FONDATION pour la MEMOIRE de L’ ESCLAVAGE (acte 2)

 

QUESTIONS-REPONSES   avec  J.M AYRAULT

Jean-Marc Ayrault est Président de la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions dont le but est de créer une Fondation nationale sur le sujet. Annoncée par Emmanuel Macron à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en avril 2018, cette Fondation entend « rassembler toutes les mémoires de la France » et « transmettre l’histoire de la France mondiale ». Après une première tribune publiée le 23 novembre 2018 dans Le Monde, il accorde un entretien exclusif au Groupe de recherche Achac dans le prolongement des Ateliers de la fondation, journées de réflexion participative autour des missions de la Fondation, organisés les 24 et 25 novembre 2018.

 

Quelles sont les missions de la Fondation ?

Notre ambition peut se résumer en une phrase : faire enfin pleinement entrer l’esclavage et ses héritages dans la mémoire nationale de la France. La loi Taubira a rappelé cette nécessité. Mais il lui manquait l’institution nationale autonome et dotée de vrais moyens qu’elle appelait pour réaliser cette ambition.

La Fondation sera cet outil, pour travailler sur ces questions avec tous les partenaires à mobiliser : les chercheurs, les établissements scolaires – la question des programmes scolaires est essentielle –, les institutions culturelles et patrimoniales, les artistes, les associations, les élus, les entreprises…

 

Sur quels périmètre et thématiques historiques et mémoriels souhaitez-vous travailler ?

L’action de la Fondation se déclinera en trois objectifs, qui devraient être repris dans son objet statutaire :

– développer la connaissance et la transmission de l’histoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions comme partie intégrante de l’histoire de la France et du monde, en replaçant ce phénomène dans l’histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques et l’océan Indien ;

– rassembler les mémoires en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de cette histoire, dans toute leur richesse et leur variété ;

– promouvoir les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité et l’engagement de la France contre le racisme, les discriminations et les formes contemporaines d’esclavage.

 

En quoi la fondation va-t-elle se distinguer des actions ou des projets du Mémorial ACTe, du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes ou du Comité national pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage ? Avez-vous pour objectif de coordonner l’action de ces différentes institutions ?

Le Mémorial ACTe et le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes sont des lieux ouverts au public, ce que ne sera pas la Fondation, qui n’aura que des bureaux à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris. La Fondation sera une institution de mutualisation, de mise en réseau et d’accompagnement, et elle sera donc en rapport avec tous ces acteurs.

Le Mémorial ACTe en Guadeloupe sera évidemment un partenaire capital, en tant que centre national dédié à cette question, et institution majeure sur les Caraïbes et au-delà. Et la Fondation travaillera avec le Mémorial de l’abolition de Nantes, comme avec les autres sites et lieux de mémoire, les musées de Nantes et Bordeaux, la Maison de l’Armateur du Havre, le musée du Nouveau Monde de La Rochelle, La Route des Abolitions… je ne saurais tous les citer.

Quant au CNMHE, qui existe depuis 2004, lors des Ateliers de la Fondation, j’ai rendu hommage au travail essentiel qu’il a mené pendant près de 15 ans, sous la conduite de ses présidentes passées, Maryse Condé, Françoise Vergès et Myriam Cottias, et de son président actuel, Frédéric Régent. Dès qu’elle sera créée, la Fondation succèdera officiellement au Comité.

 

Quels liens voyez-vous ou faites-vous entre l’histoire de l’esclavage (jusqu’aux abolitions définitives en 1848) et l’histoire de la colonisation, qui se superpose à cette première période et va se poursuive jusqu’aux années 60 et même au-delà pour certains pays ou territoires ?

L’esclavage est un phénomène global qui a transformé radicalement le monde. La France d’aujourd’hui est l’héritière de cette transformation, qui a débuté avec les premiers contacts entre les Européens et les peuples d’Afrique et d’Amérique, puis qui s’est prolongé dans la traite et l’esclavage coloniaux, puis dans la seconde colonisation, laquelle n’a d’ailleurs pas fait disparaître le travail forcé, pas plus dans les « vieilles colonies » françaises, avec l’engagisme, que dans le reste de l’Empire.

Mais surtout, l’héritage de l’esclavage et des combats pour l’abolir ont perduré jusqu’à aujourd’hui : on en retrouve l’empreinte dans notre culture, dans nos valeurs, tout simplement dans la diversité française. C’est pourquoi les chercheurs aujourd’hui parlent de l’esclavage et du post-esclavage, et c’est une approche qui nous intéresse beaucoup.

 

Selon  vous, à quoi devrait ressembler un musée de la colonisation en France ? Est-il nécessaire d’imaginer un tel projet ?

