VOYAGE du PRESIDENT MACRON en AFRIQUE

Le président français Emmanuel Macron a créé la surprise lors de sa tournée en Afrique de l’Ouest en déclarant vouloir « un retour du patrimoine africain à l’Afrique ». Une phrase qui redonne de l’espoir au Bénin, après des mois de tractations.

« Le patrimoine africain (…) doit être mis en valeur à Paris, mais aussi à Dakar, Lagos, Cotonou », a déclaré le président français.

« Ce sera l’une de mes priorités. D’ici cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain à l’Afrique », a-t-il lancé.

Dans son discours à l’université de Ouagadougou, cette phrase a surtout résonné au Bénin, dont le président Patrice Talon a fait une demande officielle d’une restitution d’une partie du patrimoine béninois en juillet 2016.

Pour le président Talon, qui a notamment fait campagne contre l’influence de la France dans son ancienne colonie, le rapatriement de ces oeuvres permettra de « mieux faire connaître à nos populations la valeur de nos biens culturels et historiques » et « faire du tourisme un pilier majeur de l’économie béninoise ».

Irénée Zevounou, l’ambassadeur de la délégation du Bénin à l’UNESCO, estime que « 4.500 à 6.000 objets (béninois) sont en France, y compris dans des collections privées ».

L’accaparement des trésors du Royaume du Dahomey s’est fait lors des batailles coloniales entre 1892 et 1894, mais aussi par les missionnaires qui ont « dépossédé les populations de ce qu’ils considéraient comme des fétiches », explique M. Zevounou.

– ‘Historique’ –

« C’est la première fois qu’un président français aborde le sujet frontalement et fait part de sa volonté d’aller dans le sens de la restitution », écrivait aussitôt Marie-Cecile Zinsou, créatrice de la Fondation Zinsou à Cotonou sur sa page Facebook.

Le président Emmanuel Macron salue la foule à Abidjan le 30 novembre 2017

Le président Emmanuel Macron salue la foule à Abidjan le 30 novembre 2017 ( AFP/Archives / ISSOUF SANOGO )

« Il se pourrait que le discours de Ouagadougou marque un tournant majeur dans la suite des procédures », se réjouit cette amatrice d’art franco-béninoise.

De nombreux autres partisans d’un retour des oeuvres du royaume du Dahomey – trônes royaux, récades (sceptres royaux), portes sacrées du Palais d’Abomey, statues anthropomorphes… – se sont exprimés depuis, comme Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN).

Dans une tribune publiée dans la presse, le président du CRAN se félicite d’une « rupture historique » dans le débat, et propose que le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies participe aux négociations entre les deux pays: « il s’agit d’une question de culture, mais aussi d’un enjeu de droit ».

Le droit, c’est bien ce qui bloque dans ce dossier épineux et particulièrement sensible.

Les autorités françaises s’étaient jusqu’à présent rangé derrière « les principes juridiques d’inaliénabilité et d’imprescriptibilité (…) des collections publiques », pour argumenter leur refus de restituer des oeuvres, désormais tombées dans le patrimoine français.

Pour Yves-Bernard Debie, avocat spécialisé en droit du commerce de l’art, le discours « tranché » d’Emmanuel Macron rompt avec la tradition juridique française établie en 1566 par « l’édit de Moulins ».

« Depuis cette époque, le domaine royal devenu ensuite le domaine public, est inaliénable et imprescriptible. Il est interdit, sauf exceptions rares, au prince, roi ou Président de la République, de disposer de ce domaine. Les chefs d’Etat passent, le domaine public reste! », explique l’avocat à l’AFP.

Une telle restitution demanderait donc de changer la loi française.

« C’est peut-être un peu naïf de ma part, mais j’espére que les relations s’améliorent entre le France et ses partenaires d’Afrique », ose Ousmane Alédji, directeur du centre culturel béninois ARTISTTIK AFRICA. « Je préfère être aujourd’hui dans l’espérance du mieux ».

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LA CITE DES OUTRE MERS … un projet en sursis?

La   cité  des Outre-mer se fera « avec un an de retard », en « 2020 »,

a dit la ministre des Outre-mer Annick Girardin aujourd’hui sur Public Sénat.

« Elle aura lieu, cette Cité des Outre-mer, elle se fera, elle se fera avec un an de retard », a déclaré la ministre, précisant que le bâtiment sera prêt en « 2020 ».
« Rénover un bâtiment pour en faire une Cité des Outre-mer, c’est bien, penser son fonctionnement dans la durabilité, c’est mieux », a-t-elle dit.
Début novembre, elle avait annoncé aux députés que la Cité « existerait », mais que le projet avait « besoin d’être repensé » et d’être « davantage collectif », regrettant ainsi que le ministère de la Culture n’en soit pas « partenaire ».

Voir aussi : Le projet de cité des outre-mer

La Cité est destinée à promouvoir et valoriser les cultures, les arts, les traditions et coutumes des territoires ultramarins. Elle est une promesse de campagne de François Hollande, qui l’avait officiellement lancée le 17 mars au parc de La Villette à Paris.
La Cité devait être installée dans un ancien cinéma désaffecté du parc du nord-est parisien. Elle était censée ouvrir ses portes en 2019.

Source : AFP

ESCLAVAGE en LIBYE : MANIFESTATIONS et QUESTIONS à L’ASSEMBLEE NATIONALE

 

 

 

 

JEAN MARC AYRAULT ET LA FONDATION POUR LA MEMOIRE

J’ai été élève au lycée Colbert de Cholet dans les années 60. Jamais je n’y ai entendu parler du Code noir, ni même de l’esclavage ou de la traite. Vingt ans plus tard, alors que j’étais maire de Saint-Herblain, j’ai perçu les réactions hostiles lorsqu’un collectif associatif avait souhaité commémorer, à Nantes, premier port négrier français, le tricentenaire du Code noir. Aucun événement public n’avait été alors organisé. Elu maire de Nantes en 1989, j’ai voulu que cette histoire puisse être dite, enfin. Ce fut l’événement «les Anneaux de la mémoire», en 1992, première grande exposition française consacrée à l’histoire de l’esclavage et de la traite. Son immense succès a déclenché en France un grand mouvement de prise de conscience, à un moment où la communauté internationale décidait elle aussi de se saisir du sujet avec la création, par l’Unesco, du projet de la Route de l’esclave.

Ce mouvement a poussé Nantes à aller plus loin encore. Des salles permanentes sont désormais consacrées à la traite au Musée d’histoire de Nantes et sont parmi les plus visitées. Depuis 2012, un mémorial, sur les bords de la Loire, permet à chacun de méditer sur les enseignements de cette part de notre histoire. Il ne s’agit pas de se complaire dans une repentance qui nous enferme dans le passé ; il s’agit de bâtir un avenir en commun sur une mémoire partagée.

