En Polynésie, les Tahitiennes passent le bac …..

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… en dansant !!!

En Polynésie française, le « Ori Tahiti » est une épreuve facultative au baccalauréat. La danse tahitienne traditionnelle, technique et codifiée, permet aux lycéens d’obtenir des points supplémentaires en vue d’une mention.

© Mike Leyral AFP

© MIKE LEYRAL AFP

  • La1ère.fr avec l’AFP
  • Publié le 08/04/2019 à 11:31, mis à jour le 08/04/2019

Le gymnase, sur le front de mer de Papeete, s’emplit en quelques minutes d’effluves de tiaré. Dans des costumes parfois constitués de plantes et de fleurs, 240 élèves de terminales, de tous les lycées tahitiens, passent une épreuve de danse tahitienne en option sportive facultative pour le bac.

Trois minutes pour convaincre

Loin d’un folklore pour touristes, le « ori Tahiti », danse traditionnelle, technique et codifiée, centrée sur d’amples mouvements du bassin, est pratiquée assidûment par des milliers de Polynésiennes. Cette épreuve individuelle, une chorégraphie de trois minutes devant un jury de professeurs d’éducation physique et sportive (EPS), est essentiellement passée par des candidates. Elle permet d’obtenir des points supplémentaires en vue d’une mention. 

« Les élèves sont évalués sur deux grands critères : en tant qu’interprètes, et en tant que chorégraphes, huit points sur chaque critère ; ils vont être évalués sur leur engagement moteur, leur engagement émotionnel, mais également tous les procédés qu’ils ont utilisés pour la construction de leur chorégraphie« , explique à l’AFP Cécile Gilroy, professeure d’EPS et membre du jury.

Danser les légendes et l’identité polynésiennes

L’une des lycéennes porte une imposante coiffe de nacres et de perles. Une autre ajuste son costume de tapa, une étoffe à base d’écorce. Une troisième, couverte de plumes blanches, est suivie de huit musiciens marquisiens et leurs instruments à percussions. Elle va interpréter une danse de l’oiseau, typique de son archipel. Le thème est libre, mais porte le plus souvent sur les légendes polynésiennes, les traditions, l’identité ou la langue. 

Ce jour-là, une lycéenne se distingue : à la surprise du jury, Vaimiti Gresset a choisi d’interpréter une chorégraphie inspirée des 193 essais nucléaires français tirés à Moruroa et Fangataufa entre 1966 et 1996. En fond sonore, la mélodie d’une flûte nasale polynésienne est couverte par la voix du général De Gaulle. Un discours rassurant, avant les premiers tirs : « Toutes les dispositions sont prises, comme vous le savez, pour que cela n’ait aucun inconvénient d’aucune sorte, pour les chères populations de la Polynésie« . 
Habitée par son rôle, la jeune fille brune danse la souffrance d’un peuple frappé par les maladies radio-induites, avant de s’écrouler sur un drapeau français.

« On a été victimes de quelque chose de grave qui touche de nombreuses personnes ici, ma famille, mon grand-père qui a travaillé là-bas : la danse permet de montrer ce que tu ressens, une danse, ça vaut mille mots »
Vaimiti, 18 ans, à la sortie de l’épreuve

© Gregory BOISSY AFP

© Gregory BOISSY AFP
Cette intégration des sports traditionnels locaux, comme le ori Tahiti ou le va’a (pirogue de course traditionnelle), dans les épreuves du bac est essentielle pour les Tahitiens.

« C’est accepter que nous, Polynésiens, nous puissions exploiter notre culture de manière à ce que nos élèves en soient aussi imprégnés (…) Nous avons une langue, une culture, et pourquoi pas l’exploiter dans un diplôme national »
Tiare Trompette, professeure dans une école de danse locale et invitée à participer au jury

Le ori tahiti n’est pas qu’une épreuve facultative. Elle peut aussi être choisie dans certains établissements polynésiens parmi les trois disciplines sportives obligatoires que les terminales doivent sélectionner pour le bac. Elle s’inscrit alors dans l’épreuve de chorégraphie collective. Les élèves du lycée privé Samuel Raapoto de Papeete, l’ont passée il y a quelques semaines. « Sur nos 190 élèves de terminale, on en a 48 qui ont choisi la danse tahitienne, qui va compter pour un tiers de leur note d’EPS, coefficient 2 au bac« , précise Francis Poulou, professeur de sport. Parmi eux, un seul garçon.

« Ça peut faire une différence si on est un peu juste pour le bac, mais je le fais surtout par amour de la danse« , confie Mahiahana Samuela en révisant son aparima, une danse qui accompagne chaque parole d’une gestuelle codifiée. La lycéenne enchaîne ensuite sur un otea, une danse plus rapide, rythmée par les percussions polynésiennes.

© GREGORY BOISSY AFP

© GREGORY BOISSY AFP
« Il faut de la grâce, le sourire, la passion dans le regard, c’est ça l’essentiel« , estime Temery Mahaaun, autre élève qui à 18 ans a déjà dansé au heiva, le plus prestigieux festival culturel tahitien.

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PASSE D’ARMES à propos de la MEMOIRE de L’ESCLAVAGE


Mémoire de l’esclavage et antiracisme : un débat, un combat et ses enjeux

22 février 2019

Deux textes mis en ligne ces deux derniers jours sur Mediapart, et qui sont en train de provoquer le débat, en matière de mémoire de l’esclavage. Ils font suite à la mise en ligne sur le site du CNMHE, d’un texte  auquel a répliqué une tribune de Myriam Cottias, directrice du CIRESC au CNRS et ancienne présidente du CNMHE. On trouvera donc ci-après un lien vers le texte initial, la réponse de Myriam Cottias, un texte de Loïc Céry de l’Institut du Tout Monde qui précise les enjeux du débat et la plainte déposée par Frédéric Régent.

EPISODE I

ANTIESCLAVAGISME ET ANTIRACISME

POSITION DU CNMHE


Sur le plan historique, le racisme est une conséquence de l’esclavage, mais il ne préexiste pas à celui-ci. On ne peut donc confondre les deux phénomènes, ni affirmer que la mise en esclavage cible précisément une catégorie particulière de la population. L’esclavage est une forme extrême de l’exploitation de la force du travail humain à des fins économiques. On en trouve des traces lointaines dans toutes les sociétés humaines. Le continent européen a connu l’esclavage des Blancs dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. Au début de l’ère moderne, des populations d’origine maghrébine étaient asservies dans les pays riverains de la Méditerranée. La traite atlantique va porter cette forme spécifique d’exploitation à une échelle supérieure, et va concerner essentiellement les populations originaires de l’Afrique subsaharienne. Mais, sur ce continent, un commerce à des fins serviles se faisait parallèlement vers le Maghreb et le Moyen-Orient, et ces différents trafics impliquaient des Etats et des commerçants originaires de l’Afrique subsaharienne. Le Comité National pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage a pour mission, entre autres, de recueillir et de transmettre la connaissance de toutes ces formes de réduction en esclavage. Certes, les buts de la Fondation sont aussi de rassembler toutes les mémoires de notre pays, en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de son histoire, dans toute leur richesse et leur variété. Par ailleurs, la connaissance historique et sa transmission sont inséparables de la formation civique, et fournissent en ce sens des arguments pour lutter contre le racisme. Mais le racisme contemporain, comme doctrine de hiérarchisation des groupes humains, et à ce titre comme justification des discriminations exercées à l’égard de certains d’entre eux, s’est surtout développé à partir de l’abolition de l’esclavage et en réaction à celle-ci, à partir du début du XIXe siècle. L’objet principal de la fondation n’est pas d’être une institution supplémentaire de lutte contre le racisme, où la dimension militante l’emporterait sur toute autre considération. Cet engagement militant conduit à des jugements hâtifs, l’antiesclavagisme n’ayant pas été le patrimoine exclusif d’un seul courant politique, ou bien à des confusions regrettables, comme lorsque l’esclavage est présenté comme la forme la plus abominable du racisme. Il faut recentrer les interventions sur l’esclavage et rappeler que nous sommes directement concernés par les formes de lutte contre l’esclavage contemporain, telles que juridiquement définies par l’ONU ou le BIT. C’est ainsi que nous pourrons trouver notre place indispensable, entre transmission de l’histoire de l’esclavage dans une histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques ; la Caraïbe et l’Océan Indien ; et promotion des valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité et d’engagement contre le racisme, les discriminations et toutes les formes contemporaines d’exploitation des corps humains à des fins mercantiles.A


EPISODE II -a


L’anti-esclavagisme peut-il exclure l’antiracisme?

—Par Myriam Cottias—

Exclure les combats anti-esclavagistes, des combats antiracistes n’est-ce pas une nouvelle tentative pour construire une identité particulariste qui oublie la violence de la relation esclavagiste et de la «race» et pour nier l’universalité des combats pour l’égalité du genre humain?

