PASSE D’ARMES à propos de la MEMOIRE de L’ESCLAVAGE


Mémoire de l’esclavage et antiracisme : un débat, un combat et ses enjeux

22 février 2019

Deux textes mis en ligne ces deux derniers jours sur Mediapart, et qui sont en train de provoquer le débat, en matière de mémoire de l’esclavage. Ils font suite à la mise en ligne sur le site du CNMHE, d’un texte  auquel a répliqué une tribune de Myriam Cottias, directrice du CIRESC au CNRS et ancienne présidente du CNMHE. On trouvera donc ci-après un lien vers le texte initial, la réponse de Myriam Cottias, un texte de Loïc Céry de l’Institut du Tout Monde qui précise les enjeux du débat et la plainte déposée par Frédéric Régent.

EPISODE I

ANTIESCLAVAGISME ET ANTIRACISME

POSITION DU CNMHE


Sur le plan historique, le racisme est une conséquence de l’esclavage, mais il ne préexiste pas à celui-ci. On ne peut donc confondre les deux phénomènes, ni affirmer que la mise en esclavage cible précisément une catégorie particulière de la population. L’esclavage est une forme extrême de l’exploitation de la force du travail humain à des fins économiques. On en trouve des traces lointaines dans toutes les sociétés humaines. Le continent européen a connu l’esclavage des Blancs dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. Au début de l’ère moderne, des populations d’origine maghrébine étaient asservies dans les pays riverains de la Méditerranée. La traite atlantique va porter cette forme spécifique d’exploitation à une échelle supérieure, et va concerner essentiellement les populations originaires de l’Afrique subsaharienne. Mais, sur ce continent, un commerce à des fins serviles se faisait parallèlement vers le Maghreb et le Moyen-Orient, et ces différents trafics impliquaient des Etats et des commerçants originaires de l’Afrique subsaharienne. Le Comité National pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage a pour mission, entre autres, de recueillir et de transmettre la connaissance de toutes ces formes de réduction en esclavage. Certes, les buts de la Fondation sont aussi de rassembler toutes les mémoires de notre pays, en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de son histoire, dans toute leur richesse et leur variété. Par ailleurs, la connaissance historique et sa transmission sont inséparables de la formation civique, et fournissent en ce sens des arguments pour lutter contre le racisme. Mais le racisme contemporain, comme doctrine de hiérarchisation des groupes humains, et à ce titre comme justification des discriminations exercées à l’égard de certains d’entre eux, s’est surtout développé à partir de l’abolition de l’esclavage et en réaction à celle-ci, à partir du début du XIXe siècle. L’objet principal de la fondation n’est pas d’être une institution supplémentaire de lutte contre le racisme, où la dimension militante l’emporterait sur toute autre considération. Cet engagement militant conduit à des jugements hâtifs, l’antiesclavagisme n’ayant pas été le patrimoine exclusif d’un seul courant politique, ou bien à des confusions regrettables, comme lorsque l’esclavage est présenté comme la forme la plus abominable du racisme. Il faut recentrer les interventions sur l’esclavage et rappeler que nous sommes directement concernés par les formes de lutte contre l’esclavage contemporain, telles que juridiquement définies par l’ONU ou le BIT. C’est ainsi que nous pourrons trouver notre place indispensable, entre transmission de l’histoire de l’esclavage dans une histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques ; la Caraïbe et l’Océan Indien ; et promotion des valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité et d’engagement contre le racisme, les discriminations et toutes les formes contemporaines d’exploitation des corps humains à des fins mercantiles.A


EPISODE II -a


L’anti-esclavagisme peut-il exclure l’antiracisme?

—Par Myriam Cottias—

Exclure les combats anti-esclavagistes, des combats antiracistes n’est-ce pas une nouvelle tentative pour construire une identité particulariste qui oublie la violence de la relation esclavagiste et de la «race» et pour nier l’universalité des combats pour l’égalité du genre humain?

Les nombreux actes, écrits et injures antisémites et racistes montrent bien, une fois encore, que la période est au brouillage politique et à la révision de la connaissance historique par des discours guidés par une idéologie récurrente sur la minoration des facteurs qui ont soutenu l’histoire des génocides et des processus génocidaires de l’Histoire.

Les traités internationaux qui, depuis la seconde guerre mondiale, ont cherché à construire – avec difficultés et obstacles il est vrai – un partage des valeurs universelles d’égalité et de respect réciproques entre les peuples sont actuellement érodés par de nouvelles idéologies identitaires. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de rappeler que, depuis le procès de Nuremberg, le génocide des Juifs a été expliqué par la longue histoire de l’antisémitisme fondé sur l’existence d’une «race» qui a permis d’élaborer un discours, une idéologie de domination, justifiant les discriminations et les violences les plus extrêmes et les plus déshumanisantes. Il faut dire encore que les textes de 1949 dénonçaient dans leur déclaration solennelle l’esclavage comme crime contre l’humanité. Ce lien entre génocide, esclavage et race a été réaffirmé lors de la conférence de Bandung par Alioune Diop avant qu’Aimé Césaire ne lui donne ses accents profonds dans le Discours sur le Colonialisme. Aujourd’hui encore, les « causes communes » réunies dans l’ouvrage éponyme de Nicole Lapierre doivent continuer à être affirmées.

L’urgence de la situation politique et sociale de la France nous y force mais aussi un texte intitulé « Antiesclavagisme et antiracisme », mis en ligne sur le site du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage – commission consultative interministérielle instaurée à la suite de la Loi du 10 mai 2001- qui tend à disjoindre l’antiracisme de l’antiesclavagisme. A l’heure où la France doit se doter d’une « Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage » que nous avons appelé de nos vœux, il ne faut plus prendre à la légère des déclarations déstructurées et sous- informées sur les catégories d’analyse, qui ignorent les milliers d’articles et de recherches sur ces questions. Il est nécessaire de leur apporter des réponses car il faut endiguer les dérives de la post-vérité où l’opinion prime sur l’étude.

Deux remarques s’imposent.

Premièrement, sauf à se satisfaire d’une analyse comptable des flux d’êtres humains, il est impossible de réduire la déportation des Africains qui, à partir du XVIe siècle, constituent les seules populations massivement mises en esclavage dans les Amériques, à un seul rapport économique qui méconnaîtrait les conséquences sociales, spirituelles, individuelles, familiales ainsi que son idéologie de légitimation par la production de représentations reposant sur la négation de l’humanité des personnes mises en esclavage. La traite et l’esclavage atlantique ont produit une redoutable équivalence entre « esclave » et « noir » ou « nègre » au XVIIIè siècle, à tel point qu’un terme était synonyme d’un autre et que la cohorte des jugements de déconsidérations liées aux positions de subalterne était toute entière attribuée aux personnes mises en esclavage. Faut-il ajouter que le terme de « Blanc » -inconnu en Europe avant l’apogée des sociétés esclavagistes- s’est construit dans l’espace colonial atlantique, en opposition phénotypique et statutaire avec le « Noir ». Un continuum entre « Blanc-maître- dominant » et « Noir-Nègre-esclave » s’est élaboré, chaque expérience de discrimination apportant sa pierre à l’élaboration d’un discours raciste ; la « race » (dans le sens de construction sociale avant que d’être scientifique à la fin du XIXe siècle) imprégnant les esprits et les textes de lois coloniales et métropolitaines jusqu’à l’abolition de l’esclavage et au-delà, dans la période de la deuxième colonisation. S’il faut reconnaître que l’antiesclavagisme n’a pas toujours œuvré à l’antiracisme et qu’il s’est même satisfait de son contraire à la fin du XIXe siècle, il n’est pourtant pas possible depuis la fin de la deuxième guerre mondiale de concevoir l’un sans l’autre. La déclaration de Durban (point 13, 8 septembre 2001), a tout entier résumé les faits : « l’esclavage et la traite transatlantique sont l’une des principales sources et manifestations du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance ». A quoi sert-il de le nier, sauf à vouloir protéger des intérêts particularistes ?

Deuxièmement, la méthode historique tout comme celle des sciences humaines et sociales, repose non seulement sur l’administration de la preuve mais aussi sur la contextualisation des analyses. Il est ainsi étonnant de voir ressurgir des affirmations qui cherchent à opposer un esclavage transatlantique par l’Europe à un autre d’Afrique du Nord ou encore d’Afrique subsaharienne ou du Moyen-Orient, oubliant dans cette mise en comparaison douteuse un facteur essentiel qui fait l’histoire : celui du temps. En l’occurrence, d’un côté, trois siècles et demi de traite vers les Amériques, cinq siècles de sociétés esclavagistes dans la Caraïbe, dans l’Océan Indien et en Amérique du Sud qui peinent à se débarrasser des avatars de la relation esclavagiste ; et de l’autre, dix-huit siècles. L’opposition des phénomènes esclavagistes n’est pas raison ! Les phénomènes labellisés comme « esclavagistes » sur différents continents ne doivent pas servir ni à dédouaner telle ou telle société, ni à donner des arguments moraux pour minorer des faits historiquement avérés pour l’Europe comme pour le continent africain et les pays du Moyen-Orient. Si des freins subsistent dans la connaissance un peu partout dans le monde et y compris en Europe, ils sont de plus en plus marginaux et des équipes de recherche dans les universités d’Afrique, des Amériques et d’Europe travaillent ardemment, conjointement, en dialogues, comme le prouvent le nombre croissant d’ouvrages, de thèses et de colloques. Par idéal généreux, la recherche qui met en relation les différentes historiographies mondiales soutient le combat pour l’Egalité entre les Êtres humains et la dignité de tous les citoyens, à un niveau national. La mémoire et l’histoire de l’esclavage atlantique et dans l’Océan Indien ne peuvent pas signifier repli mortifère, elles incitent, au contraire, à combattre l’esclavage contemporain car le Code Noir de 1685 a été remplacé par le « Code Noir Mauritanien » au XXe siècle! Les combats antiesclavagistes sont compris dans tous les combats antiracistes: « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous » alertait Frantz Fanon dès 1952. Cette solidarité juste doit être maintenue.

EPISODE II -b

Mémoire de l’esclavage et antiracisme : les enjeux de notre combat


— Par Loïc Céry —
En réaction à un texte sidérant mis en ligne sur le site du CNMHE, et pour faire écho à la réplique qui lui a été adressée par Myriam Cottias. Parce que la mémoire de l’esclavage engage bel et bien la lutte contre le racisme.

Dans sa monumentale Histoire de l’antisémitisme ou dans son Bréviaire de la haine préfacé par Mauriac, Léon Poliakov ne cesse d’insister sur le continuum qui lie indubitablement l’étude des rouages historiques et la compréhension des étonnantes persistances du racisme. Plus que tout autre sans doute, et ayant ouvert la voie à une spécialisation aujourd’hui éprouvée et nourrie de l’historiographie, Poliakov nous a appris le lien insécable entre l’intelligibilité des structures historiques et l’aberrante continuation des haines raciales – et il faut redire que son exploration des soubassements de l’antisémitisme vaut pour toute expression du racisme, ou des racismes : la connaissance de l’histoire seule sera dans ce champ, propre à nous prémunir des manipulations.

