FONDATION pour la MEMOIRE de L’ ESCLAVAGE (acte 2)

 

QUESTIONS-REPONSES   avec  J.M AYRAULT

Jean-Marc Ayrault est Président de la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions dont le but est de créer une Fondation nationale sur le sujet. Annoncée par Emmanuel Macron à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en avril 2018, cette Fondation entend « rassembler toutes les mémoires de la France » et « transmettre l’histoire de la France mondiale ». Après une première tribune publiée le 23 novembre 2018 dans Le Monde, il accorde un entretien exclusif au Groupe de recherche Achac dans le prolongement des Ateliers de la fondation, journées de réflexion participative autour des missions de la Fondation, organisés les 24 et 25 novembre 2018.

 

Quelles sont les missions de la Fondation ?

Notre ambition peut se résumer en une phrase : faire enfin pleinement entrer l’esclavage et ses héritages dans la mémoire nationale de la France. La loi Taubira a rappelé cette nécessité. Mais il lui manquait l’institution nationale autonome et dotée de vrais moyens qu’elle appelait pour réaliser cette ambition.

La Fondation sera cet outil, pour travailler sur ces questions avec tous les partenaires à mobiliser : les chercheurs, les établissements scolaires – la question des programmes scolaires est essentielle –, les institutions culturelles et patrimoniales, les artistes, les associations, les élus, les entreprises…

 

Sur quels périmètre et thématiques historiques et mémoriels souhaitez-vous travailler ?

L’action de la Fondation se déclinera en trois objectifs, qui devraient être repris dans son objet statutaire :

– développer la connaissance et la transmission de l’histoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions comme partie intégrante de l’histoire de la France et du monde, en replaçant ce phénomène dans l’histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques et l’océan Indien ;

– rassembler les mémoires en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de cette histoire, dans toute leur richesse et leur variété ;

– promouvoir les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité et l’engagement de la France contre le racisme, les discriminations et les formes contemporaines d’esclavage.

 

En quoi la fondation va-t-elle se distinguer des actions ou des projets du Mémorial ACTe, du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes ou du Comité national pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage ? Avez-vous pour objectif de coordonner l’action de ces différentes institutions ?

Le Mémorial ACTe et le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes sont des lieux ouverts au public, ce que ne sera pas la Fondation, qui n’aura que des bureaux à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris. La Fondation sera une institution de mutualisation, de mise en réseau et d’accompagnement, et elle sera donc en rapport avec tous ces acteurs.

Le Mémorial ACTe en Guadeloupe sera évidemment un partenaire capital, en tant que centre national dédié à cette question, et institution majeure sur les Caraïbes et au-delà. Et la Fondation travaillera avec le Mémorial de l’abolition de Nantes, comme avec les autres sites et lieux de mémoire, les musées de Nantes et Bordeaux, la Maison de l’Armateur du Havre, le musée du Nouveau Monde de La Rochelle, La Route des Abolitions… je ne saurais tous les citer.

Quant au CNMHE, qui existe depuis 2004, lors des Ateliers de la Fondation, j’ai rendu hommage au travail essentiel qu’il a mené pendant près de 15 ans, sous la conduite de ses présidentes passées, Maryse Condé, Françoise Vergès et Myriam Cottias, et de son président actuel, Frédéric Régent. Dès qu’elle sera créée, la Fondation succèdera officiellement au Comité.

 

Quels liens voyez-vous ou faites-vous entre l’histoire de l’esclavage (jusqu’aux abolitions définitives en 1848) et l’histoire de la colonisation, qui se superpose à cette première période et va se poursuive jusqu’aux années 60 et même au-delà pour certains pays ou territoires ?

L’esclavage est un phénomène global qui a transformé radicalement le monde. La France d’aujourd’hui est l’héritière de cette transformation, qui a débuté avec les premiers contacts entre les Européens et les peuples d’Afrique et d’Amérique, puis qui s’est prolongé dans la traite et l’esclavage coloniaux, puis dans la seconde colonisation, laquelle n’a d’ailleurs pas fait disparaître le travail forcé, pas plus dans les « vieilles colonies » françaises, avec l’engagisme, que dans le reste de l’Empire.

Mais surtout, l’héritage de l’esclavage et des combats pour l’abolir ont perduré jusqu’à aujourd’hui : on en retrouve l’empreinte dans notre culture, dans nos valeurs, tout simplement dans la diversité française. C’est pourquoi les chercheurs aujourd’hui parlent de l’esclavage et du post-esclavage, et c’est une approche qui nous intéresse beaucoup.

 

Selon  vous, à quoi devrait ressembler un musée de la colonisation en France ? Est-il nécessaire d’imaginer un tel projet ?

Le travail de la Fondation sera important sur ce sujet, même si elle ne sera pas un musée ; et l’exemple de la Mission du Centenaire montre comment on peut renouveler la vision d’un événement historique sans être un musée, notamment en travaillant avec les institutions existantes. La Fondation le fera, avec des acteurs aussi divers que le musée d’Orsay ou le Mémorial ACTe.

Quant à doter la France d’un musée de la colonisation en général, qui raconterait cette part de notre histoire, sur cinq siècles et sur tous les continents, beaucoup le demandent et j’ai entendu aussi cette demande lors des Ateliers de la Fondation qui ont eu lieu le 24 et 25 novembre. Pour un sujet aussi majeur, ce sera au Président de la République d’en décider. La création prochaine de la Fondation pourra aider à cette réflexion.

 

Quel bilan tirez-vous des Ateliers de la Fondation que vous mentionnez ? En quoi est-ce une étape majeure ?

En organisant cette rencontre avec la société civile, que nous avions voulu ouverte et participative, nous ignorions si notre appel serait entendu. C’est pourquoi notre première satisfaction a été de voir que près de 200 personnes y ont répondu malgré la rapidité des délais d’organisation et qu’elles sont restées pendant deux jours pour débattre de ce que devrait être la Fondation.

Notre deuxième satisfaction a été la qualité des échanges, le respect entre les participants et le sentiment commun qui s’est dégagé d’une urgence à doter la France d’une institution nationale qui fasse la place à ces sujets. Il faut enrichir notre récit national, et le faire partager à tous nos concitoyens, pour conjurer les incompréhensions, les concurrences mémorielles, le racisme : c’est le message que tous ces militants, chercheurs, artistes nous ont adressé. Ces Ateliers sont aussi une leçon pour nous : nous devrons régulièrement créer des moments forts pour que la Fondation cultive ce lien qui a été créé ce week-end.

