TOUSSAINT LOUVERTURE, le Spartacus noir …

Toussaint Louverture, le Spartacus noir

Toussaint Louverture, le Spartacus noir

Héros oublié de la Révolution française, homme politique des Antilles, descendant d’esclaves noirs, le personnage de Toussaint Louverture a, à 50 ans passés, joué un rôle historique de premier plan dans la Révolution haïtienne contre les colons blancs en 1791 et engagea l’indépendance de la plus riche des colonies française et de l’hémisphère occidental, devenant ainsi une des grandes figures des mouvements anticolonialiste, abolitionniste et d’émancipation des Noirs. Retour sur la vie de cet ancien esclave noir affranchi qui s’est retrouvé propulsé chef militaire et d’esclaves insurgés.

Qui est Toussaint Louverture ?

François-Dominique Toussaint de Breda, est né vers 1743 dans une plantation sucrière près du Cap-Français sur l’île de Saint-Domingue. On raconte de son vivant, au sujet de ses origines, qu’il aurait été le fils d’un prince africain de l’actuel Bénin. Il sert d’abord comme esclave sur l’habitation Bréda, sur laquelle enfant il bénéficie de la protection du gérant de la plantation, ce qui lui permet de ne jamais travailler dans les champs, mais à l’habitation, auprès de son maître. Il fait partie de la mince catégorie d’esclaves aux maîtres humains et il occupa les fonctions de domestique, de cocher, s’occupe des bêtes… Son maître, le comte de Breda, l’encourage vivement à apprendre à lire et à écrire. Il développe alors une passion pour les livres. Ses lectures eurent une grande influence sur sa vie politique.

Un esclave affranchi

A 33 ans, en 1776 Toussaint est affranchi et prend le nom de l’habitation dont il avait été l’esclave : Bréda. Il prend la tête d’une petite plantation de café sur laquelle travaillent 13 esclaves. Il a donc une situation confortable et fait ainsi partie des anciens esclaves noirs bénéficiant d’une ascension sociale.

Après la Révolution française de 1789 une guerre civile éclate à Saint-Domingue ; les Noirs libres, devenus citoyens français revendiquent l’application de la Déclaration des droits de l’homme. Fin 1791, des commissaires débarquent pour y faire appliquer un nouveau décret qui revient sur l’égalité des droits des hommes de couleur. La guerre menace de se généraliser quand survient un nouvel ordre qui accorde la citoyenneté à tous les libres, mais n’accorde pas encore la liberté aux esclaves. Toute la colonie sombre dans l’anarchie, seuls quelques Blancs et mulâtres résistent dans quelques villes.

La révolte

Toussaint combat aux côtés esclaves révoltés en tant que l’un des principaux organisateurs de la révolte des esclaves, dite Révolution haïtienne, l’unique révolte d’esclave victorieuse de l’histoire. Il tient les rôles de conseiller militaire, organisant une garde disciplinée à l’européenne et celui de médecin grâce à ses talents médicaux et connaissances des herbes médicinales.

En 1794, la législation révolutionnaire ratifie l’abolition de l’esclavage dans tous les territoires français, ce qui détermine Toussaint à rejoindre l’armée française où son commandement à la tête de son armée de 3 à 4000 Noirs, apporte la victoire face aux forces anglaises et espagnoles. On le surnomme « L’ouverture » en raison de son habileté à enfoncer les brèches. Il est promu lieutenant-général. Son nouveau rang le mène à développer des ambitions politiques.

En 1795, les Espagnols vaincus signent la paix avec la France et lui cèdent leur partie de l’île. En août 1798, Toussaint obtient la reddition des Britanniques occupant encore l’ouest de l’île. En juin 1799, Toussaint mène la « guerre du Sud », : conflit entre la « caste » des Noirs (représentés par lui) et la « caste » des Mulâtres. Une guerre est menée contre les mulâtres du Sud dont près de 10 000 meurent. En juillet 1800 il remporte la victoire et envahit la partie espagnole, officiellement française depuis 1795. En février 1801, Bonaparte le nomme capitaine général de Saint-Domingue et il est le premier Noir à devenir gouverneur d’une colonie..

En moins d’une dizaine d’années, Toussaint Louverture, plébiscité par les Noirs et les Blancs, est parvenu à se hisser à la plus haute fonction de Saint-Domingue, celle de premier gouverneur noir d’une colonie. Il met en place un nouvel ordre profitant aux militaires de couleur, surtout aux Noirs.

La révolte contre Bonaparte

À la suite de son coup d’État, Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies. Informé de cela, Toussaint, qui administre son île en toute indépendance, élabore une constitution autocratique qui institue l’autonomie de l’île, reconnaît la liberté générale et le nomme gouverneur à vie proclamant ainsi une société multiraciale noire, blanche et mulâtre. Il signe même des accords commerce avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Toussaint Louverture portrait par Nicolas Eustache Maurin (1838).

Apprenant d’autant plus la prise de possession de la partie espagnole de Saint-Domingue, Napoléon Bonaparte entre dans une grande colère et voit cette constitution comme un affront de trop de Toussaint Louverture. Il est d’autant plus irrité quand il reçoit du gouverneur Toussaint une lettre intitulée :« Du Premier des Noirs au Premier des Blancs »dans laquelle il s’adresse à lui d’égal à égal.

Un héros en Haiti

En réaction Bonaparte envoi un corps expéditionnaire de 17 000 hommes puis un second de 6000 hommes afin de mettre fin à l’émancipation dominguoise. Toussaint dispose de 30 000 hommes, mais malgré leur supériorité numérique, ils sont rapidement vaincus. Au mois de mai 1802, s’avouant vaincu il capitule et est assigné à résidence dans sa propriété dans l’île. Plus tard, il est déporté avec sa famille à en France à Brest et est ensuite emprisonné avec son fidèle serviteur Mars Plaisir au Fort de Joux dans le Doubs, région au climat rude. Il y meurt le  7 avril 1803,  à l’âge de 60 ans.

Saint-Domingue reste sous administration française jusqu’en novembre 1803. Les Noirs se sont à nouveau soulevés sous la conduite de Dessalines ancien lieutenant de Toussaint et Christophe après avoir appris le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe par le général Richepanse. Alors que la France n’abolira l’esclavage qu’en 1848, le 1 janvier 1804, la colonie devient la première république noire sous le nom d’Haïti consacrant sa victoire posthume à Toussaint Louverture l’érigeant en héros national.

Pièce de monnaie à l'effigie de Toussaint Louverture

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Lettre de Toussaint Louverture à Bonaparte

Lettre de Toussaint Louverture à Bonaparte

Découvrez la teneur de la lettre que Toussaint Louverture a adressé à Napoléon Bonaparte quand ce dernier a décidé de rétablir l’esclavage

 

Lettre du « Premier des Noirs » au « Premier des blancs. »


« Citoyen Consul,

Votre lettre m’a été transmise par le citoyen Leclerc, votre beau-frère, que vous avez nommé capitaine-général de cette île : titre qui n’est point reconnu par la constitution de Saint-Domingue. Le même messager a rendu deux enfants innocents aux embrassements et à la tendresse de leur père. Mais quelques chers que me soient mes fils, je ne veux point avoir d’obligation à mes ennemis, et je les renvoie à leurs geôliers.