 C’est aujourd’hui, il faut le savoir et il faut être à même de le reconnaître, une manipulation insidieuse de l’histoire qui se joue dans les coulisses de la future fondation pour la mémoire de l’esclavage, annoncée en 2018 par Emmanuel Macron. Ce qui s’est jusqu’alors joué dans la torpeur de débats internes au Groupement d’intérêt public (GIP) préfigurant cette fondation éclate désormais au grand jour, jusqu’à ce texte cité par Myriam Cottias, mis en ligne sur le site du CNMHE. Désormais, il sera loisible à tout un chacun de le savoir : une conception précise de l’histoire, fondée sur des visions idéologiques normées, est en train de se dire, et de s’imposer dans une instance publique censée porter en France la mémoire de l’esclavage. Nul ne pourra dire désormais qu’on n’en avait pas été informé, que tout cela ma foi est discutable et qu’il ne s’agit pas de succomber à je ne sais quelle suspicion. Le texte en question, s’appuyant sur une manipulation grossière de l’histoire, tend à dissocier soigneusement la question du racisme et la mémoire de l’esclavage. Si la fumisterie qui se dit là, sans vergogne, sautera aux yeux de tout historien et de tout un chacun un peu prévenu de ces problématiques, le but poursuivi est tout autre que celui de la polémique entre spécialistes. En misant sur le silence des uns et des autres, il s’agit d’asseoir auprès du grand public, cette manipulation et ce détournement de la mémoire – qui ne dit mot consent. Prononcée ex cathedra et avec l’assurance des arguments d’autorité, une idéologie révisionniste se met en place au cœur des instances chargées par la puissance publique, de représenter la mémoire de ceux qui subirent dans leurs chairs des siècles de servilité bel et bien fondée sur un racisme institué. Pire : préparée depuis longtemps, cette institutionnalisation d’un révisionnisme qui a attendu son heure, est en train de s’imposer comme corps de doctrine de ces instances. Moyennant une suite déjà longue d’atermoiements au sein du GIP, s’appuyant sur l’absence de réaction de tous, sans doute découragés par des manœuvres de positionnements personnels, cette idéologie est désormais en train de s’imposer, au su et au vu de tous. On mise sur notre apathie, on parie sur notre complicité silencieuse. Sachons démasquer, apprenons à déjouer, tâchons de nous mobiliser. Il en va de l’honneur de tous, il en va de la mémoire du « crime inoubliable », il en va de la lutte éternellement recommencée contre le racisme.

 Démasquer

Bien sûr, ceux qui auront vu venir au fil du temps l’insidieuse phraséologie de volontaire confusion, de minoration et de relativisme forcené qui se joue dans le texte du CNMHE, seront certainement un peu agacés qu’on ait pris autant de temps pour réagir. Nous sommes en tout cas, à l’Institut du Tout-Monde, de ceux qui auront continuellement alerté, ici même sur Mediapart et ailleurs, sur les risques considérables aujourd’hui avérés, de la confiscation de la mémoire de l’esclavage par une poignée d’idéologues. Nous avons alerté, sans avoir été entendus. On nous disait que la fondation en préparation était affaire de processus, et que ma foi, il fallait donner du temps au temps et miser sur l’essoufflement de cette parole rétrograde, quand bien même elle était insupportable sur le moment. Jamais nous n’avons accepté d’être associés à ces gens, quand bien même on a voulu nous y contraindre. Nous autres, sommes porteurs du combat incessant et de l’engagement de fond mené durant tout son parcours par Édouard Glissant à l’endroit de cette mémoire qui est celle de tous. Pour Glissant, il ne s’agissait pas de ce « devoir de mémoire » qu’on nous assène à longueur de temps, mais d’un devoir de lucidité et de connaissance. Il s’agissait aussi pour lui, justement, du combat pour une mémoire-vigie, d’une mémoire-conscience, d’une mémoire-mobilisation devant les infamies du monde, lui qui nous disait en 2010 :

 « Ceux qui ne veulent plus se souvenir de ce phénomène de transformation du monde qu’a été l’esclavage, et des souffrances qu’il a coûtées, parce qu’ils refusent d’en supporter plus avant le poids douloureux, et ceux qui répugnent à en renouveler la présence, parce qu’ils craignent d’avoir à en soutenir encore la responsabilité, renforcent l’action négative des racistes et des retardataires qui ne voient pas passer le monde au large de leurs obsessions lisses d’antan, et ne reconnaissent autour d’eux et autour de nous que la nuit des oublis et des dénis. » (10 mai. Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, Paris, Galaade / Institut du Tout-Monde)

 On nous a dit : « soyez constructifs », sachez relativiser, misez sur l’avenir. Mais l’avenir ne peut pas s’écrire avec ceux qui nient la spécificité irréductible de la traite négrière transatlantique. L’avenir ne peut se concevoir au prix de la minoration des souffrances du passé et de l’aveuglement sur les marasmes du présent, de leurs origines et de leur persistance. À défaut d’être un sport de combat, la mémoire de l’esclavage ne peut rassembler que ceux qui reconnaissent la spécificité des histoires, et ceux qui rejettent l’indistinction de l’Histoire majuscule. Chaque occurrence du passé détient une part de l’histoire de tous, mais ce n’est aucunement dans l’indistinction volontaire, le nivellement et le relativisme que peut se concevoir le rassemblement des mémoires pour lequel militait Édouard Glissant.

 Or, il faut savoir démasquer le discours de la méthode qui se dit derrière ces proclamations aussi absurdes que celle d’une séparation dogmatique et auto-proclamée des questions de racisme et de l’esclavage. Le texte du CNMHE dit :

 « Sur le plan historique, le racisme est une conséquence de l’esclavage, mais il ne préexiste pas à celui-ci. On ne peut donc confondre les deux phénomènes, ni affirmer que la mise en esclavage cible précisément une catégorie particulière de la population. L’esclavage est une forme extrême de l’exploitation de la force du travail humain à des fins économiques. On en trouve des traces lointaines dans toutes les sociétés humaines. Le continent européen a connu l’esclavage des Blancs dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. »

 Une telle vision découle de ce qui se nomme aujourd’hui « histoire globale » et n’en est qu’un détournement méthodologique. Déjà en 2004, c’était par un Essai d’histoire globale qu’un historien adepte de sophismes présentait la traite transatlantique comme finalement un « détail » d’une histoire millénaire. C’était clamer le caractère profondément relatif de la traite négrière transatlantique. Et on sait la polémique qui s’en suivit. Aujourd’hui, pour boucler la boucle en quelque sorte, il s’agit aussi de revivifier ce que Benjamin Stora a nommé « guerre des mémoires », en réutilisant l’argument éculé de l’existence de la traite arabo-musulmane et de la traite intra-africaine, pour mettre en concurrence mémorielle ces entités historiques, avec la traite transatlantique. Beaucoup de nobles esprits se sont laissés manipuler dans les années deux-mille par ces visions perverties de l’histoire, mues par la volonté d’asseoir une vision idéologique précise. Il s’agissait alors de relativiser la responsabilité des nations esclavagistes, mais aussi de rompre le continuum d’un héritage profond entre esclavagisme et émergence du racisme. Alors même que les travaux des chercheurs en démontraient l’inanité, l’idéologie pseudo-globaliste avançait pas à pas, en dépit des résistances. Les manipulations législatives (à l’encontre de la loi de 2006 instaurant le 10 mai comme journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions) et les perspectives institutionnelles d’une fondation fantomatique à force de reniements, devait offrir à partir de 2016 notamment, une nouvelle opportunité au jeu de forces. Il est question aujourd’hui (je demande qu’on y soit attentif) au prolongement, par paradoxe, d’une étonnante « racialisation » de la mémoire. Déjà pour le choix du 23 mai comme journée des « victimes » de l’esclavage, on arguait que le 10 mai serait désormais réservé à la célébration des abolitionnistes français, et le 23 dévolu aux afro-descendants. Aujourd’hui, l’argumentaire du texte mis en ligne par le CNMHE rappelle que des Blancs furent esclaves. Comme si la focalisation sur la traite négrière devait en somme offusquer ce souvenir-là. Comme si les millions de morts gisant au fond de l’Atlantique « lestés de boulets verdis » comme le dit Glissant, avaient eu le mauvais goût de connaître leur martyre des siècles après l’esclavage de l’Antiquité : comme si on devait s’excuser de la mémoire de leur souffrance, au regard du « temps long ». On en est là, aujourd’hui, au Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, instance publique, et ça se passe en France, en 2019. Désormais, le CNMHE est bel et bien l’instrument de cette confiscation, et qu’on se le dise – comme le proclame le texte mis en ligne sur le site de l’institution – « L’objet principal de la fondation n’est pas d’être une institution supplémentaire de lutte contre le racisme. » La messe serait-elle dite ?

 Déjouer

Rappelons quelques faits, énoncés par Myriam Cottias qui a d’ailleurs contribué avec d’autres, à en établir la véridiction, d’ailleurs vérifiable. Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit sur la simultanéité du développement de la traite, de l’esclavage et des fondements mêmes du racisme. Nul ne devrait ignorer ce lien, et je renverrai là-dessus aux travaux fondamentaux de ces dernières années (la bibliographie est fournie à ce sujet). Qui pourrait ignorer que les premiers travaux qui devaient donner naissance au racisme « scientifique » du XIXsiècle sont dus, en plein XVIIIsiècle, à Buffon ou Linné ? Qui pourrait ignorer les arguments de Las Casas en plein XVIsiècle ? Qui pourrait ignorer la phraséologie de bestialisation des esclaves depuis l’orée du système des plantations ? Qui pourrait ignorer ce que l’histoire a établi, documenté à foison, analysé, mis en perspectives, décortiqué moyennant publications, colloques, programmes de recherche multiples, nationaux, internationaux ? Qui, un peu renseigné de renouvellement des approches, ne connaîtrait pas les travaux indispensables autour de ces questions, de Catherine Coquery-Vidrovitch, d’Éric Fassin ou de Christian Delacampagne ? Qui ? Je demande qu’on prenne le temps de répondre à cette question.

Les pseudo-globalistes, ceux que Glissant nomme en 2008 dans Tous les jours de mai, les « manœuvriers de la mémoire », les « historiens tronqueurs » (encore nommés par lui « nos régents », « nos puristes » ou « nos précepteurs ») poursuivent certes une vision normée de l’histoire, mais encore une vision claire de la mémoire. Ne nous y trompons pas : ce que le texte du CNMHE proclame, c’est bien, et en parfaite cohérence, la volonté d’une dichotomie. L’histoire de la traite transatlantique, relativisée et minorée dans l’histoire dite globale, ne peut qu’avoir valeur conservatoire, de l’ordre de ce que Nietzsche nomme dans sa Deuxième considération inactuelle, « l’histoire antiquaire ». Il s’agit de concevoir le passé au mieux comme un répertoire livresque, et aucunement une clé de lecture du présent. Le pseudo-globaliste se dit obsédé par l’anachronisme, là où il est tout entier mû par la vision d’un présent non redevable du passé. Il ne faudrait surtout pas qu’un lien soit établi entre une quelconque spécificité de l’esclavage colonial, et les pesanteurs de racialisation encore aujourd’hui vérifiables, non seulement sur les « afro-descendants » (qu’on adhère ou non à l’appellation) mais sur tous autant que nous sommes, héritiers de l’histoire et de ses structurations mentales. Cette seule idée hérisse le pseudo-globaliste, qui peut très bien se satisfaire du racisme. Que le présent reconnaisse dans le passé de la traite et de l’esclavage, les ferments du racisme d’aujourd’hui : il y a là un enjeu apparemment insupportable, et qu’il s’agit d’empêcher pour le tricheur d’histoire. La connaissance n’a plus rien à voir avec ce type d’approche mensongère et de visée idéologique. Il y est question plus exactement, d’un obscurantisme fondamental, se parant des vertus du regard panoramique. Un obscurantisme qui s’est donné pour enjeu que la conscience des continuités puisse être entravée. Alors oui, pour lui, pour ce pseudo historien et ce manipulateur, le racisme attendra.

