UN VERDICT CONTESTABLE… ET CONTESTE

La Cour des comptes rend un verdict injuste contre nos élus locaux

Le rapport annuel pointe du doigt la mauvaise gestion des communes d’outre-mer qui emploient un personnel pléthorique dont la charge pèse sur leur budget. Un document mal renseigné.

Image de la façade de la Cour des comptes, à Paris. © AFP/THOMAS SAMSON
© AFP/THOMAS SAMSON Image de la façade de la Cour des comptes, à Paris.
Ainsi donc, la situation financière des collectivités de la Réunion, de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane est « plus dégradée » que celles de l’hexagone, quand bien même elles disposent d’un niveau de recettes supérieur. Cinglant verdict de la Cour des Comptes. En clair, les élus locaux des collectivités d’outre-mer sont de piètres gestionnaires en comparaison de leurs homologues continentaux.

Le réquisitoire des magistrats de cette auguste assemblée chargée de veiller à la bonne utilisation des fonds publics s’appuie sur un constat d’huissier : une masse salariale excessive augmentée d’une surrémunération des fonctionnaires de nos communes.

La Cour des comptes s’étonne en disant que l’octroi de mer offre un confortable matelas aux maires. Cette taxe frappant les produits importés est destinée aux investissements dans les communes. Une manne mal utilisée, insinue le rapport. En résumé : nos élus disposent de moyens financiers importants, mais ils embauchent un personnel en sureffectif et surpayé.

Faut-il en rire ou en pleurer ? Ces braves énarques ne savent-ils pas que les fonctionnaires d’outre-mer perçoivent une prime dite de vie chère, encadrée par des lois votées par le Parlement ? Oublient-ils que les charges de nos communes sont plombées par des embauches compensant le manque d’emplois attractifs dans le secteur privé ? Ignorent-ils que des dizaines de milliers de chômeurs ont été sauvés de la misère ou de l’émigration par des municipalités jouant un rôle d’amortisseur social ?

Ces technocrates vivant entre eux dans des bureaux climatisés feraient mieux de dispenser leurs leçons aux gouvernements incapables depuis 40 ans de voter un budget en équilibre. Le règlement de comptes de la Cour des comptes envers les élus locaux est contestable… et contesté !

  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le
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ASSISES DES OUTRE – MERS 2017-2018

Redonner la parole ! C’est parti pour les Assises des outre-mer ! 7 mois de travaux pour imaginer, penser, réinventer ensemble l’avenir de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique, de Mayotte, de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie, de La Réunion, de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Wallis-et-Futuna*. Ce rendez-vous avec les ultra-marins est ambitieux. Et en même temps, il est assez simple. Il consiste à redonner la parole. Pourquoi ? Parce que beaucoup d’ultramarins pensent que leur voix ne compte plus. Les dernières élections au printemps dernier l’ont cruellement montré, quand plus de la moitié des Français d’outre-mer ont choisi de ne pas choisir en s’abstenant à l’élection présidentielle. Malgré tout, la force des attentes des citoyens d’outre-mer et leur capacité à s’engager n’a pas diminué. A travers des ateliers locaux, nationaux, des consultations citoyennes, et un concours d’innovation, les propositions des outre-mer seront entendues et prises en compte .

http://fr.calameo.com/read/000886379b56e48135898

 

 

Le site Internet des Assises www.assisesdesoutremer.fr est désormais en ligne : j’invite dès à présent les citoyens ultramarins à s’y inscrire. Dans un premier temps, ils sont amenés à s’exprimer sur les grandes priorités pour leur territoire : équipements publics, développement économique, emploi, environnement, santé, jeunesse, culture, sécurité… Cette phase de diagnostic, qui se clôt le 22 novembre, est capitale pour orienter les travaux futurs des ateliers nationaux et locaux qui se tiendront jusqu’à janvier 2018. Je laisserai Thierry BERT, le rapporteur général des Assises, vous en dire quelques mots tout à l’heure.
A l’issue de l’ensemble de ces travaux, une consultation numérique sera lancée sur le site Internet des Assises entre le 15 janvier et le 28 février 2018 pour que les citoyens eux-mêmes puissent donner leur avis sur les premières propositions ou réformes des politiques publiques pour l’outre-mer.
A l’issue de cette consultation, la synthèse de l’ensemble des travaux aboutira sur la rédaction du Livre bleu outre-mer au Printemps 2018.
                                                                                   ***
Mais ces Assises sont aussi l’occasion idéale pour présenter les initiatives citoyennes les plus novatrices : c’est tout l’objectif du concours innovation dont je parlais tout à l’heure.
Vous le savez, je suis pragmatique et j’aime raisonner sur des projets concrets, inscrits dans les réalités quotidiennes de nos concitoyens. C’est pour cela que les solutions doivent venir des territoires et des ultra-marins eux-mêmes. Qui d’autre serait mieux placé pour décrire les problèmes et y apporter les réponses adéquates ?
À partir du 18 octobre, chaque citoyen porteur d’un projet pour son territoire est invité à poster sa candidature sur le site Internet des Assises. Les dépôts de projets pourront se faire jusqu’au 31 janvier 2018. Une présélection des projets sera faite en février pour ouvrir ensuite en mars la phase de vote du public. Ce vote est essentiel. Ces Assises sont un projet collectif et collaboratif. Elles n’auront de sens que si les citoyens ultramarins se sentent concernés. Ce concours est un bon outil pour s’impliquer. La sélection finale aura lieu en mars et les projets labélisés bleu outre-mer présentés au Printemps 2018. Les lauréats bénéficieront d’un accompagnement financier et technique pour concrétiser ou faire grandir leurs projets.
                                                                                         ***
Les Assises des outre-mer sont un rendez-vous fondamental pour les ultramarins. Je sais que le projet parait ambitieux pour certains ; d’autres sont même sceptiques : je peux comprendre leurs doutes, les Etats généraux des outre-mer ont moins de 10 ans.
Mais que l’on soit bien clair : l’ambition des Assises, ce n’est pas de faire un catalogue déconnecté des réalités et aboutissant à des mesures inapplicables. C’est au contraire une démarche qui associe les citoyens à la construction de leur destin. C’est un nouvel élan pour en faire des territoires d’excellence et d’innovation. C’est donc maintenant que nous avons à construire ensemble l’avenir des outre-mer.
NB . Pour  accéder  au programme  et  s’inscrire : http://www.assisesdesoutremer.fr
Contact  MOM

Service de presse : 01 53 69 26 74
Nicolas Sire : 06 49 35 11 28
Twitter – @loutremer
Facebook – @lesoutremer

ENCORE UNE ATTEINTE AUX MONUMENTS, A LA MEMOIRE !!

La maison natale de l’écrivain Saint-John Perse,

Monument historique inscrit par arrêté MH. 95-IMM n° 95-783 AD/114 et propriété de la communauté d’agglomération Cap Excellence, a été démolie le samedi 23 septembre courant, suite à un arrêté municipal signé par la Ville de Pointe-à-Pitre, le vendredi 22 septembre courant. Pointe-à-Pitre est labellisée Ville d’Art et d’Histoire depuis 2003.

L’absence d’affichage réglementaire en application de la législation sur les monuments historiques suggère qu’aucune autorisation de travaux n’a été délivrée par le service des monuments historiques. L’ensemble du corps principal a été démoli et, notamment, la façade sur rue, à pans de bois, qui présentait un mur en maçonnerie de moellons au niveau rez-de-chaussée, ainsi que la toiture, des ouvrages concernés par l’inscription au titre des Monuments historiques.

Une raison sécuritaire a été tardivement évoquée par la Ville de Pointe-à-Pitre, pour justifier cette démolition. Si cela avait été le cas, une procédure de péril ordinaire ou d’urgence aurait dû être engagée par la Ville que le service des monuments historiques aurait accompagnée. Un complément aux travaux de confortement à des fins conservatoires co-financés par la DAC et la Ville, en 2010, aurait pu être exécuté.

Dans ce contexte discutable, il conviendrait :

que le tribunal administratif, examine et statue sur la procédure administrative ayant conduit à cette démolition de monument historique. En effet, l’application de la loi sur les monuments historiques, a été publiquement bafouée, à Pointe-à-Pitre. Ce fait est d’autant plus inacceptable, que Monsieur Le Président de la République Emmanuel MACRON, vient de charger Monsieur Stéphane BERN de la réalisation d’une liste de monuments historiques en péril et des ressources innovantes qu’il serait possible d’y affecter ;

– que la demande de renouvellement du label de cette Ville d’Art et d’Histoire soit analysée sous l’angle du respect des engagements pris dans la précédente convention de labellisation, notamment celui de la mise en œuvre d’un Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP) et ceux relatifs aux actions visant à conférer une présentation digne de son label, à la Ville d’Art et d’Histoire ;

– que les défenseurs du patrimoine guadeloupéen, emboîtent le pas à l’Etat, permettant ainsi, de faire, une nouvelle fois, face « aux démolisseurs », dans l’intérêt national. Nous nous devons d’être dignes des batailles menées par Victor Hugo et Prosper Mérimée pour la sauvegarde du patrimoine bâti de la France. Nous nous devons de faire respecter la loi de 1913 sur les monuments historiques qui a découlé de ces luttes ancestrales pour la sauvegarde de nos patrimoines. De même, les guadeloupéenne, très fiers de compter Saint-John Perse parmi leurs illustres, sont très attachés à son œuvre littéraire.

– que ce précédent ne se répète pas et ne fasse pas écho ni Guadeloupe, ni en Martinique, où les propriétaires de monuments historiques demeurent dans l’expectative du dénouement de cette affaire très médiatisée localement.

– que nos mémoires métissées soient défendues en tant que socles de nos identités.

Enfin, « quelques soient les droits de propriété, la destruction d’un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à ces ignobles spéculateurs que leur intérêt aveugle sur leur honneur ; misérables hommes et si imbéciles qu’ils ne comprennent même pas qu’ils sont des barbares ! » Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs, in Revue des deux mondes, 1832 .

 

Je viens de signer la pétition

 » Faites respecter la loi sur les monuments historiques à Pointe-à-Pitre ».

C’est une cause importante. Voudriez-vous la signer à votre tour ?

Voici le lien:

https://www.change.org/p/llll-faites-respecter-la-loi-sur-les-monuments-historiques-à-pointe-à-pitre?utm_medium=email&utm_source=petition_signer_receipt&utm_campaign=triggered&share_context=signature_receipt&recruiter=804906028

C’EST LA RENTREE ….!

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POLITIQUE CULTURELLE ET MODERNITE – COLLOQUE PARIS

Le modèle français de politique culturelle en question

Quelle place faire à la diversité ethno-culturelle dans les arts et le médias ?

*  *  *

Publié le lundi 04 septembre 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Du 18 au 22 septembre 2017 aura lieu la deuxième édition de l’université d’été des sciences sociales de l’université Sorbonne Paris Cité. Elle interrogera la place faite à la diversité ethno-culturelle dans les arts et les médias en France. La reconnaissance symbolique par les pouvoirs publics et les institutions culturelles de formes et de pratiques naguère qualifiées de sous-, infra- ou non-culturelles (rock, bande dessinée, mode, street art, etc.) quoique toujours contestée, est en bonne voie. Ce qui l’est moins, en revanche, est la reconnaissance de la diversité ethno-culturelle de la population française et la promotion de ses minorités par le biais de la culture.

Direction

Sous la direction de Laurent Martin, professeur d’histoire à Paris III Sorbonne-Nouvelle, directeur du département de Médiation culturelle, membre des laboratoires ICEE et CERLIS.

Argumentaire

La deuxième édition de l’université d’été des sciences sociales de l’Université Sorbonne Paris Cité se tiendra du 18 au 22 septembre sur les sites des universités de Paris 3, 7 et 13. Elle interrogera la place faite à la diversité ethno-culturelle dans les arts et les médias en France.

La reconnaissance symbolique par les pouvoirs publics et les institutions culturelles de formes et de pratiques naguère qualifiées de sous-, infra- ou non-culturelles (rock, bande dessinée, mode, street art, etc.) quoique toujours contestée, est en bonne voie. Ce qui l’est moins, en revanche, est la reconnaissance de la diversité ethno-culturelle de la population française et la promotion de ses minorités par le biais de la culture.