Le travail de la Fondation sera important sur ce sujet, même si elle ne sera pas un musée ; et l’exemple de la Mission du Centenaire montre comment on peut renouveler la vision d’un événement historique sans être un musée, notamment en travaillant avec les institutions existantes. La Fondation le fera, avec des acteurs aussi divers que le musée d’Orsay ou le Mémorial ACTe.

Quant à doter la France d’un musée de la colonisation en général, qui raconterait cette part de notre histoire, sur cinq siècles et sur tous les continents, beaucoup le demandent et j’ai entendu aussi cette demande lors des Ateliers de la Fondation qui ont eu lieu le 24 et 25 novembre. Pour un sujet aussi majeur, ce sera au Président de la République d’en décider. La création prochaine de la Fondation pourra aider à cette réflexion.

 

Quel bilan tirez-vous des Ateliers de la Fondation que vous mentionnez ? En quoi est-ce une étape majeure ?

En organisant cette rencontre avec la société civile, que nous avions voulu ouverte et participative, nous ignorions si notre appel serait entendu. C’est pourquoi notre première satisfaction a été de voir que près de 200 personnes y ont répondu malgré la rapidité des délais d’organisation et qu’elles sont restées pendant deux jours pour débattre de ce que devrait être la Fondation.

Notre deuxième satisfaction a été la qualité des échanges, le respect entre les participants et le sentiment commun qui s’est dégagé d’une urgence à doter la France d’une institution nationale qui fasse la place à ces sujets. Il faut enrichir notre récit national, et le faire partager à tous nos concitoyens, pour conjurer les incompréhensions, les concurrences mémorielles, le racisme : c’est le message que tous ces militants, chercheurs, artistes nous ont adressé. Ces Ateliers sont aussi une leçon pour nous : nous devrons régulièrement créer des moments forts pour que la Fondation cultive ce lien qui a été créé ce week-end.

Cette réussite doit en appeler d’autres : d’abord achever les travaux de préfiguration de la Fondation. Les propositions des participants nous disent les priorités et les attentes. Nous les partagerons avec le gouvernement et les entreprises avec lesquelles nous sommes en contact, pour que la Fondation puisse être créée en 2019 comme prévu. Puis nous aurons à mettre en œuvre tous les projets et la tâche est grande.

 

Source ACHAC Newsletter #4 – 28 novembre 2018

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MISSION FONDATION

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JOURNEE MONDIALE DE LA PHILOSOPHIE à L’UNESCO

Journée mondiale de la philosophie – 17e Rencontres internationales sur les nouvelles pratiques philosophiques

Quand, heure locale:
Mercredi, 14 Novembre 2018 – 9:00amJeudi, 15 Novembre 2018 – 6:00pm
Où:
France, Paris
Type d’événement:
Réunion d’Etat membre ou d’Institutions
Contact:
John Crowley, j.crowley@unesco.org

A l’occasion de la Journée mondiale de la philosophie, l’UNESCO organise les 17e Rencontres internationales sur les nouvelles pratiques philosophiques (NPP) du 14 au 15 novembre 2018, en coopération avec la Chaire UNESCO sur les Pratiques philosophiques avec les enfants à l’Université de Nantes (France).

La conférence constitue un lieu de rendez-vous et d’échange pour tous ceux qui s’intéressent à la pratique de la philosophie sous toutes ses formes y compris les moins traditionnelles. Une série de sessions parallèles seront organisées abordant les divers contextes institutionnels dans lesquels une présence accrue de la philosophie devrait être promue.

Elles sont l’occasion d’une réflexion sur l’accessibilité de la philosophie au plus grand nombre, en dehors de ses espaces et modes d’expression traditionnels : à l’école primaire, à l’école secondaire, à l’hôpital, en prison, dans les cafés, les universités populaires, les médiathèques, au théâtre, au cinéma, au sein d’entreprises ou d’organisations, etc. Chercheurs, enseignants, praticiens et simples curieux sont tous les bienvenus à participer et partager leurs expériences.