Cette réussite doit en appeler d’autres : d’abord achever les travaux de préfiguration de la Fondation. Les propositions des participants nous disent les priorités et les attentes. Nous les partagerons avec le gouvernement et les entreprises avec lesquelles nous sommes en contact, pour que la Fondation puisse être créée en 2019 comme prévu. Puis nous aurons à mettre en œuvre tous les projets et la tâche est grande.

 

Source ACHAC Newsletter #4 – 28 novembre 2018

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VERS UNE RESTITUTION DES OEUVRES d’ART AU PATRIMOINE AFRICAIN…

Polémiques sur la question de la restitution

Il s’agit de rendre
au continent africain
une partie de son histoire

par Joseph Confavreux

vendredi 30 novembre 2018

 

Le rapport des universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain remis au président de la République le 23 novembre 2018 a provoqué de nombreux débats dans la presse. Nous reprenons ici, avec son accord, l’article que Joseph Confavreux a publié dans « Mediapart ». Avec un entretien avec Nanette Snoep, Néerlandaise, directrice des musées d’ethnologie de Dresde, Leipzig et Herrnhut en Allemagne après avoir travaillé quinze ans au Musée du Quai Branly.

Restitution du patrimoine :
« Il s’agit de rendre au continent africain
une partie de son histoire »

par Joseph Confavreux Source

Avant même d’être rendu officiellement au président de la République, vendredi 23 novembre, le Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain des universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, a suscité une polémique par voie de presse.

Les tirs de barrage des journaux conservateurs ont ouvert le bal. Le Point, ayant eu la primeur du texte, a mis en exergue un « vocabulaire inspiré des postcolonial studies » et questionné le fond d’un rapport préconisant, selon lui, de « tout rendre ou presque ».

Dans La Tribune de l’art, son fondateur, Didier Rykner y est allé au lance-flammes, jugeant que le rapport mettait « la France dans une position intenable ». Pour ce journaliste, « le choix de ces deux personnalités devait fatalement aboutir aux préconisations très inquiétantes de leur rapport », quitte à faire de Felwine Sarr un portrait largement fantasmé, deux citations trouvées sur Google suffisant à transformer l’économiste et écrivain sénégalais en proche des Indigènes de la République et en « fervent défenseur de Tariq Ramadan ». Ce qui expliquerait pourquoi « il ne fallait évidemment rien attendre d’autre de lui qu’une proposition de “restitutions” massives ».

À l’inverse, Libération titrait son édition du 21 novembre : « Art africain spolié : l’heure du retour », en l’accompagnant d’une photo pleine page d’une statuette africaine semblant se réjouir. Quant au Monde, son éditorial daté du 23 novembre mettait en avant le « risque pour les collections nationales » d’une « voie maximaliste » susceptible de les démanteler, collections dans lesquelles le nombre total de pièces africaines est estimé à plus de 90 000.

Quels sont alors les enjeux de cette séquence ouverte par la déclaration d’Emmanuel Macron, il y a un an à Ouagadougou, annonçant vouloir que « d’ici cinq ans les conditions [seraient] réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique » ? Panorama comparatif et éléments de réponse avec Nanette Snoep, Néerlandaise qui, après avoir passé 15 années au Quai Branly, est depuis 2015 directrice des musées d’ethnologie de Dresde, Leipzig et Herrnhut en Allemagne et prendra, à partir de janvier 2019, la direction du musée ethnographique de Cologne.

La déclaration faite par Emmanuel Macron à Ouagadougou le 28 novembre 2017 et le rapport rédigé par les universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy introduisent-ils une rupture dans la politique française vis-à-vis des collections des musées français issues du continent africain ?

Nanette Snoep : Nous sommes face à une véritable transformation, qui ne touche pas seulement la France, mais concerne toute l’Europe. Avant le rapport de Sarr et Savoy, j’ai eu le sentiment que la déclaration d’Emmanuel Macron avait eu un effet plus fort en Allemagne qu’en France, mais cela va sans doute changer !

Nanette Snoep © DR

Quoi qu’il en soit, nous sommes face à un changement d’ampleur dans la façon de penser les politiques culturelles, patrimoniales et muséales. Le débat sur la restitution des œuvres issues de l’héritage colonial et présentes dans les collections ethnographiques m’intéresse depuis longtemps, et cela va faire 20 ans qu’il est enclenché. Mais on assiste à une accélération puissante depuis au moins deux ans.

L’enjeu est-il posé de manière différente en Allemagne et en France, et cela est-il davantage lié à des passés coloniaux différents ou à des contextes post-coloniaux qui ne sont pas identiques ?

Il existe des différences importantes entre la France et l’Allemagne, ne serait-ce que parce que l’Allemagne a perdu ses colonies après la Première Guerre mondiale, tandis qu’en France, les effets de la colonisation demeurent encore très présents. Les relations économiques, démographiques, culturelles entre l’Afrique et la France sont incomparables avec celles qui existent avec l’Allemagne.

Depuis quelques années, on a assisté, en Allemagne, à un réveil du passé colonial, qui a longtemps été relégué derrière l’histoire de la Shoah. Mais l’Allemagne aborde la question des butins coloniaux à travers le travail qui a été fait sur la spoliation des biens juifs. Des lois, des méthodes de recherche et des cadres de restitution ont été établis à cette occasion. C’est d’ailleurs un même organisme, à Leipzig, qui s’occupe des biens juifs spoliés et a reçu pour mission de s’occuper des butins de guerres coloniaux.

Une autre différence est que le sujet est abordé de manière beaucoup plus pragmatique en Allemagne qu’en France. Après la déclaration de Macron faite à Ouagadougou, des demandes de restitution ont été adressées à Angela Merkel, sans qu’elle prenne position publiquement. Mais une commission a été mise en place, un rapport a été rendu au printemps dernier pour savoir quoi faire de nos butins coloniaux, et des recherches précises ont été lancées.

En France, le rapport annonce que beaucoup des œuvres des musées nationaux devraient être restituées et cela déclenche des réactions émotionnelles. J’ai d’ailleurs été surprise que personne ne réagisse, en France, vis-à-vis du choix de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, une historienne de l’art qui connaît bien la situation allemande. La question est maintenant de savoir si cela va avoir des conséquences ou si cela va rester un effet d’annonce.

Peut-on et faut-il distinguer, et si oui comment, les biens acquis dans les musées européens par des prises de guerre, par des collectes ethnographiques ou par des achats égaux ou inégaux ?

