TOUSSAINT LOUVERTURE, le Spartacus noir …

Toussaint Louverture, le Spartacus noir

Toussaint Louverture, le Spartacus noir

Héros oublié de la Révolution française, homme politique des Antilles, descendant d’esclaves noirs, le personnage de Toussaint Louverture a, à 50 ans passés, joué un rôle historique de premier plan dans la Révolution haïtienne contre les colons blancs en 1791 et engagea l’indépendance de la plus riche des colonies française et de l’hémisphère occidental, devenant ainsi une des grandes figures des mouvements anticolonialiste, abolitionniste et d’émancipation des Noirs. Retour sur la vie de cet ancien esclave noir affranchi qui s’est retrouvé propulsé chef militaire et d’esclaves insurgés.

Qui est Toussaint Louverture ?

François-Dominique Toussaint de Breda, est né vers 1743 dans une plantation sucrière près du Cap-Français sur l’île de Saint-Domingue. On raconte de son vivant, au sujet de ses origines, qu’il aurait été le fils d’un prince africain de l’actuel Bénin. Il sert d’abord comme esclave sur l’habitation Bréda, sur laquelle enfant il bénéficie de la protection du gérant de la plantation, ce qui lui permet de ne jamais travailler dans les champs, mais à l’habitation, auprès de son maître. Il fait partie de la mince catégorie d’esclaves aux maîtres humains et il occupa les fonctions de domestique, de cocher, s’occupe des bêtes… Son maître, le comte de Breda, l’encourage vivement à apprendre à lire et à écrire. Il développe alors une passion pour les livres. Ses lectures eurent une grande influence sur sa vie politique.

Un esclave affranchi

A 33 ans, en 1776 Toussaint est affranchi et prend le nom de l’habitation dont il avait été l’esclave : Bréda. Il prend la tête d’une petite plantation de café sur laquelle travaillent 13 esclaves. Il a donc une situation confortable et fait ainsi partie des anciens esclaves noirs bénéficiant d’une ascension sociale.

Après la Révolution française de 1789 une guerre civile éclate à Saint-Domingue ; les Noirs libres, devenus citoyens français revendiquent l’application de la Déclaration des droits de l’homme. Fin 1791, des commissaires débarquent pour y faire appliquer un nouveau décret qui revient sur l’égalité des droits des hommes de couleur. La guerre menace de se généraliser quand survient un nouvel ordre qui accorde la citoyenneté à tous les libres, mais n’accorde pas encore la liberté aux esclaves. Toute la colonie sombre dans l’anarchie, seuls quelques Blancs et mulâtres résistent dans quelques villes.

La révolte

Toussaint combat aux côtés esclaves révoltés en tant que l’un des principaux organisateurs de la révolte des esclaves, dite Révolution haïtienne, l’unique révolte d’esclave victorieuse de l’histoire. Il tient les rôles de conseiller militaire, organisant une garde disciplinée à l’européenne et celui de médecin grâce à ses talents médicaux et connaissances des herbes médicinales.

En 1794, la législation révolutionnaire ratifie l’abolition de l’esclavage dans tous les territoires français, ce qui détermine Toussaint à rejoindre l’armée française où son commandement à la tête de son armée de 3 à 4000 Noirs, apporte la victoire face aux forces anglaises et espagnoles. On le surnomme « L’ouverture » en raison de son habileté à enfoncer les brèches. Il est promu lieutenant-général. Son nouveau rang le mène à développer des ambitions politiques.

En 1795, les Espagnols vaincus signent la paix avec la France et lui cèdent leur partie de l’île. En août 1798, Toussaint obtient la reddition des Britanniques occupant encore l’ouest de l’île. En juin 1799, Toussaint mène la « guerre du Sud », : conflit entre la « caste » des Noirs (représentés par lui) et la « caste » des Mulâtres. Une guerre est menée contre les mulâtres du Sud dont près de 10 000 meurent. En juillet 1800 il remporte la victoire et envahit la partie espagnole, officiellement française depuis 1795. En février 1801, Bonaparte le nomme capitaine général de Saint-Domingue et il est le premier Noir à devenir gouverneur d’une colonie..

En moins d’une dizaine d’années, Toussaint Louverture, plébiscité par les Noirs et les Blancs, est parvenu à se hisser à la plus haute fonction de Saint-Domingue, celle de premier gouverneur noir d’une colonie. Il met en place un nouvel ordre profitant aux militaires de couleur, surtout aux Noirs.

La révolte contre Bonaparte

À la suite de son coup d’État, Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies. Informé de cela, Toussaint, qui administre son île en toute indépendance, élabore une constitution autocratique qui institue l’autonomie de l’île, reconnaît la liberté générale et le nomme gouverneur à vie proclamant ainsi une société multiraciale noire, blanche et mulâtre. Il signe même des accords commerce avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Toussaint Louverture portrait par Nicolas Eustache Maurin (1838).

Apprenant d’autant plus la prise de possession de la partie espagnole de Saint-Domingue, Napoléon Bonaparte entre dans une grande colère et voit cette constitution comme un affront de trop de Toussaint Louverture. Il est d’autant plus irrité quand il reçoit du gouverneur Toussaint une lettre intitulée :« Du Premier des Noirs au Premier des Blancs »dans laquelle il s’adresse à lui d’égal à égal.

Un héros en Haiti

En réaction Bonaparte envoi un corps expéditionnaire de 17 000 hommes puis un second de 6000 hommes afin de mettre fin à l’émancipation dominguoise. Toussaint dispose de 30 000 hommes, mais malgré leur supériorité numérique, ils sont rapidement vaincus. Au mois de mai 1802, s’avouant vaincu il capitule et est assigné à résidence dans sa propriété dans l’île. Plus tard, il est déporté avec sa famille à en France à Brest et est ensuite emprisonné avec son fidèle serviteur Mars Plaisir au Fort de Joux dans le Doubs, région au climat rude. Il y meurt le  7 avril 1803,  à l’âge de 60 ans.

Saint-Domingue reste sous administration française jusqu’en novembre 1803. Les Noirs se sont à nouveau soulevés sous la conduite de Dessalines ancien lieutenant de Toussaint et Christophe après avoir appris le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe par le général Richepanse. Alors que la France n’abolira l’esclavage qu’en 1848, le 1 janvier 1804, la colonie devient la première république noire sous le nom d’Haïti consacrant sa victoire posthume à Toussaint Louverture l’érigeant en héros national.