Car ce passé nous oblige. Il nous oblige d’abord à la reconnaissance. C’est la raison pour laquelle, en 1999, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, j’ai prononcé le discours d’explication de vote du groupe majoritaire en faveur de la loi Taubira, qui a reconnu, en 2001, la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

Il nous oblige surtout à la transmission, afin que tous les élèves sachent ce que furent l’esclavage et la traite. Afin que tous les élèves apprennent la façon dont les combats et les résistances des esclaves et des abolitionnistes ont façonné notre histoire républicaine. Afin qu’ils comprennent comment cette histoire s’est ensuite prolongée dans l’aventure coloniale française. Afin qu’ils découvrent, enfin, l’héritage et l’inventivité de ces sociétés métissées, créolisées, toutes ces richesses qu’elles continuent d’apporter au monde et à notre pays, à notre culture, à notre langue.

Ne nous méprenons pas. Il ne s’agit pas d’une histoire régionale, qui ne concernerait que quelques territoires, dans l’Hexagone et outre-mer. Il s’agit de notre histoire nationale, de cette «histoire mondiale de la France» qui est tout simplement l’histoire de la diversité française. C’est cela que nous devons transmettre : la plénitude de notre récit national, dans toutes ses composantes.

Nous devons faire cet effort pour cette jeunesse qui cherche ses racines dans le récit national français et qui ne les retrouve pas, faute qu’on les lui ait montrées.

Nous devons faire cet effort pour toutes celles et ceux qui portent en eux une part de cette histoire, et qui ont parfois l’impression que la République les ignore ou les oublie. Nous devons aussi le faire pour notre pays tout entier, pour nous aider à comprendre ce que nous sommes aujourd’hui, à l’unisson avec les pays qui nous sont à jamais liés par cette histoire, sur tous les continents, et d’abord en Afrique et en Amérique.

Ces dernières années, des progrès ont été accomplis, grâce aux associations et aux militants de la mémoire, grâce, aussi, aux collectivités territoriales, qui ont pris des initiatives comme le Mémorial Acte en Guadeloupe, les salles permanentes du Musée d’Aquitaine à Bordeaux ou les sites de la Route des abolitions dans l’Est de la France.

Mais il manque une institution nationale qui donne à cette politique les moyens, les compétences et la visibilité qu’elle mérite. La mémoire nationale est un tout dans lequel chacun doit se retrouver, où chacun découvre ce qui est en commun, ce qui est partagé.

La France a développé, depuis une quinzaine d’années, une expertise dans la construction de politiques mémorielles modernes et populaires, associant les chercheurs, les enseignants, les créateurs, la presse, les collectivités territoriales, les citoyens eux-mêmes. Qui dira que la mémoire de l’esclavage et de son héritage ne mérite pas un tel effort ?

C’était le projet de Jacques Chirac qui, après avoir mis en œuvre la loi Taubira en fixant au 10 mai la Journée nationale qu’elle a instituée et en installant le comité pour la mémoire de l’esclavage qu’elle a créé, avait demandé à Edouard Glissant, en 2006, de lui proposer la création d’un Centre national pour les mémoires des esclavages et de leurs abolitions. C’est le projet que porte la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions, que je préside depuis le 19 mai.

Créée à l’initiative du président de la République, François Hollande, sous la forme d’un groupement d’intérêt public, cette structure réunit l’Etat, de grandes institutions, des personnalités qualifiées et des associations, rassemblés dans un seul but : jeter les bases de cette institution nationale qui rassemblera notre pays autour de son histoire, qui soutiendra les initiatives locales, les artistes, les chercheurs, les enseignants qui travaillent à la transmettre, qui mobilisera tous les outils modernes au service de ce projet.

Alors que nous célébrerons, l’an prochain, le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage et le 70e anniversaire de l’adoption, à Paris, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous travaillons à ce que ces anniversaires se traduisent par un acte fort, signifiant et porteur d’avenir dans la France du XXIe siècle.

C’est le sens de cette Fondation : faire en sorte que le passé nous rassemble pour construire un avenir partagé qui nous ressemble. C’est la raison de mon engagement.

Esclavage en Libye : « Il ne faut pas être naïf et faire semblant de tout découvrir », estime Jean-Marc Ayrault

Le président de la « Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions » prend la parole concernant les récentes révélations de CNN, et défend l’idée d’une Fondation pour la mémoire de l’esclavage, dans un entretien à La1ere.fr.

L'ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, dans son bureau du Ministère de l'Outre-mer © Valentin Deleforterie/la1ere
© VALENTIN DELEFORTERIE/LA1ERE L’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, dans son bureau du Ministère de l’Outre-mer
  • Par Valentin Deleforterie
  • Publié le 

Premier ministre et ministre des affaires étrangères sous le quinquennat de François Hollande, Jean-Marc Ayrault est depuis quelques mois à la tête de la « Mission de la mémoire pour l’esclavage, des traites et de leurs abolitions ». Le scandale dévoilé par CNN l’a profondément indigné. Toutefois, l’ancien maire de Nantes n’est pas surpris.

« Malheureusement il faut savoir que ça existe. Il ne faut pas être naïf et faire semblant de tout découvrir. Les Nations-Unies évaluent les personnes en situation d’esclavage, de travail forcé -sexuel ou non-, à 20-30 millions. Difficile d’avoir un chiffre précis mais ça donne la quantité du problème à l’échelle de l’humanité. On en a pas fini avec l’esclavage ».

A noter que certaines associations et organisations avancent des chiffres bien plus élevés que Jean-Marc Ayrault. Anti-Slavery International évoque par exemple 40,3 millions d’esclaves modernes (victimes de travail forcé, de déshumanisation, de restrictions à la liberté de mouvement).

Faire intervenir le HCR

Peu de solutions ont jusqu’à présent été mises en avant pour remédier au problème de l’esclavage en Libye. Jean-Marc Ayrault préconise une intervention rapide du Haut-Commissariat aux Réfugiés, associée à une augmentation des moyens alloués à l’institution.

« La Libye n’a pas de véritable Etat depuis la chute de Kadhafi, elle est dans une situation encore pire, ce qui peut amener énormément d’exactions. Il est important que le HCR puisse intervenir partout en Libye, et surtout qu’on le dote de moyens. Si une décision devait être prise au niveau européen, ça pourrait être celle-là. Ce n’est pas la seule chose qu’il faut faire, mais celle-là pourrait être faite vite.« 

Le soutien à l’Afrique

Au-delà de la solution à court-terme, Jean-Marc Ayrault évoque également le soutien financier et humain octroyé à l’Afrique. L’enrayement de problèmes comme l’esclavage passe selon lui par une augmentation de ce soutien.