La distinction est importante. Quand on regarde les collections, certaines œuvres proviennent clairement de butins de guerre, par exemple pour le royaume du Dahomey. Quand on consulte les archives, on voit qu’à la fin du XIXe siècle, on en parle d’ailleurs ainsi, en toute transparence, tandis que, plus tard, on va éviter de prononcer ces termes.

Les collectes ethnographiques constituent une zone plus complexe, qui ont impliqué des ethnologues, des géographes, des missionnaires… On ne sait pas toujours comment les pièces sont arrivées dans les musées, mais on sait que, parfois, il s’agissait de vol, comme dans l’exemple souvent cité du journal de Michel Leiris confessant avoir dérobé un objet sacré au Mali, à l’occasion de sa participation à la Mission Dakar-Djibouti, une expédition dirigée par l’ethnologue Marcel Griaule au début des années 1930.

Membres de la Mission Dakar-Djibouti
au musée d’Éthnographie du Trocadéro, Paris 1931.

De gauche à droite : André Schaeffner, Jean Mouchet, Georges-Henri Rivière,
Michel Leiris, le baron Outomsky, Marcel Griaule, Éric Lutten,
Jean Moufle, Gaston-Louis Roux, Marcel Larget.

Les ethnologues partaient rarement seuls et souvent accompagnés de soldats. Dans l’inventaire de départ de cette même mission, dont une grande partie de la collecte se retrouve aujourd’hui au Quai Branly, on note ainsi la présence de nombreux fusils. Et même quand les ethnologues partent sans fusils, cela n’empêche pas les rapports de force.

Peut-on savoir dans quel contexte un chef religieux a pu livrer ses objets sacrés à un ethnologue ? Il existe des enjeux de pouvoir, financiers, symboliques et politiques, qui font qu’on n’est pas dans la même problématique que pour des butins de guerre, mais qu’on demeure toutefois dans des rapports de force.

Quant aux achats, ils ne sont pas non plus exempts de ces rapports de force. Les archives nous montrent des cas de personnes contraintes de céder leurs objets à vil prix. Quand on parle des biens juifs spoliés, on inclut d’ailleurs ceux des Juifs qui ont vendu, dès 1933, des œuvres par exemple pour financer leurs fuites, ou n’ont pas pu vendre au juste prix. Ces œuvres sont aujourd’hui considérées comme ayant été spoliées et à restituer, même s’il existe un acte d’achat. On sent aujourd’hui l’inquiétude des marchands sur le sujet, mais une preuve d’achat n’est pas une garantie suffisante de l’équité de la transaction.

Même s’il existe, dans tous les cas, des rapports de pouvoir, il demeure important de distinguer les différentes catégories d’appropriation du patrimoine africain, et donc de bien connaître le contexte de collecte. Les auteurs du rapport ont raison d’estimer que l’ethnologue ou le marchand doivent pouvoir prouver avoir acquis leurs objets de manière correcte, mais cela va être difficile.

Que pensez-vous du fait que le rapport demande que tout objet qui aurait été emporté sans le consentement explicite ou très vraisemblable des propriétaires ou gardiens des œuvres puisse être restitué aux pays africains qui en feraient la demande ?

Pour moi, la notion de consentement explicite est importante et les auteurs du rapport ont donc raison de l’employer, parce qu’on se trouve en effet le plus souvent dans une zone grisâtre. On peut très rarement, en effet, prouver le consentement explicite. Mais si je prends l’exemple des objets venant de Syrie qui sont arrivés ces dernières années sur le marché européen, en tant que directrice de musée, je refuse d’en acheter parce que je ne pense pas qu’il y ait eu de consentement explicite.

Le mérite de ce rapport est qu’il va obliger les directeurs de musée, les marchands, voire les usagers des musées, à réfléchir à leurs pratiques. Il me semble important et courageux de mettre ce motif du consentement au cœur de la question des restitutions, parce que les musées doivent repenser leur éthique de collecte. Ils ne peuvent plus se permettre d’acheter, parfois pour des millions d’euros, des objets sacrés circulant sur le marché de l’art européen en s’abritant derrière l’existence d’actes d’achat.

Felwine Sarr

Le rapport Savoy-Sarr n’aborde que l’Afrique noire. La question des revendications et des restitutions ne se pose-t-il pas de la même manière pour l’Afrique noire, le Maghreb, l’Océanie ou l’Asie ?

Comme l’a dit Emmanuel Macron lors de sa déclaration de Ouagadougou, il y a là un cas vraiment particulier, au sens où la grande majorité de l’héritage culturel et du patrimoine africain se trouve aujourd’hui dans les galeries et musées européens ou américains.

Ce n’est pas pareil pour l’Asie. Je suis néerlandaise et beaucoup de collections indonésiennes se trouvent aujourd’hui en Hollande. Mais si vous allez à Jakarta, vous trouvez des musées disposant de collections richissimes, et on ne peut donc pas dire que l’Indonésie soit dépourvue de patrimoine indonésien. Cela ne veut pas dire que les restitutions aux pays asiatiques ne soient pas justifiées et importantes, mais c’est sans doute moins urgent que pour l’Afrique.

Restituer certains objets, ce n’est pas seulement une question de patrimoine. Il s’agit de rendre au continent africain une partie de son histoire pour permettre aux Africains de prendre en main cette histoire. Pour moi, les restitutions peuvent donner une énergie au continent africain en lui offrant la possibilité de dire : « on a un patrimoine, on va s’en occuper et on va ainsi se projeter vers l’avenir », même si la manière de prendre en charge ce patrimoine ne sera pas la même que dans les musées européens.

L’important n’est pas seulement la restitution de l’objet, mais aussi de la partie de l’histoire dont l’Europe s’est emparée et qui demeure inaccessible aux Africains. Dans mon musée, je fais actuellement une exposition sur Kinshasa et le plus grand problème auquel j’ai été confrontée a été de faire obtenir des visas aux artistes que je voulais inviter.

Les musées allemands, britanniques ou français ne peuvent prétendre être des musées universels, ne serait-ce que parce que les Africains n’ont pas accès à la même mobilité que les Européens. Aujourd’hui, l’histoire du royaume de Dahomey se retrouve au Quai Branly, alors que les Béninois ne reçoivent pas de visas.

Bénédicte Savoy

Comment jugez-vous l’argument mis en avant par les plumes qui s’inquiètent du rapport Savoy-Sarr en expliquant qu’il n’est guère possible de savoir à quel pays rendre certains objets accaparés avant le dessin des actuelles frontières ?