Héritant d’un lourd passé colonial mais aussi d’une conception de la république comme régime centré sur les droits et devoirs du citoyen indépendamment de ses caractéristiques particulières ou de ses appartenances communautaires, la France de la deuxième moitié du XXe siècle a promu « l’intégration culturelle sans la reconnaissance des cultures spécifiques, et la mise en place de politiques de la diversité sans la reconnaissance des groupes. »  (Angéline Escafré-Dublet 2014). De là découle une insuffisante prise en compte de la diversité ethno-culturelle par les politiques publiques de la culture et ce à deux niveaux au moins : celui des publics et celui des professionnels. L’absence de données chiffrées sur la fréquentation ou la non-fréquentation des institutions culturelles par des personnes issues de l’immigration plus ou moins récente ou appartenant à telle ou telle ethnie ou culture, ou aux « minorités visibles » ou racialisées, si elle peut s’expliquer et même se justifier, rend en tout cas objectivement plus difficile la mise en place de politiques qui cibleraient ces populations. De la même façon, le refus de procéder à des « statistiques ethniques » invisibilise les phénomènes de discrimination à l’embauche parmi les professionnels de la culture, ce que dénoncent plusieurs collectifs et associations.

Les initiatives se multiplient qui choisissent le champ de la formation et de l’enseignement supérieur spécialisé pour promouvoir la diversité culturelle non plus dans les paroles mais dans les actes. Ces actions soulèvent des questions redoutables, parmi lesquelles celles-ci : les artistes qui bénéficient de tels dispositifs sont-ils retenus en raison de leurs qualités artistiques ou de leur qualité de représentants de minorités défavorisées que l’on veut favoriser ? Qu’est-ce qu’un artiste « non-blanc » pour reprendre l’expression employée par un certain nombre de voix militantes ? Des actions sont aussi engagées du côté des collectivités territoriales, pour associer les représentants des populations marginalisées à la programmation des événements culturels, ce qui pose là aussi un certain nombre de questions : comment choisir les bons interlocuteurs, quel est leur degré de représentativité, quelles parts respectives faire aux cultures traditionnelles et aux formes plus novatrices ?

Ce sont toutes ces questions – et bien d’autres – qui seront traitées lors de l’université d’été des sciences sociales de USPC en septembre prochain. Ce type de problématique engage en effet des recherches dans la plupart des sciences humaines et sociales présentes dans les divers pôles. Science politique, histoire, sociologie, anthropologie, droit, économie sont quelques-unes des disciplines placées dans l’obligation de prendre en compte la réalité multiculturelle de nos sociétés. La responsabilité sociale des arts et les politiques de la culture, à travers les notions d’identité nationale ou communautaire, de représentation des minorités, de démocratie culturelle, de droits culturels, font l’objet d’un nombre croissant de recherches et de débats qui portent bien au-delà de la communauté universitaire. Des écrivains, artistes, responsables de structures culturelles, militants associatifs viendront apporter leur contribution à la réflexion collective. Objet transdisciplinaire, la question de la diversité culturelle est aussi transnationale et divers intervenants étrangers viendront témoigner de leur expérience en la matière.

À l’heure où, en France comme dans beaucoup de pays, la tendance semble être au repli nationaliste et aux crispations identitaires, où le « multiculturalisme » est – pour de bonnes et de mauvaises raisons – décrié, il semble utile, et même nécessaire, de faire entendre une voix différente, celle de l’ouverture, de la tolérance, de l’accueil, de l’intégration dans le respect – non inconditionnel – voire la promotion des différences. La diversité culturelle, si elle soulève un certain nombre de questions et de problèmes, est avant tout une richesse qu’il importe de valoriser.

Programme

Lundi 18 septembre

univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3 Amphithéâtre A

9h15 Accueil et allocutions de bienvenue

  • François Houllier, président d’USPC,
  • Carle Bonnafous-Murat, président de l’université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle,
  • Kathy Rousselet, préfiguratrice du pôle sciences sociales USPC,
  • Laurent Creton, vice-président Commission de la recherche et président du Conseil académique de Paris 3

9h45 présentation de l’université d’été 2017 par Laurent Martin (professeur à l’université de Paris 3)

10h Ouverture : conférence de Chérif Khaznadar (fondateur de la Maison des cultures du monde)

Des controverses intellectuelles et politiques sur la diversité culturelle et le multiculturalisme

Colloque animé par Laurent Martin : comment poser et penser les grandes catégories intellectuelles qui structurent le débat sur la diversité culturelle et le multiculturalisme ? Quels liens entretiennent-elles avec le champ des arts et des médias et avec les politiques culturelles ?)

  • 10h30 Pascal Blanchard (ACHAC)
  • 10h50 Angéline Escafré-Dublet (Lyon 2)
  • 11h10 pause
  • 11h30 Vincent Martigny (Ecole polytechnique / Sciences Po)
  • 11h50 James Cohen (univ. Paris 3)
  • 12h10 interventions du public
  • 12h30 fin de la matinée

12h30-14h : buffet

La question des représentations

Table-ronde animée par Claire Blandin : comment montrer la diversité culturelle ? Que montre-t-on, que cache-t-on ? Les minorités dites visibles sont-elles invisibles dans les arts et les médias ?

  • Catherine Kirchner (doctorante université Paris 3)
  • Mémona Hintermann (CSA, présidente du groupe de travail Diversité)
  • Erwan Ruty (rédacteur en chef du Journal officiel des banlieues)
  • Sylvie Chalaye (professeure de théâtre à l’université de Paris 3)
  • Marc Cheb Sun (directeur de la revue D’ailleurs et d’ici)

16h30-17h : pause

17h-19h : concert Lakhdar Hanou (oud oriental) / Jiang Nan (cithare chinoise)

19h-20h30 : cocktail

Mardi 19 septembre

Université Paris-Diderot (Paris 13e arrondissement) amphithéâtre Buffon

La mesure du problème

Colloque animé par Philippe Coulangeon : quels indicateurs pour la diversité culturelle dans les arts et médias ? Pourquoi la question des statistiques ethniques est-elle un tabou en France ? Faut-il des quotas et de la discrimination positive dans les arts et les médias ?)

  • Olivier Martin (professeur à l’université Paris 5 Paris-Descartes)
  • Olivier Thévenin (professeur à l’université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle)
  • Loup Wolff (chef du DEPS, ministère de la Culture)
  • Patrick Simon (directeur de recherche à l’INED)
  • Jacek Rajewski (réseau Atana/Binoq, Fondation néerlandaise pour la diversité)

12h30-14h : buffet

La question des professionnels et de la formation

Table ronde animée par Laurent Fleury : les artistes et responsables culturels issus des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques se heurtent-ils à une discrimination à l’embauche dans les arts et les médias ? Comment lutter efficacement contre ces phénomènes ? L’enseignement supérieur spécialisé est-il une solution ? Les apprentis artistes qui bénéficient de tels dispositifs sont-ils retenus en raison de leurs qualités artistiques ou de leur qualité de représentants de minorités défavorisées que l’on veut favoriser ? Qu’est-ce qu’un artiste « non-blanc » pour reprendre l’expression employée par un certain nombre de voix militantes ?)

  • Duniému Bourobou (directrice des études de l’Ecole d’art dramatique de Saint-Etienne)
  • Said Berkane (délégué général adjoint à la Fondation Culture et Diversité)
  • Holta Hoxha-Carron (directrice générale de l’association « 1000 visages »)
  • Jacek Rajewski (réseau Atana/Binoq, Fondation néerlandaise pour la diversité)
  • Serge Saada (professeur associé à Paris 3, chargé de mission à l’association Cultures du cœur)
  • Catherine Jean-Joseph Sentuc (cofondatrice de l’Ecole Miroir)
  • Jalil Leclair (Collectif Décoloniser les arts)

16h30-17h : pause

17h-19h : Projection du film Ouvrir la voix d’Amanda Gay, présentation par Rachel Kahn

Mercredi 20 septembre

Université Paris 13 (Villetaneuse) amphithéâtre 4 UFR de Droit

Diversité culturelle et diversité linguistique

Colloque animé par Kaoutar Harchi : comment diversités culturelle et linguistique s’entrecroisent-elles ? Quelle place faire en France aux langues minoritaires ? La dénonciation du « français colonial » n’occulte-t-elle pas la part essentielle de l’acquisition du français dans l’intégration des immigrés ? Prend-en suffisamment en compte le français de la francophonie ? Qu’est-ce que serait une véritable politique de la traduction ?)

  • Marcel Courthiade (maître de conférence à l’INALCO)
  • Penda Diouf (auteure, directrice de la médiathèque Ulysse, au Franc-Moisin, et cofondatrice de « Jeunes textes en liberté)
  • Valérie Baran (directrice du Tarmac)
  • Michael Spanu (sociologue doctorant à l’université de Lorraine)
  • Gaid Evenou (délégation générale à la langue française et aux langues de France)

12h30-14h : buffet

La question de la programmation et de la diffusion

Tables rondes animées par Claire Blandin et Gérôme Guibert : quelle place est faite aux arts et cultures du monde par les institutions artistiques, médiatiques, culturelles ? Comment le multiculturel ou l’interculturel traverse-t-il les pratiques de création et de diffusion développées par les artistes et les institutions artistiques et culturelles ? Quelles parts respectives faire aux cultures traditionnelles et aux formes plus novatrices ?)

  • Marie Descourtieux (directrice des Affaires culturelles de l’Institut du Monde arabe)
  • Bérénice Saliou (Directrice artistique, culturelle et scientifique de l’Institut des cultures d’Islam)
  • Salah Amokrane (TactiKollectif)
  • Seb Seb (artiste)
  • Raffaella Russo-Ricci (responsable adjointe du service éducatif du Musée d’art et d’histoire du judaïsme)
  • Marie Sonnette (maîtresse de conférence à l’université d’Angers)

16h30-17h pause

17h-19h : Sebseb (poésie slam)

Jeudi 21 septembre

Paris 3 Amphithéâtre Durkheim

Espaces : du quartier à l’Europe

Colloque animé par Christine Manigand :du quartier à l’Europe et au monde, quels espaces, quelles échelles pour penser la diversité culturelle ? Quelles interactions entre les institutions culturelles et leur environnement urbain ? Les banlieues sont-elles le creuset où se forge l’avenir de la culture française ? Quel peut être le rôle des politiques publiques des villes, des États ou de l’Union européenne pour promouvoir la diversité culturelle ?)

  • Françoise Taliano-des-Garets (professeure à l’IEP Bordeaux)
  • Anne-Marie Autissier (maîtresse de conférence à l’université de Paris 8)
  • Karine Gloanec-Maurin (haute fonctionnaire en charge de la diversité au ministère de la Culture et de la communication)
  • Jean-Philippe Ruiz et Anita Helpiquet (festival de la diversité au Luxembourg / Centre de liaison des associations d’étrangers CLAE)

12h30-14h : buffet

Culture et migrants : la question des publics, des pratiques et de la participation

Table ronde animée par Bruno Péquignot : quelle place faire aux pratiques culturelles et artistiques des populations, notamment issues de l’immigration ? Comment mieux associer les habitants au travail des institutions culturelles ? Comment toucher les publics qui demeurent en marge de l’institution culturelle ? La participation peut-elle aller jusqu’à la co-création de propositions artistiques ?)

  • Yann Lévêque (étudiant univ. Paris 3)
  • Nicaise Wegang (doctorante univ. Paris 3)
  • Christophe Blandin-Estournet (directeur du théâtre de l’Agora à Evry)
  • Luc Gruson (chargé de mission sur la culture et les arts au service de l’accueil des migrants)
  • Ksenija Konopeck (Borderland Centre Pologne)
  • Elsa Lauga-Mouledous (La Cimade / festival Migrant’scène)

16h30-17h : pause

17-19h : Lectures/écritures

  • Kaoutar Harchi Je n’ai qu’une langue, et ce n’est pas la mienne (Pauvert/Fayard 2016)
  • Anna Moï le Venin du papillon (Gallimard 2017)
  • Nathacha Appanah Tropique de la violence (Gallimard 2016)
  • Sabine Wespieser (éditrice)

Vendredi 22 septembre

Paris 3 Amphithéâtre D 03

Temps : Histoire, mémoire et patrimoine

Colloque animé par Laurent Martin : comment les institutions muséales et patrimoniales traitent-elles la question de la diversité culturelle ? Comment penser et montrer l’articulation de l’histoire et de la mémoire de l’immigration ? Sont-elles nécessairement conflictuelles ? Pourquoi n’existe-t-il pas en France de musée de la colonisation ?)

