10 ANS déjà .. et les ASSISES se suivent !

https://la1ere.francetvinfo.fr/sites/regions_outremer/files/assets/documents/2017/10/06/synthese-egom-hexagone-647071.pdf

Publicités

PASSE D’ARMES à propos de la MEMOIRE de L’ESCLAVAGE


Mémoire de l’esclavage et antiracisme : un débat, un combat et ses enjeux

22 février 2019

Deux textes mis en ligne ces deux derniers jours sur Mediapart, et qui sont en train de provoquer le débat, en matière de mémoire de l’esclavage. Ils font suite à la mise en ligne sur le site du CNMHE, d’un texte  auquel a répliqué une tribune de Myriam Cottias, directrice du CIRESC au CNRS et ancienne présidente du CNMHE. On trouvera donc ci-après un lien vers le texte initial, la réponse de Myriam Cottias, un texte de Loïc Céry de l’Institut du Tout Monde qui précise les enjeux du débat et la plainte déposée par Frédéric Régent.

EPISODE I

ANTIESCLAVAGISME ET ANTIRACISME

POSITION DU CNMHE


Sur le plan historique, le racisme est une conséquence de l’esclavage, mais il ne préexiste pas à celui-ci. On ne peut donc confondre les deux phénomènes, ni affirmer que la mise en esclavage cible précisément une catégorie particulière de la population. L’esclavage est une forme extrême de l’exploitation de la force du travail humain à des fins économiques. On en trouve des traces lointaines dans toutes les sociétés humaines. Le continent européen a connu l’esclavage des Blancs dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. Au début de l’ère moderne, des populations d’origine maghrébine étaient asservies dans les pays riverains de la Méditerranée. La traite atlantique va porter cette forme spécifique d’exploitation à une échelle supérieure, et va concerner essentiellement les populations originaires de l’Afrique subsaharienne. Mais, sur ce continent, un commerce à des fins serviles se faisait parallèlement vers le Maghreb et le Moyen-Orient, et ces différents trafics impliquaient des Etats et des commerçants originaires de l’Afrique subsaharienne. Le Comité National pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage a pour mission, entre autres, de recueillir et de transmettre la connaissance de toutes ces formes de réduction en esclavage. Certes, les buts de la Fondation sont aussi de rassembler toutes les mémoires de notre pays, en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de son histoire, dans toute leur richesse et leur variété. Par ailleurs, la connaissance historique et sa transmission sont inséparables de la formation civique, et fournissent en ce sens des arguments pour lutter contre le racisme. Mais le racisme contemporain, comme doctrine de hiérarchisation des groupes humains, et à ce titre comme justification des discriminations exercées à l’égard de certains d’entre eux, s’est surtout développé à partir de l’abolition de l’esclavage et en réaction à celle-ci, à partir du début du XIXe siècle. L’objet principal de la fondation n’est pas d’être une institution supplémentaire de lutte contre le racisme, où la dimension militante l’emporterait sur toute autre considération. Cet engagement militant conduit à des jugements hâtifs, l’antiesclavagisme n’ayant pas été le patrimoine exclusif d’un seul courant politique, ou bien à des confusions regrettables, comme lorsque l’esclavage est présenté comme la forme la plus abominable du racisme. Il faut recentrer les interventions sur l’esclavage et rappeler que nous sommes directement concernés par les formes de lutte contre l’esclavage contemporain, telles que juridiquement définies par l’ONU ou le BIT. C’est ainsi que nous pourrons trouver notre place indispensable, entre transmission de l’histoire de l’esclavage dans une histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques ; la Caraïbe et l’Océan Indien ; et promotion des valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité et d’engagement contre le racisme, les discriminations et toutes les formes contemporaines d’exploitation des corps humains à des fins mercantiles.A


EPISODE II -a


L’anti-esclavagisme peut-il exclure l’antiracisme?

—Par Myriam Cottias—

Exclure les combats anti-esclavagistes, des combats antiracistes n’est-ce pas une nouvelle tentative pour construire une identité particulariste qui oublie la violence de la relation esclavagiste et de la «race» et pour nier l’universalité des combats pour l’égalité du genre humain?

Les nombreux actes, écrits et injures antisémites et racistes montrent bien, une fois encore, que la période est au brouillage politique et à la révision de la connaissance historique par des discours guidés par une idéologie récurrente sur la minoration des facteurs qui ont soutenu l’histoire des génocides et des processus génocidaires de l’Histoire.

Les traités internationaux qui, depuis la seconde guerre mondiale, ont cherché à construire – avec difficultés et obstacles il est vrai – un partage des valeurs universelles d’égalité et de respect réciproques entre les peuples sont actuellement érodés par de nouvelles idéologies identitaires. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de rappeler que, depuis le procès de Nuremberg, le génocide des Juifs a été expliqué par la longue histoire de l’antisémitisme fondé sur l’existence d’une «race» qui a permis d’élaborer un discours, une idéologie de domination, justifiant les discriminations et les violences les plus extrêmes et les plus déshumanisantes. Il faut dire encore que les textes de 1949 dénonçaient dans leur déclaration solennelle l’esclavage comme crime contre l’humanité. Ce lien entre génocide, esclavage et race a été réaffirmé lors de la conférence de Bandung par Alioune Diop avant qu’Aimé Césaire ne lui donne ses accents profonds dans le Discours sur le Colonialisme. Aujourd’hui encore, les « causes communes » réunies dans l’ouvrage éponyme de Nicole Lapierre doivent continuer à être affirmées.

L’urgence de la situation politique et sociale de la France nous y force mais aussi un texte intitulé « Antiesclavagisme et antiracisme », mis en ligne sur le site du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage – commission consultative interministérielle instaurée à la suite de la Loi du 10 mai 2001- qui tend à disjoindre l’antiracisme de l’antiesclavagisme. A l’heure où la France doit se doter d’une « Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage » que nous avons appelé de nos vœux, il ne faut plus prendre à la légère des déclarations déstructurées et sous- informées sur les catégories d’analyse, qui ignorent les milliers d’articles et de recherches sur ces questions. Il est nécessaire de leur apporter des réponses car il faut endiguer les dérives de la post-vérité où l’opinion prime sur l’étude.

Deux remarques s’imposent.

Premièrement, sauf à se satisfaire d’une analyse comptable des flux d’êtres humains, il est impossible de réduire la déportation des Africains qui, à partir du XVIe siècle, constituent les seules populations massivement mises en esclavage dans les Amériques, à un seul rapport économique qui méconnaîtrait les conséquences sociales, spirituelles, individuelles, familiales ainsi que son idéologie de légitimation par la production de représentations reposant sur la négation de l’humanité des personnes mises en esclavage. La traite et l’esclavage atlantique ont produit une redoutable équivalence entre « esclave » et « noir » ou « nègre » au XVIIIè siècle, à tel point qu’un terme était synonyme d’un autre et que la cohorte des jugements de déconsidérations liées aux positions de subalterne était toute entière attribuée aux personnes mises en esclavage. Faut-il ajouter que le terme de « Blanc » -inconnu en Europe avant l’apogée des sociétés esclavagistes- s’est construit dans l’espace colonial atlantique, en opposition phénotypique et statutaire avec le « Noir ». Un continuum entre « Blanc-maître- dominant » et « Noir-Nègre-esclave » s’est élaboré, chaque expérience de discrimination apportant sa pierre à l’élaboration d’un discours raciste ; la « race » (dans le sens de construction sociale avant que d’être scientifique à la fin du XIXe siècle) imprégnant les esprits et les textes de lois coloniales et métropolitaines jusqu’à l’abolition de l’esclavage et au-delà, dans la période de la deuxième colonisation. S’il faut reconnaître que l’antiesclavagisme n’a pas toujours œuvré à l’antiracisme et qu’il s’est même satisfait de son contraire à la fin du XIXe siècle, il n’est pourtant pas possible depuis la fin de la deuxième guerre mondiale de concevoir l’un sans l’autre. La déclaration de Durban (point 13, 8 septembre 2001), a tout entier résumé les faits : « l’esclavage et la traite transatlantique sont l’une des principales sources et manifestations du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance ». A quoi sert-il de le nier, sauf à vouloir protéger des intérêts particularistes ?