Le programme est comme suit:

Mercredi 14 octobre

9h00-12h00 et 13h30-15h45 | Séminaires
PHILOART (salle XV), PHILOFORMATION (salle 4021), PHILOCITE (salle XVI), PhiloArt (salle XV)

9h00-10h45 | Table ronde
PhiloEcole: présentation du projet PhiloJeunes et table ronde sur « Le lien entre PhiloJeunes et les missions scolaires » animé par Michel Tozzi (Salle Ségur)

16h00 – 17h00 | (plénière) « Philosopher avec Walt Disney et Harry Potter » de Marianne Chaillan et Edwige Chirouter

Jeudi 15 octobre

10H – 15H45 | Séminaires
PhiloArt (salle VI), PhiloPratique (salle VII), PhiloCité (salle VIII), PhiloEcole (salle XI), Manifestations pratiques (Salle des Pas Perdus)

16H – 17 (plénière) Philosopher et méditer avec des enfants Lecture de Frédéric Lenoir Clôture de la 17ème Rencontre (Salle XI)

Vendredi 16 novembre

8h30 – 13h30 | Présentation de la création d’une oeuvre d’art (triptyque) par de jeunes artistes, PhiloJeunes

14h30 – 15h30 | Première représentation de la pièce « Qui a tué Freebird? » de Parminou (pièce sur l’extrémisme violent imaginé par des enfants) dans la salle II
19h00 – 20h00 | Deuxième représentation de la pièce (Salle Miró)

Arts & Lettres contre l’esclavage

 Questions à Marcel Dorigny

À l’occasion de la sortie de l’ouvrage Arts & Lettres contre l’esclavage (Éditions Cercle d’Art, 2018) de Marcel Dorigny, historien, professeur émérite à l’Université Paris VIII et spécialiste des processus d’abolition de l’esclavage dans les colonies d’Amérique, l’auteur revient, dans un entretien avec le Groupe de recherche Achac, sur ce projet exceptionnel à la mémoire des artistes qui ont mis leur créativité au service de l’abolition de la traite et de l’esclavage dans le cadre d’un « beau-livre » événement.

 

 

 

 

Débat : L’obscénité de l’homme blanc en question

Dans une tribune publiée dans The Conversation le 28 octobre 2018, Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, professeure émérite à l’Université Paris Diderot et spécialiste de l’histoire contemporaine du continent africain, explique l’enjeu autour de la publication des images liées à la domination coloniale dans l’ouvrage Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours (La Découverte, 2018). Elle insiste sur la nécessité de ne pas céder à la crainte des tabous, en même temps que d’écouter la voix des femmes noires sur ce sujet, et sur l’importance d’un tel livre aujourd’hui.

 

 

La réception du gros ouvrage (4 kilos), Sexe, race & colonies, qui vient de sortir aux éditions La Découverte provoque des réactions contrastées voire virulentes. En qualité d’historienne engagée – qualificatif qui n’est pas synonyme de militante –, je pense que l’un des principaux devoirs de l’historien est de privilégier le savoir, et tout le savoir. D’où la nécessité d’aborder quelque question que ce soit de façon sinon frontale du moins dégagée autant que possible de tout affect. Cela implique de lutter contre les non-dits, les réticences d’ordre extra-scientifique, les préjugés de toute sorte, bref d’une façon générale les tabous de l’histoire ou réputés tels.

Tabou n’implique pas ignorance

Le sexe aux colonies a fait partie de ces « tabous ». Tabou n’implique pas ignorance. On a étudié les signares, les ménagères, les concubines, les esclaves. Néanmoins c’est l’historienne américaine Ann Stoler qui a, la première, mis en lumière une évidence : le regard égrillard de l’homme blanc, la sexualité, voire la pornographie n’ont pas été un corollaire marginal de la colonisation : c’en est un élément constituant.

L’ouvrage s’en veut la démonstration visuelle. On l’a écrit, on l’a peu montré, et jamais de façon systématique. D’aucuns, choqués par la crudité des images, ont réagi. Quelques journalistes pourtant sérieux s’en sont offusqués avant d’avoir vu le livre, d’autres l’ont fait sans l’avoir lu. Ce n’est pas admissible. Certes, il faut tenir compte des réactions, mais peut-être seulement si elles émanent de femmes noires – les sujets apparemment objectivés de l’ouvrage. Je suis réservée sur les réactions gênées, voire scandalisées de critiques blancs.

Car c’est au public blanc que s’adresse le livre, qui exige de ne pas s’en tenir au premier degré. Le propos n’est pas de se régaler de la vue du corps de femmes noires, il est de démontrer le caractère massif, pendant des siècles, de l’utilisation de ces corps par le regard et les actes des hommes (voire des femmes) blancs.

Ce processus a commencé dès les premiers contacts, au tout début de l’esclavage de couleur, de la traite des unes par les autres. Le documentaire ARTE surLes routes de l’esclavage récemment diffusé (1er mai 2018) et auquel j’ai participé, a entrepris de le visualiser sans complexe.

Les images apparaissent avec la traite arabo-berbère, elles se démultiplient avec la traite atlantique. Quoi de plus convaincant que de le montrer ? Comme l’explique l’historien Jean‑Claude Schmitt, « l’image a été un élément clef de l’expansion européenne ».

