LE RENOUVEAU du… « COURRIER de L’U.N.E.S.C.O »

 

 

« Rien que le nom de cette publication emblématique évoque l’essence même de notre Organisation. Depuis le premier numéro, publié en février 1948, jusqu’à celui que je tiens dans les mains, le Courrier est resté fidèle à sa mission : promouvoir les idéaux de l’UNESCO, servir de plate-forme au dialogue entre les cultures, constituer une tribune de débats internationaux. »

C’est en ces termes qu’Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO s’est exprimée lors de la relance du Courrier de l’UNESCO à la Diaoyutai State Guesthouse de Beijing, Chine, le 13 mai 2017. Après cinq années d’interruption, pour des raisons budgétaires, la revue a recommencé une nouvelle vie en avril 2017, grâce au généreux soutien de la République de Chine.

Trimestriel imprimé dans un nombre d’exemplaires limités, le Courrier est de nouveau disponible en ligne (fr.unesco.org/ courier) en sept langues : anglais, arabe, chinois, espagnol, français, portugais et russe. L’abonnement à la version numérique est gratuit et il suffit de quelques clics pour accéder aux archives. Une stratégie pour déployer sa présence numérique est actuellement élaborée et des partenariats pour de nouvelles versions linguistiques sont en vue. « Dans les années 1980, la revue existait dans plus de 35 langues, grâce à la coopération des Commissions nationales », a rappelé Irina Bokova, lors de la relance du Courrier au siège de l’UNESCO, le 27 avril 2017, avant d’exprimer sa conviction que la partenariat avec la Chine encouragera « de nombreux acteurs des secteurs public et privé, à devenir nos partenaires dans le développement du Courrier à l’échelle mondiale ».

http://unesdoc.unesco.org/images/0025/002523/252318f.pdf

des  extraits ……

SCIENCES HUMAINES l’IMPORTANCE DES RECITS AUTOCHTONES

par John Ayotunde Isola Bewaji

L’accent mis dans les études sur les sciences exactes et la technologie, disciplines rémunératrices, au détriment des sciences de l’homme, menace la capacité des peuples de la Jamaïque et des Caraïbes à raconter et valoriser leurs propres histoires, indispensables à la transmission des connaissances et au développement

Depuis qu’ils en sont capables, les hommes ont cherché à comprendre la vie dans tous ses aspects et le monde qui les entoure. Pour comprendre et décrire leur environnement, ils ont utilisé non seulement la littérature, la philosophie, l’éducation, la religion, les arts, l’histoire, l’anthropologie, l’archéologie et la sociologie, mais également l’économie, la psychologie, l’information, le développement, les sports, le genre, la finance, le commerce, les sciences politiques, les études environnementales, les études en communication, les études culturelles et le droit. Par souci de validité scientifique, certaines de ces disciplines ont été classées sous la rubrique « sciences sociales », mais je suis persuadé qu’elles jouent aussi un rôle dans les sciences humaines.

Par le langage, les êtres humains ont produit leurs propres récits, qu’ils ont privilégié par rapport à ceux qui provenaient d’autres régions.
Toutes les civilisations sont attachées aux récits qui incarnent leurs cultures, leurs systèmes de connaissances et les manières d’être qu’elles ont créés. Trois événements ont joué un rôle déterminant dans la place qu’ont fini par occuper les sciences humaines dans les universités occidentales : la révolution scientifique, la révolution industrielle et le logicisme [école moderne de pensée mathématique, fondée par le philosophe et mathématicien allemand Friedrich Ludwig Gottlob Frege (1884-1925). Théorie qui consiste à appliquer les lois de la logique à des domaines étrangers à la logique]. La conjugaison des révolutions scientifiques et industrielles a donné naissance au positivisme logique et à la conviction que toute quête de connaissance doit reposer sur une méthodologie scientifique, au risque de perdre validité et pertinence. Cela a eu des conséquences désastreuses pour les héritages intellectuels des sociétés non européennes, généralement présentées comme primitives, non civilisées, païennes et arriérées – point de vue qui a autorisé l’appropriation économique de toutes les ressources de ces sociétés par le biais du colonialisme et de l’esclavage.

QUAND UN RECIT CHASSE L’AUTRE

Le pire des enseignements a consisté à faire des récits de l’Europe (et de l’Arabie) des vérités universelles, et à les substituer pour les supplanter à ceux des sociétés autochtones partout dans le monde. C’est pourquoi les Africains sont ignorants de leur ascendance : ils se servent de noms, de langues, de religions, de sciences et de technologies qui sont ceux des autres, au point d’oublier − et parfois même de haïr − les systèmes de connaissances, manières d’être, valeurs et philosophies qui leur sont propres, et de se perdre dans l’univers des autres.

Cela soulève une série de questions. D’abord, l’industrialisation a conduit à la mondialisation de toutes les formes de réalité. La mondialisation est inévitable, mais on ne voit pas pourquoi elle empêcherait les peuples des Caraïbes de faire appel à leur héritage africain pour trouver le sens et la direction d’une vie civilisée. Il n’est pas nécessaire de s’opposer à la mondialisation, mais chacun peut l’enrichir grâce aux cultures historiques de ses ancêtres.

Ensuite, le plaidoyer en faveur de l’enseignement des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) crée un impératif faussé : à savoir que les autres disciplines, qui apparemment ne procurent pas de bénéfices concrets directs à la société, n’ont guère d’utilité. En Jamaïque et aux Antilles, l’accent a été mis sur les sciences, les technologies et les sciences sociales dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. Des matières comme les beaux-arts, la musique, l’éthique, l’histoire, la culture et le patrimoine voient leur enseignement réduit ou supprimé à tous les niveaux d’éducation, parce qu’elles ne sont pas considérées comme utiles au développement humain.

À l’université des Indes occidentales (UIO), université partagée par dix-sept pays des Caraïbes, cette suprématie accordée aux sciences exactes a pour effet que la Faculté de sciences humaines et d’éducation attire systématiquement moins du quart de la population étudiante, leur contribution au développement national et régional étant sous-évaluée. Plusieurs éditoriaux du quotidien jamaïcain The Gleaner ont exhorté le gouvernement à cesser de financer l’enseignement de l’histoire, des langues, de la philosophie et des arts, pour se concentrer sur des disciplines qui permettraient à la Jamaïque et à l’ensemble de la région de rattraper le premier monde sur le plan technologique. Nul besoin, argue le quotidien, de savoir qui nous sommes, à quelle réalité et société nous appartenons et qui étaient nos ancêtres, il suffit d’atteindre la parité technologique avec l’Occident, et tout ira bien.