« Cela passe par des décisions courageuses et des moyens. Je pense en particulier à l’engagement que la France doit encore amplifier et que l’Europe doit également porter qui est celui du soutien à l’Afrique dans son énorme défi de développement. Les sociétés civiles africaines sont considérables, leurs jeunesses ont énormément d’idées. Il faut qu’elles se sentent reconnues et soutenues. Je pense que nous avons un rôle à jouer qui est très important. Nous le jouons déjà mais nous pouvons faire encore mieux. »

La Fondation de la mémoire

Jean-Marc Ayrault a enfin évoqué la « Fondation pour la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions » qu’il souhaite mettre en place. Le projet pourrait se décliner sous forme de lieu de mémoire, de centre de ressources qui pourrait soutenir des initiatives de recherches, d’évènements et de rencontres. Face aux critiques sur le caractère clivant que pourrait avoir une telle initiative, l’ancien Premier ministre a tenu à mettre en avant l’objectif de fédérer les Français autour d’une histoire commune.

« Pour la jeunesse française, notamment d’origine ultramarine ou africaine, il y a le besoin de connaître ses racines et son histoire. L’occulter c’est affaiblir cette capacité à trouver sa place dans notre société. Il est aussi important que la République n’ignore aucune discrimination ou souffrance, et qu’elle donne en même temps à chacun sa chance. Ce n’est pas pour chercher à culpabiliser ou diviser, mais pour rassembler. Plus nous sommes clairs sur notre histoire et sur nos responsabilités, plus on est forts aussi pour affronter les défis du futur. L’objectif est de réconcilier les mémoires, pas de faire la concurrence des mémoires. »

 

La France et l’aide publique au développement

A l’heure actuelle, la France est le cinquième contributeur mondial d’aide publique au développement avec 8,1 milliards d’euros donnés chaque année. 45% des aides sont destinées à l’Afrique. La France ne respecte cependant pas la résolution adoptée aux Nations-Unis en 1970, visant à ce que chaque pays économiquement avancé reverse 0,7% de son PIB dans les aides au développement.

LA GUERRE A COLBERT ET AUTRES

Le CRAN appelle à débaptiser les rues Colbert et à déboulonner ses statues

A l’initiative de Louis-Georges Trin, président du Cran, et du philosophe Louis Sala-Molin, plusieurs personnalités demandent que le nom de Colbert, ministre de Louis XIV et acteur de la légalisation de l’esclavage, soit retiré de l’espace public.

La statue de Jean-Baptiste Colbert et Louis-Georges Tin, président du Cran © Leemage - JEAN-PIERRE MULLER / AFP
© LEEMAGE – JEAN-PIERRE MULLER / AFP La statue de Jean-Baptiste Colbert et Louis-Georges Tin, président du Cran
  • La1ère
  • Publié le , mis à jour le 
Louis-Georges Tin, le président du Cran, le Conseil représentatif des associations noires de France s’insurge qu’aujourd’hui en France des collèges, des lycées ou encore des rues puissent porter le nom de Colbert, un homme, selon lui,  « acteur de la légalisation de l’esclavage »et « coupable de crime contre l’humanité ».

Au mois d’août dernier, Charlottesville dans l’Etat de Virginie, est devenu le théâtre d’une importante manifestation rassemblant l’extrême droite américaine, des néo-nazis aux membres du Ku Ku Klan. « Rares sont ceux qui ont évoqué ce problème dans le contexte français » s’insurge Louis-Georges Tin, dans une tribune publiée dans le Monde ce dimanche. Il estime que « la question des emblèmes de l’esclavagisme se pose également dans notre pays ».

Le Cran réclame le remplacement de ce qu’il appelle « les statues de la honte », comme celle de Jean-Baptiste Colbert, auteur du Code Noir, à l’Assemblée nationale, par des figures de personnalités ayant lutté contre l’esclavage et le racisme. Et le président du Cran d’énumérer les noms de rues portant des noms comme Balguerie et Gradis à Bordeux, Grou et Leroy à Nantes ou encore Masurier et Lecouvreur au Havre.

Conscient de ne pouvoir demander à la France de modifier tous les symboles liés à l’esclavage dans l’espace public, Louis-Georges Tin affirme néanmoins que l‘ »on ne peut pas non plus ne rien faire, en restant dans le déni et dans le mépris, comme si le problème n’existait pas. Entre ceux qui disent qu’il faut tout changer et ceux qui disent qu’il ne faut rien changer, il y a probablement une place pour l’action raisonnable. »

Le président du Cran propose de se concentrer sur les collèges et les lycées Colbert. « Parce que le ministre de Louis XIV est celui qui jeta les fondements du Code noir, monstre juridique qui légalisa ce crime contre l’humanité. Et le président du Cran d’ajouter, « Colbert est aussi celui qui fonda la Compagnie des Indes occidentales, compagnie négrière de sinistre mémoire. »

Certaines rues des principaux anciens ports négriers de l’Hexagone ont conservé les noms des acteurs de la traite des Noirs au XVIIIe siècle.

Nicolas Enault
France Télévisions
Mis à jour le 26/08/2017 | 15:06
publié le 26/08/2017 | 0

 

« Nos héros sont aussi des bourreaux. » Près de 170 ans après l’abolition définitive de l’esclavage en France, des acteurs du commerce négrier sont encore honorés dans les rues de certaines grandes villes de métropole. Aux Etats-Unis, le débat sur le déboulonnement des monuments en hommage aux personnages illustres des Etats confédérés (les Etats du Sud, qui étaient favorables à l’esclavage) se poursuit. Et ce après le rassemblement de plusieurs factions de l’extrême droite à Charlottesville, qui s’est terminé par la mort d’une contre-manifestante, tuée par James Fields, un sympathisant néonazi.

En France, en 2014, la Fondation du mémorial de la traite des Noirs, une association bordelaise dirigée par l’écrivain franco-sénégalais Karfa Diallo, avait lancé une campagne intitulée « Rebaptisez les rues de négriers » à la veille des élections municipales dans les villes portuaires qui ont joué un rôle dans le commerce triangulaire. La fondation avait ainsi listé une cinquantaine de rues portant des noms d’armateurs négriers à Bordeaux, La Rochelle, Le Havre, Marseille et Nantes. Ces hommes, qui ont fait fortune dans la traite des esclaves, ont souvent eu de grandes carrières politiques et étaient, pour la plupart, issus de puissantes familles qui ont donné leur nom à des artères de leur ville d’origine. Pour l’association, il ne s’agissait pas de « jeter l’opprobre sur des municipalités ou des familles entières, mais plutôt d’engager un travail de mémoire apaisé, loin de toute repentance ». La campagne n’avait pas été suivie d’effets concrets.

