc lancée en 2013, mais ses financements lui sont retirés en 2014 par l’INCA (Institut national du cancer) dirigé alors par Agnès Buzyn.

Ce retrait foudroie en plein vol la seule étude au monde capable de répondre aux interrogations de la première, comme le note son chef de file, le professeur Luc Multigner « l’étude Madipostate aurait pu confirmer ou infirmer en Martinique ce que nous avions observé en Guadeloupe. Malheureusement cette étude n’ayant pu se dérouler jusqu’au bout par arrêt des financements, il devient très facile de critiquer Karuprostate. On aurait voulu empêcher de conclure de manière consistante on n’aurait pas mieux fait« , selon lui.

Ainsi, déplorer aujourd’hui le manque de données mettant en évidence un lien entre cancer et chlordécone est donc paradoxal.
Si l’on voulait lancer de nouvelles études, il y a en tout cas matière. En Martinique, 600 nouveaux cancers de la prostate sont recensés chaque année, et sur des hommes de plus en plus jeunes

  le gouvernement sur une position intenable !

  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le 

Il y a quelque injustice à charger le gouvernement actuel pour les manquements de ceux qui l’ont précédé. Il est trop facile de penser que ce gouvernement-ci va prendre seul en charge les conséquences de l’épandage des pesticides à base de chlordécone en Guadeloupe et en Martinique.

Il se trouve que les ministres d’aujourd’hui ne sont pas responsables de la dérogation accordée aux importateurs de ces produits chimiques toxiques entre 1990 et 1993. L’actuelle ministre de la Santé terminait ses études de médecine quand deux ministres socialistes et un ministre de droite autorisaient la prolongation de l’utilisation des pesticides pourtant parfaitement identifiés comme perturbateurs endocriniens.

Ceci dit, il serait opportun que le gouvernement d’aujourd’hui tienne un langage clair. La demande du corps social est de déclencher des poursuites judiciaires à l’encontre des fautifs, à leur condamnation et à l’indemnisation des victimes. Puis il s’agit de restaurer l’environnement fortement perturbé. Ce qui passe par des décisions politiques audacieuses.

Or, le gouvernement tergiverse pour s’engager dans la voie de la réparation. Il est vrai que 9 personnes sur 10 vivant en Guadeloupe et en Martinique sont potentiellement exposées au produit organochloré persistant. Ce qui donne environ 700.000 habitants. Ce qui va coûter très cher.

Second obstacle, l’absence de lien de cause à effet entre l’exposition au chlordécone et le nombre record de cancers dans nos pays. C’est, en tout cas, la ligne défendue par la ministre de la Santé. Une affirmation sujette à caution. Directrice de l’Institut national contre le cancer, elle a financé les premières analyses qui auraient permis d’y voir clair. Puis elle a interrompu ce financement. Résultat : un discours scientifique inaudible qui donne désormais un discours politique tout aussi inaudible.

Le  sénateur Maurice  Antiste,  après  les  députés  à l’Assemblée il  y  a  une  semaine,  a  interpellé la Ministre au Sénat  en  souhaitant  une  rencontre  avec les parlementaires de Guadeloupe  et Martinique.

Et pendant ce temps, le chlordécone continue ses ravages silencieux dans nos corps, dans nos têtes, dans nos vies.

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