  • Octave Debary (anthropologue, univ. Paris 5)
  • Evelyne Ribert (sociologue, CNRS/EHESS)
  • Hélène Hatzfeld (politologue, Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement-UMR CNRS 7218)
  • Stéphane Malfettes (chef du service de coordination et de la programmation culturelle du Musée de l’Immigration) 

12h30-14h : buffet

La question de la transmission

Table ronde animée par Alain Pierrot : quel rôle peuvent jouer les institutions éducatives dans la valorisation des différences et dans la transmission de la mémoire des diverses communautés qui composent la France ? Quels programmes peuvent-ils être mis en place pour faciliter l’interculturalité ? Quelle place faire à la diversité culturelle dans la construction d’une culture commune ?)

  • Marjorie Nakache et Kamel Ouarti (Studio théâtre de Stains)
  • Ana Azor Lacasta (Migrar es cultura au musée de l’Amérique à Madrid)
  • Olivier Cogne (directeur du Musée dauphinois)
  • José Alcantud (professeur d’anthropologie sociale à l’université de Grenade)
  • Amar Nafa (Association Génériques)
  • Gilles Delebarre (chargé du programme DEMOS à la Philharmonie de Paris)

16h30-17h : pause

17h-19h : Présentation de la Compagnie Tamérantong par Christine Pellicane et son équipe : 25 ans de travail artistique, culturel, social et politique dans les quartiers

19h-20h30 Cocktail

Contact

laurent.martin@sorbonne-nouvelle.fr

Comité scientifique

Président Laurent Martin (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3)

  • Claire Blandin (univ. Paris 13),
  • Philippe Coulangeon (CNRS/Sciences Po),
  • Laurent Fleury (univ. Paris-Diderot Paris 7),
  • Gérôme Guibert (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3),
  • Christine Manigand (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3),
  • Bruno Péquignot (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3),
  • Alain Pierrot (univ. Paris-Descartes Paris 5).

Comité d’organisation

  • Kaoutar Harchi,
  • Catherine Kirchner,
  • Yann Lévêque,
  • Laurent Martin,
  • Camille Mérité,
  • Malcolm Théoleyre,
  • Nicaise Wegang.

Lieux

  • Université de Paris 3 Sorbonne-nouvelle, site Censier, amphi B | Université de Paris 7 diderot, amphi Buffon | Université Paris 3, amphi durkheim | Université Paris 3, site Censier amphi d 03 – 13 rue Santeuil | 15 rue Hélène Brion | 14 rue Cujas
    Paris, France (75005 | 75013)
  • Université Paris 13 campus villetaneuse, amphi 4 – 99 avenue Jean-Baptiste Clément
    Villetaneuse, France (93430)

Dates

  • lundi 18 septembre 2017
  • mardi 19 septembre 2017
  • mercredi 20 septembre 2017
  • jeudi 21 septembre 2017
  • vendredi 22 septembre 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • culture, immigration, diversité, multiculturalisme, minorité, art, média

Contacts

  • Laurent Martin
    courriel : laurent [dot] martin [at] sorbonne-nouvelle [dot] fr
  • Camille Mérité
    courriel : universitedeteuspc [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l’information

  • Laurent Martin
    courriel : laurent [dot] martin [at] sorbonne-nouvelle [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le modèle français de politique culturelle en question », Colloque, Calenda, Publié le lundi 04 septembre 2017, http://calenda.org/414701

 

 

LA RENTREE LITTERAIRE 2017 selon les choix de Radio France International

 

 les 15 incontournables du monde noir

mediaAbhi Sharma/abee5 CC BY 2.0

Cette année encore, le monde noir marquera de sa belle et puissante présence la rentrée littéraire. L’Afrique, les Antilles et l’Amérique noire sont représentées par de grandes plumes dont, pour certains, les lecteurs français ont déjà eu l’opportunité de mesurer l’originalité et l’imagination féconde. Ils ont pour nom : Kamel Daoud, Ali Zamir, Barlen Pyamootoo, Véronique Tadjo, Colson Whitehead, pour ne citer qu’eux. Voici les 15 titres incontournables du côté du monde noir pour la rentrée littéraire 2017.

1 – Kamel Daoud ou le dilemme de Schéhérazade

Actes Sud

C’est le deuxième roman sous la plume de l’un des écrivains algériens les plus connus de France et de Navarre. Puisant son inspiration dans la légende de Schéhérazade, l’auteur de Zabor ou les psaumes raconte à la première personne l’histoire d’un jeune homme qui possède le don d’éloigner la mort… en écrivant. Appelé au chevet de son père agonisant, ce jeune homme répondant au nom biblique de Zabor va intervenir pour le sauver, même si leurs relations sont difficiles, depuis que le père a répudié la mère, la condamnant à la mort certaine. Un roman sur la famille, sur la mort et sur l’imagination comme puissance et art millénaire de dépassement de soi.

304 pages, 21 euros (parution le 16 août).

 

 

 

2 – Docu-fiction de Véronique Tadjo sur la finitude et la fragilité de l’humain

« En compagnie des hommes » de Véronique Tadjo (Don Quichotte)Don Quichotte

Poète, romancière, peintre, l’Ivoirienne Véronique Tadjo a construit son nouveau roman autour de la thématique de l’Ebola. A mi-chemin entre récit philosophique, conte moral à la Voltaire et docu-fiction, En compagnie des hommes raconte les ravages causés par la pandémie qui a failli mettre fin à l’humanité. Face à cette menace d’extinction, les hommes s’interrogent sur leur place dans le monde et ouvrent le palabre en donnant la parole au baobab, à la chauve-souris, comme dans les contes traditionnels africains. Personnifiés, l’arbre comme l’animal deviennent à leur tour symboles d’une humanité fragile, confrontée aux contingences de la vie moderne qui a jeté aux orties ses défenses écologiques et naturelles. Les conséquences ne peuvent qu’être tragiques.

168 pages, 17 euros (parution le 17 août).

3 – La femme révoltée, de Fouad Laroui

« L’insoumise de la porte de Flandre » de Fouad Laroui (Julliard)Julliard

Fouad Laroui écrit ses poèmes en néerlandais, ses romans en français et a fait des heurs et malheurs du monde musulman dont il est issu, l’une des thématiques constantes de son œuvre. Dans son nouveau roman – L’insoumise de la porte de Flandre – qui paraît ces jours-ci, il raconte la double vie d’une jeune musulmane de Molenbeek.

Chaque après-midi, Fatima quitte son foyer vêtue d’un hijab strict, traverse la ville pour aller s’engouffrer dans un immeuble de la Porte de Flandre. Habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent, la jeune femme qui en sort n’a rien de la musulmane soumise que son amoureux découvre à sa grande surprise en la suivant lors d’une de ses virées à travers la ville. Derrière cette double vie, se cache une femme éperdument amoureuse de sa liberté, qui n’hésite pas à s’en prendre à cette société patriarcale qui vêtit ou dévêtit les femmes selon le bon plaisir de ses hommes. La déflagration qui suit est à la mesure des enjeux de la révolte de Fatima contre la domination masculine. Au bout du chemin, la liberté!

144 pages, 17 euros (parution le 17 août).

4 – Entre la grande Histoire et la littérature, avec Kaouther Adimi

« Nos richesses » de Kaouther Admi (Seuil)Seuil

Kaouther Adimi fait partie de ces écrivains qu’on ne peut définir par leur passeport. C’est particulièrement vrai pour cette jeune romancière, née en Algérie en 1986 et vivant aujourd’hui à Paris. Elle s’est donné pour mission d’explorer l’entre-deux de l’Algérie et la France, un espace mental prodigieusement fécond dont sont issus de nombreux intellectuels franco-algériens, anciens comme contemporains.

C’est la vie et l’œuvre d’un de ces intellectuels qui est le sujet du nouveau livre de Kaouther Adimi, son troisième roman, Nos richesses. L’homme en question est un certain Edmond Charlot, un illustre inconnu qui fonda une des premières librairies d’Alger, baptisée joliment Les vraies richesses. Pourquoi les vraies richesses, vous vous demandez ? La sagesse populaire ne dit-elle pas : « Un homme qui lit en vaut deux ? »

Avec un sens consommé de la narration et mêlant avec subtilité et finesse une intrigue romanesque et les extraits des carnets de Charlot, Kaouther Adimi a construit un beau roman sur les pouvoirs et limites de la littérature, dont les protagonistes ont pour nom Albert Camus, Jean Amrouche, Jean Sénac et quelques autres grands noms des lettres françaises et francophones. Petite histoire dans la grande Histoire de l’Algérie française et post-française, Nos richesses est le récit du métissage franco-algérien, commencé dans la domination et poursuivi dans le lent et inexorable oubli du passé commun.

218 pages, 17 euros (parution le 17 août).

5- Derrière la plage, l’ennui : les mythologies mauriciennes revues et corrigées par Barlen Pyamootoo

« L’île au poisson venimeux » de Barlen Pyamootoo (L’Olivier)L’Olivier

Le Mauricien Barlen Pyamootoo s’est fait connaître en 1999 en publiant Bénarès, son grand roman faussement indien. L’île au poisson venimeux est son quatrième roman. Il y est question d’abandon du foyer familial, de désespoir et de quête de soi. Un homme disparaît sans laisser de traces. Les recherches lancées par sa famille ne donneront rien. De guerre lasse, sa femme décide de refaire sa vie pour donner un foyer familial. C’est alors que le drame se produit, dévoilant les failles et les hypocrisies d’une société aux abois.

174 pages, 17 euros (parution le 24 août).

 

 

 

6 – L’amour au temps du séisme et des dévastations, sous la plume du Haïtien James Noël

« Belle merveille » de James Noël (Zulma)Zulma

« Pap pap pap papillon… Aucune ville ne saurait voler plus haut que ses vertiges, c’est moi Bernard qui te le dis. Pap pap pap papillon… Songe à l’histoire qui t’échappe à tire-d’aile. » Ainsi commence Belle merveille, le tout premier roman du Haïtien James Noël. Celui-ci est avant tout poète et c’est dans une langue syncopée et lyrique qu’il évoque dans ce roman la rencontre magique de Bernard, le miraculé survivant du séisme ravageur du 12 janvier 2010, avec une bénévole napolitaine répondant au beau nom d’Amore. Le coup de foudre qui suit se conclut sur fond de dévastation et de morts sans sépulcure. Le couple connaîtra de moult péripéties et rebondissements, avant d’aller chercher dans la Ville éternelle un nouveau souffle pour leur bel amour né dans les décombres d’une autre ville dont le souvenir reste à jamais vivace.

160 pages, 16,50 euros (parution le 24 août).

 

7 – L’Américain Colson Whitehead revisite l’esclavage et l’ingéniosité de ceux qui le combattent

« Underground Railroad » de Colson Whitehead (Albin Michel)Albin Michel

Publié en automne dernier et couronné à la fois par le prix Pulitzer 2017 et le National Book Award (équivalent du Goncourt), Underground Railroad est sans doute l’un des livres les plus remarquables sur l’esclavage à avoir été écrit à ce jour. Il raconte le périple d’une jeune esclave noire qui réussit à s’évader de la plantation de coton dans la Géorgie à laquelle elle était rattachée vers les Etats libres du Nord. Nous sommes avant la guerre de Sécession.

Si la jeune héroïne a su mener à terme ce périple semé d’embûches au cours duquel elle risquait d’être capturée à chaque instant par les chasseurs d’esclaves, c’est parce qu’elle avait su s’appuyer sur le réseau d’entraide et de solidarité qui existait à l’époque pour aider les esclaves à s’enfuir et conquérir leur liberté. Ce réseau s’appelait « Underground Railroad ».