Nous avons représenté sur cinq cartes les avenues, rues et places de ces villes qui, selon la Fondation du mémorial de la traite des Noirs, portent encore les noms de ces négriers.

Bordeaux : 21 rues

Dans la capitale de la région Nouvelle-Aquitaine, on trouve 21 rues portant de noms de personnalités qui ont joué un rôle dans le commerce triangulaire. C’est le cas, par exemple, de la rue Saige, baptisée en l’honneur de François-Armand de Saige, maire de Bordeaux entre 1790 et 1793. Lui-même n’était pas négrier, mais il était issu d’une célèbre famille qui avait pratiqué la traite négrière. Interrogé en 2014, l’adjoint en charge de la diversité à la mairie de Bordeaux estimait que débaptiser les rues était « trop complexe ». Par ailleurs, il ne voulait pas « stigmatiser les descendants » de certaines familles.

 

Nantes : 8 rues

Dans la capitale de la région Pays de la Loire, huit rues ont été épinglées par la Fondation du mémorial de la traite des Noirs. La rue Guillaume-Grou, par exemple, honore un négociant et armateur local dont la fortune se constitua grâce à la traite négrière au XVIIIe siècle. Si la mairie n’a pas souhaité débaptiser ces rues, elle a inauguré en 2012 un Mémorial de l’abolition de l’esclavage et créé un « parcours urbain » sur ce thème.

 

Marseille : 5 rues

A Marseille, cinq rues ont été pointées par la Fondation du mémorial de la traite des Noirs. L’une d’entre elles porte le nom de Colbert, en l’honneur du célèbre ministre de Louis XIV, qui fut notamment secrétaire d’Etat à la Marine. Mais l’homme politique est aussi celui qui élabora la première mouture du Code noir, un texte destiné à donner un cadre juridique à l’exercice de l’esclavage dans les Antilles françaises.

 

La Rochelle : un square

A La Rochelle, un square honore une des plus grandes familles d’armateurs locaux, les Rasteau. Leurs activités de négoce étaient multiples, et la traite des Noirs en faisait partie. En 1783, ils armèrent par exemple le navire La Rosalie, dont les cales étaient chargées de 573 esclaves.

 

Le Havre : une rue

La rue Jules-Masurier, au Havre, honore la mémoire de cet armateur qui participa à la traite des Noirs jusqu’en 1862, soit quarante-sept ans après son abolition en France. L’affaire éclata au grand jour lorsqu’un de ses navires fut incendié volontairement à Cuba. Le scandale avait à l’époque contraint Jules Masurier à démissionner de la Chambre de commerce du Havre, mais ne l’empêcha pas de prendre la tête de la mairie quelques années après, de 1873 à 1878.

 

LA  REPONSE  DU Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage

 

Quand la guerre des mémoires éradique l’Histoire

Nous sommes concernés par les prises de position récentes autour de la demande de débaptiser les lieux publics du nom de Colbert, à partir d’un argumentaire qui met l’accent sur le fait que le nom de Colbert est lié à deux piliers du système esclavagiste colonial de l’Ancien Régime, le Code noir pour la théorie, et les Compagnies de commerce pour la pratique. Cette demande est portée, notamment, dans une pétition dont les initiateurs principaux sont Louis-Georges Tin, du C.R.A.N, et Louis-Sala Molins  philosophe  et  professeur des universités.

Nous ne sommes pas favorables à cette demande, sur le fond et sur la forme.

Des faits discutables.

Relevons quelques erreurs et incohérences dans l’argumentaire. L’Edit sur la police des esclaves, ultérieurement vulgarisé sous le nom de Code Noir, qui porte le nom de Colbert, date de mars 1685. Or, Jean-Baptiste Colbert, celui qui est célébré au fronton des bâtiments publics, est mort deux ans plus tôt, en 1683. Le Colbert de l’Edit est son fils, Colbert de Seignelay.

En revanche, Jean-Baptiste Colbert est bien celui qui a restructuré la Compagnie des Indes, en regroupant toutes les compagnies antérieures en deux secteurs géographiques, Orient et Occident.

Réformateur, et non fondateur, puisque toutes les compagnies pratiquant le commerce colonial, et notamment la traite des esclaves, existaient bien avant qu’il n’occupât  le ministère du Commerce.

Enfin, il est surprenant de s’offusquer de la contradiction entre le nom de Colbert et la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité », puisqu’il existe un décalage de plus d’un siècle entre les deux. La Révolution française, en célébrant Vauban, Turenne, ou Jean Bart, grands serviteurs de la monarchie, n’a pas manifesté une telle passion éradicatrice.

Il faut être attentifs aux contextes croisés.

Il faut élargir le propos. Le problème réside dans la confrontation entre deux mises en contexte. Si la tâche primordiale de l’historien est la contextualisation, celle-ci présente une double dimension, savoir replacer un acteur dans son époque, et tenir compte de la demande actuelle de fractions de nos concitoyens qui s’estiment légitimement victimes d’une action entreprise dans un passé révolu. En l’occurrence, reconnaître chez Colbert à la fois la volonté de rationaliser un mode de production esclavagiste qui n’était guère contesté à son époque, et le souci du service public ; et admettre que les esclaves et leurs descendants sont les victimes d’un crime contre l’humanité, pour lequel l’Etat français porte une lourde part de responsabilité.

Oublier ou déformer le passé conduit à une impasse tragique.

La façon de régler un problème d’éducation et d’intégration est-il d’effacer les traces laissées par l’Histoire dans notre patrimoine commun ? Nous répondons par la négative. L’abbé Grégoire en son temps, franc républicain et ami des Noirs, avait fermement condamné le vandalisme qui consiste à détruire les traces symboliques du passé monarchique et féodal. Le même problème se pose aux Etats-Unis avec les statues des généraux sudistes, en Europe de l’Est avec les nombreuses empreintes du régime totalitaire.

Condamner le passé à l’oubli, outre le risque de le revivre, témoigne d’une conception héroïque de l’Histoire. Un personnage public n’est pas monolithique, prisonnier pour la postérité d’une seule action, enfermé dans une image univoque. Il est complexe et contradictoire, comme le réel. Sortons de cette vision manichéenne, qui oppose tout d’un bloc les héros et les salauds. Substituer des figures héroïques à d’autres qui auraient failli ne changera rien au problème, car nous savons bien que Toussaint-Louverture, ou Louis Delgrès, portaient aussi les contradictions de leur temps et de leur condition. Décapiter la statue de Joséphine relève de la magie, et non de la pédagogie.

Alors, que faire ?

