Arts & Lettres contre l’esclavage

 Questions à Marcel Dorigny

À l’occasion de la sortie de l’ouvrage Arts & Lettres contre l’esclavage (Éditions Cercle d’Art, 2018) de Marcel Dorigny, historien, professeur émérite à l’Université Paris VIII et spécialiste des processus d’abolition de l’esclavage dans les colonies d’Amérique, l’auteur revient, dans un entretien avec le Groupe de recherche Achac, sur ce projet exceptionnel à la mémoire des artistes qui ont mis leur créativité au service de l’abolition de la traite et de l’esclavage dans le cadre d’un « beau-livre » événement.

 

 

 

 

Débat : L’obscénité de l’homme blanc en question

Dans une tribune publiée dans The Conversation le 28 octobre 2018, Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, professeure émérite à l’Université Paris Diderot et spécialiste de l’histoire contemporaine du continent africain, explique l’enjeu autour de la publication des images liées à la domination coloniale dans l’ouvrage Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours (La Découverte, 2018). Elle insiste sur la nécessité de ne pas céder à la crainte des tabous, en même temps que d’écouter la voix des femmes noires sur ce sujet, et sur l’importance d’un tel livre aujourd’hui.

 

 

La réception du gros ouvrage (4 kilos), Sexe, race & colonies, qui vient de sortir aux éditions La Découverte provoque des réactions contrastées voire virulentes. En qualité d’historienne engagée – qualificatif qui n’est pas synonyme de militante –, je pense que l’un des principaux devoirs de l’historien est de privilégier le savoir, et tout le savoir. D’où la nécessité d’aborder quelque question que ce soit de façon sinon frontale du moins dégagée autant que possible de tout affect. Cela implique de lutter contre les non-dits, les réticences d’ordre extra-scientifique, les préjugés de toute sorte, bref d’une façon générale les tabous de l’histoire ou réputés tels.

Tabou n’implique pas ignorance

Le sexe aux colonies a fait partie de ces « tabous ». Tabou n’implique pas ignorance. On a étudié les signares, les ménagères, les concubines, les esclaves. Néanmoins c’est l’historienne américaine Ann Stoler qui a, la première, mis en lumière une évidence : le regard égrillard de l’homme blanc, la sexualité, voire la pornographie n’ont pas été un corollaire marginal de la colonisation : c’en est un élément constituant.

L’ouvrage s’en veut la démonstration visuelle. On l’a écrit, on l’a peu montré, et jamais de façon systématique. D’aucuns, choqués par la crudité des images, ont réagi. Quelques journalistes pourtant sérieux s’en sont offusqués avant d’avoir vu le livre, d’autres l’ont fait sans l’avoir lu. Ce n’est pas admissible. Certes, il faut tenir compte des réactions, mais peut-être seulement si elles émanent de femmes noires – les sujets apparemment objectivés de l’ouvrage. Je suis réservée sur les réactions gênées, voire scandalisées de critiques blancs.

Car c’est au public blanc que s’adresse le livre, qui exige de ne pas s’en tenir au premier degré. Le propos n’est pas de se régaler de la vue du corps de femmes noires, il est de démontrer le caractère massif, pendant des siècles, de l’utilisation de ces corps par le regard et les actes des hommes (voire des femmes) blancs.

Ce processus a commencé dès les premiers contacts, au tout début de l’esclavage de couleur, de la traite des unes par les autres. Le documentaire ARTE surLes routes de l’esclavage récemment diffusé (1er mai 2018) et auquel j’ai participé, a entrepris de le visualiser sans complexe.

Les images apparaissent avec la traite arabo-berbère, elles se démultiplient avec la traite atlantique. Quoi de plus convaincant que de le montrer ? Comme l’explique l’historien Jean‑Claude Schmitt, « l’image a été un élément clef de l’expansion européenne ».

C’est le sujet de cet ouvrage. Les auteurs ont visualisé 70 000 images pendant quatre ans. Ils en ont sélectionné 1 200. Certaines étaient connues, ne serait-ce que par les cartes postales qui circulaient dès les années 1900 et connues de publications antérieures. La plupart sont inédites, oubliées, ou dissimulées. La masse confirme la thèse du livre : l’usage sexuel et la manipulation coloniale des femmes ont été aussi abondants que permanents. Le fait même que certaines aient été « fabriquées » est une preuve de la sexualisation coloniale.

 

Savoir visuel

La virulence des critiques répond à la violence sexuelle coloniale. On a opposé ce corpus à Shoah, ce monument de Claude Lanzmann (1985), qui évoque tout en ne montrant rien. La comparaison est doublement inacceptable. Shoah repose sur un savoir visuel préalable qui permet à l’imaginaire de se représenter l’inacceptable. Qui plus est, ce « savoir visuel » a été fabriqué, car il n’existe guère d’images des camps d’extermination en action, les cendres étant englouties dans les fours crématoires.

Les amas de cadavres squelettiques photographiés par les Britanniques et les Américains ne sont pas les restes des Juifs et des Tziganes gazés à Auschwitz, mais les victimes du typhus dans les camps de déportation (et non d’extermination) abandonnés par les nazis, notamment Bergen Belsen. Néanmoins, sans ce travail visuel préalable, Shoah serait incompréhensible pour le public non concerné ou non spécialiste.

Le savoir visuel réalisé ici est authentique. Il affirme que tous les colonisateurs – administrateurs, commerçants, voyageurs, explorateurs, voire missionnaires – pouvaient (même s’ils ne l’ont pas tous fait) se livrer sur les femmes africaines à ce qui leur était interdit en métropole. Après avoir vu, on ne peut plus faire comme si on ne savait pas. Ces images sont dérangeantes par ce qu’elles font voir qu’il devient impossible de ne pas voir. Je me méfie des réactions effarouchées de lecteurs qui préfèrent se voiler la face plutôt que d’affronter une réalité déstabilisante.

J’aurai une réserve ; celle d’une historienne blanche. Car la réaction affective, viscérale, de femmes noires est réelle. L’« insensibilité affective » devient difficile sinon impossible. La chercheuse sait que c’est vrai. La femme a du mal à faire la distinction entre la maltraitance des colonisées et sa propre personne. Elle voit son image : que faire ?

 

Entendre l’avis des Africaines d’Afrique

Expliquer. Inlassablement expliquer ne serait-ce que le fait de se voir, « noire », sur l’image, est le fruit du racisme de couleur instauré depuis des siècles à la faveur de l’esclavage atlantique. Des siècles de dépréciation lui ont fait intégrer la réalité du racisme de couleur. C’est, il me semble, une réaction plus française qu’africaine. Ici, les femmes noires font globalement partie d’une minorité menacée, donc fragile.

En Afrique, des collègues africains consultés ne sont pas aussi choqués que leurs partenaires français. Alain Mabanckou l’a aussi exprimé à Blois lors d’unetable ronde. Ce que montre le livre est vrai, et ils l’ont toujours su. Alors ? Alors, avant de parler à leur place ou en leur nom, il faut d’abord entendre l’avis et les réactions des Africaines d’Afrique.

C’est ici que l’intelligence des textes qui accompagnent les images apparaît fondamentale. Comme le souligne Jean‑François Dortier dans un autre dossier édité à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire de Blois, « Le pouvoir des images n’existe pas sans un texte et un contexte qui l’accompagnent ».

Le nombre de critiques qui n’ont pas lu ou si peu les textes paraît considérable. Les vingt textes de fond ont été pensés, discutés, et écrits par les cinq éditeurs du volume. Ils traitent de ces questions fondamentales en faisant le partage entre le savoir historique et l’usage que l’on peut en faire. Qui a pris le temps de les lire avec attention ?

 

Paradis sexuel

Les auteurs ont procédé au travail chronologique de l’historien, distinguant les phases de la représentation : la première, à partir des XVe et XVIe siècles, révèle, de la part des graveurs et peintres concernés, un mélange détonnant de fascination – pour ces corps étrangers au monde occidental de l’époque – et de domination (présente quelle que soit la période) ; fascination non dépourvue d’obscénité surtout à partir des XVIIe et XVIIIe siècles, pour ces sociétés qui s’autorisaient des « femmes nues » alors que le puritanisme occidental allait s’accentuer une fois passés les « excès » de la Renaissance.

La rupture remonte au début du XIXe siècle : c’est la fin du « paradis terrestre », qui va se transmuter en paradis sexuel pour les hommes blancs, dont les épouses, en Europe, sont dorénavant « corsetées au propre comme au figuré », tandis que se généralise l’idée de la sexualité irrépressible de l’homme. Les espaces sexuels sont rejetés vers les colonies. C’est l’épanouissement de la pornographie coloniale, la seule tolérée et même magnifiée en Occident.

La centaine de notices complémentaires rédigées par 97 spécialistes internationaux apporte des mises au point n’éludant aucun problème, pédérastie incluse (volontairement sans illustration). On peut ne pas être d’accord. Encore faut-il le démontrer plutôt que de se livrer de façon plutôt répétitive à des attaques ad hominem visant une équipe de chercheurs de qualité.

 

Un ciment de l’entreprise coloniale

L’image et le texte sont inséparables, c’est une exigence historienne. Or beaucoup de lecteurs ne savent pas interpréter les images. Une table ronde à Bloisétait consacrée au retard en France du décryptage de l’image comme source des non-dits contemporains. Ces images assumées par les colonisateurs y compris dans leur esthétisme sont aujourd’hui condamnables. Mais les textes font éviter l’anachronisme.