Deuxièmement, la méthode historique tout comme celle des sciences humaines et sociales, repose non seulement sur l’administration de la preuve mais aussi sur la contextualisation des analyses. Il est ainsi étonnant de voir ressurgir des affirmations qui cherchent à opposer un esclavage transatlantique par l’Europe à un autre d’Afrique du Nord ou encore d’Afrique subsaharienne ou du Moyen-Orient, oubliant dans cette mise en comparaison douteuse un facteur essentiel qui fait l’histoire : celui du temps. En l’occurrence, d’un côté, trois siècles et demi de traite vers les Amériques, cinq siècles de sociétés esclavagistes dans la Caraïbe, dans l’Océan Indien et en Amérique du Sud qui peinent à se débarrasser des avatars de la relation esclavagiste ; et de l’autre, dix-huit siècles. L’opposition des phénomènes esclavagistes n’est pas raison ! Les phénomènes labellisés comme « esclavagistes » sur différents continents ne doivent pas servir ni à dédouaner telle ou telle société, ni à donner des arguments moraux pour minorer des faits historiquement avérés pour l’Europe comme pour le continent africain et les pays du Moyen-Orient. Si des freins subsistent dans la connaissance un peu partout dans le monde et y compris en Europe, ils sont de plus en plus marginaux et des équipes de recherche dans les universités d’Afrique, des Amériques et d’Europe travaillent ardemment, conjointement, en dialogues, comme le prouvent le nombre croissant d’ouvrages, de thèses et de colloques. Par idéal généreux, la recherche qui met en relation les différentes historiographies mondiales soutient le combat pour l’Egalité entre les Êtres humains et la dignité de tous les citoyens, à un niveau national. La mémoire et l’histoire de l’esclavage atlantique et dans l’Océan Indien ne peuvent pas signifier repli mortifère, elles incitent, au contraire, à combattre l’esclavage contemporain car le Code Noir de 1685 a été remplacé par le « Code Noir Mauritanien » au XXe siècle! Les combats antiesclavagistes sont compris dans tous les combats antiracistes: « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous » alertait Frantz Fanon dès 1952. Cette solidarité juste doit être maintenue.

EPISODE II -b

Mémoire de l’esclavage et antiracisme : les enjeux de notre combat


— Par Loïc Céry —
En réaction à un texte sidérant mis en ligne sur le site du CNMHE, et pour faire écho à la réplique qui lui a été adressée par Myriam Cottias. Parce que la mémoire de l’esclavage engage bel et bien la lutte contre le racisme.

Dans sa monumentale Histoire de l’antisémitisme ou dans son Bréviaire de la haine préfacé par Mauriac, Léon Poliakov ne cesse d’insister sur le continuum qui lie indubitablement l’étude des rouages historiques et la compréhension des étonnantes persistances du racisme. Plus que tout autre sans doute, et ayant ouvert la voie à une spécialisation aujourd’hui éprouvée et nourrie de l’historiographie, Poliakov nous a appris le lien insécable entre l’intelligibilité des structures historiques et l’aberrante continuation des haines raciales – et il faut redire que son exploration des soubassements de l’antisémitisme vaut pour toute expression du racisme, ou des racismes : la connaissance de l’histoire seule sera dans ce champ, propre à nous prémunir des manipulations.

 C’est aujourd’hui, il faut le savoir et il faut être à même de le reconnaître, une manipulation insidieuse de l’histoire qui se joue dans les coulisses de la future fondation pour la mémoire de l’esclavage, annoncée en 2018 par Emmanuel Macron. Ce qui s’est jusqu’alors joué dans la torpeur de débats internes au Groupement d’intérêt public (GIP) préfigurant cette fondation éclate désormais au grand jour, jusqu’à ce texte cité par Myriam Cottias, mis en ligne sur le site du CNMHE. Désormais, il sera loisible à tout un chacun de le savoir : une conception précise de l’histoire, fondée sur des visions idéologiques normées, est en train de se dire, et de s’imposer dans une instance publique censée porter en France la mémoire de l’esclavage. Nul ne pourra dire désormais qu’on n’en avait pas été informé, que tout cela ma foi est discutable et qu’il ne s’agit pas de succomber à je ne sais quelle suspicion. Le texte en question, s’appuyant sur une manipulation grossière de l’histoire, tend à dissocier soigneusement la question du racisme et la mémoire de l’esclavage. Si la fumisterie qui se dit là, sans vergogne, sautera aux yeux de tout historien et de tout un chacun un peu prévenu de ces problématiques, le but poursuivi est tout autre que celui de la polémique entre spécialistes. En misant sur le silence des uns et des autres, il s’agit d’asseoir auprès du grand public, cette manipulation et ce détournement de la mémoire – qui ne dit mot consent. Prononcée ex cathedra et avec l’assurance des arguments d’autorité, une idéologie révisionniste se met en place au cœur des instances chargées par la puissance publique, de représenter la mémoire de ceux qui subirent dans leurs chairs des siècles de servilité bel et bien fondée sur un racisme institué. Pire : préparée depuis longtemps, cette institutionnalisation d’un révisionnisme qui a attendu son heure, est en train de s’imposer comme corps de doctrine de ces instances. Moyennant une suite déjà longue d’atermoiements au sein du GIP, s’appuyant sur l’absence de réaction de tous, sans doute découragés par des manœuvres de positionnements personnels, cette idéologie est désormais en train de s’imposer, au su et au vu de tous. On mise sur notre apathie, on parie sur notre complicité silencieuse. Sachons démasquer, apprenons à déjouer, tâchons de nous mobiliser. Il en va de l’honneur de tous, il en va de la mémoire du « crime inoubliable », il en va de la lutte éternellement recommencée contre le racisme.

 Démasquer

Bien sûr, ceux qui auront vu venir au fil du temps l’insidieuse phraséologie de volontaire confusion, de minoration et de relativisme forcené qui se joue dans le texte du CNMHE, seront certainement un peu agacés qu’on ait pris autant de temps pour réagir. Nous sommes en tout cas, à l’Institut du Tout-Monde, de ceux qui auront continuellement alerté, ici même sur Mediapart et ailleurs, sur les risques considérables aujourd’hui avérés, de la confiscation de la mémoire de l’esclavage par une poignée d’idéologues. Nous avons alerté, sans avoir été entendus. On nous disait que la fondation en préparation était affaire de processus, et que ma foi, il fallait donner du temps au temps et miser sur l’essoufflement de cette parole rétrograde, quand bien même elle était insupportable sur le moment. Jamais nous n’avons accepté d’être associés à ces gens, quand bien même on a voulu nous y contraindre. Nous autres, sommes porteurs du combat incessant et de l’engagement de fond mené durant tout son parcours par Édouard Glissant à l’endroit de cette mémoire qui est celle de tous. Pour Glissant, il ne s’agissait pas de ce « devoir de mémoire » qu’on nous assène à longueur de temps, mais d’un devoir de lucidité et de connaissance. Il s’agissait aussi pour lui, justement, du combat pour une mémoire-vigie, d’une mémoire-conscience, d’une mémoire-mobilisation devant les infamies du monde, lui qui nous disait en 2010 :