Pièce de monnaie à l'effigie de Toussaint Louverture

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Lettre de Toussaint Louverture à Bonaparte

Lettre de Toussaint Louverture à Bonaparte

Découvrez la teneur de la lettre que Toussaint Louverture a adressé à Napoléon Bonaparte quand ce dernier a décidé de rétablir l’esclavage

 

Lettre du « Premier des Noirs » au « Premier des blancs. »


« Citoyen Consul,

Votre lettre m’a été transmise par le citoyen Leclerc, votre beau-frère, que vous avez nommé capitaine-général de cette île : titre qui n’est point reconnu par la constitution de Saint-Domingue. Le même messager a rendu deux enfants innocents aux embrassements et à la tendresse de leur père. Mais quelques chers que me soient mes fils, je ne veux point avoir d’obligation à mes ennemis, et je les renvoie à leurs geôliers.

Les forces destinées à faire respecter la souveraineté du peuple français ont aussi effectué une descente ; elles répandent partout le carnage et la dévastation. De quel droit veut-on exterminer, par le fer et par le feu, un peuple grossier, mais innocent ? Nous avons osé former une constitution adaptée aux circonstances. Elle contient de bonnes choses, comme vous en convenez vous-même ; mais il s’y trouve aussi, dites-vous, des articles contraires à la souveraineté du peuple français. En quoi consiste donc cette souveraineté ? Quelle est son étendue ? Doit-elle être sans mesures et sans limites ?

Saint-Domingue, cette Colonie, qui fait partie intégrante de la République française, aspire, dit-on, à l’indépendance. Pourquoi non ? Les Etats-Unis d’Amérique ont fait comme nous ; et avec l’assistance du gouvernement français, ils ont réussi à consolider leur liberté. Mais, répondez-vous, il y a des défauts dans votre constitution. Je le sais. Quelle institution humaine en est exempte ? Néanmoins, je suis persuadé que le système que vous avez adopté pour votre République, ne peut garantir, d’une manière plus certaine, la liberté individuelle ou politique, la liberté de la presse ni les droits de l’homme. Le poste élevé que j’occupe n’est pas de mon choix ; des circonstances impérieuses m’y ont placé contre mon gré. Je n’ai pas détruit la constitution que j’avais juré de maintenir. Je vis cette malheureuse île en proie à la fureur des factieux. Ma réputation, ma couleur, me donnèrent quelque influence sur le peuple qui l’habite ; et je fus, presque d’une voix unanime, appelé à l’autorité. J’ai étouffé la sédition, apaisé la révolte, rétabli la tranquillité ; j’ai fait succéder le bon ordre à l’anarchie ; enfin, j’ai donné au peuple la paix et une constitution. Citoyen Consul, vos prétentions sont-elles fondées sur des titres plus légitimes ? Si le peuple ne jouit pas ici de toute la liberté qu’on trouve sous d’autres gouvernements, il en faut chercher la cause dans sa manière de vivre, dans son ignorance et dans la barbarie inséparable de l’esclavage. Le gouvernement que j’ai établi pouvait seul convenir à des malheureux à peine affranchis du joug oppresseur ; il laisse, en plusieurs endroits, prise au despotisme, nous n’en saurions disconvenir ; mais la constitution de la France, cette partie la plus éclairée de l’Europe, est-elle tout à fait exempte de ces inconvénients ? Si trente millions de Français trouvent, comme je l’entends dire, leur bonheur et leur sécurité dans la Révolution du 18 brumaire, on ne devrait pas m’envier l’amour et la confiance des pauvres noirs, mes compatriotes. La postérité décidera si nous avons été obéis par affection, par apathie ou par crainte.

Vous offrez la liberté aux noirs en disant que, partout où vous avez été, vous l’avez donnée à ceux qui ne l’avaient pas. Je n’ai qu’une connaissance imparfaite des événements qui ont eu lieu récemment en Europe, mais les rapports qui me sont parvenus ne s’accordent pas avec cette assertion. La liberté dont on peut jouir en France, en Belgique, en Suisse, ou dans les républiques Batave, Ligurienne et Cisalpine, ne satisferait jamais le peuple de Saint-Domingue. Nous sommes loin d’ambitionner une pareille indépendance.

Vous me demandez si je désire de la considération, des honneurs, des richesses. Oui, sans doute ; mais je ne veux point les tenir de vous. Ma considération dépend du respect de mes compatriotes, mes honneurs de leur attachement, ma fortune de leur fidélité. Me parle-t-on de mon agrandissement personnel dans l’espoir de m’engager à trahir la cause que j’ai embrassée ? Vous devriez apprendre à juger des autres par vous-même. Si le monarque qui sait avoir des droits au trône sur lequel vous êtes assis, vous commandait d’en descendre, que répondriez-vous ?… La puissance que je possède est aussi légitimement acquise que la vôtre ; et la voix unanime du peuple de Saint-Domingue peut seule me forcer à l’abandonner. Elle n’est point cimentée par le sang. Les hommes cruels, dont j’ai arrêté les persécutions ont reconnu ma clémence. Si j’ai éloigné de cette île certains esprits turbulents qui cherchaient à entretenir le feu de la guerre civile, leur crime a d’abord été constaté devant un tribunal compétent, et enfin avoué par eux-mêmes. Est-il quelqu’un d’entre eux qui puisse dire avoir été condamné sans être entendu ? Cependant, ces mêmes hommes vont revenir encore une fois ; ils vont déchaîner de nouveau les assassins de Cuba pour nous dévorer, et ils osent prendre le nom de chrétiens. Pourquoi vous étonnez-vous de ce que j’ai protégé la religion et le culte du Dieu créateur de toutes choses ! Hélas ! j’ai toujours honoré et glorifié cet être plein de douceur, dont la parole sacrée n’a que depuis peu trouvé grâce auprès de vous. C’est dans son appui que j’ai cherché ma consolation au milieu des périls ; et jamais je n’ai été trompé dans mes espérances. Je suis, dites-vous, responsable devant lui et devant vous des massacres qui se commettent dans cette île infortunée ; j’y consens. Que notre sort dépende de sa justice ! qu’il décide entre moi et mes ennemis, entre ceux qui ont violé ses préceptes et abjuré son saint nom, et l’homme qui n’a jamais cessé de l’adorer.