C’est le sujet de cet ouvrage. Les auteurs ont visualisé 70 000 images pendant quatre ans. Ils en ont sélectionné 1 200. Certaines étaient connues, ne serait-ce que par les cartes postales qui circulaient dès les années 1900 et connues de publications antérieures. La plupart sont inédites, oubliées, ou dissimulées. La masse confirme la thèse du livre : l’usage sexuel et la manipulation coloniale des femmes ont été aussi abondants que permanents. Le fait même que certaines aient été « fabriquées » est une preuve de la sexualisation coloniale.

 

Savoir visuel

La virulence des critiques répond à la violence sexuelle coloniale. On a opposé ce corpus à Shoah, ce monument de Claude Lanzmann (1985), qui évoque tout en ne montrant rien. La comparaison est doublement inacceptable. Shoah repose sur un savoir visuel préalable qui permet à l’imaginaire de se représenter l’inacceptable. Qui plus est, ce « savoir visuel » a été fabriqué, car il n’existe guère d’images des camps d’extermination en action, les cendres étant englouties dans les fours crématoires.

Les amas de cadavres squelettiques photographiés par les Britanniques et les Américains ne sont pas les restes des Juifs et des Tziganes gazés à Auschwitz, mais les victimes du typhus dans les camps de déportation (et non d’extermination) abandonnés par les nazis, notamment Bergen Belsen. Néanmoins, sans ce travail visuel préalable, Shoah serait incompréhensible pour le public non concerné ou non spécialiste.

Le savoir visuel réalisé ici est authentique. Il affirme que tous les colonisateurs – administrateurs, commerçants, voyageurs, explorateurs, voire missionnaires – pouvaient (même s’ils ne l’ont pas tous fait) se livrer sur les femmes africaines à ce qui leur était interdit en métropole. Après avoir vu, on ne peut plus faire comme si on ne savait pas. Ces images sont dérangeantes par ce qu’elles font voir qu’il devient impossible de ne pas voir. Je me méfie des réactions effarouchées de lecteurs qui préfèrent se voiler la face plutôt que d’affronter une réalité déstabilisante.

J’aurai une réserve ; celle d’une historienne blanche. Car la réaction affective, viscérale, de femmes noires est réelle. L’« insensibilité affective » devient difficile sinon impossible. La chercheuse sait que c’est vrai. La femme a du mal à faire la distinction entre la maltraitance des colonisées et sa propre personne. Elle voit son image : que faire ?

 

Entendre l’avis des Africaines d’Afrique

Expliquer. Inlassablement expliquer ne serait-ce que le fait de se voir, « noire », sur l’image, est le fruit du racisme de couleur instauré depuis des siècles à la faveur de l’esclavage atlantique. Des siècles de dépréciation lui ont fait intégrer la réalité du racisme de couleur. C’est, il me semble, une réaction plus française qu’africaine. Ici, les femmes noires font globalement partie d’une minorité menacée, donc fragile.

En Afrique, des collègues africains consultés ne sont pas aussi choqués que leurs partenaires français. Alain Mabanckou l’a aussi exprimé à Blois lors d’unetable ronde. Ce que montre le livre est vrai, et ils l’ont toujours su. Alors ? Alors, avant de parler à leur place ou en leur nom, il faut d’abord entendre l’avis et les réactions des Africaines d’Afrique.

C’est ici que l’intelligence des textes qui accompagnent les images apparaît fondamentale. Comme le souligne Jean‑François Dortier dans un autre dossier édité à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire de Blois, « Le pouvoir des images n’existe pas sans un texte et un contexte qui l’accompagnent ».

Le nombre de critiques qui n’ont pas lu ou si peu les textes paraît considérable. Les vingt textes de fond ont été pensés, discutés, et écrits par les cinq éditeurs du volume. Ils traitent de ces questions fondamentales en faisant le partage entre le savoir historique et l’usage que l’on peut en faire. Qui a pris le temps de les lire avec attention ?

 

Paradis sexuel

Les auteurs ont procédé au travail chronologique de l’historien, distinguant les phases de la représentation : la première, à partir des XVe et XVIe siècles, révèle, de la part des graveurs et peintres concernés, un mélange détonnant de fascination – pour ces corps étrangers au monde occidental de l’époque – et de domination (présente quelle que soit la période) ; fascination non dépourvue d’obscénité surtout à partir des XVIIe et XVIIIe siècles, pour ces sociétés qui s’autorisaient des « femmes nues » alors que le puritanisme occidental allait s’accentuer une fois passés les « excès » de la Renaissance.

