LA MAISON D’Aimé CESAIRE : restaurée bientôt en MUSEE

La « maison d’Aimé Césaire à Redoute (Fort-de-France) va bénéficier du financement des opérations de sauvegarde du patrimoine. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a validé mardi 3 avril, le projet de rénovation et de valorisation de la maison du poète et de l’homme politique.

La maison d'Aimé Césaire, quartier Redoute à Fort-de-France. © Martinique la 1ère
© MARTINIQUE LA 1ÈRE La maison d’Aimé Césaire, quartier Redoute à Fort-de-France.
  • Par Jean-Claude SAMYDE
  • Publié le , mis à jour le 
La maison d’Aimé Césaire, patrimoine emblématique de Martinique, figurera sur le jeu de grattage qui accompagnera le tirage spécial du loto du patrimoine, prévu le 14 septembre prochain.

Stéphan Bern, nommé par le président de la République Emmanuel Macron, à la tête d’une mission d’identification et de sauvegarde du patrimoine en péril a retenu dans ses 250 projets, la maison du poète et de l’homme politique, située à Redoute sur le territoire de Fort-de-France.

Aimé Césaire © kobason.wordpress.com
© kobason.wordpress.com Aimé Césaire

Cette nouvelle intervient quelques jours avant le dixième anniversaire de la mort du chantre de la négritude (17 avril 2008). Écrivain, maire de Fort-de-France, député de la Martinique, artisan de la départementalisation, toute l’œuvre d’Aimé Césaire sera valorisée dans ce projet.
La maison d’Aimé Césaire, acquise par la ville de Fort-de-France est devenue par donation, propriété de l’Institut Aimé Césaire.

Raymond Saint-Louis Augustin président de l’institut Aimé Césaire

Cette inscription permettra, par la mobilisation de financements publics et privés, nationaux et locaux et notamment de la Collectivité Territoriale de Martinique, d’entamer les travaux de mise en œuvre de l’installation de la Fondation Aimé Césaire.

Trois projets martiniquais sont concernés par cette opération menée par le ministère de la Culture : la maison Telle au Saint-Esprit, le fort de l’îlet à Ramiers aux Trois-Îlets et la maison d’Aimé Césaire à Fort-de-France.

Publicités

LA VILLE DE SAINT-ESPRIT (97270) REND HOMMAGE à Aimé CESAIRE

RENE ACHEEN n’est plus….

L’historien René Acheen, ancien proche collaborateur du recteur de Martinique, ancien animateur de radio-télévision, est décédé ce mardi après-midi (3 avril), à Fort-de-France à l’âge de 71 ans.

L'historien martiniquais René Acheen (1947-2018). © Martinique La 1ère
© MARTINIQUE LA 1ÈRE L’historien martiniquais René Acheen (1947-2018).
  • Martinique La 1ère
  • Publié le 
Le professeur agrégé d’histoire-géographie, René Acheen est décédé ce mardi après-midi (3 avril 20178), à l’hôpital de Fort-de-France à l’âge de 71 ans. Il a terminé sa carrière au rectorat de Martinique où il fut délégué académique aux relations européennes et internationales et à la coopération.

René Acheen était retraité de l’Éducation Nationale depuis le 21 juillet 2012 après avoir connu une riche expérience professionnelle dans l’enseignement supérieur et secondaire en France et dans le monde. L’historien Gilbert Pago résume cette carrière.

Une intense carrière nationale et internationale

À l’étranger :
Détaché en qualité d’expatrié pour exercer les fonctions de chef d’établissement, au lycée français Charles de Gaulle, Concepción, au Chili (1200 élèves) et de directeur général de l’Alliance Française de Concepción (450 étudiants) entre 1990 et 1997.
Détaché en qualité d’expatrié pour exercer les fonctions de professeur certifié d’histoire-géographie au lycée français pasteur, à Bogota en Colombie, entre 1984 et 1990.

