LE PREMIER GENOCIDE IGNORE DU XXe SIECLE

HERERO ET  NAMA dans  le  Sud-Ouest africain allemand (1904-1908)

par   Pascal Blanchard

 

Le Mémorial de la Shoah, qui avait déjà traité des génocides arménien et Tutsi, présente, jusqu’au 12 mars 2017, une exposition sur le génocide Herero et Nama, intitulé Le premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand (1904-1908). L’occasion pour Pascal Blanchard, historien et chercheur au Laboratoire communication et politique du CNRS (Irisso) à l’université Paris-Dauphine, de revenir sur un épisode tragique et méconnu de la colonisation allemande, un épisode dont la reconnaissance est au centre d’un enjeu mémoriel fondamental.

En l’espace de quatre ans, entre 1904 et 1908, près de 50 % du peuple Nama (environ dix mille individus) et 80 % du peuple Herero (environ soixante-cinq mille individus), deux populations vivant dans le Sud-Ouest africain allemand (l’actuelle Namibie), sont exterminés par le Reich allemand. Depuis 1884, date de prise de possession du territoire par l’administration coloniale allemande (suite à une série d’accords passés avec les autres puissances européennes et l’Empire ottoman), le Reich y impose ses règles en employant la manière forte, multipliant les violences physiques, les meurtres et les exactions sexuelles.
En 1904, en réaction à une telle brutalité, une révolte éclate chez les Herero. Le Reich allemand la réprime avec violence et le général Lothar von Trotha émet un ordre d’extermination, le 2 octobre 1904, condamnant ainsi hommes, femmes et enfants : « C’était, et c’est aujourd’hui encore, ma politique que d’appliquer cette force par la terreur absolue, voire la cruauté. Je détruirai les tribus rebelles en versant des torrents de sang et d’argent. C’est uniquement après un tel nettoyage que quelque chose de nouveau pourra apparaître et perdurer. » Les Nama prennent, à la suite des Herero, les armes contre les Allemands et subissent le même sort que les Herero.


Les prisonniers Herero sont alors internés dans des camps de concentration (tout comme les Nama, après qu’ils aient déposés les armes). Ils sont utilisés comme travailleurs forcés et leurs terres sont confisquées. Les conditions de vie y sont terribles, entre malnutrition et violences physiques, et ils seront des milliers à y perdre la vie. Autre aspect ̶ particulièrement morbide ̶ du génocide qui s’est perpétré sur le territoire : la collecte de crânes humains à destination de la recherche anthropologique allemande et, notamment, des chercheurs de l’Institut pathologique de Berlin, qui ont travaillé à prouver la différence hiérarchique entre Européens et Africains.
La guerre s’achève officiellement en mars 1907, mais les camps ne seront pas fermés avant le début de l’année 1908. Quelques années plus tard, en 1915, alors que la Première Guerre mondiale fait rage, les forces sud-africaines envahissent le territoire et, en octobre, le Sud-Ouest africain allemand passe sous mandat britannique.
Si les exactions commises par des officiers allemands doivent être considérées aujourd’hui dans le contexte global de la colonisation exercée par les puissances occidentales et que le système des camps de concentration n’est pas une invention allemande (le terme a d’ailleurs été employé pour la première fois lors de la guerre des Boers en 1899 en Afrique du Sud), ce qui distingue particulièrement cet épisode de la colonisation, c’est l’ordre explicite d’extermination qui a été donné.
C’est en cela que l’expression « premier génocide du XXe siècle » est fondamentale ; une reconnaissance qui a été le fruit d’un long processus, à la fois historique et politique. Un premier principe mémoriel voit le jour dans les années 20, lorsque Herero et Nama commencent à commémorer leurs héros de la « résistance » face au colon allemand. Mais il faut attendre 1985, pour qu’un principe de reconnaissance internationale advienne, lorsque la Commission des droits de l’homme des Nations Unies approuve un rapport dans lequel est mentionné « the German massacre of Herero in 1904 ». En 1990, la Namibie devient indépendante et, avec l’ouverture des archives, c’est une véritable problématique mémorielle qui s’affirme, dans le cadre d’un processus de réconciliation national. Quelques années plus tard, en 1998, Roman Herzog, le président allemand, est interpellé sur la question de la reconnaissance du génocide, alors qu’il est en visite en Namibie.
En 2001, des Herero déposent une plainte contre le gouvernement allemand. La plainte est rejetée mais, demi-victoire, des « excuses partielles » sont présentées. Cent ans après le début du génocide, en 2004, c’est l’importante question d’une possible compensation financière qui surgit, cette fois-ci dans la presse allemande. La même année, fait majeur, le ministre fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, participe à une commémoration du « massacre » des Herero en présence de soldats allemands. Il y présente le « pardon » de l’Allemagne et accepte, au nom du pays, la « responsabilité morale et historique et la culpabilité des Allemands à cette époque ». Si la question de l’indemnisation financière est alors passée sous silence, le gouvernement allemand déclare vouloir attribuer à la Namibie une aide au développement d’un montant de 11,5 millions d’euros. En 2011, une nouvelle étape fondamentale est franchie ; vingt crânes de Herero et de Nama sont restitués à la Namibie, qui en a fait la demande auprès du musée historique médical de la Charité de Berlin.
Enfin, dernière étape de ce processus de reconnaissance institutionnelle d’un crime contre l’humanité dans un territoire colonial, le 10 juillet 2015, Frank-Walter Steinmeier, le ministre des Affaires étrangères admet publiquement les notions de crime de guerre et de génocide et, en juillet 2016, il est annoncé que des « excuses officielles » vont être présentées par le gouvernement allemand. L’histoire n’est pas finie ; il reste la question de la compensation financière… Une problématique soulevée, en début d’année, par le dépôt d’un recours collectif devant un tribunal de New York contre l’Allemagne, un recours « au nom de tous les Herero et Nama dans le monde, à la recherche de réparations et de compensations pour le génocide ». C’est donc dans ce contexte, toujours éminemment sensible, que se déroule l’exposition présentée par le Mémorial de la Shoah à Paris, au moment même où le Deutsches Historisches Museum propose, jusqu’au 14 mai 2017, une exposition intitulée German Colonialism. Fragments Past and Present. Au moment, enfin, où en France, les déclarations d’Emmanuel Macron sur la notion de crime contre l’humanité associée à la question coloniale déclenche moult débats et polémiques.