La rupture remonte au début du XIXe siècle : c’est la fin du « paradis terrestre », qui va se transmuter en paradis sexuel pour les hommes blancs, dont les épouses, en Europe, sont dorénavant « corsetées au propre comme au figuré », tandis que se généralise l’idée de la sexualité irrépressible de l’homme. Les espaces sexuels sont rejetés vers les colonies. C’est l’épanouissement de la pornographie coloniale, la seule tolérée et même magnifiée en Occident.

La centaine de notices complémentaires rédigées par 97 spécialistes internationaux apporte des mises au point n’éludant aucun problème, pédérastie incluse (volontairement sans illustration). On peut ne pas être d’accord. Encore faut-il le démontrer plutôt que de se livrer de façon plutôt répétitive à des attaques ad hominem visant une équipe de chercheurs de qualité.

 

Un ciment de l’entreprise coloniale

L’image et le texte sont inséparables, c’est une exigence historienne. Or beaucoup de lecteurs ne savent pas interpréter les images. Une table ronde à Bloisétait consacrée au retard en France du décryptage de l’image comme source des non-dits contemporains. Ces images assumées par les colonisateurs y compris dans leur esthétisme sont aujourd’hui condamnables. Mais les textes font éviter l’anachronisme.

On dira que c’est un vœu pieux, car il existe encore, hélas, nombre de racistes qui pourraient ainsi se « rincer l’œil ». Mais au moins le livre peut-il montrer à tous les autres, qui ne le savaient guère (à l’exception de quelques spécialistes), à quel point les abus sexuels ne furent pas des accidents épisodiques ou marginaux, mais qu’ils constituèrent un des ciments constitutionnels de l’entreprise coloniale.

Le sujet traité n’est pas la femme noire ou orientale, mais l’idée que s’en faisaient et que s’en font encore certains Blancs. Les auteurs n’auraient-ils pas suffisamment souligné leur propos dans le titre ? Encore faut-il tenir compte des exigences de l’édition : faire vendre. On pense ainsi au titre accrocheur de la sérieuse revue L’Histoire : « Le Moyen Âge a tout osé : l’obscène et le sacré », le thème et ses images n’occupant que 10% du numéro (452, oct. 2018).

Le thème du livre n’est pas la sexualité de la femme « exotique » mais l’obscénité du colonisateur blanc.

 

Source ACHAC News letter 12 # nl5 –  51 octobre 2018

René MARAN, une conscience intranquille

 

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René MARAN

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Roger Little, Professeur émérite, ancien titulaire de la chaire de français à Trinity College Dublin
© Photo R. Bowers. Princeton, 2001

 

De René Maran, la postérité aura retenu qu’il fut le premier écrivain noir à recevoir le prestigieux Prix Goncourt en 1921, soixante-et-onze ans avant Patrick Chamoiseau. Son nom demeure associé pour cela même, au roman qui lui aura valu la consécration du milieu littéraire, Batouala. Pourtant, à la fois l’œuvre et le rôle de René Maran dans l’histoire de la littérature ne sauraient se restreindre à ce titre phare, qui lui valut certes une gloire indéniable, mais aussi son revers : premier écrivain d’origine antillaise à dénoncer avec véhémence les ravages de la colonisation française en Afrique, il devra faire face à une cabale féroce menée par des relais de l’administration coloniale. L’œuvre de Maran demeure pourtant dans une large mesure méconnue : poète, romancier, essayiste, l’écrivain aura développé pas à pas une vision humaniste où la dénonciation du racisme côtoie un plaidoyer pour le vivant et notamment le monde animal. Mais si les manuels d’histoire de la littérature négro-africaine voient volontiers en Maran le devancier de la Négritude, les spécificités de son œuvre, sa volonté d’indépendance par rapport aux écoles et son irréductibilité même, en font certainement l’un de ces « inclassables » que l’histoire littéraire a souvent du mal à appréhender. C’est aussi ce qui peut expliquer que sa postérité oscille entre des tentatives contradictoires de simplification, et un réel manque de diffusion, pour celui qui fut pourtant aux yeux de Senghor, un « précurseur ».

Convaincu de l’importance voire de l’urgence qu’il y a aujourd’hui à désenclaver les postérités de René Maran de toutes les idées reçues et des schémas préconçus, le Professeur Roger Little a consacré à l’écrivain plusieurs études déteminantes, et co-dirigé le colloque organisé par le CIRESC en 2010 à l’EHESS à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Maran (colloque dont il a réuni les actes dans la revue Présence africaine en 2013). Aujourd’hui en 2018, Roger Little enrichit notablement les études consacrées à René Maran, avec deux titres dont nous aborderons les enjeux avec lui au cours de notre débat.