Essayons de manier la plume, plutôt que de brandir les ciseaux ou le burin. Nous préconisons une pédagogie plurielle et collective. L’enseignement de l’Histoire est certes central dans la construction d’un récit critique commun ; mais il faut beaucoup de temps et de patience pour retisser une trame rompue, et pour combattre les mythologies et les approximations véhiculées par la désinformation en réseaux. Les collectivités publiques peuvent contribuer à répandre les informations historiques indispensables au moyen de panneaux explicatifs, ou de brochures, à l’abord des monuments publics, ou bien aider les musées et les archives à organiser des expositions, des conférences pour le grand public.

Paris, le 16 novembre 2017

Les ASSISES DE l’OUTRE MER selon Emmanuel MACRON

Emmanuel macron à Cayenne le 28 octobre (photo MJ/France-Guyane)

Emmanuel macron à Cayenne le 28 octobre (photo MJ/France-Guyane)

Economie et formation professionnelle au coeur des assises

Dans son discours de lancement des assises des Outre-mer à Cayenne, samedi dernier, le président de la République a longuement développé la philosophie des ambitions que sa ministre aura à coordonner.

A travers son discours, il a anticipé la réponse des critiques des parlementaires sur son premier budget…

« Je crois à l’investissement dans des filières économiques, aux aides aux entreprises pour baisser le coût du travail et à une politique de formation et d’insertion. » Emmanuel Macron veut faire de la commande publique le levier du développement de filières locales avec « des critères d’emplois locaux, des critères sociaux, même des critères environnementaux » et bien sûr en « simplifiant les règles ». Et tandis que les parlementaires ont pointé la « désanctuarisation » de la ligne budgétaire unique (qui sert à financer le logement social), le président a dit ce qu’il entendait faire pour le BTP et le logement : « Son financement sera stabilisé sur la durée du quinquennat. » Il a ainsi annoncé qu’un projet de loi logement serait présenté avant la fin de l’année avec un chapitre outre-mer.

Le président plaide encore pour la modernisation des infrastructures touristiques : « L’Etat, la Caisse des Depôts et Consignations doivent venir en soutien dans une stratégie qui a commencé à se déployer pour l’Hexagone et qui a trop largement oublié les Outre-mer « .

Le président assure encore que la commande publique participera aussi à structurer la filière énergétique et renouvelable, à réduire les délais de réalisation et adapter la programmation pluriannuelle énergétique (PPE) aux réalités des territoires.

Même pragmatisme avec la filière agricole et agroalimentaire où il veut, partout, augmenter la production et la consommation locale, notamment à la Martinique et à la Guadeloupe où le taux de dépendance alimentaire est supérieur à 60% voire 80% dans certains endroits. Le président suggère de développer des stratégies de culture polyvalente « pour construire une vraie souveraineté alimentaire de nos Outre-mer qui sera un des facteurs de la lutte contre la vie chère. » Pour cela, Emmanuel Macron recommande une stratégie de formation des jeunes pour répondre aux besoins locaux.

Formation et mobilité

Le président compte « transformer la politique de formation sur les territoires pour éviter d’imposer des milliers de kilomètres aux uns et aux autres ». C’est le début de l’explication de la suppression de 13 % du budget de Ladom dans le budget en cours d’examen. Le président rappelle d’abord qu’il va investir 15 milliards pendant ce quinquennat pour l’action en matière de formation et d’éducation. Mais il veut aussi que l’on « repense profondément l’aide à la mobilité ». Ce sujet sera au cœur des assises notamment à la Guadeloupe et la Martinique : « Nous devons développer des formations aux Antilles pour réussir dans les filières qui sont adaptées. Et ça vaut aussi pour la Guyane (…) Il est complètement fou de voir aujourd’hui des jeunes qui vont aller chercher des formations qualifiantes en Hexagone pour des besoins en emplois sur les territoires ! » Le projet présidentiel est donc d’investir sue part de ces 15 milliards dans la formation et de diminuer de 10 à 15 % chaque année le budget de Ladom, soit 50 % en cinq ans. Il s’en explique ainsi : « Ce n’est pas de la dépense de fonctionnement, c’est de l’investissement d’avoir des formations de qualité… »

Emmanuel Macron veut non seulement éviter les départs, mais il veut également « accompagner sur le plan tarifaire les retours ». Il en est ainsi de l’initiative de la Région Réunion qui finance 100 000 billets par an. « Je veux que l’Etat puisse être non seulement à vos côtés mais aux côtés de toutes les collectivités pour là aussi développer ces facilités. »

Au-delà des grands sujets régaliens (justice, sécurité, santé), le président a insisté sur « l’esprit de responsabilité (qui) doit être partagé par tout sur chaque once de ce territoire parce que le combat que quelques-uns d’entre vous menez, c’est un combat digne, fort, il est plus dur que de s’habituer aux facilités passées. »

Churchill concluait un semblable discours en promettant du sang, de la sueur et des larmes !

FXG, à Paris

Les ateliers évoqués

Fonction publique

Un chantier sera ouvert avec le directeur général de la fonction publique Thierry LE GOFF avec les organisations syndicales et les DRH des ministères. Emmanuel Macron a rappelé son engagement à ne pas toucher aux 40 % de sur-rémunération, mais cette position aura « à terme vocation à bouger ». Pour autant, le président est prêt pour « une vraie politique d’attractivité (…) en valorisant la carrière de nos concitoyens ultramarins là où ils sont nés » afin que « la fonction publique d’Etat ressemble aux territoires qu’elle administre ». Pour cela, il veut des filières d’excellence. Là aussi des conclusions sont attendues pour l’été.

Collectivités publiques

Emmanuel Macron s’engage pour maintenir les dotations des 319 collectivités publiques territoriales sur la durée du quinquennat. En échange de quoi, il leur demande une profonde restructuration (« investir davantage et peut-être de dépenser moins en fonctionnement »). Cela aussi doit faire l’objet d’un chantier.

Erasmus régional

Le président a indiqué avoir « poussé l’Union européenne en ayant un Erasmus adapté ». Un dispositif qui permettrait aux jeunes guyanais d’aller faire des échanges universitaires au Brésil, en Colombie ; les Réunionnais, à Madagascar ou en Afrique et les Antillais dans la Caraïbe

Un statut international des lieux de naissance  

Le chef de l’Etat a indiqué être « prêt à réfléchir à un statut international des lieux de naissance et des zones frontalières » sans remettre en causel’aide médicale d’Etat. Il a ainsi voulu aborder la question de l’attractivité de nos territoires avec leurs structures de santé et la question du droit du sol… Il invite aussi à bâtir une coopération en matière de santé avec les Comores, « pour éviter un tourisme sanitaire qui conduit ensuite à des installations dans la durée ». Une ligne valable également pour la Guyane, voire Saint-Martin.