C’est un mauvais argument, même s’il est vrai que si la France ou l’Allemagne ne veulent travailler qu’avec les États, on aura des soucis. Mais la restitution peut se faire à un village ou à un musée privé, il faut savoir dépasser le cadre des États ! Dans mes musées existe une grande collection en provenance de Namibie qui a été largement composée pendant les années du génocide des Héréros et des Namas, au début du XXe siècle, perpétré pendant la colonisation allemande.

Le Land de Saxe est prêt à faire des restitutions à des associations qui le demandent, alors que cela coince au niveau interétatique, entre l’Allemagne et la Namibie. Il existe plein de petits musées privés en Afrique qui sont tout à fait en mesure d’accueillir ces restitutions. On peut chercher d’autres partenaires que les musées nationaux. Et on peut tout à fait aussi imaginer qu’un objet sacré, par exemple, soit restitué au village d’où il provient.

Un argument récurrent, employé par exemple par La Tribune de l’art, est alors de craindre la mauvaise conservation, et de donner en exemple la façon dont, après les restitutions faites par les Belges au musée de Kinshasa dans les années 1970, les œuvres ont été pillées et dégradées.

Mais les choses ont évolué et on donne toujours ce même exemple, qui oublie que, pendant des décennies, les collections africaines ont souvent été très mal traitées et mal conservées en Europe. Aujourd’hui, les réserves du Quai Branly sont tout à fait bien, mais quand j’y suis arrivée, au milieu des années 1990, c’était loin d’être le cas ! Il faut être modeste quand on critique les Africains et la manière dont ils conservent le patrimoine…

Un autre argument entendu à l’encontre de ce rapport est qu’il va vider et détruire les collections. Que vaut-il ?

En Europe, nous avons des centaines de milliers d’objets en provenance du continent africain. Le Quai Branly [qui détient environ 70 000 objets en provenance d’Afrique – ndlr], comparativement aux musées allemands, ce n’est rien ! Rien que dans les musées de Saxe, nous avons 80 000 objets venant d’Afrique. À Berlin, il y a plus de 500 000 pièces issues des autres continents. La peur que les musées européens se vident est donc infondée.

Avez-vous déjà été confrontée à des demandes de restitution ?

Oui, par exemple de restes humains d’Hawaï. Un groupe d’Hawaïens a fait une première demande de restitution aux musées de Saxe en 1991, renouvelée tous les ans, mais restée sans réponse. Quand j’ai pris ma fonction de directrice, en 2015, cette demande était sur la table et il a fallu batailler pour la faire, et la faire dans des conditions respectueuses.

L’important n’est, en effet, pas seulement le fait de restituer. C’est important de savoir comment on fait pour restituer. On ne va pas se contenter d’envoyer par la poste, mais est-ce qu’on fait une cérémonie ou un rituel ?

Les restitutions peuvent être l’occasion de gestes de réparation et le socle de relations futures, de projets en commun. Il ne faudrait pas que les restitutions deviennent juste un moyen pour se débarrasser d’une histoire qui fait mal. Est-ce que le récit d’un vol d’objet doit rester au musée qui effectue la restitution ? Comment parler d’un objet qui a été rendu, mais dont le passé demeure ?

1948 – 2018 7O ANS de DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME

 

1948 Les droits de l’Homme à Chaillot

Farid Abdelouahab, écrivain, historien et commissaire d’expositions, publie une histoire de l’élaboration de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans la revue de Chaillot, l’Esplanade (mars 2018). Il y expose le rôle qu’a tenu le palais de Chaillot en devenant dès 1947 le siège de l’O.N.U. puis le 10 décembre 1948, le lieu de la troisième Assemblée générale des Nations unie. Ce lieu fête cette année les 70 ans de la ratification de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.  

 

Chaillot, le 10 décembre 1948, la troisième Assemblée générale des Nations unie adopte la Déclaration universelle des droits de l’homme. En pleine guerre froide et devant l’opposition croissante au colonialisme, quarante-huit États membres, réunis dans la grande salle du TNP, votent les trente articles proclamant les droits humains fondamentaux, quand l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud et le bloc soviétique s’abstiennent. Il faudra deux décennies aux Nations unies pour s’accorder sur des mécanismes d’application. 1948 représente ainsi une date charnière qui consacre les droits de l’homme au cœur du Palais de Chaillot. Bien avant cette déclaration qui énonce les droits fondamentaux de l’individu à l’échelle universelle, d’autres grands textes avaient défendu les droits de l’homme.

 

Une longue histoire

Le cylindre d’argile de Cyrus, daté de 539 av. J.-C., décrète la liberté de religion et l’interdiction de l’esclavage. Au XIIIe siècle, la Grande Charte (Magna Carta), imposée en 1215 par les barons anglais à Jean sans Terre, condamne l’arbitraire et deviendra par la suite un symbole pour l’état de droit. La Déclaration des droits dictée en 1689 aux souverains d’Angleterre à la suite de la guerre civile exprime quant à elle l’aspiration du peuple à la démocratie en définissant les principes de la monarchie parlementaire.

La Déclaration d’indépendance américaine de 1776, écrite en grande partie par Thomas Jefferson, déclare pour sa part : « Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis par les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement. » Avec cette déclaration, la philosophie des Lumières a trouvé un terrain d’application pour la liberté et la gouvernance des peuples. Rédigée pendant l’été 1787 à Philadelphie, la Constitution des États-Unis d’Amérique définit les principaux organes du gouvernement, leurs juridictions et les droits fondamentaux des citoyens. Quatre ans plus tard, la Déclaration des droits vient protéger les libertés fondamentales : la liberté de parole, de religion, le droit de posséder et de transporter des armes, de se réunir et de pétitionner. Elle interdit les fouilles et les arrestations arbitraires, les maltraitances et les aveux sous contrainte.

Universaliste, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution française représente, déjà en 1789, une grande avancée concernant les droits naturels individuels et les conditions de leur mise en œuvre.

La première convention de Genève, en 1864, édite le premier texte du droit humanitaire, instituant les obligations des individus en temps de guerre. Quatre-vingts ans plus tard, la barbarie et la violence extrême de la Seconde Guerre mondiale conduisent les Nations unies à redéfinir la notion de « crime contre l’humanité » en se donnant pour but d’actualiser à nouveau les valeurs humanistes qui doivent nous gouverner. En 1945, la conférence de San Francisco a en effet donné naissance à l’Organisation des Nations unies, en charge d’assurer la paix et la sécurité internationales. Concomitamment, la Charte des Nations unies est signée le 26 juin, et affirme les droits de l’homme et les libertés fondamentales, en attendant qu’une commission ne bâtisse une déclaration internationale. La première session de la Commission des droits de l’homme, qui réunit un comité de rédaction en provenance de huit pays, se tient en 1947 ; à sa tête, Eleanor Roosevelt, la veuve du Président américain. Le juriste français René Cassin joue un rôle préliminaire important à ses côtés, en élaborant un avant-projet dont l’objectif est d’affirmer le caractère universel de la déclaration, un « idéal commun à atteindre par tous les peuples ».