« PENSER LA CALE MONDE »

Partenariat ITMFodes Sciences de 

René Maran – Nouvelles africaines et françaises inédites ou inconnues. Présentation de Roger Little. L’Harmattan, « Autrement mêmes », 2018

René Maran est connu pour un seul de ses romans, celui qui lui valut le prix Goncourt en 1921 : Batouala, véritable roman nègre. Mais il en a écrit une bonne dizaine, ainsi que des nouvelles dont huit sont présentées dans ce recueil. Homme « de couleur », il se trouvait dans une situation inconfortable, étant administrateur colonial en Afrique équatoriale française alors qu’il dénonçait les abus du colonialisme. Ce malaise se reflète dans ses nouvelles et ses romans situés en Afrique.   

Voir le site des Éditions L’Harmattan (coll. « Autrement mêmes » dirigée par Roger Little)

René Maran : une conscience intranquille, textes réunis et présentés par Roger Little, Interculturel Francophonies, n° 33, juin-juillet 2018

Le prix Goncourt attribué en 1921 à René Maran (1887-1960) pour son romanBatouala, véritable roman nègre a fait polémique. Le « parti » colonial était surtout outré par la préface jugée scandaleuse parce qu’elle osait condamner les abus de la colonisation, même si elle n’en contestait pas le principe. Si l’on connaît un livre de Maran, c’est bien Batouala, seul parmi ses romans à être constamment réédité et pourtant loin, selon son auteur, d’être son meilleur. Les études réunies dans le présent volume explorent surtout ses autres écrits, les situant dans le contexte des années que Maran a passées comme administrateur colonial en Afrique équatoriale française, paradoxe apparent qui lui a permis d’émettre ses jugements en connaissance de cause. Des universitaires d’origines très variées présentent son souci stylistique de réécriture, le rayonnement international des traductions de son œuvre, ses rapports écologiques avec la nature, ses récits sur des bâtisseurs d’Empire, sa conscience intranquille, dans le racisme ambiant, d’un Français né à la Martinique de parents guyanais. En prime: une de ses nouvelles inconnues, située en France.    Voir le site de la revue Interculturel Francophonies

© INSTITUT DU TOUT-MONDE

Mercredi 31 octobre 2018, Paris Maison de l’Amér

AU PARLEMENT DES ECRIVAINES FRANCOPHONES

La Guyane représentée au Parlement des écrivaines francophones

Elles se sont rendues à Orléans où se tenait du 26 au 28 septembre le Parlement des écrivaines francophones qui a réuni 70 femmes pour sa première édition. Françoise James-Ousénie, Edith Serotte et Catherine Le Pelletier étaient accompagnées de Thisséka Lobelt membre de l’association Promolivres.

Tchisséka Lobelt présidente de Promolivres, Françoise James-Ousénie et Catherine Le Pelletier écrivaines © TL
© TL Tchisséka Lobelt présidente de Promolivres, Françoise James-Ousénie et Catherine Le Pelletier écrivaines
  • Par Catherine Lama
  • Publié le , mis à jour le
C’était l’idée formulée en 2016 par Fawzia Zouari journaliste et écrivaine tunisienne, créer un Parlement des écrivaines francophones, l’occasion de réunir des femmes de 5 continents et de rendre distincte leur voix à travers le monde. Leïla Slimani a présidé cette première session orléanaise.

Solidarité, sororité, convivialité…

Selon Tchisséka Lobelt les participantes guyanaises ont beaucoup apprécié de se retrouver entre femmes de lettres pour parler des problèmes du monde et comme elle le précise :

« C’est aussi pour nous toutes, une ouverture au monde avec 70 écrivaines issues de 23 pays. Solidarité, sororité, convivialité, plus de force. Beaucoup de réflexions ont marqué ces rencontres… »

Il a été prévu des actions comme écrire un livre avec la contribution des écrivaines sur la protection de la terre nourricière au mois de juin. Ou encore marrainer une jeune fille qui aime écrire. Il ne s’agit pas seulement de l’aider mais de l’accompagner tout simplement jusqu’au bac. Il est aussi question d’un salon du livre des femmes à Orléans, une ville qui pourrait devenir une ville refuge pour les écrivaines en danger.