Les nombreux actes, écrits et injures antisémites et racistes montrent bien, une fois encore, que la période est au brouillage politique et à la révision de la connaissance historique par des discours guidés par une idéologie récurrente sur la minoration des facteurs qui ont soutenu l’histoire des génocides et des processus génocidaires de l’Histoire.

Les traités internationaux qui, depuis la seconde guerre mondiale, ont cherché à construire – avec difficultés et obstacles il est vrai – un partage des valeurs universelles d’égalité et de respect réciproques entre les peuples sont actuellement érodés par de nouvelles idéologies identitaires. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de rappeler que, depuis le procès de Nuremberg, le génocide des Juifs a été expliqué par la longue histoire de l’antisémitisme fondé sur l’existence d’une «race» qui a permis d’élaborer un discours, une idéologie de domination, justifiant les discriminations et les violences les plus extrêmes et les plus déshumanisantes. Il faut dire encore que les textes de 1949 dénonçaient dans leur déclaration solennelle l’esclavage comme crime contre l’humanité. Ce lien entre génocide, esclavage et race a été réaffirmé lors de la conférence de Bandung par Alioune Diop avant qu’Aimé Césaire ne lui donne ses accents profonds dans le Discours sur le Colonialisme. Aujourd’hui encore, les « causes communes » réunies dans l’ouvrage éponyme de Nicole Lapierre doivent continuer à être affirmées.

L’urgence de la situation politique et sociale de la France nous y force mais aussi un texte intitulé « Antiesclavagisme et antiracisme », mis en ligne sur le site du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage – commission consultative interministérielle instaurée à la suite de la Loi du 10 mai 2001- qui tend à disjoindre l’antiracisme de l’antiesclavagisme. A l’heure où la France doit se doter d’une « Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage » que nous avons appelé de nos vœux, il ne faut plus prendre à la légère des déclarations déstructurées et sous- informées sur les catégories d’analyse, qui ignorent les milliers d’articles et de recherches sur ces questions. Il est nécessaire de leur apporter des réponses car il faut endiguer les dérives de la post-vérité où l’opinion prime sur l’étude.

Deux remarques s’imposent.

Premièrement, sauf à se satisfaire d’une analyse comptable des flux d’êtres humains, il est impossible de réduire la déportation des Africains qui, à partir du XVIe siècle, constituent les seules populations massivement mises en esclavage dans les Amériques, à un seul rapport économique qui méconnaîtrait les conséquences sociales, spirituelles, individuelles, familiales ainsi que son idéologie de légitimation par la production de représentations reposant sur la négation de l’humanité des personnes mises en esclavage. La traite et l’esclavage atlantique ont produit une redoutable équivalence entre « esclave » et « noir » ou « nègre » au XVIIIè siècle, à tel point qu’un terme était synonyme d’un autre et que la cohorte des jugements de déconsidérations liées aux positions de subalterne était toute entière attribuée aux personnes mises en esclavage. Faut-il ajouter que le terme de « Blanc » -inconnu en Europe avant l’apogée des sociétés esclavagistes- s’est construit dans l’espace colonial atlantique, en opposition phénotypique et statutaire avec le « Noir ». Un continuum entre « Blanc-maître- dominant » et « Noir-Nègre-esclave » s’est élaboré, chaque expérience de discrimination apportant sa pierre à l’élaboration d’un discours raciste ; la « race » (dans le sens de construction sociale avant que d’être scientifique à la fin du XIXe siècle) imprégnant les esprits et les textes de lois coloniales et métropolitaines jusqu’à l’abolition de l’esclavage et au-delà, dans la période de la deuxième colonisation. S’il faut reconnaître que l’antiesclavagisme n’a pas toujours œuvré à l’antiracisme et qu’il s’est même satisfait de son contraire à la fin du XIXe siècle, il n’est pourtant pas possible depuis la fin de la deuxième guerre mondiale de concevoir l’un sans l’autre. La déclaration de Durban (point 13, 8 septembre 2001), a tout entier résumé les faits : « l’esclavage et la traite transatlantique sont l’une des principales sources et manifestations du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance ». A quoi sert-il de le nier, sauf à vouloir protéger des intérêts particularistes ?

Deuxièmement, la méthode historique tout comme celle des sciences humaines et sociales, repose non seulement sur l’administration de la preuve mais aussi sur la contextualisation des analyses. Il est ainsi étonnant de voir ressurgir des affirmations qui cherchent à opposer un esclavage transatlantique par l’Europe à un autre d’Afrique du Nord ou encore d’Afrique subsaharienne ou du Moyen-Orient, oubliant dans cette mise en comparaison douteuse un facteur essentiel qui fait l’histoire : celui du temps. En l’occurrence, d’un côté, trois siècles et demi de traite vers les Amériques, cinq siècles de sociétés esclavagistes dans la Caraïbe, dans l’Océan Indien et en Amérique du Sud qui peinent à se débarrasser des avatars de la relation esclavagiste ; et de l’autre, dix-huit siècles. L’opposition des phénomènes esclavagistes n’est pas raison ! Les phénomènes labellisés comme « esclavagistes » sur différents continents ne doivent pas servir ni à dédouaner telle ou telle société, ni à donner des arguments moraux pour minorer des faits historiquement avérés pour l’Europe comme pour le continent africain et les pays du Moyen-Orient. Si des freins subsistent dans la connaissance un peu partout dans le monde et y compris en Europe, ils sont de plus en plus marginaux et des équipes de recherche dans les universités d’Afrique, des Amériques et d’Europe travaillent ardemment, conjointement, en dialogues, comme le prouvent le nombre croissant d’ouvrages, de thèses et de colloques. Par idéal généreux, la recherche qui met en relation les différentes historiographies mondiales soutient le combat pour l’Egalité entre les Êtres humains et la dignité de tous les citoyens, à un niveau national. La mémoire et l’histoire de l’esclavage atlantique et dans l’Océan Indien ne peuvent pas signifier repli mortifère, elles incitent, au contraire, à combattre l’esclavage contemporain car le Code Noir de 1685 a été remplacé par le « Code Noir Mauritanien » au XXe siècle! Les combats antiesclavagistes sont compris dans tous les combats antiracistes: « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous » alertait Frantz Fanon dès 1952. Cette solidarité juste doit être maintenue.

EPISODE II -b

Mémoire de l’esclavage et antiracisme : les enjeux de notre combat


— Par Loïc Céry —
En réaction à un texte sidérant mis en ligne sur le site du CNMHE, et pour faire écho à la réplique qui lui a été adressée par Myriam Cottias. Parce que la mémoire de l’esclavage engage bel et bien la lutte contre le racisme.

Dans sa monumentale Histoire de l’antisémitisme ou dans son Bréviaire de la haine préfacé par Mauriac, Léon Poliakov ne cesse d’insister sur le continuum qui lie indubitablement l’étude des rouages historiques et la compréhension des étonnantes persistances du racisme. Plus que tout autre sans doute, et ayant ouvert la voie à une spécialisation aujourd’hui éprouvée et nourrie de l’historiographie, Poliakov nous a appris le lien insécable entre l’intelligibilité des structures historiques et l’aberrante continuation des haines raciales – et il faut redire que son exploration des soubassements de l’antisémitisme vaut pour toute expression du racisme, ou des racismes : la connaissance de l’histoire seule sera dans ce champ, propre à nous prémunir des manipulations.

 C’est aujourd’hui, il faut le savoir et il faut être à même de le reconnaître, une manipulation insidieuse de l’histoire qui se joue dans les coulisses de la future fondation pour la mémoire de l’esclavage, annoncée en 2018 par Emmanuel Macron. Ce qui s’est jusqu’alors joué dans la torpeur de débats internes au Groupement d’intérêt public (GIP) préfigurant cette fondation éclate désormais au grand jour, jusqu’à ce texte cité par Myriam Cottias, mis en ligne sur le site du CNMHE. Désormais, il sera loisible à tout un chacun de le savoir : une conception précise de l’histoire, fondée sur des visions idéologiques normées, est en train de se dire, et de s’imposer dans une instance publique censée porter en France la mémoire de l’esclavage. Nul ne pourra dire désormais qu’on n’en avait pas été informé, que tout cela ma foi est discutable et qu’il ne s’agit pas de succomber à je ne sais quelle suspicion. Le texte en question, s’appuyant sur une manipulation grossière de l’histoire, tend à dissocier soigneusement la question du racisme et la mémoire de l’esclavage. Si la fumisterie qui se dit là, sans vergogne, sautera aux yeux de tout historien et de tout un chacun un peu prévenu de ces problématiques, le but poursuivi est tout autre que celui de la polémique entre spécialistes. En misant sur le silence des uns et des autres, il s’agit d’asseoir auprès du grand public, cette manipulation et ce détournement de la mémoire – qui ne dit mot consent. Prononcée ex cathedra et avec l’assurance des arguments d’autorité, une idéologie révisionniste se met en place au cœur des instances chargées par la puissance publique, de représenter la mémoire de ceux qui subirent dans leurs chairs des siècles de servilité bel et bien fondée sur un racisme institué. Pire : préparée depuis longtemps, cette institutionnalisation d’un révisionnisme qui a attendu son heure, est en train de s’imposer comme corps de doctrine de ces instances. Moyennant une suite déjà longue d’atermoiements au sein du GIP, s’appuyant sur l’absence de réaction de tous, sans doute découragés par des manœuvres de positionnements personnels, cette idéologie est désormais en train de s’imposer, au su et au vu de tous. On mise sur notre apathie, on parie sur notre complicité silencieuse. Sachons démasquer, apprenons à déjouer, tâchons de nous mobiliser. Il en va de l’honneur de tous, il en va de la mémoire du « crime inoubliable », il en va de la lutte éternellement recommencée contre le racisme.