 

Chaillot : territoire international sous la juridiction de l’O.N.U.

En 1947, le gouvernement français propose de recevoir à Paris la troisième Assemblée générale des Nations unies. Le Palais de Chaillot devient alors pour quelques mois le siège de l’O.N.U. : une transformation qui n’est pas du goût de tous. Ainsi, le fondateur et directeur du musée de l’Homme, Paul Rivet, se plaint par exemple par voie de presse de cette prochaine installation. Le site doit en effet connaître des travaux d’aménagement importants pour accueillir les représentants des cinquante-huit nations appelées à se réunir en septembre 1948. Soit pas moins de cinq mille personnes. Les séances de l’Assemblée doivent se tenir dans le grand auditorium, les ailes du bâtiment se transformant en salles de réunion pour les commissions, tandis que l’on érige un restaurant et des locaux sur la place du Trocadéro. Des centaines de journalistes sont présents, venus du monde entier.

Outre la Déclaration universelle des droits de l’homme, le programme est chargé et l’on doit statuer sur de nombreux sujets : la question monétaire à Berlin, les frontières palestiniennes, les accords sur l’énergie atomique et le désarmement… Débats et tractations se déroulent sur fond de guerre froide naissante, et les tensions internationales sont vives : dès la fin du mois de septembre, une rupture se dessine entre le bloc occidental et les Soviétiques à propos du couloir aérien berlinois. Les travaux reprennent à la mi-décembre. La Commission des droits de l’homme est censée réunir dix-huit membres représentant diverses tendances politiques, culturelles et religieuses (mais il n’y a pas un seul Africain, les indépendances sont à venir…).

Eleanor Roosevelt, nommée par le président des États-Unis Harry S. Truman comme déléguée à l’Assemblée générale des Nations unies en 1946, préside donc le comité de rédaction, qui rassemble un Libanais, un Chinois, un Canadien, un Australien, un Chilien, un Anglais et un Russe. Le Français René Cassin influence notablement ce comité avec sa conception interventionniste des droits de l’homme : la souveraineté des États n’est pas supérieure à ces derniers. Ainsi, grâce à lui, la Déclaration ne sera pas dans son titre « internationale », mais bien « universelle », c’est-à-dire reconnue de tous et destinée à la communauté humaine en son entier. Mais tous les membres ne sont pas d’accord sur les objectifs à tenir : en effet, la Déclaration doit-elle se présenter comme un instrument juridique que l’on doit imposer aux nations, ou bien juste comme un texte qui doit servir de règle ? Lors de sa dernière séance au Palais de Chaillot, le 10 décembre 1948, l’O.N.U. adopte la Déclaration universelle des droits de l’homme, avec quarante-huit membres en sa faveur, plusieurs amendements repoussés et huit abstentions. Le Conseil de sécurité occupe encore une semaine le Palais, dont le nom connaît désormais une renommée mondiale, avant de s’installer, en janvier 1949, à Lake Success, ville située sur l’île de Long Island, dans l’État de New York.

 

Défendre la dignité, la justice et la démocratie

Les trente articles de la Déclaration abordent les droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux. Les droits au travail, à l’éducation, à la culture et à la santé, dont tous doivent bénéficier, y sont précisés. Universelle, la Déclaration s’adresse à l’ensemble de la communauté humaine, au-delà des religions, origines, milieux ou cultures : l’O.N.U. s’est ainsi engagée à défendre la dignité et la justice sur l’ensemble de la planète, en affirmant l’interdépendance et l’indivisibilité, l’égalité et la non-discrimination. De même, en déclarant que « la volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics », la Déclaration énonce les droits essentiels à une véritable participation politique, indissociable de la valeur universelle qu’elle donne à la démocratie, système qui garantit au mieux la paix, le progrès et le développement. Les individus ont des devoirs de solidarité et les États des obligations pour faire respecter, protéger et satisfaire les droits de l’homme. Tous les systèmes juridiques nationaux doivent y pourvoir.

La Déclaration fait partie de la Charte internationale des droits de l’homme, qui inclut le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adoptés en 1966 seulement par l’Assemblée générale des Nations unies. Car le bloc communiste s’opposant jusqu’alors à tout consensus, il fallut une vingtaine d’années aux États membres pour débattre sur diverses dispositions de la Déclaration universelle, comme le droit à l’autodétermination et la défense des minorités. Dix années supplémentaires ont été de surcroît nécessaires pour que les décisions entrent réellement en vigueur, et c’est alors que la Déclaration universelle a trouvé force obligatoire pour les États qui l’avaient ratifiée.

Aujourd’hui, tous les États membres de l’Organisation des Nations unies ont adopté au moins un des neuf traités internationaux relatifs aux droits de l’homme, et la très grande majorité d’entre eux en a ratifié quatre ou plus. La Déclaration de 1948 a entraîné dans son sillage d’autres grands textes, comme la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), signée par les États membres du Conseil de l’Europe en 1950 et entrée en vigueur trois ans plus tard. Notons que la France, qui héberge la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, n’a ratifié la Convention qu’en 1974, et n’a permis à ses résidents de la saisir qu’en 1981. De même, la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) est un traité international adopté en 1989 par l’Assemblée générale des Nations unies dans le but de reconnaître et protéger les droits spécifiques des enfants. Le concept d’intérêt supérieur de l’enfant le consacre dès lors comme « sujet de droit », et non plus comme « objet de droit ». Parmi les cent quatre-vingt-treize États reconnus par l’O.N.U., seuls les États-Unis ne font pas partie de ce traité, car il interdisait toute condamnation à mort pour un crime commis par un mineur (loi abrogée en 2005 aux États-Unis).

La défense des droits de l’homme, et par extension des droits de tous les êtres vivants sur cette planète, apparaît comme un combat permanent qui traverse l’Histoire et qui restera, semble-t-il, sans fin.