Signé : TOUSSAINT LOUVERTURE, mi-février 1802

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JEAN MARC AYRAULT ET LA FONDATION POUR LA MEMOIRE

J’ai été élève au lycée Colbert de Cholet dans les années 60. Jamais je n’y ai entendu parler du Code noir, ni même de l’esclavage ou de la traite. Vingt ans plus tard, alors que j’étais maire de Saint-Herblain, j’ai perçu les réactions hostiles lorsqu’un collectif associatif avait souhaité commémorer, à Nantes, premier port négrier français, le tricentenaire du Code noir. Aucun événement public n’avait été alors organisé. Elu maire de Nantes en 1989, j’ai voulu que cette histoire puisse être dite, enfin. Ce fut l’événement «les Anneaux de la mémoire», en 1992, première grande exposition française consacrée à l’histoire de l’esclavage et de la traite. Son immense succès a déclenché en France un grand mouvement de prise de conscience, à un moment où la communauté internationale décidait elle aussi de se saisir du sujet avec la création, par l’Unesco, du projet de la Route de l’esclave.

Ce mouvement a poussé Nantes à aller plus loin encore. Des salles permanentes sont désormais consacrées à la traite au Musée d’histoire de Nantes et sont parmi les plus visitées. Depuis 2012, un mémorial, sur les bords de la Loire, permet à chacun de méditer sur les enseignements de cette part de notre histoire. Il ne s’agit pas de se complaire dans une repentance qui nous enferme dans le passé ; il s’agit de bâtir un avenir en commun sur une mémoire partagée.

Car ce passé nous oblige. Il nous oblige d’abord à la reconnaissance. C’est la raison pour laquelle, en 1999, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, j’ai prononcé le discours d’explication de vote du groupe majoritaire en faveur de la loi Taubira, qui a reconnu, en 2001, la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

Il nous oblige surtout à la transmission, afin que tous les élèves sachent ce que furent l’esclavage et la traite. Afin que tous les élèves apprennent la façon dont les combats et les résistances des esclaves et des abolitionnistes ont façonné notre histoire républicaine. Afin qu’ils comprennent comment cette histoire s’est ensuite prolongée dans l’aventure coloniale française. Afin qu’ils découvrent, enfin, l’héritage et l’inventivité de ces sociétés métissées, créolisées, toutes ces richesses qu’elles continuent d’apporter au monde et à notre pays, à notre culture, à notre langue.

Ne nous méprenons pas. Il ne s’agit pas d’une histoire régionale, qui ne concernerait que quelques territoires, dans l’Hexagone et outre-mer. Il s’agit de notre histoire nationale, de cette «histoire mondiale de la France» qui est tout simplement l’histoire de la diversité française. C’est cela que nous devons transmettre : la plénitude de notre récit national, dans toutes ses composantes.

Nous devons faire cet effort pour cette jeunesse qui cherche ses racines dans le récit national français et qui ne les retrouve pas, faute qu’on les lui ait montrées.

Nous devons faire cet effort pour toutes celles et ceux qui portent en eux une part de cette histoire, et qui ont parfois l’impression que la République les ignore ou les oublie. Nous devons aussi le faire pour notre pays tout entier, pour nous aider à comprendre ce que nous sommes aujourd’hui, à l’unisson avec les pays qui nous sont à jamais liés par cette histoire, sur tous les continents, et d’abord en Afrique et en Amérique.

Ces dernières années, des progrès ont été accomplis, grâce aux associations et aux militants de la mémoire, grâce, aussi, aux collectivités territoriales, qui ont pris des initiatives comme le Mémorial Acte en Guadeloupe, les salles permanentes du Musée d’Aquitaine à Bordeaux ou les sites de la Route des abolitions dans l’Est de la France.

Mais il manque une institution nationale qui donne à cette politique les moyens, les compétences et la visibilité qu’elle mérite. La mémoire nationale est un tout dans lequel chacun doit se retrouver, où chacun découvre ce qui est en commun, ce qui est partagé.

La France a développé, depuis une quinzaine d’années, une expertise dans la construction de politiques mémorielles modernes et populaires, associant les chercheurs, les enseignants, les créateurs, la presse, les collectivités territoriales, les citoyens eux-mêmes. Qui dira que la mémoire de l’esclavage et de son héritage ne mérite pas un tel effort ?

C’était le projet de Jacques Chirac qui, après avoir mis en œuvre la loi Taubira en fixant au 10 mai la Journée nationale qu’elle a instituée et en installant le comité pour la mémoire de l’esclavage qu’elle a créé, avait demandé à Edouard Glissant, en 2006, de lui proposer la création d’un Centre national pour les mémoires des esclavages et de leurs abolitions. C’est le projet que porte la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions, que je préside depuis le 19 mai.

Créée à l’initiative du président de la République, François Hollande, sous la forme d’un groupement d’intérêt public, cette structure réunit l’Etat, de grandes institutions, des personnalités qualifiées et des associations, rassemblés dans un seul but : jeter les bases de cette institution nationale qui rassemblera notre pays autour de son histoire, qui soutiendra les initiatives locales, les artistes, les chercheurs, les enseignants qui travaillent à la transmettre, qui mobilisera tous les outils modernes au service de ce projet.

Alors que nous célébrerons, l’an prochain, le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage et le 70e anniversaire de l’adoption, à Paris, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous travaillons à ce que ces anniversaires se traduisent par un acte fort, signifiant et porteur d’avenir dans la France du XXIe siècle.

C’est le sens de cette Fondation : faire en sorte que le passé nous rassemble pour construire un avenir partagé qui nous ressemble. C’est la raison de mon engagement.

Esclavage en Libye : « Il ne faut pas être naïf et faire semblant de tout découvrir », estime Jean-Marc Ayrault

Le président de la « Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions » prend la parole concernant les récentes révélations de CNN, et défend l’idée d’une Fondation pour la mémoire de l’esclavage, dans un entretien à La1ere.fr.

L'ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, dans son bureau du Ministère de l'Outre-mer © Valentin Deleforterie/la1ere
© VALENTIN DELEFORTERIE/LA1ERE L’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, dans son bureau du Ministère de l’Outre-mer
  • Par Valentin Deleforterie
  • Publié le 

Premier ministre et ministre des affaires étrangères sous le quinquennat de François Hollande, Jean-Marc Ayrault est depuis quelques mois à la tête de la « Mission de la mémoire pour l’esclavage, des traites et de leurs abolitions ». Le scandale dévoilé par CNN l’a profondément indigné. Toutefois, l’ancien maire de Nantes n’est pas surpris.