Comme le rappelle l’auteur Colson Whitehead, son livre est aussi une réflexion sur les fondements et la mécanique du racisme aux Etats-Unis. Ce mélange de réflexion et de narration donne un roman puissant et émouvant qu’on referme en comprenant sans doute un peu mieux les enjeux de la guerre que les noirs américains et leurs sympathisants sont en train de mener en ce moment même contre les suprématistes blancs dans l’Amérique de Donald Trump et de Steve Bannon.

Traduit de l’anglais par Serge Chauvin. Albin Michel, 414 pages, 22,90 euros. (Parution le 24 août).

8 – Entre histoire et fiction : naissance du Nigeria revue et corrigée par Diekoye Oyeyinka

« La douleur du géant » de Diekoye Oyenika (L’Aube)L’Aube

La Douleur du géant est le premier roman du Nigérian Diekoye Oyeyinka. Un roman-fleuve de près de 400 pages qui met en scène non sans talent l’histoire du Nigeria indépendant, un géant aux pieds d’argile. Pays le plus peuplé d’Afrique, la première économie du continent gangrenée par la violence et la corruption, le Nigeria est le véritable protagoniste de ce roman. A travers les récits de vie des personnages  haut en couleur, leurs inquiétudes, leurs rêves et leurs souvenirs de l’émergence chaotique de leur pays, le roman raconte l’histoire du Nigeria moderne qui n’a pas été un long fleuve tranquille, comme en témoignent les chapitres du livre consacrés aux périodes dramatiques telles que la guerre de Biafra ou les coups d’Etat militaire.

La narration d’Oyeyinka est poétique, foisonnante et souvent métaphorique, comme cette image de la gestation difficile empruntée aux légendes anciennes.Elle sert de grille de lecture de la naissance dans la violence et la douleur d’un grand pays moderne.

Traduit de l’anglais par Benoîte Dauvergne. Editions de l’Aube, 400 pages, 22 euros (parution le 24 août).

9 – Dans la Tunisie d’avant l’indépendance avec Ali Bécheur

« Les lendemains d’hier » de Ali Bécheur (Elyzad)Elyzad

Venu à l’écriture après une longue et brillante carrière d’avocat, Ali Bécheur est connu pour son chef-d’œuvre Le Paradis des femmes, paru en 2006. Si dans ses premiers romans, la thématique féministe est omniprésente, dans son nouveau roman qui paraît en cette nouvelle rentrée littéraire, le Tunisien met en scène l’univers passionnel des hommes. Il raconte la lourde chape de silence qui pèse parfois sur les ressentiments opposant  notamment pères et fils et qui, à défaut de pouvoir s’exprimer, explosent. L’intrigue des Lendemains d’hier, malgré ses références obliques au temps présent, est campée dans la Tunisie d’avant l’indépendance où colons, locaux, femmes européennes et arabes, artisans de la médina et cocher maltais se partagent la scène, marquant les esprits de leur présence et de leurs rêves inassouvis.

312 pages, 19,90 euros (parution le 25 août).

10 – La Martiniquaise Gaël Octavia entraîne le lecteur dans un inattendu huis clos des femmes

« La fin de Mame Baby » de Gaël Octavia (Gallimard)Gallimard

La Fin de Mame Baby est le tout premier roman de la Martiniquaise Gaël Octavia. Son intrigue est bâtie avec une sensibilité féministe,autour des vies gâchées de quatre femmes : Mariette la recluse, Aline l’infirmière, Suzanne la petite blanche et Mame Baby, idole des femmes. Celle-ci est morte dans des circonstances mystérieuses dans le Quartier, une petite ville de banlieue où les destins se croisent et se concluent.

Ce roman est construit comme une pièce de théâtre où les personnages s’affrontent avec pour armes leurs haines et les souvenirs de leur idole disparue. Le lecteur ne s’étonnera pas de se retrouver ici dans une configuration théâtrale puisque l’auteur vient du monde de théâtre, avec à son actif trois pièces qui l’ont fait connaître.

170 pages, 16 euros (parution le 31 août).

11 – La narration post-moderne de Nael El-Toukhy

« Les femmes de Karantina » de Nael El-Toukhy (Actes Sud)Actes Sud

L’Egyptien Nael El-Toukhy voue un véritable culte à Oum Kalsoum, mais puise aussi son inspiration dans le cinéma de Woody Allen, les romans de Kafka et les fables de Borges. C’est sans doute la fusion inédite de ces différentes influences qui explique le succès qu’a connu son roman Les Femmes de Karantina, unanimement salué dans le monde arabe comme l’une des œuvres les plus marquantes de la nouvelle littérature égyptienne.

Traduite en français pour la première fois, l’écriture de ce romancier hors norme surprend par sa vitalité iconoclaste. Renversant la tradition et la légende avec un sens consommé de la subversion, il raconte l’énergie de l’Egypte post-révolutionnaire à travers la fuite en avant de ses protagonistes, notamment le couple Inji et Ali. Poursuivis pour meurtre, ceux-ci se réfugient en Alexandrie. C’est dans les bas-fonds de l’Alexandrie obscure et mystérieuse que se déroule l’essentiel de l’intrigue qui mêle avec brio la noirceur du roman social et les audaces propres aux récits d’anticipation dont l’action est campée en 2064.

Ce roman est aussi une saga familiale qui retrace l’évolution de la société égyptienne sur trois générations, incarnées par une galerie de personnages, les uns plus pittoresques que les autres.

448 pages, 23,50 euros (parution le 6 septembre).

12 – Le Jamaïcain Kei Miller fait souffler le vent de révolte chez les rastafari

« By the rivers of Babylone » de Kei Miller (Zulma)Zulma

Romancier et poète, né à Kingston, le Jamaïcain Kei Miller est l’auteur d’une œuvre engagée dont le sarcasme n’épargne ni la classe politique de son pays natal, ni le racisme et l’hypocrisie dans le Royaume-Uni où il vit. By the rivers of Babylon qui raconte la descente aux enfers de la Jamaïque, est le deuxième roman de Miller traduit en français, après L’authentique Pearlline Portious, paru en 2016 .

Augustown, le quartier pauvre de Kingston sur lequel s’ouvre le premier chapitre du roman, est emblématique de la plongée de la Jamaïque entière dans la violence et la misère morale et matérielle. La promesse de la classe politique du pays  d’offrir aux anciens esclaves une vie digne n’a pas été tenue. Alors, Augustown attend le signal de la nouvelle révolte des démunis et l’avènement du jour d’ « autolapse », synonyme jamaïcain pour l’apocalypse.

Le retour de l’école de Kaïa dont le professeur lui a coupé les dreadlocks – sacrilège absolu chez les rastafari – sera-t-il ce signal qu’attend le gang Angola pour faire de nouveau régner la terreur dans la ville ? La belle traduction de Nathalie Carré est à la mesure du puissant vent de résistance que Miller fait souffler dans ces pages.

Traduit de l’anglais par Nathalie Carré. 304 pages, 20,50 euros (parution le 7 septembre).

 

13 – La poésie de l’amour, selon Ali Zamir

« Mon étincelle » de Ali Zamir (Le Tripode)Le Tripode

C’est en 2016 que Ali Zamir a surgi sur la scène littéraire française avec Anguille sous roche, un premier roman quasi parfait, étincelant comme un diamant poli par les contingences d’une intelligence imaginative peu commune. Le Comorien trentenaire revient cette année avec un second roman qui confirme les espoirs et les promesses du premier.

Mon Etincelle est une histoire d’amour, d’amour fou qui fait chavirer le cœur de la jeune Etincelle. Prise dans les turbulences d’un vol qui relie deux îles de son pays, elle se remémore les histoires d’amour que lui racontait sa mère. En particulier, celle de deux adolescents répondant aux noms improbables de « Douceur » et « Douleur ». Chaque fois qu’elle affronte une épreuve, Etincelle se raconte l’histoire tragique de ces deux adolescents malgaches, avec l’espoir de trouver dans leur amour éperdu la consolation pour ses propres échecs.

Après la sensation créée par son premier roman, Ali Zamir a toutes les chances cette année, dit-on dans les milieux autorisés, de remporter un grand prix avec son deuxième opus. Mon Etincelle n’a-t-il pas été qualifié de « une des histoires d’amour les plus extraordinaires » par Alain Mabanckou himself ?

280 pages, 19 euros. (Parution le 7 septembre).

14 – L’Angolais Manuel Rui raconte les lendemains qui déchantent

« Oui, camarade » de Manuel RuiChandeigne

Homme politique, diplomate, universitaire, l’Angolais Manuel Rui est aussi un des grands noms de la littérature de son pays. Avec Luandino Vieira et Pepetela, il fait partie de la génération d’écrivains majeurs qui ont fait la renommée des lettres angolaises. A ce jour, Le Porc épique (Dapper 1982) est le seul de ses livres qui a été traduit en français.

Oui camarade qui paraît ces jours-ci est un recueil de nouvelles, écrites au lendemain de l’indépendance angolaise le 11 novembre 1975. Des récits engagés, pleins d’espoirs dans l’avenir de la nation naissante enfin débarrassée du colonialisme. L’indépendance ne sera pas pour autant, le romancier le pressentait déjà, un long fleuve tranquille. Le chaos qui règne au Palais, raconté avec sarcasme et empathie dans la nouvelle « Le conseil » qui ouvre le recueil, tout comme les grèves qui paralysent l’économie et les « poches trouées » des anciens combattants en disent long sur les lendemains qui déchantent déjà.

Traduit du portugais par Elisabeth Monteiro Rodrigues. 208 pages, 20 euros. (Parution le 21 septembre.)

15 – Nimrod, entre poème et récit

La couverture du livre «Gens de brume» de NimrodDR

On ne présente plus Nimrod Bena Djangrang. C’est à son père, pasteur luthérien, que le Tchadien doit son prénom aux résonances bibliques. « Nimrod » qui signifie « celui qui a vaincu le léopard » est devenu, chemin faisant, le pseudonyme de cet écrivain au verbe haut et sensuel.

Poète, romancier et essayiste, l’homme a dû quitter son pays natal à l’âge de 25 ans, fuyant les turbulences de la guerre civile. Après un premier volume de poésies intitulé Pierre, poussière (Editions Obsidiane 1989), qui l’a fait connaître, ce natif de Koyom, dans le sud du Tchad, a publié d’autres recueils de poésies, mais aussi des romans intensément lyriques, rythmés par les souvenirs du pays et du passé.

Nimrod publie en octobre un nouveau livre : Gens de brume. On n’a pas beaucoup d’information sur ce nouvel opus de l’auteur tchadien, sauf ce qu’en dit son éditeur sur son site: « Entre poème et récit, le poète évoque son enfance parmi les pêcheurs des bords du fleuve Chari au Tchad, son exil, mais aussi les paysages du Gard qui lui sont chers ».

Le talent oblige, la parution d’un nouveau titre signé Nimrod est forcément un événement littéraire incontournable.

64 pages, 8 euros. (Parution le 4 octobre.)

CALEDONIENS AILLEURS …

 Françoise Wadou, peintre en pleine renaissance

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Nombre de nos compatriotes font le choix de quitter la Nouvelle-Calédonie. Etudes, recherche d’emploi, envie d’ailleurs, les raisons sont multiples. Mais qui sont ces Calédoniens qui tentent l’aventure ailleurs ? Cette semaine, Françoise Wadou, artiste en devenir.

Calédoniens ailleurs : Françoise Wadou, peintre en pleine renaissance © DR
© DR Calédoniens ailleurs : Françoise Wadou, peintre en pleine renaissance
  • Par Ambre Lefeivre
  • Publié le 20/08/2017 à 07:02

« Je donne du cachet, de la couleur à ma vie ». A 50 ans Françoise a décidé de donner un nouveau souffle à son existence.  Alors que la peinture n’était jusque là qu’une passion assouvie lors de son temps libre, la Calédonienne se lance dans une nouvelle aventure, celle de vendre ses tableaux et créations. Un renouveau qui n’aurait pas été permis sans son parcours de vie.