 Démasquer

Bien sûr, ceux qui auront vu venir au fil du temps l’insidieuse phraséologie de volontaire confusion, de minoration et de relativisme forcené qui se joue dans le texte du CNMHE, seront certainement un peu agacés qu’on ait pris autant de temps pour réagir. Nous sommes en tout cas, à l’Institut du Tout-Monde, de ceux qui auront continuellement alerté, ici même sur Mediapart et ailleurs, sur les risques considérables aujourd’hui avérés, de la confiscation de la mémoire de l’esclavage par une poignée d’idéologues. Nous avons alerté, sans avoir été entendus. On nous disait que la fondation en préparation était affaire de processus, et que ma foi, il fallait donner du temps au temps et miser sur l’essoufflement de cette parole rétrograde, quand bien même elle était insupportable sur le moment. Jamais nous n’avons accepté d’être associés à ces gens, quand bien même on a voulu nous y contraindre. Nous autres, sommes porteurs du combat incessant et de l’engagement de fond mené durant tout son parcours par Édouard Glissant à l’endroit de cette mémoire qui est celle de tous. Pour Glissant, il ne s’agissait pas de ce « devoir de mémoire » qu’on nous assène à longueur de temps, mais d’un devoir de lucidité et de connaissance. Il s’agissait aussi pour lui, justement, du combat pour une mémoire-vigie, d’une mémoire-conscience, d’une mémoire-mobilisation devant les infamies du monde, lui qui nous disait en 2010 :

 « Ceux qui ne veulent plus se souvenir de ce phénomène de transformation du monde qu’a été l’esclavage, et des souffrances qu’il a coûtées, parce qu’ils refusent d’en supporter plus avant le poids douloureux, et ceux qui répugnent à en renouveler la présence, parce qu’ils craignent d’avoir à en soutenir encore la responsabilité, renforcent l’action négative des racistes et des retardataires qui ne voient pas passer le monde au large de leurs obsessions lisses d’antan, et ne reconnaissent autour d’eux et autour de nous que la nuit des oublis et des dénis. » (10 mai. Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, Paris, Galaade / Institut du Tout-Monde)

 On nous a dit : « soyez constructifs », sachez relativiser, misez sur l’avenir. Mais l’avenir ne peut pas s’écrire avec ceux qui nient la spécificité irréductible de la traite négrière transatlantique. L’avenir ne peut se concevoir au prix de la minoration des souffrances du passé et de l’aveuglement sur les marasmes du présent, de leurs origines et de leur persistance. À défaut d’être un sport de combat, la mémoire de l’esclavage ne peut rassembler que ceux qui reconnaissent la spécificité des histoires, et ceux qui rejettent l’indistinction de l’Histoire majuscule. Chaque occurrence du passé détient une part de l’histoire de tous, mais ce n’est aucunement dans l’indistinction volontaire, le nivellement et le relativisme que peut se concevoir le rassemblement des mémoires pour lequel militait Édouard Glissant.

 Or, il faut savoir démasquer le discours de la méthode qui se dit derrière ces proclamations aussi absurdes que celle d’une séparation dogmatique et auto-proclamée des questions de racisme et de l’esclavage. Le texte du CNMHE dit :

 « Sur le plan historique, le racisme est une conséquence de l’esclavage, mais il ne préexiste pas à celui-ci. On ne peut donc confondre les deux phénomènes, ni affirmer que la mise en esclavage cible précisément une catégorie particulière de la population. L’esclavage est une forme extrême de l’exploitation de la force du travail humain à des fins économiques. On en trouve des traces lointaines dans toutes les sociétés humaines. Le continent européen a connu l’esclavage des Blancs dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. »

 Une telle vision découle de ce qui se nomme aujourd’hui « histoire globale » et n’en est qu’un détournement méthodologique. Déjà en 2004, c’était par un Essai d’histoire globale qu’un historien adepte de sophismes présentait la traite transatlantique comme finalement un « détail » d’une histoire millénaire. C’était clamer le caractère profondément relatif de la traite négrière transatlantique. Et on sait la polémique qui s’en suivit. Aujourd’hui, pour boucler la boucle en quelque sorte, il s’agit aussi de revivifier ce que Benjamin Stora a nommé « guerre des mémoires », en réutilisant l’argument éculé de l’existence de la traite arabo-musulmane et de la traite intra-africaine, pour mettre en concurrence mémorielle ces entités historiques, avec la traite transatlantique. Beaucoup de nobles esprits se sont laissés manipuler dans les années deux-mille par ces visions perverties de l’histoire, mues par la volonté d’asseoir une vision idéologique précise. Il s’agissait alors de relativiser la responsabilité des nations esclavagistes, mais aussi de rompre le continuum d’un héritage profond entre esclavagisme et émergence du racisme. Alors même que les travaux des chercheurs en démontraient l’inanité, l’idéologie pseudo-globaliste avançait pas à pas, en dépit des résistances. Les manipulations législatives (à l’encontre de la loi de 2006 instaurant le 10 mai comme journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions) et les perspectives institutionnelles d’une fondation fantomatique à force de reniements, devait offrir à partir de 2016 notamment, une nouvelle opportunité au jeu de forces. Il est question aujourd’hui (je demande qu’on y soit attentif) au prolongement, par paradoxe, d’une étonnante « racialisation » de la mémoire. Déjà pour le choix du 23 mai comme journée des « victimes » de l’esclavage, on arguait que le 10 mai serait désormais réservé à la célébration des abolitionnistes français, et le 23 dévolu aux afro-descendants. Aujourd’hui, l’argumentaire du texte mis en ligne par le CNMHE rappelle que des Blancs furent esclaves. Comme si la focalisation sur la traite négrière devait en somme offusquer ce souvenir-là. Comme si les millions de morts gisant au fond de l’Atlantique « lestés de boulets verdis » comme le dit Glissant, avaient eu le mauvais goût de connaître leur martyre des siècles après l’esclavage de l’Antiquité : comme si on devait s’excuser de la mémoire de leur souffrance, au regard du « temps long ». On en est là, aujourd’hui, au Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, instance publique, et ça se passe en France, en 2019. Désormais, le CNMHE est bel et bien l’instrument de cette confiscation, et qu’on se le dise – comme le proclame le texte mis en ligne sur le site de l’institution – « L’objet principal de la fondation n’est pas d’être une institution supplémentaire de lutte contre le racisme. » La messe serait-elle dite ?

 Déjouer

Rappelons quelques faits, énoncés par Myriam Cottias qui a d’ailleurs contribué avec d’autres, à en établir la véridiction, d’ailleurs vérifiable. Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit sur la simultanéité du développement de la traite, de l’esclavage et des fondements mêmes du racisme. Nul ne devrait ignorer ce lien, et je renverrai là-dessus aux travaux fondamentaux de ces dernières années (la bibliographie est fournie à ce sujet). Qui pourrait ignorer que les premiers travaux qui devaient donner naissance au racisme « scientifique » du XIXsiècle sont dus, en plein XVIIIsiècle, à Buffon ou Linné ? Qui pourrait ignorer les arguments de Las Casas en plein XVIsiècle ? Qui pourrait ignorer la phraséologie de bestialisation des esclaves depuis l’orée du système des plantations ? Qui pourrait ignorer ce que l’histoire a établi, documenté à foison, analysé, mis en perspectives, décortiqué moyennant publications, colloques, programmes de recherche multiples, nationaux, internationaux ? Qui, un peu renseigné de renouvellement des approches, ne connaîtrait pas les travaux indispensables autour de ces questions, de Catherine Coquery-Vidrovitch, d’Éric Fassin ou de Christian Delacampagne ? Qui ? Je demande qu’on prenne le temps de répondre à cette question.