On dira que c’est un vœu pieux, car il existe encore, hélas, nombre de racistes qui pourraient ainsi se « rincer l’œil ». Mais au moins le livre peut-il montrer à tous les autres, qui ne le savaient guère (à l’exception de quelques spécialistes), à quel point les abus sexuels ne furent pas des accidents épisodiques ou marginaux, mais qu’ils constituèrent un des ciments constitutionnels de l’entreprise coloniale.

Le sujet traité n’est pas la femme noire ou orientale, mais l’idée que s’en faisaient et que s’en font encore certains Blancs. Les auteurs n’auraient-ils pas suffisamment souligné leur propos dans le titre ? Encore faut-il tenir compte des exigences de l’édition : faire vendre. On pense ainsi au titre accrocheur de la sérieuse revue L’Histoire : « Le Moyen Âge a tout osé : l’obscène et le sacré », le thème et ses images n’occupant que 10% du numéro (452, oct. 2018).

Le thème du livre n’est pas la sexualité de la femme « exotique » mais l’obscénité du colonisateur blanc.

 

Source ACHAC News letter 12 # nl5 –  51 octobre 2018

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René MARAN, une conscience intranquille

 

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René MARAN

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Roger Little, Professeur émérite, ancien titulaire de la chaire de français à Trinity College Dublin
© Photo R. Bowers. Princeton, 2001

 

De René Maran, la postérité aura retenu qu’il fut le premier écrivain noir à recevoir le prestigieux Prix Goncourt en 1921, soixante-et-onze ans avant Patrick Chamoiseau. Son nom demeure associé pour cela même, au roman qui lui aura valu la consécration du milieu littéraire, Batouala. Pourtant, à la fois l’œuvre et le rôle de René Maran dans l’histoire de la littérature ne sauraient se restreindre à ce titre phare, qui lui valut certes une gloire indéniable, mais aussi son revers : premier écrivain d’origine antillaise à dénoncer avec véhémence les ravages de la colonisation française en Afrique, il devra faire face à une cabale féroce menée par des relais de l’administration coloniale. L’œuvre de Maran demeure pourtant dans une large mesure méconnue : poète, romancier, essayiste, l’écrivain aura développé pas à pas une vision humaniste où la dénonciation du racisme côtoie un plaidoyer pour le vivant et notamment le monde animal. Mais si les manuels d’histoire de la littérature négro-africaine voient volontiers en Maran le devancier de la Négritude, les spécificités de son œuvre, sa volonté d’indépendance par rapport aux écoles et son irréductibilité même, en font certainement l’un de ces « inclassables » que l’histoire littéraire a souvent du mal à appréhender. C’est aussi ce qui peut expliquer que sa postérité oscille entre des tentatives contradictoires de simplification, et un réel manque de diffusion, pour celui qui fut pourtant aux yeux de Senghor, un « précurseur ».

Convaincu de l’importance voire de l’urgence qu’il y a aujourd’hui à désenclaver les postérités de René Maran de toutes les idées reçues et des schémas préconçus, le Professeur Roger Little a consacré à l’écrivain plusieurs études déteminantes, et co-dirigé le colloque organisé par le CIRESC en 2010 à l’EHESS à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Maran (colloque dont il a réuni les actes dans la revue Présence africaine en 2013). Aujourd’hui en 2018, Roger Little enrichit notablement les études consacrées à René Maran, avec deux titres dont nous aborderons les enjeux avec lui au cours de notre débat.

« PENSER LA CALE MONDE »

Partenariat ITMFodes Sciences de 

René Maran – Nouvelles africaines et françaises inédites ou inconnues. Présentation de Roger Little. L’Harmattan, « Autrement mêmes », 2018

René Maran est connu pour un seul de ses romans, celui qui lui valut le prix Goncourt en 1921 : Batouala, véritable roman nègre. Mais il en a écrit une bonne dizaine, ainsi que des nouvelles dont huit sont présentées dans ce recueil. Homme « de couleur », il se trouvait dans une situation inconfortable, étant administrateur colonial en Afrique équatoriale française alors qu’il dénonçait les abus du colonialisme. Ce malaise se reflète dans ses nouvelles et ses romans situés en Afrique.   

Voir le site des Éditions L’Harmattan (coll. « Autrement mêmes » dirigée par Roger Little)

René Maran : une conscience intranquille, textes réunis et présentés par Roger Little, Interculturel Francophonies, n° 33, juin-juillet 2018

Le prix Goncourt attribué en 1921 à René Maran (1887-1960) pour son romanBatouala, véritable roman nègre a fait polémique. Le « parti » colonial était surtout outré par la préface jugée scandaleuse parce qu’elle osait condamner les abus de la colonisation, même si elle n’en contestait pas le principe. Si l’on connaît un livre de Maran, c’est bien Batouala, seul parmi ses romans à être constamment réédité et pourtant loin, selon son auteur, d’être son meilleur. Les études réunies dans le présent volume explorent surtout ses autres écrits, les situant dans le contexte des années que Maran a passées comme administrateur colonial en Afrique équatoriale française, paradoxe apparent qui lui a permis d’émettre ses jugements en connaissance de cause. Des universitaires d’origines très variées présentent son souci stylistique de réécriture, le rayonnement international des traductions de son œuvre, ses rapports écologiques avec la nature, ses récits sur des bâtisseurs d’Empire, sa conscience intranquille, dans le racisme ambiant, d’un Français né à la Martinique de parents guyanais. En prime: une de ses nouvelles inconnues, située en France.    Voir le site de la revue Interculturel Francophonies

© INSTITUT DU TOUT-MONDE

Mercredi 31 octobre 2018, Paris Maison de l’Amér

ALé VIRé Martinique (témoignage)

L’audacieuse de la semaine
Faire le choix du retour au pays n’est pas toujours chose aisée et pourtant c’est le choix que Régine a fait il y a un mois. On vous laisse découvrir cette femme audacieuse et déterminée à vivre sa vie rêvée!

🔸️Bonjour Régine, qui es-tu ?
Bonjour la #TeamAudacieuse ! Je m’appelle Régine Michalon, j’ai 30 ans et je suis entrepreneure / communicante / blogueuse.

🔸️Cela fait quelques jours que tu es retournée vivre dans ton île, parle nous du déclic qui a amené ton retour en Martinique.

R-  Effectivement, je suis rentrée le 13 août dernier. Cela faisait déjà quelques temps que je songeais à rentrer. Le déclic est venu suite à une combinaison de plusieurs choses : l’envie qui se faisait plus grande, la constatation que les choses étaient en train de bouger avec l’arrivée de certains acteurs en local et aussi la réalisation de certains événements et enfin, le timing dans ma vie perso et pro qui faisait que c’était le bon moment. La décision a été prise en début d’année et 8 mois plus tard, me voilà !

🔸️Quelles émotions t’animent quant à ce retour (des craintes, des a priori, des inquiétudes, que du bonheur !) ?

R- Au début, il y a l’excitation de retrouver les siens, son île, ses racines et, passée l’euphorie il y a quand même une petite part de peur. Cela faisait 9 ans que j’étais partie et malgré quelques allers-retours pour venir en vacances, ma vie en métropole n’était plus la même que celle que j’avais laissée derrière moi. Donc, forcément il y a un peu d’appréhension mais au final l’adaptation se fait très bien. Il faut bien connaitre son île, les gens qui y vivent, le contexte dans lequel on arrive pour pouvoir jauger un peu ce qui nous attend sur place. Et depuis mon retour, je n’ai aucun regret ! Tout martiniquais qui part pour des études ou du travail, se rend compte avec l’éloignement de la chance qu’il a de vivre ici et, quand tu es dans un contexte de retour définitif, tous les jours sont à savourer car ils sont tellement à l’opposé de ce que tu t’étais habitué à vivre. Donc je savoure chaque instant. 🙂

🔸️Quels sont tes projets et perspectives ?
R- J’en ai plein ! 🙂 Autant côté privé que pro. Voici pour l’essentiel : je souhaite avant tout rester active, comme c’était le cas à Lyon, dans le monde de l’entrepreneuriat. J’ai notamment adhéré à MartiniqueTech et rejoins un groupe en tant que membre active. Je souhaite aussi continuer la rédaction web sur des sujets qui me touchent au quotidien. J’ai donc créé le blog www.chillin972.com où je partage mes aventures et mon retour au pays. Je suis en train de planifier la transmission de ma société web car je me consacrerai très bientôt à d’autres projets professionnels. Eh oui, j’ai trouvé un emploi salarié dans mes domaines de prédilection (le web, la communication digitale, l’entrepreneuriat) ! Je démarre lundi 10 septembre et c’est top

🙂
🔸️Que dirais-tu à toutes celles qui hésitent ou qui ont peur à retourner vivre en Martinique ?

R- Je dirais que c’est normal d’avoir peur et d’hésiter. Il faut bien peser le pour et le contre et faire les choses selon ses envies pour ne pas avoir de regret. N’écoutez pas forcément certaines personnes qui sont sur l’île et qui bien souvent peuvent décourager par leurs mises en garde « tu viens faire quoi en Martinique ? Il n’y a pas de travail, il n’y a rien ! » car si tout le monde réfléchit comme ça, la Martinique n’avancera pas. Au contraire, il faut des têtes bien pleines et des martiniquais qui ont envie d’œuvrer pour le bien de l’île.