Les forces destinées à faire respecter la souveraineté du peuple français ont aussi effectué une descente ; elles répandent partout le carnage et la dévastation. De quel droit veut-on exterminer, par le fer et par le feu, un peuple grossier, mais innocent ? Nous avons osé former une constitution adaptée aux circonstances. Elle contient de bonnes choses, comme vous en convenez vous-même ; mais il s’y trouve aussi, dites-vous, des articles contraires à la souveraineté du peuple français. En quoi consiste donc cette souveraineté ? Quelle est son étendue ? Doit-elle être sans mesures et sans limites ?

Saint-Domingue, cette Colonie, qui fait partie intégrante de la République française, aspire, dit-on, à l’indépendance. Pourquoi non ? Les Etats-Unis d’Amérique ont fait comme nous ; et avec l’assistance du gouvernement français, ils ont réussi à consolider leur liberté. Mais, répondez-vous, il y a des défauts dans votre constitution. Je le sais. Quelle institution humaine en est exempte ? Néanmoins, je suis persuadé que le système que vous avez adopté pour votre République, ne peut garantir, d’une manière plus certaine, la liberté individuelle ou politique, la liberté de la presse ni les droits de l’homme. Le poste élevé que j’occupe n’est pas de mon choix ; des circonstances impérieuses m’y ont placé contre mon gré. Je n’ai pas détruit la constitution que j’avais juré de maintenir. Je vis cette malheureuse île en proie à la fureur des factieux. Ma réputation, ma couleur, me donnèrent quelque influence sur le peuple qui l’habite ; et je fus, presque d’une voix unanime, appelé à l’autorité. J’ai étouffé la sédition, apaisé la révolte, rétabli la tranquillité ; j’ai fait succéder le bon ordre à l’anarchie ; enfin, j’ai donné au peuple la paix et une constitution. Citoyen Consul, vos prétentions sont-elles fondées sur des titres plus légitimes ? Si le peuple ne jouit pas ici de toute la liberté qu’on trouve sous d’autres gouvernements, il en faut chercher la cause dans sa manière de vivre, dans son ignorance et dans la barbarie inséparable de l’esclavage. Le gouvernement que j’ai établi pouvait seul convenir à des malheureux à peine affranchis du joug oppresseur ; il laisse, en plusieurs endroits, prise au despotisme, nous n’en saurions disconvenir ; mais la constitution de la France, cette partie la plus éclairée de l’Europe, est-elle tout à fait exempte de ces inconvénients ? Si trente millions de Français trouvent, comme je l’entends dire, leur bonheur et leur sécurité dans la Révolution du 18 brumaire, on ne devrait pas m’envier l’amour et la confiance des pauvres noirs, mes compatriotes. La postérité décidera si nous avons été obéis par affection, par apathie ou par crainte.

Vous offrez la liberté aux noirs en disant que, partout où vous avez été, vous l’avez donnée à ceux qui ne l’avaient pas. Je n’ai qu’une connaissance imparfaite des événements qui ont eu lieu récemment en Europe, mais les rapports qui me sont parvenus ne s’accordent pas avec cette assertion. La liberté dont on peut jouir en France, en Belgique, en Suisse, ou dans les républiques Batave, Ligurienne et Cisalpine, ne satisferait jamais le peuple de Saint-Domingue. Nous sommes loin d’ambitionner une pareille indépendance.

Vous me demandez si je désire de la considération, des honneurs, des richesses. Oui, sans doute ; mais je ne veux point les tenir de vous. Ma considération dépend du respect de mes compatriotes, mes honneurs de leur attachement, ma fortune de leur fidélité. Me parle-t-on de mon agrandissement personnel dans l’espoir de m’engager à trahir la cause que j’ai embrassée ? Vous devriez apprendre à juger des autres par vous-même. Si le monarque qui sait avoir des droits au trône sur lequel vous êtes assis, vous commandait d’en descendre, que répondriez-vous ?… La puissance que je possède est aussi légitimement acquise que la vôtre ; et la voix unanime du peuple de Saint-Domingue peut seule me forcer à l’abandonner. Elle n’est point cimentée par le sang. Les hommes cruels, dont j’ai arrêté les persécutions ont reconnu ma clémence. Si j’ai éloigné de cette île certains esprits turbulents qui cherchaient à entretenir le feu de la guerre civile, leur crime a d’abord été constaté devant un tribunal compétent, et enfin avoué par eux-mêmes. Est-il quelqu’un d’entre eux qui puisse dire avoir été condamné sans être entendu ? Cependant, ces mêmes hommes vont revenir encore une fois ; ils vont déchaîner de nouveau les assassins de Cuba pour nous dévorer, et ils osent prendre le nom de chrétiens. Pourquoi vous étonnez-vous de ce que j’ai protégé la religion et le culte du Dieu créateur de toutes choses ! Hélas ! j’ai toujours honoré et glorifié cet être plein de douceur, dont la parole sacrée n’a que depuis peu trouvé grâce auprès de vous. C’est dans son appui que j’ai cherché ma consolation au milieu des périls ; et jamais je n’ai été trompé dans mes espérances. Je suis, dites-vous, responsable devant lui et devant vous des massacres qui se commettent dans cette île infortunée ; j’y consens. Que notre sort dépende de sa justice ! qu’il décide entre moi et mes ennemis, entre ceux qui ont violé ses préceptes et abjuré son saint nom, et l’homme qui n’a jamais cessé de l’adorer.

Signé : TOUSSAINT LOUVERTURE, mi-février 1802

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Lucien Degras, figure de la recherche et du monde agricole

Ce samedi marque la disparition de Lucien Degras, chercheur émérite et passionné du jardin créole. Il avait 90 ans.

© Rodrigue Lami
© RODRIGUE LAMI
  • Guadeloupe 1ère
  • Publié le , mis à jour le 
Lucien Degras, agronome, généticien, ethnobotaniste… La nature a été son terrain de jeu et de recherche durant toute sa carrière. Lucien Degras, est décédé.
Né en Martinique, en 1927, Lucien Degras a été l’un des co-fondateurs du centre INRA (Institut national de la recherche agronomique) des Antilles et de la Guyane.

Une vocation d’enseignant, il devient chercheur

Une carrière qui a fait de lui une référence dans le milieu… Un chemin qui n’était pourtant pas tout tracé… Lors de ses études, au lycée Schoelcher, à Fort-de-France, il appréciait la poésie et la littérature. Ses professeurs le destinaient d’ailleurs à des études de philosophie. Lui, se voyait plutôt enseignant.
Il obtient son Baccalauréat en 1947 et embarque à bord du premier bateau emmenant des étudiants dans l’Hexagone, après la Seconde Guerre mondiale.
La guerre de 14-18 qu’il a vécu à distance et son impact sur les Antilles. « Nous avons connu le manque de nourriture… Nous faisions la queue le matin à partir de 4 heures pour avoir droit à une tranche de peau de bœuf de 10 centimètres sur 20 qui tenait lieu de viande. Nous avons mangé durant tout un mois, matin, midi et quelquefois le soir, des bananes vertes, cuites dans de l’eau de mer. Il n’y avait pas de sel. Cette période a été physiquement et physiologiquement très dure et je ne pesais pas lourd » confiait-il en 2008 dans une interview réalisée pour l’INRA.
Lucien Degras, arrive donc à Montpellier où il suit des études de Sciences naturelles, des cours de génétique végétale et de cytologie (l’étude des cellules isolées).