Les pseudo-globalistes, ceux que Glissant nomme en 2008 dans Tous les jours de mai, les « manœuvriers de la mémoire », les « historiens tronqueurs » (encore nommés par lui « nos régents », « nos puristes » ou « nos précepteurs ») poursuivent certes une vision normée de l’histoire, mais encore une vision claire de la mémoire. Ne nous y trompons pas : ce que le texte du CNMHE proclame, c’est bien, et en parfaite cohérence, la volonté d’une dichotomie. L’histoire de la traite transatlantique, relativisée et minorée dans l’histoire dite globale, ne peut qu’avoir valeur conservatoire, de l’ordre de ce que Nietzsche nomme dans sa Deuxième considération inactuelle, « l’histoire antiquaire ». Il s’agit de concevoir le passé au mieux comme un répertoire livresque, et aucunement une clé de lecture du présent. Le pseudo-globaliste se dit obsédé par l’anachronisme, là où il est tout entier mû par la vision d’un présent non redevable du passé. Il ne faudrait surtout pas qu’un lien soit établi entre une quelconque spécificité de l’esclavage colonial, et les pesanteurs de racialisation encore aujourd’hui vérifiables, non seulement sur les « afro-descendants » (qu’on adhère ou non à l’appellation) mais sur tous autant que nous sommes, héritiers de l’histoire et de ses structurations mentales. Cette seule idée hérisse le pseudo-globaliste, qui peut très bien se satisfaire du racisme. Que le présent reconnaisse dans le passé de la traite et de l’esclavage, les ferments du racisme d’aujourd’hui : il y a là un enjeu apparemment insupportable, et qu’il s’agit d’empêcher pour le tricheur d’histoire. La connaissance n’a plus rien à voir avec ce type d’approche mensongère et de visée idéologique. Il y est question plus exactement, d’un obscurantisme fondamental, se parant des vertus du regard panoramique. Un obscurantisme qui s’est donné pour enjeu que la conscience des continuités puisse être entravée. Alors oui, pour lui, pour ce pseudo historien et ce manipulateur, le racisme attendra.

 Mobiliser

Devant ce franchissement d’un nouveau palier dans l’inacceptable révisionnisme d’un passé qui est celui de tous et pas seulement celui d’une « communauté », devant ces manipulations éhontées de l’histoire, devant ce pari fait sur la torpeur de tout un chacun, reste uniquement à appeler à un sursaut et à une mobilisation. Nous espérons ne pas être seuls cette fois-ci, nous espérons que chacun lira le texte du CNMHE, lira la réplique de Myriam Cottias, et sera à même de se représenter ce qui est aujourd’hui en jeu.

 L’Institut du Tout-Monde rejette aujourd’hui toute récupération quelconque de la pensée exigeante d’Édouard Glissant par les tenants de ces instances en préparation, qui ont renié l’idéal de la loi Taubira, quoi qu’on en dise ou qu’on s’illusionne de croire. L’actuel CNMHE s’est juré de mettre à bas cette loi qui est l’honneur de la République. Si l’esclavage fut bel et bien un crime contre l’humanité, c’est parce que l’humanité des esclavisés fut niée jour après jour par une idéologie raciste, par un racisme en germe et en action, celui-là même qui s’était juré de rejeter hors du monde des hommes ceux qui n’étaient pas seulement considérés comme moyens de production, mais comme sous-hommes, « nègres », « négresses », « négrillons », « négrittes ». Pendant des siècles ceux-là ont subi quotidiennement sur les habitations, la haine racialisée de ceux qui se prétendaient leurs maîtres. Ils sont les ancêtres de l’humanité d’aujourd’hui, confrontée à la résurgence violente du racisme et des haines raciales. Nous serons à la hauteur de leurs luttes, qui nous obligent à la plus claire vigilance contre ceux que Césaire appelait les assassins d’aube. L’actuel GIP préfigurant la fondation se discrédite, de travailler avec des révisionnistes patentés de cette histoire, de notre histoire à tous. Tant que ce sera le cas, il est exclu que l’Institut du Tout-Monde s’associe en quoi que ce soit à cette mascarade.

 Nous refusons que la future fondation pour la mémoire de l’esclavage se fonde sur cette idéologie portée aujourd’hui par l’actuel CNMHE, exprimant ouvertement une concurrence des mémoires, une relativisation de la traite transatlantique et un désengagement du combat contre le racisme. Fondée sur ces présupposés inacceptables, cette fondation se fera alors, mais « pas en notre nom ». Halte aux belles paroles, à la propagande d’État et aux petits arrangements sur le dos des martyrs du passé. Sachons nous mobiliser pour mettre à bas ceux qui voudraient tuer une seconde fois Delgrès et tous ceux qui au prix de leur vie ont su braver l’innommable. Sachons, dans le combat éminent contre le racisme qui nous engage tous, nous mobiliser pour être conscients des pesanteurs de l’histoire, et être à même de nous en libérer : contre les névroses du passé, contre l’aliénation de sa négation et contre la surdité face au vacarme du présent.

 Loïc Céry (Institut du Tout-Monde)

« Que de sang dans ma mémoire ! Dans ma mémoire sont des lagunes. Elles sont couvertes de têtes de morts. Elles ne sont pas couvertes de nénuphars. Dans ma mémoire sont des lagunes. Sur leurs rives ne sont pas étendus des pagnes de femmes. Ma mémoire est entourée de sang. Ma mémoire a sa ceinture de cadavres ! et mitraille de barils de rhum génialement arrosant nos révoltes ignobles, pâmoisons d’yeux doux d’avoir lampé la liberté féroce » (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal)

EPISODE III

Frédéric Régent

Président du CN%HE

Paris le 11 mars 2019

Monsieur le Procureur de la République,

Objet : plainte pour diffamation publique

J’ai l’honneur de porter à votre connaissance les faits suivants :

Le 21 février 2019, j’ai constaté que, dans son blog Médiapart (https://blogs.mediapart.fr/edition/institut-du-tout-monde/article/200219/memoire-delesclavage-et-antiracisme-les-enjeux-de-notre-combat

et dans un commentaire qu’il fait à un article intitulé « L’anti-esclavagisme peut-il exclure l’antiracisme »(https://blogs.mediapart.fr/myriam-cottias/blog/200219/l-anti-esclavagisme-peut-il-exclurelantiracisme/commentaires), M. Loïc Céry (édition : Institut du Tout-Monde) a affirmé que les membres du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CNMHE) sont « des révisionnistes patentés », des « pseudo-historiens » qui « peuvent tenir des propos indignes » et veulent mettre en place une « « racialisation » de la mémoire ». Il affirme que c’est une « insidieuse phraséologie de volontaire confusion, de minoration et de relativisme forcené qui se joue dans le texte du CNMHE », Il allègue également que les membres du CNMHE sont « des révisionnistes à la Faurisson ».

Je suis historien, maître de conférences et habilité à diriger des recherches en Histoire, à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur à l’Institut d’Histoire moderne et Contemporaine (CNRS, Ecole Normale Supérieure) et membre de l’Institut d’histoire de la Révolution française, fondé par Jean Zay, en 1937. Ma spécialité porte sur l’histoire de l’esclavage dans les colonies françaises, je suis à ce titre auteur de plusieurs ouvrages. Nommé le 22 août 2016, par décret du Premier ministre, président du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, je suis garant à ce titre de la défense de l’honneur de cette institution.

Ces propos sont insupportables. Ils sont une atteinte à mon honneur et à l’institution que je préside. Ils le sont pour trois raisons.

En tant qu’historien, être assimilé à M. Faurisson est l’injure la plus grave qu’il soit.

En tant que descendant d’esclaves, être accusé de vouloir minoré l’esclavage, est un procès d’intention calomnieux.

En tant que descendant de Juifs, d’être associé à un négationniste, est le procédé le plus ignoble qu’il soit.

En vertu de l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, ces faits étant constitutifs d’un délit d’injure et de diffamation publique, je dépose plainte auprès de vos services. Je vous adresse ci-joint les documents qui démontrent les propos qui ont été tenus.

En vous remerciant très sincèrement par avance pour vos bons soins dans cette affaire, je vous prie d’agréer Monsieur le Procureur de la République, mes sentiments respectueux.

Frédéric Régent

Source La lettre@madinin-art.net 15/03/2019 

Lire aussi ;https://luckbrown.wordpress.com/2016/08/27/une-premiere-bourde-pour-demarrer/

SEMAINE D’EDUCATION ET D’ACTIONS CONTRE LE RACISME et L’ANTISEMITISME

Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme
Du 18 au 24 mars 2019
 De nombreux événements sont prévus dans le cadre de la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme, du 18 au 24 mars 2019.
Découvrez le programme des manifestations organisées par le Groupe de recherche Achac, en partenariat avec la Dilcrah : 

 Mardi 19 mars de 16h00 à 19h00 : soirée de lancement du projet éducatif et citoyen « Histoire de l’immigration en Bourgogne-Franche-Comté » et inauguration de l’exposition  itinérante Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds au Scénacle à Besançon (Doubs). Cette exposition sera présentée dans de nombreux établissements scolaires et institutions culturelles de la région tout au long de l’année.