« Malheureusement il faut savoir que ça existe. Il ne faut pas être naïf et faire semblant de tout découvrir. Les Nations-Unies évaluent les personnes en situation d’esclavage, de travail forcé -sexuel ou non-, à 20-30 millions. Difficile d’avoir un chiffre précis mais ça donne la quantité du problème à l’échelle de l’humanité. On en a pas fini avec l’esclavage ».

A noter que certaines associations et organisations avancent des chiffres bien plus élevés que Jean-Marc Ayrault. Anti-Slavery International évoque par exemple 40,3 millions d’esclaves modernes (victimes de travail forcé, de déshumanisation, de restrictions à la liberté de mouvement).

Faire intervenir le HCR

Peu de solutions ont jusqu’à présent été mises en avant pour remédier au problème de l’esclavage en Libye. Jean-Marc Ayrault préconise une intervention rapide du Haut-Commissariat aux Réfugiés, associée à une augmentation des moyens alloués à l’institution.

« La Libye n’a pas de véritable Etat depuis la chute de Kadhafi, elle est dans une situation encore pire, ce qui peut amener énormément d’exactions. Il est important que le HCR puisse intervenir partout en Libye, et surtout qu’on le dote de moyens. Si une décision devait être prise au niveau européen, ça pourrait être celle-là. Ce n’est pas la seule chose qu’il faut faire, mais celle-là pourrait être faite vite.« 

Le soutien à l’Afrique

Au-delà de la solution à court-terme, Jean-Marc Ayrault évoque également le soutien financier et humain octroyé à l’Afrique. L’enrayement de problèmes comme l’esclavage passe selon lui par une augmentation de ce soutien.

« Cela passe par des décisions courageuses et des moyens. Je pense en particulier à l’engagement que la France doit encore amplifier et que l’Europe doit également porter qui est celui du soutien à l’Afrique dans son énorme défi de développement. Les sociétés civiles africaines sont considérables, leurs jeunesses ont énormément d’idées. Il faut qu’elles se sentent reconnues et soutenues. Je pense que nous avons un rôle à jouer qui est très important. Nous le jouons déjà mais nous pouvons faire encore mieux. »

La Fondation de la mémoire

Jean-Marc Ayrault a enfin évoqué la « Fondation pour la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions » qu’il souhaite mettre en place. Le projet pourrait se décliner sous forme de lieu de mémoire, de centre de ressources qui pourrait soutenir des initiatives de recherches, d’évènements et de rencontres. Face aux critiques sur le caractère clivant que pourrait avoir une telle initiative, l’ancien Premier ministre a tenu à mettre en avant l’objectif de fédérer les Français autour d’une histoire commune.

« Pour la jeunesse française, notamment d’origine ultramarine ou africaine, il y a le besoin de connaître ses racines et son histoire. L’occulter c’est affaiblir cette capacité à trouver sa place dans notre société. Il est aussi important que la République n’ignore aucune discrimination ou souffrance, et qu’elle donne en même temps à chacun sa chance. Ce n’est pas pour chercher à culpabiliser ou diviser, mais pour rassembler. Plus nous sommes clairs sur notre histoire et sur nos responsabilités, plus on est forts aussi pour affronter les défis du futur. L’objectif est de réconcilier les mémoires, pas de faire la concurrence des mémoires. »

 

La France et l’aide publique au développement

A l’heure actuelle, la France est le cinquième contributeur mondial d’aide publique au développement avec 8,1 milliards d’euros donnés chaque année. 45% des aides sont destinées à l’Afrique. La France ne respecte cependant pas la résolution adoptée aux Nations-Unis en 1970, visant à ce que chaque pays économiquement avancé reverse 0,7% de son PIB dans les aides au développement.

Gilbert LAROSE créateur de la « Savane des Esclaves »

L’homme est robustepassionné et déterminé à réaliser un projet entamé il y a 18 ans dans la campagne des Trois-Îlets. Gilbert Larose, « Ti-Gilbè », est le créateur de la « Savane des esclaves ». En 1999, lorsque la mairie des Trois-Îlets lui octroie une parcelle de terre dans la campagne de la commune, son premier projet est de faire de l’élevage et du maraîchage.
Il construit alors un marché recouvert d’une toiture végétale comme le faisaient les anciens… Une révélation !

 

À 15 ans, Gilbert quitte l’école sans diplôme pour chercher du travail. L’adolescent est habile de ses mains et décroche un « job » de manœuvre maçon. « J’en voulais, je courais à droite et à gauche pour faire mes preuves« . Il devient, pendant 20 ans, maçon, « ferrailleur », charpentier…

De la truelle à la terre

Élevé à la campagne, sur les hauteurs des Trois-Îlets, Gilbert ressent « l’appel de la terre ». Il tente d’abord l’élevage de cailles mais manque de moyens et doit renoncer. Il se tourne alors vers l’agriculture et construit, sur un terrain alloué par la mairie de la commune, un grand carbet couvert de paille de canne (par manque d’argent). Le public est particulièrement sensible à cette première construction et Gilbert Larose décide alors de construire un premier village de cases témoignant du mode de vie de nos anciens.

 

Son travail est certainement perfectible et Gilbert Larose le dit lui-même : « Je ne suis pas un historien« . Pourtant, depuis 18 ans, il se documente, voyage, effectue des recherches pour reproduire, au plus près de la réalité, les conditions de vie difficiles mais également l’ingéniosité de nos ancêtres.

Sans subventions mais avec toute son énergie  

Depuis deux décennies Gilbert développe son projet sans aucune aide malgré quelques vaines sollicitations auprès des institutions. Pas de quoi ralentir son élan : « certains doivent penser que ce n’est pas à un petit paysan comme moi de raconter notre Histoire« … Gilbert Larose continue malgré tout son « travail de mémoire » et réalise à présent un village caraïbe en relation étroite avec les Kalinagos de la Dominique. 