 « Ceux qui ne veulent plus se souvenir de ce phénomène de transformation du monde qu’a été l’esclavage, et des souffrances qu’il a coûtées, parce qu’ils refusent d’en supporter plus avant le poids douloureux, et ceux qui répugnent à en renouveler la présence, parce qu’ils craignent d’avoir à en soutenir encore la responsabilité, renforcent l’action négative des racistes et des retardataires qui ne voient pas passer le monde au large de leurs obsessions lisses d’antan, et ne reconnaissent autour d’eux et autour de nous que la nuit des oublis et des dénis. » (10 mai. Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, Paris, Galaade / Institut du Tout-Monde)

 On nous a dit : « soyez constructifs », sachez relativiser, misez sur l’avenir. Mais l’avenir ne peut pas s’écrire avec ceux qui nient la spécificité irréductible de la traite négrière transatlantique. L’avenir ne peut se concevoir au prix de la minoration des souffrances du passé et de l’aveuglement sur les marasmes du présent, de leurs origines et de leur persistance. À défaut d’être un sport de combat, la mémoire de l’esclavage ne peut rassembler que ceux qui reconnaissent la spécificité des histoires, et ceux qui rejettent l’indistinction de l’Histoire majuscule. Chaque occurrence du passé détient une part de l’histoire de tous, mais ce n’est aucunement dans l’indistinction volontaire, le nivellement et le relativisme que peut se concevoir le rassemblement des mémoires pour lequel militait Édouard Glissant.

 Or, il faut savoir démasquer le discours de la méthode qui se dit derrière ces proclamations aussi absurdes que celle d’une séparation dogmatique et auto-proclamée des questions de racisme et de l’esclavage. Le texte du CNMHE dit :

 « Sur le plan historique, le racisme est une conséquence de l’esclavage, mais il ne préexiste pas à celui-ci. On ne peut donc confondre les deux phénomènes, ni affirmer que la mise en esclavage cible précisément une catégorie particulière de la population. L’esclavage est une forme extrême de l’exploitation de la force du travail humain à des fins économiques. On en trouve des traces lointaines dans toutes les sociétés humaines. Le continent européen a connu l’esclavage des Blancs dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. »

 Une telle vision découle de ce qui se nomme aujourd’hui « histoire globale » et n’en est qu’un détournement méthodologique. Déjà en 2004, c’était par un Essai d’histoire globale qu’un historien adepte de sophismes présentait la traite transatlantique comme finalement un « détail » d’une histoire millénaire. C’était clamer le caractère profondément relatif de la traite négrière transatlantique. Et on sait la polémique qui s’en suivit. Aujourd’hui, pour boucler la boucle en quelque sorte, il s’agit aussi de revivifier ce que Benjamin Stora a nommé « guerre des mémoires », en réutilisant l’argument éculé de l’existence de la traite arabo-musulmane et de la traite intra-africaine, pour mettre en concurrence mémorielle ces entités historiques, avec la traite transatlantique. Beaucoup de nobles esprits se sont laissés manipuler dans les années deux-mille par ces visions perverties de l’histoire, mues par la volonté d’asseoir une vision idéologique précise. Il s’agissait alors de relativiser la responsabilité des nations esclavagistes, mais aussi de rompre le continuum d’un héritage profond entre esclavagisme et émergence du racisme. Alors même que les travaux des chercheurs en démontraient l’inanité, l’idéologie pseudo-globaliste avançait pas à pas, en dépit des résistances. Les manipulations législatives (à l’encontre de la loi de 2006 instaurant le 10 mai comme journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions) et les perspectives institutionnelles d’une fondation fantomatique à force de reniements, devait offrir à partir de 2016 notamment, une nouvelle opportunité au jeu de forces. Il est question aujourd’hui (je demande qu’on y soit attentif) au prolongement, par paradoxe, d’une étonnante « racialisation » de la mémoire. Déjà pour le choix du 23 mai comme journée des « victimes » de l’esclavage, on arguait que le 10 mai serait désormais réservé à la célébration des abolitionnistes français, et le 23 dévolu aux afro-descendants. Aujourd’hui, l’argumentaire du texte mis en ligne par le CNMHE rappelle que des Blancs furent esclaves. Comme si la focalisation sur la traite négrière devait en somme offusquer ce souvenir-là. Comme si les millions de morts gisant au fond de l’Atlantique « lestés de boulets verdis » comme le dit Glissant, avaient eu le mauvais goût de connaître leur martyre des siècles après l’esclavage de l’Antiquité : comme si on devait s’excuser de la mémoire de leur souffrance, au regard du « temps long ». On en est là, aujourd’hui, au Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, instance publique, et ça se passe en France, en 2019. Désormais, le CNMHE est bel et bien l’instrument de cette confiscation, et qu’on se le dise – comme le proclame le texte mis en ligne sur le site de l’institution – « L’objet principal de la fondation n’est pas d’être une institution supplémentaire de lutte contre le racisme. » La messe serait-elle dite ?

 Déjouer

Rappelons quelques faits, énoncés par Myriam Cottias qui a d’ailleurs contribué avec d’autres, à en établir la véridiction, d’ailleurs vérifiable. Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit sur la simultanéité du développement de la traite, de l’esclavage et des fondements mêmes du racisme. Nul ne devrait ignorer ce lien, et je renverrai là-dessus aux travaux fondamentaux de ces dernières années (la bibliographie est fournie à ce sujet). Qui pourrait ignorer que les premiers travaux qui devaient donner naissance au racisme « scientifique » du XIXsiècle sont dus, en plein XVIIIsiècle, à Buffon ou Linné ? Qui pourrait ignorer les arguments de Las Casas en plein XVIsiècle ? Qui pourrait ignorer la phraséologie de bestialisation des esclaves depuis l’orée du système des plantations ? Qui pourrait ignorer ce que l’histoire a établi, documenté à foison, analysé, mis en perspectives, décortiqué moyennant publications, colloques, programmes de recherche multiples, nationaux, internationaux ? Qui, un peu renseigné de renouvellement des approches, ne connaîtrait pas les travaux indispensables autour de ces questions, de Catherine Coquery-Vidrovitch, d’Éric Fassin ou de Christian Delacampagne ? Qui ? Je demande qu’on prenne le temps de répondre à cette question.

Les pseudo-globalistes, ceux que Glissant nomme en 2008 dans Tous les jours de mai, les « manœuvriers de la mémoire », les « historiens tronqueurs » (encore nommés par lui « nos régents », « nos puristes » ou « nos précepteurs ») poursuivent certes une vision normée de l’histoire, mais encore une vision claire de la mémoire. Ne nous y trompons pas : ce que le texte du CNMHE proclame, c’est bien, et en parfaite cohérence, la volonté d’une dichotomie. L’histoire de la traite transatlantique, relativisée et minorée dans l’histoire dite globale, ne peut qu’avoir valeur conservatoire, de l’ordre de ce que Nietzsche nomme dans sa Deuxième considération inactuelle, « l’histoire antiquaire ». Il s’agit de concevoir le passé au mieux comme un répertoire livresque, et aucunement une clé de lecture du présent. Le pseudo-globaliste se dit obsédé par l’anachronisme, là où il est tout entier mû par la vision d’un présent non redevable du passé. Il ne faudrait surtout pas qu’un lien soit établi entre une quelconque spécificité de l’esclavage colonial, et les pesanteurs de racialisation encore aujourd’hui vérifiables, non seulement sur les « afro-descendants » (qu’on adhère ou non à l’appellation) mais sur tous autant que nous sommes, héritiers de l’histoire et de ses structurations mentales. Cette seule idée hérisse le pseudo-globaliste, qui peut très bien se satisfaire du racisme. Que le présent reconnaisse dans le passé de la traite et de l’esclavage, les ferments du racisme d’aujourd’hui : il y a là un enjeu apparemment insupportable, et qu’il s’agit d’empêcher pour le tricheur d’histoire. La connaissance n’a plus rien à voir avec ce type d’approche mensongère et de visée idéologique. Il y est question plus exactement, d’un obscurantisme fondamental, se parant des vertus du regard panoramique. Un obscurantisme qui s’est donné pour enjeu que la conscience des continuités puisse être entravée. Alors oui, pour lui, pour ce pseudo historien et ce manipulateur, le racisme attendra.