Ses débuts en Afrique

A l’âge de 23 ans, jeune marié, il s’envole pour la Guinée. Durant 5 années, il est responsable du réseau de recherche en matière d’amélioration du riz en milieu inondé pour l’ensemble de l’Afrique occidentale française à l’ORSTOM, l’Office de la recherche scientifique et technique outre-mer.
En 1958, il est interdit de séjour en Afrique, l’époque « de l’effervescence pour l’indépendance africaine -le référendum franco-africain, la sécession de la Guinée » explique t-il. Son amitié avec un syndicaliste est vue d’un mauvais oeil.

L’agriculture et la recherche étroitement liées

Il retourne donc à l’INRA, à Paris, jusqu’en 1964, où il obtient sa mutation aux Antilles. Lucien Degras est « bombardé » directeur de station d’amélioration des plantes, selon ses propres termes. Une fonction qu’il occupe durant 17 ans, de 1964 à 1981.
Après une année sabbatique, il regagne son laboratoire, travaillant sur les plantes vivrières jusqu’à son départ à la retraite, en 1994.
Il est aussi le créateur en 1992 de l’association Archipel des sciences, dont il a été l’un des fers de lance jusqu’en 2007.
Les ouvrages du chercheur font autorité dans le milieu des spécialistes. Ils lui ont valu plusieurs distinctions venues du Japon à la Côte-d’Ivoire en passant par Trinidad ou Cuba.

L’igname, son cheval de bataille

En 1986, il écrit L’Igname, plante à tubercule tropicale, Techniques agricoles et productions tropicales. Un ouvrage référence dans le monde agricole, de 400 pages, traduit également en anglais. Pour Lucien Degras, l’igname doit être une plante de base de notre alimentation. Elle correspond à tout un ensemble culturel et rituel très important couvrant toute l’Afrique occidentale humide ou à peu près, région d’où l’Europe a prélevé la majorité des esclaves pour les Antilles.
« On trouve dans toute la Caraïbe, dans toutes les régions tropicales humides américaines, comme une révérence pour l’igname sans que l’on puisse bien dire pourquoi. En fait, c’est qu’elle correspond à tout un ensemble culturel et rituel très important… couvrant toute l’Afrique occidentale humide ou à peu près, région d’où l’Europe a prélevé la majorité des esclaves pour les Antilles. Il s’ensuit une résonance culturelle considérable. Travaillant sur cette plante qui m’avait paru très originale sur le plan biologique, j’avais l’impression de permettre vraiment une avancée considérable dans sa connaissance scientifique et agronomique, tout en épousant une valeur socio-culturelle » précise t-il.

Le jardin créole, pan de notre patrimoine

Dans son dernier ouvrage, Le jardin créole,  il présente cet espace représentatif du mode de culture traditionnel des Antilles-Guyane  comme un élément à part entière de notre patrimoine. Un patrimoine agricole et culturel dans lequel les plantes cultivées manuellement y sont associées.
« C’est assez significatif que mon nom Degras, qui provient du vieux créole où il se dit Dégras, signifie “défrichement pour la préparation des jardins traditionnels”. J’ai appris cela sur le tard lorsque je me suis intéressé aux jardins créoles. J’étais donc déjà “marqué” sans le savoir pour m’occuper de jardins créoles » disait-il avec humour.

https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/lucien-degras-figure-recherche-du-monde-agricole-est-decede-538071.html

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Philippe Pilotin

Mardi 5 décembre 2017, cela fera 4 ans que le docteur et homme politique Pierre Aliker nous a quittés.

Pierre Aliker (né le 9 février 1907 au Lamentin en Martinique et mort le 5 décembre 2013 à Fort-de-France à l’âge de 106 ans1) est un médecin et un homme politique français de Martinique partisan de l’autonomie de son île. Il est aussi cofondateur du Parti progressiste martiniquais. Étudiant en médecine, Pierre Aliker est le premier Martiniquais interne des Hôpitaux de Paris. En 1938, titulaire d’un doctorat en médecine, spécialiste en chirurgie, il retourne en Martinique et exerce le métier de chirurgien.

Il est le frère cadet d’André Aliker (1894-1934), journaliste du journal Justice, assassiné en 1934 dont il portait le deuil en s’habillant symboliquement de blanc.

En 1945, il s’engage en politique auprès d’Aimé Césaire, et figure sur la liste communiste conduite par ce dernier aux élections municipales à Fort-de-France. Aimé Césaire remporte brillamment les municipales et devient maire de Fort-de-France en 1945. Pierre Aliker devient logiquement l’un de ses adjoints.

Le 28 mars 1958, Pierre Aliker fonde avec Aimé Césaire un nouveau parti politique, le PPM (Parti progressiste martiniquais) dont le mot d’ordre est une région Martinique autonome dans un ensemble français décentralisé. Pierre Aliker devient le vice-président du PPM, fonction qu’il occupera jusqu’au 17e congrès du parti en 2005.

Pierre Aliker est premier adjoint au maire de Fort-de-France de 1957 à 2001.

Il est conseiller général du canton 3 de Fort-de-France de 1958 à 1970.

Pierre Aliker est également à l’origine du SICEM (Syndicat intercommunal du Centre de la Martinique) qu’il présidera de 1997 à 2001. Le SICEM devient le 27 décembre 2000 la CACEM (Communauté d’agglomération du Centre de la Martinique).

En mars 2001, après avoir dirigé la ville de Fort-de-France durant 56 ans, Aimé Césaire et Pierre Aliker annoncent qu’ils ne brigueront pas de nouveaux mandats et soutiennent Serge Letchimy, candidat PPM aux élections municipales de 2001, qui devient le nouvel édile.

Pierre Aliker a été le bras droit d’Aimé Césaire à la mairie de Fort-de-France pendant plus d’un demi-siècle. Lorsqu’on lui demande les raisons de la longévité de cette collaboration, il explique que c’est parce que nous avons comme étoile polaire une citation de Karl Marx qui dit : « Il ne faut jamais permettre que l’intérêt général soit noyé dans les eaux glacées des intérêts privés ».

Le 9 février 2007, pour ses 100 ans, la municipalité de Fort-de-France décide de baptiser le stade de Dillon à Fort-de-France (16 000 places), Stade Pierre Aliker, lui rendant ainsi hommage.

Le 20 avril 2008, dans le stade portant son nom, il rend un dernier et poignant hommage à son ami et compagnon de lutte, Aimé Césaire, lors des obsèques de ce dernier, et rappelle dignement, en présence du Président de la République et de nombreux ministres, que « les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises, ce sont les Martiniquais », recueillant une pluie d’applaudissements. Après son vibrant discours, il a été salué par une ovation debout.