Passionnée de travaux manuels, Françoise a profité de son passage au Vanuatu pour créer des objets de déco © DR
© DR Passionnée de travaux manuels, Françoise a profité de son passage au Vanuatu pour créer des objets de déco

Férue de travaux manuels, évoluant au sein d’une famille d’artistes,  la timide Françoise dessine et peint depuis son plus jeune âge. Si la Calédonienne fait le choix de quitter tôt l’école, c’est en autodidacte qu’elle apprend de nouvelles techniques. Très impliquée dans la vie de son église, elle rencontre son futur époux à 18 ans lors d’un camp de jeunes. Le couple se marie rapidement et devient bientôt parents de deux filles. La Nouméenne d’origine indonésienne et son mari Paul décident quelques années plus tard de servir Dieu. Pour mener à bien leur mission, Paul, devenu pasteur, et Françoise déménagent de 1988 à 2000 à Koumac et enfin Ouvéa, l’île natale de Paul. Femme de pasteur, Françoise joue également un rôle actif au sein de son église notamment au niveau social. « Je complète et épaule mon mari dans sa mission. Les gens savent qu’ils peuvent venir me voir à tout moment ».

La Calédonienne prend des cours de dessin depuis son installation en métropole © DR
© DR La Calédonienne prend des cours de dessin depuis son installation en métropole

Le nouveau millénaire marque le début d’une nouvelle vie pour le couple. Les Wadou s’installent au Vanuatu pour mener à bien leur rôle de missionnaires. Ce déménagement est un déclic pour Françoise.  « Après être sortie du pays, je sentais que je devais me retrouver en tant que personne ». Elle, qui avait un peu délaissé sa passion, renoue avec la peinture et les créations manuelles. Ces œuvres font mouche. « L’étonnement des gens m’a fait réaliser qu’il y avait quelque chose dans ce que je faisais ». Petit à petit, l’idée d’un certain talent fait son chemin. Après sept ans dans le Pacifique, le couple emménage à Granville (Normandie) pour trois ans. La dernière année, Françoise se décide à prendre des cours cherchant également l’approbation d’un professeur. « Mon enseignant m’a encouragé dans cette voie-là ». Installée à Epinal (dans les Vosges) avec son mari, elle poursuit ses cours. En 2016, la peinture prend une nouvelle dimension dans sa vie. Elle s’y consacre de plus en plus. Son atelier étant attenant à sa maison et à l’église, les fidèles et les passants sont de plus en plus nombreux à découvrir et surtout à apprécier ses créations.

Françoise s'apprête à vendre ses tableaux © Françoise Wadou
© Françoise Wadou Françoise s’apprête à vendre ses tableaux

Face à ce succès, Françoise a décidé de lancer sa micro-entreprise. Conseillée par la chambre de commerce locale, elle vendra dès cet automne ses objets de déco, ses bijoux et ses tableaux. Une nouvelle vie professionnelle qui l’enchante. « Terminer par la peinture, par la création, c’est un moyen d’exprimer mon âme et mon cœur ».  Un projet qui n’aurait pas pu se faire sans les nombreuses rencontres de Françoise et l’amour de Dieu. « La grâce de Dieu me suffit. Il m’a permis toutes ses belles choses. Les personnes rencontrées m’ont donné de l’assurance pour me lancer » déclare- t-elle avant d’ajouter : « Je me sens accomplie aujourd’hui, j’ai l’impression d’être quelqu’un ». 

par ambre@lefeivre.info

ECRIVAINS HAÏTIENS A L’HONNEUR

Trois Haïtiens finalistes pour un grand prix littéraire francophone

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Plusieurs écrivains haïtiens et étrangers ont soumis leurs œuvres de fiction (roman, récit, nouvelles) publiées entre  le 1er mai 2016 et le 1er mai 2017. Trois Haïtiens sont en lice pour le grand Prix des cinq continents de la Francophonie.

Créé en 2001 par l’Organisation internationale de la Francophonie, le Prix des cinq continents consacre un texte d’un écrivain important, témoignant d’une expérience culturelle spécifique enrichissant la langue française. Deux auteurs établis et un jeune auteur  en herbe figurent parmi les finalistes.

Il s’agit de Néhémie Pierre Dahomey, auteur du récit « Rapatriés » (paru chez Seuil), Gary Victor, auteur de Les temps de la cruauté (Philippe Ray) et  Louis-Philippe Dalembert  pour le récit « Avant que les ombres s’effacent », publié chez l’éditrice Sabine Wespieser.Ce roman du prolifique romancier haïtien s’est déjà vu décerner plusieurs distinctions dont le Prix France Bleue/Page des Librairies 2017, après que Louis-Philippe ait raflé le Prix Orange du Livre.

Haïti croise les bras et attend la délibération du jury : qui détrônera l’écrivaine et journaliste tunisienne Fawzia Zouari, lauréat de l’édition 2016 pour son roman « Le Corps de ma mère », édité à Tunis par Déméter et coédité à partir de Paris par Joëlle Losfeld, Gallimard.

Réunis ce mardi 11 juillet 2017 au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les représentants des cinq comités de lecture du Prix des cinq continents de la Francophonie ont choisi les 10 finalistes parmi les 122 œuvres proposées.

De l’avis des comités, « la moisson 2017 nous invite à lire des parcours de femmes et d’hommes qui, par leur force de caractère, par leur courage ou leur détermination, parviennent à se construire, au cœur de la violence de nos sociétés. Ce sont des tragédies qui nous révèlent la complexité de la nature humaine et ouvrent des horizons au-delà des époques et des frontières ».

Accueillant tout auteur d’expression française quelle que soit sa maturité littéraire, le Prix des cinq continents de la Francophonie met en valeur l’expression de la diversité culturelle et éditoriale de la langue française sur les cinq continents.

La liste complète des finalistes

Deux écrivains haïtiens finalistes du Prix Théâtre RFI 2017

Parmi les 13 textes présélectionnés pour l’édition 2017 du Prix Théâtre RFI, figurent deux œuvres haïtiennes : Reconstruction(s) de Noé Beaubrun et Quai des ombres de Faubert Bolivar.

« Le choix a été difficile et, comme tout choix, douloureux. Il a demandé beaucoup de temps et une attention rigoureuse, faisant peu cas de fautes de syntaxe ou d’orthographe. S’attachant tant au fond qu’à la forme.» C’est par ces mots que le comité de lecture du Prix Théâtre RFI 2017 dévoile la liste des textes présélectionnés pour « leurs qualités littéraires, dramaturgiques et leur originalité ». Deux auteurs haïtiens, Noé Beaubrun et Faubert Bolivar, sont en lice respectivement pour leurs pièces Reconstruction(s) et Quai des ombres.

Elles sont des œuvres représentatives de la littérature haïtienne non seulement en référence à leurs auteurs, mais aussi pour les sujets qu’elles abordent.

Reconstruction(s) de Noé Beaubrun

Le président d’Haïti s’est retiré dans l’unique bibliothèque du pays et depuis trois ans passe son temps à lire et à philosopher « pour se reconstruire ». Le peuple se plaint de cette inaction par la voix de l’opposition tandis que les ministres s’emploient à ne rien faire pour se reconstruire pour leur propre compte avec l’argent des impôts et des ONG… Le public est appelé à participer aux péripéties de cette farce politique qui brocarde un régime immobile et corrompu depuis des décennies.

Quai des ombres de Faubert Bolivar

Après le tremblement de terre en Haïti, des personnages errent dans les ruines, au milieu des fantômes. Fauchés en pleine vie. Déjà happés, morts-vivants, par le chœur des ombres…

Voici la liste des 11 autres textes  présélectionnés:

  • La poupée barbue d’Edouard Elvis Bvouma (Cameroun)
  • Verso Recto de Sylvie Dyclo-Pomos (Congo)
  • Arènes intérieures de Koukouvi Dzifa Galley (Togo)
  • La rue bleue de Sedjro Giovanni Houansu (Bénin)
  • Délestage de David-Minor Ilunga (RDC)
  • Là-bas de Fidèle Kofi (Côte d’Ivoire)
  • Les invisibles de Hicham Lasri (Maroc)
  • Longues sont mes nuits de Faustin Keoua Leturmy (Congo)
  • Le tableau pas complet de Mylene Ntamengouro (Burundi)
  • Debout un pied de Denis Sufo Tagne (Cameroun)
  • Mille et une femmes de Constantin Liberté Kouam Tawa (Cameroun)

« Ce qui nous a frappés, c’est la force des propos à l’égard des maux qui hantent ces pays. Dictature, corruption, intolérance, exclusion, poids de traditions étouffantes, calamités de tous ordres… C’est aussi l’humour qui jaillit au fil des mots, même dans les situations les plus tragiques. Manière de prendre de la hauteur, de la distance vis-à-vis de réalités difficiles », témoigne un article de RFI consacré à ce sujet.

La balle est maintenant dans le camp du jury, composé d’artistes, de professionnels et présidé cette année par l’écrivain Dany Laferrière, qui lira les pièces finalistes et designer le lauréat. Le « Prix Théâtre RFI » 2017 sera remis à Limoges, dimanche 24 septembre, dans le cadre du Festival Les Francophonies en Limousin. Le lauréat recevra, entre autres primes, une dotation financière d’un montant de 1500 euros, une résidence de création d’une durée d’un à trois, la promotion de son texte.

L’appel à candidatures pour le « Prix Théâtre RFI » 2017 a été lancé du 13 mars au 16 avril 2017, et pas moins de 172 candidatures ont été reçues en provenance de 23 pays francophones.

Le « Prix Théâtre RFI » a pour objectif de promouvoir la richesse des écritures dramatiques contemporaines francophones du Sud et de favoriser le développement de carrière de jeunes auteurs, écrivant en français. En 2014, le « Prix Théâtre RFI » a récompensé Chemin de fer, le texte de Julien Mabiala Bissila, jeune auteur congolais, en 2015 l’auteure libanaise Hala Moughanie pour Tais-toi et creuse et en 2016 le Guinéen Hakim Bah pour Convulsions.

 

 

 

ILS ONT  ETE  NOMMES  « CHEVALIER  DE  L’ORDRE   DES  ARTS  ET DES LETTRES »

Guy  REGIS junior a  été nommé  par l’ancienne ministre française de la Culture, Audrey Azouley pour sa  contribution à la promotion des valeurs culturelles de France. Le titre de Chevalier reste le premier des trois grades, officier et commandeur, de cette distinction.

Cette distinction existe depuis 1957 en France et elle récompense les personnes qui se sont distinguées par leurs créations dans le domaine artistique ou littéraire, ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde, suivant ce que l’on peut en lire sur le site du ministère français de la Culture.

Des critères bien définis déterminent la qualification à ce titre, très respecté et envié par les artistes, les écrivains et tout professionnel du champ culturel. Le Conseil de l’Ordre des Arts et des Lettres, après collecte et instruction de sa section des distinctions honorifiques, soumet les noms de personnalités choisies au ministre chargé de la Culture, qui décide souverainement des nominations.

James Noël, acteur principal dans le film « Woch nan dlo » aux côtés de la romancière haïtienne Edwidge Danticat, directeur de la revue littéraire IntranQu’îllités a été nommé par arrêté du 21 avril 2017 Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par l’ex-ministre français de la Culture, Audrey Azouley, remplacée par Françoise Nyssen, fondatrice de la maison d’éditions Actes Sud.


Le métier de cet Haïtien est de brasser dans une revue littéraire tous les imaginaires du monde, de tailler des rêves avec des mots.

Dans la lettre de félicitation datée du 25 juillet 2017 et adressé au poète et auteur de « La migration des murs », Audrey Azouley salue le talent de James Noël et son « immense talent, son engagement au service de la culture et sa contribution au renforcement des relations entre la France et Haïti. »

Né en Haïti en 1978, James Noël est poète. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis, il écrit régulièrement des chroniques pour Mediapart et anime la revue IntranQu’îllités. Parmi ses derniers recueils de poésie parus : Le Pyromane adolescent, suivi du Sang visible du vitrier (Points, 2015); Anthologie de poésie haïtienne contemporaine (Points, 2015); La Migration des murs (Galaade, 2016).