 Mobiliser

Devant ce franchissement d’un nouveau palier dans l’inacceptable révisionnisme d’un passé qui est celui de tous et pas seulement celui d’une « communauté », devant ces manipulations éhontées de l’histoire, devant ce pari fait sur la torpeur de tout un chacun, reste uniquement à appeler à un sursaut et à une mobilisation. Nous espérons ne pas être seuls cette fois-ci, nous espérons que chacun lira le texte du CNMHE, lira la réplique de Myriam Cottias, et sera à même de se représenter ce qui est aujourd’hui en jeu.

 L’Institut du Tout-Monde rejette aujourd’hui toute récupération quelconque de la pensée exigeante d’Édouard Glissant par les tenants de ces instances en préparation, qui ont renié l’idéal de la loi Taubira, quoi qu’on en dise ou qu’on s’illusionne de croire. L’actuel CNMHE s’est juré de mettre à bas cette loi qui est l’honneur de la République. Si l’esclavage fut bel et bien un crime contre l’humanité, c’est parce que l’humanité des esclavisés fut niée jour après jour par une idéologie raciste, par un racisme en germe et en action, celui-là même qui s’était juré de rejeter hors du monde des hommes ceux qui n’étaient pas seulement considérés comme moyens de production, mais comme sous-hommes, « nègres », « négresses », « négrillons », « négrittes ». Pendant des siècles ceux-là ont subi quotidiennement sur les habitations, la haine racialisée de ceux qui se prétendaient leurs maîtres. Ils sont les ancêtres de l’humanité d’aujourd’hui, confrontée à la résurgence violente du racisme et des haines raciales. Nous serons à la hauteur de leurs luttes, qui nous obligent à la plus claire vigilance contre ceux que Césaire appelait les assassins d’aube. L’actuel GIP préfigurant la fondation se discrédite, de travailler avec des révisionnistes patentés de cette histoire, de notre histoire à tous. Tant que ce sera le cas, il est exclu que l’Institut du Tout-Monde s’associe en quoi que ce soit à cette mascarade.

 Nous refusons que la future fondation pour la mémoire de l’esclavage se fonde sur cette idéologie portée aujourd’hui par l’actuel CNMHE, exprimant ouvertement une concurrence des mémoires, une relativisation de la traite transatlantique et un désengagement du combat contre le racisme. Fondée sur ces présupposés inacceptables, cette fondation se fera alors, mais « pas en notre nom ». Halte aux belles paroles, à la propagande d’État et aux petits arrangements sur le dos des martyrs du passé. Sachons nous mobiliser pour mettre à bas ceux qui voudraient tuer une seconde fois Delgrès et tous ceux qui au prix de leur vie ont su braver l’innommable. Sachons, dans le combat éminent contre le racisme qui nous engage tous, nous mobiliser pour être conscients des pesanteurs de l’histoire, et être à même de nous en libérer : contre les névroses du passé, contre l’aliénation de sa négation et contre la surdité face au vacarme du présent.

 Loïc Céry (Institut du Tout-Monde)

« Que de sang dans ma mémoire ! Dans ma mémoire sont des lagunes. Elles sont couvertes de têtes de morts. Elles ne sont pas couvertes de nénuphars. Dans ma mémoire sont des lagunes. Sur leurs rives ne sont pas étendus des pagnes de femmes. Ma mémoire est entourée de sang. Ma mémoire a sa ceinture de cadavres ! et mitraille de barils de rhum génialement arrosant nos révoltes ignobles, pâmoisons d’yeux doux d’avoir lampé la liberté féroce » (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal)

EPISODE III

Frédéric Régent

Président du CN%HE

Paris le 11 mars 2019

Monsieur le Procureur de la République,

Objet : plainte pour diffamation publique

J’ai l’honneur de porter à votre connaissance les faits suivants :

Le 21 février 2019, j’ai constaté que, dans son blog Médiapart (https://blogs.mediapart.fr/edition/institut-du-tout-monde/article/200219/memoire-delesclavage-et-antiracisme-les-enjeux-de-notre-combat

et dans un commentaire qu’il fait à un article intitulé « L’anti-esclavagisme peut-il exclure l’antiracisme »(https://blogs.mediapart.fr/myriam-cottias/blog/200219/l-anti-esclavagisme-peut-il-exclurelantiracisme/commentaires), M. Loïc Céry (édition : Institut du Tout-Monde) a affirmé que les membres du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CNMHE) sont « des révisionnistes patentés », des « pseudo-historiens » qui « peuvent tenir des propos indignes » et veulent mettre en place une « « racialisation » de la mémoire ». Il affirme que c’est une « insidieuse phraséologie de volontaire confusion, de minoration et de relativisme forcené qui se joue dans le texte du CNMHE », Il allègue également que les membres du CNMHE sont « des révisionnistes à la Faurisson ».

Je suis historien, maître de conférences et habilité à diriger des recherches en Histoire, à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur à l’Institut d’Histoire moderne et Contemporaine (CNRS, Ecole Normale Supérieure) et membre de l’Institut d’histoire de la Révolution française, fondé par Jean Zay, en 1937. Ma spécialité porte sur l’histoire de l’esclavage dans les colonies françaises, je suis à ce titre auteur de plusieurs ouvrages. Nommé le 22 août 2016, par décret du Premier ministre, président du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, je suis garant à ce titre de la défense de l’honneur de cette institution.

Ces propos sont insupportables. Ils sont une atteinte à mon honneur et à l’institution que je préside. Ils le sont pour trois raisons.

En tant qu’historien, être assimilé à M. Faurisson est l’injure la plus grave qu’il soit.

En tant que descendant d’esclaves, être accusé de vouloir minoré l’esclavage, est un procès d’intention calomnieux.

En tant que descendant de Juifs, d’être associé à un négationniste, est le procédé le plus ignoble qu’il soit.

En vertu de l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, ces faits étant constitutifs d’un délit d’injure et de diffamation publique, je dépose plainte auprès de vos services. Je vous adresse ci-joint les documents qui démontrent les propos qui ont été tenus.

En vous remerciant très sincèrement par avance pour vos bons soins dans cette affaire, je vous prie d’agréer Monsieur le Procureur de la République, mes sentiments respectueux.

Frédéric Régent

Source La lettre@madinin-art.net 15/03/2019 

Lire aussi ;https://luckbrown.wordpress.com/2016/08/27/une-premiere-bourde-pour-demarrer/

SEMAINE D’EDUCATION ET D’ACTIONS CONTRE LE RACISME et L’ANTISEMITISME

Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme
Du 18 au 24 mars 2019
 De nombreux événements sont prévus dans le cadre de la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme, du 18 au 24 mars 2019.
Découvrez le programme des manifestations organisées par le Groupe de recherche Achac, en partenariat avec la Dilcrah : 

 Mardi 19 mars de 16h00 à 19h00 : soirée de lancement du projet éducatif et citoyen « Histoire de l’immigration en Bourgogne-Franche-Comté » et inauguration de l’exposition  itinérante Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds au Scénacle à Besançon (Doubs). Cette exposition sera présentée dans de nombreux établissements scolaires et institutions culturelles de la région tout au long de l’année.