En France :
Délégué académique aux relations internationales et à la coopération (DARIC), au sein de l’académie de Martinique (du 01-09-97 au 01-09-2001) puis de 2006 à 2012.
Directeur de cabinet du recteur de l’académie de Martinique (du 01-09-2001 au 01-10- 2006).
Conseiller personnel du recteur de l’académie de Martinique (du 26-01-1998 au 01-09-2001).
Professeur certifié histoire-Géographie au collège Renan à Fort de France, du 10-09-1970 au 01-09-1984.
Conseiller pédagogique auprès du centre régional de formation des PEGC, Fort-de-France de 1978 à 1984. Conseiller pédagogique d’un certifié stagiaire au lycée de Bellevue à Fort-de-France, 1979-1980.
Chargé d’enseignement à l’université des Antilles et de la Guyane, U.E.R. des sciences juridiques et Économiques, Fort-de-France, de 1973 à 1984.
Cours d’histoire économique et d’histoire de l’Amérique Latine – Niveaux : DEUG, Licence, Maîtrise.

Un homme de culture et d’audiovisuel

René Acheen a contribué à vulgariser la connaissance de la Caraïbe et des Amériques. Producteur et présentateur d’émissions télévisées à FR3 et à RFO (aujourd’hui Martinique La 1ère)
* « René Achéen raconte… », une émission mensuelle en 1980.
* « Mémoire, espaces, temps et hommes de notre Amérique », 1983, 1984, 1989.
Producteur et présentateur à la Radio, en collaboration avec le professeur Jean Crusol, d’une émission hebdomadaire « découverte » de 55 minutes, sur l’Histoire et la Civilisation de la Caraïbe et de l’Amérique Latine, de 1979 à 1984, sur RFO radio (Martinique La 1ère).

René Acheen s’est aussi distingué dans le monde de la culture. Il fut membre fondateur du Centre Martiniquais d’Animation Culturelle. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont : l’esclavage dans les colonies Françaises d’Amériques, « La traite des noirs et l’esclavage » et « Déclin et effondrement du système esclavagiste ».

Ami,  repose  en paix !
R.I.P

Promenade en musique de carnaval dans les rues de Saint-Esprit.

Lucien Degras, figure de la recherche et du monde agricole

Ce samedi marque la disparition de Lucien Degras, chercheur émérite et passionné du jardin créole. Il avait 90 ans.

© Rodrigue Lami
© RODRIGUE LAMI
  • Guadeloupe 1ère
  • Publié le , mis à jour le 
Lucien Degras, agronome, généticien, ethnobotaniste… La nature a été son terrain de jeu et de recherche durant toute sa carrière. Lucien Degras, est décédé.
Né en Martinique, en 1927, Lucien Degras a été l’un des co-fondateurs du centre INRA (Institut national de la recherche agronomique) des Antilles et de la Guyane.

Une vocation d’enseignant, il devient chercheur

Une carrière qui a fait de lui une référence dans le milieu… Un chemin qui n’était pourtant pas tout tracé… Lors de ses études, au lycée Schoelcher, à Fort-de-France, il appréciait la poésie et la littérature. Ses professeurs le destinaient d’ailleurs à des études de philosophie. Lui, se voyait plutôt enseignant.
Il obtient son Baccalauréat en 1947 et embarque à bord du premier bateau emmenant des étudiants dans l’Hexagone, après la Seconde Guerre mondiale.
La guerre de 14-18 qu’il a vécu à distance et son impact sur les Antilles. « Nous avons connu le manque de nourriture… Nous faisions la queue le matin à partir de 4 heures pour avoir droit à une tranche de peau de bœuf de 10 centimètres sur 20 qui tenait lieu de viande. Nous avons mangé durant tout un mois, matin, midi et quelquefois le soir, des bananes vertes, cuites dans de l’eau de mer. Il n’y avait pas de sel. Cette période a été physiquement et physiologiquement très dure et je ne pesais pas lourd » confiait-il en 2008 dans une interview réalisée pour l’INRA.
Lucien Degras, arrive donc à Montpellier où il suit des études de Sciences naturelles, des cours de génétique végétale et de cytologie (l’étude des cellules isolées).