Enfin, la troisième question est liée à une santé financière déclinante au niveau national, régional et individuel. L’éducation, notamment en ce qui concerne les sciences humaines, fait généralement les frais des ajustements structurels. Les familles et les individus préfèrent investir dans des disciplines « commercialisables, productives et valorisantes ». Il en va de même des pays qui pensent qu’il faut privilégier l’enseignement des sciences, du génie, de la médecine et des technologies, parce que ces disciplines sont censées améliorer la capacité productive.

IDENTITE ET PATRIMOINE

L’étude des sciences humaines est indispensable à la valorisation, à la configuration et à la projection identitaires d’une société. Une société qui néglige de comprendre, d’apprécier et de disséminer les sciences humaines s’expose aux abus de toutes sortes, à la dégradation de son patrimoine et à l’appropriation de son essence. L’épistémicide [le massacre des systèmes de connaissances ou la destruction des savoirs existants] infligé aux populations africaines sous la forme d’un « syndrome de la valise vide » a conduit à déposséder les Africains du Nouveau Monde de leurs identités et de leur patrimoine, laissant des individus désemparés, désorientés et désaxés. Les incivilités rampantes au sein de la société jamaïcaine en sont l’une des manifestations.

Même si la Jamaïque a toujours dépassé les attentes dans tous les domaines, il y persiste une préférence pour l’euro-occidental. La pensée, au sein de l’UIO, a été la victime des événements historiques relatés par le professeur jamaïcain Errol Miller : la dépendance des économies régionales après l’abolition de l’esclavage et l’affranchissement. C’est pourquoi elle n’a pas su adopter les paradigmes éducatifs salutaires, axés sur l’enseignement des sciences humaines, et n’ayant plus à se soucier des bénéfices immédiatement perceptibles de cet enseignement.

L’UNESCO n’a cessé de jouer un rôle prépondérant dans la poursuite d’un monde plus humain, qui valorise la raison, la réflexion et la diversité. Cependant, compte tenu de la résistance à toute indemnisation des populations qui ont vécu les horreurs de la traite atlantique, soit la pire forme d’inhumanité de l’histoire humaine, il est compréhensible que les pays de la région caraïbe soient réduits à l’état de mendiants, incapables de prendre les décisions qui sortiraient leurs citoyens de la misère.
Cela explique sans doute que la Jamaïque affiche l’un des taux d’homicides les plus élevés du monde, alors qu’elle est le pays natal de Marcus Mosiah Garvey [dirigeant politique jamaïcain, journaliste, éditeur et précurseur du panafricanisme (1887-1940)],  de  Bob  Marley(1945-1981) avec le reggae (genre musical mondialement apprécié] et d’Usain Bolt [sprinteur recordman médaillé des derniers championnats  et  jeux olympiques.)

LA CLE : FORMER DES ENSEIGNANTS

Que faire pour améliorer l’enseignement des sciences humaines en Jamaïque et dans les Caraïbes ? Il faut y renforcer et encourager les projets de formation des enseignants de l’UNESCO, en chargeant l’UIO de montrer la voie par une réflexion sur son rôle dans l’enseignement des sciences humaines.

Il faut créer au sein de cette université un département ou une école d’études philosophiques à part entière, avec pour mission de favoriser la pensée critique dans de nombreuses autres disciplines, comme le commerce, le tourisme, la résolution des conflits et les études environnementales.
Il est important que les sciences humaines soient enseignées dans les établissements d’éducation primaire, secondaire et postsecondaire en Jamaïque et dans la région, parce que c’est dans l’esprit des hommes que se construit la paix. Les genres culturels et musicaux nés en Jamaïque ont influencé le monde entier, mais on n’a guère fait d’efforts pour enseigner et développer ces traditions auprès des jeunes Jamaïcains.

Ces connaissances pourraient être utilisées pour mobiliser leur créativité et assurer leur indépendance économique. Enfin, il est important de comprendre que les sciences humaines sont à la base de toute la production de connaissances, qu’il s’agisse de les conserver, de les stocker, de les collecter, de les diffuser ou de les appliquer. Les pays riches et puissants ne confient pas à d’autres l’éducation de leurs citoyens. De même, les sociétés pauvres et faibles doivent comprendre qu’elles doivent produire elles-mêmes leurs propres récits et assurer la saine transmission de ceux-ci pour le bien de notre humanité collective, y compris dans notre magnifique diversité.

De nationalité jamaïcaine, mais né au Nigéria, John Ayotunde Isola Bewaji est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont The Rule of Law and Governance in Indigenous Yoruba Society – an Essay in African Philosophy (L’État de droit et la gouvernance dans la société indigène yoruba. Un essai de philosophie africaine). Il a dirigé plusieurs publications, comme le Caribbean Journal of Philosophy (CJP).

*

LE   POETE AU COEUR DE LA CITE
par Tanella Boni

La poésie, comme toute création artistique, est l’un des piliers des humanités. En empruntant les chemins de l’émotion, de la sensibilité, de l’imagination, elle transmet les connaissances et les valeurs humaines. Mieux : elle forme l’être humain, corps et âme.

L’art ne raisonne pas. Il relève de l’émotion, de la sensibilité, de l’imagination. L’expérience artistique ne renvoie ni à l’argumentation, ni à la vérification, ni à la preuve, puisqu’il ne s’agit pas de connaissance scientifique. Et pourtant, par des voies qui lui sont propres, en dehors des sentiers battus des sciences, l’art joue un rôle primordial dans la formation de l’individu : il transmet la connaissance du monde et des valeurs humaines indispensables pour s’ouvrir à l’Autre. La création artistique établit ainsi des liens très forts entre les humains, par-delà les langues, les croyances et les cultures. C’est pourquoi l’art peut être considéré comme l’un des piliers des humanités.