Pour vous procurer la revue L’Esplanade,

rendez-vous sur le site : Chaillot Théâtre National de la Danse

 

Source ACHAC  newsletter#1 – 5 décembre 2018

250 MILLIONS de DOLLARS pour l’UNIVERSITE de BARBADE (W.I)

Esclavage : un don de 250 millions de dollars à l’Université des West Indies de Barbade ?

Jeudi 29 novembre 2018
Esclavage : un don de 250 millions de dollars à l'Université des West Indies de Barbade ?
L’Université de Glasgow a reconnu que les propriétaires d’esclaves jamaïcains avaient adopté l’Université de Glasgow comme université de choix révélant un afflux de 250 millions de dollars extraits de la Jamaïque et des Caraïbes.
L’Université des Indes occidentales (UWI) et l’Université de Glasgow, en Écosse, doivent parvenir à un accord prévoyant que l’institution des Caraïbes bénéficiera de réparations d’un montant de 256 millions de dollars liées à l’esclavage.
Versera ou ne versera pas ? Annoncé en grandes pompes il y a quelques (jours ?) comme confirmé, l’accord prévoyant le versement, par l’Université de Glasgow, en Ecosse, de 256 millions de dollars à l’Université des West Indies, n’est pas encore finalisé et validé. Cette annonce a été faite mardi par Sir Hilary Beckles, le vice-chancelier de UWI. « Le mémorandum est actuellement en cours de rédaction » , a annoncé Hilary Beckles, dans lequel devrait y figurer le terme « justice réparatrice » . Selon le vice-chancelier de UWI : « L’Université de Glasgow a reconnu que les propriétaires d’esclaves jamaïcains avaient adopté l’Université de Glasgow comme université de choix et qu’une valeur de 250 millions de dollars avait été extraite de la Jamaïque et des Caraïbes. »

Hilary Beckles a également déclaré que le vice-chancelier de l’université de Glasgow, le professeur Sir Anton Muscatelli, avait ouvert les livres de l’université, révélant ainsi un « afflux massif de subventions » et dotations de la Jamaïque.
Le vice-chancelier de UWI a précisé pour sa part que les 250 millions de dollars seraient une combinaison d’argent et d’aides en nature. « Nous ne sommes pas debouts au coin de la rue à mendier. Nous recherchons des partenariats et un développement. » L’un des projets dans lesquels l’Université de Glasgow aurait manifesté son intérêt porte sur la recherche sur les maladies chroniques dans les Caraïbes, notamment l’hypertension, le diabète et l’obésité chez les enfants.
« Les 250 millions de dollars seraient une combinaison d’argent et d’aide en nature » , a précisé Hilary Beckels président de la Commission des réparations de la Caricom (K.C)
250 MILLIONS DE DOLLARS DE LA TRAITE DES ESCLAVES
« Ils envisagent la possibilité de s’associer à nous et de créer un institut de grande envergure pour la recherche sur les maladies chroniques, destiné à prévenir leur prolifération future » , a déclaré l’historien, qui préside également la Commission des réparations de la Caricom (Communauté des Caraïbes). Un rapport intitulé l’Esclavage, l’Abolition et l’Université de Glasgow, récemment publié par l’université, révèle qu’elle a bénéficié directement de la traite des esclaves en Afrique et dans les Caraïbes aux XVIIIe et XIXe siècles, à hauteur de près de 250 millions de dollars.
L’université a annoncé qu’elle avait lancé un « programme de justice réparatrice » vaste et ambitieux, fondé sur les résultats de plus de deux années de recherche.
En outre, l’Université de Glasgow a également annoncé son intention de mettre en oeuvre des programmes et des projets prévoyant des bourses d’échange et des programmes d’échange pour les étudiants jamaïcains et autres étudiants des Caraïbes grâce à ses liens avec UWI. Objectif : accroître la diversité raciale des étudiants et du personnel et réduire l’écart de diplomation, tout en créant un centre interdisciplinaire pour l’étude de l’esclavage historique et de son héritage, y compris l’esclavage moderne et le trafic, d’être humains.
Source  France Antilles Jeudi  29 novembre  2018.

APRES LE GWO KA(Guadeloupe) LE RAGGAE (Jamaïque)

vient  d’être  inscrit  au  Patrimoine culturel  immatériel  de l’Humanité

. Le genre musical qui a émergé en Jamaïque à la fin des années 1960 et dont  Bob MARLEY  a été   le  prince international(200 millions  de  disques  vendus  dit-on) ,  faisait  référence  au  mouvement  rasta(fari)   d’origine  éthiopienne .  L’organisation internationale de  l’ U.N.E.S.C.O souhaite ainsi souligner le rôle de cette musique dans de nombreux combats contre l’injustice et en faveur de l’humanité.

LA RUE CASE NEGRES en BD

Photo de Présence Africaine Editions.
25 Rue des   Ecoles 75005 PARIS
Samedi 8 décembre 2018 de 16:00 à 19H

POUR UN CENTENAIRE …

La Martinique durant la 1ère Guerre mondiale, une histoire méconnue

Le séminaire coordonné par l’Atelier Canopé vendredi 9 novembre 1918 a constitué une excellente occasion de se pencher sur un moment méconnu de notre histoire. Le 100e anniversaire de l’armistice mettant fin au premier conflit mondial est ainsi intelligemment célébré.

9000 martiniquais sont partis au front © La 1ère

© LA 1ÈRE 9000 martiniquais sont partis au front

  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le 11/11/2018 à 08:00

La période de la Première Guerre mondiale est un moment-clé dans le processus de l’assimilation. L’histoire d’amour de la Martinique avec la mère-patrie, comme est appelée la France à cette époque, prend véritablement corps en ce début de 20e siècle. La population des quatre vieilles colonies doit montrer son attachement à la métropole coloniale.

L’occasion lui en est donnée avec la mise en oeuvre de la loi sur la conscription, en 1913. Ce texte est la traduction juridique d’une volonté politique, le paiement de  « l’impôt du sang » comme preuve de notre condition de citoyen français de plein exercice. Après une bonne dizaine d’années d’atermoiements, les jeunes hommes des colonies sont autorisés à être incorporés sous les drapeaux. La haute hiérarchie militaire ne voit pas d’un bon œil l’arrivée des soldats créoles. Ils sont jugés physiquement faibles et inaptes à la condition militaire.

Payer l’impôt du sang

Le revirement de l’état-major vient de l’intensification de la guerre. Les dirigeants politiques français sont pris à revers. Contrairement à leurs prévisions, le conflit ne dure pas quelques mois. Il convient de poursuivre le recensement et le recrutement de soldats sur tout le territoire, l’Empire colonial y compris.