Ses débuts en Afrique

A l’âge de 23 ans, jeune marié, il s’envole pour la Guinée. Durant 5 années, il est responsable du réseau de recherche en matière d’amélioration du riz en milieu inondé pour l’ensemble de l’Afrique occidentale française à l’ORSTOM, l’Office de la recherche scientifique et technique outre-mer.
En 1958, il est interdit de séjour en Afrique, l’époque « de l’effervescence pour l’indépendance africaine -le référendum franco-africain, la sécession de la Guinée » explique t-il. Son amitié avec un syndicaliste est vue d’un mauvais oeil.

L’agriculture et la recherche étroitement liées

Il retourne donc à l’INRA, à Paris, jusqu’en 1964, où il obtient sa mutation aux Antilles. Lucien Degras est « bombardé » directeur de station d’amélioration des plantes, selon ses propres termes. Une fonction qu’il occupe durant 17 ans, de 1964 à 1981.
Après une année sabbatique, il regagne son laboratoire, travaillant sur les plantes vivrières jusqu’à son départ à la retraite, en 1994.
Il est aussi le créateur en 1992 de l’association Archipel des sciences, dont il a été l’un des fers de lance jusqu’en 2007.
Les ouvrages du chercheur font autorité dans le milieu des spécialistes. Ils lui ont valu plusieurs distinctions venues du Japon à la Côte-d’Ivoire en passant par Trinidad ou Cuba.

L’igname, son cheval de bataille

En 1986, il écrit L’Igname, plante à tubercule tropicale, Techniques agricoles et productions tropicales. Un ouvrage référence dans le monde agricole, de 400 pages, traduit également en anglais. Pour Lucien Degras, l’igname doit être une plante de base de notre alimentation. Elle correspond à tout un ensemble culturel et rituel très important couvrant toute l’Afrique occidentale humide ou à peu près, région d’où l’Europe a prélevé la majorité des esclaves pour les Antilles.
« On trouve dans toute la Caraïbe, dans toutes les régions tropicales humides américaines, comme une révérence pour l’igname sans que l’on puisse bien dire pourquoi. En fait, c’est qu’elle correspond à tout un ensemble culturel et rituel très important… couvrant toute l’Afrique occidentale humide ou à peu près, région d’où l’Europe a prélevé la majorité des esclaves pour les Antilles. Il s’ensuit une résonance culturelle considérable. Travaillant sur cette plante qui m’avait paru très originale sur le plan biologique, j’avais l’impression de permettre vraiment une avancée considérable dans sa connaissance scientifique et agronomique, tout en épousant une valeur socio-culturelle » précise t-il.

Le jardin créole, pan de notre patrimoine

GARCIN MALSA REND HOMMAGE À LUCIEN DEGRAS

Garcin Malsa rend hommage à Lucien Degras

Dans son dernier ouvrage, Le jardin créole,  il présente cet espace représentatif du mode de culture traditionnel des Antilles-Guyane  comme un élément à part entière de notre patrimoine. Un patrimoine agricole et culturel dans lequel les plantes cultivées manuellement y sont associées.
« C’est assez significatif que mon nom Degras, qui provient du vieux créole où il se dit Dégras, signifie “défrichement pour la préparation des jardins traditionnels”. J’ai appris cela sur le tard lorsque je me suis intéressé aux jardins créoles. J’étais donc déjà “marqué” sans le savoir pour m’occuper de jardins créoles » disait-il avec humour.

https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/lucien-degras-figure-recherche-du-monde-agricole-est-decede-538071.html

Henri MELON, ACTEUR et ECRIVAIN SPIRITAIN

Henri MELON , le Spiritain
Homme de scène et de plume, il figure dans le livre Grand Témoin qu’il présentait à sa sortie en décembre 2015.