 Mobiliser

Devant ce franchissement d’un nouveau palier dans l’inacceptable révisionnisme d’un passé qui est celui de tous et pas seulement celui d’une « communauté », devant ces manipulations éhontées de l’histoire, devant ce pari fait sur la torpeur de tout un chacun, reste uniquement à appeler à un sursaut et à une mobilisation. Nous espérons ne pas être seuls cette fois-ci, nous espérons que chacun lira le texte du CNMHE, lira la réplique de Myriam Cottias, et sera à même de se représenter ce qui est aujourd’hui en jeu.

 L’Institut du Tout-Monde rejette aujourd’hui toute récupération quelconque de la pensée exigeante d’Édouard Glissant par les tenants de ces instances en préparation, qui ont renié l’idéal de la loi Taubira, quoi qu’on en dise ou qu’on s’illusionne de croire. L’actuel CNMHE s’est juré de mettre à bas cette loi qui est l’honneur de la République. Si l’esclavage fut bel et bien un crime contre l’humanité, c’est parce que l’humanité des esclavisés fut niée jour après jour par une idéologie raciste, par un racisme en germe et en action, celui-là même qui s’était juré de rejeter hors du monde des hommes ceux qui n’étaient pas seulement considérés comme moyens de production, mais comme sous-hommes, « nègres », « négresses », « négrillons », « négrittes ». Pendant des siècles ceux-là ont subi quotidiennement sur les habitations, la haine racialisée de ceux qui se prétendaient leurs maîtres. Ils sont les ancêtres de l’humanité d’aujourd’hui, confrontée à la résurgence violente du racisme et des haines raciales. Nous serons à la hauteur de leurs luttes, qui nous obligent à la plus claire vigilance contre ceux que Césaire appelait les assassins d’aube. L’actuel GIP préfigurant la fondation se discrédite, de travailler avec des révisionnistes patentés de cette histoire, de notre histoire à tous. Tant que ce sera le cas, il est exclu que l’Institut du Tout-Monde s’associe en quoi que ce soit à cette mascarade.

 Nous refusons que la future fondation pour la mémoire de l’esclavage se fonde sur cette idéologie portée aujourd’hui par l’actuel CNMHE, exprimant ouvertement une concurrence des mémoires, une relativisation de la traite transatlantique et un désengagement du combat contre le racisme. Fondée sur ces présupposés inacceptables, cette fondation se fera alors, mais « pas en notre nom ». Halte aux belles paroles, à la propagande d’État et aux petits arrangements sur le dos des martyrs du passé. Sachons nous mobiliser pour mettre à bas ceux qui voudraient tuer une seconde fois Delgrès et tous ceux qui au prix de leur vie ont su braver l’innommable. Sachons, dans le combat éminent contre le racisme qui nous engage tous, nous mobiliser pour être conscients des pesanteurs de l’histoire, et être à même de nous en libérer : contre les névroses du passé, contre l’aliénation de sa négation et contre la surdité face au vacarme du présent.

 Loïc Céry (Institut du Tout-Monde)

« Que de sang dans ma mémoire ! Dans ma mémoire sont des lagunes. Elles sont couvertes de têtes de morts. Elles ne sont pas couvertes de nénuphars. Dans ma mémoire sont des lagunes. Sur leurs rives ne sont pas étendus des pagnes de femmes. Ma mémoire est entourée de sang. Ma mémoire a sa ceinture de cadavres ! et mitraille de barils de rhum génialement arrosant nos révoltes ignobles, pâmoisons d’yeux doux d’avoir lampé la liberté féroce » (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal)

EPISODE III

Frédéric Régent

Président du CN%HE

Paris le 11 mars 2019

Monsieur le Procureur de la République,

Objet : plainte pour diffamation publique

J’ai l’honneur de porter à votre connaissance les faits suivants :

Le 21 février 2019, j’ai constaté que, dans son blog Médiapart (https://blogs.mediapart.fr/edition/institut-du-tout-monde/article/200219/memoire-delesclavage-et-antiracisme-les-enjeux-de-notre-combat

et dans un commentaire qu’il fait à un article intitulé « L’anti-esclavagisme peut-il exclure l’antiracisme »(https://blogs.mediapart.fr/myriam-cottias/blog/200219/l-anti-esclavagisme-peut-il-exclurelantiracisme/commentaires), M. Loïc Céry (édition : Institut du Tout-Monde) a affirmé que les membres du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CNMHE) sont « des révisionnistes patentés », des « pseudo-historiens » qui « peuvent tenir des propos indignes » et veulent mettre en place une « « racialisation » de la mémoire ». Il affirme que c’est une « insidieuse phraséologie de volontaire confusion, de minoration et de relativisme forcené qui se joue dans le texte du CNMHE », Il allègue également que les membres du CNMHE sont « des révisionnistes à la Faurisson ».

Je suis historien, maître de conférences et habilité à diriger des recherches en Histoire, à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur à l’Institut d’Histoire moderne et Contemporaine (CNRS, Ecole Normale Supérieure) et membre de l’Institut d’histoire de la Révolution française, fondé par Jean Zay, en 1937. Ma spécialité porte sur l’histoire de l’esclavage dans les colonies françaises, je suis à ce titre auteur de plusieurs ouvrages. Nommé le 22 août 2016, par décret du Premier ministre, président du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, je suis garant à ce titre de la défense de l’honneur de cette institution.

Ces propos sont insupportables. Ils sont une atteinte à mon honneur et à l’institution que je préside. Ils le sont pour trois raisons.

En tant qu’historien, être assimilé à M. Faurisson est l’injure la plus grave qu’il soit.

En tant que descendant d’esclaves, être accusé de vouloir minoré l’esclavage, est un procès d’intention calomnieux.

En tant que descendant de Juifs, d’être associé à un négationniste, est le procédé le plus ignoble qu’il soit.

En vertu de l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, ces faits étant constitutifs d’un délit d’injure et de diffamation publique, je dépose plainte auprès de vos services. Je vous adresse ci-joint les documents qui démontrent les propos qui ont été tenus.

En vous remerciant très sincèrement par avance pour vos bons soins dans cette affaire, je vous prie d’agréer Monsieur le Procureur de la République, mes sentiments respectueux.

Frédéric Régent

Source La lettre@madinin-art.net 15/03/2019 

Lire aussi ;https://luckbrown.wordpress.com/2016/08/27/une-premiere-bourde-pour-demarrer/

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SEMAINE D’EDUCATION ET D’ACTIONS CONTRE LE RACISME et L’ANTISEMITISME

Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme
Du 18 au 24 mars 2019
 De nombreux événements sont prévus dans le cadre de la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme, du 18 au 24 mars 2019.
Découvrez le programme des manifestations organisées par le Groupe de recherche Achac, en partenariat avec la Dilcrah : 

 Mardi 19 mars de 16h00 à 19h00 : soirée de lancement du projet éducatif et citoyen « Histoire de l’immigration en Bourgogne-Franche-Comté » et inauguration de l’exposition  itinérante Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds au Scénacle à Besançon (Doubs). Cette exposition sera présentée dans de nombreux établissements scolaires et institutions culturelles de la région tout au long de l’année.

Jusqu’au 10 mai : présentation de l’exposition Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds aux Archives départementales de la Haute-Saône à Vesoul (Haute-Saône).

Jusqu’au 16 juin : présentation de l’exposition Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds à la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme à Champagney (Franche-Comté).

Du 18 mars au 19 avril : présentation de l’exposition Zoos Humains. L’invention du sauvage à Bibliothèque universitaire Edgar Morin de l’Université Paris 13, Campus de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis).

Jeudi 21 mars à 18h30 : projection-débat du documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains au cinéma Eden à La Ciotat (Bouches-du-Rhône).

Vendredi 22 mars de 14h00 à 16h00 : conférence-débat « Des zoos humains au racisme aujourd’hui » avec Pascal Blanchard, historien et Lilian Thuram, président de la Fondation Éducation contre le racisme, à l’Université Paris 13, Campus de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), Amphithéâtre 5

.Samedi 23 mars à 17h30 : projection du documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains au cinéma Pathé à Échirolles (Isère), suivie d’un débat, de 19h00 à 20h30, mené par Nicolas Bancel, historien et Bruno Victor-Pujebet, co-réalisateur du film.

Source ACHAC Newsletter #2 – 14 mars 2019

SEXUALITE COLONISATION IMMIGRATION : ENJEUX ET HERITAGES

« Sexualité, colonisation, immigration : enjeux et héritages » |

15 février 2019 | MNHI | Paris
Dates et horaires : Vendredi 15 février 2019, de 9h15 à 18h30
Lieu : Musée national de l’histoire de l’immigration
Adresse : Palais de la Porte dorée, 293 avenue Daumesnil, 75012 Paris


Éditeurs / Partenaires : Musée national de l’histoire de l’immigration ; Éditions La Découverte ; le Cget et la Dilcrah.
Spécificités : Présentation de l’exposition Sexe, regards & colonies
Modalités d’inscription : Sur réservation auprès de contact@achac.com ; entrée libre dans la limite des places disponibles

 


L’histoire de la sexualité et de la domination des corps, dans les empires coloniaux européens et aux États-Unis, est devenue un sujet majeur des analyses contemporaines. Avec le phénomène des immigrations, les enjeux de ce passé demeurent, aujourd’hui encore, à l’œuvre dans les sociétés postcoloniales. Les discours politiques et médiatiques autour de l’immigration s’articulent en effet bien souvent en termes de genre et de sexualité pour alimenter les peurs sociales. Dans le même temps, la multiplication des unions mixtes, qui accompagne les migrations postcoloniales, suscite tout à la fois acceptation progressive et crispations xénophobes.

C’est au cœur de ces questions que se situe ce colloque interdisciplinaire qui succède à une première rencontre organisée au Columbia Global Center de Paris au mois de novembre 2018, prenant comme point de départ l’ouvrage Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours (La Découverte, 2018). Les quatre tables rondes qui rythmeront la journée du vendredi 15 février 2019 au Musée national de l’histoire de l’immigration (Palais de la Porte Dorée), analyseront ainsi l’impact historique de cet héritage colonial. Près d’une trentaine de spécialistes, de tous les horizons scientifiques et artistiques, croiseront leurs approches et donneront la parole au public à l’issue de chaque session pour ouvrir les débats sur de nouvelles perspectives.

 

Benjamin Stora, à propos du colloque « Sexualité, colonisation, immigration : enjeux et héritages »

Le colloque « Sexualité, colonisation, immigration : enjeux et héritages » se tiendra le 15 février prochain au Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris, en présence d’une trentaine d’intervenants. Benjamin Stora, qui préside le Conseil d’orientation de l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée et du Musée national de l’histoire de l’immigration, propose ici une tribune insistant sur l’intérêt de poursuivre les débats sur la représentation des femmes et des minorités afin de déconstruire les clichés hérités de la période coloniale. Historien, spécialiste du Maghreb contemporain, des guerres de décolonisations et de l’immigration maghrébine en Europe, Benjamin Stora a écrit de nombreux ouvrages sur l’Algérie, notamment C’était hier en Algérie, les Juifs d’Algérie, de l’Orient à la République(Larousse, 2016), Les Clés retrouvées, une enfance juive à Constantine (Stock, 2015) et La guerre d’Algérie expliquée en images (Seuil, 2014).

 

Le Palais de la Porte dorée et le Musée national de l’histoire de l’immigration accueilleront le 15 février prochain, le colloque prévu de longue date, à l’initiative du Groupe de recherche Achac et de son président Pascal Blanchard, « Sexualité, colonisation, immigration : enjeux et héritages ».

Ce colloque doit permettre durant une journée d’analyser et de débattre des processus d’asservissement et de domination sexuelle durant la période coloniale et de ses effets sur les migrations postcoloniales. Pour le Musée national de l’histoire de l’immigration, ce colloque doit contribuer au débat nécessaire visant à rendre compte au travers de l’histoire, des systèmes et des pratiques infériorisant le corps des femmes, qui conditionnent encore aujourd’hui les rapports sociaux au sein de la société française et plus largement les relations entre les populations occidentales et celles des ex-colonisés du Sud.