Merci à Régine d’avoir accepté de répondre à nos questions et de partager son expérience.
N’hésitez pas à liker, à commenter et à partager cet article 💛#TeamAudacieuse
Nous, on se retrouve Vendredi prochain…stay connect 😉

L’image contient peut-être : une personne ou plus, océan, plage, plein air, nature et eau

DECOLONISER… les imaginaires et les corps

Déconstruire « l’éroticolonie »

en partenariat avec la Sorbonne Nouvelle

Cycle de rencontres proposé par le laboratoire SeFeA de la Sorbonne Nouvelle

Autour de la création contemporaine afrodiasporique qui travaille à décoloniser les imaginaires et les corps et à redonner aux femmes noires leur place dans l’arc-en-ciel du vivre ensemble.

Responsable scientifique : Sylvie Chalaye

 

AUTOUR DE JAZ

 

jeudi 11 octobre | à l’issue de la représentation

Qu’est-ce que « l’éroticolonie » ?  avec Pénélope Dechaufour et Ludmila Dabo

 

samedi 13 octobre | 17h30

Actrices noires de France, rencontre autour du livre Noire n’est pas mon métier (Le Seuil), avec Aïssa Maïga et Alii

 

mardi 16 octobre | 18 h 30

Sexe, race et colonies avec Pascal Blanchard, Sylvie Chalaye et Alii autour de la sortie du livre paru à la Découverte

 

mardi 16 octobre | à l’issue de la représentation

Corps chantant et corps dansant dans le théâtre de Kwahulé avec Pierre Letessier et Koffi Kwahulé.

 

• jeudi 18 octobre | à l’issue de la représentation

Reconstruire « l’autre » corps, avec Sylvie Chalaye, l’équipe artistique de Jaz, les musiciens du Mister Jazz band et Alexandre Zeff

 

AUTOUR DE DÉSOBÉIR

 

samedi 17 novembre | 17h30

Décoloniser les corps et les représentations

 

AUTOUR DE 100% Pop

 

• samedi 15 décembre | 18h

Afroféminisme, afrofuturisme et résilience, conférence performative d’Anne-Laurence Tjé

SAUVAGES/ZOOS HUMAINS ?

 

 

 

Lundi 24 septembre 2018 à 18h
Forum des images /Paris

Forum des Halles

 

Mercredi 26 septembre 2018 à 18h
Musée national de l’histoire de l’immigration/ Paris

métro  Porte  Dorée

Après un accueil chaleureux, le mardi 28 août 2018, lors de la présentation officielle à la presse des nouveaux programmes d’ARTE, le film-documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains, réalisé par Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet, à découvrir le 29 septembre à 20h50 sur la chaîne, sera projeté lors de deux soirées événements. Après une avant-première organisée le lundi 24 septembre 2018 par ARTE au Forum des images, une deuxième projection, avec débat, aura lieu le 26 septembre 2018 au Musée national de l’histoire de l’immigration. Après le film, une table ronde présentée par Benjamin Stora, historien et président du Conseil d’orientation du musée, sera animée par Pascal Blanchard, historien, spécialiste de l’Empire colonial français, en présence de Sandrine Lemaire, historienne, spécialiste de l’histoire coloniale, Abd al Malik, artiste et voix-off du film, et Bruno Victor-Pujebet, réalisateur.

Pour la première fois, un film retrace l’histoire oubliée des zoos humains, à travers le destin de six exhibés et les témoignages de leurs descendants. Un documentaire-événement enrichi d’images d’archives inédites et d’interviews avec de grands spécialistes internationaux, dont les coulisses et toute l’actualité sont à retrouver sur la page Facebook dédiée.

voir  aussi    www.youtube.com/watch?v=9CxJoXSX-mo

Le film-documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains sera diffusé sur Arte lesamedi 29 septembre 2018, à 20h50 ! Le film a été présenté à la presse, aux professionnels et aux médias lors de la conférence de presse d’ARTE, le mardi 28 août 2018, par Abd al Malik, artiste et voix-off du film et par Bruno Victor-Pujebet, co-réalisateur du documentaire.

Découvrez les prochains temps forts autour de la diffusion du film :

  • Dimanche 23 septembre 2018 : La Marche du monde, présentée par Valérie Nivelon sur Radio France Internationale, consacrera son émission à la sortie du documentaire.
  • Lundi 24 septembre 2018 : avant-première Arte au Forum des Images, en présence des deux réalisateurs.
  • Mardi 25 septembre 2018 : Pascal Blanchard, historien et co-réalisateur du film, sera l’invité de Thomas Hugues et Sidonie Bonnec dans l’émission La curiosité est un vilain défaut, sur RTL.
  • Mercredi 26 septembre 2018 : projection au Musée national de l’histoire de l’immigration, suivie d’une table ronde introduite par Benjamin Stora, président du Conseil d’orientation du musée et animée par Pascal Blanchard. La table ronde réunira Sandrine Lemaire, historienne spécialiste du fait colonial et intervenante dans le film, Abd al Malik, artiste et voix-off du film et de Bruno Victor-Pujebet, co-réalisateur du documentaire. Événement gratuit sur réservation.
  • Jeudi 27 septembre 2018 : dans Le Club 28 minutes, sur Arte, émission spéciale autour de la sortie de Sauvages, au cœur des zoos humains, avec l’artiste Abd al Malik.
  • Samedi 29 septembre 2018 : diffusion sur Arte à 20h50
  • Vendredi 12 octobre 2018 : projection lors des Rendez-vous de l’Histoire, à Blois. Le film sera présenté par Pascal Blanchard et par Alain Mabanckou, écrivain et professeur de littérature francophone à Los Angeles.
  • Octobre 2018 : le mensuel Historia, la revue du « Passé qui éclaire l’actualité », consacrera un dossier au documentaire.

Source ACHAC  newsletter 29 Août 2018

RETOUR AU THEATRE !

THEATRE DE LA COLLINE
15 rue Malte-Brun
Paris 20e
01 44 62 5

du 19 septembre au 14 octobre 2018
du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h
création à La Colline
Petit Théâtre
durée 2h environ
« Tout est politique dans la vie. Même l’amour. Ce sentiment qui traverse nos capacités physiques et psychiques, qui nous surprend et nous altère par sa force. Chacun le définit différemment et pourtant c’est politique. On ne peut pas aimer dans un sens divergent à notre existence. On aime comme on pense le monde. »
Alexandra Badea
Alors qu’elle prenait part à la cérémonie de naturalisation qui lui conféra officiellement la nationalité française, l’auteure metteure en scène Alexandra Badea prit à la lettre cette remarque de l’officier d’état civil « À partir de ce moment vous devez assumer l’histoire de ce pays avec ses moments de grandeur et ses coins d’ombre. » Comment dénouer les nœuds de l’histoire, ces « points de non-retour » dont on effleure parfois les thèmes dans les repas de famille, sources de blessures et de divisions de la société française, qui ont pour nom collaboration, colonialisme, etc.

Comme dans les meilleurs récits, tout commence par une histoire d’amour. Dans la ferveur bouillonnante de la France pompidolienne de l’après-mai 68, des jeunes gens tombent amoureux, tous deux sont porteurs d’un lourd passé. L’un prend sa source dans l’Europe centrale de l’après-guerre, l’autre dans l’Afrique occidentale post-coloniale. Parviendront-ils à remonter le fil de leur histoire familiale pour vivre un présent serein ?

Dans une fresque déployée en trois parties dont la première sera créée à La Colline cette année, Alexandra Badea et ses acteurs donnent la parole à ceux que l’on n’entend pas, dans une traversée de l’histoire contemporaine et résolument universelle de la France.

Points de non-retour © Velica Panduru
Photo © Velica Panduru
Documents

Rencontre avec l’auteur

– le samedi 22 septembre à 14h à l’espace rencontre de l’événement Culture au Quai /

Bassin  de  la  Villette-  Quai  de  la  Loire -Paris  19e

– le samedi 29 septembre à 15h à la médiathèque Marguerite-Duras 115 Rue  de Bagnolet  Paris  2Oe /Autobus  26 et  76 / carrefour Pyrénées -Bagnolet

Lecture-rencontre avec Alexandra Badea
Alexandra Badea lira un extrait de Points de non-retour [Thiaroye] et échangera ensuite.