LE TEMPS DES HUMANITES

Bien présente dans le monde anglophone, les humanities désignent les disciplines littéraires, linguistiques, philosophiques, historiques ou artistiques, dans lesquelles l’ouverture d’esprit et la vie de l’humain sont mises en exergue dans la société. Dans de nombreux pays francophones, le terme est tombé en désuétude ou presque, sauf dans certains milieux universitaires. Cependant, jadis, dans le système éducatif français, on « faisait ses humanités ». Cela signifiait apprendre « ses » classiques, étudier des langues anciennes, lire Homère, Virgile et d’autres auteurs anciens, acquérir une vision aussi large que possible par l’étude des manières d’être, de vivre, de parler des humains appartenant à d’autres civilisations

Ailleurs dans le monde, dans les cultures africaines, par exemple, il existe un équivalent à cet apprentissage de « ses » classiques. C’est le moment de l’initiation, celui où l’on transmet aux jeunes filles et aux jeunes hommes l’héritage des temps anciens, qui permet de vivre au temps présent. C’est le temps des humanités. Chaque époque, chaque culture a ses classiques, ses textes incontournables. Et parmi ceux-là, la poésie a toujours occupé une place de prestige. Toujours, sauf aujourd’hui : nous avons tendance à oublier son existence, dans notre monde désenchanté. J’aimerais m’y attarder précisément pour déjouer cet oubli et montrer comment la poésie fait partie intégrante des humanités.

CE QUE PEUT LA POESIE

Il n’existe pas de société sans poètes. Même si l’acte de création se fait dans la solitude, ils ne vivent pas dans une bulle. Ce ne sont pas des ermites enfermés dans leurs tours d’ivoire, mais des créateurs d’univers qu’ils donnent en partage. Que leurs poèmes soient écrits ou chantés, les poètes jouent un rôle éducatif de première importance. Les philosophes de la Grèce antique n’ont pas manqué de le remarquer. La poésie incarnait à leurs yeux une expérience d’apprentissage, une culture générale précédant toute spécialisation scientifique ou politique. Ils savaient à quel point l’apprentissage d’Homère et d’autres poètes était important pour la formation de l’esprit chez les jeunes Grecs libres (ceux qui n’étaient ni esclaves, ni métèques).

C’est pourquoi Platon s’inquiéta, dans la République, qu’Homère donnât une mauvaise idée des dieux dans ses poèmes, et il finit par bannir les poètes de la cité ! Le reproche qu’il fit au poète tient sans doute tout autant à ce qu’est la poésie qu’à ce qu’elle ne saurait être. Mais qui peut dire, hier comme aujourd’hui, ce qu’est la poésie ? Pour l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, une définition de la poésie comme « l’expression de la beauté par l’intermédiaire de mots combinés avec art », pourrait figurer dans un dictionnaire, certes, mais resterait plutôt « faible ». « Il s’agit de réalités si profondes », ajoute-t-il, « qu’elles ne peuvent s’exprimer qu’au moyen des symboles que tous les hommes ont en partage ».

:-:-:-:

A noter qu’Edouard  GLISSANT a  été  directeur  de  cette  publication,  direction  au  cours  de laquelle un numéro  du  Courrier   traitait  de la  Caraibe.

autres  titres :
7 Le journalisme éthique refait la Une AidanWhite

10 Fake news : ce qu’en pensent les journalistes

12 Développer l’esprit critique contre les « infaux » Divina Frau-Meigs

16 Aftenposten versus Facebook : une controverse éclairante Marina Yaloyan avec EgilHansen et Richard Allan

20 Le pari réussi d’une télé en ligne Andrius Tapinas

22 Un phare grâce au Net Carlos Dada

24 Le journalisme d’investigation contre vents et marées Sanita Jemberga

37 L’humanitude ou comment étancher la soif d’humanité Adama Samassékou

Courrier de l’Unesco juillet/septembre 2017 http://unesdoc.unesco.org/images/0025/002523/252318f.pdf</</strong>

« MEMOIRE DE L’HUMANITE » : UN FESTIVAL DU FILM EN AOUT 2017 AU BENIN

« Mémoire de l’Humanité »: Un Festival du film au Bénin qui relie la Caraïbe à l’Océan Indien

No Comment

©Site Source de l’Humanité

Du 11 au 26 août prochain aura lieu, au Bénin, le Festival itinérant « Mémoire de l’Humanité ». Durant ce Festival, plusieurs films seront projetés dans plusieurs villes du Bénin afin de rappeler l’Histoire de l’esclavage et favoriser la réconciliation entre les Afro-descendants et les Africains.

Organisé par un collectif d’associations, qui ont décidé de mutualiser leurs moyens, le Festival « Mémoire de l’Humanité » a pour objectif « de favoriser la réconciliation, la rencontre entre les Afro-descendants et les Africains », explique Marie-Ange Thébaud, Réunionnaise et Présidente de l’association Ecrans sans Frontières. C’est notamment lors d’une rencontre avec le Prince de Savè et d’Abomey, Serge Guézo, qu’est née l’idée de ce Collectif et de ce Festival. « Le Prince Serge Guézo est opérateur culturel pour le Ministère de la Culture du Bénin. Il travaille beaucoup pour le développement de son pays », explique-t-elle. « C’est un projet mémoriel: Il faut prendre en compte l’Histoire », indique de son côté le Prince Serge Guézo, qui rappelle que le 23 août, Journée Internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, aura lieu pendant la durée du Festival. Cette date avait été choisie par l’UNESCO afin de rappeler l’insurrection de Saint-Domingue.

Serge Guézo, Prince de Savè et d'Abomey, devant la piste des captifs à Ouidah ©Marie-Ange Thébaud

Durant ce Festival, pas moins de 15 films seront projetés dans plusieurs villes du Bénin: de Savè à Ouidah, en passant par Nikki, Parakou, Natitingou, Cotonou, Porto-Novo et Abomey. Les projections seront également ponctuées d’interventions de personnalités venant de la Caraïbes, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Océan Indien. « Le Festival « Mémoire de l’Humanité » sera un circuit qui va avoir le label de l’UNESCO: « Route de l’Esclave ». Et les villes que nous visiterons aurons le label « Site de Mémoire associé à la Route de l’Esclave » », poursuit Marie-Ange Thébaud. Qui plus est, le Festival est dans l’attente du label « Action de la décennie des personnes d’ascendances africaines » auprès des Nations Unies.

Marie-Ange Thébaud, Présidente de l'association Ecrans sans Frontières ©DR

« Pendant la Traite transatlantique, les Peuples d’Afrique ont été emmenés aux Etats-Unis, dans les îles des Caraïbes et aussi, une petite partie, vers La Réunion et l’île Maurice » raconte Marie-Ange Thébaud. « Il y a des sentiers qui existaient pour emmener les captifs vers le port de Ouidah ou Lagos. Et ils n’étaient pas que Béninois, ça concerne toute la région de l’Afrique de l’Ouest. Il y a une cartographie de ces sentiers qui existent et on va pouvoir interviewer les sages qui sont encore vivants, dont un qui va nous expliquer ces sentiers ».