Pour le Musée national de l’histoire de l’immigration (MNHI), l’intérêt de ce colloque est double. Il permet à la fois de « croiser » la question du genre au regard de l’histoire coloniale et de l’immigration mais aussi de tenter d’en mesurer les effets en termes d’héritages tant au niveau de la société française que pour les premiers concernés aujourd’hui : les personnes issues de l’immigration coloniale ou encore les « racisés ». Certes, cette immigration issue de l’ex-empire colonial français ne saurait recouvrir le champ très large de l’histoire de l’immigration et des migrations traités par le MNHI, mais la persistance des discriminations d’une génération à l’autre pour ces publics nous oblige collectivement à mieux comprendre les processus à l’œuvre pour mieux les déconstruire.

En accueillant ce colloque, le Musée national de l’histoire de l’immigration poursuit donc sa double mission : permettre à chacun l’accès aux savoirs et mettre en débat ce savoir afin de lutter contre les préjugés et les stéréotypes.

 

Programme
9h15 – 9h30 : Mots d’accueil

9h30 – 10h00 : Conférence d’ouverture

Avec Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Christelle Taraud et Dominic Thomas

10h00 – 11h30 – Table ronde « Colonisation et sexualités : les spécificités de l’empire colonial français (1830-1960) et regards croisés sur les autres empires coloniaux »

Animée par Pascal Blanchard

Avec Gilles Boëtsch, Catherine Coquery-Vidrovitch, Marcel Dorigny, Amandine Lauro et Olivier Le Cour Grandmaison

11h30 – 13h00 – Table ronde « Morphotypes sexuels et fantasmes populaires : colonisation et postcolonisation »

Animée par Christelle Taraud

Avec Nicolas Bancel, Jephthé Carmil, Arlette Gautier, Sandrine Lemaire et Dominic Thomas

13h00 – 14h30 : Pause déjeuner

14h30 – 16h00 – Table ronde « Genre et sexualité en période postcoloniale et dans la migration : glissements entre discours étatique, discours de l’intime et affaire de famille »

Animée par Nicolas Bancel

Avec Pascal Blanchard, Elsa Dorlin, Yvan Gastaut, Michel Stambolis-Ruhstorfer et Jean-François Staszak

16h00 – 16h15 : Pause

16h15 – 17h45 – Table ronde « Image et imaginaires sur les migrant.e.s et les minorités nationales : regards croisés Europe/États-Unis dans les sociétés postcoloniales »

Animée par Frédéric Callens et Djaouida Sehili

Avec Marine Bachelot Nguyen, Kamila Bouchemal, Sylvie Chalaye, François Durpaire, Grégoire Fauconnier et Katrin Köppert

17h45 – 18h30 – Bilan de la journée et perspectives / Débat et échanges avec le public

Animé par Gilles Boëtsch et Dominic Thomas

Avec Marc Cheb Sun, Catherine Coquery-Vidrovitch et Frédéric Potier

Intervenants
Marine Bachelot Nguyen, auteure, metteure en scène. Elle a notamment écrit La place du chien (sitcom canin et postcolonial) (2013).

Nicolas Bancel, historien, professeur ordinaire à l’Université de Lausanne (Suisse), faculté des sciences sociales et politiques (ISSUL), codirecteur du Groupe de recherche Achac.

Pascal Blanchard, historien, chercheur LCP/CNRS (France), codirecteur du Groupe de recherche Achac.

Gilles Boëtsch, anthropobiologiste, directeur de recherche émérite au CNRS (France), membre de l’UMI Environnement, Santé, Sociétés à Dakar (Sénégal).

Kamila Bouchemal, docteure en littérature comparée et études de genre, chercheure associée à l’INA.

Frédéric Callens, directeur des ressources au sein du Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris (France).

Jephthé Carmil, doctorant en sociologie à l’Université Paris 7 (France) et artiste, il travaille sur les relations entre l’iconographie postcoloniale et l’art contemporain.

Sylvie Chalaye, anthropologue et historienne, codirectrice de l’Institut de recherche en études théâtrales de l’Université Paris III-Sorbonne Nouvelle (France).

Marc Cheb Sun, auteur et éditorialiste, fondateur du magazine Respect Mag.

Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, professeure émérite à l’Université Paris Diderot (France).

Elsa Dorlin, philosophe, professeure de philosophie politique et sociale au département de science politique de l’Université Paris VIII (France).

Marcel Dorigny, maître de conférences en histoire à l’université de Paris VIII St-Denis, il est spécialiste de l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et des mouvements indépendantistes et abolitionnistes.

François Durpaire, historien spécialisé dans les questions relatives à la diversité culturelle, aux États-Unis et en France, ainsi qu’à l’évolution des relations au sein de la mondialisation (diasporas et communautés du web).

Grégoire Fauconnier, professeur agrégé de géographie, il est titulaire d’un master d’histoire et diplômé de l’Institut français de presse (université Panthéon-Assas). Il rédige actuellement une thèse sur la mixité sociale et est co-auteur du livre Noir, entre peinture et histoire (Omniscience, 2018).

Yvan Gastaut, historien, maître de conférences à l’Université de Nice, membre de l’Unité de recherches Migrations et société (France).

Arlette Gautier, sociologue, professeure de sociologie à l’Université de Bretagne occidentale (France).

Katrin Köppert, théoricienne des médias queer et associée de recherche à l’UdK Berlin. Auparavant, elle a enseigné à l’Art University Linz.

Amandine Lauro, historienne, chercheure qualifiée au Fonds national de la recherche scientifique à l’Université libre de Bruxelles (Belgique).

Olivier Le Cour Grandmaison, maître de conférences en science politique à l’Université Paris-Saclay Évry-Val-d’Essonne (France).

Sandrine Lemaire, agrégée, docteure en histoire et enseignante en classes préparatoires à Reims. Vice-présidente du Groupe de recherche Achac.

Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah).

Djaouida Sehili, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Lumière Lyon 2 (France).

Michael Stambolis-Ruhstorfer, docteur en sociologie et gender studies, chercheur à l’Université Bordeaux Montaigne (France).

Jean-François Staszak, géographe, professeur au département géographie et environnement de l’Université de Genève (Suisse).

Christelle Taraud, historienne, enseignante dans les programmes parisiens de Columbia University et de New York University (France),

membre associé du Centre d’Histoire du XIXe siècle (Paris I et IV).

Dominic Thomas, professeur en littérature comparée, directeur du département d’études françaises et francophones à UCLA (États-Unis).

 

Source  ACHAC Janvier2019

 

Maryse CONDE , de la liberté de l’écrivain Antillais

Littérature : Maryse Condé « Voilà peut-être l’écrivain des Caraïbes enfin libre »

7 février 2014 par Rédac Creoleways

Chronique d’une mort annoncée.

Littérature caribéenne et globalisation

Par Maryse Condé [1]
Je voudrais commencer par les impressions fortes, indélébiles qu’ont fait naître en moi des images parues à la télévision au cours du mois de novembre 2002. D’une part, la chaîne CNN présentait des Haïtiens fuyant la misère et le désespoir de leur île dans une embarcation de fortune, arrivant inattendûment à proximité du rivage de Miami, se jetant à l’eau, se bousculant, nageant pour l’atteindre, cependant qu’une foule d’immigrants de même nationalité manifestait au mépris de la police afin qu’ils ne soient pas expulsés et que leur soit accordé le même statut que les réfugiés Cubains. D’autre part, RFO présentait la grève générale en Guadeloupe à l’instigation du syndicat UGTG (Union générale des Travailleurs de Guadeloupe), qui a pris la relève des partis indépendantistes. Sous garde policière, des camions de la SARA (Société anonyme des Raffineries des Antilles) approvisionnaient les stations d’essence. Vu ce climat de violence et d’insécurité générale, la chaîne des hotels Accor et de la société Texaco annoncaient leur départ du pays. Voilà donc qu’étaient juxtaposés sur les écrans les comportements de deux peuples caribéens en ce début du XXI° siècle. Celui du peuple haïtien, qui n’a d’autre choix pour sa survie que de prendre d’assaut le territoire de l’Oncle Sam et de forcer aveuglément la porte de la globalisation. Celui du peuple guadeloupéen, persuadé que cette survie passe par un refus forcené, rageur et qui tente désespérément de s’y soustraire.
Le peuple haïtien peut être considéré comme une métaphore qui exemplifie la situation des peuples caribéens dans leur ensemble. Il est l’illustration extrême de problèmes auxquels tous seront confrontés, s’ils ne le sont pas déja. Depuis des années, victime de dysfonctionnements politiques, économiques et sociaux qui ont exacerbé sa condition de pays du Sud, il est exsangue et expédie à travers le monde le meilleur de lui-même. Cette situation n’intéresse pas seulement les sociologues ou les politologues, car ces immigrés, puis ces deuxièmes générations comme on appelle les enfants nés des premiers, produisent une littérature et c’est là le paradoxe, une littérature quelquefois somptueuse. Ce sont les facteurs inhérents à l’étude de cette nouvelle littérature, la néo-littérature des Caraïbes, que je voudrais aborder aujourd’hui. Dès l’abord, leur complexité se pose comme une évidence. Cette littérature se caractérise par la mise en désuétude et la destruction des oppositions binaires (pays du dedans/pays du dehors, métropole/île, français/créole, barbare/civilisé, Prospéro/Caliban) héritées souvent du colonialisme, mais qui assuraient le fonctionnement de notre pensée, de notre recherche.

LE  PAYS

À propos d’Haïti, le sociologue Gérard Barthélemy reprenant une image communément employée, intitule son livre Pays du dedans, Pays du dehors. Sous cet énoncé se cache en réalité une double mythologie : celle du Paradis, ou du moins d’un certain bonheur et de l’Enfer. C’est dans ce contexte que l’interpellation de Césaire en ouverture du Cahier d’un Retour au Pays Natal (Présence Africaine, 1971) acquiert toute sa force insurrectionnelle : “ Au bout du petit matin bourgeonnant d’anses frêles, les Antilles qui ont faim, les Antilles grêlées de petite vérole, les Antilles dynamitées d’alcool, échouées dans la boue de cette baie, dans la poussière de cette ville sinistrement échouée ” (31). Malgré les objurgations de Suzanne Césaire dans Misère d’une poésie nationale (Tropiques, 1945), en règle générale la vision du pays du dedans est plus que positive. C’est celle d’Émmanuel-Flavia Léopold : “ une ile amoureuse du vent où l’air a des odeurs de sucre et de vanille ”. C’est celle de Saint-John Perse dans “ Éloges ” (Gallimard, 1960), carrément édénique, elle aussi : “ L’île s’endort, écrit-il, au cirque des eaux vastes, lavée des courants chauds et des laitances grasses, dans la fréquentation des vases somptueuses ” (17). Tout en concédant dans “ Pluie et Vent sur Télumée Miracle ” (Seuil,1972) que naguère ses ancêtres furent esclaves et que son ile est “ à volcans, à cyclones et moustiques, à mauvaise mentalité ”, Simone Schwarz Bart n’en affirme pas moins que c’est en Guadeloupe qu’elle choisirait de renaître, souffrir et mourir (11). En bref, Patrick Chamoiseau exagère à peine quand il déclare dans Écrire en pays dominé (Gallimard, 1997) : “ Et ce regard superficiel sur soi-même ne retient que l’évidence paradisiaque, les bleus du ciel, le blanc du sable, les fleurs et les petits oiseaux et surtout une créature envoûtante qui cherche moyen d’améliorer sa déveine en charmant ceux qui passent ” (89).