 

Source  ACHAC NewsLetter 29 Août 2018

JOURNEE d’ETUDE « TRISTES TROPHEES »

Journée d’étude « Tristes trophées/Sad trophies
S’approprier, exposer et restituer objets et restes humains
des conquêtes coloniales (de la du fin du XIXe siècle à nos jours)
Appropriating, exhibiting, and reconstituting objects and human remains
from colonial conquests (late 19th century-present day)

Paris Nanterre Université
Bâtiment Max Weber
Mercredi 5 septembre 2018

« Les grands musées européens conservent pour la plupart des traces de pratiques de collecte de restes humains et de trophées de tous ordres opérée durant la période coloniale. Le phénomène, très répandu lors des guerres de conquête coloniale et des pacifications , de constitution de butins d’objets à forte portée symbolique pour les populations locales, voire de prélèvement de têtes humaines à des fins de recherche anthropologique ou de profanation, a suscité le développement de recherches de plus en plus dynamiques. La collecte de ces objets et de ces trophées n’a pas obéi aux mêmes logiques. Certains furent avant tout des trophées de guerre, enlevés dans la violence du combat, d’autres furent négociés dans un processus moins unilatéral. Les interventions mettront en valeur cette diversité des pratiques. C’est aussi le lien entre chasse et violence coloniale, qui explique en partie certaines de ces pratiques, qui a lui aussi attiré l’attention des historiens et qui sera examiné. Cette journée d’études analysera ces collectes telles qu’elles furent pratiquées par les Empires coloniaux dans la phase la plus rapide et la plus violente de leur expansion, de la fin du XIXème siècle à la Première Guerre mondiale, en Afrique, en Asie et en Océanie. Elle mettra en valeur non seulement la prise puis la circulation de ces prises de guerre et de ces objets négociés mais aussi leur vie sociale en métropole. La question des objets ethnographiques se pose d’ailleurs de façon plus vive à mesure que certains États demandent de plus en plus distinctement le retour de certaines œuvres prises par les Européens à l’occasion d’expéditions. Les trophées coloniaux sont un héritage lourd d’enjeux de mémoire, et parfois d’oubli, comme le démontre parfois leur traitement muséologique dans les grandes institutions européennes. Cette journée vise à analyser la diversité de ces rituels au cœur de la période d’expansion de l’influence européenne et de comparer les expériences de différents Empires. Elle entamera par ailleurs une réflexion sur la question des restitutions et les enjeux liés à la mise en relief de ces formes de violence coloniale à travers le regard de spécialistes venus de différents horizons. »

Most major ethnographic museums in Europe hold objects that can be traced back to the wars of conquest and “pacification” of the late 19th and early 20th centuries, during what was one of the most violent phases of European colonial expansion. The appropriation of ethnographic artifacts and human remains for the purpose of collection or desecration was a feature of colonial expansion. It has become the focus of a growing field of research. Collecting and accumulating objects took various shapes. Some were looted as war trophies in the violence of combat ; others were negotiated in complicated and often uneven hierarchical fashion. This one-day conference will underline the diversity of these processes. It will also delve on the articulations between hunting and colonial violence : a key to some of the practices under study. Not only will the presentations analyze how these objects were collected on site, they will also examine the social life of these artifacts and trophies in Europe. The lingering debate on restitutions will also be addressed. There are increasing demands for some of these human remains and artifacts to be returned. Colonial trophies and objects are a complicated legacy. Their museographic uses often echo their contrived history. The participants – coming from different disciplines – will discuss these issues from a interdisciplinary perspective. »

Programme
9H – Accueil et introduction – Lancelot Arzel, Daniel Foliard

9h30-11h – Trophées ou spécimens ?
Kim Wagner (Queen Mary University of London) « But from the Skulls of the Slain » : empire, violence et collecte de restes Humains dans les Indes britanniques (communication en anglais)
En 1963, un crâne humain fut découvert sous de vieilles caisses dans un pub du Kent, dans l’Est de l’Angleterre. On trouva une brève histoire de son parcours sur un papier glissé à l’intérieur. C’était le crâne d’Alum Bheg, un Cipaye – un soldat indien de l’armée britannique des Indes – exécuté durant la répression de la mutinerie de 1857 dans les Indes britanniques. Ligoté à la bouche d’un canon, Alum Bheg avait été pulvérisé. On l’accusait d’avoir horriblement tué plusieurs civils d’origine européenne, dont des femmes et des enfants, durant les troubles survenus dans une ville de garnison, Sialkot, dans l’actuel Pakistan. Les exemples de trophées de ce type, que ce soit des crânes ou d’autres parties du corps, sont nombreux, mais le cas d’Alum Bheg est exceptionnel. C’est le seul exemple connu de crâne resté en-dehors des processus de collecte muséale et anthropologique classiques et qui n’ait en outre pas été restitué. Cette intervention vise à replacer l’histoire d’Alum Bheg et de son crâne dans un contexte plus général de violence coloniale, qu’il faut considérer en lien, en particulier, avec les rituels d’exécutions publiques et les pratiques contemporaines de collectes de restes humains. La brutalité qui fut à l’origine de la circulation du crâne d’Alum Bheg, et qui était explicitement décrite dans la courte histoire jointe au reste humain, est révélatrice de la violence implicitement liée aux pratiques phrénologiques et anthropométriques du 19ème siècle. Le cas d’Alum Bheg – la collecte de sa tête et la conservation de son crâne – n’est pas isolé. Il est plus qu’un corps ennemi singulier. La « construction » du crâne d’Alum Bheg fut d’une certaine manière la continuation de la punition et de l’exécution qu’on lui appliqua. En ce sens, son histoire s’entremêle inexorablement avec les formes et les objectifs de la violence coloniale pratiquée dans l’empire britannique.

Leonor Faber-Jonker (African Studies Centre Leiden) Spécimens anthropologiques ou trophées de guerre ? La collecte de crânes pendant le génocide Herero et Nama (1904-1908) (communication en anglais)
En septembre 2011, vingt crânes originaires de Namibie furent rapatriés par l’Hôpital universitaire de la Charité de Berlin. Ces restes humains étaient restés plus d’un siècle en Allemagne. Ils avaient été prélevés sur des victimes de la guerre menées par les troupes allemandes contre les Herero et les Nama. Ce génocide coûta la vie à près de quatre-vingt pour cent de la population Herero et à la moitié de la population Nama. La majorité de ces crânes arrivèrent à Berlin sous la forme de têtes préservées chimiquement. Toutes servirent à des fins scientifiques dans les premières décennies du vingtième siècle.
Cette intervention démontre que ces restes humains furent collectés à la fois comme des trophées et des spécimens anthropologiques. Elle débute par l’analyse d’une carte postale qui montre des soldats en train d’emballer des crânes. Cette image constitue un point d’entrée dans l’étude du rapport que les troupes impliquées dans la collecte entretenaient avec ces restes humains. Hantés par les rumeurs des traitements atroces supposément infligés par les Herero (on disait qu’ils mutilaient les soldats allemands) et plongés dans une guérilla confuse avec les Nama, ces militaires étaient habités d’un intense esprit de revanche. Cette intervention explore les parallèles entre ces pratiques et la collecte des « trophées cafres » par les Britanniques pendant les guerres xhosa. Dans les deux conflits, la conduite des troupes semble avoir été déterminée par des sentiments similaires de peur face à un terrain ennemi des adversaires inconnus.
Les conceptions de l’ennemi développées sur place par les troupes allemandes influencèrent les travaux des scientifiques qui travaillèrent sur ces restes humains. Ces têtes/crânes restèrent, inéluctablement, des trophées. Le statut qui fut le leur dans le passé a d’ailleurs des conséquences très actuelles. Ce travail montre dans un deuxième temps comment le fait que ces restes aient été des trophées a pu jouer un rôle dans le processus de rapatriement en 2011. Car c’est aussi parce que ces crânes ont été des trophées qu’ils constituent des preuves éminentes du génocide.
Cette intervention examine les archives de l’Hôpital universitaire de la Charité de Berlin de manière critique, en particulier les rapports de recherche. Elle s’appuie aussi sur d’autres documents qui traitent des restes Herero et Nama, plus récents et conservés dans d’autres fonds en Allemagne. La perspective raciste ouvertement exprimée par les scientifiques de l’époque face à des têtes qui sont, en partie, des spécimens anthropologiques, a été bien documentée et analysée par la recherche récente. Reste à trouver des voies d’analyse pour comprendre le pendant émotionnel de cette relation à des crânes qui sont aussi perçus comme des trophées, par des vainqueurs.

Gidena Mesfin Kebede (Université technique de Berlin, départment d’histoire de l’art, Translocations Project) Les restes d’un jeune prince éthiopien kidnappé et la question de leur rapatriement (Communication en anglais)
En 1868, un conflit diplomatique entre la Grande-Bretagne victorienne et l’empereur Tewodros II (1855-1868) d’Éthiopie, alors appelée Abyssinie, dégénère en une expédition punitive. Une armée venue des Indes britanniques atteint Aroge, non loin de la capitale de Tewodros II, le 10 avril 1868. L‘infanterie britannique y affronte avec des armes modernes des troupes abyssiniennes équipées d‘armes traditionnelles : machettes, lances et boucliers. L’asymétrie du combat est telle que cet événement tient plus du massacre que de la bataille pour les historiens de cette campagne. Trois jours plus tard, l’armée britannique se met en marche contre Magdala, où se trouvent la forteresse et le palais impérial. Tewodros II se suicide pour éviter l’humiliation de la capture. La chute de la place forte est suivie d’une phase de pillage. Le butin accumulé est tel que deux cent mules et quinze éléphants sont nécessaires pour le transporter vers la côte. Ces prises de guerre comprennent plus de mille livres manuscrits dont de nombreux ouvrages enluminés, une couronne et un calice en or, de nombreux objets en argent et en bronze ainsi que des reliques sacrées. Après avoir libéré les otages européens qui avaient été le prétexte de l’expédition, les troupes britanniques emmènent avec eux la veuve de Tewodros II, la Princesse Terunesh, et son fils de sept ans, le Prince Alemayehu. Commence alors un long voyage vers l’Angleterre. La princesse meurt en route à Tigray, dans le nord de l’Éthiopie. L’enfant, une fois à Londres, devient le protégé de la Reine Victoria. Il décède tragiquement à dix-huit ans. Il est enterré dans la chapelle Saint-Georges du château de Windsor. Dès 1871, des demandes de restitutions des objets pillés se font jour. Elles vont se multiplier au fil des décennies. L’Éthiopie réclame en outre le retour de la dépouille d’Alemayehu. La dernière demande officielle date de 2007. Girma Woldegiorgis, le président de l’Éthiopie à l’époque, rédige alors une lettre officielle à cette fin. Dans cette intervention, j’examinerai le contexte historique de ces circulations, les demandes de restitution et les débats actuels sur le retour des restes du Prince Alemayehu.