Nikki, un des points étapes du Festival "Mémoire de l'Humanité" ©Site Source de l'Humanité

Le Collectif ne compte pas s’arrêter à ce Festival. « Nous allons faire d’autres circuits sur d’autres thématiques, notamment autour des Royaumes, autour du Cultuel, autour de la Fête du Vaudou le 10 janvier », indique Marie-Ange Thébaud. « Ce projet est aussi un projet de formation et de développement: on va former des jeunes qui, dans 3 ans, seront capables de prendre le circuit du Festival en main et d’autres seront formés pour créer leur entreprise ». Par la suite, le Collectif « prévoit de déplacer le Festival à La Réunion au mois de mai 2018, avec toujours ce projet de formation et de développement dédié aux jeunes » et « Mémoire de l’Humanité » sera également amené à se déplacer dans les Pays de la région du Golfe de Guinée.

En attendant, le Festival « Mémoire de l’Humanité » dispose de sa propre application baptisée « Source de l’Humanité », téléchargeable via l’Apple Store ou Google Play.

Program2017CNCIABe_nin-2

 

 

Les semaines culturelles de l’U.N.E.S.C.O

© Groupe africain auprès de l’UNESCO

22-24/05 | Célébration

Semaine africaine

« La jeunesse, notre capital »

De 10 à 18 heures, salles Miró, des pas perdus, I, IV et Piazza

Programme et invitations :
dl.benin@unesco-delegations.org   

Responsable : Groupe africain auprès de l’UNESCO

La Semaine africaine, dédiée à la réflexion, à l’échange intellectuel, met aussi à l’honneur la diversité du patrimoine culturel et artistique de l’Afrique. L’édition 2017, tout en restant fidèle à ses rendez-vous incontournables – exposition-vente d’objets d’art et de peintures contemporaines, stand de publications, projection d’un long métrage (Tourbillon à Bamakode Dominique Philippe), animations culturelles – s’étoffe avec une large réflexion autour de son thème consacré à la jeunesse, abordé sous plusieurs angles sur deux matinées (mardi et mercredi). Les contes, la mode (défilés de jeunes créateurs) et la musique (concerts de Patricia Essong et du groupe Nouvelle Aube) ont aussi la part belle dans ce programme écourté par le pont de l’Ascension. Un atelier masque, peinture faciale, danse africaine et percussions accueillera les enfants mercredi, de 10 heures à midi.

Tous droits réservés

29/05-02/06 | Célébration

Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes

« Ensemble pour Haïti »

De 10 à 18 heures, salles Miró, hall Ségur et salle IV

Programme et invitations : dl.mexique@unesco-delegations.org

Responsable : Groupe de l’Amérique et des Caraïbes de l’UNESCO

À l’instar de la Semaine africaine, la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes célèbre aussi le patrimoine culturel, mais celui des 33 pays qui constituent le Groupe de l’Amérique et des Caraïbes de l’UNESCO. Un rendez-vous qui se veut festif, tourné vers Haïti cette année. Autour d’une exposition qui mettra en lumière artistes contemporains, artisanat et patrimoine mondial, musiques, danses et défilés de costumes traditionnels rythmeront les débuts d’après-midi (à partir de 13 heures), lundi, mardi, mercredi et vendredi. Mariachis, rumba, tango argentin, entre autres, sont au programme.

L’AVENIR N’ATTEND PAS LE NOMBRE DES ANNEES…..

UN PRESIDENT JEUNE
POUR UNE FRANCE NOUVELLE
PROGRESSISTE et PROSPERE !

« POUR L’AVENIR DE VOS ENFANTS, VOTEZ » !
(slogan imprimé par les PTT sur les courriers fin des années 50)

« NOUS ET LES AUTRES » au MUSEE DE L’HOMME A PARIS

Exposition « Nous et les autres – Des préjugés au racisme »

© UNESCO / P. van Vucht Tijssen
Organisée sous le patronage de l’UNESCO, le Musée de l’Homme à Paris a lancé sa première grande exposition temporaire depuis sa réouverture. L’exposition « Nous et les autres – Des préjugés au racisme », ouverte au public du 31 mars au 8 janvier 2018, propose une scénographie immersive originale qui a pour objectif d’apporter un éclairage scientifique sur les comportements racistes et les préjugés.
L’exposition a été officiellement inaugurée par le Musée de l’Homme et l’UNESCO le 30 mars, en présence de Bruno David, le Président du Muséum national d’Histoire naturelle, et Nada Al-Nashif, Sous-Directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’UNESCO.

« Le racisme et la discrimination naissent et perdurent dans l’ignorance et la peur de ce qui diffère. C’est pour lutter contre l’ignorance, pour lutter contre la peur et pour célébrer nos différences que l’UNESCO accorde son patronage à cette exposition. C’est par l’accession au savoir, à la science et à la connaissance de nous-mêmes que nous réduirons nos préjugés, que nous lutterons contre le racisme. » a indiqué Nada Al-Nashif, au nom de la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova.

Comment se construisent les préjugés ? Quelle est la réalité des « races » d’un point de vue génétique ? Quels arguments opposer aux tenants d’une division de l’humanité en « races » ? Pourquoi des États en sont-ils venus à mettre en place un racisme institutionnalisé contre des catégories données d’individus ? Autant de questions auxquelles entend répondre cette exposition qui plonge aux racines de ce phénomène de société.

Toute l’humanité est égale en droits nous disent les lois de la République. Les « races » humaines n’ont pas de légitimité scientifique nous dit la génétique. Et pourtant, les comportements racistes persistent, les préjugés résistent.

Au croisement de l’anthropologie, de la biologie, de la sociologie et de l’histoire, l’exposition s’appuie sur des études menées par les chercheurs en sciences de l’Homme et de la société. Dépourvue d’un ton moralisateur ou de jugements, elle propose un parcours qui s’attache à décrypter les raisons concernant les comportements racistes et discriminatoires à un certain moment de l’histoire des sociétés. Elle donne également des clés de compréhension à ses visiteurs et encourage leur réflexion personnelle pour déconstruire les préjugés. Le public est invité à comprendre les mécanismes individuels et collectifs qui conduisent au rejet des « autres », et à prendre conscience des discriminations dans la société aujourd’hui.