Ainsi que le souligne Catherine Le Pelletier :

« Cette première réunion constituante du Parlement des écrivaines francophones était très importante. il fallait que la Guyane soit présente. C’est un événement positif pour nous toutes. »

La Guyanaise a fait une communication et a parlé, notamment, de la toute première écrivaine de Guyane, Roberte Horth qui a guidé les autres femmes dans le mouvement littéraire guyanais. Elle a aussi évoqué les écrivaines contemporaines.
Cependant Catherine Le Pelletier  attend de ce parlement :

« Une réflexion un peu plus dense sur la littérature aujourd’hui et sur la place de la femme dans la littérature, sur la place des écrivaines et celles de Guyane plus singulièrement parce qu’elles méritent une attention toute particulière. Elles ont commencé à écrire et se faire connaître très tard au début du 20è. Il y a une place à occuper et à reconnaître aujourd’hui. »

ALé VIRé Martinique (témoignage)

L’audacieuse de la semaine
Faire le choix du retour au pays n’est pas toujours chose aisée et pourtant c’est le choix que Régine a fait il y a un mois. On vous laisse découvrir cette femme audacieuse et déterminée à vivre sa vie rêvée!

🔸️Bonjour Régine, qui es-tu ?
Bonjour la #TeamAudacieuse ! Je m’appelle Régine Michalon, j’ai 30 ans et je suis entrepreneure / communicante / blogueuse.

🔸️Cela fait quelques jours que tu es retournée vivre dans ton île, parle nous du déclic qui a amené ton retour en Martinique.

R-  Effectivement, je suis rentrée le 13 août dernier. Cela faisait déjà quelques temps que je songeais à rentrer. Le déclic est venu suite à une combinaison de plusieurs choses : l’envie qui se faisait plus grande, la constatation que les choses étaient en train de bouger avec l’arrivée de certains acteurs en local et aussi la réalisation de certains événements et enfin, le timing dans ma vie perso et pro qui faisait que c’était le bon moment. La décision a été prise en début d’année et 8 mois plus tard, me voilà !

🔸️Quelles émotions t’animent quant à ce retour (des craintes, des a priori, des inquiétudes, que du bonheur !) ?

R- Au début, il y a l’excitation de retrouver les siens, son île, ses racines et, passée l’euphorie il y a quand même une petite part de peur. Cela faisait 9 ans que j’étais partie et malgré quelques allers-retours pour venir en vacances, ma vie en métropole n’était plus la même que celle que j’avais laissée derrière moi. Donc, forcément il y a un peu d’appréhension mais au final l’adaptation se fait très bien. Il faut bien connaitre son île, les gens qui y vivent, le contexte dans lequel on arrive pour pouvoir jauger un peu ce qui nous attend sur place. Et depuis mon retour, je n’ai aucun regret ! Tout martiniquais qui part pour des études ou du travail, se rend compte avec l’éloignement de la chance qu’il a de vivre ici et, quand tu es dans un contexte de retour définitif, tous les jours sont à savourer car ils sont tellement à l’opposé de ce que tu t’étais habitué à vivre. Donc je savoure chaque instant. 🙂

🔸️Quels sont tes projets et perspectives ?
R- J’en ai plein ! 🙂 Autant côté privé que pro. Voici pour l’essentiel : je souhaite avant tout rester active, comme c’était le cas à Lyon, dans le monde de l’entrepreneuriat. J’ai notamment adhéré à MartiniqueTech et rejoins un groupe en tant que membre active. Je souhaite aussi continuer la rédaction web sur des sujets qui me touchent au quotidien. J’ai donc créé le blog www.chillin972.com où je partage mes aventures et mon retour au pays. Je suis en train de planifier la transmission de ma société web car je me consacrerai très bientôt à d’autres projets professionnels. Eh oui, j’ai trouvé un emploi salarié dans mes domaines de prédilection (le web, la communication digitale, l’entrepreneuriat) ! Je démarre lundi 10 septembre et c’est top

🙂
🔸️Que dirais-tu à toutes celles qui hésitent ou qui ont peur à retourner vivre en Martinique ?

R- Je dirais que c’est normal d’avoir peur et d’hésiter. Il faut bien peser le pour et le contre et faire les choses selon ses envies pour ne pas avoir de regret. N’écoutez pas forcément certaines personnes qui sont sur l’île et qui bien souvent peuvent décourager par leurs mises en garde « tu viens faire quoi en Martinique ? Il n’y a pas de travail, il n’y a rien ! » car si tout le monde réfléchit comme ça, la Martinique n’avancera pas. Au contraire, il faut des têtes bien pleines et des martiniquais qui ont envie d’œuvrer pour le bien de l’île.