11h-11h30 Pause

11h30-12h30 – Médiatisations et controverses
Paul Bijl (Utrecht University) La photographie d’atrocités coloniales dans les Indes néerlandaises : du trophée à l’oubli de réserve (communication en anglais)
Cette intervention revient sur la biographie sociale d’un type de trophée collecté durant les guerres coloniales au tournant du vingtième siècle : les photographies célébrant la prise de villages indonésiens où l’armée hollandaise venait de commettre des atrocités de masse. Prises dans le but de montrer que les troupes avaient fait leur travail, ces clichés furent immédiatement matière à une polémique aux Pays-Bas où ils devinrent des objets très problématiques, aux yeux d’une partie de la population tout du moins. De nouvelles grilles d’interprétation étaient alors en train d’émerger, en particulier en ce qui concernait la nature de la mission civilisatrice européenne. Au long des vingtième et vingt-et-unième siècles, ces photographies ont régulièrement refait surface, d’une part comme bases d’une critique du passé colonial des Pays-Bas et, d’autre part, à l’instar d’autres reflets des atrocités coloniales pris comme des traces d’une histoire oubliée, comme les illustrations paradoxales d’un récit promouvant une forme d’innocence.

Daniel Foliard (Paris Ouest Nanterre), La tête de Rabah et le crâne du Mahdi : histoires croisées de trophées coloniaux français et britanniques
Rabah, l’une des figures de la résistance militaire à l’expansion française en Afrique est battu à la bataille de Kousséri en avril 1900. Sa tête décapitée est exposée pendant plusieurs jours aux abords du campement français après avoir été photographiée. Elle est ramenée par la suite à Paris où sa trace s’est perdue aujourd’hui mais qui fut étudiée au début du vingtième siècle comme spécimen anthropologique. Un an et demi plus tôt, ce sont les Britanniques qui défont leurs principaux ennemis dans la région du Nil, les Mahdistes, à la bataille d’Omdurman en septembre 1898. La tombe de Muhammad Ahmad est détruite par les troupes britanniques après la victoire, les ossements du fondateur de l’État mahdiste sont jetés dans le fleuve et son crâne, que Kitchener pense un temps envoyer à Londres, est finalement enterré dans une oasis égyptienne sous la pression de l’opinion publique naissante en métropole. La controverse agite en effet jusqu’au Parlement et le projet de donner le crâne du Mahdi au Royal College of Surgeons est abandonné. Durant la campagne militaire, la collecte de restes humains et d’artefacts s’inscrit dans une dynamique unique. Elle participe de rituels de victoire qui n’ont rien d’exceptionnel aux yeux des soldats français et britanniques engagés dans les combats sur place.
Puis, dans les deux cas, les vainqueurs rapportent sabres, drapeaux et objets pris à l’ennemi. Ce déplacement favorise les réinterprétations de la raison d’être de ces objets. Parfois même, comme le montre le destin du crâne du Mahdi, ce qui paraissait jusque-là acceptable cesse de l’être. Une fois déplacés dans les métropoles, un autre sens est en effet donné à certains de ces trophées. Ils deviennent des objets ethnographiques ou des spécimens anthropologiques. La part de violence guerrière qui les produit est en partie effacée. D’autres, au contraire, sont utilisés dans des mises en scène qui célèbrent les victoires britanniques et françaises dans ces guerres au loin. Cette intervention examinera les croisements entre les utilisations sélectives des trophées collectés pendant la campagne du Soudan (1898) et la fin de la campagne française contre Rabah (1900). La grande proximité entre les deux processus, et leurs différences, sera au cœur d’une analyse qui mettra en valeur le fonctionnement du co-impérialisme franco-britannique en matière de propagande, ainsi que les circulations entre les deux Empires en matière de pratiques guerrières.

12h30-14h00 – Pause

14h-15h – L’exemple du Congo
Maarten Couttenier – Royal Museum for Central Africa, De deux trophées du Congo en Belgique : objectifications craniologiques et ethnographiques
À travers l’étude de deux « objets » conservés au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) et l’Université libre de Bruxelles (ULB), cette intervention explorera les thématiques croisées des butins réalisés au cours d’opérations militaires, de la mise en place du pouvoir colonial, des représentations, de l’expertise locale et des restitutions. Le premier objet est aujourd’hui conservé au sein du fonds ethnographique du MRAC sous la cote EO.0.0.7943. Il s’agit statue composite qui fut « collectée » par Alexandre Delcommune après une campagne dans la région de Boma en 1878, quelques mois après la naissance du Comité d’Etudes du Haut-Congo. Alors que les demandes de restitutions furent immédiates, Delcommune refusa de rendre l’objet sous prétexte qu’il faisait partie d’un « butin » légitime. Ce Nkisi –un type d’objet magique- fut envoyé en Belgique par bateau et montré dans des expositions en Europe et aux Etats-Unis. Le détail de l’histoire de ses déplacements révèle la permanence des demandes de restitution comme l’auteur a pu le constater lors d’une visite à Boma en 2016. Le deuxième « objet » est un crâne conservé à la Faculté de Médecine de l’ULB. L’auteur a localisé ce crâne il y a quinze ans et s’est rapidement rendu compte qu’il avait fait partie de la collection de la Société d’Anthropologie de Bruxelles créée en 1882. L’examen des papiers de Charles Lemaire des années plus tard a permis d’établir les circonstances troubles qui entourent l’acquisition de ce crâne. A travers l’histoire de ces deux objets, cette intervention explorera ainsi la question de la restitution des artefacts et des restes humains, un sujet encore largement ignoré en Belgique.

Lancelot Arzel (Centre d’Histoire de Sciences Po) Les trophées humains de la conquête. Découpe des corps, mise en trophée et guerres coloniales dans l’État indépendant du Congo (fin XIXe siècle-début XXe siècle)
À la fin du XIXe siècle, les « mains coupées » par les soldats de l’armée de conquête du roi Léopold II, au Congo, créent une onde de choc dans les imaginaires européens : jamais ramenées en métropole, elles illustrent à distance et aux yeux de nombreux observateurs, l’intensité des violences pratiquées contre les populations civiles de la région de l’Équateur par les hommes de la conquête – militaires européens et warlords africains. Cette communication examine de plus près la découpe des corps lors des très longues guerres de conquête coloniale qui marquèrent cet État indépendant du Congo (ÉIC) des années 1880 aux années 1910. Car il ne s’agissait pas que de mains : la découpe des corps concerna aussi bien les têtes, les parties sexuelles que d’autres éléments des corps morts.
Dans un premier temps, nous éclairerons les modalités de ces découpes, aussi bien les contextes guerriers, les acteurs que les phases de la conquête. Puis, nous analyserons la mise en trophée de ces restes humains dans les postes coloniaux ou auprès des populations civiles. Il s’agira de mettre en évidence les multiples logiques à l’œuvre, qu’elles relèvent de facteurs logistiques et militaires ou de raisons sociopolitiques et anthropologiques. Dans cette « rencontre » que constitue la conquête, nous verrons ainsi à quel point les pratiques combattantes des soldats coloniaux s’appuient puis modifient les pratiques autochtones. Dans un dernier point, tel un angle mort de la découpe des corps, nous verrons que ces trophées humains ont finalement peu circulé entre le Congo et le reste du monde, à la différence d’autres colonies : la grande campagne anticongolaise menée dès le début du XXe siècle contre l’administration de Léopold II mais aussi les écarts de sensibilités existant entre les hommes de la conquête et les sociétés européennes expliquent, en partie, cette absence de circulation des trophées vers les métropoles. Leur seule présence sera iconographique.
Pour mener à bien cette communication, nous nous appuierons sur les témoignages rapportés par les militaires européens en charge de la conquête comme par des observateurs civils, sur les archives de la Commission d’Enquête de 1904-1905 mais aussi sur les photographies en circulation de ces « atrocités » comme sur les sources orales locales collectées une fois la conquête terminée.

15h-15h30 – Pause

15h00-16h30 – Le sens des « objets » : Regards croisés sur les circulations
Christelle Patin (Centre Alexandre-Koyré) Le traitement ordinaire ou extraordinaire des restes humains patrimonialisés – Le cas des têtes de chefs kanak.
À partir de la reconstitution précise du traitement post-mortem des têtes de chefs kanak de l’insurrection de 1878, de leur récolte, étude, exposition à leur patrimonialisation actuelle, nous tenterons de cerner les éventuelles spécificités de leur parcours et mise en récit au sein de la destinée ordinaire des autres spécimens anthropologiques. Finalement, le musée parvient-il à transformer le trophée de guerre en un objet d’étude ordinaire ?