Comme constaté par Bruno David, cette exposition donne au visiteur le sentiment d’être une personne différente à la sortie du musée.

Cette exposition met également en valeur la Coalition internationale des villes inclusives et durables – ICCAR de l’UNESCO comme une plateforme robuste pour lutter contre le racisme et les discriminations, et promouvoir l’inclusion et la diversité dans les sociétés.

LA GUYANE EN CRISE

Et voilà ! rien de plus inattendu que la Guyane s’invitant dans la campagne électorale présidentielle ! Il y aurait donc ainsi des sujets politiques et sociaux dignes d’intérêt pour les citoyens que nous sommes tous en République !
Ce qui ne veut pas dire que le feuilleton des  » affaires » concernant la famille FILLON ou Marine LE PEN n’intéressait pas le citoyen lambda, de par le caractère frauduleux , actif ou passif ( la présemption d’innocence étant de rigueur), car tout de même,  vouloir rémunérer son épouse au frais du contribuable alors que beaucoup de femmes au foyer seraient en droit d’exiger une telle rémunération apparaît davantage comme un acte révolutionnaire , que de vouloir faire croire que toute épouse d’élu pourrait occuper les fonctions d’Attachée Parlementaire sans en  donner  la preuve, d’autant rajoutons le, qu’il n’existe pas de conditions de recrutement à ce titre et que l’élu dispose comme bon lui semble de l’enveloppe qui lui est remise à cet effet. Sauf que tout de même, les fonctions doivent être réelles et non fictives . Reste à le démontrer devant le Tribunal ….
Sans vouloir m’étendre sur cette élection qui pour bon nombre d’entre nous revêt un caractère particulier voir inédit, les  sondages ont  révélé leurs  failles après le  Brexit,  l’élection de Donald TRUMP  aux  usa  et  les  primaires  à Gauche comme  à  Droite en France, si  bien  que le  meilleur  sondage  serait   …  de  s’attendre  à  tout   et   n’importe quoi !

D’ailleurs

-un Président sortant non candidat
un candidat et même 2 mis en examen par la Justice , refusant de s’y soumettre ou remettant ainsi en cause l’indépendance et l’autorité de la Justice , avant de devoir à leur tour, en cas d’élection, être le garant des institutions républicaines
un candidat certes du sérail gouvernemental mais sans titre électif, et qui serait le plus jeune Président n’ayant pas atteint ses 40 ans , s’il devait être élu , mais qui regroupe autour de lui des élus de renom aussi bien de Droite que de Gauche, …. et qui propose un service militaire d’une durée de 1 mois…..!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! c’est sérieux ça ????????

Mais revenons à la Guyane qui n’avait pas prévu j’en suis certain de s’inviter … et se faire entendre plus que jamais!

Plus d’une semaine que les 500 frères se sont cagoulés en noir refusant de dialoguer avec une une mission de sous hauts fonctionnaires dépêchée sur les lieux, après qu’ils aient refusé auparavant une invitation de la Ministre …… ? ….. de venir discuter à Paris !!!
Grèves totales, manifestations de grande ampleur dans les rues de Cayenne et St Laurent du Maroni pour dénoncer l’insécurité, le retard qu’enregistre la Collectivité (depuis 2015) dans les domaines de la Santé, de l’Education et du développement tout simplement .

Ce sera donc le baptême du feu pour le nouveau Ministre de l’Intérieur (chargé des Collectivités) après la démission récente de Bruno le ROUX ( pour avoir procuré des emploi fictifs lui aussi  à ses filles mineures) mais aussi pour la Ministre de l’Outre Mer . Si dans un premier temps le dialogue n’a pu se faire c’est surtout parce que les acteurs avaient de part et d’autre une stratégie propre à des objectifs non encore dévoilées. D’où les « excuses » qu’a dû présenter la Ministre avant d’entrer dans le vif des sujets et pour un dialogue… constructif !

VOUS AVEZ DIT …. DIALOGUE CONSTRUCTIF ?
Il semblerait que les syndicats et Associations se soient regroupés pour être à l’origine pourrait on dire  » populaire » de ce mouvement de contestation et de revendications….

Mais où sont les élus ? Certainement qu’ils devront prendre le relais de ces discussions, et les projets évalués à plus de 1 milliard ne sont pas matière à faire taire la population, mais au moment où le gouvernement expédie les affaires courantes, ce n’est pas rassurant quand on ignore qui des 11 candidats à la présidence, devra(?) en assurer la réalisation et les orientations annoncées, sauf avis contraires ……. !
Nul doute que les Guyanais seront inspirés des précédents qui de la Martinique  ou   de  la   Guadeloupe,  mais ils sauront   désormais  que   le   temps   peut   parfois   être   long   entre   les  décisions  annoncées  et   les   réalisation  attendues  ….!

Le déplacement  des Ministres de  l’Intérieur et  des  Outre Mer qui  après 72 heures  dialogue et  de  discussions  se sera conclu par  une  enveloppe de plus  d’1 milliard  d’euros,  n’a pourtant  pas  calmé les  exigences évaluées  à 2,5 milliards  …  de plus ! Et la Ministre  des O M, d’ailleurs   originaire  de la  Réunion et  qui semble  avoir pris  le  pouls  véritable  de  la  situation,  a  été  ovationnée  avec ferveur,  après  les  « excuses » qu’elle jugea  bon  de présenter,  comme  pour manifester  à  son  tour sa  solidarité.

La marche  sur  Kourou  où  un  groupe  de  militants a  été  reçu  par  les  responsables  du  centre  spatial  aurait    s’est   terminée   par  un  seatting  qui  a  pu  alerter ces  mêmes  responsables   sur les conséquences  de  cette  initiative. Mais  cette   frayeur   n’aura  pas  duré , preuve  que  les  Guyanais mesurent  avec  sagesse  leurs actions et dans  le  souci   d’éviter des  affrontements involontaires.

Toujours est-il  qu’après  les échauffourées  du  week-end   du 8/9 avril,   où un  Commissaire de police métropolitain a  été  blessé,  une  délégation  des  500  lui  a  rendu  visite  à  l’hôpital toujours  dans  un  souci d’apaisement de   bon  aloi.