Si dans le pays du dedans, tout n’est pas luxe, tout est à coup sûr, calme, volupté, fraternité, chaleur humaine. Au-delà des images littéraires, le pays du dehors est perçu à l’opposé comme le lieu de tous les dangers. Dans les jungles urbaines du pays du dehors, encore appelé pays des blancs, le Caribéen se dépersonnalise, perd ses traditions (Chanter Noël, Carnaval, accras et boudin), perd surtout sa langue, le créole, garant de son identité, finalement devient un “ négropolitain ” ou un “ nègzagonal ”. S’il crée, son œuvre est entachée de suspicion, accusée d’obéir à des critères étrangers, de rechercher l’adhésion de l’Autre quand elle n’est pas ignorée. Dans les pays soumis à la dictature comme Haïti, une prime est accordée au créateur qui ne se réfugie pas à l’extérieur et résiste, stoïque, aux forces de l’arbitraire et de la zombification. C’est ce qui explique pour une large partie le prestige du romancier Frankétienne demeuré au pays durant les sombres années du duvaliérisme face à ceux qui ont choisi de vivre à l’étranger.

Peu à peu cependant, cette mythification se désagrège sous l’influence de deux facteurs. D’abord, l’extrême paupérisation du pays du dedans. Cette paupérisation inverse les paradigmes. Le pays du dehors se charge d’un attrait nouveau. Un nombre de plus en plus élevé d’individus est contraint à l’exil. Alors apparaît le cercle vicieux que les démographes connaissent bien. Afin de survivre, les Caribéens émigrent. Puis, nostalgiques, découragés par le racisme, les mauvaises conditions de vie qu’ils trouvent à l’extérieur, reviennent au pays natal d’où le chômage les pousse à nouveau vers l’exil. Ensuite la gangrène des temps modernes, violence, drogue, gagne le pays du dedans dont le paysage se métamorphose radicalement. En Haïti, on attribue cette transformation à la politique des États-Unis. Les tribunaux américains sont accusés de renvoyer volontairement vers l’île les criminels et autres indésirables au lieu de les mettre hors d’état de nuire en les emprisonnant sur son sol. Peu à peu, le pays du dedans devient un périmètre stérile, dangereux, hanté par tous les démons. On n’y produit plus rien. Les créateurs de tous bords le désertent. Les orchestres Carimi, Haitian Troubadours, le chanteur Beethova Obas, les peintres Thierry Alet, Marc Latamie résident à New York. Des écrivains aussi. Les musiciens, Jacob Desvarieux, Jocelyne Béroard de Kassav, Tanya Saint-Val sont à Paris.

Le pays du dedans devient le pays dominé et pour finir, le pays sans chapeau. On aboutit à ce dialogue de Dany Laferrière dans son roman du même nom (Serpent à plumes, 1997) :
“ Le cireur secoue lentement la tête.
– Le pays a changé, mon ami. Les gens que vous croisez dans la rue ne sont pas tous des êtres humains, hum…
– Pourquoi dites-vous ça ? Et vous ?
– Moi ! (Il rit)… Moi ! Ça fait longtemps que je suis mort… Je vais vous donner le secret de ce pays. Tous ceux que vous voyez dans les rues en train de marcher ou de parler, eh bien la plupart sont morts depuis longtemps et ne le savent pas. Ce pays est devenu le plus grand cimetière au monde ” (56).

LA NATIONALITE

Lorsque Césaire écrivait dans le Cahier : “ Je ne suis d’aucune nationalité prévue par les chancelleries ” (101), il employait le mot nationalités en un sens qu’élève des classiques, il avait hérité des philosophes du XVIII° siècle. Les philosophes du XVIII° siécle concevaient des nations civilisées s’éloignant sans cesse de leur condition primitive et des peuples sauvages, sans écriture, sans passé. Pour eux, ce monde civilisé et ce monde sauvage constituaient deux entités irréconciliables dans le temps et l’histoire. Il s’agissait d’une notion passablement abstraite et Césaire avait à l’esprit ces deux grandes catégories de nationalités. La nationalité de l’Autre, civilisée, occidentale. La sienne et celle de ses pareils : primitive, sauvage, cannibale. Aujourd’hui, la signification du mot nationalité est toute autre. Au sens moderne, il s’agit d’un fait concret, juridique. Elle définit l’appartenance d’un individu à une nation précise. Vingt après la célèbre sortie du poète haïtien Anthony Phelps, lors d’un congrès de la francophonie en 1980 à Milan quand il refusa d’être un écrivain à préfixe : “ négro-africain, africain-américain ”, nous assistons à la prolifération des préfixes. Toutefois, le préfixe a changé d’appellation et est baptisé d’un trait d’union.

Voici qu’apparait une abondance de nationalités à trait d’union et que débarquent des Canadiens-Haïtiens, des Haïtiens-Canadiens, des Haïtiens-Américains, des Américains-Haïtiens. Parfois même, le trait d’union disparait. Il y a deux ans, lors d’un forum des écrivains canadiens à la Maison française de Columbia, Dany Laferrière était au nombre des invités et lut des extraits de ses ouvrages. Invité à la Guadeloupe où il recevait un prix littéraire, l’écrivain d’origine Trinidadienne Neil Bissondath déclara qu’il ne se préoccupait plus de Trinidad qu’il avait laissée derrière lui trente ans auparavant, et qu’il était un écrivain canadien. Loin de moi la pensée de critiquer cette évolution. De crier à la trahison. Elle signifie simplement que l’écrivain des Caraïbes a appris sa leçon. Ancien colonisé, il sait que les nationalités peuvent être d’emprunt. Il admet maintenant que s’il existe une nationalité matérielle, celle de la nation où vous ont conduit les nécessités de la survie, symbolisée par l’obtention d’un passeport, caractérisée par l’obligation de respecter un certain nombre de lois et de coutumes, ce n’est pas la plus importante.

La vraie nationalité est intime et subjective. La première est une étiquette commode à l’usage du monde extérieur. La seconde, un fait intérieur dont il n’est besoin de rendre compte à personne.

Par conséquent, Dany Laferrière, Émile Olivier, Marie-Célie Agnan peuvent sans complexes se déclarer écrivains canadiens et tendre leur imaginaire, leur cœur vers le lieu qu’ils désirent.

LA LANGUE

L’opposition langue coloniale-français/langue maternelle-créole sous-tend notre pensée depuis des siècles. Nous vivons dans la croyance weberienne selon laquelle une langue implique une vision du monde et qu’imposer de parler une langue à un peuple ainsi que l’ont fait les colonisateurs français, anglais, espagnols, le traumatise de façon indélébile. Pierre Bourdieu rappelle que la langue maternelle est chargée de sens, seule capable d’exprimer l’indicible. Le recours à la langue coloniale, langue de domination, renforcerait insidieusement la présence du dominant. Édouard Glissant dans Le Discours antillais (Folio,1997) voit “ surtout dans la poétique du créole un exercice permanent de détournement de la transcendance qui y est impliquée : celle de la source française ” (49). Par conséquent, les écrivains qui choisissent le créole comme matériau de leur création littéraire sont automatiquement affectés d’un coefficient positif, face aux assimilationnistes de facto qui utilisent la langue de l’Autre.

Le reproche que certains font aujourd’hui à Césaire est, écrivant en français, de n’avoir jamais contesté l’appareil linguistique par lequel s’exercerait la violence symbolique du dominant. En 1988, dans le journal martiniquais Antilla, Rafaël Confiant, lui-même auteur de cinq romans en créole, sommait les écrivains Caribéens de “ cesser la désertion de la langue maternelle ”. L’année suivante, paraissait l’Éloge de la Créolité (Gallimard, 1989) de Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, Jean Bernabé, manifeste et pamphlet contenant les conceptions politiques et esthétiques des trois signataires. “ Chaque fois qu’une mère, déclare l’Éloge (43), croyant favoriser l’acquisition de la langue française, a refoulé le créole dans la gorge de son enfant, cela n’a été en fait qu’un coup porté à l’imagination de ce dernier, qu’un envoi en déportation de sa créativité ”.

Ainsi est né le mouvement de la créolité qui jouit d’un succès sans précédent. Les détracteurs ont beau s’évertuer à répéter que les écrivains dits de la créolité n’utilisent pas le créole tel qu’on le parle dans les îles, mais une interlangue de leur fabrication, un interlecte entre le français et le créole basilectal, rien n’y fait. Le lecteur – souvent français de l’Hexagone, mais ceci est une autre histoire – s’imagine retrouver toute la magie du créole. La situation est dès lors simple. Deux camps s’affrontent, les créolistes et les autres.

Mais voilà que des écrivains comme Edwidge Danticat ou Myriam Chancy viennent la perturber dangereusement. Résidant depuis l’enfance aux États-Unis, elles font de l’anglais la langue de leur pratique littéraire et publient romans et essais écrits dans cette langue. Que signifie ce choix ? Signifie-t-il que nous devons aussitôt exclure ces écrivaines du champ de la littérature haïtienne, historiquement francophone et créolophone ? Quelle valeur a le terme historiquement ? Ne revient-il pas à légitimiser la conquête ? D’aucuns se hâtent d’avancer que ce choix répond uniquement à un souci de commercialisation, de marketing. Les langues coloniales seraient interchangeables pour des raisons peu nobles, recherche d’un public plus large, mimétisme, absence de motivation, de conscience nationales. Français/Anglais, même combat pour les chiffres de vente. Face à elles, le créole demeurerait dans sa pureté, le garant de l’authenticité caraïbe.

Cette vision idyllique risque d’être battue en brèche si l’on prête attention à la manière dont d’autres créateurs, plus populaires, métamorphosent le créole. J’ai nommé les musiciens.
Les orchestres Haitian Troubadours, Carimi mêlent étroitement anglais et créole. Une phrase en anglais. Une en créole. Parfois, inattendu, le français ressurgit. On assiste à l’apparition d’un interlecte fabriqué selon la fantaisie, selon l’entière liberté des créateurs.
“Dis-moi quelle langue tu parles
Quand tu fais l’amour
Di ki lang ou palé lè wap fè lanmou
I want to sex you up ”, chantent Haitian Troubadours.
L’exemple d’Haiti démontre que l’opposition français/créole, langue coloniale, de domination/langue maternelle qui a fait les beaux jours des débats politiques, ne résiste pas à l’analyse littéraire. Les travaux de Julia Kristéva, Mikhail Bakhtin ont prouvé l’hybridité de la langue, son pouvoir d’adaptation en fonction de l’histoire, de l’ethnicité, voire du sexe du locuteur.

La langue n’est qu’un matériau que chacun s’approprie et transforme selon ses besoins. Comme la nationalité, son choix relève de l’intimité du créateur. On voit les implications d’une telle conception. La francophonie en pâtit puisqu’il n’existe plus de communauté fondée sur la langue. Aucune langue n’est commune même à l’intérieur d’un peuple. Non seulement, chaque classe sociale, chaque corps de métier, chaque groupe d’âge possède son jargon, mais chaque individu la remodèle à son gré. La langue est un bien unique, singulier qui n’appartient qu’à celui qui la parle.

L’AUTHENTICITE

Dans la revue Meridians, feminism, race, transnationalism (automne 2000), Edwidge Danticat déclarait au cours d’un interview : “ Je suis une immigrante. Je suis la chose la moins authentique qui existe dans le pays que j’habite maintenant et le pays où je suis née ”. Cette déclaration sans emphase est en fait stupéfiante. Toute la littérature des Caraïbes se fonde sur la notion d’authenticité. L’écrivain qui se confond avec son peuple, en est le garant. Selon la définition de Césaire dans Le Cahier, il est “ la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche […] sa voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ” (61). Cette totale identification à la fois raciale et spirituelle assure la légitimité de la mission césairienne qui consistait à ramener le peuple martiniquais exilé, déporté, abâtardi vers la pureté perdue. Il importait pour le poète et à travers lui, grâce à lui, face aux valeurs de l’assimilation de reconquérir l’authenticité nègre perdue. “ Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais feuille. Je dirais arbre Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées ” (59).