« Belle merveille » est son tout dernier roman paru aux éditions Zulma et qui sera en librairie, en France, le jeudi 24 août.

NB. Yanick Lahens, Lyonel Trouillot, Makenzy Orcel, Gary Victor et Franckétienne  ont eux aussi reçu cette distinction.

 

 

LES    ECRIVAINS   HAÏTIENS  QUI ONT  MARQUE  L’ANNEE 2016

L’année 2016 s’achève et laisse derrière elle son lot de douleurs. Nous avons tant compté de cadavres, succombé aux malheurs, pleuré les nôtres et raté les rendez-vous de goûter aux joies et plaisirs de la vie. C’est qu’en Haïti, il ne nous est pas offert la chance de laisser libre cours à nos rêves vu toute la difficulté de vivre et d’exister dans ce pays sous l’emprises des ténèbres. Cependant, la littérature (nos écrivains) nous a encore permis d’espérer ce bonheur si longtemps cherché –pas encore retrouvé- aussi fugace soit-il. Voici, entre autres, quelques-uns de ces écrivains qui ont marqué l’année 2016.

Publié le 2016-12-28 | Le Nouvelliste

Culture – Dieulermesson PETIT FRERE

 

René Depestre (1926) L’on croyait qu’il avait tout abandonné de l’écriture tout comme il s’est retiré d’Haïti pour vivre des jours heureux à Lézignan-Corbières. À quatre-vingt-dix ans, il vient de remporter le Grand prix de la SGDL de Littérature 2016 pour son dernier roman, Popa Singer, paru aux éditions Zulma. Depestre a reçu en 1982 le Goncourt de la nouvelle pour « Alléluia pour une femme-jardin » et le Renaudot en 1988 pour son roman « Hadriana dans tous mes rêves ».
Joël Des Rosiers (1951) Connu surtout comme psychiatre, Joël Des Rosiers est poète et critique littéraire. Auteur de huit recueils de poèmes et de deux essais, dont le dernier, « Metaspora : essais sur les patries intimes », a reçu le Modern Language Association Price for Independent Scholars, en 2014. Il vient de se voir attribuer le prix de la poésie Fetkann-Maryse Condé 2016 pour Chaux, son dernier recueil paru en 2015 chez Triptyque. 

Martine Fidèle (1988) Invitée au salon international du livre de Québec du 13 au 17 avril 2016 à l’initiative de l’éditeur Rodney Saint-Éloi, Martine Fidèle a signé, pour le plaisir de nombreux amants des lettres haïtiennes, son roman « Double corps » qui a défrayé la chronique lors de sa parution. Mis à part sa participation à des tables rondes, elle a fait un passage à l’émission « Scène rendez-vous littéraires ». Elle a été aussi invitée d’honneur de « Livres en liberté ». Outre ses activités d’écriture, Martine fait du théâtre et publie régulièrement des articles dans la section Culture du Nouvelliste, le plus ancien quotidien de l’Amérique francophone.

 

Inema Jeudi (1981) Connu surtout comme poète créolophone de grand talent, Inéma Jeudi a publié cette année son premier recueil de poèmes en français, Le jeu d’inéma, aux éditions Le temps des cerises en France. Il a été, du coup, invité à signer son livre, à participer à des émissions sur TV5 Monde à Paris et à des soirées de lecture aux côtés de son préfacier et maître Lyonel Trouillot. Membre de l’Atelier jeudi soir à Port-au-Prince, ses poèmes sont chantés par Herby François, Wooly Saint-Louis Jean et Roosevelt Saillant, dit BIC.

 

Yanick Lahens (1953) C’est à Jacmel que la récipiendaire du prix Femina 2014 pour son roman « Bain de lune », Yanick Lahens, a atterri au début de l’année 2016 pour des échanges avec les élèves du collège Alcibiade Pommayrac. Invitée à la foire du livre de Miami, elle a pris part aux Francophonies en Limousin à Limoges en mars dans le cadre de la semaine consacrée à Haïti à l’initiative du comité Marguerite-Bourgeoys. Outre ses diverses rencontres en Haïti avec des écoliers, étudiants et autres amants des lettres, elle a multiplié les voyages dans les Antilles, en Europe pour des ventes-signatures et des conférences et pour honorer des invitations de tout genre.

 

Coutechève Lavoie Aupont (1982) Coutechève Lavoie Aupont a reçu le prix René Philoctète de la poésie dans le cadre de la deuxième édition du concours organisé par la Direction nationale du livre. Lauréat également du prix Dominique Batraville de la poésie pour son livre « Make pa », il prête ses services au centre Pen Haïti depuis plus d’une année, et est devenu un militant de la culture en multipliant çà et là des activités culturelles (surtout à Port-au-Prince).

 

Stéphane Martelly (1974) Peintre, poète et chercheure attachée à l’Université Concordia au Canada, Stéphane Martelly a signé, le 30 novembre dernier, « Les jeux du dissemblable. Folie, marge et féminin en littérature haïtienne contemporaine » aux éditions Nota Bene, un livre critique qui tente de cerner la figure du féminin et de la folie dans le champ littéraire haïtien. Critique littéraire, auteur d’un essai extraordinaire sur l’œuvre de Magloire Saint-Aude, « Le sujet opaque. Une lecture de l’œuvre poétique de Magloire Saint-Aude », Stéphane est, entre autres, l’auteur de « Inventaires », recueil de poèmes paru chez Triptyque au Canada

 

James Noël (1978) James Noël est un écrivain voyageur. Il est sur tous les fronts. Invité spécial du 33e festival des Francophonies en Limousin, il a publié au début du troisième trimestre « La migration des murs », une sorte de pamphlet politique chez Galaade éditions. Outre l’émission « Intranquillement vôtre » diffusée sur la télévision nationale et qui fait la promotion de la culture, il dirige, avec Pascal Monnin, la revue Intranqu’Ilités dont le quatrième numéro a réuni près de deux cents contributeurs.

 

Makenzy Orcel (1983) Makenzy Orcel est ce jeune écrivain haïtien pour qui l’avenir augure des jours heureux. 2016 aura été pour lui la saison la plus florissante de sa carrière de romancier. Auteur de deux romans parus chez Mémoire d’encrier, Les immortelles (2010) et Les latrines (2011), son dernier livre, L’ombre animale, a battu les records des prix littéraires. Quatre fois primés ( Prix Éthophile, prix Louis-Guilloux, prix Littérature-Monde, ADELF-Caraïbes), L’Ombre animale, lit-on sur le site des éditions Zulma « se situe à la limite des ténèbres et de l’aurore, du rêve et de l’éveil, de l’absence et de la vie ».

 

Anthony Phelps (1928) Phelps est peut-être l’un des derniers survivants du groupe Haïti littéraire –s’il faut compter Janine Tavernier qui a fait partie du groupe et Marie Vieux-Chauvet considérées comme des antennes. Récipiendaire du prix Carbet du Tout-Monde pour l’ensemble de son œuvre, il vient de publier son dernier recueil de poèmes Je veille, incorrigible féticheur aux éditions Bruno Doucey.

 

Néhémy Pierre-Dahomay (1986) Ancien étudiant en philosophie à l’École normale supérieure de Port-au-Prince, Néhémy vient de faire un grand coup en publiant son tout premier roman, Rapatriés, aux éditions du Seuil. Connu surtout comme poète, il a déjà publié à Port-au-Prince Emmuré suivi de Mots épars. En 2004, il a été lauréat du concours de textes organisés par l’ENS pour le recueil Mots épars.

 

Guy Régis Jr (1974) Homme de théâtre, romancier et poète, Guy Régis Jr continue de dynamiser et moderniser le théâtre en Haïti en le sortant des clichés et des abysses de la facilité. Avec la création de sa troupe « Nous » en 2001, il s’est mis à développer une forme de théâtre exhibitionniste dénommée « Théâtre de rue ». Invité de la 33e édition des Francophonies en Limousin en septembre dernier à Limoges, il a profité pour faire découvrir au public les Quatre chemins en organisant des performances dans la rue. Du 21 novembre au 3 décembre, il a organisé avec succès la 13e édition du festival de théâtre Quatre chemins qui a eu comme invité d’honneur le marionnettiste Ernst St-Rome. Son premier recueil de poèmes vient de paraître chez LEGS ÉDITION.

 

Rodney Saint-Éloi (1963) Installé au Canada depuis le début des années 2000, Rodney Saint-Éloi a porté au-delà des frontières les lettres et la culture haïtiennes avec la création des éditions Mémoire d’encrier qui constituent ce « lieu-carrefour où se tissent rencontres, dialogues et échanges pour que les voix soient visibles et vivantes ». Finaliste du prix littéraire du Gouverneur général, finaliste du prix des libraires du Québec et finaliste du prix Carbet de la Caraïbe 2016 avec son recueil titré Je suis la fille du baobab brûlé paru en 2015, il a publié deux livres cette année, un recueil de poèmes : (Moi tombé. Moi levée) et un essai : (Passion Haïti).

 

Lyonel Trouillot (1956) Pour la seule année 2016, Lyonel Trouillot a publié quatre livres, dont deux romans, Kannjawou et Agase lesperans, et deux recueils de nouvelles : Le miroir d’Anabelle et d’autres récits et Histoires simples II. Outre les activités des Vendredis littéraires qu’il organise dans son antre familial à Delmas, il réunit autour de lui nombre de jeunes au sein de l’Atelier jeudi soir à qui il insuffle la passion et le goût de l’écriture. Il a codirigé la quatrième édition du festival international du livre et du film Étonnants voyageurs à Port-au-Prince.

 

Gary Victor (1958) Invité d’honneur de la quatrième édition de la Foire internationale du livre d’Haïti (Filha), Gary Victor est, dit-on, l’écrivain haïtien le plus lu et probablement le plus prolifique de sa génération. En début d’année, il a siégé comme membre du jury du prix Casa de las Americas à Cuba –prix qu’il a reçu en 2012 pour son roman « Le sang et la mer ».

 

Évains Wêche (1980) Évains Wêche est une révélation de Gary Victor et Rodney Saint-Éloi. Depuis la publication du recueil collectif (Je ne savais pas que la vie serait si longue après la mort), dans lequel il a publié ses deux nouvelles, Wêche ne cesse de nous surprendre. Invité au salon du livre de Genève aux côtés de Kettly Mars, de James Noël et du photographe Casimir Veillard, son roman Les brasseurs de la ville publié en 2014 chez Mémoire d’encrier a été réédité cette année chez Philippe Rey à Paris.

 

L’écrivain haïtien Dany Laferrière élu à l’Académie française

OUTRE-MER 1ÈRE L’écrivain haïtien naturalisé canadien Dany Laferrière a été élu au premier tour de scrutin jeudi à l’Académie française. Il était donné favori depuis quelques semaines.

L'écrivain haïtien Dany Laferrière © Miguel Medina/AFP
© Miguel Medina/AFP L’écrivain haïtien Dany Laferrière
  • Par Philippe Triay
  • Publié le 12/12/2013 à 16:43, mis à jour le 27/05/2015 à 22:01

Son nom circulait déjà depuis quelques temps et c’était l’un des grands favoris pour succéder au fauteuil d’Hector Bianciotti, décédé en 2012, et occupé auparavant, entre autres, par Montesquieu et Alexandre Dumas fils. Les « immortels » n’ont pas déjoué les pronostics et ont voté pour l’écrivain naturalisé canadien d’origine haïtienne, âgé de 60 ans. Dany Laferrière a été élu au premier tour de scrutin en obtenant 13 voix sur 23. Les autres candidats en lice étaient Catherine Clément, Yves-Denis Delaporte, Arthur Pauly, Jean-Claude Perrier et Georges Tayar.

Outre son dernier ouvrage, « Journal d’un écrivain en pyjama » (éditions Grasset), un petit chef d’œuvre dont nous avons déjà parlé, Dany Laferrière a publié plus d’une vingtaine de romans, dont « Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer » (1985, éditions Belfond), « L’Enigme du retour » (2009, Grasset, prix Médicis), « Tout bouge autour de moi » (2010, Grasset) et « Chroniques de la dérive douce » (2012, Grasset).