Jusqu’au 10 mai : présentation de l’exposition Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds aux Archives départementales de la Haute-Saône à Vesoul (Haute-Saône).

Jusqu’au 16 juin : présentation de l’exposition Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds à la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme à Champagney (Franche-Comté).

Du 18 mars au 19 avril : présentation de l’exposition Zoos Humains. L’invention du sauvage à Bibliothèque universitaire Edgar Morin de l’Université Paris 13, Campus de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis).

Jeudi 21 mars à 18h30 : projection-débat du documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains au cinéma Eden à La Ciotat (Bouches-du-Rhône).

Vendredi 22 mars de 14h00 à 16h00 : conférence-débat « Des zoos humains au racisme aujourd’hui » avec Pascal Blanchard, historien et Lilian Thuram, président de la Fondation Éducation contre le racisme, à l’Université Paris 13, Campus de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), Amphithéâtre 5

.Samedi 23 mars à 17h30 : projection du documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains au cinéma Pathé à Échirolles (Isère), suivie d’un débat, de 19h00 à 20h30, mené par Nicolas Bancel, historien et Bruno Victor-Pujebet, co-réalisateur du film.

Source ACHAC Newsletter #2 – 14 mars 2019

ASSISES NATIONALES contre LES VIOLENCES

Premières Assises Nationales contre les Violence faites aux Jeunes Filles et aux Femmes dans les Outre-mer au Musée de l’Homme les 6 et 7 avril 2019

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Inscription gratuite et obligatoireS’inscrire

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Media si vous êtes journaliste :

Réservation pour participer aux Assises (entrée gratuite)

 je participe le samedi 6 avril 2019 de 11h à 13h30 >

1) Discours d’introduction : Pourquoi la violence s’exerce-t-elle contre les femmes ? 2) Table ronde : Un état des lieux de la violence faite aux femmes dans les Outre-mer

 je participe le samedi 6 avril 2019 de 15h à 18h >

1) Table ronde : La violence dans le couple. La domination masculine. Le rapport homme/femme dans les outre-mer et la question de l’alibi culturel

2) Table ronde : L’impact des violences dans le couple sur les enfants. 

je participe le dimanche 7 avril 2019 de 11h à 13h30 >

1) Discours d’introduction : Le rapport au corps, au respect, à la dignité et à l’intégrité des jeunes filles et des femmes dans les Outre-mer

* 2) Table ronde : Le long travail de la reconstruction, comment la société encourage-t-elle les victimes à révéler les violences subies ?

 je participe le dimanche 7 avril 2019 de 15h à 18h >

1) représentation et débat sur les violences faites aux femmes autour de la présentation d’une pièce de la compagnie Sans Sommeil intitulée « Violences conjugales ». Échanges avec les comédiennes.

2) Atelier- débat démocratique avec des propositions d’actions concrètes pour améliorer la lutte contre les violences faites aux femmes.

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FRANKETIENNE ou testament sur le créole

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la Radio Magik 9, le mercredi 27 août, « Les carnets d’Emmelie » se sont ouverts sur l’incontournable Frankétienne. Peintre, poète, romancier, artiste créateur, il s’est fait complice d’Emmelie Prophète-Milcé – directrice de la Bibliothèque nationale d’Haïti –
Extrait d’un article de Claude Bernard Sérant (Le Nouvelliste)

 

La question est directement posée : «

Comment vois-tu la littérature d’aujourd’hui, d’après ce que tu lis, entends et vois? »

Après avoir ramené un pan de ses souvenirs marqués par l’amitié de René Philoctète, Frankétienne croit que c’est une chance d’avoir un foisonnement d’écrivains dans nos murs. S’estimant être bien placé pour opposer les belles-lettres d’autrefois à celles de nos jours, il reconnaît, non de sa voix souvent sculptée d’érotisme : « 70 ans de cela, on avait une dizaine d’écrivains qui constituaient un clan fermé. Il s’agissait entre autres de René Belance, de Jean Brierre, ce poète jérémien… Maintenant qu’on a une inflation d’écrivains, pour ne pas dire une pléthore – jeunes et adultes de 22 à 50 ans –, je pense que c’est une chance. Un miracle. » L’auteur convient toutefois qu’il y a beaucoup plus d’enjeux sociaux. Faisant une démarcation entre constat et jugement, Frankétienne trouve fabuleux qu’un « petit pays comme Haïti », dans ces conditions difficiles, puisse donner au même moment – tous les âges mélangés –, une fournée de plus d’une centaine de travailleurs de la plume – sans compter les provinces – qui produisent en français comme en créole. Mais, s’il juge d’un bon augure cette préoccupation esthétique très prononcée qu’il découvre chez quelques écrivains comme James Noël, Marc Exavier et Mackenzy Orcel, le poète ne demeure pas sans inquiétudes quant à cette tendance à la facilité qui commence à se manifester dans certaines productions. Par ailleurs, abondant dans le sens d’Emmelie Prophète-Milcé, qui souligne l’appauvrissement de cette littérature créole – en puissance depuis 1986 –, Frankétienne exhorte à l’effort ceux qui choisissent d’écrire dans cette langue mère. « Je crois qu’il y a un danger indéniable, ajoute-t-il. Quand on considère l’écriture créole, la dimension militantiste tend à dominer et à écarter les préoccupations esthétiques. C’est comme si l’écrivain qui produit en créole a l’autorité et le droit de dire n’importe quoi. C’est dangereux que la majorité ait tendance à insister sur la dimension idéologique, politique et militante… » Toujours dans le sens du partage et de l’enseignement de cette littérature en créole, le peintre pense cependant qu’il ne doit pas y avoir un rejet du français dans les productions littéraires. Rejet qu’il dit constater de la part de certains écrivains exclusivement créolophones. « J’ai entendu parler des gens – jeunes ou adultes – qui pensent qu’on ne devrait écrire qu’en créole. C’est comme si produire en français est une trahison. Ceux-là sont minoritaires mais, malgré tout, le travail qui doit se faire demeure entier. Il faut que le créole accède à l’expression de l’abstrait, des concepts philosophiques. » Partageant l’avis qu’il faut produire, donner à lire dans la langue maternelle, Frankétienne s’oppose par contre à l’appellation créole. « Pourquoi ne pas écrire en haïtien? se demande-t-il sur les ondes de Magik 9. Cela aurait donné un éclatement… Ces jours-ci, on parle d’une académie créole, pourquoi pas une académie haïtienne? Pourquoi ne pas s’assumer comme Haïtien ? C’est une grave erreur d’avoir approprié quelque part une langue, même si elle est parlée différemment dans plusieurs régions. » L’homme qui a vécu la majeure partie de sa vie au Bel-air – quartier populaire de Port-au-Prince –, selon qui la crise que traverse le pays ne remonte pas à la chute de Duvalier, mais plutôt à 1806, avec l’assassinat de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, se considère désormais comme un écrivain en fin de carrière. Auteur d’une œuvre littéraire importante, artiste créateur multidimensionnel, Frankétienne, revisitant aujourd’hui l’esthétique qui domine son travail, avoue la forte présence de la dimension anecdotique dans ses livres. « Je retrouve, en me relisant – et les gens l’ont constaté –, çà et là des anecdotes comme dans « Mûr à crever », « Ultravocal », « Dezafi », aussi bien dans la version française de « Les affres d’un défi ». Mais dans presque tous les autres ouvrages, là où j’ai pris le parti de développer, d’explorer la notion de spirale dans sa dimension chaotique, c’est la poésie qui domine avec ses aspects chaotiques, liés au métissage, à la diversité, à l’enchevêtrement. Donc, je suis arrivé à un système d’écriture et c’est mauvais. Je ne puis continuer à explorer la spirale, sans apporter d’innovations. Celles qu’on retrouve dans mes livres remontent à 60 ans. Et dire que c’est difficile d’innover à 78 ans… » Calme et rieur lors de cette émission culturelle, Frankétienne croit aussi aborder le dernier cycle de sa vie. Né à Ravine Sèche, section rurale de l’Artibonite, ayant enseigné – à côté de la littérature et des sciences physiques –, les mathématiques pendant quarante ans dans son école effondrée au Bel-air, lors du cataclysme du 12 janvier 2010, l’homme qui s’est par ailleurs exercé à l’écriture de chansons pour nombre groupe de jazz des années 70, se voit comme un homme en fin de vie. Phase qu’il traverse depuis son accident vasculaire-cérébral où il n’entend depuis que de l’oreille gauche; cultivant le sens du pouvoir de la volonté de l’être humain, Frankétienne sait qu’il mourra en 2020… juste parce qu’il déteste les délabrements qui commencent déjà.