Congés bonifiés et billets d’avion

« Les congés bonifiés tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui ne sont plus adaptés à un temps où il fallait prendre le bateau durant des mois pour rejoindre sa famille. » Le président propose de permettre des retours plus fréquents et une politique de billets d’avion beaucoup moins chers. « Aujourd’hui, a-t-il dénoncé, c’est un système d’entente en quelque sorte sur le dos des personnes et des finances de l’Etat, où on fait payer plusieurs milliers d’euros de plus le billet d’avion à celui qui revient pour son congé bonifié… » Il propose donc une politique de concurrence « beaucoup plus vigilante pour les monopoles dans chacun de nos territoires, (…) comme pour les compagnies aériennes et leur politique tarifaire. »

Congés bonifiés : Emmanuel Macron veut des retours plus fréquents et des billets moins chers

 

(Photo d'illustration) © PATRICE COPPEE / AFP
© PATRICE COPPEE / AFP (Photo d’illustration)
  • La1ère.fr
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« Nous devons revoir les congés bonifiés tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui », a déclaré Emmanuel Macron, samedi 28 octobre, lors de sa visite en Guyane. Dans son discours d’ouverture des Assises des Outre-mer à la préfecture de Cayenne, le chef de l’Etat a estimé que les congés bonifiés actuels n’étaient « plus adaptés à un temps où il fallait prendre un bateau pendant des mois pour rejoindre sa famille ».

Retour plus fréquents

Emmanuel Macron veut désormais permettre « des retours plus fréquents avec une politique qui incite aussi à avoir des billets beaucoup moins chers ». Il a dénoncé un système actuel « d’entente en quelque sorte sur le dos des personnes et des finances de l’Etat ».

Vigilance sur les prix des billets

« On fait payer plusieurs milliers d’euros de plus le billet d’avion à celui qui revient pour son congé bonifié, a déploré Emmanuel Macron. Il faut pouvoir revenir plus vite, plus facilement, avec là aussi des politiques tarifaires plus adaptées ».

Le Président de la République veut une « politique de concurrence beaucoup plus vigilante pour les monopoles dans chacun de nos territoires, ce sera aussi ce que nous ferons pour nos compagnies aériennes et leurs politique tarifaire ». Une déclaration saluée immédiatement par les élus et la ministre des Outre-mer présents dans l’assistance.

Décret de 1987

Tous les fonctionnaires originaires des Outre-mer peuvent prétendre aux congés bonifiés. C’est un décret de juillet 1987 qui en détermine les critères encore en vigueur aujourd’hui (naissance dans un DOM, scolarisation et présence de la famille là-bas, etc.). Ce congé équivaut à 30 jours supplémentaires de congés tous les trois ans, avec le prix du billet payé par l’employeur.

NE PAS CONFONDRE …

LA MARTINIQUE N’EST PAS LA CATALOGNE, ON N’Y TROUVE PAS LES MÊMES INDÉPENDANTISTES


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Tribune – Yves-Léopold Monthieux | Au moment où la revendication indépendantiste de la Généralité de Catalogne fait chanceler l’Espagne et trembler les autres Etats européens, on est en droit de s’interroger sur le silence abyssal des partis indépendantistes martiniquais. On n’ose penser que la « tremblade » touche aussi ceux qui ont toujours inscrit leur raison d’être de militant politique dans la lutte pour l’accession de la Martinique à l’autonomie ou à l’indépendance. Tout au plus, quelques intellectuels présomptueux trouvent des similitudes entre la Catalogne et la Martinique. C’est peu dire qu’ils ne sont pas entendus au sein des nombreux partis indépendantistes et autonomistes et par les élus qui les représentent au sein des instances locales et nationales.

L’autonomie et l’indépendance, une affaire de riches

Au-delà de la question identitaire qui la sous-tend, l’indépendance des  régions est une question essentiellement économique. Toutes les revendications séparatrices s’appuient sur un substrat identitaire, mais seules souhaitent se détacher de leurs métropoles respectives, ou menacent de temps à autre de le faire, les régions qui s’estiment assez riches pour faire vivre leurs populations. C’est bien entendu le cas de la Catalogne, mais aussi de l’Ecosse, la Flandres, l’Italie du nord, l’Alsace, St Barthélémy. L’autre particularité de ces régions participe de l’égoïsme et l’absence de solidarité des peuples : les pays riches refusent de partager avec les pays moins riches. Ce manque de solidarité qui est contraire à l’esprit de l’Europe n’est pas un gage de bienvenue au sein de la Communauté. On peut s’étonner  que les anticolonialistes martiniquais ne s’émeuvent pas de ce esprit de non-partage dont les premières victimes sont les pays pauvres.

Les exceptions françaises de la Corse et de la Martinique

La Martinique et la Corse sont les deux exceptions françaises de régions dirigées par des élus indépendantistes et qui n’ont pas les moyens économiques de leur émancipation. Ces deux curiosités territoriales ont plusieurs points communs. Sous l’air de l’anecdote, le premier relève de l’histoire et renferme une contradiction. En effet, l’Île de Beauté a donné à la France un empereur et l’Île aux Fleurs, une impératrice, l’épouse du premier. Mais tandis que les Corses vénèrent Napoléon (facteur d’intégration), les Martiniquais détestent Joséphine en peinture et en …effigie (élément d’exclusion). Par ailleurs, ces territoires qui pratiquent sans angoisse l’art de la contradiction se rejoignent dans la même schizophrénie. Ils expriment leur désir de manifester leur identité en dehors de la France, mais se délectent des agréments de l’assimilation. Il s’ensuit qu’à l’instant même où ils sont mis au devant de la moindre possibilité de succès de leur revendication, ils freinent des 4 fers. Ainsi, les indépendantistes corses soutiennent leurs homologues catalans, mais en disant bien fort qu’ils ne sont pas, eux, prêts pour l’indépendance de leur île, qu’ils prônent depuis des décennies. Quant à la revendication martiniquaise, elle ne franchit pas les rivages de la Martinique. S’il est possible que les bombes et les morts donnent aux Corses le droit moral de siéger aux colloques internationaux sur la décolonisation, les anticolonialistes martiniquais sont  totalement inconnus à l’étranger. Au demeurant, ils ne se bousculent pas pour se faire connaître et inviter à ces rencontres.

N’est pas nèg mawon qui veut !