Deux de ses livres « Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ? » et « Vers le Sud » (2006) ont été par ailleurs adaptés avec succès au cinéma. L’auteur a également obtenu le prix RFO du livre en 2002 pour « Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ? » (éditions Le Serpent à Plumes).

Les étapes d’une élection à l’Académie française

L’Académie française procède à une élection dans les trois mois qui suivent la déclaration de vacance d’un fauteuil. Du jour où la vacance est déclarée, les candidats notifient leur candidature par une lettre adressée au Secrétaire perpétuel (actuellement Hélène Carrère d’Encausse). Il existe aussi une procédure de présentation de candidature posée par un ou plusieurs membres de l’Académie. La date limite de dépôt de candidature est fixée à quatre semaines avant l’élection. L’âge limite pour se présenter à un fauteuil vacant est fixé à soixante-quinze ans à la date du dépôt de candidature. Aucune condition de titres ou de nationalité ne figure dans les statuts.

Le scrutin est direct, secret et requiert pour qu’un candidat soit élu qu’il ait recueilli la majorité absolue des suffrages (la moitié des voix exprimées plus une). Un scrutin ne peut avoir lieu qu’en présence d’un quorum de votants fixé à vingt.

L’élection à l’Académie française, bien qu’elle soit un corps constitué, ne devient définitive qu’après approbation du président de la République, protecteur de l’Académie, qui la manifeste en donnant audience au nouvel élu. Cette visite du nouvel élu vaut approbation.

Dany Laferrière et le maire de Montréal Denis Coderre
Credit photo: Radio canada

Dany Laferrière et le maire de Montréal Denis Coderre Credit photo: Radio canada

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Dany Laferrière, illustre écrivain francophone, poids lourd de la littérature haïtienne et académicien, a reçu du maire  Denis Coderre, l’insigne de l’Ordre de Montréal hier mercredi 17 mai, avant la fête nationale des 375 ans d’existence de cette ville du Canada.

Hier mercredi 17 mai s’est tenu le lancement officiel des festivités du 375e anniversaire  de la ville de Montréal où résident des milliers de compatriotes haïtiens. Denis Coderre en a profité pour honorer dix-sept personnalités récipiendaires de l’Ordre de Montréal, jadis appelée Académie des Grands Montréalais, créée en 1988 par la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, qui avait elle-même repris les distinctions remises par le Canadien National (CN) en 1978.

« J’ai reçu des honneurs dans le passé mais jamais lors d’une journée historique comme  aujourd’hui », a déclaré l’auteur de « L’énigme du retour » (roman pour lequel il a reçu le prestigieux Prix Médicis en 2009) qui s’est confié au journaliste Antoni Nerestant de CBC.

La médaille de l’Ordre de Montréal rend hommage aux gens qui « contribuent de façon remarquable au développement et au rayonnement de la métropole ». À côté de Dany Laferrière (natif de Petit-Goâve, Haïti), figurent deux autres personnalités emblématiques qui ont étés elles-aussi élevées au rang d’officiers à l’issue de cette cérémonie de remise de médaille. Il s’agit de Yannick Nézet-Séguin (chef d’orhestre) et de  l’artiste visuelle Françoise Sullivan.

AU LARGE DE GOREE (Sénégal)

AU LARGE  DE  GOREE,  LIEU  DE  MEMOIRE DE  L’ESCLAVAGE

des explorations d’archéologie sous-marine

OUTRE-MER 1ÈRE L’archéologue Ibrahima Thiaw contemple depuis Dakar les îles qui bordent la capitale. Avec son équipe de plongeurs, il s’apprête à partir à la recherche d’épaves gisant, il en est certain, à quelques encablures de la plus célèbre d’entre elles, Gorée, lieu de mémoire de la traite négrière.

Des membres de l'équipe d'archéologie sous-marine au large de l'île de Gorée, au Sénégal. © SEYLLOU/AFP
© SEYLLOU/AFP Des membres de l’équipe d’archéologie sous-marine au large de l’île de Gorée, au Sénégal.
  • La1ere.fr (avec AFP)
  • Publié le 17/08/2017 à 13:31, mis à jour le 17/08/2017 à 13:32
Du 15e au milieu du 19e siècle, des milliers d’esclaves africains ont transité par cette minuscule île située à cinq kilomètres à peine de Dakar, au Sénégal, avant d’entreprendre une épouvantable traversée vers les Amériques. Ils y servaient de main-d’oeuvre forcée dans les plantations, tandis que les navires repartaient vers l’Europe les coques remplies de coton, de sucre ou de tabac.

Selon l’archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw, trois navires négriers au moins, la « Nanette », la « Bonne Amitié » et le « Racehorse », ont disparu au large de Gorée au 18e siècle. Retrouver ces épaves permettrait de recueillir de nouvelles données scientifiques sur le « commerce triangulaire » – on estime à un millier le nombre de navires négriers ayant fait naufrage entre l’Afrique et l’Amérique mais très peu d’épaves ont jusqu’ici été découvertes.

Question taboue

Mais cela permettrait aussi d’aborder une question encore largement taboue au Sénégal, selon le chercheur. « Des stigmates de l’esclavage persistent dans notre société moderne. Il y a encore des populations qui sont désignées esclaves« , affirme Ibrahima Thiaw. « Il y a au Sénégal un silence autour de la question. Les temps sont mûrs pour que nous apprenions à nos étudiants et à nos enfants à respecter les gens de statuts différents ou considérés comme inférieurs« , ajoute-t-il.

Or, le passé du Sénégal « repose ici », quelque part entre Dakar et Gorée, explique M. Thiaw (photo ci-dessous) après avoir parcouru quelques milles à bord d’une chaloupe à moteur en compagnie d’une demi-douzaine de membres de son équipe, composée notamment d’étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Vêtu d’une combinaison de plongée, l’archéologue vérifie une dernière fois son magnétomètre, qui lui servira à repérer les objets échoués sur le fond marin, puis disparaît sous les vagues vert-foncé de l’Océan Atlantique.

L'archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw (au premier plan). © SEYLLOU/AFP
© SEYLLOU/AFP L’archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw (au premier plan).

« Epaves de négriers »

Une demi-heure plus tard, c’est la déception : « Nous avons trouvé une grande épave de navire moderne. Ce n’est vraiment pas ce que nous cherchons« , explique M. Thiaw, le visage dégoulinant encore d’eau de mer. Spécialiste reconnu des conditions de vie des esclaves à Gorée, l’archéologue, chercheur à l’Université de Dakar, a été contacté il y a trois ans par deux institutions américaines : le Service des parcs nationaux des Etats-Unis et le Musée national pour l’histoire et la culture afro-américaine.

Les deux organisations, accompagnées de partenaires américains et sud-africains, cherchaient à l’époque un nouveau point de chute en Afrique de l’Ouest pour leur projet « Epaves de négriers » (Slavewrecks, en anglais). Le Sénégal était tout désigné puisqu’une présence occidentale est signalée sur ses côtes depuis le 15e siècle au moins. Les membres du projet se sont chargés de former les archéologues sénégalais à l’archéologie sous-marine, une pratique récente dans ce pays situé à la pointe occidentale de l’Afrique, et de fournir le matériel nécessaire.

Vestiges

Auparavant, elles avaient déjà participé à la création de centres de plongée sous-marine au Mozambique et en Afrique du Sud. Dans le cadre de ces projets, les archéologues avaient pu remonter à la surface des vestiges — dont des chaînes — du « Sao Jose Paquete de Africa », un négrier portugais ayant chaviré au large du Cap avec sa « cargaison humaine » à bord.

Si les Européens ont joué un rôle majeur dans la traite en lui donnant une dimension intercontinentale, les populations arabes et d’Afrique subsaharienne y ont également participé en leur pourvoyant hommes, femmes et enfants faits prisonniers. M. Thiaw déplore le manque de fonds disponibles pour ses recherches sous-marines et la frilosité face à ce sujet dans son pays, alors que de nombreux Afro-Américains se penchent sur leurs racines africaines en se rendant notamment à Gorée, à l’instar de l’ancien président américain Barack Obama en 2013. Plus largement, la traite concerne l’humanité tout entière, estime-t-il. « Dans l’océan, les esclaves ont été formatés pour devenir un autre peuple, adapté à d’autres conditions. La traite des esclaves est l’acte fondateur de notre modernité, faite au départ de violences infligées aux Africains.

LE RENOUVEAU du… « COURRIER de L’U.N.E.S.C.O »

 

 

« Rien que le nom de cette publication emblématique évoque l’essence même de notre Organisation. Depuis le premier numéro, publié en février 1948, jusqu’à celui que je tiens dans les mains, le Courrier est resté fidèle à sa mission : promouvoir les idéaux de l’UNESCO, servir de plate-forme au dialogue entre les cultures, constituer une tribune de débats internationaux. »

C’est en ces termes qu’Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO s’est exprimée lors de la relance du Courrier de l’UNESCO à la Diaoyutai State Guesthouse de Beijing, Chine, le 13 mai 2017. Après cinq années d’interruption, pour des raisons budgétaires, la revue a recommencé une nouvelle vie en avril 2017, grâce au généreux soutien de la République de Chine.

Trimestriel imprimé dans un nombre d’exemplaires limités, le Courrier est de nouveau disponible en ligne (fr.unesco.org/ courier) en sept langues : anglais, arabe, chinois, espagnol, français, portugais et russe. L’abonnement à la version numérique est gratuit et il suffit de quelques clics pour accéder aux archives. Une stratégie pour déployer sa présence numérique est actuellement élaborée et des partenariats pour de nouvelles versions linguistiques sont en vue. « Dans les années 1980, la revue existait dans plus de 35 langues, grâce à la coopération des Commissions nationales », a rappelé Irina Bokova, lors de la relance du Courrier au siège de l’UNESCO, le 27 avril 2017, avant d’exprimer sa conviction que la partenariat avec la Chine encouragera « de nombreux acteurs des secteurs public et privé, à devenir nos partenaires dans le développement du Courrier à l’échelle mondiale ».

http://unesdoc.unesco.org/images/0025/002523/252318f.pdf

des  extraits ……

SCIENCES HUMAINES l’IMPORTANCE DES RECITS AUTOCHTONES

par John Ayotunde Isola Bewaji

L’accent mis dans les études sur les sciences exactes et la technologie, disciplines rémunératrices, au détriment des sciences de l’homme, menace la capacité des peuples de la Jamaïque et des Caraïbes à raconter et valoriser leurs propres histoires, indispensables à la transmission des connaissances et au développement

Depuis qu’ils en sont capables, les hommes ont cherché à comprendre la vie dans tous ses aspects et le monde qui les entoure. Pour comprendre et décrire leur environnement, ils ont utilisé non seulement la littérature, la philosophie, l’éducation, la religion, les arts, l’histoire, l’anthropologie, l’archéologie et la sociologie, mais également l’économie, la psychologie, l’information, le développement, les sports, le genre, la finance, le commerce, les sciences politiques, les études environnementales, les études en communication, les études culturelles et le droit. Par souci de validité scientifique, certaines de ces disciplines ont été classées sous la rubrique « sciences sociales », mais je suis persuadé qu’elles jouent aussi un rôle dans les sciences humaines.

Par le langage, les êtres humains ont produit leurs propres récits, qu’ils ont privilégié par rapport à ceux qui provenaient d’autres régions.
Toutes les civilisations sont attachées aux récits qui incarnent leurs cultures, leurs systèmes de connaissances et les manières d’être qu’elles ont créés. Trois événements ont joué un rôle déterminant dans la place qu’ont fini par occuper les sciences humaines dans les universités occidentales : la révolution scientifique, la révolution industrielle et le logicisme [école moderne de pensée mathématique, fondée par le philosophe et mathématicien allemand Friedrich Ludwig Gottlob Frege (1884-1925). Théorie qui consiste à appliquer les lois de la logique à des domaines étrangers à la logique]. La conjugaison des révolutions scientifiques et industrielles a donné naissance au positivisme logique et à la conviction que toute quête de connaissance doit reposer sur une méthodologie scientifique, au risque de perdre validité et pertinence. Cela a eu des conséquences désastreuses pour les héritages intellectuels des sociétés non européennes, généralement présentées comme primitives, non civilisées, païennes et arriérées – point de vue qui a autorisé l’appropriation économique de toutes les ressources de ces sociétés par le biais du colonialisme et de l’esclavage.