par Adams Kwateh Mardi 21 mars 2017

La médiathèque de Saint-Esprit accueille aujourd’hui un enfant de la commune qui, au fil de sa vie, s’est consacré à l’éveil des consciences par la culture. Rendez-vous à 19 heures.
Celui dont la trajectoire et le fil de la pensée seront mis en exergue à travers la Rencontre du lendemain, est un grenier qui enferme l’histoire de l’action culturelle en Martinique des 50 dernières années. Metteur en scène, acteur dans un film, homme de plume, Henri Melon est un rempart contre la négation de soi-même. Il a débuté au théâtre avec Ariane Mouchkine dans « Genjis Khan » . Depuis, ce natif de Saint-Esprit né le 16 août 1935, n’a cessé d’interroger la contribution du monde noir à l’humanisme qu’on lui a longtemps refusé. C’est sur point que Melon rejoint Césaire à travers le concept de négritude.
Et pour mettre en pratique les idées de Césaire, il fonde le Théâtre populaire martiniquais en 1968. L’année suivante, il présente sa 1re pièce à la Maison de la culture de Floréal sur un montage de « Cahier d’un retour au pays natal » . Et comme un grand événement ne se produit jamais tout seul, sa fille Corinne naquit le même jour.
En ces années où aucune collectivité n’avait mis en place une politique culturelle -le SERMAC est créé en 1972-, Henri Melon brisait, du coup, le monopole des troupes françaises qui présentaient au public martiniquais un théâtre loin de refléter une réalité à laquelle il pouvait se référer.
LA PAROLE EST DONNÉE À UN PIONNIER
La première génération de comédiens martiniquais est issue de cette troupe, la première également à porter sur les fonts baptismaux l’oeuvre de Georges Mauvois, alors banni par l’administration pour non-injonction à une mutation et le Sony Rupaire, le rebelle guadeloupéen, anti-colonialiste. Telle est l’oeuvre pionnière d’Henry Melon, le dernier d’une fratrie de trois enfants, dont Alfred qui a donné son nom à la médiathèque de Saint-Esprit. Cet enseignant a toujours mené de pair la transmission du savoir et l’action sur scène. C’est du reste, ce double rôle qu’il a incarné dans « Rue Cases-Nègres » , le long-métrage d’Euzhan Palcy. « Le théâtre de Césaire a apporté une espèce d’héroïsme racial » , nous confiait-il dans un entretien en juin 2006. L’expression pourrait paraître exclusive, mais elle témoigne pourtant de l’expérience de Melon dans la dramaturgie césairienne. Car il avait été le premier Martiniquais avec Yvan Labejoff à jouer dans la première mouture de « La Tragédie du Roi Christophe » en 1964 à Berlin et l’année suivante à l’Odéon à Paris.
C’est donc à un pionnier que la parole est donnée ce soir au cours d’une rencontre dont il est familier en apportant à chaque fois, un regard profond sur ce que nous sommes dans un monde où notre parole où la parole de Césaire garde toute sa force.

Les CHAMPS DE L’ART ET SES CONSIDERATIONS d’après l’oeuvre de Ernest BRELEUR et selon Patrick CHAMOISEAU

 

Ce Mardi 16 Février, 19h, à la Médiathèque Alfred melon-Dégras (Saint-Esprit), Carte blanche à Ernest Breleur dans le cadre des Rencontres pour le lendemain.
Photo de Médiathèque Alfred Melon-Dégras.

 

Discussion instantanée (3)
CONSIDERANT M. BRELEUR Par Patrick CHAMOISEAU
Médiathèque Alfred Melon-Dégras·mercredi 17 février 2016

Considérant M. Ernest Breleur, je dirais ceci.
Cette œuvre est importante. L’artiste est considérable.
Examinons ce que je mets dans ces deux termes : l’important, le considérable