LE PARDON DU GHANA

Des chefs traditionnels ghanéens demandent pardon pour le rôle joué par leurs ancêtres dans la Traite atlantique
Gana / Péyi zanmi-kanmarad
Vendredi, 22 Juin, 2018 – 10:36

 

Alors que nos afrocentristes antillais et négropolitains continuent à nier farouchement le rôle joué par les royaumes africains dans le commerce des esclaves vers les Amériques, voici que des chefs traditionnels du Ghana demandent publiquement pardon à une délégation de Jamaïcains en visite dans leur pays.

Il ne s’agit pas de nier que les premiers et principaux responsables de la traite furent les colons européens qu’ils fussent espagnols, français, portugais, anglais ou hollandais, mais de prendre conscience que si cela a pu durer si longtemps (près de 4 siècles), c’est qu’il y avait forcément des complicités locales. Et lesdites complicités n’émanaient évidemment pas du peuple, mais des chefs, souvent des rois ou des chefs tribaux qui avaient tous les pouvoirs.

D’où le ridicule qu’il y a chez certains Noirs des Amériques a célébrer la royauté, à se parer des titres de rois et de reines (qu’ils préfèrent sous leur forme anglo-saxonne de « King », « Queen » et « Princess » même quand leur langue n’est pas l’anglais) et à fantasmer sur une Afrique mythique pré-européenne.

Annou gaé ek kouté sa tibwen !…

LE VOEU du PRESIDENT DU GHANA pour 2019

 

LE PRÉSIDENT DU GHANA ANNONCE QUE 2019 SERA L’ANNÉE DU RETOUR DES AFRO-DESCENDANTS DES AMÉRIQUES SUR LE CONTINENT AFRICAIN

Gana / Péyi zanmi-kanmarad
Samedi, 29 Décembre, 2018 – 21:35
Le Ghana a beau être un modèle du point de vue de la démocratie formelle et de la lutte anticorruption, un modèle aussi du point de vue de la rigueur budgétaire, il est loin, très loin d’avoir franchi le mur de la pauvreté qui frappe les pays dits du Sud.

Il suffit de se promener dans sa capitale, Accra, pour être assailli par des hordes d’enfants dépenaillés et visiblement sous-alimentés qui vous supplient de leur donner quelques cents pour pouvoir manger. La vidéo ci-après montre comment le chanteur ADMIRAL T, en tournée dans ce pays, a vécu ce qui est un véritable crève-cœur. Comment, en effet, refuser de céder à la demande pressante de ces gamins de rue dont l’avenir est de toute évidence bouché ?

C’est pourquoi la déclaration fracassante du président ghanéen selon laquelle l’année 2019 serait celle du « retour des Afro-descendants des Amériques sur le continent africain » est soit un effet de manche soit une pure sottise. En effet, l’Afro-descendant qui débarque en Afrique est le plus souvent vécu comme un « Blanc », un « Toubab », pour la simple raison qu’il ne parle aucune des langues du pays et ne peut communiquer vraiment qu’avec les élites lesquelles ne représentent que 20 à 30% de la population. Même en se déguisant en africain avec boubou et colliers rituels, l’Afro-descendant demeurera un étranger. Certes, moins étranger que l’Européen ou l’Asiatique, mais un étranger quand même.

Le président ghanéen aurait été mieux inspiré de solliciter les riches afro-descendants (surtout ceux des USA) pour qu’ils investissent massivement en Afrique au lieu de s’acheter des suites à Alcapulco ou à Paris. Pourquoi ne pas lancer l’idée d’un consortium financier, abondé par les stars noires du cinéma, du basket, du baseball, de la musique etc…, qui aurait pour objectif premier de financer en Afrique des projets élaborés par de jeunes Africains ?

Et l’Afro-descendant qui veut se réinstaller en Afrique serait, lui, bien inspiré d’aborder humblement le continent noir, ce qui signifie d’abord et avant tout apprendre la principale langue du pays dans lequel il compte vivre de façon à pouvoir communiquer avec le peuple et non avec les seules élites. Puis s’habituer aux relations familiales étendues, à la cuisine, aux croyances magico-religieuses etc…et ne pas s’imaginer (comme on le voit au comportement déplorable de maints touristes noirs américains) qu’il vient apporter « la civilisation ».

Car l’Afrique ce n’est pas juste une couleur, c’est avant tout une culture …

des cultures !..

source

FONDATION pour la MEMOIRE de L’ ESCLAVAGE (acte 2)

 

QUESTIONS-REPONSES   avec  J.M AYRAULT

Jean-Marc Ayrault est Président de la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions dont le but est de créer une Fondation nationale sur le sujet. Annoncée par Emmanuel Macron à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en avril 2018, cette Fondation entend « rassembler toutes les mémoires de la France » et « transmettre l’histoire de la France mondiale ». Après une première tribune publiée le 23 novembre 2018 dans Le Monde, il accorde un entretien exclusif au Groupe de recherche Achac dans le prolongement des Ateliers de la fondation, journées de réflexion participative autour des missions de la Fondation, organisés les 24 et 25 novembre 2018.

 

Quelles sont les missions de la Fondation ?

Notre ambition peut se résumer en une phrase : faire enfin pleinement entrer l’esclavage et ses héritages dans la mémoire nationale de la France. La loi Taubira a rappelé cette nécessité. Mais il lui manquait l’institution nationale autonome et dotée de vrais moyens qu’elle appelait pour réaliser cette ambition.

La Fondation sera cet outil, pour travailler sur ces questions avec tous les partenaires à mobiliser : les chercheurs, les établissements scolaires – la question des programmes scolaires est essentielle –, les institutions culturelles et patrimoniales, les artistes, les associations, les élus, les entreprises…

 

Sur quels périmètre et thématiques historiques et mémoriels souhaitez-vous travailler ?

L’action de la Fondation se déclinera en trois objectifs, qui devraient être repris dans son objet statutaire :

– développer la connaissance et la transmission de l’histoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions comme partie intégrante de l’histoire de la France et du monde, en replaçant ce phénomène dans l’histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques et l’océan Indien ;

– rassembler les mémoires en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de cette histoire, dans toute leur richesse et leur variété ;

– promouvoir les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité et l’engagement de la France contre le racisme, les discriminations et les formes contemporaines d’esclavage.

 

En quoi la fondation va-t-elle se distinguer des actions ou des projets du Mémorial ACTe, du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes ou du Comité national pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage ? Avez-vous pour objectif de coordonner l’action de ces différentes institutions ?

Le Mémorial ACTe et le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes sont des lieux ouverts au public, ce que ne sera pas la Fondation, qui n’aura que des bureaux à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris. La Fondation sera une institution de mutualisation, de mise en réseau et d’accompagnement, et elle sera donc en rapport avec tous ces acteurs.

Le Mémorial ACTe en Guadeloupe sera évidemment un partenaire capital, en tant que centre national dédié à cette question, et institution majeure sur les Caraïbes et au-delà. Et la Fondation travaillera avec le Mémorial de l’abolition de Nantes, comme avec les autres sites et lieux de mémoire, les musées de Nantes et Bordeaux, la Maison de l’Armateur du Havre, le musée du Nouveau Monde de La Rochelle, La Route des Abolitions… je ne saurais tous les citer.

Quant au CNMHE, qui existe depuis 2004, lors des Ateliers de la Fondation, j’ai rendu hommage au travail essentiel qu’il a mené pendant près de 15 ans, sous la conduite de ses présidentes passées, Maryse Condé, Françoise Vergès et Myriam Cottias, et de son président actuel, Frédéric Régent. Dès qu’elle sera créée, la Fondation succèdera officiellement au Comité.

 

Quels liens voyez-vous ou faites-vous entre l’histoire de l’esclavage (jusqu’aux abolitions définitives en 1848) et l’histoire de la colonisation, qui se superpose à cette première période et va se poursuive jusqu’aux années 60 et même au-delà pour certains pays ou territoires ?

L’esclavage est un phénomène global qui a transformé radicalement le monde. La France d’aujourd’hui est l’héritière de cette transformation, qui a débuté avec les premiers contacts entre les Européens et les peuples d’Afrique et d’Amérique, puis qui s’est prolongé dans la traite et l’esclavage coloniaux, puis dans la seconde colonisation, laquelle n’a d’ailleurs pas fait disparaître le travail forcé, pas plus dans les « vieilles colonies » françaises, avec l’engagisme, que dans le reste de l’Empire.

Mais surtout, l’héritage de l’esclavage et des combats pour l’abolir ont perduré jusqu’à aujourd’hui : on en retrouve l’empreinte dans notre culture, dans nos valeurs, tout simplement dans la diversité française. C’est pourquoi les chercheurs aujourd’hui parlent de l’esclavage et du post-esclavage, et c’est une approche qui nous intéresse beaucoup.

 

Selon  vous, à quoi devrait ressembler un musée de la colonisation en France ? Est-il nécessaire d’imaginer un tel projet ?