Les sergents recruteurs parcourent donc les campagnes de Martinique et des colonies. Le nombre de soldats enrôlés augmente fortement lors des campagnes de recrutement de 1915. Les appelés sont désireux de combattre en Europe. Le contexte s’y prête. Le Conseil général et la plupart des maires sont favorables à l’assimilation.

Nos soldats jugés inaptes au combat

L’assimilation est une doctrine dont la revendication naît durant les dernières années de la période esclavagiste. Deux générations plus tard, à l’occasion de la Première Guerre Mondiale, l’égalité des droits suppose le droit d’avoir l’honneur de se battre pour la France. Les antimilitaristes, essentiellement des socialistes, sont cloués au pilori. Au total, 9 000 soldats martiniquais partent en Europe. 2 000 sont tués sur le front.

Dans le même temps, la Martinique connaît une situation économique contrastée. Les produits de consommation courante sont rares, l’approvisionnement étant désormais compliqué. La population s’appauvrit. En parallèle, la production de sucre et de rhum explose littéralement pour alimenter les soldats sur le front. Ce qui provoque la modernisation de l’industrie sucrière, l’enrichissement des planteurs et des usiniers ainsi que l’émergence du prolétariat industriel.

Période de mutation, la Première Guerre mondiale en Martinique reste un moment méconnu. Il serait temps de s’y pencher, en contournant deux carences créées par la France dans ses colonies, l’oubli et l’ignorance.

          Source  Martinique  Première

Le retour de la « race » dans (et par) le football

Dans une tribune parue sur Mediapart, l’ancien international, Lilian Thuram et les historiens, Pascal Blanchard et Yvan Gastaut reviennent sur l’affaire du fichage ethnique organisé par le PSG depuis 2013. Ils insistent sur la leçon à en tirer : « Nous devons intégrer une chose simple, la couleur et les origines d’une personne ne déterminent en rien les qualités et les défauts de cette personne. Mais il reste du travail à faire pour faire partager ce principe, dans le football et dans la société. » Leur prise de position fait écho à l’exposition Des Noirs dans les Bleus, conçue par le Groupe de recherche Achac ainsi qu’à la récente interview de Lilian Thuram pour L’Équipe.

 

N’en doutons plus : l’affaire du fichage ethnique organisé par des recruteurs du Paris Saint-Germain révélée par le dossier du Football Leaks de Mediapart confirme que la « race » n’a pas disparu. Et que le monde du football, sport pourtant si brassé, si mélangé, si métissé est une nouvelle fois une incroyable caisse de résonances des contradictions liées aux questions d’ethnicité dans notre pays.

 

Alors qu’en juillet dernier, nous nous sommes félicités du silence en France sur les références en matière d’origine des joueurs vainqueurs de la Coupe du monde en Russie, la dimension raciale revient de façon honteuse cet automne. Et pas sur n’importe quel sujet : sélectionner des enfants selon leur origine pour « avantager les enfants blancs » au sein du plus prestigieux des clubs français.

 

Cela ne nous surprend pas : l’affaire dite des « quotas » avait déjà ébranlé le monde du football sur le thème de la « race » — une affaire déjà lancée par Mediapart en 2011. Lors d’une réunion (captée à l’insu de ses participants) à la Fédération Française de Football, en novembre 2010, le Directeur Technique National François Blaquart se déclarait « tout à fait favorable » à favoriser les Français « sans origine », notamment en raison du risque que les enfants d’origine africaine ne choisissent de jouer ensuite pour l’équipe nationale du pays d’origine de leur famille.

 

Le principe des quotas est donc dans l’air du temps depuis de nombreuses années. Il est révélateur d’une problématique bien plus profonde et la « prédominance blanche ». Les affaires se suivent et se ressemblent, toujours dans le même sens, toujours reflet d’un certain regard sur la France actuelle et sur une grille de lecture racialiste. À chaque fois, il n’y a jamais de responsable dès qu’il s’agit d’une affaire de racisme dans le sport. On passe son chemin, comme pour ces jeunes joueurs « noirs » le 6 mai dernier, lors d’un match amateur entre Mackenheim et Benfeld, qui ont subi insultes et violences racistes.

 

Une longue histoire…

 

Depuis les déclarations du président du Front national, parti d’extrême droite, en 1996 lors de l’Euro en Angleterre fustigeant la présence de trop de joueurs d’origine immigrée qui ne représentent pas véritablement la France, il n’est pas rare d’entendre dans les conversations de comptoir comme dans les milieux du football professionnel les sempiternels sarcasmes sur le fait que les « Blacks » sont si nombreux dans le Onze tricolore que bientôt les « Blancs » en seraient exclus ; ou que les « musulmans » (ce qui à chaque fois veut dire les Arabes) ne doivent pas être trop nombreux sous peine d’une désagrégation de l’équipe… À chaque fois, la même petite musique que nous avions déjà signalée tous les trois dans plusieurs ouvrages, conférences, tribunes ou dans le film documentaire « Les Bleus, une autre histoire de France » (Netflix).

Quel paradoxe ! La même France qui s’est exaltée pour le « Black Blanc Beur » de 1998 est hantée par le spectre d’une France qui ne serait plus blanche ou par le débordement musulman…

Cette nouvelle affaire liée au recrutement du PSG ne vient donc qu’attester des pratiques qui, bien que cachées car condamnables, ont bien cours dans le monde du football qu’il soit professionnel ou amateur. Ces pratiques ont un nom : le clivage racial, avec un arrière fond nauséabond d’apartheid. Mais aussi la peur d’être envahi, d’une « colonisation » inversée osent même dire certains.

Laissons-là les auteurs de ces pratiques — c’est désormais une affaire de justice (la Licra a annoncé qu’elle allait saisir la justice [depuis la Licra et la LDH ont déposé plainte auprès du procureur]), une procédure en interne du club, et une décision attendue du politique que devra prendre la ministre des Sports — et interrogeons-nous plutôt sur le profond système de représentation qui les pousse à réaliser tout un système élaboré de fiches dans lesquelles sont mentionnées des catégories ethniques fondées sur des profils de joueurs comme « Français »« Maghrébin »« Africain » ou « Antillais » (on découvre même, à la lecture des derniers articles, que pour les recruteurs du PSG en Île-de-France avaient les mêmes pratiques ajoutant « MS » pour métis et « AS » pour Asiatiques).