A
L’ŒUVRE BRELEUR EST IMPORTANTE

1 – L’œuvre importante augmente notre réel. Elle ébranle les certitudes qui nous permettent de vivre et qui nourrissent notre idée du beau, du vrai, du juste, du pertinent, du bienfaisant… Toute œuvre importante augmente le réel par un tourbillon d’interprétations possibles qui sollicite votre participation, qui vous oblige à exister autrement en face de son indéfinition. L’indéfinition c’est la préservation d’une grande intensité de possibles. Elle est inconfortable pour celui qui veut être rassuré. C’est pourquoi il est plus facile et plus fréquent de rejeter une grande œuvre, que de la confronter. L’autre manière de la fuir, est de vouloir à tout prix l’expliquer. Celui qui se lance dans une explication, c’est à dire qui cherche à en enlever et les ombres et les plis, prend le risque de se couper de l’œuvre qui elle, demeure et demeurera malgré tout infiniment ouverte. Celui qui explique encourt aussi le péril de rester inchangé en face de l’œuvre, ce qui est une manière assurée de mourir. L’indéfinition offre à celui qui regarde une occasion de maintenir et de poursuivre ce que l’œuvre a de vivant.

Si l’œuvre importante est interprétable à l’infini, que reste-t-il d’elle ?
Son mystère.
Le « mystère » de l’œuvre n’a rien de religieux. « Mystère » ici veut dire : renouvellement constant de ce que l’on perçoit. Il vous permet de fréquenter ce qui constitue à mon sens le vif de l’esthétique contemporaine : l’incertain, l’imprévisible, l’inachèvement et au-delà de tout cela l’ultime vertige de l’impensable. C’est en cela que l’œuvre est rayonnante et belle. Car la Beauté, toujours neuve, déroute toujours les signifiances ordinaires. Elle surgit avec le souffle d’un « en-dehors ». Elle n’a rien à voir avec le joli, car elle peut être terrifiante et terrible. Son seul signe c’est qu’elle est toujours renouvelée, toujours renouvelante, toujours régénérante en des bonds fantastiques, et c’est en cela qu’elle vous ouvre aux vertiges très vivifiant de l’impensable. L’œuvre de M. Breleur, déroutante et ouverte, inconfortable et vivifiante, est une des occurrences de la Beauté.

2 – L’œuvre importante nous inspire. Elle inspire car elle met en alerte. Etre inspiré c’est commencer à se défaire des fixités de l’être au monde pour vivre l’étant au monde. Dans l’être au monde, la racine est unique, la sève est stable comme une essence, l’identité est exclusive de l’Autre, la tolérance est un orgueil, la certitude est fermeture souveraine. Dans l’étant au monde, le rhizome n’amène que l’étendue, l’arbre relationnel prend le pas sur l’arbre généalogique, l’espace est dégagé au-dessus des territoires ; l’opacité est la respiration de la diversité ; l’errance, la fluidité, l’incertain, l’étendue, ne sont plus des menaces contre la profondeur. Et je me construis dans l’amplitude de mon rapport à l’Autre. Dans ce que nous propose M. Breleur, l’alerte est permanente, et c’est en cela qu’il est pour moi une source d‘inspiration.

3 – L’œuvre importante ouvre à méditation. La méditation erre entre l’ombre et la lumière, entre conscience et inconscience, entre pulsion et volonté, entre imagination et construction. Elle peut se dire ou rester indicible. Elle va, entre connaissance et liberté, entre le dedans de soi et le démaillage du dehors. La méditation connaît l’incertitude et soutient son éclat dérangeant. Elle nous protège des systèmes de pensées et des pensées de système. Elle se murmure, elle questionne et ne peut pas se proclamer. Glissant dirait qu’elle est archipélique et tremblante. La méditation respecte et vit pleinement le rayonnement de l’œuvre, elle ne cherche pas à l’expliquer, donc à la perdre ainsi. Dans son œuvre, et si on résiste au désir de vouloir tout expliquer, M. Breleur nous initie à la méditation.