Felicity Bodenstein, Technische Universität, Berlin Où est Idia ? La reine-mère comme « personne distribuée » ou le destin des masques en ivoire de Benin City pillés en 1897
Les cinq masques en ivoire de la reine-mère Idia (16e siècle) sont sans doute les objets les plus iconiques du butin de plus de 3000 pièces emportés par les troupes de la « mission punitive » britannique qui envahit le royaume de Benin (dans le sud-ouest du Nigéria actuel) en février 1897. Cette présentation met en regard les trajectoires de ces objets dispersés avec les images de la reine-mère Idia qui prolifèrent à Benin City en tant que « substituts » des objets perdus. Il s’agit de faire dialoguer deux manières de percevoir « Idia », grande figure historique de la protection du royaume. L’une se fixe sur les objets matériels singuliers, les artefacts « historiques » ou « authentiques » conservés dans les musées d’Europe et d’Amérique du nord. Elle s’est formée au fil des accumulations successives des significations données à ces objets au gré de leurs déplacements depuis 1897. L’autre est constituée des perceptions locales, régionales et nationales construites autour de la tension entre l’absence de ces pièces et la possibilité de retrouver « Idia » dans la production d’objets et d’images nouvelles.

Marie Cornu Directrice de recherches CNRS à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP, UMR 7220, ENS Paris Saclay, Université Paris Nanterre, CNRS) Le droit et la restitution des restes humains
Dans l’univers du droit, les restes humains ont un statut particulier. Juridiquement devenus « choses » à la disparition de la personne, ils n’en sont pas moins des choses particulières en ce qu’ils sont revêtus d’une dimension sacrée. En règle générale, les biens sacrés ne sont pas une catégorie juridique du droit contemporain du moins dans un certain nombre de systèmes dont le droit français et contrairement à ce que connaissait le droit romain. Ils sont, en principe librement dans le commerce, ce qu’ont pu confirmer les juges saisis de plusieurs demandes de restitution de ce type de biens (à propos notamment de masques Hopis, propriété collective d’une tribu amérindienne). Les restes humains font cependant exception. Ils doivent être, au sens du Code civil traités avec respect et ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial (art. 16-1 et suivants du Code civil). Ils sont pourtant intégrés dans nos collections publiques. En réalité, la question de la place des restes humains au musée n’a guère soulevé de questions jusqu’à une époque assez récente. Les demandes contemporaines de retour ou de restitutions ont nourri un débat sur leur singularité au sein des collections et sur la possibilité même de leur appropriation. Le plus souvent, ces demandes concernant des collectes anciennes se heurtent en France au statut des collections publiques (inaliénabilité, imprescriptibilité). La discussion s’est notamment nouée autour d’une initiative de restitution d’une tête de guerrier maori présente dans un musée de France. La ville de Rouen avait pris la décision de la restituer à sa communauté d’origine, se fondant sur le principe de dignité et le respect dû aux morts. Les juges ont censuré cette décision en invoquant précisément le régime de domanialité publique. Le droit civil ne fait pas obstacle à leur situation d’éléments de collection publique soumis au dispositif du Code du patrimoine. Ces biens seraient finalement des biens culturels comme tout autre sous le rapport de leur régime propriétaire, solution critiquée par la société civile et par un certain nombre de parlementaires. Cette forme de déni a conduit à une intervention législative (comme en l’occurrence dix ans plus tôt, dans le cas de la Vénus hottentote). D’autres exemples contemporains questionnent le statut de ces biens et, dans l’espace international, la façon dont peuvent être appréciées des revendications de retour, restitution, rapatriement. Les questions juridiques ne sont, en l’occurrence, pas seules mobilisées dans la réflexion sur la condition des restes humains et leur traitement institutionnel et patrimonial. Fortement déterminées par une dimension éthique, elles doivent aussi être mises en relation avec le ressort de la déontologie.

16h30-17h00 – Conclusion : Sébastian Minchin, Directeur-Conservateur du Muséum d’histoire naturelle de Bourges

ORGANISATION :
Daniel Foliard (Paris Ouest Nanterre)
Lancelot Arzel (Centre d’Histoire de Sciences Po.)

Contact :
dfoliard@parisnanterre.fr

Source de l’information :
https://guerres.hypotheses.org/1590
https://calenda.org/446237

Merci à Daniel Foliard d’avoir signalé à la Sfhom cette journée d’étude d’un grand intérêt.

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L’USAGE DES CATEGORIES RACIALES EN OUTRE-MER – 15 Mai 2018

 Silyane LARCHER, Fanny MALEGUE et Benoît TREPIED

Silyane Larcher (URMIS, CNRS), « Citoyenneté et fabrique de la ’race’ durant la période post-esclavagiste aux ’vieilles colonies’ (1848-1890) »

Si en vertu du principe révolutionnaire d’universalité des droits du citoyen, l’abolition de l’esclavage par la Seconde République en 1848 a institué la pleine égalité civile et politique entre citoyens (masculins) de la métropole et ex-esclaves des « vieilles colonies » de plantation, l’égalité civique n’a pas pour autant impliqué la pleine inclusion de ces derniers dans la « communauté des citoyens » (Dominique Schnapper, 1994). La citoyenneté française (droits civils et droits politiques) s’est en effet accompagnée aux Antilles (mais aussi en Guyane et à la Réunion) d’un régime législatif dérogatoire au droit commun. Ces « colonies de citoyens » (Laurent Dubois, 2004) furent régies par un régime juridique les plaçant en dehors des lois applicables en métropole. Quelle « pensée d’État » permit de faire tenir ensemble l’articulation improbable entre égalité civique et exception ? La division de l’égalité qui fonda une mise à l’écart des égaux ou une « altérisation » des citoyens des colonies post-esclavagistes s’est articulée dans la longue durée à une politisation des héritages historiques et anthropologiques des personnes originaires des îles à sucre. En abordant l’histoire de la citoyenneté française à partir de sa marge coloniale caribéenne, on observe ainsi qu’elle ne fut pas toujours unitaire ni abstraite : elle s’est articulée à une fabrique de la race. La logique de racisation par laquelle s’opéra la coupure entre Français de la métropole et Français des « vieilles colonies » anciennement esclavagistes ne se comprend pas simplement en termes coloristes, mais plutôt en termes « civilisationnels » – dirions-nous aujourd’hui en termes « culturels ».

Fanny Malègue (EHESS, INED), « ’Qu’on ne s’étonne plus de voir répéter si souvent un dénombrement des esclaves et des animaux’ : recenser la population dans un empire colonial esclavagiste, Antilles, 1763-1804 »

Alors que la France métropolitaine n’est pas recensée in extenso avant l’ère napoléonienne, des recensements sont réalisés de manière minutieuse et très régulière sur les territoires ultra-marins, et ce, dès le début de l’expansion coloniale. Dès 1635, et avant même que la domination coloniale ne soit effective, ou que des populations aient été envoyées, les instructions données aux membres de la compagnie à charte chargée de coloniser les Isles mentionnent l’ordre d’effectuer un recensement annuel de la population. Le recensement semble dès lors accompagner la construction de l’Empire et l’imposition de la colonialité. Le but de cette communication sera d’explorer cette hypothèse à travers une circulation dans le temps et dans l’espace, des origines du premier Empire colonial à son crépuscule, des colonies antillaises à la Corse, de l’Ancien Régime à l’Empire napoléonien. L’analyse sera aussi aiguillée par la diversité des terrains recensés où l’esclavage n’est pas partout appliqué. Comment s’articule la pratique du recensement à l’imposition de la domination coloniale et impériale et au maintien de l’esclavage ?

Benoît Trépied (IRIS, CNRS), « Les statistiques ethniques en Nouvelle-Calédonie : enjeux d’une exception républicaine »

La Nouvelle-Calédonie est à ce jour le seul territoire de la République française autorisé à produire des statistiques ethniques. Lors des recensements de population réalisés tous les cinq ans, les personnes recensées doivent répondre à une question sur leur appartenance « communautaire » en cochant une (ou, depuis 2009, plusieurs) des neuf cases proposées ; elles peuvent aussi écrire un commentaire après avoir coché la case « Autres ». Ma présentation a pour objectif d’expliquer les raisons de cette exception républicaine et d’ouvrir des pistes de réflexion sur les enjeux et tensions qu’elle soulève. Ce dispositif s’inscrit d’abord dans la continuité administrative d’une technique d’identification des populations élaborée sous l’ère coloniale et prend tout son sens à l’aune du type bien spécifique de colonisation (dite de « peuplement ») qu’a connue la Nouvelle-Calédonie au sein de l’empire français. En outre, les questions communautaires du recensement calédonien sont aujourd’hui constituées en un outil-clé d’évaluation du processus de « décolonisation progressive » qu’expérimente la Nouvelle-Calédonie depuis 20 ans et que le référendum d’autodétermination du 4 novembre 2018 est censé clôturer. Enfin, la possibilité offerte depuis 2009 de cocher plusieurs cases, qui résulte d’une longue mobilisation collective locale, a transformé les représentations dominantes de la population de l’archipel en donnant une visibilité inédite aux personnes auto-identifiées comme « métisses », ce qui n’est pas sans conséquences sur les termes du débat politique entre indépendantistes et anti-indépendantistes.

Discutante : Sarah Mazouz (CERAPS, CNRS)

14-17h, salle Alfred Sauvy, INED: 133, boulevard Davout, 75020 Paris

Guyane: l’histoire des Boni, de l’esclavage au marronnage

Par Arnaud Jouve/RFI

Publié le 27-04-2018 Modifié le 28-04-2018 à 18:46
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gravure  représentant  un  cimarron  ou  noir marron  en  fuite  dans les  colonies . wikipedia commons /

 
Le 27 avril 1848, l’esclavage est aboli en France et dans ses colonies, mais certains Guyanais n’ont pas attendu cette date pour se libérer de l’esclavage. Leur histoire est celles des « marrons » et en particulier du peuple Boni qui a fui la servitude et s’est installé dans la forêt guyanaise pour vivre libre. Une aventure humaine exceptionnelle et peu connue en métropole, que retrace Jean Moomou, maître de conférences en Histoire à l’Université des Antilles, spécialiste des Boni, un peuple dont il est issu.