Ces doubles notions de l’authenticité de l’écrivain et du sens de sa mission, n’ont jamais été remises en question par les diverses écoles littéraires qui se sont succédées dans les Caraïbes de langue française. Ni en Haiti à travers Noirisme, Réalisme merveilleux, Réalisme socialiste, Spiralisme. Ni dans les Petites Antilles, à travers Négritude, Antillanité, Créolité. Bien qu’elle s’en défende, c’est même là le but profond de cette dernière. Ses tenants visent à l’instar de Césaire à assurer la renaissance de l’Antillais dépersonnalisé par la dépendance culturelle, à faire jaillir en son sein “ une pensée plus fertile, une expression plus juste, une esthétique plus vraie ” (Éloge,13). Dans Écrire en pays dominé (Gallimard, 1997), Chamoiseau est explicite. Il ne se contente pas de dénoncer une expression artificielle, minée en amont par la colonisation, il prétend libérer la créativité du mimétisme, du doudouisme ou… de la Négritude qui la pervertissaient. Quelque soit l’école ou le courant littéraire dont il se réclame, l’écrivain se veut le thaumaturge éclairé de son peuple zombifié par la dépendance ou la dictature auquel il apporte le sel qui seul, autorise les renaissances. Qu’un écrivain se revendique comme inauthentique revient donc à la fois à nier ce rôle, cette mission et à sonner le glas d’une certaine conception de la littérature. S’il n’est plus ni mage, ni prophète, ni même guide, elle n’est plus “ arme miraculeuse ”. Elle n’offre plus un accès privilégié au décryptage de la réalité. Le “ Marqueur de parole ” n’est qu’un imposteur.

Passé le premier moment de stupeur ne convient-il pas pourtant de se réjouir ? L’écrivain des Caraïbes a été constamment emprisonné dans les mailles du filet de l’engagement, du militantisme d’autant plus dangereux qu’il est insidieux et n’est pas toujours ouvertement donné pour tel. Seul, Césaire, fondateur du PPM (Parti Progressiste Martiniquais), confondit comme tous ceux de sa génération, fonction poétique et fonction politique. Après lui, tout devient plus ambigu. À travers toute l’œuvre d’Édouard Glissant circule son mépris pour la départementalisation et l’assimilation. Pourtant, il déclare au cours d’une intervention à la Fnac de Rennes en 1993 : “ Je n’ai jamais cru à la vocation de porte-étendard et de porte-parole de l’écrivain ”. Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau sont membres d’un parti politique écologiste et ont été candidats à des élections régionales. Pourtant ils prétendent que leur œuvre n’a rien de militant. En réalité, littérature et politique ont toujours flirté dangereusement. Le champ littéraire caribéen a toujours été balisé comme une piste d’atterrissage dont le créateur ne doit pas s’écarter sous peine de sombrer, c’est à dire d’encourir le blâme des censeurs. Au nom d’une certaine conception de la littérature, Suzanne Césaire, nous l’avons dit, condamne sans appel l’exotisme : “ Allons, la vraie poésie est ailleurs. Loin des rimes, des complaisances, des alizés, des perroquets. Bambous, nous décrétons la mort de la littérature doudou. Et zut à l’hibiscus, à la frangipane, aux bougainvillées. La poésie martiniquaise sera cannibale ou ne sera pas ” (Tropiques, 49). Césaire cannibale (?) érige la Négritude :
“ Ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité
ruée contre la clameur du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte
sur l’œil mort de la terre ” (Cahier, 117).
Les Créolistes, Raphaël Confiant en tête, le critiquent dénoncent la Négritude. Celui-ci va jusqu’à la frapper d’une véritable fatwa dans son ouvrage « Aimé Césaire, une traversée paradoxale du siècle » (Stock,1993).

Voilà peut-être l’écrivain des Caraïbes enfin libre. Libre de résider là où il le veut, libre de choisir sa langue, libre de s’identifier aux modèles qui lui conviennent. Tombé des hauteurs où il se hissait, il est humble et ne se croit plus vertu à représenter d’autre que lui-même. Alors, la littérature des Caraïbes, ayant perdu ses entraves, pourrait répondre au vœu d’un des critiques les plus perspicaces de notre temps. Dans Le livre à venir (Folio,1959) Maurice Blanchot écrit : “ L’essence de la littérature, c’est d’échapper à toute détermination essentielle, à toute affirmation qui la stabilise ou même la réalise : elle n’est jamais déjà là, elle est toujours à retrouver ou à réinventer ” (273). Cette mort annoncée n’est-elle pas au contraire, une renaissance ?

Maryse Condé

 

Source : http://olivierdouville.blogspot.fr/2013/04/un-tres-beau-texte-de-maryse-conde.html

 

FRANKETIENNE ou testament sur le créole

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la Radio Magik 9, le mercredi 27 août, « Les carnets d’Emmelie » se sont ouverts sur l’incontournable Frankétienne. Peintre, poète, romancier, artiste créateur, il s’est fait complice d’Emmelie Prophète-Milcé – directrice de la Bibliothèque nationale d’Haïti –
Extrait d’un article de Claude Bernard Sérant (Le Nouvelliste)

 

La question est directement posée : «

Comment vois-tu la littérature d’aujourd’hui, d’après ce que tu lis, entends et vois? »

Après avoir ramené un pan de ses souvenirs marqués par l’amitié de René Philoctète, Frankétienne croit que c’est une chance d’avoir un foisonnement d’écrivains dans nos murs. S’estimant être bien placé pour opposer les belles-lettres d’autrefois à celles de nos jours, il reconnaît, non de sa voix souvent sculptée d’érotisme : « 70 ans de cela, on avait une dizaine d’écrivains qui constituaient un clan fermé. Il s’agissait entre autres de René Belance, de Jean Brierre, ce poète jérémien… Maintenant qu’on a une inflation d’écrivains, pour ne pas dire une pléthore – jeunes et adultes de 22 à 50 ans –, je pense que c’est une chance. Un miracle. » L’auteur convient toutefois qu’il y a beaucoup plus d’enjeux sociaux. Faisant une démarcation entre constat et jugement, Frankétienne trouve fabuleux qu’un « petit pays comme Haïti », dans ces conditions difficiles, puisse donner au même moment – tous les âges mélangés –, une fournée de plus d’une centaine de travailleurs de la plume – sans compter les provinces – qui produisent en français comme en créole. Mais, s’il juge d’un bon augure cette préoccupation esthétique très prononcée qu’il découvre chez quelques écrivains comme James Noël, Marc Exavier et Mackenzy Orcel, le poète ne demeure pas sans inquiétudes quant à cette tendance à la facilité qui commence à se manifester dans certaines productions. Par ailleurs, abondant dans le sens d’Emmelie Prophète-Milcé, qui souligne l’appauvrissement de cette littérature créole – en puissance depuis 1986 –, Frankétienne exhorte à l’effort ceux qui choisissent d’écrire dans cette langue mère. « Je crois qu’il y a un danger indéniable, ajoute-t-il. Quand on considère l’écriture créole, la dimension militantiste tend à dominer et à écarter les préoccupations esthétiques. C’est comme si l’écrivain qui produit en créole a l’autorité et le droit de dire n’importe quoi. C’est dangereux que la majorité ait tendance à insister sur la dimension idéologique, politique et militante… » Toujours dans le sens du partage et de l’enseignement de cette littérature en créole, le peintre pense cependant qu’il ne doit pas y avoir un rejet du français dans les productions littéraires. Rejet qu’il dit constater de la part de certains écrivains exclusivement créolophones. « J’ai entendu parler des gens – jeunes ou adultes – qui pensent qu’on ne devrait écrire qu’en créole. C’est comme si produire en français est une trahison. Ceux-là sont minoritaires mais, malgré tout, le travail qui doit se faire demeure entier. Il faut que le créole accède à l’expression de l’abstrait, des concepts philosophiques. » Partageant l’avis qu’il faut produire, donner à lire dans la langue maternelle, Frankétienne s’oppose par contre à l’appellation créole. « Pourquoi ne pas écrire en haïtien? se demande-t-il sur les ondes de Magik 9. Cela aurait donné un éclatement… Ces jours-ci, on parle d’une académie créole, pourquoi pas une académie haïtienne? Pourquoi ne pas s’assumer comme Haïtien ? C’est une grave erreur d’avoir approprié quelque part une langue, même si elle est parlée différemment dans plusieurs régions. » L’homme qui a vécu la majeure partie de sa vie au Bel-air – quartier populaire de Port-au-Prince –, selon qui la crise que traverse le pays ne remonte pas à la chute de Duvalier, mais plutôt à 1806, avec l’assassinat de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, se considère désormais comme un écrivain en fin de carrière. Auteur d’une œuvre littéraire importante, artiste créateur multidimensionnel, Frankétienne, revisitant aujourd’hui l’esthétique qui domine son travail, avoue la forte présence de la dimension anecdotique dans ses livres. « Je retrouve, en me relisant – et les gens l’ont constaté –, çà et là des anecdotes comme dans « Mûr à crever », « Ultravocal », « Dezafi », aussi bien dans la version française de « Les affres d’un défi ». Mais dans presque tous les autres ouvrages, là où j’ai pris le parti de développer, d’explorer la notion de spirale dans sa dimension chaotique, c’est la poésie qui domine avec ses aspects chaotiques, liés au métissage, à la diversité, à l’enchevêtrement. Donc, je suis arrivé à un système d’écriture et c’est mauvais. Je ne puis continuer à explorer la spirale, sans apporter d’innovations. Celles qu’on retrouve dans mes livres remontent à 60 ans. Et dire que c’est difficile d’innover à 78 ans… » Calme et rieur lors de cette émission culturelle, Frankétienne croit aussi aborder le dernier cycle de sa vie. Né à Ravine Sèche, section rurale de l’Artibonite, ayant enseigné – à côté de la littérature et des sciences physiques –, les mathématiques pendant quarante ans dans son école effondrée au Bel-air, lors du cataclysme du 12 janvier 2010, l’homme qui s’est par ailleurs exercé à l’écriture de chansons pour nombre groupe de jazz des années 70, se voit comme un homme en fin de vie. Phase qu’il traverse depuis son accident vasculaire-cérébral où il n’entend depuis que de l’oreille gauche; cultivant le sens du pouvoir de la volonté de l’être humain, Frankétienne sait qu’il mourra en 2020… juste parce qu’il déteste les délabrements qui commencent déjà.

Arts & Lettres contre l’esclavage

 Questions à Marcel Dorigny

À l’occasion de la sortie de l’ouvrage Arts & Lettres contre l’esclavage (Éditions Cercle d’Art, 2018) de Marcel Dorigny, historien, professeur émérite à l’Université Paris VIII et spécialiste des processus d’abolition de l’esclavage dans les colonies d’Amérique, l’auteur revient, dans un entretien avec le Groupe de recherche Achac, sur ce projet exceptionnel à la mémoire des artistes qui ont mis leur créativité au service de l’abolition de la traite et de l’esclavage dans le cadre d’un « beau-livre » événement.

 

 

 

 

Débat : L’obscénité de l’homme blanc en question

Dans une tribune publiée dans The Conversation le 28 octobre 2018, Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, professeure émérite à l’Université Paris Diderot et spécialiste de l’histoire contemporaine du continent africain, explique l’enjeu autour de la publication des images liées à la domination coloniale dans l’ouvrage Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours (La Découverte, 2018). Elle insiste sur la nécessité de ne pas céder à la crainte des tabous, en même temps que d’écouter la voix des femmes noires sur ce sujet, et sur l’importance d’un tel livre aujourd’hui.