 

Son enfance auprès de sa mère lui a permis d’observer des gestes devenus familiers. Gilbert fabrique sa farine de Manioc et ses kassav depuis « toujours ». La réalisation de fours à charbon n’a également plus de secrets pour lui. Il évoque avec fierté l’importance et l’influence de sa mère dans la réalisation de son projet. Aujourd’hui Gilbert Larose travaille en famille avec ses deux grands fils Isaac et Rodrigue…

© RnB

 

ESCLAVAGE, MEMOIRE ET LITTERATURE PARIS 18 et 19 OCTOBRE 2017

Organisateurs
Mads-Anders Baggesgaard, Université D’Aarhus
Myriam Cottias, CNRS & CIRESC&LC2S
Madeleine Dobie, Université de Columbia
Karen-Margrethe Simonsen, Université D’Aarhus

Octobre 18
Columbia University Global Center, 4 rue de Chevreuse.

9.30-10.00 : inscription et café

10.00-10.15 : remarques liminaires
Mads-Anders Baggesgaard & Karen-Margrethe Simonsen

10.15-12.00:
Session 1 : souvenirs publics et privés, président : M. Mads
Les musées de la maison historique de St. Louis
Jean Hébrard : appropriation et reformulation de l’histoire d’origine : la production et l’utilisation des souvenirs familiaux de l’esclavage atlantique
Jane-Marie Collins : trop proche pour le confort : cultures de cruauté à debret, Machado et firmina dos reis

13.00-14.45:
Session 2 : relations transatlantiques et traductions, président elvan zabunyan
Anne c. Bailey : L’esclavage, la mémoire et les voix transatlantiques
Marie-Jeanne Rossignol : Traduction des récits d’esclaves nord-Américains en français et pour un public français : questions sur la série récits d’esclaves et une mémoire de de l’esclavage
Tatiana Petrovich Njegosh : Aferim ! (2015) et la mémoire silencieuse de l’esclavage des roms en Europe

14.45-15.00 : café

15.00-16.45
Session 3 : souvenirs poétique et visuel du passage moyen, Président Jean Hébrard
Ellen Howley : les voix du massacre de zong : postcoloniales approche de la mémoire
Noni Carter : fabriqué dans le ventre du navire : représenter l’esclave dans l’ère des lumières et la littérature contemporaine
Elvan Zabunyan : sur l’imaginaire d’Ellen Gallagher, une lecture afrofuturist de l’histoire de l’esclavage

18.30-20.30
Evénement public :
Race, genre et cinéma : une conversation entre le cinéaste euzhan palcy et l’historien Myriam Cottias.

20:30 réception

Octobre 19
EHESS, 105 Boulevard Raspail

9.15-11.00:
Séance 5 : se souvenir des résistances, présidente Karen-Margrethe Simonsen
Domna c. Stanton : Re-collections contradictoires : L’esclave du Triangle Atlantique Français du 17 ème siècle
Des traces contradictoires. Récits de voyage et de la résistance à l’esclavage
Isabel Kalous : le monde connu : restitutions du passé et représentations de l’esclavage dans les romans du Xxie siècle

11.00-11.30 : pause café

11.30-13.15
Séance 6 : Incarnation et performance, présidente Laura Murphy
Anna Scacchi : le corps noir dans la douleur
Fabienne Kanor : chair de l’histoire
Jerry w. Carlson : exorciser esclavage : célébration et kinesis dans la vidéo de Cuba, de la Colombie et de la République Dominicaine

14.15-16.00
Session 7
Nouvelle le passé : Alternative Temporalités et contre-récits, présidente Myriam Cottias
Marco Doudin : créer l’histoire par la fiction : Derek Walcott et la mémoire d’Edouard glissant de l’esclavage
Fiction Lourenço : fiction de mémoire. Sur le Deus-Dará de Lucas Coelho et le temps-être de « Lusophone » coloniales
Laura Murphy : la nouvelle histoire d’esclave et l’invention des « survivants » de l’esclavage moderne

16.00-16.15 Pause café

16.15-18.00:
Séance 8 :
Perspectives des Caraïbes, présidente : Madeleine Dobie
Lovia Mondesir : la femme sans nom et le traumatisme de l’abolition de l’esclavage selon Edouard glissant
Heather Cateau : documents de plantation : le dix-huitième siècle selfie – instantanés pour re en esclavage dans les Caraïbes
Mads Anders Baggesgaard : se souvenir de l’esclavage au moment du transfert, 1900-30 dans les Antilles danoises

18.00-18.30 Informations sur les prochains volumes et remarques de clôture
Madeleine Dobie

L’atelier est soutenu par le programme de recherche sur l’esclavage (readingslavery. Au. DK) financé par les fondations.

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ENCORE UNE ATTEINTE AUX MONUMENTS, A LA MEMOIRE !!

La maison natale de l’écrivain Saint-John Perse,

Monument historique inscrit par arrêté MH. 95-IMM n° 95-783 AD/114 et propriété de la communauté d’agglomération Cap Excellence, a été démolie le samedi 23 septembre courant, suite à un arrêté municipal signé par la Ville de Pointe-à-Pitre, le vendredi 22 septembre courant. Pointe-à-Pitre est labellisée Ville d’Art et d’Histoire depuis 2003.

L’absence d’affichage réglementaire en application de la législation sur les monuments historiques suggère qu’aucune autorisation de travaux n’a été délivrée par le service des monuments historiques. L’ensemble du corps principal a été démoli et, notamment, la façade sur rue, à pans de bois, qui présentait un mur en maçonnerie de moellons au niveau rez-de-chaussée, ainsi que la toiture, des ouvrages concernés par l’inscription au titre des Monuments historiques.

Une raison sécuritaire a été tardivement évoquée par la Ville de Pointe-à-Pitre, pour justifier cette démolition. Si cela avait été le cas, une procédure de péril ordinaire ou d’urgence aurait dû être engagée par la Ville que le service des monuments historiques aurait accompagnée. Un complément aux travaux de confortement à des fins conservatoires co-financés par la DAC et la Ville, en 2010, aurait pu être exécuté.

Dans ce contexte discutable, il conviendrait :

que le tribunal administratif, examine et statue sur la procédure administrative ayant conduit à cette démolition de monument historique. En effet, l’application de la loi sur les monuments historiques, a été publiquement bafouée, à Pointe-à-Pitre. Ce fait est d’autant plus inacceptable, que Monsieur Le Président de la République Emmanuel MACRON, vient de charger Monsieur Stéphane BERN de la réalisation d’une liste de monuments historiques en péril et des ressources innovantes qu’il serait possible d’y affecter ;

– que la demande de renouvellement du label de cette Ville d’Art et d’Histoire soit analysée sous l’angle du respect des engagements pris dans la précédente convention de labellisation, notamment celui de la mise en œuvre d’un Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP) et ceux relatifs aux actions visant à conférer une présentation digne de son label, à la Ville d’Art et d’Histoire ;

– que les défenseurs du patrimoine guadeloupéen, emboîtent le pas à l’Etat, permettant ainsi, de faire, une nouvelle fois, face « aux démolisseurs », dans l’intérêt national. Nous nous devons d’être dignes des batailles menées par Victor Hugo et Prosper Mérimée pour la sauvegarde du patrimoine bâti de la France. Nous nous devons de faire respecter la loi de 1913 sur les monuments historiques qui a découlé de ces luttes ancestrales pour la sauvegarde de nos patrimoines. De même, les guadeloupéenne, très fiers de compter Saint-John Perse parmi leurs illustres, sont très attachés à son œuvre littéraire.