Mais  la  grève  se  durcit ce Lundi ,  et   on  a même  vu   un  véhicule  de  gendarmerie  faire  demi-tour sous l’instigation  d’un  piquet  de grêve.. tandis   que  la grogne des  commerçants   commence à poindre .   L’invitation  à Paris des  élus par le  Président   de  la  République s’étant  d’autre part soldée  par  une  fin  de  non-recevoir.

Décidés à  ne  rien lâcher les Guyanais après 3 semaines de  grève  générale  ?

Après un week-end  de Pâques où il  a  fallu  lâcher  du  lest   pour fêter  dignement  et  comme   à   l’habitude, un accord  est   intervenu et  signé  le 2 avril, et  dans  les  termes des  revendications fixées   à plus  de  2 milliards,  en  plus  du milliard  et  demi  obtenu  précédemment . Mais  alors que certaines  entreprises  telles  que l’hôpital  de Cayenne   et   EDF maintiennent  leur  mot  d’ordre, et  qu’un  Comité  de   suivi   est  mis  en  place, il  convient   de  réaliser  que  la  transition  qui   s’opérera  après  le  7 Mai  ne  garantie   pas une conduite raisonnée  des  projets  de développement   auxquels   aspire  la  Guyane.

A suivre …..

LE PREMIER GENOCIDE IGNORE DU XXe SIECLE

HERERO ET  NAMA dans  le  Sud-Ouest africain allemand (1904-1908)

par   Pascal Blanchard

 

Le Mémorial de la Shoah, qui avait déjà traité des génocides arménien et Tutsi, présente, jusqu’au 12 mars 2017, une exposition sur le génocide Herero et Nama, intitulé Le premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand (1904-1908). L’occasion pour Pascal Blanchard, historien et chercheur au Laboratoire communication et politique du CNRS (Irisso) à l’université Paris-Dauphine, de revenir sur un épisode tragique et méconnu de la colonisation allemande, un épisode dont la reconnaissance est au centre d’un enjeu mémoriel fondamental.

En l’espace de quatre ans, entre 1904 et 1908, près de 50 % du peuple Nama (environ dix mille individus) et 80 % du peuple Herero (environ soixante-cinq mille individus), deux populations vivant dans le Sud-Ouest africain allemand (l’actuelle Namibie), sont exterminés par le Reich allemand. Depuis 1884, date de prise de possession du territoire par l’administration coloniale allemande (suite à une série d’accords passés avec les autres puissances européennes et l’Empire ottoman), le Reich y impose ses règles en employant la manière forte, multipliant les violences physiques, les meurtres et les exactions sexuelles.
En 1904, en réaction à une telle brutalité, une révolte éclate chez les Herero. Le Reich allemand la réprime avec violence et le général Lothar von Trotha émet un ordre d’extermination, le 2 octobre 1904, condamnant ainsi hommes, femmes et enfants : « C’était, et c’est aujourd’hui encore, ma politique que d’appliquer cette force par la terreur absolue, voire la cruauté. Je détruirai les tribus rebelles en versant des torrents de sang et d’argent. C’est uniquement après un tel nettoyage que quelque chose de nouveau pourra apparaître et perdurer. » Les Nama prennent, à la suite des Herero, les armes contre les Allemands et subissent le même sort que les Herero.


Les prisonniers Herero sont alors internés dans des camps de concentration (tout comme les Nama, après qu’ils aient déposés les armes). Ils sont utilisés comme travailleurs forcés et leurs terres sont confisquées. Les conditions de vie y sont terribles, entre malnutrition et violences physiques, et ils seront des milliers à y perdre la vie. Autre aspect ̶ particulièrement morbide ̶ du génocide qui s’est perpétré sur le territoire : la collecte de crânes humains à destination de la recherche anthropologique allemande et, notamment, des chercheurs de l’Institut pathologique de Berlin, qui ont travaillé à prouver la différence hiérarchique entre Européens et Africains.
La guerre s’achève officiellement en mars 1907, mais les camps ne seront pas fermés avant le début de l’année 1908. Quelques années plus tard, en 1915, alors que la Première Guerre mondiale fait rage, les forces sud-africaines envahissent le territoire et, en octobre, le Sud-Ouest africain allemand passe sous mandat britannique.
Si les exactions commises par des officiers allemands doivent être considérées aujourd’hui dans le contexte global de la colonisation exercée par les puissances occidentales et que le système des camps de concentration n’est pas une invention allemande (le terme a d’ailleurs été employé pour la première fois lors de la guerre des Boers en 1899 en Afrique du Sud), ce qui distingue particulièrement cet épisode de la colonisation, c’est l’ordre explicite d’extermination qui a été donné.
C’est en cela que l’expression « premier génocide du XXe siècle » est fondamentale ; une reconnaissance qui a été le fruit d’un long processus, à la fois historique et politique. Un premier principe mémoriel voit le jour dans les années 20, lorsque Herero et Nama commencent à commémorer leurs héros de la « résistance » face au colon allemand. Mais il faut attendre 1985, pour qu’un principe de reconnaissance internationale advienne, lorsque la Commission des droits de l’homme des Nations Unies approuve un rapport dans lequel est mentionné « the German massacre of Herero in 1904 ». En 1990, la Namibie devient indépendante et, avec l’ouverture des archives, c’est une véritable problématique mémorielle qui s’affirme, dans le cadre d’un processus de réconciliation national. Quelques années plus tard, en 1998, Roman Herzog, le président allemand, est interpellé sur la question de la reconnaissance du génocide, alors qu’il est en visite en Namibie.
En 2001, des Herero déposent une plainte contre le gouvernement allemand. La plainte est rejetée mais, demi-victoire, des « excuses partielles » sont présentées. Cent ans après le début du génocide, en 2004, c’est l’importante question d’une possible compensation financière qui surgit, cette fois-ci dans la presse allemande. La même année, fait majeur, le ministre fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, participe à une commémoration du « massacre » des Herero en présence de soldats allemands. Il y présente le « pardon » de l’Allemagne et accepte, au nom du pays, la « responsabilité morale et historique et la culpabilité des Allemands à cette époque ». Si la question de l’indemnisation financière est alors passée sous silence, le gouvernement allemand déclare vouloir attribuer à la Namibie une aide au développement d’un montant de 11,5 millions d’euros. En 2011, une nouvelle étape fondamentale est franchie ; vingt crânes de Herero et de Nama sont restitués à la Namibie, qui en a fait la demande auprès du musée historique médical de la Charité de Berlin.
Enfin, dernière étape de ce processus de reconnaissance institutionnelle d’un crime contre l’humanité dans un territoire colonial, le 10 juillet 2015, Frank-Walter Steinmeier, le ministre des Affaires étrangères admet publiquement les notions de crime de guerre et de génocide et, en juillet 2016, il est annoncé que des « excuses officielles » vont être présentées par le gouvernement allemand. L’histoire n’est pas finie ; il reste la question de la compensation financière… Une problématique soulevée, en début d’année, par le dépôt d’un recours collectif devant un tribunal de New York contre l’Allemagne, un recours « au nom de tous les Herero et Nama dans le monde, à la recherche de réparations et de compensations pour le génocide ». C’est donc dans ce contexte, toujours éminemment sensible, que se déroule l’exposition présentée par le Mémorial de la Shoah à Paris, au moment même où le Deutsches Historisches Museum propose, jusqu’au 14 mai 2017, une exposition intitulée German Colonialism. Fragments Past and Present. Au moment, enfin, où en France, les déclarations d’Emmanuel Macron sur la notion de crime contre l’humanité associée à la question coloniale déclenche moult débats et polémiques.