4 – L’œuvre importante libère mais elle libère sans indiquer de chemin. Elle ouvre une constellation de possibles où se devinent des traces, des passes, des voies et des fenêtres. Par elle, on sort des enclaves intérieures et des lignes habituelles du réel. On prend le risque d’aller. Son rayonnement mobilise des horizons qui restent à inventer, des chemins qui s’inventent dans le cheminement seul ; ainsi, elle initie à une « errance qui oriente », qui oriente dans les étants de soi, mais qui oriente aussi dans les espaces du réel et du monde. L’errance est avant tout une disponibilité, aucune destination ne détourne ses effusions avec l’entour. C’est pourquoi l’œuvre importante n’a pas de discours : elle a plutôt une vaste résonance. Chez M. Breleur, la résonance mobilise à la fois, passé présent futur dans une même prophétie, et conserve le sillage de l’expérience du vivre qui est la sienne.

B
L’ARTISTE BRELEUR EST CONSIDERABLE
1 – Le courage – À propos d’Hemingway, Faulkner disait en substance : Hemingway fait bien ce qu’il fait mais il n’ose pas grand chose. Il voulait parler du courage que nécessite toute œuvre. Une œuvre importante ne supporte aucune demi-mesure. Les artistes considérables sont infiniment courageux. Ils osent. Ils osent l’incompréhension, la mévente, la solitude. Ils osent invalider le convenu, le joli, le déjà fait ou le déjà pensé. Ils osent l’incertitude totale et ne craignent pas l’inachèvement. Ils inventent des horizons. Ils engendrent des paysages. Ils conçoivent des mondes ou même des univers.
Et ils osent l’utopie.
La mythologie de la lune, la série grise, la série des corps flottants, la série blanche, la série des tombeaux ou la série des christs, l’immense série des tribus métamorphes… Chacune des périodes artistiques de M. Breleur est un acte de courage. Son univers est puissant. Son œuvre est au-delà de l’audace car l’audace, comme l’avant-garde, est encore dépendante d’une norme.
Elle ouvre à utopie, car l’utopie n’est dépendante de rien.
L’utopie n’est pas une fuite face au réel. L’utopie affronte l’épuisement d’un réel. Elle dégage son assise pour tout revivifier, intégrer le chaos, fréquenter le désordre génésique, frôler la négation et bâtir sur le manque. Tout réel est l’achèvement d’une utopie. Toute utopie signale le lieu de mille possibles, et donc autant de devenirs. Il faut du courage pour oser ce qui manque, y trouver la source d’un désir renouvelé, et maintenir ce désir sur la plus large équation de possibles. Chez M. Breleur l’utopie suscite un grand désir, comme une force du vivre, et elle lui permet d’impulser sans cesse sa propre expérience, de demeurer en devenir dans la grand-scène relationnelle du monde.

2 – Dans la vie et la mort – Dans son œuvre, M. Breleur installe la conjonction concrète et métaphorique de sa vie et de sa mort. De la vie et de la mort. Il ne construit pas, il ne fabrique pas, il ne joue pas, il va au plus extrême, dans une fréquentation inouïe des températures dangereuses de la vie et de la mort, car c’est là que se situe le sens le plus précieux car très proche de cet en-dehors qu’est l’impensable, et le prenant en compte.
L’impensable offre, à qui peut s’y confronter à nu, le plus haut et le plus raide degré de stimulation de la conscience et de la créativité.
C’est une foudre.
Il faut du courage pour aller le chercher.
L’artiste considérable est un feu de courage.
Je veux dire que c’est une esthétique de grande autorité qui ne craint pas de manipuler l’énergie de la mort dans l’énergie de la vie, qui sait mobiliser ce que nous ne voyons pas ou ce qui nous inquiète, ce qui est « en-dehors » et qui reste silencieux, pour encore amplifier tout ce qui nous exalte.