RFI : Qui sont les « Marrons » appelés aussi « Noirs marron » ou « Bushinengué » ? Que veulent dire ces appellations ?

Jean MOOMOU : Les Marrons, ceux qui marronnent, ce sont ceux qui ont quitté « l’habitation » pour s’installer dans la forêt. « Noir marron » est un vocable utilisé à partir des années 1980 en Guyane française pour désigner les Marrons du Suriname, mais l’appellation originelle est « Bushinengué » terme qui émerge en 1680-1690, qui veut dire « les Noirs de la forêt ». Ils se composent en plusieurs groupes : les Djuka, les Saramaka, les Matawaï, les Kuinty, les Paramaka et enfin les Aluku ou Boni. Ce sont donc des descendants d’esclaves du Suriname dont certains se sont installés à l’intérieur des terres de ce pays, tandis qu’une partie, notamment les Boni, s’installeront sur le territoire français à partir de 1776.

Vous êtes le premier Boni à retracer l’histoire de votre peuple qui s’est libéré de l’esclavage colonial. Quand et où commence cette histoire des Boni ?

Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, vers 1650, les Anglais colonisent un territoire, que l’on appelle aujourd’hui le Suriname, et y apporte des esclaves d’Afrique pour mettre en valeur cette colonie. Mais ce territoire passe sous domination hollandaise en 1667, suite au traité de Breda, où Anglais et Hollandais échangeront le Suriname contre New Amsterdam, qui deviendra le New York actuel. Les populations déportées d’Afrique, mises en esclavage, passent sous domination hollandaise.

La colonie se met au service de la métropole coloniale hollandaise et exploite des plantations de canne à sucre dont la production est envoyée en Hollande pour le marché du sucre qui se trouvait en Europe. Il faut noter que le système colonial hollandais était très difficile. Il n’y avait pas de « code noir » comme dans les colonies françaises. Liberté au maître de donner des punitions sévères aux esclaves. Il y a eu des infanticides, des suicides, des mouvements de révolte. Tout cela était classique dans le système esclavagiste de l’Amérique des plantations. Partout, on va retrouver les mêmes phénomènes. Ces mauvais traitements, raison pour laquelle les esclaves ont décidé de fuir pour retrouver leur statut d’homme libre sont d’ailleurs encore dans l’imaginaire de leurs descendants. Les esclaves ont donc décidé de s’enfuir en s’organisant par petites bandes et le marronnage individuel va devenir un marronnage collectif.

Y a-t-il eu des circonstances particulières qui ont permis aux esclaves de s’enfuir ?

Il y a eu une tentative de colonisation du Suriname par les Français en 1712. L’amiral français Jacques Cassard, en charge de récupérer des terres, demande en contrepartie de son retrait et en guise de compensation, un impôt par capitation, c’est-à-dire un impôt par tête d’esclave. Suite à cette demande, les planteurs envoient des esclaves en forêt pour diminuer le coût de l’impôt, en espérant bien sûr les récupérer plus tard, mais beaucoup ne reviendront pas. Les esclaves avaient des champs personnels à l’intérieur de la forêt, ils maîtrisaient cet environnement forestier et du coup, certains décident de profiter de cette aubaine pour s’enfuir et rejoindre d’autres Bushinengué avec qui ils constitueront des communautés marronnes.

Ce qui n’était pas une menace au début va le devenir. Tout au long de la première moitié du XVIIIe siècle, le mouvement de désertion va s’amplifier et va entraîner une réaction des autorités coloniales, à la fois de l’armée coloniale hollandaise mais aussi des planteurs pour traquer ces marrons et les ramener dans « l’habitation », engendrant une guerre entre les marrons et les autorités coloniales.

Pendant cette guerre, plusieurs chefs vont se distinguer chez les marrons et notamment un certain Boni qui donnera son nom à la communauté ?

Dans ce Suriname du début du XVIIIe siècle, dans la période de 1730, le nom de Boni est celui d’un des chefs mais le premier s’appelait Aluku. L’histoire de Boni est un peu compliquée : il est né en forêt, il connaît cet espace et en grandissant, il va prendre de l’assurance. L’ancien chef, étant âgé, lui transmet le pouvoir. Du coup, les marrons vont s’identifier à leur chef et cette identification va déboucher sur une construction d’identité guerrière, car Boni est à la fois un chef et aussi un chef spirituel.

« Avec la mise en exploitation des colonies dans les Amériques par les différentes puissances européennes, émergent « deux mondes » entre lesquels existe un antagonisme profond. Il s’agit du monde de « l’habitation », caractérisé par la servitude et se subdivisant en deux groupes : d’un côté, les planteurs et tous les hommes libres (petits Blancs et affranchis), de l’autre, les esclaves qui représentent les forces productrices du système esclavagiste. Ce sont ces derniers qui vont fuir l’espace colonial pour ne plus revenir et créer un autre monde, celui des « Marrons ». » Extrait de l’ouvrage de Jean Moomou, Le monde des Marrons du Maroni en Guyane (1772-1860). La naissance d’un peuple: Les Boni, aux éditions Ibis rouge 2004.

Les Saramaka, les Matawaï, les Kuinty, les Djuka ont chacun leur chef. Il y a environ six grandes communautés réparties à l’intérieur de la forêt qui vont tenter de réagir contre le pouvoir colonial qui cherche à les soumettre pour les ramener dans les « habitations ». La stratégie, utilisée par les autorités coloniales, consistait à signer des traités de paix avec des marrons. Cette signature de traités a débouché sur la constitution de communautés marronnes autonomes à l’intérieur de la forêt.

Mais il y avait des clauses à ces traités qui disaient que les marrons pacifiés devaient aider les autorités coloniales à chasser les autres marrons et en même temps, ils devaient refuser d’intégrer de nouveaux marrons à l’intérieur de leur groupe. En 1760-1762, les Djuka et les Saramaka signent mais les Boni refusent ces traités de paix avec les Hollandais, et par conséquent, la guerre va s’amplifier entre les marrons et les autorités coloniales. A partir de 1776, le chef Boni décide de quitter le Suriname et de franchir le fleuve-frontière Maroni. Le groupe de marron Boni s’installe alors en Guyane française.

Comment les Boni vont-ils s’intégrer en Guyane ?

Les Boni vont progressivement remonter le fleuve Maroni jusqu’à s’installer à son amont. Il y a eu des négociations avec les autorités coloniales françaises. Quand ils sont arrivés, certains administrateurs disaient : « Puisque la Guyane manque de main d’œuvre, c’est un moyen de leur offrir l’asile, l’intégration ». D’autres disaient : « Non, ce sont des marrons dangereux à recevoir, vu ce qui s’est produit avec le Suriname ». Donc, il y aura une volonté d’exclure ces marrons en terre française et en même temps, une volonté de signer un traité avec eux. On va envoyer des missionnaires pour les sonder mais cela se traduira par un échec d’accord de paix en 1786, qui entraînera un nouvel évènement avec le Suriname. Boni part alors en 1789 au Suriname pour libérer des esclaves. La guerre entre les Hollandais et les Boni recommence et aboutit à la mort de Boni en 1792-1793.

Dès le départ, la France était hésitante : comment intégrer des marrons, car en Guyane française nous avons aussi des marrons et des esclaves ? La stratégie était de les intégrer dans des régions où il y avait des plantations, mais les Boni ne pouvaient pas accepter cette solution-là et cela a été un échec. Et ce n’est qu’à partir de l’abolition de l’esclavage en 1848 en Guyane que la relation entre les Boni et l’autorité française va changer.

Aujourd’hui comment les Boni vivent avec cette histoire ?

J’ai constaté ces derniers temps que beaucoup de jeunes ne connaissent pas cette histoire parce que la transmission de ce savoir est en panne. Et du coup, ils sont en train de relire cette histoire mais pas dans une version éclairée mais pour trouver des éléments pour condamner le colonisateur hollandais. Beaucoup de jeunes contestent cette appellation de « Bushinengué », préférant « Afro-Guyanais », ne connaissant pas l’origine de ce mot, ni les circonstances dans lesquelles ce mot a été donné. Ce n’était pas un terme péjoratif au départ, c’était pour distinguer les esclaves de ceux qui marronnaient en forêt, c’était une dénomination coloniale mais ce n’était pas péjoratif. Donc, il y a une relecture de cette histoire par certains qui n’est pas claire. Et du coup, la mythification, la glorification de l’Afrique que les anciens éprouvaient, aujourd’hui les nouvelles générations ont tendance à la mettre à distance.

Jusqu’à une époque récente, les Bushinengué dans leur ensemble ne commémoraient pas l’abolition de l’esclavage. Ils se disaient :« Ce n’est pas notre histoire, on n’a pas été libéré par les autorités coloniales, on s’est auto-libérés ». Aujourd’hui, ils participent avec les populations qui commémorent à Cayenne l’abolition de l’esclavage de 1848 mais aussi l’abolition de l’esclavage au Suriname en 1863, et l’idée qui émerge, c’est de faire, pourquoi pas, une commémoration du marronnage.

ELOGE DE « LA PRUDENCE LIMINAIRE » par l’écrivain André LUCRECE

En réponse  au  jugement porté par   Bernard HAYOT sur  la  gestion de la Collectivité Territoriale  de Martinique….(Martinique 1ere/ 20 avril 2018)l’écrivain  répond  au  patron du  Groupe  du même  nom  sur  ce  que  l’on  pourrait   presque  appeler ….une OPA  !!