– que ce précédent ne se répète pas et ne fasse pas écho ni Guadeloupe, ni en Martinique, où les propriétaires de monuments historiques demeurent dans l’expectative du dénouement de cette affaire très médiatisée localement.

– que nos mémoires métissées soient défendues en tant que socles de nos identités.

Enfin, « quelques soient les droits de propriété, la destruction d’un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à ces ignobles spéculateurs que leur intérêt aveugle sur leur honneur ; misérables hommes et si imbéciles qu’ils ne comprennent même pas qu’ils sont des barbares ! » Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs, in Revue des deux mondes, 1832 .

 

Je viens de signer la pétition

 » Faites respecter la loi sur les monuments historiques à Pointe-à-Pitre ».

C’est une cause importante. Voudriez-vous la signer à votre tour ?

Voici le lien:

https://www.change.org/p/llll-faites-respecter-la-loi-sur-les-monuments-historiques-à-pointe-à-pitre?utm_medium=email&utm_source=petition_signer_receipt&utm_campaign=triggered&share_context=signature_receipt&recruiter=804906028

INTERNATIONAL SLAVERY MUSEUM in LIVERPOOL (UK)

 
En octobre 2017, Historians Against Slavery organise sa conférence biennale à l’extérieur des États-Unis pour la première fois, au International Slavery Museum (ISM) à Liverpool. La conférence de deux jours fait partie d’une série d’événements au cours de l’année du 10ème anniversaire de l’ISM et marque également le Mois de l’histoire des Noirs 2017. Il est co-organisé par Historians Against Slavery, l’ISM, le Centre pour l’étude de l’esclavage international (Université de Liverpool) et le projet Antislavery Usable Past (Universities of Nottingham and Hull), financé par l’AHRC. En reliant le passé au présent, nous approfondirons le dialogue et la collaboration entre les chercheurs, les enseignants, les militants et les représentants de la communauté, et créerons des coalitions pour la recherche et l’activisme antisludes.
Nous rassemblons un éminent organe d’éminents spécialistes, de professionnels des musées et d’activistes antisludes du monde entier, en se basant sur des études de pointe et en débattant d’exemples concrets de la façon dont l’histoire peut éclairer les efforts contemporains pour mettre fin à l’asservissement de 46 millions de personnes dans le monde entier. L’inscription à la conférence est gratuite et comprend le déjeuner les deux jours. Les participants à la conférence sont responsables du transport, de l’hébergement et des repas du soir. Le programme complet de la conférence est maintenant disponible en ligne.
Historians Against Slavery est une communauté d’érudits-activistes qui contribue à la recherche et au contexte historique au mouvement antislavery d’aujourd’hui, afin d’inspirer et d’informer l’activisme et de développer des collaborations qui renforcent ces efforts. Basé aux États-Unis avec une adhésion de 800 membres, il a lancé un chapitre britannique en 2016. Le Musée international de l’esclavage a ouvert ses portes en août 2007 lors du bicentenaire de l’abolition de la traite négrière britannique. En 2016, il avait accueilli près de 4 millions de visiteurs. C’est le seul musée de son genre à se pencher sur les aspects de l’esclavage historique et contemporain, en plus d’être un centre international de ressources en matière de droits de l’homme. Il est situé dans le Albert Dock de Liverpool, au centre du site du patrimoine mondial et à seulement quelques mètres des quais secs où les navires de commerce des esclaves du XVIIIe siècle ont été réparés et aménagés.
Le Centre pour l’étude de l’esclavage international (CSIS) a été fondé en 2006 par National Museums Liverpool et l’Université de Liverpool pour collaborer avec des communautés internationales et locales de chercheurs qui recherchent l’esclavage, l’abolition et leurs legs avant l’ouverture du International Slavery Museum on Le 23 août 2007. Il soutient et partage des recherches de pointe sur l’asservissement humain et ses legs, et travaille avec d’autres universités et organisations pour développer des activités scolaires et publiques liées à l’esclavage dans ses manifestations historiques et contemporaines.
The Antislavery Usable Past est un projet quinquennal financé par l’AHRC basé à l’Université de Nottingham et à l’Institut Wilberforce pour l’étude de l’esclavage et de l’émancipation (Université de Hull). Il traduit les leçons de l’abolitionnisme historique pour l’usage contemporain – fournissant le mouvement antislavery d’aujourd’hui avec un passé utilisable d’exemples et de méthodes. Ses partenaires comprennent Historians Against Slavery et le International Slavery Museum.
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Date and Time

Sat, 7 Oct 2017, 09:00 –

Sun, 8 Oct 2017, 17:00 BST

Location

International Slavery Museum

Dr Martin Luther King Jr Building

Albert Dock

Liverpool

L3 4AX

United Kingdom

 

AU LARGE DE GOREE (Sénégal)

AU LARGE  DE  GOREE,  LIEU  DE  MEMOIRE DE  L’ESCLAVAGE

des explorations d’archéologie sous-marine

OUTRE-MER 1ÈRE L’archéologue Ibrahima Thiaw contemple depuis Dakar les îles qui bordent la capitale. Avec son équipe de plongeurs, il s’apprête à partir à la recherche d’épaves gisant, il en est certain, à quelques encablures de la plus célèbre d’entre elles, Gorée, lieu de mémoire de la traite négrière.