3 – Solitude solidaire – Les vieilles communautés absorbaient les individus dans leurs corsets identitaires et culturels. Dans la Relation qui est l’énergie du monde animé par sa totalité (ce que Glissant appelle le Tout-monde), l’individu élabore sa personne, et chaque personne, dans une expérience parfaitement singulière, élabore son lien à l’Autre, aux autres, au monde… Le lien surgit de la solitude plénière de chacun et s’en va en rhizome tramer le solidaire.
Dès lors, comme tous les grands artistes contemporains, M. Breleur est une haute solitude.
C’est par la solitude qu’il se fait solidaire.
L’artiste ancien était souvent inscrit dans un espace communautaire. Il pouvait être un enfant du sacré, une victime du divin, un produit de l’instinct, une créature de l’inspiration, des muses ou de son inconscient. Il allait souvent dans un groupe proclamant une esthétique. Il représentait souvent une langue, un pays, une culture. L’artiste de la Relation lui, est un éclat de conscience, de connaissance et de volonté. Il confronte l’incertain, l’imprévisible, la fluidité constante, et l’indéfinition. Il ne représente que sa propre expérience. Sa lumière naît des seules aventures de son esprit. Son talent choisit un Lieu pour bien éprouver les vents de la grand-scène du monde. Et il se tient, sans béquilles et sans occultations, en face de l’impensable. Dans son œuvre, M. Breleur invente sa propre légende, construit sa propre cosmogonie, ses propres mythologies, il ne nous impose pas de vérité, mais il offre à notre propre expérience, le cheminement scintillant d’une conscience singulière entre le Lieu Martinique et le monde total.

Dans la Relation, le Lieu c’est le monde concentré. Le Monde, c’est tous les Lieux reliés entre eux. L’œuvre relève du Lieu par le monde. Et du monde par le Lieu. C’est en cela qu’elle est déterminante. (Le Tout-Monde est le chatoiement réalisé de tous les Lieux du monde.). Tout est relié à tout mais le Lieu demeure incontournable. On peut le choisir comme bon nous semble mais il demeure incontournable. C’est le seul moyen d’éviter une zombification dans de l’universel. M. Breleur sait tout cela, c’est pourquoi la Martinique est son Lieu dans le monde, et que le monde se trouve au plus profond de son Lieu Martinique. .

4 – L’admiration – Pour finir, je voudrais considérer un sentiment.
L’admiration.
Nous provenons de la mort et de l’horreur esclavagiste. Nous avons dû renaître seuls, dans des formes informes, composites, inextricables, toujours en devenir. Ce que nous sommes nous est encore indéchiffrable et donc mésestimé. C’est pourquoi nous avons si peu d’estime de nous-mêmes, si peu de faveur pour nous-mêmes.
C’est pourquoi nous sommes si peu capables d’admiration envers nous-mêmes.
Dès lors, ici, le sentiment d’admiration ne peut être qu’un principe pertinent du procès créateur. Il ne peut que nourrir de la manière la plus large le geste créateur. Je dirais même qu’il ne peut que l’assainir. En pays dominé, l’admiration signale une reconstitution intérieure, et même une autorité intérieure, humble et généreuse.
Dans son œuvre, M. Breleur a su plonger au plus terrible de lui-même, et de nous, et dans cette plongée qui mobilise le monde il a su nous aimer, aimer la Martinique et en interroger la véritable beauté.

Il sait admirer, donc il est admirable.

Patrick CHAMOISEAU
Février 2016 – Intervention à « Rencontres pour le lendemain », Médiathèque Saint-Esprit.

Voir  aussi  la  page du blog intitulée  « L énigme  du désir…dévoilée »(Avril 2015)

Lire  1) l’analyse  de  Roland  SABRA  dans LA LETTRE  DE MADININ’ART du 20  Février 2016 à partir   des  » 40 Entretiens  d’artistes » réalisés  par Dominique BERTHET   et  sur  l oeuvre  d E.BRELEUR  en  particulier.

2)  Un  atelier  dans  la  jungle :  Ernest BRELEUR  par   Selim  LANDER

 

Image

Omer Voyer, amoureux de la nature, Bâtisseur de Paradis à Saint-Esprit

Omer Voyer, La rivière en héritage

Omer Voyer (Saint-Esprit) - Crédits Photos: Micha Photo

En aval du quartier Valatte, une descente sinueuse conduit au quartier « vieilles Terres », qui doit son nom uniquement à sa topographie accidentée. Sur les pentes et dans la cuvette, les gens cultivent les jardins créoles. Le quartier a beaucoup alimenté les paniers et les étals du marché couvert de la commune.