QUAND UN RECIT CHASSE L’AUTRE

Le pire des enseignements a consisté à faire des récits de l’Europe (et de l’Arabie) des vérités universelles, et à les substituer pour les supplanter à ceux des sociétés autochtones partout dans le monde. C’est pourquoi les Africains sont ignorants de leur ascendance : ils se servent de noms, de langues, de religions, de sciences et de technologies qui sont ceux des autres, au point d’oublier − et parfois même de haïr − les systèmes de connaissances, manières d’être, valeurs et philosophies qui leur sont propres, et de se perdre dans l’univers des autres.

Cela soulève une série de questions. D’abord, l’industrialisation a conduit à la mondialisation de toutes les formes de réalité. La mondialisation est inévitable, mais on ne voit pas pourquoi elle empêcherait les peuples des Caraïbes de faire appel à leur héritage africain pour trouver le sens et la direction d’une vie civilisée. Il n’est pas nécessaire de s’opposer à la mondialisation, mais chacun peut l’enrichir grâce aux cultures historiques de ses ancêtres.

Ensuite, le plaidoyer en faveur de l’enseignement des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) crée un impératif faussé : à savoir que les autres disciplines, qui apparemment ne procurent pas de bénéfices concrets directs à la société, n’ont guère d’utilité. En Jamaïque et aux Antilles, l’accent a été mis sur les sciences, les technologies et les sciences sociales dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. Des matières comme les beaux-arts, la musique, l’éthique, l’histoire, la culture et le patrimoine voient leur enseignement réduit ou supprimé à tous les niveaux d’éducation, parce qu’elles ne sont pas considérées comme utiles au développement humain.

À l’université des Indes occidentales (UIO), université partagée par dix-sept pays des Caraïbes, cette suprématie accordée aux sciences exactes a pour effet que la Faculté de sciences humaines et d’éducation attire systématiquement moins du quart de la population étudiante, leur contribution au développement national et régional étant sous-évaluée. Plusieurs éditoriaux du quotidien jamaïcain The Gleaner ont exhorté le gouvernement à cesser de financer l’enseignement de l’histoire, des langues, de la philosophie et des arts, pour se concentrer sur des disciplines qui permettraient à la Jamaïque et à l’ensemble de la région de rattraper le premier monde sur le plan technologique. Nul besoin, argue le quotidien, de savoir qui nous sommes, à quelle réalité et société nous appartenons et qui étaient nos ancêtres, il suffit d’atteindre la parité technologique avec l’Occident, et tout ira bien.

Enfin, la troisième question est liée à une santé financière déclinante au niveau national, régional et individuel. L’éducation, notamment en ce qui concerne les sciences humaines, fait généralement les frais des ajustements structurels. Les familles et les individus préfèrent investir dans des disciplines « commercialisables, productives et valorisantes ». Il en va de même des pays qui pensent qu’il faut privilégier l’enseignement des sciences, du génie, de la médecine et des technologies, parce que ces disciplines sont censées améliorer la capacité productive.

IDENTITE ET PATRIMOINE

L’étude des sciences humaines est indispensable à la valorisation, à la configuration et à la projection identitaires d’une société. Une société qui néglige de comprendre, d’apprécier et de disséminer les sciences humaines s’expose aux abus de toutes sortes, à la dégradation de son patrimoine et à l’appropriation de son essence. L’épistémicide [le massacre des systèmes de connaissances ou la destruction des savoirs existants] infligé aux populations africaines sous la forme d’un « syndrome de la valise vide » a conduit à déposséder les Africains du Nouveau Monde de leurs identités et de leur patrimoine, laissant des individus désemparés, désorientés et désaxés. Les incivilités rampantes au sein de la société jamaïcaine en sont l’une des manifestations.

Même si la Jamaïque a toujours dépassé les attentes dans tous les domaines, il y persiste une préférence pour l’euro-occidental. La pensée, au sein de l’UIO, a été la victime des événements historiques relatés par le professeur jamaïcain Errol Miller : la dépendance des économies régionales après l’abolition de l’esclavage et l’affranchissement. C’est pourquoi elle n’a pas su adopter les paradigmes éducatifs salutaires, axés sur l’enseignement des sciences humaines, et n’ayant plus à se soucier des bénéfices immédiatement perceptibles de cet enseignement.

L’UNESCO n’a cessé de jouer un rôle prépondérant dans la poursuite d’un monde plus humain, qui valorise la raison, la réflexion et la diversité. Cependant, compte tenu de la résistance à toute indemnisation des populations qui ont vécu les horreurs de la traite atlantique, soit la pire forme d’inhumanité de l’histoire humaine, il est compréhensible que les pays de la région caraïbe soient réduits à l’état de mendiants, incapables de prendre les décisions qui sortiraient leurs citoyens de la misère.
Cela explique sans doute que la Jamaïque affiche l’un des taux d’homicides les plus élevés du monde, alors qu’elle est le pays natal de Marcus Mosiah Garvey [dirigeant politique jamaïcain, journaliste, éditeur et précurseur du panafricanisme (1887-1940)],  de  Bob  Marley(1945-1981) avec le reggae (genre musical mondialement apprécié] et d’Usain Bolt [sprinteur recordman médaillé des derniers championnats  et  jeux olympiques.)

LA CLE : FORMER DES ENSEIGNANTS

Que faire pour améliorer l’enseignement des sciences humaines en Jamaïque et dans les Caraïbes ? Il faut y renforcer et encourager les projets de formation des enseignants de l’UNESCO, en chargeant l’UIO de montrer la voie par une réflexion sur son rôle dans l’enseignement des sciences humaines.

Il faut créer au sein de cette université un département ou une école d’études philosophiques à part entière, avec pour mission de favoriser la pensée critique dans de nombreuses autres disciplines, comme le commerce, le tourisme, la résolution des conflits et les études environnementales.
Il est important que les sciences humaines soient enseignées dans les établissements d’éducation primaire, secondaire et postsecondaire en Jamaïque et dans la région, parce que c’est dans l’esprit des hommes que se construit la paix. Les genres culturels et musicaux nés en Jamaïque ont influencé le monde entier, mais on n’a guère fait d’efforts pour enseigner et développer ces traditions auprès des jeunes Jamaïcains.

Ces connaissances pourraient être utilisées pour mobiliser leur créativité et assurer leur indépendance économique. Enfin, il est important de comprendre que les sciences humaines sont à la base de toute la production de connaissances, qu’il s’agisse de les conserver, de les stocker, de les collecter, de les diffuser ou de les appliquer. Les pays riches et puissants ne confient pas à d’autres l’éducation de leurs citoyens. De même, les sociétés pauvres et faibles doivent comprendre qu’elles doivent produire elles-mêmes leurs propres récits et assurer la saine transmission de ceux-ci pour le bien de notre humanité collective, y compris dans notre magnifique diversité.

De nationalité jamaïcaine, mais né au Nigéria, John Ayotunde Isola Bewaji est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont The Rule of Law and Governance in Indigenous Yoruba Society – an Essay in African Philosophy (L’État de droit et la gouvernance dans la société indigène yoruba. Un essai de philosophie africaine). Il a dirigé plusieurs publications, comme le Caribbean Journal of Philosophy (CJP).

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LE   POETE AU COEUR DE LA CITE
par Tanella Boni

La poésie, comme toute création artistique, est l’un des piliers des humanités. En empruntant les chemins de l’émotion, de la sensibilité, de l’imagination, elle transmet les connaissances et les valeurs humaines. Mieux : elle forme l’être humain, corps et âme.

L’art ne raisonne pas. Il relève de l’émotion, de la sensibilité, de l’imagination. L’expérience artistique ne renvoie ni à l’argumentation, ni à la vérification, ni à la preuve, puisqu’il ne s’agit pas de connaissance scientifique. Et pourtant, par des voies qui lui sont propres, en dehors des sentiers battus des sciences, l’art joue un rôle primordial dans la formation de l’individu : il transmet la connaissance du monde et des valeurs humaines indispensables pour s’ouvrir à l’Autre. La création artistique établit ainsi des liens très forts entre les humains, par-delà les langues, les croyances et les cultures. C’est pourquoi l’art peut être considéré comme l’un des piliers des humanités.

LE TEMPS DES HUMANITES

Bien présente dans le monde anglophone, les humanities désignent les disciplines littéraires, linguistiques, philosophiques, historiques ou artistiques, dans lesquelles l’ouverture d’esprit et la vie de l’humain sont mises en exergue dans la société. Dans de nombreux pays francophones, le terme est tombé en désuétude ou presque, sauf dans certains milieux universitaires. Cependant, jadis, dans le système éducatif français, on « faisait ses humanités ». Cela signifiait apprendre « ses » classiques, étudier des langues anciennes, lire Homère, Virgile et d’autres auteurs anciens, acquérir une vision aussi large que possible par l’étude des manières d’être, de vivre, de parler des humains appartenant à d’autres civilisations

Ailleurs dans le monde, dans les cultures africaines, par exemple, il existe un équivalent à cet apprentissage de « ses » classiques. C’est le moment de l’initiation, celui où l’on transmet aux jeunes filles et aux jeunes hommes l’héritage des temps anciens, qui permet de vivre au temps présent. C’est le temps des humanités. Chaque époque, chaque culture a ses classiques, ses textes incontournables. Et parmi ceux-là, la poésie a toujours occupé une place de prestige. Toujours, sauf aujourd’hui : nous avons tendance à oublier son existence, dans notre monde désenchanté. J’aimerais m’y attarder précisément pour déjouer cet oubli et montrer comment la poésie fait partie intégrante des humanités.

CE QUE PEUT LA POESIE

Il n’existe pas de société sans poètes. Même si l’acte de création se fait dans la solitude, ils ne vivent pas dans une bulle. Ce ne sont pas des ermites enfermés dans leurs tours d’ivoire, mais des créateurs d’univers qu’ils donnent en partage. Que leurs poèmes soient écrits ou chantés, les poètes jouent un rôle éducatif de première importance. Les philosophes de la Grèce antique n’ont pas manqué de le remarquer. La poésie incarnait à leurs yeux une expérience d’apprentissage, une culture générale précédant toute spécialisation scientifique ou politique. Ils savaient à quel point l’apprentissage d’Homère et d’autres poètes était important pour la formation de l’esprit chez les jeunes Grecs libres (ceux qui n’étaient ni esclaves, ni métèques).

C’est pourquoi Platon s’inquiéta, dans la République, qu’Homère donnât une mauvaise idée des dieux dans ses poèmes, et il finit par bannir les poètes de la cité ! Le reproche qu’il fit au poète tient sans doute tout autant à ce qu’est la poésie qu’à ce qu’elle ne saurait être. Mais qui peut dire, hier comme aujourd’hui, ce qu’est la poésie ? Pour l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, une définition de la poésie comme « l’expression de la beauté par l’intermédiaire de mots combinés avec art », pourrait figurer dans un dictionnaire, certes, mais resterait plutôt « faible ». « Il s’agit de réalités si profondes », ajoute-t-il, « qu’elles ne peuvent s’exprimer qu’au moyen des symboles que tous les hommes ont en partage ».

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A noter qu’Edouard  GLISSANT a  été  directeur  de  cette  publication,  direction  au  cours  de laquelle un numéro  du  Courrier   traitait  de la  Caraibe.

autres  titres :
7 Le journalisme éthique refait la Une AidanWhite

10 Fake news : ce qu’en pensent les journalistes

12 Développer l’esprit critique contre les « infaux » Divina Frau-Meigs

16 Aftenposten versus Facebook : une controverse éclairante Marina Yaloyan avec EgilHansen et Richard Allan

20 Le pari réussi d’une télé en ligne Andrius Tapinas

22 Un phare grâce au Net Carlos Dada

24 Le journalisme d’investigation contre vents et marées Sanita Jemberga

37 L’humanitude ou comment étancher la soif d’humanité Adama Samassékou

Courrier de l’Unesco juillet/septembre 2017 http://unesdoc.unesco.org/images/0025/002523/252318f.pdf</</strong>

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