Le 31 janvier 2009, quelques jours avant son 102e anniversaire, il épouse Marcelle Landry (1929-2011), une infirmière rencontrée soixante ans plus tôt et avec laquelle il vivait depuis3. Celle-ci meurt chez elle à Redoute, le 1er avril 2011 à l’âge de 82 ans.
Le 27 octobre 2013, il est hospitalisé à la suite d’une chute à son domicile. Il meurt un mois plus tard le 5 décembre 2013 à l’hôpital de Fort-de-France à l’âge de 106 ans. Le docteur Pierre Aliker qui est considéré comme un sage, un exemple pour les nouvelles générations a une devise qu’il défend avec acharnement, « les Martiniquais doivent viser l’excellence » dans tout ce qu’ils entreprennent et se garder de se complaire dans la médiocrité, ne jamais se contenter de l’à-peu-près ou du « I bon kon sa ».

Il rappelait souvent le conseil de Boileau : « Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez. »

Appel à financement participatif par Guy Deslauriers

Césaire : La liberté face au dogme. Film documentaire en production

nous faudra avoir la patience de reprendre l’ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait; la force d’inventer au lieu de suivre; la force « d’inventer » notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent…

Comment Louis Aragon et Aimé Césaire deux des plus grands poètes du XXe siècle, en sont-ils venus à s’opposer au point d’arriver à un point de rupture irréparable ? L’un adhère au Parti communiste en 1930, l’autre en 1935. Césaire démissionne du PCF en 1956, à cause notamment des révélations du rapport Khrouchtchev, mais Aragon garde le silence et restera au parti jusqu’à sa mort. Cependant l’opposition des deux hommes n’est pas d’abord un différend politique sur fond de déstalinisation. La rupture entre eux est plus ancienne, plus profonde et s’ancre dans un contexte historique de décolonisation qui a pris la forme d’une tentative colonisation culturelle de l’un par l’autre. De plus, Césaire trouve cocasse de recevoir une leçon de prolétariat de la part d’un bourgeois français, lui qui passe la majeure partie de son temps à régler des problèmes de santé publique ou d’assainissement de l’eau, aussi bien comme député de la Martinique que comme maire de Fort-de-France. Mais plus profondément, Césaire n’accepte pas cette mise sous tutelle de l’imaginaire antillais sous le joug culturel français, fût-il communiste. Un troisième homme, l’écrivain René Depestre (au cœur de cet affrontement pour avoir adhéré à la thèse d’Aragon avant de rallier celle de Césaire) sera le grand témoin par lequel ce récit nous sera livré. C’est lui qui nous dévoilera tous les détails de cette histoire. Il en sera la mémoire vive, la vision singulière et portera la charge émotionnelle que comportera ce récit. Césaire, la liberté face au dogme, permet donc de raconter cette célèbre controverse qui a opposé Césaire et Aragon dans ces années 50 et à laquelle ont pris part de nombreux écrivains, dont René Depestre, Léon-Gontran Damas, Léopold Sedar Senghor…etc. Les arguments développés par le poète antillais à l’occasion de cette controverse furent les mêmes, dans la lettre qu’il adressera à Maurice Thorez au moment de sa démission du PCF, pour affirmer la liberté des peuples nègres face au dogme centralisateur. Ce moment historique constitue à lui seul un temps décisif de la conscience des départements français d’Amérique et de beaucoup d’anciennes colonies françaises.

Lorsque l’on déroule son histoire, Aimé Césaire semble avoir eu mille vies dont certains pans manquent ou se trouvent tronqués. Ces moments-là (dont cette histoire fait partie) rappellent la puissance de la vision de l’homme, sa liberté totale et la force de son destin. Ces moments, tellement précieux pour notre compréhension du monde d’aujourd’hui, ne seront jamais suffisamment racontés.

Ce projet est enfin confronté à une urgence de production afin de pouvoir être terminé au début de l’année 2018, année qui marquera le 10ème anniversaire de la disparition du poète ; année tout au long de laquelle le documentaire pourra être projeté et faire l’objet de débats et discussions à l’issue de sa diffusion. Les contributions sollicitées pour ce projet serviront à acquérir une large partie des très nombreuses archives visuelles et sonores dont cette œuvre a besoin pour exister pleinement. En contrepartie de leur soutien financier il est proposé aux contributeurs :

-D’être mentionnés et remerciés au générique du film.

-D’être invités à une projection de présentation.

-De recevoir un DVD de l’œuvre réalisée. Merci à chacune et à chacun pour sa contribution et pour sa confiance.

Guy Deslauriers

Kreyolimages

LA GUERRE A COLBERT ET AUTRES

Le CRAN appelle à débaptiser les rues Colbert et à déboulonner ses statues

A l’initiative de Louis-Georges Trin, président du Cran, et du philosophe Louis Sala-Molin, plusieurs personnalités demandent que le nom de Colbert, ministre de Louis XIV et acteur de la légalisation de l’esclavage, soit retiré de l’espace public.

La statue de Jean-Baptiste Colbert et Louis-Georges Tin, président du Cran © Leemage - JEAN-PIERRE MULLER / AFP
© LEEMAGE – JEAN-PIERRE MULLER / AFP La statue de Jean-Baptiste Colbert et Louis-Georges Tin, président du Cran
  • La1ère
  • Publié le , mis à jour le 
Louis-Georges Tin, le président du Cran, le Conseil représentatif des associations noires de France s’insurge qu’aujourd’hui en France des collèges, des lycées ou encore des rues puissent porter le nom de Colbert, un homme, selon lui,  « acteur de la légalisation de l’esclavage »et « coupable de crime contre l’humanité ».

Au mois d’août dernier, Charlottesville dans l’Etat de Virginie, est devenu le théâtre d’une importante manifestation rassemblant l’extrême droite américaine, des néo-nazis aux membres du Ku Ku Klan. « Rares sont ceux qui ont évoqué ce problème dans le contexte français » s’insurge Louis-Georges Tin, dans une tribune publiée dans le Monde ce dimanche. Il estime que « la question des emblèmes de l’esclavagisme se pose également dans notre pays ».

Le Cran réclame le remplacement de ce qu’il appelle « les statues de la honte », comme celle de Jean-Baptiste Colbert, auteur du Code Noir, à l’Assemblée nationale, par des figures de personnalités ayant lutté contre l’esclavage et le racisme. Et le président du Cran d’énumérer les noms de rues portant des noms comme Balguerie et Gradis à Bordeux, Grou et Leroy à Nantes ou encore Masurier et Lecouvreur au Havre.