 

 

La réception du gros ouvrage (4 kilos), Sexe, race & colonies, qui vient de sortir aux éditions La Découverte provoque des réactions contrastées voire virulentes. En qualité d’historienne engagée – qualificatif qui n’est pas synonyme de militante –, je pense que l’un des principaux devoirs de l’historien est de privilégier le savoir, et tout le savoir. D’où la nécessité d’aborder quelque question que ce soit de façon sinon frontale du moins dégagée autant que possible de tout affect. Cela implique de lutter contre les non-dits, les réticences d’ordre extra-scientifique, les préjugés de toute sorte, bref d’une façon générale les tabous de l’histoire ou réputés tels.

Tabou n’implique pas ignorance

Le sexe aux colonies a fait partie de ces « tabous ». Tabou n’implique pas ignorance. On a étudié les signares, les ménagères, les concubines, les esclaves. Néanmoins c’est l’historienne américaine Ann Stoler qui a, la première, mis en lumière une évidence : le regard égrillard de l’homme blanc, la sexualité, voire la pornographie n’ont pas été un corollaire marginal de la colonisation : c’en est un élément constituant.

L’ouvrage s’en veut la démonstration visuelle. On l’a écrit, on l’a peu montré, et jamais de façon systématique. D’aucuns, choqués par la crudité des images, ont réagi. Quelques journalistes pourtant sérieux s’en sont offusqués avant d’avoir vu le livre, d’autres l’ont fait sans l’avoir lu. Ce n’est pas admissible. Certes, il faut tenir compte des réactions, mais peut-être seulement si elles émanent de femmes noires – les sujets apparemment objectivés de l’ouvrage. Je suis réservée sur les réactions gênées, voire scandalisées de critiques blancs.

Car c’est au public blanc que s’adresse le livre, qui exige de ne pas s’en tenir au premier degré. Le propos n’est pas de se régaler de la vue du corps de femmes noires, il est de démontrer le caractère massif, pendant des siècles, de l’utilisation de ces corps par le regard et les actes des hommes (voire des femmes) blancs.

Ce processus a commencé dès les premiers contacts, au tout début de l’esclavage de couleur, de la traite des unes par les autres. Le documentaire ARTE surLes routes de l’esclavage récemment diffusé (1er mai 2018) et auquel j’ai participé, a entrepris de le visualiser sans complexe.

Les images apparaissent avec la traite arabo-berbère, elles se démultiplient avec la traite atlantique. Quoi de plus convaincant que de le montrer ? Comme l’explique l’historien Jean‑Claude Schmitt, « l’image a été un élément clef de l’expansion européenne ».

C’est le sujet de cet ouvrage. Les auteurs ont visualisé 70 000 images pendant quatre ans. Ils en ont sélectionné 1 200. Certaines étaient connues, ne serait-ce que par les cartes postales qui circulaient dès les années 1900 et connues de publications antérieures. La plupart sont inédites, oubliées, ou dissimulées. La masse confirme la thèse du livre : l’usage sexuel et la manipulation coloniale des femmes ont été aussi abondants que permanents. Le fait même que certaines aient été « fabriquées » est une preuve de la sexualisation coloniale.

 

Savoir visuel

La virulence des critiques répond à la violence sexuelle coloniale. On a opposé ce corpus à Shoah, ce monument de Claude Lanzmann (1985), qui évoque tout en ne montrant rien. La comparaison est doublement inacceptable. Shoah repose sur un savoir visuel préalable qui permet à l’imaginaire de se représenter l’inacceptable. Qui plus est, ce « savoir visuel » a été fabriqué, car il n’existe guère d’images des camps d’extermination en action, les cendres étant englouties dans les fours crématoires.

Les amas de cadavres squelettiques photographiés par les Britanniques et les Américains ne sont pas les restes des Juifs et des Tziganes gazés à Auschwitz, mais les victimes du typhus dans les camps de déportation (et non d’extermination) abandonnés par les nazis, notamment Bergen Belsen. Néanmoins, sans ce travail visuel préalable, Shoah serait incompréhensible pour le public non concerné ou non spécialiste.

Le savoir visuel réalisé ici est authentique. Il affirme que tous les colonisateurs – administrateurs, commerçants, voyageurs, explorateurs, voire missionnaires – pouvaient (même s’ils ne l’ont pas tous fait) se livrer sur les femmes africaines à ce qui leur était interdit en métropole. Après avoir vu, on ne peut plus faire comme si on ne savait pas. Ces images sont dérangeantes par ce qu’elles font voir qu’il devient impossible de ne pas voir. Je me méfie des réactions effarouchées de lecteurs qui préfèrent se voiler la face plutôt que d’affronter une réalité déstabilisante.

J’aurai une réserve ; celle d’une historienne blanche. Car la réaction affective, viscérale, de femmes noires est réelle. L’« insensibilité affective » devient difficile sinon impossible. La chercheuse sait que c’est vrai. La femme a du mal à faire la distinction entre la maltraitance des colonisées et sa propre personne. Elle voit son image : que faire ?

 

Entendre l’avis des Africaines d’Afrique

Expliquer. Inlassablement expliquer ne serait-ce que le fait de se voir, « noire », sur l’image, est le fruit du racisme de couleur instauré depuis des siècles à la faveur de l’esclavage atlantique. Des siècles de dépréciation lui ont fait intégrer la réalité du racisme de couleur. C’est, il me semble, une réaction plus française qu’africaine. Ici, les femmes noires font globalement partie d’une minorité menacée, donc fragile.

En Afrique, des collègues africains consultés ne sont pas aussi choqués que leurs partenaires français. Alain Mabanckou l’a aussi exprimé à Blois lors d’unetable ronde. Ce que montre le livre est vrai, et ils l’ont toujours su. Alors ? Alors, avant de parler à leur place ou en leur nom, il faut d’abord entendre l’avis et les réactions des Africaines d’Afrique.

C’est ici que l’intelligence des textes qui accompagnent les images apparaît fondamentale. Comme le souligne Jean‑François Dortier dans un autre dossier édité à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire de Blois, « Le pouvoir des images n’existe pas sans un texte et un contexte qui l’accompagnent ».

Le nombre de critiques qui n’ont pas lu ou si peu les textes paraît considérable. Les vingt textes de fond ont été pensés, discutés, et écrits par les cinq éditeurs du volume. Ils traitent de ces questions fondamentales en faisant le partage entre le savoir historique et l’usage que l’on peut en faire. Qui a pris le temps de les lire avec attention ?

 

Paradis sexuel

Les auteurs ont procédé au travail chronologique de l’historien, distinguant les phases de la représentation : la première, à partir des XVe et XVIe siècles, révèle, de la part des graveurs et peintres concernés, un mélange détonnant de fascination – pour ces corps étrangers au monde occidental de l’époque – et de domination (présente quelle que soit la période) ; fascination non dépourvue d’obscénité surtout à partir des XVIIe et XVIIIe siècles, pour ces sociétés qui s’autorisaient des « femmes nues » alors que le puritanisme occidental allait s’accentuer une fois passés les « excès » de la Renaissance.

La rupture remonte au début du XIXe siècle : c’est la fin du « paradis terrestre », qui va se transmuter en paradis sexuel pour les hommes blancs, dont les épouses, en Europe, sont dorénavant « corsetées au propre comme au figuré », tandis que se généralise l’idée de la sexualité irrépressible de l’homme. Les espaces sexuels sont rejetés vers les colonies. C’est l’épanouissement de la pornographie coloniale, la seule tolérée et même magnifiée en Occident.

La centaine de notices complémentaires rédigées par 97 spécialistes internationaux apporte des mises au point n’éludant aucun problème, pédérastie incluse (volontairement sans illustration). On peut ne pas être d’accord. Encore faut-il le démontrer plutôt que de se livrer de façon plutôt répétitive à des attaques ad hominem visant une équipe de chercheurs de qualité.

 

Un ciment de l’entreprise coloniale

L’image et le texte sont inséparables, c’est une exigence historienne. Or beaucoup de lecteurs ne savent pas interpréter les images. Une table ronde à Bloisétait consacrée au retard en France du décryptage de l’image comme source des non-dits contemporains. Ces images assumées par les colonisateurs y compris dans leur esthétisme sont aujourd’hui condamnables. Mais les textes font éviter l’anachronisme.

On dira que c’est un vœu pieux, car il existe encore, hélas, nombre de racistes qui pourraient ainsi se « rincer l’œil ». Mais au moins le livre peut-il montrer à tous les autres, qui ne le savaient guère (à l’exception de quelques spécialistes), à quel point les abus sexuels ne furent pas des accidents épisodiques ou marginaux, mais qu’ils constituèrent un des ciments constitutionnels de l’entreprise coloniale.

Le sujet traité n’est pas la femme noire ou orientale, mais l’idée que s’en faisaient et que s’en font encore certains Blancs. Les auteurs n’auraient-ils pas suffisamment souligné leur propos dans le titre ? Encore faut-il tenir compte des exigences de l’édition : faire vendre. On pense ainsi au titre accrocheur de la sérieuse revue L’Histoire : « Le Moyen Âge a tout osé : l’obscène et le sacré », le thème et ses images n’occupant que 10% du numéro (452, oct. 2018).

Le thème du livre n’est pas la sexualité de la femme « exotique » mais l’obscénité du colonisateur blanc.

 

Source ACHAC News letter 12 # nl5 –  51 octobre 2018

René MARAN, une conscience intranquille

 

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René MARAN

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Roger Little, Professeur émérite, ancien titulaire de la chaire de français à Trinity College Dublin
© Photo R. Bowers. Princeton, 2001

 

De René Maran, la postérité aura retenu qu’il fut le premier écrivain noir à recevoir le prestigieux Prix Goncourt en 1921, soixante-et-onze ans avant Patrick Chamoiseau. Son nom demeure associé pour cela même, au roman qui lui aura valu la consécration du milieu littéraire, Batouala. Pourtant, à la fois l’œuvre et le rôle de René Maran dans l’histoire de la littérature ne sauraient se restreindre à ce titre phare, qui lui valut certes une gloire indéniable, mais aussi son revers : premier écrivain d’origine antillaise à dénoncer avec véhémence les ravages de la colonisation française en Afrique, il devra faire face à une cabale féroce menée par des relais de l’administration coloniale. L’œuvre de Maran demeure pourtant dans une large mesure méconnue : poète, romancier, essayiste, l’écrivain aura développé pas à pas une vision humaniste où la dénonciation du racisme côtoie un plaidoyer pour le vivant et notamment le monde animal. Mais si les manuels d’histoire de la littérature négro-africaine voient volontiers en Maran le devancier de la Négritude, les spécificités de son œuvre, sa volonté d’indépendance par rapport aux écoles et son irréductibilité même, en font certainement l’un de ces « inclassables » que l’histoire littéraire a souvent du mal à appréhender. C’est aussi ce qui peut expliquer que sa postérité oscille entre des tentatives contradictoires de simplification, et un réel manque de diffusion, pour celui qui fut pourtant aux yeux de Senghor, un « précurseur ».

Convaincu de l’importance voire de l’urgence qu’il y a aujourd’hui à désenclaver les postérités de René Maran de toutes les idées reçues et des schémas préconçus, le Professeur Roger Little a consacré à l’écrivain plusieurs études déteminantes, et co-dirigé le colloque organisé par le CIRESC en 2010 à l’EHESS à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Maran (colloque dont il a réuni les actes dans la revue Présence africaine en 2013). Aujourd’hui en 2018, Roger Little enrichit notablement les études consacrées à René Maran, avec deux titres dont nous aborderons les enjeux avec lui au cours de notre débat.