Jusqu’au 10 mai : présentation de l’exposition Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds aux Archives départementales de la Haute-Saône à Vesoul (Haute-Saône).

Jusqu’au 16 juin : présentation de l’exposition Bourgogne-Franche-Comté, présence des Suds à la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme à Champagney (Franche-Comté).

Du 18 mars au 19 avril : présentation de l’exposition Zoos Humains. L’invention du sauvage à Bibliothèque universitaire Edgar Morin de l’Université Paris 13, Campus de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis).

Jeudi 21 mars à 18h30 : projection-débat du documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains au cinéma Eden à La Ciotat (Bouches-du-Rhône).

Vendredi 22 mars de 14h00 à 16h00 : conférence-débat « Des zoos humains au racisme aujourd’hui » avec Pascal Blanchard, historien et Lilian Thuram, président de la Fondation Éducation contre le racisme, à l’Université Paris 13, Campus de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), Amphithéâtre 5

.Samedi 23 mars à 17h30 : projection du documentaire Sauvages, au cœur des zoos humains au cinéma Pathé à Échirolles (Isère), suivie d’un débat, de 19h00 à 20h30, mené par Nicolas Bancel, historien et Bruno Victor-Pujebet, co-réalisateur du film.

Source ACHAC Newsletter #2 – 14 mars 2019

ASSISES NATIONALES contre LES VIOLENCES

Premières Assises Nationales contre les Violence faites aux Jeunes Filles et aux Femmes dans les Outre-mer au Musée de l’Homme les 6 et 7 avril 2019

HTTP://BIT.LY/FFTOM

Inscription gratuite et obligatoireS’inscrire

Votre prénom :

Votre nom :

Votre adresse email :

Media si vous êtes journaliste :

Réservation pour participer aux Assises (entrée gratuite)

 je participe le samedi 6 avril 2019 de 11h à 13h30 >

1) Discours d’introduction : Pourquoi la violence s’exerce-t-elle contre les femmes ? 2) Table ronde : Un état des lieux de la violence faite aux femmes dans les Outre-mer

 je participe le samedi 6 avril 2019 de 15h à 18h >

1) Table ronde : La violence dans le couple. La domination masculine. Le rapport homme/femme dans les outre-mer et la question de l’alibi culturel

2) Table ronde : L’impact des violences dans le couple sur les enfants. 

je participe le dimanche 7 avril 2019 de 11h à 13h30 >

1) Discours d’introduction : Le rapport au corps, au respect, à la dignité et à l’intégrité des jeunes filles et des femmes dans les Outre-mer

* 2) Table ronde : Le long travail de la reconstruction, comment la société encourage-t-elle les victimes à révéler les violences subies ?

 je participe le dimanche 7 avril 2019 de 15h à 18h >

1) représentation et débat sur les violences faites aux femmes autour de la présentation d’une pièce de la compagnie Sans Sommeil intitulée « Violences conjugales ». Échanges avec les comédiennes.

2) Atelier- débat démocratique avec des propositions d’actions concrètes pour améliorer la lutte contre les violences faites aux femmes.

Valider le formulaire

LE PARDON DU GHANA

Des chefs traditionnels ghanéens demandent pardon pour le rôle joué par leurs ancêtres dans la Traite atlantique
Gana / Péyi zanmi-kanmarad
Vendredi, 22 Juin, 2018 – 10:36

 

Alors que nos afrocentristes antillais et négropolitains continuent à nier farouchement le rôle joué par les royaumes africains dans le commerce des esclaves vers les Amériques, voici que des chefs traditionnels du Ghana demandent publiquement pardon à une délégation de Jamaïcains en visite dans leur pays.

Il ne s’agit pas de nier que les premiers et principaux responsables de la traite furent les colons européens qu’ils fussent espagnols, français, portugais, anglais ou hollandais, mais de prendre conscience que si cela a pu durer si longtemps (près de 4 siècles), c’est qu’il y avait forcément des complicités locales. Et lesdites complicités n’émanaient évidemment pas du peuple, mais des chefs, souvent des rois ou des chefs tribaux qui avaient tous les pouvoirs.

D’où le ridicule qu’il y a chez certains Noirs des Amériques a célébrer la royauté, à se parer des titres de rois et de reines (qu’ils préfèrent sous leur forme anglo-saxonne de « King », « Queen » et « Princess » même quand leur langue n’est pas l’anglais) et à fantasmer sur une Afrique mythique pré-européenne.

Annou gaé ek kouté sa tibwen !…

LE VOEU du PRESIDENT DU GHANA pour 2019

 

LE PRÉSIDENT DU GHANA ANNONCE QUE 2019 SERA L’ANNÉE DU RETOUR DES AFRO-DESCENDANTS DES AMÉRIQUES SUR LE CONTINENT AFRICAIN

Gana / Péyi zanmi-kanmarad
Samedi, 29 Décembre, 2018 – 21:35
Le Ghana a beau être un modèle du point de vue de la démocratie formelle et de la lutte anticorruption, un modèle aussi du point de vue de la rigueur budgétaire, il est loin, très loin d’avoir franchi le mur de la pauvreté qui frappe les pays dits du Sud.

Il suffit de se promener dans sa capitale, Accra, pour être assailli par des hordes d’enfants dépenaillés et visiblement sous-alimentés qui vous supplient de leur donner quelques cents pour pouvoir manger. La vidéo ci-après montre comment le chanteur ADMIRAL T, en tournée dans ce pays, a vécu ce qui est un véritable crève-cœur. Comment, en effet, refuser de céder à la demande pressante de ces gamins de rue dont l’avenir est de toute évidence bouché ?

C’est pourquoi la déclaration fracassante du président ghanéen selon laquelle l’année 2019 serait celle du « retour des Afro-descendants des Amériques sur le continent africain » est soit un effet de manche soit une pure sottise. En effet, l’Afro-descendant qui débarque en Afrique est le plus souvent vécu comme un « Blanc », un « Toubab », pour la simple raison qu’il ne parle aucune des langues du pays et ne peut communiquer vraiment qu’avec les élites lesquelles ne représentent que 20 à 30% de la population. Même en se déguisant en africain avec boubou et colliers rituels, l’Afro-descendant demeurera un étranger. Certes, moins étranger que l’Européen ou l’Asiatique, mais un étranger quand même.

Le président ghanéen aurait été mieux inspiré de solliciter les riches afro-descendants (surtout ceux des USA) pour qu’ils investissent massivement en Afrique au lieu de s’acheter des suites à Alcapulco ou à Paris. Pourquoi ne pas lancer l’idée d’un consortium financier, abondé par les stars noires du cinéma, du basket, du baseball, de la musique etc…, qui aurait pour objectif premier de financer en Afrique des projets élaborés par de jeunes Africains ?

Et l’Afro-descendant qui veut se réinstaller en Afrique serait, lui, bien inspiré d’aborder humblement le continent noir, ce qui signifie d’abord et avant tout apprendre la principale langue du pays dans lequel il compte vivre de façon à pouvoir communiquer avec le peuple et non avec les seules élites. Puis s’habituer aux relations familiales étendues, à la cuisine, aux croyances magico-religieuses etc…et ne pas s’imaginer (comme on le voit au comportement déplorable de maints touristes noirs américains) qu’il vient apporter « la civilisation ».