Conscient de ne pouvoir demander à la France de modifier tous les symboles liés à l’esclavage dans l’espace public, Louis-Georges Tin affirme néanmoins que l‘ »on ne peut pas non plus ne rien faire, en restant dans le déni et dans le mépris, comme si le problème n’existait pas. Entre ceux qui disent qu’il faut tout changer et ceux qui disent qu’il ne faut rien changer, il y a probablement une place pour l’action raisonnable. »

Le président du Cran propose de se concentrer sur les collèges et les lycées Colbert. « Parce que le ministre de Louis XIV est celui qui jeta les fondements du Code noir, monstre juridique qui légalisa ce crime contre l’humanité. Et le président du Cran d’ajouter, « Colbert est aussi celui qui fonda la Compagnie des Indes occidentales, compagnie négrière de sinistre mémoire. »

Certaines rues des principaux anciens ports négriers de l’Hexagone ont conservé les noms des acteurs de la traite des Noirs au XVIIIe siècle.

Nicolas Enault
France Télévisions
Mis à jour le 26/08/2017 | 15:06
publié le 26/08/2017 | 0

 

« Nos héros sont aussi des bourreaux. » Près de 170 ans après l’abolition définitive de l’esclavage en France, des acteurs du commerce négrier sont encore honorés dans les rues de certaines grandes villes de métropole. Aux Etats-Unis, le débat sur le déboulonnement des monuments en hommage aux personnages illustres des Etats confédérés (les Etats du Sud, qui étaient favorables à l’esclavage) se poursuit. Et ce après le rassemblement de plusieurs factions de l’extrême droite à Charlottesville, qui s’est terminé par la mort d’une contre-manifestante, tuée par James Fields, un sympathisant néonazi.

En France, en 2014, la Fondation du mémorial de la traite des Noirs, une association bordelaise dirigée par l’écrivain franco-sénégalais Karfa Diallo, avait lancé une campagne intitulée « Rebaptisez les rues de négriers » à la veille des élections municipales dans les villes portuaires qui ont joué un rôle dans le commerce triangulaire. La fondation avait ainsi listé une cinquantaine de rues portant des noms d’armateurs négriers à Bordeaux, La Rochelle, Le Havre, Marseille et Nantes. Ces hommes, qui ont fait fortune dans la traite des esclaves, ont souvent eu de grandes carrières politiques et étaient, pour la plupart, issus de puissantes familles qui ont donné leur nom à des artères de leur ville d’origine. Pour l’association, il ne s’agissait pas de « jeter l’opprobre sur des municipalités ou des familles entières, mais plutôt d’engager un travail de mémoire apaisé, loin de toute repentance ». La campagne n’avait pas été suivie d’effets concrets.

Nous avons représenté sur cinq cartes les avenues, rues et places de ces villes qui, selon la Fondation du mémorial de la traite des Noirs, portent encore les noms de ces négriers.

Bordeaux : 21 rues

Dans la capitale de la région Nouvelle-Aquitaine, on trouve 21 rues portant de noms de personnalités qui ont joué un rôle dans le commerce triangulaire. C’est le cas, par exemple, de la rue Saige, baptisée en l’honneur de François-Armand de Saige, maire de Bordeaux entre 1790 et 1793. Lui-même n’était pas négrier, mais il était issu d’une célèbre famille qui avait pratiqué la traite négrière. Interrogé en 2014, l’adjoint en charge de la diversité à la mairie de Bordeaux estimait que débaptiser les rues était « trop complexe ». Par ailleurs, il ne voulait pas « stigmatiser les descendants » de certaines familles.

 

Nantes : 8 rues

Dans la capitale de la région Pays de la Loire, huit rues ont été épinglées par la Fondation du mémorial de la traite des Noirs. La rue Guillaume-Grou, par exemple, honore un négociant et armateur local dont la fortune se constitua grâce à la traite négrière au XVIIIe siècle. Si la mairie n’a pas souhaité débaptiser ces rues, elle a inauguré en 2012 un Mémorial de l’abolition de l’esclavage et créé un « parcours urbain » sur ce thème.

 

Marseille : 5 rues

A Marseille, cinq rues ont été pointées par la Fondation du mémorial de la traite des Noirs. L’une d’entre elles porte le nom de Colbert, en l’honneur du célèbre ministre de Louis XIV, qui fut notamment secrétaire d’Etat à la Marine. Mais l’homme politique est aussi celui qui élabora la première mouture du Code noir, un texte destiné à donner un cadre juridique à l’exercice de l’esclavage dans les Antilles françaises.

 

La Rochelle : un square

A La Rochelle, un square honore une des plus grandes familles d’armateurs locaux, les Rasteau. Leurs activités de négoce étaient multiples, et la traite des Noirs en faisait partie. En 1783, ils armèrent par exemple le navire La Rosalie, dont les cales étaient chargées de 573 esclaves.

 

Le Havre : une rue

La rue Jules-Masurier, au Havre, honore la mémoire de cet armateur qui participa à la traite des Noirs jusqu’en 1862, soit quarante-sept ans après son abolition en France. L’affaire éclata au grand jour lorsqu’un de ses navires fut incendié volontairement à Cuba. Le scandale avait à l’époque contraint Jules Masurier à démissionner de la Chambre de commerce du Havre, mais ne l’empêcha pas de prendre la tête de la mairie quelques années après, de 1873 à 1878.

 

LA  REPONSE  DU Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage

 

Quand la guerre des mémoires éradique l’Histoire

Nous sommes concernés par les prises de position récentes autour de la demande de débaptiser les lieux publics du nom de Colbert, à partir d’un argumentaire qui met l’accent sur le fait que le nom de Colbert est lié à deux piliers du système esclavagiste colonial de l’Ancien Régime, le Code noir pour la théorie, et les Compagnies de commerce pour la pratique. Cette demande est portée, notamment, dans une pétition dont les initiateurs principaux sont Louis-Georges Tin, du C.R.A.N, et Louis-Sala Molins  philosophe  et  professeur des universités.

Nous ne sommes pas favorables à cette demande, sur le fond et sur la forme.

Des faits discutables.

Relevons quelques erreurs et incohérences dans l’argumentaire. L’Edit sur la police des esclaves, ultérieurement vulgarisé sous le nom de Code Noir, qui porte le nom de Colbert, date de mars 1685. Or, Jean-Baptiste Colbert, celui qui est célébré au fronton des bâtiments publics, est mort deux ans plus tôt, en 1683. Le Colbert de l’Edit est son fils, Colbert de Seignelay.

En revanche, Jean-Baptiste Colbert est bien celui qui a restructuré la Compagnie des Indes, en regroupant toutes les compagnies antérieures en deux secteurs géographiques, Orient et Occident.

Réformateur, et non fondateur, puisque toutes les compagnies pratiquant le commerce colonial, et notamment la traite des esclaves, existaient bien avant qu’il n’occupât  le ministère du Commerce.

Enfin, il est surprenant de s’offusquer de la contradiction entre le nom de Colbert et la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité », puisqu’il existe un décalage de plus d’un siècle entre les deux. La Révolution française, en célébrant Vauban, Turenne, ou Jean Bart, grands serviteurs de la monarchie, n’a pas manifesté une telle passion éradicatrice.

Il faut être attentifs aux contextes croisés.

Il faut élargir le propos. Le problème réside dans la confrontation entre deux mises en contexte. Si la tâche primordiale de l’historien est la contextualisation, celle-ci présente une double dimension, savoir replacer un acteur dans son époque, et tenir compte de la demande actuelle de fractions de nos concitoyens qui s’estiment légitimement victimes d’une action entreprise dans un passé révolu. En l’occurrence, reconnaître chez Colbert à la fois la volonté de rationaliser un mode de production esclavagiste qui n’était guère contesté à son époque, et le souci du service public ; et admettre que les esclaves et leurs descendants sont les victimes d’un crime contre l’humanité, pour lequel l’Etat français porte une lourde part de responsabilité.

Oublier ou déformer le passé conduit à une impasse tragique.

La façon de régler un problème d’éducation et d’intégration est-il d’effacer les traces laissées par l’Histoire dans notre patrimoine commun ? Nous répondons par la négative. L’abbé Grégoire en son temps, franc républicain et ami des Noirs, avait fermement condamné le vandalisme qui consiste à détruire les traces symboliques du passé monarchique et féodal. Le même problème se pose aux Etats-Unis avec les statues des généraux sudistes, en Europe de l’Est avec les nombreuses empreintes du régime totalitaire.

Condamner le passé à l’oubli, outre le risque de le revivre, témoigne d’une conception héroïque de l’Histoire. Un personnage public n’est pas monolithique, prisonnier pour la postérité d’une seule action, enfermé dans une image univoque. Il est complexe et contradictoire, comme le réel. Sortons de cette vision manichéenne, qui oppose tout d’un bloc les héros et les salauds. Substituer des figures héroïques à d’autres qui auraient failli ne changera rien au problème, car nous savons bien que Toussaint-Louverture, ou Louis Delgrès, portaient aussi les contradictions de leur temps et de leur condition. Décapiter la statue de Joséphine relève de la magie, et non de la pédagogie.

Alors, que faire ?

Essayons de manier la plume, plutôt que de brandir les ciseaux ou le burin. Nous préconisons une pédagogie plurielle et collective. L’enseignement de l’Histoire est certes central dans la construction d’un récit critique commun ; mais il faut beaucoup de temps et de patience pour retisser une trame rompue, et pour combattre les mythologies et les approximations véhiculées par la désinformation en réseaux. Les collectivités publiques peuvent contribuer à répandre les informations historiques indispensables au moyen de panneaux explicatifs, ou de brochures, à l’abord des monuments publics, ou bien aider les musées et les archives à organiser des expositions, des conférences pour le grand public.

Paris, le 16 novembre 2017

un clown nommé chocolat

 Un siècle après le clown Chocolat, les acteurs noirs sur scène

« Être artiste, c’est ouvrir une brèche ». Cette réplique, tirée du film Chocolat, s’adresse à Rafael Padilla, qui, au début du XXe siècle, connaît un grand succès populaire en incarnant le clown Chocolat. Considéré comme l’un des premiers artistes noirs de la scène française, quel sillon a-t-il creusé en plus d’un siècle ? Pour le réalisateur Roschdy Zem, qui s’est saisi du destin de ce personnage oublié, « l’histoire du clown Chocolat montre que l’on [peut]disparaître sans laisser de traces » (lire p. 17). Et si la fiction de 2016 s’éloigne à certains égards, et de manière problématique, de ce que l’on sait du vécu de ce personnage (lire p. 16) c’est bien la détermination de cet homme que Roschdy Zem a cherché à inscrire dans le récit national français.
Un homme qui, au temps des colonies et des Expositions universelles, était devenu un artiste noir reconnu, évoluant dans le milieu bourgeois majoritairement blanc du spectacle français et entretenant une relation amoureuse avec une femme de ce cercle fermé. Rafael Padilla faisait alors voler en éclat nombre de barrières sociales et raciales bien instituées. « Cette histoire est celle de quelqu’un qui cherche à se libérer » des carcans essentialisant, affirme aussi Yann Gaël qui a joué le clown Chocolat dans une mise en scène de Marcel Bozonnet (lire p. 10).
Briser les frontières racialisées
Si l’histoire de Chocolat, montrée au grand public aujourd’hui, nous interpelle, c’est bien parce qu’elle survient après un an de débats tumultueux. De la pièce Exhibit B du Sud-Africain Brett Bailey, au lancement de la formation Ier Acte en passant par la pièce Othello devant être jouée à l’Odéon par Philippe Torreton. Ces controverses n’ont pas forcément de liens entre elles, pourtant « elles ont en commun de soulever la question de la présence des artistes noirs de France et de leur image sur
les scènes contemporaines des théâtres subventionnés »
, nous rappelle Sylvie Chalaye (lire p. 10). « Le théâtre est encore dans un ghetto »« Sur les tréteaux ça manque de couleur »« le théâtre français est-il raciste ? » ont pu alors titrer, récemment, des
journaux quotidiens. « La France que je connais n’existe pas » dans les écrans et sur les planches, assène aussi Roschdy Zem. De fait, on constate encore aujourd’hui une faible représentation des minorités sur scène et l’entretien d’une essentialisation dans la distribution des rôles, cantonnant notamment les artistes noirs dans un imaginaire de la marge, de l’éternellement Autre. Bien sûr, des individualités contredisent cela mais c’est bien l’imaginaire persistant et qui s’abat comme un mur à la pleine ouverture du théâtre français que l’on questionne dans ce numéro d’Afriscope.
Et ce, à partir d’initiatives qui se battent contre ces logiques excluantes. Le label Jeunes textes en liberté (lire p. 12) propose des cycles de lecture de créations, dans et hors des théâtres, sur la thématique des frontières réelles ou fantasmées, en s’attachant à mettre en avant la diversité culturelle, sexuelle, sociale de leurs auteurs. Le collectif Décoloniser les imaginaires (lire p. 10), lui, interroge plus précisément la production, la diffusion et la reconnaissance des propos sur l’histoire de France intégrant pleinement son passé colonial et postcolonial. Nommer les frontières pour les déconstruire et rendre possible la rencontre, celle qui produit de « l’imprévisible » et peut renouveler, loin des exclusions et des crispations identitaires, les imaginaires

///Article N° : 13413

Les images de l’article

© rené vincent

CYPARIS et L’ERUPTION de la MONTAGNE PELEE (en BD)

Cyparis et l’éruption de la montagne Pelée en Martinique en BD [INTERVIEW]

Les éditions La Boite à bulles viennent de publier une bande dessinée tout public sur l’éruption de la montagne Pelée en 1902 qui a ravagé Saint-Pierre en Martinique. La1ère a interviewé l’auteur Lucas Vallerie. Il retrace cette histoire à travers différents personnages dont le fameux Cyparis.

© La Boîte à bulles
© LA BOÎTE À BULLES
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le 
La1ère : pourquoi vous êtes-vous intéressé l’histoire de Cyparis ?
Lucas Vallerie : C’est une histoire que tout le monde connaît ici en Martinique, à l’école on va visiter son cachot et les ruines de Saint-Pierre. C’est un héros, ou plutôt un anti-héros local, assez méconnu du reste du monde, il a pourtant été l’un des premiers noirs célèbre des Etats-Unis à cause de sa tournée avec le Cirque Barnum & Bailey’s en 1903 en tant que Freaks.

Quel est votre lien avec la Martinique ?
J’y ai passé une partie de ma scolarité, collège, lycée, l’adolescence, des belles années ! J’y ai rencontré ma femme et certains de mes meilleurs amis. Ma petite sœur y est née ainsi que mes deux enfants pendant la conception du livre.

Lucas Vallerie © Boite à bulles
© Boite à bulles Lucas Vallerie

On habitait à Bruxelles avec ma femme quand on y est retournés en vacances voir ses parents. En rentrant, je voulais raconter un peu la Martinique sur mon blog BD dont l’ascension de la Pelée. Une petite note d’histoire s’imposait avec l’éruption, la destruction de Saint-Pierre et bien sûr, l’étonnant destin de Louis-Auguste Cyparis.

Je voulais juste faire quelque chose de court et puis en me documentant, j’ai commencé à rallonger, rallonger, découper en feuilleton, en chapitres, j’ai commandé tous les bouquins que je pouvais trouver sur le sujet qui m’a passionné, c’était l’éruption dans la tête, j’y ai passé des nuits blanches et quand je dormais, j’en rêvais encore !

Alors il fallait faire quelque chose, j’ai conçu un dossier que j’ai envoyé à plusieurs éditeurs, un seul m’a répondu positivement : La Boîte à Bulles. On a réaménagé en Martinique pour être au cœur de l’action, je n’aurais jamais pu la faire ailleurs cette BD et c’était parti pour quatre ans de boulot ! Aujourd’hui, nous y vivons encore avec nos deux garçons !

D’où vient ce personnage de la nièce de métropole ? A-t-elle réellement existé ?
Non, la nièce et son oncle sont deux personnages fictifs. La nièce me sert à faire visiter Saint-Pierre et les environs sous un œil ingénu aux lecteurs qui ne connaissent pas la Martinique. Et puis c’est un peu mon histoire aussi, venu de métropole, qui tombe amoureux de la Martinique. Il y a néanmoins très peu de personnages fictifs, j’ai essayé de coller le plus possible à la réalité.

Le contexte politique est-il exact ? Des élections ont rendu aveugles les hommes politiques au point qu’ils n’ont pas réalisé l’importance de l’éruption à venir.
Oui, tout à fait. C’est exact. C’était important de raconter ça. Il y a eu beaucoup de rumeurs qui circulaient. On racontait que le Gouverneur de l’époque Louis Mouttet avait fait venir l’armée pour empêcher les gens de fuir. C’est complètement faux ! Le Maire de Saint-Pierre avait fait appel à lui pour avoir des forces de maintien de l’ordre car cela commençait à devenir le chaos.  Certains fuyaient, d’autres arrivaient des villages alentour pour se réfugier à Saint-Pierre, ville qu’on pensait sûre.

Les militaires devaient arriver le 8 mai, ils ne sont donc jamais venus. Il faut bien se mettre en tête qu’il y avait de la cendre partout, du bruit, des tremblements de terre. Les Pierrotins oscillaient entre terreur et fascination. Mais il n’y avait que très peu de routes praticables, surtout des lignes maritimes limitées et près de 30 000 personnes à évacuer. Certains habitants ne voulaient tout simplement pas partir, abandonner leur maison de peur de se faire piller.

On ne veut jamais croire au pire dans ces cas-là et c’est là que les politiques ont fauté en cherchant à rassurer une population qui n’attendait que ça. Personne ne croyait à la catastrophe, malgré les alertes lancées par M. Landes qui n’avait certainement pas assez de poids et de charisme pour se faire entendre. On retrouve aujourd’hui les mêmes problématiques avec le réchauffement climatique.

L’instituteur qui tente d’alerter les hommes politiques de l’époque sur le danger de la situation a-t-il existé ?
Oui, Gaston Landes était professeur de sciences naturelles au lycée laïc de Saint-Pierre et directeur du merveilleux jardin botanique de Saint-Pierre. C’était quelqu’un de très érudit en Martinique, il avait été envoyé à l’exposition universelle de l’époque pour représenter l’île.

Gaston Landes connaissait bien la Martinique qu’il avait sillonnée. Malheureusement il n’a pas réussi à convaincre les autorités compétentes. A-t-il été tenu au silence ? La rumeur circule.

Quels sont les retours que vous avez sur votre roman graphique aussi bien dans l’Hexagone qu’en Martinique ?
Le roman est sorti le mois dernier, c’est encore frais. Néanmoins il a bonne presse en métropole, sur les blogs BD et autres. Ici, en Martinique, j’ai également de très bons retours des Martiniquais qui aiment qu’on parle de leur île et trouvent que j’ai bien respecté leur histoire, les gens et leurs expressions ainsi que la réalité scientifique.

Et comme j’y ai mis de l’humour ça passe à tous les âges, et ça j’en suis très heureux, c’était une réelle volonté. Que tout le monde puisse lire cet ouvrage, c’est un drame certes, mais avant et après c’est la vie, on rigole et les Martiniquais sont un peuple qui aime bien rigoler. Mais cette histoire ne parle pas que de la Martinique, elle parle de catastrophe naturelle et d’humains, aussi elle trouve tristement son écho dans l’actualité internationale (Volcan à Bali, Cyclones Maria, Irma, tremblement de terre au Mexique…)

Cyparis a-t-il réellement été sauvé par un journaliste américain ?
Oui, le livre de Georges Kennan « Le désastre de la Pelée » relate son voyage en Martinique juste après les événements. Ce type-là était un vrai aventurier et son livre est très bien écrit et très intéressant ! Mais ce sont bien les trois compères qui ont sorti Cyparis du cachot et l’ont amené au Morne Rouge au Père Mary. Le curé a vraiment pris soin de lui. Le fait que ces trois compères étaient des pillards est contesté.

Comment avez-vous réussi à restituer le parcours de Cyparis aussi précisément ? Est-ce que tout le récit est exact historiquement ?
J’ai lu énormément de livres d’époques, de témoignages. J’ai retrouvé des lettres du Père Mary qui raconte son histoire au Gouverneur, j’ai même retrouvé l’acte de naissance de Cyparis. C’était une véritable enquête. Ici, encore aujourd’hui, des gens doutent de son existence, mais le procureur général de l’époque a bien certifié qu’il était en prison à l’heure de l’éruption.

Il y avait trois cachots, un petit, un moyen et un gros. Celui que l’on visite aujourd’hui comme le sien est le moyen, mais il y a un doute là-dessus. La plupart des événements que j’ai relatés proviennent de sources sures. J’ai trouvé beaucoup de photos. Quand j’avais des trous, j’ai un peu complété. Par exemple, le fait qu’il s’évade de prison est vrai, qu’il se rende par lui-même également, mais dès le lendemain, sur ce point les opinions divergent.

L’éruption qui détruit le Morne rouge et tue le Père Mary, ça c’est exact, mais la façon dont Cyparis s’en sort, je n’en savait rien. Et puis il a fallu lui trouver un caractère, un tempérament. J’avais sa date de naissance, j’ai vu qu’il était cancer (rires) et il me faisait penser à certains de mes amis notamment dans sa relation explosive au rhum, malgré un caractère paisible.

La photo de lui la plus connue m’a beaucoup inspiré également. Tout se passe dans son regard : un mélange de dignité et de résignation, une grande force intérieure. J’ai donc pris tous ces éléments pour en faire un personnage consistant et un peu burlesque. C’est un anti-héros, le fil rouge de cette histoire.

Cyparis, la BD aux éditions Boîte à Bulles (prix 32 euros)
Cyparis, la BD aux éditions Boîte à Bulles (prix 32 euros)

Quels sont vos prochains projets ? Avez-vous encore envie de parler de la Martinique ? Ou de l’Outre-mer ?
Eh bien il est possible que je refasse des choses sur la Martinique, ce que je continue à faire en illustration depuis quatre ans avec mes cartes postales illustrées, des expos sur l’histoire, des fresques. J’ai certaines choses qui vont peut-être se faire sur le carnaval, le quimbois (vaudou local) ou Fort-de-France.

Mais là, directement en BD, je travaille sur le scénario et les dossiers de plusieurs projets notamment une série d’aventures burlesques et fantastiques autour de la ville de Paris, ça parle de gens très très méchants.

ENCORE UNE ATTEINTE AUX MONUMENTS, A LA MEMOIRE !!

La maison natale de l’écrivain Saint-John Perse,

Monument historique inscrit par arrêté MH. 95-IMM n° 95-783 AD/114 et propriété de la communauté d’agglomération Cap Excellence, a été démolie le samedi 23 septembre courant, suite à un arrêté municipal signé par la Ville de Pointe-à-Pitre, le vendredi 22 septembre courant. Pointe-à-Pitre est labellisée Ville d’Art et d’Histoire depuis 2003.

L’absence d’affichage réglementaire en application de la législation sur les monuments historiques suggère qu’aucune autorisation de travaux n’a été délivrée par le service des monuments historiques. L’ensemble du corps principal a été démoli et, notamment, la façade sur rue, à pans de bois, qui présentait un mur en maçonnerie de moellons au niveau rez-de-chaussée, ainsi que la toiture, des ouvrages concernés par l’inscription au titre des Monuments historiques.

Une raison sécuritaire a été tardivement évoquée par la Ville de Pointe-à-Pitre, pour justifier cette démolition. Si cela avait été le cas, une procédure de péril ordinaire ou d’urgence aurait dû être engagée par la Ville que le service des monuments historiques aurait accompagnée. Un complément aux travaux de confortement à des fins conservatoires co-financés par la DAC et la Ville, en 2010, aurait pu être exécuté.

Dans ce contexte discutable, il conviendrait :

que le tribunal administratif, examine et statue sur la procédure administrative ayant conduit à cette démolition de monument historique. En effet, l’application de la loi sur les monuments historiques, a été publiquement bafouée, à Pointe-à-Pitre. Ce fait est d’autant plus inacceptable, que Monsieur Le Président de la République Emmanuel MACRON, vient de charger Monsieur Stéphane BERN de la réalisation d’une liste de monuments historiques en péril et des ressources innovantes qu’il serait possible d’y affecter ;

– que la demande de renouvellement du label de cette Ville d’Art et d’Histoire soit analysée sous l’angle du respect des engagements pris dans la précédente convention de labellisation, notamment celui de la mise en œuvre d’un Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP) et ceux relatifs aux actions visant à conférer une présentation digne de son label, à la Ville d’Art et d’Histoire ;

– que les défenseurs du patrimoine guadeloupéen, emboîtent le pas à l’Etat, permettant ainsi, de faire, une nouvelle fois, face « aux démolisseurs », dans l’intérêt national. Nous nous devons d’être dignes des batailles menées par Victor Hugo et Prosper Mérimée pour la sauvegarde du patrimoine bâti de la France. Nous nous devons de faire respecter la loi de 1913 sur les monuments historiques qui a découlé de ces luttes ancestrales pour la sauvegarde de nos patrimoines. De même, les guadeloupéenne, très fiers de compter Saint-John Perse parmi leurs illustres, sont très attachés à son œuvre littéraire.

– que ce précédent ne se répète pas et ne fasse pas écho ni Guadeloupe, ni en Martinique, où les propriétaires de monuments historiques demeurent dans l’expectative du dénouement de cette affaire très médiatisée localement.

– que nos mémoires métissées soient défendues en tant que socles de nos identités.

Enfin, « quelques soient les droits de propriété, la destruction d’un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à ces ignobles spéculateurs que leur intérêt aveugle sur leur honneur ; misérables hommes et si imbéciles qu’ils ne comprennent même pas qu’ils sont des barbares ! » Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs, in Revue des deux mondes, 1832 .

 

Je viens de signer la pétition

 » Faites respecter la loi sur les monuments historiques à Pointe-à-Pitre ».

C’est une cause importante. Voudriez-vous la signer à votre tour ?

Voici le lien:

https://www.change.org/p/llll-faites-respecter-la-loi-sur-les-monuments-historiques-à-pointe-à-pitre?utm_medium=email&utm_source=petition_signer_receipt&utm_campaign=triggered&share_context=signature_receipt&recruiter=804906028

Marie-Josèphe YOYOTTE , monteuse en cinéma n’est plus…

Marie-Josèphe Yoyotte, légende du montage, est décédée lundi 17 juillet 2017. Elle laisse son empreinte sur un demi-siècle de cinéma hexagonal, de Truffaut à Corneau.Le chagrin est dans le cœur de tous les cinéphiles à l’annonce de la mort de Marie-Josèphe Yoyotte à l’âge de 87 ans. La monteuse aux trois César et aux cinq nominations avait commencé sa carrière à la fin des années 1950, en signant des chefs d’œuvre comme Moi, un noir de Jean Rouch et, dans la foulée, Les quatre cent coups de François Truffaut.

marie-josephe_yoyotte

La monteuse  de plus 60 films  dont   «  Les 400 coups » de  François Truffaut, « la Boum »  de  Claude pinoteau ,  « Rue Cases-nègres » et  «Siméon »  d’Euzhan Palcy avait   vu  le  jour  le   9  Novembre 1929 à  Saint Fons(69 Rhône).

De Jean Cocteau à Jacques Perrin en passant par Jean-Pierre Melville et Claude Pinoteau, tout le cinéma français s’est arraché les services de cette papesse du montage dont le nom était synonyme d’excellence. Après avoir été récompensée pour son travail sur Police Python 357 en 1977, Microcosmos en 1997 et Le Peuple migrateur en 2002, décorée aussi de la Légion d’Honneur, elle prend sa retraite en 2007.

Son dernier film sera d’ailleurs le remake d’un film Jean-Pierre Melville : Le Deuxième souffle, dans sa version signée Alain Corneau. Melville avec lequel elle avait collaboré pour le film Léon Morin, prêtre.

De père antillais et de mère bretonne, première monteuse noire du cinéma français, Marie-Josèphe Yoyotte  a été  incinérée  le 17 juillet  2017 au  cimetière du Père Lachaise.

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