Eloge de la prudence liminaire
par André LUCRECE
Cet éloge de la prudence se veut liminaire, c’est-à-dire énoncé sur le seuil de la parole, seuil rendu plus ferme et plus solide par des propos rationnels, plus crédibles que ceux proférés sous l’effet de l’émotion. J’ai en effet entendu et lu, ces derniers jours, des sentences tendant à comparer des pays dits « d’outremer », situés sur des continents différents, avec des statuts différents, parfois même avec des histoires différentes, sentences qui aboutiraient à une sorte de classification condamnant la Martinique à un rang peu glorieux, parmi les derniers, à un niveau « assez bas », est-il même indiqué.

Je voudrais d’abord dire que les comparatifs appliqués à des sociétés constituent souvent des tentatives hasardeuses. Claude Lévi-Strauss, parmi les premiers, a montré que des sociétés « tenues pour arriérées » possèdent une dynamique et une viabilité insoupçonnées « tant qu’elles ne sont pas menacées du dehors ». Il invite donc lui aussi à la prudence, s’agissant de tels comparatifs. C’est pour cela d’ailleurs que, pour plus de justesse dans cet exercice périlleux, des savoirs assurés sont requis comme ressources d’intelligibilité.
Il y a quelques années, invité à donner à Cayenne une conférence sur la situation de la Guyane, j’avais souligné l’extrême complexité des problèmes de la société guyanaise, posant un diagnostic qui annonçait une situation de crise, laquelle s’est finalement cristallisée par l’action et les revendications des 500 frères et par un mouvement social dénonçant le sort et l’abandon dans lesquels l’Etat avait laissé la société guyanaise. Le résultat on le connaît : un plan d’urgence décidé par les pouvoirs publics en avril 2017, visant à faire face à l’état de délabrement de plusieurs secteurs de ce pays où la situation continue de se dégrader. J’apprends pourtant par une déclaration surprenante que, dans la classification susdite, la Guyane serait devant le Martinique en matière de gestion !
Afin de situer, de manière plus rationnelle, les performances de gestion de la Martinique, je voudrais aborder ici le cas de la Guadeloupe où la distinction opératoire peut révéler quelques distorsions dans la dite classification qui place la Guadeloupe en territoire « mieux géré » par rapport à la Martinique « mal gérée », laquelle serait au point d’être au plus bas de l’échelle. Propos qui se révèlent être de très difficile caution.
Pour aborder ici le cas de la Guadeloupe, deux règles sont nécessaires. D’abord, celle qui exige des données concrètes et si possible chiffrées, ensuite un comparatif argumenté qui n’a pas pour but d’évaluer une société, mais de signaler des avancées et des retards dans des domaines ciblés en matière de gestion. Nous n’avons en effet aucune leçon à donner aux dirigeants de la Guadeloupe qui sont maîtres de leur horloge, de la hiérarchie des urgences et de leur plan de développement. Et ils ont toutes les compétences pour le faire. Les éléments comparatifs mentionnés ne constituent en rien une façon d’inférioriser. La Guadeloupe ne nous est pas inférieure, tout comme la Martinique ne lui est pas non plus inférieure.
Il existe néanmoins un certain nombre de domaines, où je n’échangerais pour rien au monde les données de l’île sœur contre les nôtres, et j’entends ici les énoncer afin de montrer à quel point le jugement porté sur la gestion martiniquaise relève d’une opinion infondée et d’un raisonnement erroné.
– Pour commencer, la Martinique possède le PIB (Produit Intérieur Brut) par habitant le plus élevé dans la Caraïbe, la Guadeloupe est en 4ème position. (Sources : INSEE, CEROM, UN, Banque Mondiale – Calculs IEDOM)
– En ce qui concerne l’outremer français, concernant toujours le PIB par habitant, la Martinique devance, dans l’ordre, la Réunion, la Guadeloupe, la Polynésie française, la Guyane et Saint-Martin. (Sources : INSEE, ISEE, ISPF, CEROM, calculs IEDOM.)
– En termes de développement humain, la Martinique figure également en tête des îles de la Caraïbe. Au classement mondial elle est 39ème sur 190 pays, avec un indicateur de développement humain (IDH) de 0,814. (Sources : CEROM, INSEE, AFD, IEDOM, PNUD)

– La Martinique est le seul département d’outre-mer dont le taux de chômage est inférieur à 20%. Pour être encore plus précis, il y a 6 points de taux de chômage qui séparent les deux territoires : 24% en Guadeloupe contre 18% en Martinique (chiffres de 2016).

– Taux de chômage toujours. Selon l’INSEE, la Guadeloupe « est la région des Antilles-Guyane où ce taux demeure le plus élevé ». En Guadeloupe, le chômage touche les jeunes actifs au taux de 47 %.

– La situation d’une partie de la jeunesse en Guadeloupe est préoccupante. Voici ce que disait le journal Le Monde dès 2011 à propos de la Guadeloupe : « le poids des violences dans l’île est bien documenté – le taux de criminalité est le plus élevé de France. » Et le journaliste ajoute : « Les faits sont consignés dans un rapport confidentiel sur les dispositifs de lutte contre la délinquance en outre-mer, commandé par les ministères de l’intérieur et de l’outre-mer à trois inspections générales (administration, police et gendarmerie), et remis en juillet. Ce texte, que Le Monde a pu consulter, décrit l' »imprégnation de la société guadeloupéenne par la violence » et le « développement de bandes violentes ». » (Sources Le Monde du 21.12.2011, article de Laurent Borredon – Envoyé spécial à Pointe-à-Pitre.)
– Nous avons en commun avec la Guadeloupe des problèmes démographiques, celui en particulier d’une population vieillissante à laquelle nous devons le plus grand respect et la garantie d’une fin de vie dans la dignité. S’agissant des infrastructures, sur le plan médico-social, s’agissant aussi bien des personnes âgées que des personnes handicapées, le nombre de places disponibles en Martinique est quasiment le double de celui de la Guadeloupe.
Je voudrais aborder maintenant les questions liées aux infrastructures aujourd’hui indispensables. Je pense en particulier à l’environnement et au traitement des déchets. La Martinique a été, dans ce domaine, très en avance, organisant et exerçant cette compétence autour de trois plans : le Plan Départemental d’Elimination des Déchets Ménagers et Assimilés (PDEDMA) datant de 1997 et géré depuis 2005 par le Conseil Général, le PREDIS ou Plan Régional d’Elimination des Déchets Industriels Spéciaux lancé en 1998 avec une compétence de la Région, le PREDASRI (Plan Régional d’Elimination des Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux) qui est une émanation du PREDIS. Ce dernier prend en charge les déchets d’activités de soins non infectieux.

De même s’agissant des infrastructures liées à l’eau, la situation de la Martinique n’a rien à voir avec la situation de la Guadeloupe où le rendement des réseaux est faible. La situation est difficile au point que les élus de la Guadeloupe ont dû faire appel à une aide exceptionnelle du gouvernement français afin de régler le problème des coupures récurrentes qui peuvent durer pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, comme celles qui ont affecté la ville de Capesterre-Belle-Eau et plusieurs communes du sud de la Guadeloupe.

Je pourrais aborder encore bien d’autres domaines, mais je voudrais faire le point sur un sujet sur lequel une mise au point me semble nécessaire : celui du patrimoine. Je voudrais d’abord dire que la richesse et la gestion du patrimoine d’un pays n’a rien à voir avec la climatologie des affaires. Je voudrais ensuite dire que le patrimoine ne se réduit pas aux musées. Le patrimoine d’un pays est matériel et immatériel, sa gestion est complexe et suppose des choix qui relèvent d’une réflexion approfondie.

La CTM a initié en mars 2017, sous l’autorité de Madame Beuze, Directrice générale des musées, un séminaire intitulé « Musée et tourisme pour le développement durable » dont j’ai eu l’honneur d’être à la fois le modérateur et le rapporteur. Les chiffres communiqués, lors de cette réunion, ont montré que la Martinique attire plus de visiteurs dans ses musées que la Guadeloupe : 47% des touristes ont visité nos musées en 2016, contre 30% en Guadeloupe.

Le choix fait par la Martinique est plus proche du développement durable en ce qu’il valorise des musées sur l’ensemble du territoire. Ce choix va totalement à l’encontre du modèle du Mémorial Act, choix fait par la Guadeloupe, qui aujourd’hui nécessite en frais de fonctionnement entre 3,5 et 4 millions d’euros, situation rendant difficile l’investissement muséal. De nombreux pays de la Caraïbe, présents à ce séminaire, ont fait part à cette occasion de leur expérience et ont indiqué aller dans le sens du modèle martiniquais. La Martinique possède d’ailleurs aujourd’hui le plus grand réseau de musées et de sites patrimoniaux des petites Antilles. Voilà la vérité des faits. Faits auxquels s’ajoute tout un ensemble de projets muséographiques qui viendront s’ajouter au dernier né, le merveilleux musée du Père Pinchon dont l’installation des richesses est actuellement en cours.

Les faits sont têtus, ils me dispensent de tout autre commentaire. Et aux quelques personnes qui m’en pourront savoir gré d’avoir rappelé ces faits, je leur dirai que je ne fais que remplir mon office au service de la vérité.

André LUCRECE

 

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