Ce tri ethno-racial — qui existe d’ailleurs ouvertement en Grande-Bretagne — en dit long sur un état général des mentalités qui envisage la société comme un ensemble de groupes aux caractéristiques physiologiques et culturelles propres. On est sidéré de découvrir que les dirigeants du PSG n’auraient rien vu, rien entendu. Qu’un seul homme aurait organisé ce système. C’est inacceptable.

 

La FFF s’étonne de ces dérapages et son président dans Le Parisien justement dénonce le « fichage ethnique », mais existe-t-il un travail de fond sur ces problématiques au sein de la Fédération ? Colloques et déclarations se succèdent, mais des actions de fond sont-elles engagées ? Ne faut-il pas réfléchir et promouvoir une dynamique forte sur l’histoire de cette diversité en équipe nationale ou valoriser ce récit dans le siècle ? Car la France, grâce à son équipe nationale, possède une des plus belles histoires de la diversité au monde. Les beaux discours, les belles annonces en début de match, les slogans antiracistes ne suffisent pas à changer les mentalités, il faut davantage travailler en profondeur.

Lutter contre le racisme, c’est d’abord ouvrir les yeux sur ses propres pratiques, changer les mentalités de tous et surtout construire de nouveaux paradigmes. C’est nécessaire partout, dans tous les domaines de nos sociétés et plus encore dans le sport et le football dans lequel toute une génération espère trouver une réussite sociale et une reconnaissance au regard de leur effort. Sinon ces jeunes, quelles que soient leurs origines, leurs parcours ou ceux de leurs parents, ne croiront plus dans les valeurs de la République.

À ce niveau, seuls les actes comptent, seules les actions pérennes et structurantes sont efficaces. Nous serions tellement satisfaits si le PSG (et d’autres clubs en France), la FFF et la Ligue prenaient des engagements concrets et mettaient en place des programmes sérieux et en profondeur et pas donc seulement à Paris — car c’est un « cas pas forcément isolé » écrit Le Parisien le 9 novembre —, et il est plus que temps de mettre ces actions en place, 20 ans après la victoire de 1998.

C’était peut-être « commode » pour organiser un recrutement efficace pour ceux qui croient que la valeur d’un homme est le fruit direct de ses origines, mais dans cet esprit et dans cette formulation ce système porte un nom : le racisme. Et le football, alimentant les plus beaux récits de notre histoire nationale ces dernières années est aussi, malheureusement, le porteur d’une face sombre, celui du retour de la « race ». Et pour combattre le racisme, il n’y a pas de recette miracle : éduquer, enseigner l’histoire pour rappeler l’incroyable saga des joueurs issus de l’immigration en Bleu. Il faut aussi des programmes explicites et « grand public » pour construire un autre regard et d’autres pratiques. Et sanctionner ceux qui ont développé, validé et encouragé de telles pratiques.

 

Le football est toujours en première ligne des mutations de la société, c’est en son sein que les joueurs des colonies ont pu, dès 1931, être reconnus comme Français dans une société encore coloniale ; c’est en son sein que toute les vagues d’immigrations ont pu devenir visibles (Ben Barek, Kopa, Platini, Zidane, Mbappé…) ; c’est dans le football que les jeunes identifient les potentiels d’une société qui valorise les performances individuelles sans tenir compte de la couleur de la peau, de la religion ou des origines sociales.

Nous devons intégrer une chose simple, la couleur et les origines d’une personne ne déterminent en rien les qualités et les défauts de cette personne. Mais il reste du travail à faire pour faire partager ce principe, dans le football et dans la société.

 

Source ACHAC  « Newsletter #2 – 14 novembre 2018 »

MISSION FONDATION

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JOURNEE MONDIALE DE LA PHILOSOPHIE à L’UNESCO

Journée mondiale de la philosophie – 17e Rencontres internationales sur les nouvelles pratiques philosophiques

Quand, heure locale:
Mercredi, 14 Novembre 2018 – 9:00amJeudi, 15 Novembre 2018 – 6:00pm
Où:
France, Paris
Type d’événement:
Réunion d’Etat membre ou d’Institutions
Contact:
John Crowley, j.crowley@unesco.org

A l’occasion de la Journée mondiale de la philosophie, l’UNESCO organise les 17e Rencontres internationales sur les nouvelles pratiques philosophiques (NPP) du 14 au 15 novembre 2018, en coopération avec la Chaire UNESCO sur les Pratiques philosophiques avec les enfants à l’Université de Nantes (France).

La conférence constitue un lieu de rendez-vous et d’échange pour tous ceux qui s’intéressent à la pratique de la philosophie sous toutes ses formes y compris les moins traditionnelles. Une série de sessions parallèles seront organisées abordant les divers contextes institutionnels dans lesquels une présence accrue de la philosophie devrait être promue.

Elles sont l’occasion d’une réflexion sur l’accessibilité de la philosophie au plus grand nombre, en dehors de ses espaces et modes d’expression traditionnels : à l’école primaire, à l’école secondaire, à l’hôpital, en prison, dans les cafés, les universités populaires, les médiathèques, au théâtre, au cinéma, au sein d’entreprises ou d’organisations, etc. Chercheurs, enseignants, praticiens et simples curieux sont tous les bienvenus à participer et partager leurs expériences.

Le programme est comme suit:

Mercredi 14 octobre

9h00-12h00 et 13h30-15h45 | Séminaires
PHILOART (salle XV), PHILOFORMATION (salle 4021), PHILOCITE (salle XVI), PhiloArt (salle XV)

9h00-10h45 | Table ronde
PhiloEcole: présentation du projet PhiloJeunes et table ronde sur « Le lien entre PhiloJeunes et les missions scolaires » animé par Michel Tozzi (Salle Ségur)

16h00 – 17h00 | (plénière) « Philosopher avec Walt Disney et Harry Potter » de Marianne Chaillan et Edwige Chirouter

Jeudi 15 octobre

10H – 15H45 | Séminaires
PhiloArt (salle VI), PhiloPratique (salle VII), PhiloCité (salle VIII), PhiloEcole (salle XI), Manifestations pratiques (Salle des Pas Perdus)

16H – 17 (plénière) Philosopher et méditer avec des enfants Lecture de Frédéric Lenoir Clôture de la 17ème Rencontre (Salle XI)

Vendredi 16 novembre

8h30 – 13h30 | Présentation de la création d’une oeuvre d’art (triptyque) par de jeunes artistes, PhiloJeunes

14h30 – 15h30 | Première représentation de la pièce « Qui a tué Freebird? » de Parminou (pièce sur l’extrémisme violent imaginé par des enfants) dans la salle II
19h00 – 20h00 | Deuxième représentation de la pièce (Salle Miró)

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