Le travail de la Fondation sera important sur ce sujet, même si elle ne sera pas un musée ; et l’exemple de la Mission du Centenaire montre comment on peut renouveler la vision d’un événement historique sans être un musée, notamment en travaillant avec les institutions existantes. La Fondation le fera, avec des acteurs aussi divers que le musée d’Orsay ou le Mémorial ACTe.

Quant à doter la France d’un musée de la colonisation en général, qui raconterait cette part de notre histoire, sur cinq siècles et sur tous les continents, beaucoup le demandent et j’ai entendu aussi cette demande lors des Ateliers de la Fondation qui ont eu lieu le 24 et 25 novembre. Pour un sujet aussi majeur, ce sera au Président de la République d’en décider. La création prochaine de la Fondation pourra aider à cette réflexion.

 

Quel bilan tirez-vous des Ateliers de la Fondation que vous mentionnez ? En quoi est-ce une étape majeure ?

En organisant cette rencontre avec la société civile, que nous avions voulu ouverte et participative, nous ignorions si notre appel serait entendu. C’est pourquoi notre première satisfaction a été de voir que près de 200 personnes y ont répondu malgré la rapidité des délais d’organisation et qu’elles sont restées pendant deux jours pour débattre de ce que devrait être la Fondation.

Notre deuxième satisfaction a été la qualité des échanges, le respect entre les participants et le sentiment commun qui s’est dégagé d’une urgence à doter la France d’une institution nationale qui fasse la place à ces sujets. Il faut enrichir notre récit national, et le faire partager à tous nos concitoyens, pour conjurer les incompréhensions, les concurrences mémorielles, le racisme : c’est le message que tous ces militants, chercheurs, artistes nous ont adressé. Ces Ateliers sont aussi une leçon pour nous : nous devrons régulièrement créer des moments forts pour que la Fondation cultive ce lien qui a été créé ce week-end.

Cette réussite doit en appeler d’autres : d’abord achever les travaux de préfiguration de la Fondation. Les propositions des participants nous disent les priorités et les attentes. Nous les partagerons avec le gouvernement et les entreprises avec lesquelles nous sommes en contact, pour que la Fondation puisse être créée en 2019 comme prévu. Puis nous aurons à mettre en œuvre tous les projets et la tâche est grande.

 

Source ACHAC Newsletter #4 – 28 novembre 2018

VERS UNE RESTITUTION DES OEUVRES d’ART AU PATRIMOINE AFRICAIN…

Polémiques sur la question de la restitution

Il s’agit de rendre
au continent africain
une partie de son histoire

par Joseph Confavreux

vendredi 30 novembre 2018

 

Le rapport des universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain remis au président de la République le 23 novembre 2018 a provoqué de nombreux débats dans la presse. Nous reprenons ici, avec son accord, l’article que Joseph Confavreux a publié dans « Mediapart ». Avec un entretien avec Nanette Snoep, Néerlandaise, directrice des musées d’ethnologie de Dresde, Leipzig et Herrnhut en Allemagne après avoir travaillé quinze ans au Musée du Quai Branly.

Restitution du patrimoine :
« Il s’agit de rendre au continent africain
une partie de son histoire »

par Joseph Confavreux Source

Avant même d’être rendu officiellement au président de la République, vendredi 23 novembre, le Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain des universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, a suscité une polémique par voie de presse.

Les tirs de barrage des journaux conservateurs ont ouvert le bal. Le Point, ayant eu la primeur du texte, a mis en exergue un « vocabulaire inspiré des postcolonial studies » et questionné le fond d’un rapport préconisant, selon lui, de « tout rendre ou presque ».

Dans La Tribune de l’art, son fondateur, Didier Rykner y est allé au lance-flammes, jugeant que le rapport mettait « la France dans une position intenable ». Pour ce journaliste, « le choix de ces deux personnalités devait fatalement aboutir aux préconisations très inquiétantes de leur rapport », quitte à faire de Felwine Sarr un portrait largement fantasmé, deux citations trouvées sur Google suffisant à transformer l’économiste et écrivain sénégalais en proche des Indigènes de la République et en « fervent défenseur de Tariq Ramadan ». Ce qui expliquerait pourquoi « il ne fallait évidemment rien attendre d’autre de lui qu’une proposition de “restitutions” massives ».

À l’inverse, Libération titrait son édition du 21 novembre : « Art africain spolié : l’heure du retour », en l’accompagnant d’une photo pleine page d’une statuette africaine semblant se réjouir. Quant au Monde, son éditorial daté du 23 novembre mettait en avant le « risque pour les collections nationales » d’une « voie maximaliste » susceptible de les démanteler, collections dans lesquelles le nombre total de pièces africaines est estimé à plus de 90 000.

Quels sont alors les enjeux de cette séquence ouverte par la déclaration d’Emmanuel Macron, il y a un an à Ouagadougou, annonçant vouloir que « d’ici cinq ans les conditions [seraient] réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique » ? Panorama comparatif et éléments de réponse avec Nanette Snoep, Néerlandaise qui, après avoir passé 15 années au Quai Branly, est depuis 2015 directrice des musées d’ethnologie de Dresde, Leipzig et Herrnhut en Allemagne et prendra, à partir de janvier 2019, la direction du musée ethnographique de Cologne.

La déclaration faite par Emmanuel Macron à Ouagadougou le 28 novembre 2017 et le rapport rédigé par les universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy introduisent-ils une rupture dans la politique française vis-à-vis des collections des musées français issues du continent africain ?

Nanette Snoep : Nous sommes face à une véritable transformation, qui ne touche pas seulement la France, mais concerne toute l’Europe. Avant le rapport de Sarr et Savoy, j’ai eu le sentiment que la déclaration d’Emmanuel Macron avait eu un effet plus fort en Allemagne qu’en France, mais cela va sans doute changer !

Nanette Snoep © DR

Quoi qu’il en soit, nous sommes face à un changement d’ampleur dans la façon de penser les politiques culturelles, patrimoniales et muséales. Le débat sur la restitution des œuvres issues de l’héritage colonial et présentes dans les collections ethnographiques m’intéresse depuis longtemps, et cela va faire 20 ans qu’il est enclenché. Mais on assiste à une accélération puissante depuis au moins deux ans.

L’enjeu est-il posé de manière différente en Allemagne et en France, et cela est-il davantage lié à des passés coloniaux différents ou à des contextes post-coloniaux qui ne sont pas identiques ?

Il existe des différences importantes entre la France et l’Allemagne, ne serait-ce que parce que l’Allemagne a perdu ses colonies après la Première Guerre mondiale, tandis qu’en France, les effets de la colonisation demeurent encore très présents. Les relations économiques, démographiques, culturelles entre l’Afrique et la France sont incomparables avec celles qui existent avec l’Allemagne.

Depuis quelques années, on a assisté, en Allemagne, à un réveil du passé colonial, qui a longtemps été relégué derrière l’histoire de la Shoah. Mais l’Allemagne aborde la question des butins coloniaux à travers le travail qui a été fait sur la spoliation des biens juifs. Des lois, des méthodes de recherche et des cadres de restitution ont été établis à cette occasion. C’est d’ailleurs un même organisme, à Leipzig, qui s’occupe des biens juifs spoliés et a reçu pour mission de s’occuper des butins de guerres coloniaux.

Une autre différence est que le sujet est abordé de manière beaucoup plus pragmatique en Allemagne qu’en France. Après la déclaration de Macron faite à Ouagadougou, des demandes de restitution ont été adressées à Angela Merkel, sans qu’elle prenne position publiquement. Mais une commission a été mise en place, un rapport a été rendu au printemps dernier pour savoir quoi faire de nos butins coloniaux, et des recherches précises ont été lancées.

En France, le rapport annonce que beaucoup des œuvres des musées nationaux devraient être restituées et cela déclenche des réactions émotionnelles. J’ai d’ailleurs été surprise que personne ne réagisse, en France, vis-à-vis du choix de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, une historienne de l’art qui connaît bien la situation allemande. La question est maintenant de savoir si cela va avoir des conséquences ou si cela va rester un effet d’annonce.

Peut-on et faut-il distinguer, et si oui comment, les biens acquis dans les musées européens par des prises de guerre, par des collectes ethnographiques ou par des achats égaux ou inégaux ?

La distinction est importante. Quand on regarde les collections, certaines œuvres proviennent clairement de butins de guerre, par exemple pour le royaume du Dahomey. Quand on consulte les archives, on voit qu’à la fin du XIXe siècle, on en parle d’ailleurs ainsi, en toute transparence, tandis que, plus tard, on va éviter de prononcer ces termes.

Les collectes ethnographiques constituent une zone plus complexe, qui ont impliqué des ethnologues, des géographes, des missionnaires… On ne sait pas toujours comment les pièces sont arrivées dans les musées, mais on sait que, parfois, il s’agissait de vol, comme dans l’exemple souvent cité du journal de Michel Leiris confessant avoir dérobé un objet sacré au Mali, à l’occasion de sa participation à la Mission Dakar-Djibouti, une expédition dirigée par l’ethnologue Marcel Griaule au début des années 1930.