Par rapport aux Catalans, la prudence des forts en gueule de ces deux territoires français paraît dictée par l’adage : « ti poul suiv ti kan’na, i mo néyé !». On peut comprendre, dès lors, que les deux peuples qui sont très majoritairement hostiles à l’indépendance consentent à élire des « indépendantistes » pour la tranquillité de leurs régions. En effet, s’agissant de  la Martinique, les nationalistes ont su créer un fond de l’air moite entretenu dans un bouillon de culture identitaire à laquelle les martiniquais ne peuvent pas échapper. En revanche, on ne peut pas  s’étonner non plus que des élus qui sont arcboutés à leur posture autonomo-indépendantiste ne soient pas les meilleurs gestionnaires sous statut d’appartenance.  Leurs performances dans la réalisation et la mise en oeuvre du TCSP ne les prédisposent pas à être meilleurs dans le cadre de l’indépendance ou d’une plus grande autonomie.

Dimanche 8 octobre 2017

(Cet article a été écrit avant l‘acte d’indépendance manqué du mardi 12 octobre 2017 du président de l’assemblée de la Catalogne).

 

LA MARTINIQUE ENTRAVEE


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Tribune – Pierre-Alex Marie-Anne | Au rebours du magnifique exemple d’unité ,de solidarité et de pragmatisme  offert par la mobilisation générale  des forces vives syndicales, associatives et politiques pour la sauvegarde des contrats aidés, le syndicalisme dévoyé et l’écologie dénaturée , pratiqués par certains groupuscules activistes ,sont deux comportements déviants majeurs qui empêchent  la Martinique d’avancer.

La première de ces  déviances , s’acharne délibérément  sur tout ce qui marche , toute entreprise dynamique et novatrice pour s’efforcer de la casser sous couvert de défendre les travailleurs, qui se trouveront le bec dans l’eau quand elle aura été forcée de mettre la clé sous la porte ; il ne restera plus alors à ceux-ci qu’à aller grossir la foule des demandeurs  d’emploi inscrits  à Pôle emploi.

Pour ce faire toute une panoplie de pratiques parmi les plus pernicieuses et destructrices est mise en œuvre : déclenchement sans préavis de mouvements de grèves inopinés ,absence de concertation préalable permettant la recherche d’un  compromis  dans l’intérêt bien compris des deux parties, positions d’emblée maximalistes assorties de l’exigence du tout ou rien, harcèlement  continuel pour des motifs de plus en plus futiles  tenant plus à la forme qu’au fond, menace de grève générale illimitée agitée en permanence (pour rassurer évidemment d’éventuels investisseurs !), volonté inavouée  de prendre , dans les faits ,le contrôle de la gestion de l’entreprise,  mais bien sûr aux seuls risques financier de son chef légitime ;

Bref, l’exemple même de l’irresponsabilité  et de l’inconséquence  auxquelles  peut  conduire une pratique syndicale dévoyée et immature  au service d’ambitions personnelles et de basses menées politiciennes.

La seconde , sous couvert d’embrasser  la noble cause  de la protection de l’environnement et de la sauvegarde  de la nature, qui conditionne la survie de la Planète, s’oppose  systématiquement  à tout projet de développement et d’investissement .

A grand renfort de medias  complaisants ,ses adeptes  s’érigent , sans la moindre expertise scientifique ,en censeurs suprêmes de tout ce qui est entrepris pour faire progresser le pays et offrir du travail à ses enfants.

Il ne faut surtout rien changer  que tout reste comme avant ,comme  « antan lontan »,époque prétendument  bénie,  mais qui n’a pu exister ,en tout état de cause, que par l’action transformatrice de l’homme sur son milieu pour le rendre habitable ; c’est en effet à la prise de risque  et à l’audace créatrice de nos prédécesseurs que nous devons ce patrimoine historique , qui fait aujourd’hui notre fierté et constitue notre principal atout touristique.

Il ne suffit  donc pas d’arborer  fièrement barbe et cheveux en broussaille ,sans doute pour se donner des faux  airs de grand révolutionnaire  à la Che GUEVARA ,pour avoir une claire vision de l’avenir ou  comprendre les exigences du monde moderne  qui fait du développement économique la condition première du progrès social ;on ne peut répartir que ce que l’on a préalablement produit !

L’affichage ostensible , parles intéressés de  couleurs partisanes devraient inciter les uns et les autres à plus de circonspection sur les buts poursuivis par ces soi-disant écologistes, omniprésents dès qu’une contestation sans rapport avec l’écologie apparaît ,mais  dont la capacité d’indignation et de  protestation  dans ce domaine essentiel est des plus sélectives.

A quelques encablures  de ce chantier qui à déclenché leur fureur, à cause de quelques enrochements sur le littoral SHOELCHEROIS ,c’est un quartier entier qui ne cesse de s’édifier du côté de ″fonds BATELIERE‟  dans la plus grande illégalité , quasiment  ‟à la lame battante″  au risque d’être submergé en cas de  subite montée des eaux, sans qu’ils n’y trouvent   rien à redire ; tout au contraire , portés par la démagogie qui les animent, ils sont venus en cortège prendre la défense  de ces malheureux squatters ,champions du béton armé.

De même vous ne les verrez pas s’insurger contre la prolifération anarchique des constructions  qui défigurent nos rivages ou  nos  mornes , comme les images du Tour des yoles vu du ciel, nous en offrent tristement le spectacle ;

Pas davantage  mener une campagne  active contre les décharges sauvages et les VHU qui prolifèrent à l’infini et menacent la santé publique (s’agissant de ces derniers la plus grande vigilance s’impose désormais  pour la mise en œuvre effective  du Décret du 28 avril 2017 concernant leur élimination) ; encore moins contre le brûlage, à tout bout de champ, de  pneus enflammés qui dégagent à profusion leur fumées toxiques dans l’atmosphère ; nul doute qu’ils les considèrent comme faisant partie  de ″nos spécificités identitaires‟.

Des questions aussi essentielles comme la lutte contre les nuisances sonores dans un pays dont la population vieillit à grande vitesse  ou encore la vigilance à avoir concernant  la garantie, au plan phytosanitaire, des produits importés destinés à notre alimentation, les laissent indifférents.

Silence radio s’agissant de la pollution des sols et des rivières engendrée par l’absence d’assainissement collectif d’importantes zones agglomérées  ou bien  la protection des populations contre les risques d’inondations insuffisamment  prise en compte par les autorités concernées.

Quant à se mobiliser pour faire adopter et respecter par les pouvoirs  publics, des Plans de sauvegarde des paysages et des sites remarquables ,sans lesquels le tourisme est condamné à terme à disparaître , il n’y  faut pas compter ,une action  positive ne saurait  les intéresser !

Le plus dramatique  face à cette dérive ,mortifère pour la Martinique ,dans laquelle  se complaisent ses auteurs, c’est la démission  généralisée des responsables politiques qui se cachent la tête dans le sable pour ne pas en voir les conséquences .

Le constat est hélas sans appel : aucun développement véritable ne pourra  être sérieusement envisagé tant que perdurera  le climat  détestable de « guérilla sociale larvée» , entretenu par ces trublions irresponsables qui n’ont, semble-t-il ,d’autre objectif que de casser et de bloquer .