Car l’Afrique ce n’est pas juste une couleur, c’est avant tout une culture …

des cultures !..

source

FONDATION pour la MEMOIRE de L’ ESCLAVAGE (acte 2)

 

QUESTIONS-REPONSES   avec  J.M AYRAULT

Jean-Marc Ayrault est Président de la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions dont le but est de créer une Fondation nationale sur le sujet. Annoncée par Emmanuel Macron à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en avril 2018, cette Fondation entend « rassembler toutes les mémoires de la France » et « transmettre l’histoire de la France mondiale ». Après une première tribune publiée le 23 novembre 2018 dans Le Monde, il accorde un entretien exclusif au Groupe de recherche Achac dans le prolongement des Ateliers de la fondation, journées de réflexion participative autour des missions de la Fondation, organisés les 24 et 25 novembre 2018.

 

Quelles sont les missions de la Fondation ?

Notre ambition peut se résumer en une phrase : faire enfin pleinement entrer l’esclavage et ses héritages dans la mémoire nationale de la France. La loi Taubira a rappelé cette nécessité. Mais il lui manquait l’institution nationale autonome et dotée de vrais moyens qu’elle appelait pour réaliser cette ambition.

La Fondation sera cet outil, pour travailler sur ces questions avec tous les partenaires à mobiliser : les chercheurs, les établissements scolaires – la question des programmes scolaires est essentielle –, les institutions culturelles et patrimoniales, les artistes, les associations, les élus, les entreprises…

 

Sur quels périmètre et thématiques historiques et mémoriels souhaitez-vous travailler ?

L’action de la Fondation se déclinera en trois objectifs, qui devraient être repris dans son objet statutaire :

– développer la connaissance et la transmission de l’histoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions comme partie intégrante de l’histoire de la France et du monde, en replaçant ce phénomène dans l’histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques et l’océan Indien ;

– rassembler les mémoires en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de cette histoire, dans toute leur richesse et leur variété ;

– promouvoir les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité et l’engagement de la France contre le racisme, les discriminations et les formes contemporaines d’esclavage.

 

En quoi la fondation va-t-elle se distinguer des actions ou des projets du Mémorial ACTe, du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes ou du Comité national pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage ? Avez-vous pour objectif de coordonner l’action de ces différentes institutions ?

Le Mémorial ACTe et le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes sont des lieux ouverts au public, ce que ne sera pas la Fondation, qui n’aura que des bureaux à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris. La Fondation sera une institution de mutualisation, de mise en réseau et d’accompagnement, et elle sera donc en rapport avec tous ces acteurs.

Le Mémorial ACTe en Guadeloupe sera évidemment un partenaire capital, en tant que centre national dédié à cette question, et institution majeure sur les Caraïbes et au-delà. Et la Fondation travaillera avec le Mémorial de l’abolition de Nantes, comme avec les autres sites et lieux de mémoire, les musées de Nantes et Bordeaux, la Maison de l’Armateur du Havre, le musée du Nouveau Monde de La Rochelle, La Route des Abolitions… je ne saurais tous les citer.

Quant au CNMHE, qui existe depuis 2004, lors des Ateliers de la Fondation, j’ai rendu hommage au travail essentiel qu’il a mené pendant près de 15 ans, sous la conduite de ses présidentes passées, Maryse Condé, Françoise Vergès et Myriam Cottias, et de son président actuel, Frédéric Régent. Dès qu’elle sera créée, la Fondation succèdera officiellement au Comité.

 

Quels liens voyez-vous ou faites-vous entre l’histoire de l’esclavage (jusqu’aux abolitions définitives en 1848) et l’histoire de la colonisation, qui se superpose à cette première période et va se poursuive jusqu’aux années 60 et même au-delà pour certains pays ou territoires ?

L’esclavage est un phénomène global qui a transformé radicalement le monde. La France d’aujourd’hui est l’héritière de cette transformation, qui a débuté avec les premiers contacts entre les Européens et les peuples d’Afrique et d’Amérique, puis qui s’est prolongé dans la traite et l’esclavage coloniaux, puis dans la seconde colonisation, laquelle n’a d’ailleurs pas fait disparaître le travail forcé, pas plus dans les « vieilles colonies » françaises, avec l’engagisme, que dans le reste de l’Empire.

Mais surtout, l’héritage de l’esclavage et des combats pour l’abolir ont perduré jusqu’à aujourd’hui : on en retrouve l’empreinte dans notre culture, dans nos valeurs, tout simplement dans la diversité française. C’est pourquoi les chercheurs aujourd’hui parlent de l’esclavage et du post-esclavage, et c’est une approche qui nous intéresse beaucoup.

 

Selon  vous, à quoi devrait ressembler un musée de la colonisation en France ? Est-il nécessaire d’imaginer un tel projet ?

Le travail de la Fondation sera important sur ce sujet, même si elle ne sera pas un musée ; et l’exemple de la Mission du Centenaire montre comment on peut renouveler la vision d’un événement historique sans être un musée, notamment en travaillant avec les institutions existantes. La Fondation le fera, avec des acteurs aussi divers que le musée d’Orsay ou le Mémorial ACTe.

Quant à doter la France d’un musée de la colonisation en général, qui raconterait cette part de notre histoire, sur cinq siècles et sur tous les continents, beaucoup le demandent et j’ai entendu aussi cette demande lors des Ateliers de la Fondation qui ont eu lieu le 24 et 25 novembre. Pour un sujet aussi majeur, ce sera au Président de la République d’en décider. La création prochaine de la Fondation pourra aider à cette réflexion.

 

Quel bilan tirez-vous des Ateliers de la Fondation que vous mentionnez ? En quoi est-ce une étape majeure ?

En organisant cette rencontre avec la société civile, que nous avions voulu ouverte et participative, nous ignorions si notre appel serait entendu. C’est pourquoi notre première satisfaction a été de voir que près de 200 personnes y ont répondu malgré la rapidité des délais d’organisation et qu’elles sont restées pendant deux jours pour débattre de ce que devrait être la Fondation.

Notre deuxième satisfaction a été la qualité des échanges, le respect entre les participants et le sentiment commun qui s’est dégagé d’une urgence à doter la France d’une institution nationale qui fasse la place à ces sujets. Il faut enrichir notre récit national, et le faire partager à tous nos concitoyens, pour conjurer les incompréhensions, les concurrences mémorielles, le racisme : c’est le message que tous ces militants, chercheurs, artistes nous ont adressé. Ces Ateliers sont aussi une leçon pour nous : nous devrons régulièrement créer des moments forts pour que la Fondation cultive ce lien qui a été créé ce week-end.

Cette réussite doit en appeler d’autres : d’abord achever les travaux de préfiguration de la Fondation. Les propositions des participants nous disent les priorités et les attentes. Nous les partagerons avec le gouvernement et les entreprises avec lesquelles nous sommes en contact, pour que la Fondation puisse être créée en 2019 comme prévu. Puis nous aurons à mettre en œuvre tous les projets et la tâche est grande.

 

Source ACHAC Newsletter #4 – 28 novembre 2018

250 MILLIONS de DOLLARS pour l’UNIVERSITE de BARBADE (W.I)

Esclavage : un don de 250 millions de dollars à l’Université des West Indies de Barbade ?