GROUPE DE RECHERCHE ACHAC
Colonisation, immigration, post-colonialisme

33 Boulevard des Batignolles
75008 Paris – FRANCE
Tél : 01 43 18 38 85

LOI EGALITE ..suite et adoption

Adoption définitive au Parlement de la loi Égalité réelle Outre-mer
2/35

Le bras de fer entre François Fillon et Les Républicains en quatre actes

© Fournis par AFP L’Assemblée nationale le 27 novembre 2012
Le Parlement a définitivement adopté mardi la loi Égalité réelle Outre-mer, le Sénat ayant voté à l’unanimité, après l’Assemblée, ce texte destiné à combler les inégalités entre l’Hexagone et les territoires ultramarins.
Sénateurs et députés s’étaient mis auparavant d’accord pour insérer dans le projet de loi qui avait fait l’objet d’une commission mixte paritaire une disposition destinée à favoriser l’indemnisation des victimes d’essais nucléaires en Polynésie.
Cette loi « traduit un véritable changement de vision des Outre-mer », s’est félicitée la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts.
« Pour la première fois », a-t-elle dit, « la diversité des territoires ultramarins est reconnue par les politiques publiques: chaque territoire aura ainsi la liberté, en lien avec l’État, de choisir son modèle de développement social, économique et culturel, en valorisant ses atouts, son identité et ses spécificités ».
Elle a aussi souligné que la coopération régionale et l’intégration des territoires dans leur environnement étaient « renforcées ».
La commission mixte paritaire avait adopté plusieurs dispositions introduites à l’initiative du Sénat, comme l’extension à Mayotte de la déduction forfaitaire pour les particuliers employeurs, ou l’utilisation des baux emphytéotiques dans les territoires ultramarins.
En présence du président de l’Assemblée de la Polynésie française, Marcel Tuihani, Mme Bareigts a aussi estimé que « la loi marque une étape historique dans la reconnaissance des victimes des essais nucléaires en Polynésie ».
Malgré la loi Morin de 2010 sur l’indemnisation des victimes des essais nucléaires réalisés entre 1960 et 1996, et malgré diverses modifications apportées en 2013, quantité de dossiers ont été rejetés, notamment au motif que le risque d’un lien entre la maladie et les impacts des essais serait inférieur à 1%, « risque négligeable ». Le texte supprime cette notion de « risque négligeable ».
Une commission sera chargée, un an après la promulgation de la loi, de veiller à ce que l’indemnisation soit réservée aux personnes dont la maladie est causée par les essais.
L’ambition du texte est « avant tout de réduire les inégalités qui subsistent entre l’outre-mer et l’Hexagone, mais aussi de prendre en compte les atouts, les ressources et les potentialités des territoires ultramarins », a estimé le rapporteur Mathieu Darnaud (LR). « La différenciation territoriale ne crée pas de différences, elle s’appuie sur les richesses de chaque territoire », a-t-il dit.
Gélita Hoarau (Communiste, républicain et citoyen, La Réunion), s’est demandé « comment un texte arrivé en fin de mandature pourrait-il effacer les inégalités enregistrées depuis 1946? » Elle a aussi regretté que ne soit pas pris « en compte certains aspects comme la transition énergétique ou la démographie », et que le financement des mesures sociales « n’est pas précisé

L’EGALITE REELLE en marche…

Première lecture au Sénat (17, 18 et 19 janvier 2017)

 

Mardi 17 janvier 2017, les sénateurs ont procédé à la discussion générale.

À l’issue de celle-ci, ils ont entamé l’examen des articles du texte et ont, notamment :

  • demandé au Gouvernement d’étudier la création d’un observatoire régional du suicide en Guyane, faisant suite au constat dressé dans le rapport établi par Aline ARCHIMBAUD et Marie-Anne CHAPDELAINE en 2015 (amt 85 – art add après art 10 quater) ;
  • supprimé l’art 10 undecies A – introduit à l’initiative de la commission des affaires sociales – qui visait à prévoir une convergence progressive, sur dix ans, du taux de la cotisation de sécurité sociale sur les boissons alcooliques entre les outre-mer et la métropole (amts 167 rect et 201 rect – art 10 undecies A), tout en prévoyant une évaluation du lien entre le prix des boissons alcooliques et la consommation d’alcool (amts de rétablissement 78 et 200 rect – art 10 decies) ;
  • adopté des dispositions facilitant le déploiement de la téléphonie mobile dans les départements d’outre-mer (amts 3 rect et 100 rect – art add après art 11 A) ;
  • rétabli l’article 13 A – supprimé en commission – qui prévoit qu’une sensibilisation des élèves sur les questions nutritionnelles, notamment sur les liens entre une alimentation trop riche en sucre et la survenance éventuelle du diabète, soit organisée à l’école dans les départements d’Outre-mer ainsi qu’à Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon. En effet, les territoires d’outre-mer sont concernées par une prévalence très importante du surpoids et l’obésité chez leurs habitants, et notamment chez les jeunes, et des maladies qui y sont associées comme le diabète, l’hypertension artérielle ou encore les maladies cardiovasculaires (amts 79 et 102 du Gvt – art. 13 A) ;
  • rétabli l’interdiction – supprimée en commission – de toute discrimination en raison de la domiciliation bancaire (amt 88 rect du Gvt – art 17) ;
  • réintroduit – en le précisant et l’encadrant – le dispositif prévoyant l’introduction, à titre expérimental, d’un « Small Business Act ultramarin  » donnant la faculté aux pouvoirs adjudicateurs, aux entités adjudicatrices et aux acheteurs publics, de réserver jusqu’à un tiers de leurs marchés aux petites et moyennes entreprises locales (amts 24 et 101 – art 19) ;
  • réintroduit la consécration de journées de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le 10 mai, et d’hommage aux victimes de l’esclavage colonial, le 23 mai (amt 18 rect et 157 rect  – art 20 A) ;
  • renforcé le contrôle de la détention et de la circulation d’armes à feu en Guyane (amt 133 rect bis – art add après art 24 bis) ;
  • rétabli l’article 29 bis qui renforce les moyens des officiers de police judiciaire dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane (amt 111 du Gvt et ss-amt 233 de la commission – art 29 bis) ;
  • modifié le régime d’indemnisation des essais nucléaires dans un sens favorable aux demandeurs (amt 239 du Gvt – art add après art 34 sexies) ;
  • mis fin à une disparité dans le traitement fiscal des opérations dites de sortie de défiscalisation (amts 10 rect bis, 72 rect et 184 rect – art add après art 40) ;
  • étendu aux vols au départ de Saint-Barthélemy et Saint-Martin l’exemption de taxe de solidarité sur les billets d’avion (amts 21 rect quater, 108 rect ter et 175 rect ter – art add après art 46).