La rivière quant à elle, serpente au milieu, s’épanouit en bassin, juste en face de Omer Voyer qui en fait sa passion.

Depuis toujours, il en prend soin, veille sur elle, plante fleurs et arbustes, l’autre partie de lui-même qu’il chérit et offre à ses amis pour des moments de bonheur.

Pour être ami de Omer, le mot de passe : « rèspekté la nati !

Judith Agot, commerçante, Bâtisseur de Paradis du Saint-Esprit

Judith Agot, une immersion dans la Martinique d’antan.

Judith Agot 5saint-Esprit) - Crédit Photos: Micha Photo

33, rue Capitaine Pierre-Rose, en face du vieux marché couvert datant de 1924, à proximité de l’église inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, se dresse une belle maison à l’architecture traditionnelle.

C’est ici, au cœur du bourg, que Judith, pétillante grand-mère, exerce ses activités de commerçante.

Dans son bar, où l’on vient prendre son décollage matinal, dès l’entrée, on est accueilli par le tray de fruits et légumes  du pays.

D’un coup d’œil, on remarque les détails architecturaux intérieurs, les arcades intérieures, les poutres.

Sur les carreaux de ciment soigneusement conservés, des tables carrées nappées de madras, avec au centre le plateau garni des verres à punch, le bocal de canne à sucre et le sirop. Autour, les  chaises d’époque en bois sont prêtes à recevoir les clients.

Dans l’espace  réservé à la restauration, Judith, propose des plats traditionnels préparés avec le savoir-faire des cuisinières d’antan. Un festival garanti de saveurs  pour surprendre des palais curieux.

L’autre espace plus petit qui tient du « débit de la régie », est un autre lieu de gourmandise avec son comptoir garni de pâtisseries traditionnelles à base de  noix de coco, de confiture de banane et de goyave, et ou l’on trouve les fameux macarons locaux.

.Contacts : 0596 56 61 53/0696 70 74 45

Luc Kabile, artiste-peintre, Bâtisseur de Paradis du Saint-Esprit

Luc Kabile, Au Paradis du « Kabilisme Art »

Luc Kabile (Saint-Esprit) - Crédit Photos: Micha Photos

Sur le Chemin des Trois Gares, j’ai rencontré Luc Kabile, élève des Beaux-Arts, dans son antre, une case créole au bord de la rivière des Cacaos, toute dédiée à l’art.

Il n’y a plus l’effervescence, les bruits, les odeurs mêlées des chevaux, des wagons de cannes à sucre sur les rails, il n’y a plus les cases en paille le long de la rue de l’ancienne et prospère habitation Gueydon.

Seuls le patronyme des lieux, le manguier plus que centenaire, la vieille demeure créole au sommet du morne, recueillent la mémoire de l’ancienne l’habitation sucrière Gueydon.

C’est ici que Luc Kabile se laisse envahir par l’essence de la vie, les sens aiguisés par son appétit de saisir le monde.

L’horizon est repoussé sans cesse, car sa source d’inspiration, c’est la vie, l’univers avec ses créatures et leurs histoires.

L’artiste n’est pas resté étranger à son histoire avec le thème de l’esclavage, la douleur créatrice de la société martiniquaise d’aujourd’hui.

Dans sa case au bord de l’eau, où il dispense aussi des cours, il réalise, fresques, portraits à l’huile, au fusain, pastels, sur toile, lin bambou, feuille végétale à travers ses peintures, ses fresques et des caricatures quand il veut voir encore plus loin qu’un réel qui prétend s’imposer à lui.

Contact : 0696 86 37 4

Previous Older Entries

Je débute. Laissez-moi un commentaire ou une mention J'aime :)

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives

%d blogueurs aiment cette page :