Jeudi 29 novembre 2018
Esclavage : un don de 250 millions de dollars à l'Université des West Indies de Barbade ?
L’Université de Glasgow a reconnu que les propriétaires d’esclaves jamaïcains avaient adopté l’Université de Glasgow comme université de choix révélant un afflux de 250 millions de dollars extraits de la Jamaïque et des Caraïbes.
L’Université des Indes occidentales (UWI) et l’Université de Glasgow, en Écosse, doivent parvenir à un accord prévoyant que l’institution des Caraïbes bénéficiera de réparations d’un montant de 256 millions de dollars liées à l’esclavage.
Versera ou ne versera pas ? Annoncé en grandes pompes il y a quelques (jours ?) comme confirmé, l’accord prévoyant le versement, par l’Université de Glasgow, en Ecosse, de 256 millions de dollars à l’Université des West Indies, n’est pas encore finalisé et validé. Cette annonce a été faite mardi par Sir Hilary Beckles, le vice-chancelier de UWI. « Le mémorandum est actuellement en cours de rédaction » , a annoncé Hilary Beckles, dans lequel devrait y figurer le terme « justice réparatrice » . Selon le vice-chancelier de UWI : « L’Université de Glasgow a reconnu que les propriétaires d’esclaves jamaïcains avaient adopté l’Université de Glasgow comme université de choix et qu’une valeur de 250 millions de dollars avait été extraite de la Jamaïque et des Caraïbes. »

Hilary Beckles a également déclaré que le vice-chancelier de l’université de Glasgow, le professeur Sir Anton Muscatelli, avait ouvert les livres de l’université, révélant ainsi un « afflux massif de subventions » et dotations de la Jamaïque.
Le vice-chancelier de UWI a précisé pour sa part que les 250 millions de dollars seraient une combinaison d’argent et d’aides en nature. « Nous ne sommes pas debouts au coin de la rue à mendier. Nous recherchons des partenariats et un développement. » L’un des projets dans lesquels l’Université de Glasgow aurait manifesté son intérêt porte sur la recherche sur les maladies chroniques dans les Caraïbes, notamment l’hypertension, le diabète et l’obésité chez les enfants.
« Les 250 millions de dollars seraient une combinaison d’argent et d’aide en nature » , a précisé Hilary Beckels président de la Commission des réparations de la Caricom (K.C)
250 MILLIONS DE DOLLARS DE LA TRAITE DES ESCLAVES
« Ils envisagent la possibilité de s’associer à nous et de créer un institut de grande envergure pour la recherche sur les maladies chroniques, destiné à prévenir leur prolifération future » , a déclaré l’historien, qui préside également la Commission des réparations de la Caricom (Communauté des Caraïbes). Un rapport intitulé l’Esclavage, l’Abolition et l’Université de Glasgow, récemment publié par l’université, révèle qu’elle a bénéficié directement de la traite des esclaves en Afrique et dans les Caraïbes aux XVIIIe et XIXe siècles, à hauteur de près de 250 millions de dollars.
L’université a annoncé qu’elle avait lancé un « programme de justice réparatrice » vaste et ambitieux, fondé sur les résultats de plus de deux années de recherche.
En outre, l’Université de Glasgow a également annoncé son intention de mettre en oeuvre des programmes et des projets prévoyant des bourses d’échange et des programmes d’échange pour les étudiants jamaïcains et autres étudiants des Caraïbes grâce à ses liens avec UWI. Objectif : accroître la diversité raciale des étudiants et du personnel et réduire l’écart de diplomation, tout en créant un centre interdisciplinaire pour l’étude de l’esclavage historique et de son héritage, y compris l’esclavage moderne et le trafic, d’être humains.
Source  France Antilles Jeudi  29 novembre  2018.

POUR UN CENTENAIRE …

La Martinique durant la 1ère Guerre mondiale, une histoire méconnue

Le séminaire coordonné par l’Atelier Canopé vendredi 9 novembre 1918 a constitué une excellente occasion de se pencher sur un moment méconnu de notre histoire. Le 100e anniversaire de l’armistice mettant fin au premier conflit mondial est ainsi intelligemment célébré.

9000 martiniquais sont partis au front © La 1ère

© LA 1ÈRE 9000 martiniquais sont partis au front

  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le 11/11/2018 à 08:00

La période de la Première Guerre mondiale est un moment-clé dans le processus de l’assimilation. L’histoire d’amour de la Martinique avec la mère-patrie, comme est appelée la France à cette époque, prend véritablement corps en ce début de 20e siècle. La population des quatre vieilles colonies doit montrer son attachement à la métropole coloniale.

L’occasion lui en est donnée avec la mise en oeuvre de la loi sur la conscription, en 1913. Ce texte est la traduction juridique d’une volonté politique, le paiement de  « l’impôt du sang » comme preuve de notre condition de citoyen français de plein exercice. Après une bonne dizaine d’années d’atermoiements, les jeunes hommes des colonies sont autorisés à être incorporés sous les drapeaux. La haute hiérarchie militaire ne voit pas d’un bon œil l’arrivée des soldats créoles. Ils sont jugés physiquement faibles et inaptes à la condition militaire.

Payer l’impôt du sang

Le revirement de l’état-major vient de l’intensification de la guerre. Les dirigeants politiques français sont pris à revers. Contrairement à leurs prévisions, le conflit ne dure pas quelques mois. Il convient de poursuivre le recensement et le recrutement de soldats sur tout le territoire, l’Empire colonial y compris.

Les sergents recruteurs parcourent donc les campagnes de Martinique et des colonies. Le nombre de soldats enrôlés augmente fortement lors des campagnes de recrutement de 1915. Les appelés sont désireux de combattre en Europe. Le contexte s’y prête. Le Conseil général et la plupart des maires sont favorables à l’assimilation.

Nos soldats jugés inaptes au combat

L’assimilation est une doctrine dont la revendication naît durant les dernières années de la période esclavagiste. Deux générations plus tard, à l’occasion de la Première Guerre Mondiale, l’égalité des droits suppose le droit d’avoir l’honneur de se battre pour la France. Les antimilitaristes, essentiellement des socialistes, sont cloués au pilori. Au total, 9 000 soldats martiniquais partent en Europe. 2 000 sont tués sur le front.

Dans le même temps, la Martinique connaît une situation économique contrastée. Les produits de consommation courante sont rares, l’approvisionnement étant désormais compliqué. La population s’appauvrit. En parallèle, la production de sucre et de rhum explose littéralement pour alimenter les soldats sur le front. Ce qui provoque la modernisation de l’industrie sucrière, l’enrichissement des planteurs et des usiniers ainsi que l’émergence du prolétariat industriel.

Période de mutation, la Première Guerre mondiale en Martinique reste un moment méconnu. Il serait temps de s’y pencher, en contournant deux carences créées par la France dans ses colonies, l’oubli et l’ignorance.

          Source  Martinique  Première

un  reportage  de FRANCE ANTILLES

Le retour de la « race » dans (et par) le football

Dans une tribune parue sur Mediapart, l’ancien international, Lilian Thuram et les historiens, Pascal Blanchard et Yvan Gastaut reviennent sur l’affaire du fichage ethnique organisé par le PSG depuis 2013. Ils insistent sur la leçon à en tirer : « Nous devons intégrer une chose simple, la couleur et les origines d’une personne ne déterminent en rien les qualités et les défauts de cette personne. Mais il reste du travail à faire pour faire partager ce principe, dans le football et dans la société. » Leur prise de position fait écho à l’exposition Des Noirs dans les Bleus, conçue par le Groupe de recherche Achac ainsi qu’à la récente interview de Lilian Thuram pour L’Équipe.

 

N’en doutons plus : l’affaire du fichage ethnique organisé par des recruteurs du Paris Saint-Germain révélée par le dossier du Football Leaks de Mediapart confirme que la « race » n’a pas disparu. Et que le monde du football, sport pourtant si brassé, si mélangé, si métissé est une nouvelle fois une incroyable caisse de résonances des contradictions liées aux questions d’ethnicité dans notre pays.