 

Jeudi 19 janvier, le Sénat a adopté, à l’unanimité, le projet de loi de programmation relatif à l’égalité réelle outre-mer et portant autres dispositions en matière sociale et économique.

NB. Après une intervention  du    DESPLAT (Guadeloupe) l’article  20  spécifiant la  date  du  23 Mai comme  date  de  Commémoration  des  Victimes  de  l’Esclavage ,  différente  du 10 Mai (Commémoration  de  la  Loi  d’Abolition  de l’Esclavage) avait été  dans  un  premier  temps  retiré du projet  de  loi .  Restriction    qui avait suscité la  colère   du  Président  du  CM98  Serge  ROMANA   engageant de ce  fait  une  grève  de la  faim  dans  le  square   face  au  Sénat. Ainsi  que   l’on  peut   s’en  rendre   compte,   la  loi   a été  « réintroduite » pour  être  votée dans  son  ensemble à  l’unanimité (en  première lecture).

Il  est  à   noter  également l’aboutissement  et dans  une  perspective  de pratique éducative de  la  lutte  engagée  par  Victorin  LUREL contre  l’abus  de  sucre  dans l’alimentation  et  les  produits  manufacturés  en  provenance  de l’Hexagone  dont  le  taux  (de  sucre)  était   anormalement   élevé. Quand  on  sait le  nombre  élevé  de  diabétiques  aux  Antilles  Guyane,  on ne  peut   que  se  féliciter  de  la  vigilance que  se  doivent  d’exercer  nos  élus sur  des  sujets  pointus.

 

 

 

 

NOS CHERCHEURS ONT LA PAROLE…

Esclavage : notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie.

Publié le 27/10/2016 à 07:03, mis à jour le 27/10/2016 à 07:14
MARTINIQUE 1ÈRE&amp;amp;nbsp;Historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues poursuivent aujourd’hui encore (27 octobre), à Schoelcher, leurs réflexions sur la dimension psychologique des conséquences de la traite et de l’esclavage des Noirs.

Ce colloque sur l’impact psychologique de l’esclavage, est aussi celui des paradoxes. Ce ne sont pas les scientifiques qui ont lancé le débat, mais les écrivains et les artistes en général, représentés par Patrick Chamoiseau.
L’écrivain martiniquais s’est exprimé sur l’influence de l’esclavage dans la littérature poétique, en se référant à deux grandes figures : Aimé Césaire et Édouard glissant. Ces deux auteurs ont trouvé dans le traumatisme esclavagiste, une source d’inspiration exhaustive, ce qui a donné naissance notamment, au « Cahier d’un retour au pays natal » ou au « Discours antillais« .

Les intervenants l’ont également souligné : les arts et la culture ont beaucoup contribué à notre émancipation, tout comme l’instruction. Mais s’il y a bien eu émancipation de nos populations, il y a aussi des traumatismes du fait de l’esclavage. Selon les chercheurs, l’impact sur nos sociétés modernes est bien réel, même s’il varie selon les zones géographiques. Notre besoin de parler de l’esclavage est aussi une stratégie de survie…
On ne peut pas comparer la situation aux Antilles avec celles des États-Unis ou du Brésil par exemple. Mais il y a tout de même un point commun fondamental. L’esclavage et la traite négrière ont contribué à la création du concept de race, jusqu’à présent inexistant et à la domination du blanc sur le noir.

Nous ne souffrons pas des mêmes symptômes que nos ancêtres esclaves, frappés par l’anxiété, la dépression, la torpeur ou l’amnésie. Mais notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie et de résistance, à un traumatisme séculaire et insidieux, qui a pris ses racines dans le code noir en 1685.

Rassembler des compétences pluridisciplinaires
Ce colloque scientifique international, a débuté hier matin (26 octobre) dans un hôtel du quartier la Batelière (Schoelcher). Il rassemble des scientifiques et des historiens qui échangent sur les conséquences psychologiques et traumatiques de l’esclavage grâce à l’association First Caraïbes présidée par le professeur Aimé Charles-Nicolas.
« Comment la mauvaise image de soi a-t-elle été inculquée ? Quel rapport avec l’esclavage ? Comment aider « ceux qui ne se consolent point de n’être pas à la ressemblance de Dieu mais du diable » ? Il n’est pas rare en effet, que dans ces pays qui furent des terres d’esclavage, les psychiatres expliquent certains symptômes de leurs patients par les traces de l’esclavage », souligne Aimé Charles-Nicolas.

« Mais comment construire un corpus scientifique des conséquences psychologiques de la mise en esclavage ? Il est alors apparu indispensable de faire se rencontrer pour la première fois historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues pour échanger sur cette question loin de toute posture victimaire« , insiste-t-il.

Christine Cupit

Previous Older Entries

Je débute. Laissez-moi un commentaire ou un Like :)

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives