L’INVITATION ………AUX SARGASSES !

12 mai 2018 par Cécile Marre

Thierry Lebrun. un professionnel de santé a écrit cette lettre afin de sensibiliser les autorités parce que la situation est grave « on est face à un véritable problème de santé publique et écologique », affirme-t-il.

Il annonce également avoir tiré la sonnette d’alarme auprès de l’Agence Régionale de Santé, mais que ses alertes sont restées vaines. 


« Bonsoir Mr le préfet,


Je suis médecin anesthésiste au CHUM, responsable du service d’anesthésie et président du conseil des blocs du CHUM
.
Ceci n’est pas important !

Les conséquences des sargasses sur la santé des Martiniquais, sur l’environnement et sur l’écologie le sont beaucoup plus!!

Je subis ce phénomène en ligne directe, habitant un des coins, certainement un des plus touchés de la Martinique, Pointe savane, mais aussi en ligne éthique, morale et professionnelle!!!


En tant que médecin j’ai alerté l’ARS, MAIS AUCUNE RÉPONSE!! Surprenant, surtout que je leur parlais comme professionnel de la santé avec des mesures de toxicité au-dessus de la normale et une expérimentation probante non recevable, mais réelle équivalente au dernier jugement de St Brieux…


Mon impression : on se voile la face, mais on est face à un véritable problème de santé publique et écologique et je suis malheureux de voir tous les jours les pêcheurs du Robert vendre leurs poissons au bord de mer avec cette puanteur PESTILENTIELLE (et je pèse mes mots) en toute confiance alors que vous êtes en train de les laisser s’intoxiquer!

Eu égard au profond respect que j’ai de votre fonction, je vous invite dimanche midi à venir manger un poisson frais dans mon domicile, en toute simplicité, près de l’habitant ou plutôt chez l’habitant avec vos proches (dites-moi juste combien vous êtes; pas plus que 6 svp) et vous vivrez quelques heures ce que des Martiniquais vivent H 24 depuis plusieurs mois.


J’ai un regret : de ne pas avoir assez de fond pour porter plainte contre l’état pour  » non-assistance à personne en danger et abus de confiance » et pas assez de temps pour m’en occuper. Ceci ressemble étrangement au HIV en 84/86 où pour la première fois naissait la notion de « RESPONSABLE, MAIS PAS COUPABLE ».


Je ne suis pas fâché, ni aigri, ni procédurier ou revendicatif; je suis tout simplement triste et déçu que les décideurs ne prennent pas leur responsabilité, que l’on joue de l’innocence voire incrédulité des gens, des Martiniquais, qui nous amènent en toute confiance vers de graves pathologies qui engageront notre avenir.

En l’attente de votre réponse à mon invitation ce dimanche, je vous prie de croire en ma respectueuse considération.

Dr Thierry Lebrun

Publicités

L’EDUCATION A LA MEMOIRE EST ELLE DE GAUCHE OU DE DROITE ?

LE CONSEIL REGIONAL D’ILE DE FRANCE Présidé par Valérie PECRESSE (Les Républicains) refuse de soutenir l’éducation à la mémoire de l’esclavage

PAR Bénédicte MONVILLE DE CECCO Conseillère Régionale(Ecologie) d’Ile de France
10 Mai 2018

La loi du 21 mai 2001 rappelle que la « richesse des nations » occidentales s’est construite sur le crime originel de la traite atlantique et de l’esclavage, moment fondateur dans l’histoire du capitalisme et première phase de son expansion. Dès lors, on comprend qu’elle résonne de manière désagréable aux oreilles des tenants de l’ordre dominant.

Élue en décembre 2015 au conseil régional Île de France, je me suis assez vite étonnée qu’aucune action en faveur de l’éducation à la mémoire de l’esclavage ne soit soutenue par cette institution en particulier dans les lycées franciliens dont elle a la charge. Je demandais des explications en commission éducation et on me répondit que l’association avec laquelle la région avait établi un partenariat régulièrement renouvelé jusqu’à l’arrivée de Mme Pécresse à la tête de l’exécutif régional n’avait pas donné entière satisfaction. On me dit aussi que cette même association n’avait transmis aucun élément de bilan pour l’année scolaire 2015-2016. Je contactais l’association en question qui me confiait de son côté avoir été dissuadée par les services régionaux de déposer une nouvelle demande de subvention qui n’avait aucune chance d’aboutir. Par conséquent, je m’enquérais des éléments de bilan qui avaient pu motiver la décision de l’exécutif et n’y trouvais rien qui puisse la justifier. Mais, considérant que cette appréciation pouvait être subjective, je demandais si l’exécutif envisageait de soutenir une autre association ou du moins ce qu’il envisageait mettre en place pour encourager l’éducation à la mémoire de l’esclavage, de la traite et de leurs abolitions dans les lycées franciliens.

Je n’obtenais aucune réponse. L’embarras où je plongeais mes interlocuteurs chaque fois que je reposais la question suffit à me faire comprendre ce qu’il en était exactement. Mon groupe déposait toutefois un amendement à la commission permanente du 21 septembre 2016 pour rétablir la subvention octroyée auparavant à l’association précitée, sans succès. Le nouvel exécutif francilien n’avait aucune intention de favoriser la diffusion de la mémoire de l’esclavage dans les lycées franciliens. Pire, à cette même commission permanente l’exécutif régional votait une subvention de 50 000 € pour le financement d’une étude sur la faisabilité d’un parc Napoléon en Seine-et-Marne. Celui-là même qui rétablit l’esclavage aux Antilles et trahit Toussaint Louverture, leader de la Révolution Haïtienne.

Puis, vint le moment où nous eûmes à examiner la proposition d’un concours de « chanté Nwel » en Île de France. Pour la première fois, il était fait mention dans un rapport présenté par l’exécutif de Valérie Pécresse de l’esclavage perpétré par des privés et par l’Etat français dans les Amériques pendant quatre siècles : « Il s’agit d’organiser un concours annuel dans la tradition Antillaise issue des périodes de l’esclavage colonial ». Le rapport précisait qu’avec ce concours, l’exécutif visait « à découvrir la culture antillaise, à favoriser une citoyenneté commune, et à valoriser les initiatives autour du partage de cultures ». Si les « chanté Nwel » sont indéniablement populaires en Martinique et en Guadeloupe, cela n’en fait pas moins d’eux une des manifestations contemporaines du religieux – rappelons qu’il s’agit de chanter les évangiles – et d’un rapport au sacré et à la foi qui n’a rien à faire avec les institutions d’un Etat séparé des Églises depuis 1905.

Autrement dit, si Mme Valérie Pécresse refusait de « défendre la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants » (loi du 21 mai 2001) dans le cadre des prérogatives régionales et de sa politique d’éducation, elle faisait aussi la promotion d’un rituel religieux au nom de notre « citoyenneté commune », semblant ignorer au passage que tou.te.s les citoyen.ne.s ne chantent ni ne célèbrent Noël, ou de la reconnaissance de la culture antillaise, ainsi qu’on nous l’exposait en séance, enfermant du même coup tou.te.s les antillais.e.s dans une pratique cultuelle.

Je m’en agaçais et déclarais en substance que non seulement l’exécutif francilien avait abandonné la politique régionale en faveur de la diffusion de la mémoire de l’esclavage mais que ce qu’il présentait comme une volonté de reconnaissance des Antilles s’apparentait au pire paternalisme et visait en réalité à ignorer ce dont les Antilles avaient le plus besoin ; une « politique de développement de l’économie locale qui mettrait un terme à la dépendance économique des Antilles vis-à-vis de la métropole et commencerait enfin une redistribution des richesses, lesquelles sont toujours entre les mêmes mains depuis le XVIIe siècle ».

Le président de mon groupe recevait dans les jours qui suivirent une lettre signée par le président du conseil représentatif des français d’outre-mer (CREFOM) qui me reprochait de m’en prendre « aux descendants des propriétaires terriens du 17ème siècle et [de] les [stigmatiser] collectivement, précisant « ceci est une démarche contre laquelle le CREFOM se dressera toujours car nous voulons une société réconciliée et apaisée ». Je passe sur le reste de la lettre à laquelle j’ai immédiatement répondu. Si je cite cet extrait, exemple édifiant de négation des rapports de classes et de « races » hérités de l’esclavage et de la colonisation, c’est parce qu’il est tout à fait révélateur de ce qui se joue dans le refus de Valérie Pécresse de poursuivre une politique régionale de diffusion et d’éducation autour de la mémoire de l’esclavage et, au contraire, dans sa volonté de favoriser la réalisation d’un parc Napoléon au caractère hagiographique ou de promouvoir le rituel religieux des « chanté Nwel ».

La mémoire en effet est toujours le terrain d’un affrontement entre différentes visions du monde et le plus souvent elle est écrite par les vainqueurs : ici les maîtres contre les esclaves, puis à mesure que s’imposait le racisme et la figure de l’esclave africain comme de celle de l’esclave de toute éternité, des blancs contre les noirs. La loi du 21 mai 2001, « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » fut portée et soutenue par nous, descendant.e.s d’esclaves. Elle rappelle que la « richesse des nations » occidentales s’est construite sur le crime originel de la traite atlantique et de l’esclavage, moment fondateur dans l’histoire du capitalisme et première phase de son expansion. En ce sens, elle rompt le consensus mémoriel dominant qui présente l’avènement du capitalisme comme une condition du progrès humain. C’est ainsi qu’elle initie pour nous les conditions d’une participation individuelle et collective à un monde commun, puisque nous y sommes finalement reconnu.e.s pour ce que nous sommes.

Dès lors, on comprend qu’elle résonne de manière désagréable aux oreilles des tenants d’un ordre qui n’en a pas fini de régner grâce à l’exploitation brutale du travail humain et de la nature. À charge pour les institutions spécialisées de produire les savoirs explicitement inféodés à leurs intérêts et d’éliminer, ici par absence de financement ou révisionnisme, les savoirs émancipateurs produits par le corps social en fonction de lui-même et de ce dont il a besoin pour s’émanciper.

À charge aussi pour les représentant.e.s des classes dominantes dans nos assemblées d’accentuer les divisions héritées de l’ordre colonial raciste en encourageant quelques manifestations cultuelles folkloriques qui viendront utilement achever le portrait d’un groupe et de sa nature singulière. En régime capitaliste et plus généralement inégalitaire, la division des classes dominées en groupes religieux, culturels, « ethniques », etc. est un puissant levier de reproduction pour le pouvoir. D’où aussi, la duplicité qui consiste aujourd’hui à satisfaire une demande légitime de reconnaissance en encourageant la pratique d’un rituel chrétien quand par ailleurs on stigmatise l’islam et les musulmans et les exemples ne manquent pas malheureusement au conseil régional d’Île de France : « À l’intérieur d’une même nation la religion morcelle le peuple et dresse les unes contre les autres les communautés spirituelles entretenues et renforcées par le colonialisme et ses instruments » [Franz Fanon 2002 (1961), p. 156].

Si la religion fut un instrument de la division et de l’assujettissement des peuples colonisés, l’exemple du conseil régional d’Île de France montre qu’en régime néocolonial elle n’a rien perdu de son utilité. Tout comme l’opiniâtreté de l’exécutif régional à refuser la mémoire de l’esclavage et à lui substituer son propre récit vise à empêcher la compréhension des processus révolutionnaires qui ont abouti à leurs abolitions ainsi que la reconnaissance de celles et ceux qui les ont produits, esclaves pour la plupart, et, en nous assignant au récit des dominants, à hypothéquer le présent et l’avenir de nos luttes en cours.

Epilogue : mon groupe au conseil régional a demandé à pouvoir bénéficier d’une salle pour organiser une journée de débats dans le cadre de la décennie internationale des personnes d’ascendance africaine mise en place par l’ONU et des commémorations nationales en France de l’esclavage, de la traite et de leurs abolitions. Le cabinet de la présidence nous a pour l’instant opposé un refus.

Guyane: l’histoire des Boni, de l’esclavage au marronnage

Par Arnaud Jouve/RFI

Publié le 27-04-2018 Modifié le 28-04-2018 à 18:46
media

gravure  représentant  un  cimarron  ou  noir marron  en  fuite  dans les  colonies . wikipedia commons /

 
Le 27 avril 1848, l’esclavage est aboli en France et dans ses colonies, mais certains Guyanais n’ont pas attendu cette date pour se libérer de l’esclavage. Leur histoire est celles des « marrons » et en particulier du peuple Boni qui a fui la servitude et s’est installé dans la forêt guyanaise pour vivre libre. Une aventure humaine exceptionnelle et peu connue en métropole, que retrace Jean Moomou, maître de conférences en Histoire à l’Université des Antilles, spécialiste des Boni, un peuple dont il est issu.

RFI : Qui sont les « Marrons » appelés aussi « Noirs marron » ou « Bushinengué » ? Que veulent dire ces appellations ?

Jean MOOMOU : Les Marrons, ceux qui marronnent, ce sont ceux qui ont quitté « l’habitation » pour s’installer dans la forêt. « Noir marron » est un vocable utilisé à partir des années 1980 en Guyane française pour désigner les Marrons du Suriname, mais l’appellation originelle est « Bushinengué » terme qui émerge en 1680-1690, qui veut dire « les Noirs de la forêt ». Ils se composent en plusieurs groupes : les Djuka, les Saramaka, les Matawaï, les Kuinty, les Paramaka et enfin les Aluku ou Boni. Ce sont donc des descendants d’esclaves du Suriname dont certains se sont installés à l’intérieur des terres de ce pays, tandis qu’une partie, notamment les Boni, s’installeront sur le territoire français à partir de 1776.

Vous êtes le premier Boni à retracer l’histoire de votre peuple qui s’est libéré de l’esclavage colonial. Quand et où commence cette histoire des Boni ?

Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, vers 1650, les Anglais colonisent un territoire, que l’on appelle aujourd’hui le Suriname, et y apporte des esclaves d’Afrique pour mettre en valeur cette colonie. Mais ce territoire passe sous domination hollandaise en 1667, suite au traité de Breda, où Anglais et Hollandais échangeront le Suriname contre New Amsterdam, qui deviendra le New York actuel. Les populations déportées d’Afrique, mises en esclavage, passent sous domination hollandaise.

La colonie se met au service de la métropole coloniale hollandaise et exploite des plantations de canne à sucre dont la production est envoyée en Hollande pour le marché du sucre qui se trouvait en Europe. Il faut noter que le système colonial hollandais était très difficile. Il n’y avait pas de « code noir » comme dans les colonies françaises. Liberté au maître de donner des punitions sévères aux esclaves. Il y a eu des infanticides, des suicides, des mouvements de révolte. Tout cela était classique dans le système esclavagiste de l’Amérique des plantations. Partout, on va retrouver les mêmes phénomènes. Ces mauvais traitements, raison pour laquelle les esclaves ont décidé de fuir pour retrouver leur statut d’homme libre sont d’ailleurs encore dans l’imaginaire de leurs descendants. Les esclaves ont donc décidé de s’enfuir en s’organisant par petites bandes et le marronnage individuel va devenir un marronnage collectif.

Y a-t-il eu des circonstances particulières qui ont permis aux esclaves de s’enfuir ?

Il y a eu une tentative de colonisation du Suriname par les Français en 1712. L’amiral français Jacques Cassard, en charge de récupérer des terres, demande en contrepartie de son retrait et en guise de compensation, un impôt par capitation, c’est-à-dire un impôt par tête d’esclave. Suite à cette demande, les planteurs envoient des esclaves en forêt pour diminuer le coût de l’impôt, en espérant bien sûr les récupérer plus tard, mais beaucoup ne reviendront pas. Les esclaves avaient des champs personnels à l’intérieur de la forêt, ils maîtrisaient cet environnement forestier et du coup, certains décident de profiter de cette aubaine pour s’enfuir et rejoindre d’autres Bushinengué avec qui ils constitueront des communautés marronnes.

Ce qui n’était pas une menace au début va le devenir. Tout au long de la première moitié du XVIIIe siècle, le mouvement de désertion va s’amplifier et va entraîner une réaction des autorités coloniales, à la fois de l’armée coloniale hollandaise mais aussi des planteurs pour traquer ces marrons et les ramener dans « l’habitation », engendrant une guerre entre les marrons et les autorités coloniales.

Pendant cette guerre, plusieurs chefs vont se distinguer chez les marrons et notamment un certain Boni qui donnera son nom à la communauté ?

Dans ce Suriname du début du XVIIIe siècle, dans la période de 1730, le nom de Boni est celui d’un des chefs mais le premier s’appelait Aluku. L’histoire de Boni est un peu compliquée : il est né en forêt, il connaît cet espace et en grandissant, il va prendre de l’assurance. L’ancien chef, étant âgé, lui transmet le pouvoir. Du coup, les marrons vont s’identifier à leur chef et cette identification va déboucher sur une construction d’identité guerrière, car Boni est à la fois un chef et aussi un chef spirituel.

« Avec la mise en exploitation des colonies dans les Amériques par les différentes puissances européennes, émergent « deux mondes » entre lesquels existe un antagonisme profond. Il s’agit du monde de « l’habitation », caractérisé par la servitude et se subdivisant en deux groupes : d’un côté, les planteurs et tous les hommes libres (petits Blancs et affranchis), de l’autre, les esclaves qui représentent les forces productrices du système esclavagiste. Ce sont ces derniers qui vont fuir l’espace colonial pour ne plus revenir et créer un autre monde, celui des « Marrons ». » Extrait de l’ouvrage de Jean Moomou, Le monde des Marrons du Maroni en Guyane (1772-1860). La naissance d’un peuple: Les Boni, aux éditions Ibis rouge 2004.

Les Saramaka, les Matawaï, les Kuinty, les Djuka ont chacun leur chef. Il y a environ six grandes communautés réparties à l’intérieur de la forêt qui vont tenter de réagir contre le pouvoir colonial qui cherche à les soumettre pour les ramener dans les « habitations ». La stratégie, utilisée par les autorités coloniales, consistait à signer des traités de paix avec des marrons. Cette signature de traités a débouché sur la constitution de communautés marronnes autonomes à l’intérieur de la forêt.

Mais il y avait des clauses à ces traités qui disaient que les marrons pacifiés devaient aider les autorités coloniales à chasser les autres marrons et en même temps, ils devaient refuser d’intégrer de nouveaux marrons à l’intérieur de leur groupe. En 1760-1762, les Djuka et les Saramaka signent mais les Boni refusent ces traités de paix avec les Hollandais, et par conséquent, la guerre va s’amplifier entre les marrons et les autorités coloniales. A partir de 1776, le chef Boni décide de quitter le Suriname et de franchir le fleuve-frontière Maroni. Le groupe de marron Boni s’installe alors en Guyane française.

Comment les Boni vont-ils s’intégrer en Guyane ?

Les Boni vont progressivement remonter le fleuve Maroni jusqu’à s’installer à son amont. Il y a eu des négociations avec les autorités coloniales françaises. Quand ils sont arrivés, certains administrateurs disaient : « Puisque la Guyane manque de main d’œuvre, c’est un moyen de leur offrir l’asile, l’intégration ». D’autres disaient : « Non, ce sont des marrons dangereux à recevoir, vu ce qui s’est produit avec le Suriname ». Donc, il y aura une volonté d’exclure ces marrons en terre française et en même temps, une volonté de signer un traité avec eux. On va envoyer des missionnaires pour les sonder mais cela se traduira par un échec d’accord de paix en 1786, qui entraînera un nouvel évènement avec le Suriname. Boni part alors en 1789 au Suriname pour libérer des esclaves. La guerre entre les Hollandais et les Boni recommence et aboutit à la mort de Boni en 1792-1793.

Dès le départ, la France était hésitante : comment intégrer des marrons, car en Guyane française nous avons aussi des marrons et des esclaves ? La stratégie était de les intégrer dans des régions où il y avait des plantations, mais les Boni ne pouvaient pas accepter cette solution-là et cela a été un échec. Et ce n’est qu’à partir de l’abolition de l’esclavage en 1848 en Guyane que la relation entre les Boni et l’autorité française va changer.

Aujourd’hui comment les Boni vivent avec cette histoire ?

J’ai constaté ces derniers temps que beaucoup de jeunes ne connaissent pas cette histoire parce que la transmission de ce savoir est en panne. Et du coup, ils sont en train de relire cette histoire mais pas dans une version éclairée mais pour trouver des éléments pour condamner le colonisateur hollandais. Beaucoup de jeunes contestent cette appellation de « Bushinengué », préférant « Afro-Guyanais », ne connaissant pas l’origine de ce mot, ni les circonstances dans lesquelles ce mot a été donné. Ce n’était pas un terme péjoratif au départ, c’était pour distinguer les esclaves de ceux qui marronnaient en forêt, c’était une dénomination coloniale mais ce n’était pas péjoratif. Donc, il y a une relecture de cette histoire par certains qui n’est pas claire. Et du coup, la mythification, la glorification de l’Afrique que les anciens éprouvaient, aujourd’hui les nouvelles générations ont tendance à la mettre à distance.

Jusqu’à une époque récente, les Bushinengué dans leur ensemble ne commémoraient pas l’abolition de l’esclavage. Ils se disaient :« Ce n’est pas notre histoire, on n’a pas été libéré par les autorités coloniales, on s’est auto-libérés ». Aujourd’hui, ils participent avec les populations qui commémorent à Cayenne l’abolition de l’esclavage de 1848 mais aussi l’abolition de l’esclavage au Suriname en 1863, et l’idée qui émerge, c’est de faire, pourquoi pas, une commémoration du marronnage.

ELOGE DE « LA PRUDENCE LIMINAIRE » par l’écrivain André LUCRECE

En réponse  au  jugement porté par   Bernard HAYOT sur  la  gestion de la Collectivité Territoriale  de Martinique….(Martinique 1ere/ 20 avril 2018)l’écrivain  répond  au  patron du  Groupe  du même  nom  sur  ce  que  l’on  pourrait   presque  appeler ….une OPA  !!

Eloge de la prudence liminaire
par André LUCRECE
Cet éloge de la prudence se veut liminaire, c’est-à-dire énoncé sur le seuil de la parole, seuil rendu plus ferme et plus solide par des propos rationnels, plus crédibles que ceux proférés sous l’effet de l’émotion. J’ai en effet entendu et lu, ces derniers jours, des sentences tendant à comparer des pays dits « d’outremer », situés sur des continents différents, avec des statuts différents, parfois même avec des histoires différentes, sentences qui aboutiraient à une sorte de classification condamnant la Martinique à un rang peu glorieux, parmi les derniers, à un niveau « assez bas », est-il même indiqué.

Je voudrais d’abord dire que les comparatifs appliqués à des sociétés constituent souvent des tentatives hasardeuses. Claude Lévi-Strauss, parmi les premiers, a montré que des sociétés « tenues pour arriérées » possèdent une dynamique et une viabilité insoupçonnées « tant qu’elles ne sont pas menacées du dehors ». Il invite donc lui aussi à la prudence, s’agissant de tels comparatifs. C’est pour cela d’ailleurs que, pour plus de justesse dans cet exercice périlleux, des savoirs assurés sont requis comme ressources d’intelligibilité.
Il y a quelques années, invité à donner à Cayenne une conférence sur la situation de la Guyane, j’avais souligné l’extrême complexité des problèmes de la société guyanaise, posant un diagnostic qui annonçait une situation de crise, laquelle s’est finalement cristallisée par l’action et les revendications des 500 frères et par un mouvement social dénonçant le sort et l’abandon dans lesquels l’Etat avait laissé la société guyanaise. Le résultat on le connaît : un plan d’urgence décidé par les pouvoirs publics en avril 2017, visant à faire face à l’état de délabrement de plusieurs secteurs de ce pays où la situation continue de se dégrader. J’apprends pourtant par une déclaration surprenante que, dans la classification susdite, la Guyane serait devant le Martinique en matière de gestion !
Afin de situer, de manière plus rationnelle, les performances de gestion de la Martinique, je voudrais aborder ici le cas de la Guadeloupe où la distinction opératoire peut révéler quelques distorsions dans la dite classification qui place la Guadeloupe en territoire « mieux géré » par rapport à la Martinique « mal gérée », laquelle serait au point d’être au plus bas de l’échelle. Propos qui se révèlent être de très difficile caution.
Pour aborder ici le cas de la Guadeloupe, deux règles sont nécessaires. D’abord, celle qui exige des données concrètes et si possible chiffrées, ensuite un comparatif argumenté qui n’a pas pour but d’évaluer une société, mais de signaler des avancées et des retards dans des domaines ciblés en matière de gestion. Nous n’avons en effet aucune leçon à donner aux dirigeants de la Guadeloupe qui sont maîtres de leur horloge, de la hiérarchie des urgences et de leur plan de développement. Et ils ont toutes les compétences pour le faire. Les éléments comparatifs mentionnés ne constituent en rien une façon d’inférioriser. La Guadeloupe ne nous est pas inférieure, tout comme la Martinique ne lui est pas non plus inférieure.
Il existe néanmoins un certain nombre de domaines, où je n’échangerais pour rien au monde les données de l’île sœur contre les nôtres, et j’entends ici les énoncer afin de montrer à quel point le jugement porté sur la gestion martiniquaise relève d’une opinion infondée et d’un raisonnement erroné.
– Pour commencer, la Martinique possède le PIB (Produit Intérieur Brut) par habitant le plus élevé dans la Caraïbe, la Guadeloupe est en 4ème position. (Sources : INSEE, CEROM, UN, Banque Mondiale – Calculs IEDOM)
– En ce qui concerne l’outremer français, concernant toujours le PIB par habitant, la Martinique devance, dans l’ordre, la Réunion, la Guadeloupe, la Polynésie française, la Guyane et Saint-Martin. (Sources : INSEE, ISEE, ISPF, CEROM, calculs IEDOM.)
– En termes de développement humain, la Martinique figure également en tête des îles de la Caraïbe. Au classement mondial elle est 39ème sur 190 pays, avec un indicateur de développement humain (IDH) de 0,814. (Sources : CEROM, INSEE, AFD, IEDOM, PNUD)

– La Martinique est le seul département d’outre-mer dont le taux de chômage est inférieur à 20%. Pour être encore plus précis, il y a 6 points de taux de chômage qui séparent les deux territoires : 24% en Guadeloupe contre 18% en Martinique (chiffres de 2016).

– Taux de chômage toujours. Selon l’INSEE, la Guadeloupe « est la région des Antilles-Guyane où ce taux demeure le plus élevé ». En Guadeloupe, le chômage touche les jeunes actifs au taux de 47 %.

– La situation d’une partie de la jeunesse en Guadeloupe est préoccupante. Voici ce que disait le journal Le Monde dès 2011 à propos de la Guadeloupe : « le poids des violences dans l’île est bien documenté – le taux de criminalité est le plus élevé de France. » Et le journaliste ajoute : « Les faits sont consignés dans un rapport confidentiel sur les dispositifs de lutte contre la délinquance en outre-mer, commandé par les ministères de l’intérieur et de l’outre-mer à trois inspections générales (administration, police et gendarmerie), et remis en juillet. Ce texte, que Le Monde a pu consulter, décrit l' »imprégnation de la société guadeloupéenne par la violence » et le « développement de bandes violentes ». » (Sources Le Monde du 21.12.2011, article de Laurent Borredon – Envoyé spécial à Pointe-à-Pitre.)
– Nous avons en commun avec la Guadeloupe des problèmes démographiques, celui en particulier d’une population vieillissante à laquelle nous devons le plus grand respect et la garantie d’une fin de vie dans la dignité. S’agissant des infrastructures, sur le plan médico-social, s’agissant aussi bien des personnes âgées que des personnes handicapées, le nombre de places disponibles en Martinique est quasiment le double de celui de la Guadeloupe.
Je voudrais aborder maintenant les questions liées aux infrastructures aujourd’hui indispensables. Je pense en particulier à l’environnement et au traitement des déchets. La Martinique a été, dans ce domaine, très en avance, organisant et exerçant cette compétence autour de trois plans : le Plan Départemental d’Elimination des Déchets Ménagers et Assimilés (PDEDMA) datant de 1997 et géré depuis 2005 par le Conseil Général, le PREDIS ou Plan Régional d’Elimination des Déchets Industriels Spéciaux lancé en 1998 avec une compétence de la Région, le PREDASRI (Plan Régional d’Elimination des Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux) qui est une émanation du PREDIS. Ce dernier prend en charge les déchets d’activités de soins non infectieux.

De même s’agissant des infrastructures liées à l’eau, la situation de la Martinique n’a rien à voir avec la situation de la Guadeloupe où le rendement des réseaux est faible. La situation est difficile au point que les élus de la Guadeloupe ont dû faire appel à une aide exceptionnelle du gouvernement français afin de régler le problème des coupures récurrentes qui peuvent durer pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, comme celles qui ont affecté la ville de Capesterre-Belle-Eau et plusieurs communes du sud de la Guadeloupe.

Je pourrais aborder encore bien d’autres domaines, mais je voudrais faire le point sur un sujet sur lequel une mise au point me semble nécessaire : celui du patrimoine. Je voudrais d’abord dire que la richesse et la gestion du patrimoine d’un pays n’a rien à voir avec la climatologie des affaires. Je voudrais ensuite dire que le patrimoine ne se réduit pas aux musées. Le patrimoine d’un pays est matériel et immatériel, sa gestion est complexe et suppose des choix qui relèvent d’une réflexion approfondie.

La CTM a initié en mars 2017, sous l’autorité de Madame Beuze, Directrice générale des musées, un séminaire intitulé « Musée et tourisme pour le développement durable » dont j’ai eu l’honneur d’être à la fois le modérateur et le rapporteur. Les chiffres communiqués, lors de cette réunion, ont montré que la Martinique attire plus de visiteurs dans ses musées que la Guadeloupe : 47% des touristes ont visité nos musées en 2016, contre 30% en Guadeloupe.

Le choix fait par la Martinique est plus proche du développement durable en ce qu’il valorise des musées sur l’ensemble du territoire. Ce choix va totalement à l’encontre du modèle du Mémorial Act, choix fait par la Guadeloupe, qui aujourd’hui nécessite en frais de fonctionnement entre 3,5 et 4 millions d’euros, situation rendant difficile l’investissement muséal. De nombreux pays de la Caraïbe, présents à ce séminaire, ont fait part à cette occasion de leur expérience et ont indiqué aller dans le sens du modèle martiniquais. La Martinique possède d’ailleurs aujourd’hui le plus grand réseau de musées et de sites patrimoniaux des petites Antilles. Voilà la vérité des faits. Faits auxquels s’ajoute tout un ensemble de projets muséographiques qui viendront s’ajouter au dernier né, le merveilleux musée du Père Pinchon dont l’installation des richesses est actuellement en cours.

Les faits sont têtus, ils me dispensent de tout autre commentaire. Et aux quelques personnes qui m’en pourront savoir gré d’avoir rappelé ces faits, je leur dirai que je ne fais que remplir mon office au service de la vérité.

André LUCRECE

 

QUAND LE JARDIN FAIT LE BONHEUR des écoliers…

Le jardin fait le bonheur des écoliers

A. Co.Mardi 24 avril 2018
Le jardin fait le bonheur des écoliers
Jean-Baptiste Kazo, professeur de musique et membre de l’association Lasotè.

25 élèves de CE1 de l’école primaire de Bois-Joli ont participé la semaine dernière à un lasotè animé par l’association éponyme, au quartier Bois-Lézard. L’idée était d’initier les écoliers au travail de la terre et de leur permettre de renouer avec une tradition qui aurait pu disparaître à jamais.

Le lasotè, système d’entraide né lors de l’abolition de l’esclavage, a permis aux nouveaux libres de travailler la terre que l’on avait mise à leur disposition. Le lasotè se pratique au son des tambours et de la conque de lambi, qui donnent la cadence et encouragent les laboureurs. Renouer avec cette tradition et tant d’autres, c’est l’objectif principal de l’association Lasotè dont fait partie Jean-Baptiste Kazo, professeur de musique.
Jeudi dernier, les élèves de l’école de Bois-Joli se sont rendus sur le terrain de Renaud Bonard, agriculteur, où ils ont pris part à un lasoté.
TRANSMETTRE AUX PLUS JEUNES
« Notre but est d’initier les jeunes à la musique traditionnelle, au tambour, ti-bwa et conque de lambi » , indique Kazo. « Il s’agit de mettre en avant un pan de notre culture qui avait été abandonné durant plusieurs années. J’ai eu la chance d’apprendre cette musique auprès des anciens. Aujourd’hui je la transmets aux plus jeunes. » Et de poursuivre : « Ce n’est pas une musique pour danser comme le bèlè. Dans le lasotè, il y a le « gran son » pour labourer et le « mazonn » pour sillonner. Je pense que la partie instruction doit être liée à la partie culturelle. Voir les petits de 8 ans évoluer avec bonheur et intérêt dans le champ, montre que notre travail porte ses fruits! »
AMÉLIORER LES PRATIQUES AGRICOLES
L’association Lasotè compte environ 20 membres actifs et beaucoup de sympathisants. C’est la notion de solidarité et de partage qui fait la force de cette structure. « La mécanisation a remplacé le travail manuel. Peu à peu, les traditions se perdent » , souligne Renaud Bonard, agriculteur au Gros-Morne. « Mais les pratiques anciennes peuvent contribuer au développement de demain, car pour développer les cultures bio, sans apport de pesticide, il faut revenir peu à peu à nos traditions. » Des pratiques soucieuses de l’environnement que le directeur de l’école de Bois-Joli et son équipe pédagogique souhaitent transmettre aux jeunes générations.
ILS ONT DIT
Hugues Risal, directeur de l’école de Bois-Joli : Se rapprocher de la terre
« Nous avons créé à l’école un jardin traditionnel. Les enfants ont tout de suite adhéré à ce projet. Ce lasotè est pour eux une grande expérience. J’espère que cela développera chez eux l’envie de se rapprocher de la terre et de la respecter en la travaillant. Ils ont pu toucher et manipuler les outils et prendre conscience de la pénibilité du travail. Je ferai en sorte que cette action soit renouvelée au sein de toute l’école. »
Lénaëlle Mac, élève de 8 ans : Une sortie très interessante
« J’ai trouvé cette sortie avec l’association Lasotè très intéressante. J’étais contente de travailler avec les outils de la terre, au rythme de la musique et j’ai trouvé ce travail d’entraide très bien. »
Wesley Pelage, élève de 6 ans : Ça m’a plu!
« Après le travail dans le champ, j’ai fait de la musique avec le tambour. Ça m’a plu! J’ai essayé de souffler dans la conque de lambi, mais c’est trop dur. J’ai eu aussi du mal à soulever la houe, ça fait mal au bras. »
Renaud Bonard, agriculteur : Enseigner nos traditions
« Je suis agriculteur et membre de l’association Lasotè. Nous rencontrons des groupes de personnes pour les initier à nos traditions. Aujourd’hui, je suis très satisfait du comportement des élèves, car on n’a pas eu besoin de les pousser, ils étaient tous enthousiastes et l’action, la dépense physique sont nécessaires au développement de l’enfant. Je pense qu’en termes de pédagogie, il faudrait que l’on tienne compte de cela pour enseigner nos traditions aux jeunes enfants. »
Annick Jubenot, directrice de l’association Lasotè : Réhabiliter nos musiques
« Nous sommes souvent sollicités pour réaliser des jardins au sein des écoles, sous couvert du Parc naturel de Martinique et avec l’agrément académique. Nous proposons également aux élèves des démonstrations de lasotè. Aujourd’hui, notre objectif est atteint, car nous avons réussi à capter l’attention des enfants. Je pense que d’autres musiques telles que la fouyétè doivent être mises en valeur pour réhabiliter l’ensemble des musiques traditionnelles. »

THEATRE créole à PARIS

Une représentation de « Bòdlanmou pa lwen » est programmée le samedi 7 avril, à 20h30, au Théâtre de l’Epée de Bois (La Cartoucherie, route du Champs de manœuvre 75012 Paris. Métro: Château de Vincennes – Bus: 112), dans le cadre du festival Tempo Karayib organisé par l’association Eritaj. Venez nombreux!
Réservations : grandcarbet.cie@gmail.com

Sur scène, Gérard et Léna, un homme et une femme qui s’observent, se désirent, se rapprochent et s’aiment éperdument, jusqu’à ce que la flamme de leur passion vacille… « Bòdlanmou pa lwen » est un long poème à deux voix, l’histoire d’un amour volcanique, qui mêle les mots, la vidéo, la musique et la danse. C’est un regard sur le couple, sur la difficulté de dialoguer et construire ensemble. Un thème universel, ancré dans la culture et la langue créoles.

Les non-créolophones sont conviés, le texte est surtitré en français. Kanta séla ki ka konprann kréyòl, pa menm palé!

« Bòdlanmou pa lwen » a été récompensée aux concours d’écriture théâtrales Textes En Paroles et Etc Caraïbe. Il a été, en 2007, le premier texte en langue créole présenté à la Comédie française.

– Auteur, metteur en scène : Franck SALIN alias FRANKITO
– Comédiens : Christian JULIEN, Irène BICEP alias LAYKO, et la participation d’Igo DRANE
– Scénographe: SOYLÉ
– Chorégraphie : Max DIAKOK
– Musique : Franck NICOLAS
– Musiciens : Franck NICOLAS, Jony LEROND
– Régie lumières : Jean-Pierre NEPOST
– Vidéo: Wally FALL
– Production : Compagnie du Grand Carbet

L’image contient peut-être : 2 personnes, texte
 NB . rendez-vous, à Paris, les 27, 28, 29 et 30 avril à l’Auguste Théâtre (6 impasse Lamier, 75011 Paris. Métro : Philippe Auguste – ligne 2). Les représentations auront lieu les vendredi, samedi, lundi, à 20h30, et le dimanche à 16h30.

Réservations :
Tel : 0143672047 – Email : grandcarbet.cie@gmail.com – Site:http://augustetheatre.com/bodlanmou-pa-lwen

Vente en ligne:
http://www.billetreduc.com/183269/evt.htm

Le samedi 19 mai, à 20h, une représentation est organisée à l’Espace Caravelle (10 Rue Winston Churchill, 77100, Meaux), en Seine-et-Marne.

Le débat est ouvert au sein de l’église catholique de Martinique.

Quelle a été la place du clergé dans le système esclavagiste ? Quel rôle a joué l’église catholique dans l’abolition du travail servile ? Une série de débats sont proposés par l’archevêque de Martinique tout le long de l’année. Il était grand temps.

« Traite des Nègres », gravure de la fin du XVIIIe siècle © Musée d'Aquitaine, Bordeaux
© MUSÉE D’AQUITAINE, BORDEAUX « Traite des Nègres », gravure de la fin du XVIIIe siècle
  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le 
Les prêtres ont-ils été attentistes ou rebelles à l’ordre esclavagiste ? Les hommes et femmes d’église ont-ils été insensibles au sort des esclaves, à la traite d’êtres humains ? Pourquoi faut-il attendre les dernières années avant l’abolition définitive de l’esclavage pour qu’une partie du clergé le dénonce ? Autant de questions posées par l’évêché de Martinique à l’occasion du 170e anniversaire de l’interdiction de l’esclavage dans les colonies françaises.

Il est à espérer que seront réhabilités les religieux s’étant dressé contre l’ignominie. Ce sera l’occasion aussi d’expliquer les raisons en ayant amené d’autres à fermer les yeux devant l’horreur, reniant ainsi leur conscience. Il est vrai que pendant les deux premiers siècles de vie de la colonie, le clergé catholique reste influencé par la bulle du Pape Nicolas V, du 8 janvier 1454.
Lequel document légitime la mise en esclavage des peuples africains et la traite négrière.

Dans les possessions françaises, par exemple, les Jésuites, les Dominicains, les Capucins, contribuent à organiser le système esclavagiste. Ils se réfugient derrière les Saintes Écritures qui ne prohibent pas, selon eux, leurs pratiques.

Ce n’est que durant la décennie précédant l’abolition que plusieurs ecclésiastiques militeront pour l’émancipation. Le clergé se méfie des idées libérales triomphantes en Europe. Il craint les révoltes d’esclaves. La plupart des prêtres se tiennent à l’écart du mouvement abolitionniste. Dans les années 1840, l’abbé Castelli en Martinique, l’abbé Lamache en Guadeloupe, la Mère Javouhey en Guyane, l’abbé Levavasseur à l’Ile Bourbon (la Réunion) se distinguent par leur refus du système en vigueur.

D’autres, plus radicaux, réclament l’émancipation immédiate des esclaves. Ainsi des abbés Dugoujon, Monnet, ou Goubert. Certains paient de leur personne cet engagement, comme l’abbé Castelli, forcé de quitter la Martinique en 1842. Il publie deux ans plus tard un pamphlet qui aura une forte résonance à paris.

Que savons-nous aujourd’hui des relations de l’Église et de l’esclavage ? L’initiative de Mgr. Macaire et de son équipe doit être saluée comme il se doit : un salutaire examen de conscience auquel l’Église catholique de Martinique ne nous a pas toujours habitués.

Source : La1ère Francetvinfo

FEMMES EN MIGRITUDE

« FEMMES EN MIGRITUDE »

Pour rappel, la collection « Intersections » (une co-édition de CEC et de l’asbl Indications) a pour but de faire connaître des personnalités littéraires aux intersections de l’espace francophone et de susciter la curiosité des jeunes, d’écrivains et de lecteurs en général, à la découverte de territoires littéraires moins connus.

« Le terme migritude évoque chez nous un état d’être au monde. Il peut prendre des formes multiples. La migritude n’exclut personne, elle peut intégrer ceux qui migrent, ceux qui restent, ceux qui accompagnent, ceux qui accueillent, ceux qui s’installent dans l’Ailleurs…. Dans ce cadre, être en migritude, c’est être partie prenante, de façon directe ou indirecte, des migrations. Ce terme nous semblait particulièrement en phase pour parler des femmes et des migrations. »

Avec des contributions de Geneviève Damas, Sylvie Kandé, Gioia Kayaga, Lisette Lombé, Juliette Mouquet, Marc Alexandre Oho Bambe, Néhémy Pierre-Dahomey et de jeunes critiques littéraires en Haïti et en Belgique et des extraits d’oeuvres d’écrivaines – Fatou Diome, Chimamanda Ngozie Adichie, Nathacha Appanah, Joy – ayant des romans en lien avec la thématique.

Le terme migritude a été forgé il y a quelques années
dans le domaine des littératures africaines pour
désigner un mouvement qui proposait une forme
de fusion entre négritude et migrations, réunissant
ces auteurs qui vivent loin de leur pays natal et qui,
à travers leur plume, rendent l’Afrique plus visible
auprès d’un lectorat occidental.
Ce néologisme évoque chez nous plutôt un
état d’être au monde. Il peut prendre des formes
multiples. La migritude n’exclut personne, elle peut
intégrer ceux qui migrent, ceux qui restent, ceux
qui accompagnent, ceux qui accueillent, ceux qui
s’installent dans l’Ailleurs…. Dans ce cadre, être en
migritude, c’est être partie prenante, de façon directe
ou indirecte, des migrations. Ce terme nous semblait
particulièrement en phase pour parler des femmes
et des migrations.
Les femmes en migritude sont tant celles qui
attendent le mari ou le fils qui a pris la pirogue que
celles qui entreprennent seules avec leur enfant sur
le dos une traversée qu’elles savent potentiellement
meurtrière, ou encore ces femmes qui ont migré et qui
aujourd’hui cherchent à vivre leur exil dans la dignité
sans renier d’où elles viennent et dans l’espoir que
leur présence soit valorisée dans la société d’accueil.
Évidemment, les créateurs/trices – artistes,
auteur.e.s, poètes.ses, slammeurs.ses – sont autant
de voix parties prenantes de la migritude. Ils la
vivent de l’intérieur en quête des mots et des images
justes, pour bousculer, pour exprimer l’indicible,
mais aussi pour dire l’état d’un monde de demain
en migritude avec ses espoirs et ses utopies. Nous
sommes convaincus que leurs œuvres contribuent à
donner un sens à la migritude, à fournir des pistes
pour qu’il y ait une prise de conscience d’une
implication nécessaire dans ce qui fait partie
intégrante de l’aventure humaine, dans une action
où la dignité de chaque être humain est respectée.
Ce numéro est une invitation à découvrir ces
passeurs de sens qui explorent les états de migritude
vécus ou écrits par des femmes particulièrement,
par l’humain de façon plus générale. Lisette Lombé,
artiste pluridisciplinaire, illustre le propos par ses
collages poétiques interrogeant les différents états
de migritude, nous faisant voyager entre l’Afrique et
l’Europe et entre le collectif et l’intime. Nous avons
aussi demandé des contributions à des auteur-e-s
dont les romans apportent un regard féminin
sur des situations de migrations ou alors dont les
personnages féminins sont au cœur de ces situations.
Tel Sylvie Kandé qui nous rappelle que « les
femmes sont de tous les voyages, de toutes les
migrations » et que « les femmes qui migrent le sont,
aujourd’hui comme hier, d’être grosses d’un monde
neuf en gestation ».
De même Gioia Kayaga met en évidence une
invariante dans le rôle des femmes en migritude :
elles portent la mémoire et sa transmission. « Elles
n’ont plus de pays à retrouver depuis que la terre
leur appartient. Inlassablement, elles racontent pour
mieux redessiner les contours du jour qui vient. »
Geneviève Damas met en exergue le courage

extrême de ces femmes qui « partent au risque de
leur propre existence. Sans même se retourner ».
Cinq poèmes « d’absence et de désirs » de
Néhémy Pierre Dahomey se lisent comme les
différentes étapes d’un deuil traversées par celles
qui restent. Ces poèmes portent toutefois l’espoir
collectif d’un monde meilleur, « vole mon bel oiseau
nous attendre au delà des possibles ».
Marc Alexandre Oho Bambe nous propose dans
sa prose poétique forte et engagée de « réapprendre
à vivre. …ne pas perdre le goût des autres, la faim
du monde, la curiosité de l’esprit et de tout ce qui
n’est pas nous. Se battre contre tout sentiment
d’indifférence à l’autre qui n’est qu’un autre soi. »
Car, oui, être en migritude concerne aussi le
regard porté sur le monde et donc, sur l’Autre, que
l’on soit acteur ou non de la migration, que l’on soit
ici ou ailleurs. Ce numéro d’Intersections, comme les
précédents, est une occasion de sonder le regard de
jeunes qui vivent dans des univers différents sur
comment ces œuvres les touchent et comment leur
lecture contribue, au-delà de la découverte littéraire,
à préciser ou à changer le regard sur l’Autre. Des
jeunes, en Haïti et en Belgique, ont lu les livres des
auteur-e-s ayant contribué à ce numéro et ont rédigé
une critique littéraire. Ces lectures illustrent de façon
cinglante la complexité de parcours individuels et
collectifs issus de migrations, quelles qu’en aient été
les causes. Les jeunes critiques relèvent l’inconciliable
identité bigarrée de l’île Mayotte qui doit composer
entre de nombreux clandestins et des Français,
merveilleusement mise en scène par Natacha
Appanah dans son roman Tropique de la violence.
Dans Patricia de Geneviève Damas, ils ont mis en
exergue l’humanité de ces destins individuels et leur
quotidien, la force du roman résidant certainement
dans le fait de donner corps à des chifres fournis par
les médias qui demeurent souvent sans visage. C’est
le questionnement de l’identité sous ses multiples
facettes qui a marqué les lecteurs d’Americanah
de Chimamanda Ngozie Adichie. Découvrir son
identité noire quand on quitte son pays, être identifié
à une identité qui n’est pas la sienne, les Noirs
américains en l’occurrence, être considérée comme
une étrangère dans son propre pays, tels sont
les états progressivement déconstruits par cette
écrivaine à l’esprit vif et caustique. C’est le prétexte
de Rapatriés de Néhémy Pierre Dahomey qui marque
profondément les jeunes, notamment l’histoire de
vie d’une femme haïtienne qui tente d’échapper à
sa vie précaire sans y arriver. Pour le lecteur haï-
tien, ce livre est aussi un condensé agité et poignant
de trente ans d’un peuple. Et aux jeunes lecteurs
de la Quête infinie de l’autre rive de Sylvie Kandé
d’apprécier cette voix poétique et universelle par
rapport au voyage, par rapport à cette quête d’un
ailleurs soit à la recherche d’un mieux être, soit dans
le désir de rencontre ou de découvertes.
Ce numéro ouvre aussi la voie à une autre forme
d’expérience en migritude. Laissez-vous immerger
par des extraits d’œuvres, sans bouée ni phare,
vous incitant peut-être à reprendre l’entièreté du
livre pour mieux saisir encore le sens de la fiction
et de la poésie et tout ce que celles-ci comptent
d’exagérations, d’interrogations, d’esthétiques
littéraires et de pistes pour percer ce qui aujourd’hui
est encore de l’ordre de l’inconnu.
L’imaginaire qui entoure les femmes en
migritude est infini. Ce numéro témoigne aussi
de cette multitude par la contribution de jeunes
slameurs en herbe. Les uns ont participé à un
atelier de slam animé par Badi et Jean d’Amérique
à Bruxelles, organisé par CEC dans le cadre de son
Kitabu marathon, la nuit des mots à l’espace Césaire.
Les autres ont suivi une masterclass animée par Marc
Alexandre Oho Bambe à Douala au Cameroun. À lire
à voix haute en imaginant les lieux où sont écrits
ces mots.
Nous remercions vivement pour son
encadrement des jeunes critiques littéraires haïtiens
la FOKAL à Port-au-Prince en Haïti, partenaire
avec CEC du réseau LITTAFCAR.ORG qui a pour
mission de promouvoir les littératures d’Afrique,
des Caraïbes et de leurs diasporas. Nous remercions
également la Fondation Jeannette et Alexandre Oho
Bambe à Douala au Cameroun qui a permis de créer
des ponts entre nos activités respectives en faveur
de l’éducation et de la culture.
Ce numéro s’est voulu particulièrement
ouvert dans sa forme. Il est évident que parler de
migrations aujourd’hui nous force à penser ce drame
de milliers de personnes qui sont sur les routes
terrestres et maritimes, qui prennent des risques,
qui se mettent en danger, pour l’unique raison qu’il
leur manque tout. Nous avons volontairement élargi
le spectre à travers l’angle des femmes, qui sont de
toutes les migritudes. Cette approche multifocale,
au départ de textes, collages, critiques littéraires,
extraits, slams… porteurs d’autant d’imaginaires,
ouvre la voie, nous l’espérons, à reconnaître l’Autre
comme le miroir de nous-mêmes.
Dominique Gillerot
Directrice de CEC

 

Référence :  INTERSECTIONS N°3 « FEMMES EN MIGRITUDE », mars 2018,
disponible à la vente au siège de CEC, AVENUE DES ARTS, 19F 1000 Bruxelles – 6

MAYOTTE en EBULLITION

Voilà Trois semaines que Mayotte s’est soulevée contre l’insécurité, la misère et la part qui lui est faite dans la République depuis qu’elle est devenue le 101 e Département français.
Il faut rappeler que l’invasion des Comoriens d’Anjouan rend difficile une gestion simple et ordinaire par la France de ses fonctions administratives et sociales quand la maternité de l’ile est la plus prospère de la République, du fait du droit du sol que reconnaît La France pour toute naissance sur son territoire. Et si les parents earriivés de la Grande Comore viennent à être expulsés, ils s’ingénient à laisser l’enfant sur place, que les services sociaux eux, sont tenus de prendre en charge parce que mineur(e)) et français(e) !!!!!
Quant à l’insécurité, elle se comprend aisément quand  » les envahissseurs » doivent se nourrir et se loger, à défaut de trouver un travail rémunérateur.
une insécurité qui ne se limite pas à des exactions et des agressions caractérisées puisque une mère rapporte que surprenant son enfant avec une arme blanche pour se rendre à l’école maternelle l’interroge …. et l’enfant de répondre que c’est pour se défendre !!!
Trois semaines se sont écoulées avant que la Ministre ne se décide à se délacer pour se faire une idée précise et comprendre et à la limite prendre la situation en mains ! La crainte peut être de se trouver en prise comme l’a été l’ancienne Ministre lors des évènements de Cayenne en 2017.Cependant et cela semble le remède voué aux outre Mers : l’envoi de gendarmes mobiles n’a pas manqué comme première assistance !
Rappeler au cours des échanges à bâtons rompus qu’elle est la Ministre de L’Outre Mer ou qu’elle  » n’accepte pas certaines remises en question de SA République » est d’une maladresse qui ne rassure en rien le désarroi d’une population qui a bien raison de douter des moyens qui seraient les siens en la matière.

Dans une discussion télévisée sur France 5, tous les orateurs se sont accordés pour reconnaître que la situation est INSOLUBLE à cause de la légèreté avec laquelle La France s’est engagée dans cette voie de la départementalisation, alors même qu’il ne faisait aucun doute des difficultés qui résulteraient de la séparation de Mayotte de ses iles soeurs et faisant partie des « COMORES »

Peut être Annick Girardin avait elle voulu symboliquement inaugurer la rentrée scolaire à Mayotte ? c’était sans compter sur la détermination des habitants qui élèvent des barrages sur les routes de l’ile depuis qu’ils ont décidé d’une grève générale pour manifester leurs inquiétudes
face à l’insécurité grandissante et les proportions de l’immigration Comorienne . Aujourd’hui la population d’origine Mahoraise ne représenterait plus que 45 % de la population de l’lle. c’est tout dire !

Toujours est-il que la solution de redoubler les forces de l’ordre ne répond pas à l’attente de la population et la situation à cette heure reste dans l’impasse …

LE BENIN SOURCE HISTORIQUE de L’ESCLAVAGE s’interroge …

L’image contient peut-être : 2 personnes, texte

Previous Older Entries

Je débute. Laissez-moi un commentaire ou une mention J'aime :)

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives

%d blogueurs aiment cette page :