Membres de la Mission Dakar-Djibouti
au musée d’Éthnographie du Trocadéro, Paris 1931.

De gauche à droite : André Schaeffner, Jean Mouchet, Georges-Henri Rivière,
Michel Leiris, le baron Outomsky, Marcel Griaule, Éric Lutten,
Jean Moufle, Gaston-Louis Roux, Marcel Larget.

Les ethnologues partaient rarement seuls et souvent accompagnés de soldats. Dans l’inventaire de départ de cette même mission, dont une grande partie de la collecte se retrouve aujourd’hui au Quai Branly, on note ainsi la présence de nombreux fusils. Et même quand les ethnologues partent sans fusils, cela n’empêche pas les rapports de force.

Peut-on savoir dans quel contexte un chef religieux a pu livrer ses objets sacrés à un ethnologue ? Il existe des enjeux de pouvoir, financiers, symboliques et politiques, qui font qu’on n’est pas dans la même problématique que pour des butins de guerre, mais qu’on demeure toutefois dans des rapports de force.

Quant aux achats, ils ne sont pas non plus exempts de ces rapports de force. Les archives nous montrent des cas de personnes contraintes de céder leurs objets à vil prix. Quand on parle des biens juifs spoliés, on inclut d’ailleurs ceux des Juifs qui ont vendu, dès 1933, des œuvres par exemple pour financer leurs fuites, ou n’ont pas pu vendre au juste prix. Ces œuvres sont aujourd’hui considérées comme ayant été spoliées et à restituer, même s’il existe un acte d’achat. On sent aujourd’hui l’inquiétude des marchands sur le sujet, mais une preuve d’achat n’est pas une garantie suffisante de l’équité de la transaction.

Même s’il existe, dans tous les cas, des rapports de pouvoir, il demeure important de distinguer les différentes catégories d’appropriation du patrimoine africain, et donc de bien connaître le contexte de collecte. Les auteurs du rapport ont raison d’estimer que l’ethnologue ou le marchand doivent pouvoir prouver avoir acquis leurs objets de manière correcte, mais cela va être difficile.

Que pensez-vous du fait que le rapport demande que tout objet qui aurait été emporté sans le consentement explicite ou très vraisemblable des propriétaires ou gardiens des œuvres puisse être restitué aux pays africains qui en feraient la demande ?

Pour moi, la notion de consentement explicite est importante et les auteurs du rapport ont donc raison de l’employer, parce qu’on se trouve en effet le plus souvent dans une zone grisâtre. On peut très rarement, en effet, prouver le consentement explicite. Mais si je prends l’exemple des objets venant de Syrie qui sont arrivés ces dernières années sur le marché européen, en tant que directrice de musée, je refuse d’en acheter parce que je ne pense pas qu’il y ait eu de consentement explicite.

Le mérite de ce rapport est qu’il va obliger les directeurs de musée, les marchands, voire les usagers des musées, à réfléchir à leurs pratiques. Il me semble important et courageux de mettre ce motif du consentement au cœur de la question des restitutions, parce que les musées doivent repenser leur éthique de collecte. Ils ne peuvent plus se permettre d’acheter, parfois pour des millions d’euros, des objets sacrés circulant sur le marché de l’art européen en s’abritant derrière l’existence d’actes d’achat.

Felwine Sarr

Le rapport Savoy-Sarr n’aborde que l’Afrique noire. La question des revendications et des restitutions ne se pose-t-il pas de la même manière pour l’Afrique noire, le Maghreb, l’Océanie ou l’Asie ?

Comme l’a dit Emmanuel Macron lors de sa déclaration de Ouagadougou, il y a là un cas vraiment particulier, au sens où la grande majorité de l’héritage culturel et du patrimoine africain se trouve aujourd’hui dans les galeries et musées européens ou américains.

Ce n’est pas pareil pour l’Asie. Je suis néerlandaise et beaucoup de collections indonésiennes se trouvent aujourd’hui en Hollande. Mais si vous allez à Jakarta, vous trouvez des musées disposant de collections richissimes, et on ne peut donc pas dire que l’Indonésie soit dépourvue de patrimoine indonésien. Cela ne veut pas dire que les restitutions aux pays asiatiques ne soient pas justifiées et importantes, mais c’est sans doute moins urgent que pour l’Afrique.

Restituer certains objets, ce n’est pas seulement une question de patrimoine. Il s’agit de rendre au continent africain une partie de son histoire pour permettre aux Africains de prendre en main cette histoire. Pour moi, les restitutions peuvent donner une énergie au continent africain en lui offrant la possibilité de dire : « on a un patrimoine, on va s’en occuper et on va ainsi se projeter vers l’avenir », même si la manière de prendre en charge ce patrimoine ne sera pas la même que dans les musées européens.

L’important n’est pas seulement la restitution de l’objet, mais aussi de la partie de l’histoire dont l’Europe s’est emparée et qui demeure inaccessible aux Africains. Dans mon musée, je fais actuellement une exposition sur Kinshasa et le plus grand problème auquel j’ai été confrontée a été de faire obtenir des visas aux artistes que je voulais inviter.

Les musées allemands, britanniques ou français ne peuvent prétendre être des musées universels, ne serait-ce que parce que les Africains n’ont pas accès à la même mobilité que les Européens. Aujourd’hui, l’histoire du royaume de Dahomey se retrouve au Quai Branly, alors que les Béninois ne reçoivent pas de visas.

Bénédicte Savoy

Comment jugez-vous l’argument mis en avant par les plumes qui s’inquiètent du rapport Savoy-Sarr en expliquant qu’il n’est guère possible de savoir à quel pays rendre certains objets accaparés avant le dessin des actuelles frontières ?

C’est un mauvais argument, même s’il est vrai que si la France ou l’Allemagne ne veulent travailler qu’avec les États, on aura des soucis. Mais la restitution peut se faire à un village ou à un musée privé, il faut savoir dépasser le cadre des États ! Dans mes musées existe une grande collection en provenance de Namibie qui a été largement composée pendant les années du génocide des Héréros et des Namas, au début du XXe siècle, perpétré pendant la colonisation allemande.

Le Land de Saxe est prêt à faire des restitutions à des associations qui le demandent, alors que cela coince au niveau interétatique, entre l’Allemagne et la Namibie. Il existe plein de petits musées privés en Afrique qui sont tout à fait en mesure d’accueillir ces restitutions. On peut chercher d’autres partenaires que les musées nationaux. Et on peut tout à fait aussi imaginer qu’un objet sacré, par exemple, soit restitué au village d’où il provient.

Un argument récurrent, employé par exemple par La Tribune de l’art, est alors de craindre la mauvaise conservation, et de donner en exemple la façon dont, après les restitutions faites par les Belges au musée de Kinshasa dans les années 1970, les œuvres ont été pillées et dégradées.

Mais les choses ont évolué et on donne toujours ce même exemple, qui oublie que, pendant des décennies, les collections africaines ont souvent été très mal traitées et mal conservées en Europe. Aujourd’hui, les réserves du Quai Branly sont tout à fait bien, mais quand j’y suis arrivée, au milieu des années 1990, c’était loin d’être le cas ! Il faut être modeste quand on critique les Africains et la manière dont ils conservent le patrimoine…

Un autre argument entendu à l’encontre de ce rapport est qu’il va vider et détruire les collections. Que vaut-il ?

En Europe, nous avons des centaines de milliers d’objets en provenance du continent africain. Le Quai Branly [qui détient environ 70 000 objets en provenance d’Afrique – ndlr], comparativement aux musées allemands, ce n’est rien ! Rien que dans les musées de Saxe, nous avons 80 000 objets venant d’Afrique. À Berlin, il y a plus de 500 000 pièces issues des autres continents. La peur que les musées européens se vident est donc infondée.

Avez-vous déjà été confrontée à des demandes de restitution ?

Oui, par exemple de restes humains d’Hawaï. Un groupe d’Hawaïens a fait une première demande de restitution aux musées de Saxe en 1991, renouvelée tous les ans, mais restée sans réponse. Quand j’ai pris ma fonction de directrice, en 2015, cette demande était sur la table et il a fallu batailler pour la faire, et la faire dans des conditions respectueuses.

L’important n’est, en effet, pas seulement le fait de restituer. C’est important de savoir comment on fait pour restituer. On ne va pas se contenter d’envoyer par la poste, mais est-ce qu’on fait une cérémonie ou un rituel ?

Les restitutions peuvent être l’occasion de gestes de réparation et le socle de relations futures, de projets en commun. Il ne faudrait pas que les restitutions deviennent juste un moyen pour se débarrasser d’une histoire qui fait mal. Est-ce que le récit d’un vol d’objet doit rester au musée qui effectue la restitution ? Comment parler d’un objet qui a été rendu, mais dont le passé demeure ?

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