Pierre Alex MARIE-ANNE

UN VERDICT CONTESTABLE… ET CONTESTE

La Cour des comptes rend un verdict injuste contre nos élus locaux

Le rapport annuel pointe du doigt la mauvaise gestion des communes d’outre-mer qui emploient un personnel pléthorique dont la charge pèse sur leur budget. Un document mal renseigné.

Image de la façade de la Cour des comptes, à Paris. © AFP/THOMAS SAMSON
© AFP/THOMAS SAMSON Image de la façade de la Cour des comptes, à Paris.
Ainsi donc, la situation financière des collectivités de la Réunion, de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane est « plus dégradée » que celles de l’hexagone, quand bien même elles disposent d’un niveau de recettes supérieur. Cinglant verdict de la Cour des Comptes. En clair, les élus locaux des collectivités d’outre-mer sont de piètres gestionnaires en comparaison de leurs homologues continentaux.

Le réquisitoire des magistrats de cette auguste assemblée chargée de veiller à la bonne utilisation des fonds publics s’appuie sur un constat d’huissier : une masse salariale excessive augmentée d’une surrémunération des fonctionnaires de nos communes.

La Cour des comptes s’étonne en disant que l’octroi de mer offre un confortable matelas aux maires. Cette taxe frappant les produits importés est destinée aux investissements dans les communes. Une manne mal utilisée, insinue le rapport. En résumé : nos élus disposent de moyens financiers importants, mais ils embauchent un personnel en sureffectif et surpayé.

Faut-il en rire ou en pleurer ? Ces braves énarques ne savent-ils pas que les fonctionnaires d’outre-mer perçoivent une prime dite de vie chère, encadrée par des lois votées par le Parlement ? Oublient-ils que les charges de nos communes sont plombées par des embauches compensant le manque d’emplois attractifs dans le secteur privé ? Ignorent-ils que des dizaines de milliers de chômeurs ont été sauvés de la misère ou de l’émigration par des municipalités jouant un rôle d’amortisseur social ?

Ces technocrates vivant entre eux dans des bureaux climatisés feraient mieux de dispenser leurs leçons aux gouvernements incapables depuis 40 ans de voter un budget en équilibre. Le règlement de comptes de la Cour des comptes envers les élus locaux est contestable… et contesté !

  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le

ASSISES des OUTRE-MERS 2017-2018

Redonner la parole ! C’est parti pour les Assises des outre-mer ! 7 mois de travaux pour imaginer, penser, réinventer ensemble l’avenir de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique, de Mayotte, de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie, de La Réunion, de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Wallis-et-Futuna*. Ce rendez-vous avec les ultra-marins est ambitieux. Et en même temps, il est assez simple. Il consiste à redonner la parole. Pourquoi ? Parce que beaucoup d’ultramarins pensent que leur voix ne compte plus. Les dernières élections au printemps dernier l’ont cruellement montré, quand plus de la moitié des Français d’outre-mer ont choisi de ne pas choisir en s’abstenant à l’élection présidentielle. Malgré tout, la force des attentes des citoyens d’outre-mer et leur capacité à s’engager n’a pas diminué. A travers des ateliers locaux, nationaux, des consultations citoyennes, et un concours d’innovation, les propositions des outre-mer seront entendues et prises en compte .

http://fr.calameo.com/read/000886379b56e48135898

 

 

Le site Internet des Assises www.assisesdesoutremer.fr est désormais en ligne : j’invite dès à présent les citoyens ultramarins à s’y inscrire. Dans un premier temps, ils sont amenés à s’exprimer sur les grandes priorités pour leur territoire : équipements publics, développement économique, emploi, environnement, santé, jeunesse, culture, sécurité… Cette phase de diagnostic, qui se clôt le 22 novembre, est capitale pour orienter les travaux futurs des ateliers nationaux et locaux qui se tiendront jusqu’à janvier 2018. Je laisserai Thierry BERT, le rapporteur général des Assises, vous en dire quelques mots tout à l’heure.
A l’issue de l’ensemble de ces travaux, une consultation numérique sera lancée sur le site Internet des Assises entre le 15 janvier et le 28 février 2018 pour que les citoyens eux-mêmes puissent donner leur avis sur les premières propositions ou réformes des politiques publiques pour l’outre-mer.
A l’issue de cette consultation, la synthèse de l’ensemble des travaux aboutira sur la rédaction du Livre bleu outre-mer au Printemps 2018.
                                                                                   ***
Mais ces Assises sont aussi l’occasion idéale pour présenter les initiatives citoyennes les plus novatrices : c’est tout l’objectif du concours innovation dont je parlais tout à l’heure.
Vous le savez, je suis pragmatique et j’aime raisonner sur des projets concrets, inscrits dans les réalités quotidiennes de nos concitoyens. C’est pour cela que les solutions doivent venir des territoires et des ultra-marins eux-mêmes. Qui d’autre serait mieux placé pour décrire les problèmes et y apporter les réponses adéquates ?
À partir du 18 octobre, chaque citoyen porteur d’un projet pour son territoire est invité à poster sa candidature sur le site Internet des Assises. Les dépôts de projets pourront se faire jusqu’au 31 janvier 2018. Une présélection des projets sera faite en février pour ouvrir ensuite en mars la phase de vote du public. Ce vote est essentiel. Ces Assises sont un projet collectif et collaboratif. Elles n’auront de sens que si les citoyens ultramarins se sentent concernés. Ce concours est un bon outil pour s’impliquer. La sélection finale aura lieu en mars et les projets labélisés bleu outre-mer présentés au Printemps 2018. Les lauréats bénéficieront d’un accompagnement financier et technique pour concrétiser ou faire grandir leurs projets.
                                                                                         ***
Les Assises des outre-mer sont un rendez-vous fondamental pour les ultramarins. Je sais que le projet parait ambitieux pour certains ; d’autres sont même sceptiques : je peux comprendre leurs doutes, les Etats généraux des outre-mer ont moins de 10 ans.
Mais que l’on soit bien clair : l’ambition des Assises, ce n’est pas de faire un catalogue déconnecté des réalités et aboutissant à des mesures inapplicables. C’est au contraire une démarche qui associe les citoyens à la construction de leur destin. C’est un nouvel élan pour en faire des territoires d’excellence et d’innovation. C’est donc maintenant que nous avons à construire ensemble l’avenir des outre-mer.
NB . Pour  accéder  au programme  et  s’inscrire : http://www.assisesdesoutremer.fr
Contact  MOM

Service de presse : 01 53 69 26 74
Nicolas Sire : 06 49 35 11 28
Twitter – @loutremer
Facebook – @lesoutremer

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