 

Alors qu’en juillet dernier, nous nous sommes félicités du silence en France sur les références en matière d’origine des joueurs vainqueurs de la Coupe du monde en Russie, la dimension raciale revient de façon honteuse cet automne. Et pas sur n’importe quel sujet : sélectionner des enfants selon leur origine pour « avantager les enfants blancs » au sein du plus prestigieux des clubs français.

 

Cela ne nous surprend pas : l’affaire dite des « quotas » avait déjà ébranlé le monde du football sur le thème de la « race » — une affaire déjà lancée par Mediapart en 2011. Lors d’une réunion (captée à l’insu de ses participants) à la Fédération Française de Football, en novembre 2010, le Directeur Technique National François Blaquart se déclarait « tout à fait favorable » à favoriser les Français « sans origine », notamment en raison du risque que les enfants d’origine africaine ne choisissent de jouer ensuite pour l’équipe nationale du pays d’origine de leur famille.

 

Le principe des quotas est donc dans l’air du temps depuis de nombreuses années. Il est révélateur d’une problématique bien plus profonde et la « prédominance blanche ». Les affaires se suivent et se ressemblent, toujours dans le même sens, toujours reflet d’un certain regard sur la France actuelle et sur une grille de lecture racialiste. À chaque fois, il n’y a jamais de responsable dès qu’il s’agit d’une affaire de racisme dans le sport. On passe son chemin, comme pour ces jeunes joueurs « noirs » le 6 mai dernier, lors d’un match amateur entre Mackenheim et Benfeld, qui ont subi insultes et violences racistes.

 

Une longue histoire…

 

Depuis les déclarations du président du Front national, parti d’extrême droite, en 1996 lors de l’Euro en Angleterre fustigeant la présence de trop de joueurs d’origine immigrée qui ne représentent pas véritablement la France, il n’est pas rare d’entendre dans les conversations de comptoir comme dans les milieux du football professionnel les sempiternels sarcasmes sur le fait que les « Blacks » sont si nombreux dans le Onze tricolore que bientôt les « Blancs » en seraient exclus ; ou que les « musulmans » (ce qui à chaque fois veut dire les Arabes) ne doivent pas être trop nombreux sous peine d’une désagrégation de l’équipe… À chaque fois, la même petite musique que nous avions déjà signalée tous les trois dans plusieurs ouvrages, conférences, tribunes ou dans le film documentaire « Les Bleus, une autre histoire de France » (Netflix).

Quel paradoxe ! La même France qui s’est exaltée pour le « Black Blanc Beur » de 1998 est hantée par le spectre d’une France qui ne serait plus blanche ou par le débordement musulman…

Cette nouvelle affaire liée au recrutement du PSG ne vient donc qu’attester des pratiques qui, bien que cachées car condamnables, ont bien cours dans le monde du football qu’il soit professionnel ou amateur. Ces pratiques ont un nom : le clivage racial, avec un arrière fond nauséabond d’apartheid. Mais aussi la peur d’être envahi, d’une « colonisation » inversée osent même dire certains.

Laissons-là les auteurs de ces pratiques — c’est désormais une affaire de justice (la Licra a annoncé qu’elle allait saisir la justice [depuis la Licra et la LDH ont déposé plainte auprès du procureur]), une procédure en interne du club, et une décision attendue du politique que devra prendre la ministre des Sports — et interrogeons-nous plutôt sur le profond système de représentation qui les pousse à réaliser tout un système élaboré de fiches dans lesquelles sont mentionnées des catégories ethniques fondées sur des profils de joueurs comme « Français »« Maghrébin »« Africain » ou « Antillais » (on découvre même, à la lecture des derniers articles, que pour les recruteurs du PSG en Île-de-France avaient les mêmes pratiques ajoutant « MS » pour métis et « AS » pour Asiatiques).

Ce tri ethno-racial — qui existe d’ailleurs ouvertement en Grande-Bretagne — en dit long sur un état général des mentalités qui envisage la société comme un ensemble de groupes aux caractéristiques physiologiques et culturelles propres. On est sidéré de découvrir que les dirigeants du PSG n’auraient rien vu, rien entendu. Qu’un seul homme aurait organisé ce système. C’est inacceptable.

 

La FFF s’étonne de ces dérapages et son président dans Le Parisien justement dénonce le « fichage ethnique », mais existe-t-il un travail de fond sur ces problématiques au sein de la Fédération ? Colloques et déclarations se succèdent, mais des actions de fond sont-elles engagées ? Ne faut-il pas réfléchir et promouvoir une dynamique forte sur l’histoire de cette diversité en équipe nationale ou valoriser ce récit dans le siècle ? Car la France, grâce à son équipe nationale, possède une des plus belles histoires de la diversité au monde. Les beaux discours, les belles annonces en début de match, les slogans antiracistes ne suffisent pas à changer les mentalités, il faut davantage travailler en profondeur.

Lutter contre le racisme, c’est d’abord ouvrir les yeux sur ses propres pratiques, changer les mentalités de tous et surtout construire de nouveaux paradigmes. C’est nécessaire partout, dans tous les domaines de nos sociétés et plus encore dans le sport et le football dans lequel toute une génération espère trouver une réussite sociale et une reconnaissance au regard de leur effort. Sinon ces jeunes, quelles que soient leurs origines, leurs parcours ou ceux de leurs parents, ne croiront plus dans les valeurs de la République.

À ce niveau, seuls les actes comptent, seules les actions pérennes et structurantes sont efficaces. Nous serions tellement satisfaits si le PSG (et d’autres clubs en France), la FFF et la Ligue prenaient des engagements concrets et mettaient en place des programmes sérieux et en profondeur et pas donc seulement à Paris — car c’est un « cas pas forcément isolé » écrit Le Parisien le 9 novembre —, et il est plus que temps de mettre ces actions en place, 20 ans après la victoire de 1998.

C’était peut-être « commode » pour organiser un recrutement efficace pour ceux qui croient que la valeur d’un homme est le fruit direct de ses origines, mais dans cet esprit et dans cette formulation ce système porte un nom : le racisme. Et le football, alimentant les plus beaux récits de notre histoire nationale ces dernières années est aussi, malheureusement, le porteur d’une face sombre, celui du retour de la « race ». Et pour combattre le racisme, il n’y a pas de recette miracle : éduquer, enseigner l’histoire pour rappeler l’incroyable saga des joueurs issus de l’immigration en Bleu. Il faut aussi des programmes explicites et « grand public » pour construire un autre regard et d’autres pratiques. Et sanctionner ceux qui ont développé, validé et encouragé de telles pratiques.

 

Le football est toujours en première ligne des mutations de la société, c’est en son sein que les joueurs des colonies ont pu, dès 1931, être reconnus comme Français dans une société encore coloniale ; c’est en son sein que toute les vagues d’immigrations ont pu devenir visibles (Ben Barek, Kopa, Platini, Zidane, Mbappé…) ; c’est dans le football que les jeunes identifient les potentiels d’une société qui valorise les performances individuelles sans tenir compte de la couleur de la peau, de la religion ou des origines sociales.

Nous devons intégrer une chose simple, la couleur et les origines d’une personne ne déterminent en rien les qualités et les défauts de cette personne. Mais il reste du travail à faire pour faire partager ce principe, dans le football et dans la société.

 

Source ACHAC  « Newsletter #2 – 14 novembre 2018 »

Previous Older Entries

Je débute. Laissez-moi un commentaire ou une mention J'aime :)

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives

%d blogueurs aiment cette page :