Des membres de l'équipe d'archéologie sous-marine au large de l'île de Gorée, au Sénégal. © SEYLLOU/AFP
© SEYLLOU/AFP Des membres de l’équipe d’archéologie sous-marine au large de l’île de Gorée, au Sénégal.
  • La1ere.fr (avec AFP)
  • Publié le 17/08/2017 à 13:31, mis à jour le 17/08/2017 à 13:32
Du 15e au milieu du 19e siècle, des milliers d’esclaves africains ont transité par cette minuscule île située à cinq kilomètres à peine de Dakar, au Sénégal, avant d’entreprendre une épouvantable traversée vers les Amériques. Ils y servaient de main-d’oeuvre forcée dans les plantations, tandis que les navires repartaient vers l’Europe les coques remplies de coton, de sucre ou de tabac.

Selon l’archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw, trois navires négriers au moins, la « Nanette », la « Bonne Amitié » et le « Racehorse », ont disparu au large de Gorée au 18e siècle. Retrouver ces épaves permettrait de recueillir de nouvelles données scientifiques sur le « commerce triangulaire » – on estime à un millier le nombre de navires négriers ayant fait naufrage entre l’Afrique et l’Amérique mais très peu d’épaves ont jusqu’ici été découvertes.

Question taboue

Mais cela permettrait aussi d’aborder une question encore largement taboue au Sénégal, selon le chercheur. « Des stigmates de l’esclavage persistent dans notre société moderne. Il y a encore des populations qui sont désignées esclaves« , affirme Ibrahima Thiaw. « Il y a au Sénégal un silence autour de la question. Les temps sont mûrs pour que nous apprenions à nos étudiants et à nos enfants à respecter les gens de statuts différents ou considérés comme inférieurs« , ajoute-t-il.

Or, le passé du Sénégal « repose ici », quelque part entre Dakar et Gorée, explique M. Thiaw (photo ci-dessous) après avoir parcouru quelques milles à bord d’une chaloupe à moteur en compagnie d’une demi-douzaine de membres de son équipe, composée notamment d’étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Vêtu d’une combinaison de plongée, l’archéologue vérifie une dernière fois son magnétomètre, qui lui servira à repérer les objets échoués sur le fond marin, puis disparaît sous les vagues vert-foncé de l’Océan Atlantique.

L'archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw (au premier plan). © SEYLLOU/AFP
© SEYLLOU/AFP L’archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw (au premier plan).

« Epaves de négriers »

Une demi-heure plus tard, c’est la déception : « Nous avons trouvé une grande épave de navire moderne. Ce n’est vraiment pas ce que nous cherchons« , explique M. Thiaw, le visage dégoulinant encore d’eau de mer. Spécialiste reconnu des conditions de vie des esclaves à Gorée, l’archéologue, chercheur à l’Université de Dakar, a été contacté il y a trois ans par deux institutions américaines : le Service des parcs nationaux des Etats-Unis et le Musée national pour l’histoire et la culture afro-américaine.

Les deux organisations, accompagnées de partenaires américains et sud-africains, cherchaient à l’époque un nouveau point de chute en Afrique de l’Ouest pour leur projet « Epaves de négriers » (Slavewrecks, en anglais). Le Sénégal était tout désigné puisqu’une présence occidentale est signalée sur ses côtes depuis le 15e siècle au moins. Les membres du projet se sont chargés de former les archéologues sénégalais à l’archéologie sous-marine, une pratique récente dans ce pays situé à la pointe occidentale de l’Afrique, et de fournir le matériel nécessaire.

Vestiges

Auparavant, elles avaient déjà participé à la création de centres de plongée sous-marine au Mozambique et en Afrique du Sud. Dans le cadre de ces projets, les archéologues avaient pu remonter à la surface des vestiges — dont des chaînes — du « Sao Jose Paquete de Africa », un négrier portugais ayant chaviré au large du Cap avec sa « cargaison humaine » à bord.

Si les Européens ont joué un rôle majeur dans la traite en lui donnant une dimension intercontinentale, les populations arabes et d’Afrique subsaharienne y ont également participé en leur pourvoyant hommes, femmes et enfants faits prisonniers. M. Thiaw déplore le manque de fonds disponibles pour ses recherches sous-marines et la frilosité face à ce sujet dans son pays, alors que de nombreux Afro-Américains se penchent sur leurs racines africaines en se rendant notamment à Gorée, à l’instar de l’ancien président américain Barack Obama en 2013. Plus largement, la traite concerne l’humanité tout entière, estime-t-il. « Dans l’océan, les esclaves ont été formatés pour devenir un autre peuple, adapté à d’autres conditions. La traite des esclaves est l’acte fondateur de notre modernité, faite au départ de violences infligées aux Africains.

« MEMOIRE DE L’HUMANITE » : UN FESTIVAL DU FILM EN AOUT 2017 AU BENIN

« Mémoire de l’Humanité »: Un Festival du film au Bénin qui relie la Caraïbe à l’Océan Indien

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©Site Source de l’Humanité

Du 11 au 26 août prochain aura lieu, au Bénin, le Festival itinérant « Mémoire de l’Humanité ». Durant ce Festival, plusieurs films seront projetés dans plusieurs villes du Bénin afin de rappeler l’Histoire de l’esclavage et favoriser la réconciliation entre les Afro-descendants et les Africains.

Organisé par un collectif d’associations, qui ont décidé de mutualiser leurs moyens, le Festival « Mémoire de l’Humanité » a pour objectif « de favoriser la réconciliation, la rencontre entre les Afro-descendants et les Africains », explique Marie-Ange Thébaud, Réunionnaise et Présidente de l’association Ecrans sans Frontières. C’est notamment lors d’une rencontre avec le Prince de Savè et d’Abomey, Serge Guézo, qu’est née l’idée de ce Collectif et de ce Festival. « Le Prince Serge Guézo est opérateur culturel pour le Ministère de la Culture du Bénin. Il travaille beaucoup pour le développement de son pays », explique-t-elle. « C’est un projet mémoriel: Il faut prendre en compte l’Histoire », indique de son côté le Prince Serge Guézo, qui rappelle que le 23 août, Journée Internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, aura lieu pendant la durée du Festival. Cette date avait été choisie par l’UNESCO afin de rappeler l’insurrection de Saint-Domingue.

Serge Guézo, Prince de Savè et d'Abomey, devant la piste des captifs à Ouidah ©Marie-Ange Thébaud

Durant ce Festival, pas moins de 15 films seront projetés dans plusieurs villes du Bénin: de Savè à Ouidah, en passant par Nikki, Parakou, Natitingou, Cotonou, Porto-Novo et Abomey. Les projections seront également ponctuées d’interventions de personnalités venant de la Caraïbes, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Océan Indien. « Le Festival « Mémoire de l’Humanité » sera un circuit qui va avoir le label de l’UNESCO: « Route de l’Esclave ». Et les villes que nous visiterons aurons le label « Site de Mémoire associé à la Route de l’Esclave » », poursuit Marie-Ange Thébaud. Qui plus est, le Festival est dans l’attente du label « Action de la décennie des personnes d’ascendances africaines » auprès des Nations Unies.