« PENSER LA CALE MONDE »

Partenariat ITMFodes Sciences de 

René Maran – Nouvelles africaines et françaises inédites ou inconnues. Présentation de Roger Little. L’Harmattan, « Autrement mêmes », 2018

René Maran est connu pour un seul de ses romans, celui qui lui valut le prix Goncourt en 1921 : Batouala, véritable roman nègre. Mais il en a écrit une bonne dizaine, ainsi que des nouvelles dont huit sont présentées dans ce recueil. Homme « de couleur », il se trouvait dans une situation inconfortable, étant administrateur colonial en Afrique équatoriale française alors qu’il dénonçait les abus du colonialisme. Ce malaise se reflète dans ses nouvelles et ses romans situés en Afrique.   

Voir le site des Éditions L’Harmattan (coll. « Autrement mêmes » dirigée par Roger Little)

René Maran : une conscience intranquille, textes réunis et présentés par Roger Little, Interculturel Francophonies, n° 33, juin-juillet 2018

Le prix Goncourt attribué en 1921 à René Maran (1887-1960) pour son romanBatouala, véritable roman nègre a fait polémique. Le « parti » colonial était surtout outré par la préface jugée scandaleuse parce qu’elle osait condamner les abus de la colonisation, même si elle n’en contestait pas le principe. Si l’on connaît un livre de Maran, c’est bien Batouala, seul parmi ses romans à être constamment réédité et pourtant loin, selon son auteur, d’être son meilleur. Les études réunies dans le présent volume explorent surtout ses autres écrits, les situant dans le contexte des années que Maran a passées comme administrateur colonial en Afrique équatoriale française, paradoxe apparent qui lui a permis d’émettre ses jugements en connaissance de cause. Des universitaires d’origines très variées présentent son souci stylistique de réécriture, le rayonnement international des traductions de son œuvre, ses rapports écologiques avec la nature, ses récits sur des bâtisseurs d’Empire, sa conscience intranquille, dans le racisme ambiant, d’un Français né à la Martinique de parents guyanais. En prime: une de ses nouvelles inconnues, située en France.    Voir le site de la revue Interculturel Francophonies

© INSTITUT DU TOUT-MONDE

Mercredi 31 octobre 2018, Paris Maison de l’Amér

ALé VIRé Martinique (témoignage)

L’audacieuse de la semaine
Faire le choix du retour au pays n’est pas toujours chose aisée et pourtant c’est le choix que Régine a fait il y a un mois. On vous laisse découvrir cette femme audacieuse et déterminée à vivre sa vie rêvée!

🔸️Bonjour Régine, qui es-tu ?
Bonjour la #TeamAudacieuse ! Je m’appelle Régine Michalon, j’ai 30 ans et je suis entrepreneure / communicante / blogueuse.

🔸️Cela fait quelques jours que tu es retournée vivre dans ton île, parle nous du déclic qui a amené ton retour en Martinique.

R-  Effectivement, je suis rentrée le 13 août dernier. Cela faisait déjà quelques temps que je songeais à rentrer. Le déclic est venu suite à une combinaison de plusieurs choses : l’envie qui se faisait plus grande, la constatation que les choses étaient en train de bouger avec l’arrivée de certains acteurs en local et aussi la réalisation de certains événements et enfin, le timing dans ma vie perso et pro qui faisait que c’était le bon moment. La décision a été prise en début d’année et 8 mois plus tard, me voilà !

🔸️Quelles émotions t’animent quant à ce retour (des craintes, des a priori, des inquiétudes, que du bonheur !) ?

R- Au début, il y a l’excitation de retrouver les siens, son île, ses racines et, passée l’euphorie il y a quand même une petite part de peur. Cela faisait 9 ans que j’étais partie et malgré quelques allers-retours pour venir en vacances, ma vie en métropole n’était plus la même que celle que j’avais laissée derrière moi. Donc, forcément il y a un peu d’appréhension mais au final l’adaptation se fait très bien. Il faut bien connaitre son île, les gens qui y vivent, le contexte dans lequel on arrive pour pouvoir jauger un peu ce qui nous attend sur place. Et depuis mon retour, je n’ai aucun regret ! Tout martiniquais qui part pour des études ou du travail, se rend compte avec l’éloignement de la chance qu’il a de vivre ici et, quand tu es dans un contexte de retour définitif, tous les jours sont à savourer car ils sont tellement à l’opposé de ce que tu t’étais habitué à vivre. Donc je savoure chaque instant. 🙂

🔸️Quels sont tes projets et perspectives ?
R- J’en ai plein ! 🙂 Autant côté privé que pro. Voici pour l’essentiel : je souhaite avant tout rester active, comme c’était le cas à Lyon, dans le monde de l’entrepreneuriat. J’ai notamment adhéré à MartiniqueTech et rejoins un groupe en tant que membre active. Je souhaite aussi continuer la rédaction web sur des sujets qui me touchent au quotidien. J’ai donc créé le blog www.chillin972.com où je partage mes aventures et mon retour au pays. Je suis en train de planifier la transmission de ma société web car je me consacrerai très bientôt à d’autres projets professionnels. Eh oui, j’ai trouvé un emploi salarié dans mes domaines de prédilection (le web, la communication digitale, l’entrepreneuriat) ! Je démarre lundi 10 septembre et c’est top

🙂
🔸️Que dirais-tu à toutes celles qui hésitent ou qui ont peur à retourner vivre en Martinique ?

R- Je dirais que c’est normal d’avoir peur et d’hésiter. Il faut bien peser le pour et le contre et faire les choses selon ses envies pour ne pas avoir de regret. N’écoutez pas forcément certaines personnes qui sont sur l’île et qui bien souvent peuvent décourager par leurs mises en garde « tu viens faire quoi en Martinique ? Il n’y a pas de travail, il n’y a rien ! » car si tout le monde réfléchit comme ça, la Martinique n’avancera pas. Au contraire, il faut des têtes bien pleines et des martiniquais qui ont envie d’œuvrer pour le bien de l’île.

Merci à Régine d’avoir accepté de répondre à nos questions et de partager son expérience.
N’hésitez pas à liker, à commenter et à partager cet article 💛#TeamAudacieuse
Nous, on se retrouve Vendredi prochain…stay connect 😉

L’image contient peut-être : une personne ou plus, océan, plage, plein air, nature et eau

DECOLONISER… les imaginaires et les corps

Déconstruire « l’éroticolonie »

en partenariat avec la Sorbonne Nouvelle

Cycle de rencontres proposé par le laboratoire SeFeA de la Sorbonne Nouvelle

Autour de la création contemporaine afrodiasporique qui travaille à décoloniser les imaginaires et les corps et à redonner aux femmes noires leur place dans l’arc-en-ciel du vivre ensemble.

Responsable scientifique : Sylvie Chalaye

 

AUTOUR DE JAZ

 

jeudi 11 octobre | à l’issue de la représentation

Qu’est-ce que « l’éroticolonie » ?  avec Pénélope Dechaufour et Ludmila Dabo

 

samedi 13 octobre | 17h30

Actrices noires de France, rencontre autour du livre Noire n’est pas mon métier (Le Seuil), avec Aïssa Maïga et Alii

 

mardi 16 octobre | 18 h 30

Sexe, race et colonies avec Pascal Blanchard, Sylvie Chalaye et Alii autour de la sortie du livre paru à la Découverte

 

mardi 16 octobre | à l’issue de la représentation

Corps chantant et corps dansant dans le théâtre de Kwahulé avec Pierre Letessier et Koffi Kwahulé.

 

• jeudi 18 octobre | à l’issue de la représentation

Reconstruire « l’autre » corps, avec Sylvie Chalaye, l’équipe artistique de Jaz, les musiciens du Mister Jazz band et Alexandre Zeff

 

AUTOUR DE DÉSOBÉIR

 

samedi 17 novembre | 17h30

Décoloniser les corps et les représentations

 

AUTOUR DE 100% Pop

 

• samedi 15 décembre | 18h

Afroféminisme, afrofuturisme et résilience, conférence performative d’Anne-Laurence Tjé

SAUVAGES/ZOOS HUMAINS ?

 

 

 

Lundi 24 septembre 2018 à 18h
Forum des images /Paris

Forum des Halles

 

Mercredi 26 septembre 2018 à 18h
Musée national de l’histoire de l’immigration/ Paris

métro  Porte  Dorée

Après un accueil chaleureux, le mardi 28 août 2018, lors de la présentation officielle à la presse des nouveaux programmes d’ARTE, le film-documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains, réalisé par Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet, à découvrir le 29 septembre à 20h50 sur la chaîne, sera projeté lors de deux soirées événements. Après une avant-première organisée le lundi 24 septembre 2018 par ARTE au Forum des images, une deuxième projection, avec débat, aura lieu le 26 septembre 2018 au Musée national de l’histoire de l’immigration. Après le film, une table ronde présentée par Benjamin Stora, historien et président du Conseil d’orientation du musée, sera animée par Pascal Blanchard, historien, spécialiste de l’Empire colonial français, en présence de Sandrine Lemaire, historienne, spécialiste de l’histoire coloniale, Abd al Malik, artiste et voix-off du film, et Bruno Victor-Pujebet, réalisateur.

Pour la première fois, un film retrace l’histoire oubliée des zoos humains, à travers le destin de six exhibés et les témoignages de leurs descendants. Un documentaire-événement enrichi d’images d’archives inédites et d’interviews avec de grands spécialistes internationaux, dont les coulisses et toute l’actualité sont à retrouver sur la page Facebook dédiée.

voir  aussi    www.youtube.com/watch?v=9CxJoXSX-mo

Le film-documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains sera diffusé sur Arte lesamedi 29 septembre 2018, à 20h50 ! Le film a été présenté à la presse, aux professionnels et aux médias lors de la conférence de presse d’ARTE, le mardi 28 août 2018, par Abd al Malik, artiste et voix-off du film et par Bruno Victor-Pujebet, co-réalisateur du documentaire.

Découvrez les prochains temps forts autour de la diffusion du film :

  • Dimanche 23 septembre 2018 : La Marche du monde, présentée par Valérie Nivelon sur Radio France Internationale, consacrera son émission à la sortie du documentaire.
  • Lundi 24 septembre 2018 : avant-première Arte au Forum des Images, en présence des deux réalisateurs.
  • Mardi 25 septembre 2018 : Pascal Blanchard, historien et co-réalisateur du film, sera l’invité de Thomas Hugues et Sidonie Bonnec dans l’émission La curiosité est un vilain défaut, sur RTL.
  • Mercredi 26 septembre 2018 : projection au Musée national de l’histoire de l’immigration, suivie d’une table ronde introduite par Benjamin Stora, président du Conseil d’orientation du musée et animée par Pascal Blanchard. La table ronde réunira Sandrine Lemaire, historienne spécialiste du fait colonial et intervenante dans le film, Abd al Malik, artiste et voix-off du film et de Bruno Victor-Pujebet, co-réalisateur du documentaire. Événement gratuit sur réservation.
  • Jeudi 27 septembre 2018 : dans Le Club 28 minutes, sur Arte, émission spéciale autour de la sortie de Sauvages, au cœur des zoos humains, avec l’artiste Abd al Malik.
  • Samedi 29 septembre 2018 : diffusion sur Arte à 20h50
  • Vendredi 12 octobre 2018 : projection lors des Rendez-vous de l’Histoire, à Blois. Le film sera présenté par Pascal Blanchard et par Alain Mabanckou, écrivain et professeur de littérature francophone à Los Angeles.
  • Octobre 2018 : le mensuel Historia, la revue du « Passé qui éclaire l’actualité », consacrera un dossier au documentaire.

Source ACHAC  newsletter 29 Août 2018

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