Merci à Régine d’avoir accepté de répondre à nos questions et de partager son expérience.
N’hésitez pas à liker, à commenter et à partager cet article 💛#TeamAudacieuse
Nous, on se retrouve Vendredi prochain…stay connect 😉

L’image contient peut-être : une personne ou plus, océan, plage, plein air, nature et eau

ETAT des LIEUX de la BIODIVERSITE en MARTINIQUE

Photo de La terre vue du coeur.
OCT16

Hubert Reeves – La Terre vue du Cœur | Schoelcher (Martinique)

  • clock
    du 16 oct 19:30 au 21 oct 14:00
    Semaine prochaine
  • pin
    Palais des Congrès de Madiana – Schoelcher

Dans le cadre des séances VO de Tropiques Atrium Scène Nationale : Deux séances exceptionnelles du documentaire HUBERT REEVES – LA TERRE VUE DU CŒUR, au Palais des Congrès de Madiana à Schoelcher, en Martinique :
* mardi 16 octobre à 19h30
Avec des intervenants sur les thématiques :
– État des lieux de la biodiversité de notre île
– Pollution des sols et alimentation locale
– Action concrète citoyenne intervention de Lokal Life 972 sur la responsabilité de chacun et présentation du blog recensant les alternatives en Martinique

* dimanche 21 octobre à 14h.

En partenariat avec le collectif CINÉ Ô : KaleidoSphère, Les Jardins partagés de Gaïac, Lokal Life 972 & SEL Martinique – Centre !

* * * *
Autour de Hubert Reeves et Frédéric Lenoir, des scientifiques, auteurs et artistes nous interpellent : la biodiversité est aujourd’hui menacée. Si certains humains sont à l’origine de la crise, d’autres, de plus en plus nombreux, s’y attaquent à bras le corps et créent des solutions.
Ensemble, dans ce film dédié aux générations futures, ils nous rappellent à quel point le vivant sous toutes ses formes est un fascinant et touchant mystère… qu’il ne tient qu’à nous de préserver !

DECOLONISER… les imaginaires et les corps

Déconstruire « l’éroticolonie »

en partenariat avec la Sorbonne Nouvelle

Cycle de rencontres proposé par le laboratoire SeFeA de la Sorbonne Nouvelle

Autour de la création contemporaine afrodiasporique qui travaille à décoloniser les imaginaires et les corps et à redonner aux femmes noires leur place dans l’arc-en-ciel du vivre ensemble.

Responsable scientifique : Sylvie Chalaye

 

AUTOUR DE JAZ

 

jeudi 11 octobre | à l’issue de la représentation

Qu’est-ce que « l’éroticolonie » ?  avec Pénélope Dechaufour et Ludmila Dabo

 

samedi 13 octobre | 17h30

Actrices noires de France, rencontre autour du livre Noire n’est pas mon métier (Le Seuil), avec Aïssa Maïga et Alii

 

mardi 16 octobre | 18 h 30

Sexe, race et colonies avec Pascal Blanchard, Sylvie Chalaye et Alii autour de la sortie du livre paru à la Découverte

 

mardi 16 octobre | à l’issue de la représentation

Corps chantant et corps dansant dans le théâtre de Kwahulé avec Pierre Letessier et Koffi Kwahulé.

 

• jeudi 18 octobre | à l’issue de la représentation

Reconstruire « l’autre » corps, avec Sylvie Chalaye, l’équipe artistique de Jaz, les musiciens du Mister Jazz band et Alexandre Zeff

 

AUTOUR DE DÉSOBÉIR

 

samedi 17 novembre | 17h30

Décoloniser les corps et les représentations

 

AUTOUR DE 100% Pop

 

• samedi 15 décembre | 18h

Afroféminisme, afrofuturisme et résilience, conférence performative d’Anne-Laurence Tjé

MAISONS ALFORT(94) honore les troupes coloniales.

Les troupes coloniales françaises dans les deux guerres mondiales

Date :
22 sep 2018 (Jour entier)24 nov 2018 (Jour entier)
Lieu :
Médiathèque André Malraux
4, rue Albert Camus
94700  Maisons-Alfort

France

Jusqu’au samedi 24 novembre 2018

À l’occasion du 100e anniversaire de l’armistice de 1918, Maison-Alfort organise une série d’événements avec notamment l’exposition Les troupes coloniales françaises dans les deux guerres mondiales,

Une production du groupe de recherche ACHAC, avec le soutien du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires et de la Direction du Patrimoine, de la Mémoire et des Archives
L’exposition retrace l’histoire de ces unités qui ont joué un rôle considérable aux côtés des troupes métropolitaines durant les conquêtes coloniales, les trois conflits européens et les guerres de décolonisation.: combattants des Comores, soldat créoles des Antilles-Guyane, spahis, zouaves, goumiers, tirailleurs indochinois ou malgaches kanaks de  Nouvelle  Calédonie.

Le vendredi 19 octobre 2018 à 17h00, une visite commentée en présence de Pascal Blanchard, historien, sera suivie d’un échange avec le public.

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