Marie-Ange Thébaud, Présidente de l'association Ecrans sans Frontières ©DR

« Pendant la Traite transatlantique, les Peuples d’Afrique ont été emmenés aux Etats-Unis, dans les îles des Caraïbes et aussi, une petite partie, vers La Réunion et l’île Maurice » raconte Marie-Ange Thébaud. « Il y a des sentiers qui existaient pour emmener les captifs vers le port de Ouidah ou Lagos. Et ils n’étaient pas que Béninois, ça concerne toute la région de l’Afrique de l’Ouest. Il y a une cartographie de ces sentiers qui existent et on va pouvoir interviewer les sages qui sont encore vivants, dont un qui va nous expliquer ces sentiers ».

Nikki, un des points étapes du Festival "Mémoire de l'Humanité" ©Site Source de l'Humanité

Le Collectif ne compte pas s’arrêter à ce Festival. « Nous allons faire d’autres circuits sur d’autres thématiques, notamment autour des Royaumes, autour du Cultuel, autour de la Fête du Vaudou le 10 janvier », indique Marie-Ange Thébaud. « Ce projet est aussi un projet de formation et de développement: on va former des jeunes qui, dans 3 ans, seront capables de prendre le circuit du Festival en main et d’autres seront formés pour créer leur entreprise ». Par la suite, le Collectif « prévoit de déplacer le Festival à La Réunion au mois de mai 2018, avec toujours ce projet de formation et de développement dédié aux jeunes » et « Mémoire de l’Humanité » sera également amené à se déplacer dans les Pays de la région du Golfe de Guinée.

En attendant, le Festival « Mémoire de l’Humanité » dispose de sa propre application baptisée « Source de l’Humanité », téléchargeable via l’Apple Store ou Google Play.

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NB.Le prochain festival international de films itinérant de la route de l’esclave s’exporte en mai 2018 à la Réunion. Invité d’honneur : le Bénin.
Au Bénin, en août 2018, les invités d’honneur seront les afro-descendants des Etats-Unis.
Entre temps autres évènements en décembre, janvier (le 10) et tout au long de l’année. Réservez vos places. Voir l’application et site sourcedelhumanité.com

 

RECONNAISSANCE de la FRANCE AUX ANCIENS TIRAILLEURS SENEGALAIS

28 anciens tirailleurs sénégalais ont été «réintégrés»  samedi 15 avril 2017 dans la nationalité française par François Hollande sous les ors de l’Elysée, six décennies après en avoir été privés par l’indépendance des colonies africaines de la France. Le combat d’Aïssata Seck.

Elle entre dans la salle des fêtes de l’Elysée côte à côte avec le président de la République, vêtue d’une jolie robe noire et blanche et de chaussures rouges vives. Si, samedi matin, François Hollande a rendu hommage à 28 tirailleurs sénégalais en les naturalisant Français lors d’une cérémonie inédite, la vraie star du jour, c’était elle : Aïssata Seck, élue socialiste à la mairie de Bondy (Seine-Saint-Denis), sans qui ces anciens soldats, nés entre 1927 et 1939 dans d’anciennes colonies françaises, n’auraient jamais obtenu de carte d’identité tricolore au crépuscule de leur vie.

Cette Franco-Sénégalaise de 37 ans est à l’origine de la pétition, lancée en novembre dernier sur Internet, qui a poussé le chef de l’Etat à faciliter les démarches de naturalisation de ces tirailleurs dits sénégalais, en réalité originaires de toute l’Afrique subsaharienne. Ces centaines de milliers d’hommes ont combattu au sein de l’armée française dans les plus grands conflits du XXème siècle avant que leur pays d’origine n’obtienne leur indépendance. Le manifeste, notamment paraphé par l’acteur Omar Sy et le footballeur Lilian Thuram, avait recueilli plus de 64 000 signatures en quelques semaines.

«Vous êtes l’histoire de France»

LANCER LE DIAPORAMA

 

Des rencontres dans les rues de Bondy

 

Si son grand-père maternel a participé à la guerre d’Indochine (1946-54), c’est en rencontrant d’anciens soldats dans les rues de Bondy qu’Aïssata s’est s’intéressée de plus près à leur histoire. «Mon grand-père, que je n’ai pas connu puisqu’il est décédé en 1978, n’a jamais demandé la nationalité française. Il était resté au Sénégal après la guerre. Par contre, je voyais ces messieurs se promener à Bondy avec leurs médailles sur leurs vestons. J’ai sympathisé avec eux et découvert les obstacles qu’ils rencontraient pour être naturalisés.»

Depuis 2010, cette mère de famille employée dans les médias, soutient ces anciens soldats dans leurs démarches administratives. Des hommes seuls pour la plupart, vivant dans des foyers et souvent arrivés en France à la retraite pour toucher leur pension d’anciens combattants. «Jusqu’ici, la majorité de leurs demandes de naturalisation étaient refusées. Il y avait toujours des papiers qui manquaient, alors je me suis dit que la seule solution était d’alerter l’opinion publique et j’ai lancé cette pétition», explique-t-elle. Grâce à ces naturalisations, ces pères de famille vont notamment enfin pouvoir faire des allers et retours comme ils le souhaitent entre la France et leur pays d’origine.

 

«L’Etat ne possède aucun chiffre sur le sujet»

 

Samedi, l’élue – qui est par ailleurs porte-parole du candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon – ne cachait pas sa fierté. «Quand je les ai vus monter les marches de l’Elysée, je me suis dit : Tout ça c’est grâce à toi quand même ! C’est l’aboutissement d’un long combat, pour eux comme pour moi.» Et son travail n’est pas près de s’arrêter. Aïssata a déjà rassemblé une centaine d’autres demandes de naturalisation. «On ne sait pas combien de tirailleurs vivent ici. L’Etat ne possède aucun chiffre sur le sujet», regrette-t-elle. Lors de la cérémonie, le président de la République a assuré que des réponses favorables seraient accordées à tous les anciens soldats concernés.

 

source leparisien.fr

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