GROUPE DE RECHERCHE ACHAC
Colonisation, immigration, post-colonialisme

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75008 Paris – FRANCE
Tél : 01 43 18 38 85

Ce qu’il faut retenir du colloque…

UNE  ETAPE  VIENT  D’ÊTRE  FRANCHIE……

Adams KwatehMercredi 02 novembre 2016
Conséquences de l'esclavage : une étape                  est franchie
La question des réparations abordée par Moussa Alo Iyé, responsable à l’UNESCO de La Route des esclaves.
Avec une participation de centaines de personnes par jour en Martinique, puis en Guadeloupe, le colloque scientifique international sur l’impact psychique de l’esclavage a tenu le pari en terme de fréquentation et de pistes de réflexion pour l’avenir. « Bilan plutôt satisfaisant » , se réjouit le professeur Aimé Charles-Nicolas, président de l’association First Caraïbes, initiatrice de la rencontre.
Ce sont les chercheurs de neuf pays d’Afrique, d’Europe et des Amériques qui se sont retrouvés les 26 et 27 octobre en Martinique et le 28 octobre en Guadeloupe, à l’initiative de l’association First Caraïbes. Au menu de leur rencontre, une interrogation : « L’esclavage : quel impact sur la psychologie des populations ? » Une première dans nos pays, car les travaux ont été pluridisciplinaires, en plus de sa tenue en Guadeloupe et en Martinique. Le Mémorial ACTe, à Pointe-à-Pitre, a accueilli le dernier jour du colloque devant les responsables politiques, culturels et associatifs de l’archipel.
Deux jours plus tôt, une vingtaine d’intervenants, composés d’historiens, de psychiatres, de généticiens ou de psychologues, a alimenté la rencontre en Martinique. Ici comme en Guadeloupe, la première question pointée du doigt a été l’existence reconnue unanimement du traumatisme dans les populations dont les ancêtres ont subi l’esclavage. Le phénomène se manifeste de multiples manières démontrées dans des observations cliniques et des recherches aussi bien aux Etats-Unis qu’en Jamaïque. Le docteur Edwin Nicols, venu des Etats-Unis, 85 ans, a insisté sur « l’héritage psychologique » qui frappe les Afro-descendants.
Pour déceler les mécanismes et les ramifications qui subsistent encore, des spécialistes ont fait référence aux travaux du Martiniquais Frantz Fanon, considéré comme le précurseur de la psychiatrie dans les sociétés post-esclavage. De l’intériorisation de l’infériorité aux addictions et la sur-représentation des Noirs dans les faits de violences aux Etats-Unis, le colloque a abordé aussi le cas des Afro-descendants au Brésil, le dernier pays à abolir l’esclavage en 1888. « L’esclavage, à plusieurs égards, a continué dans le présent » , a déploré une universitaire brésilienne. « Et ni nous brisions le cycle de l’infériorisation ou de la supériorisation des uns sur les autres, nous aurions la plus grande révolution planétaire » , a souhaité le docteur Benjamin Bowser.
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Le colloque suivi attentivement par les élus et les représentants de la société civile…
« OUI, IL Y A TRANSMISSION, MAIS TOUT EST RÉVERSIBLE »
Aucune question n’a été éliminée, y compris celle sur les réparations. En Guadeloupe, elles ont été abordées à la fois sous l’angle des demandes faites par des associations comme le MIR (le Mouvement international pour les réparations) et des réponses données par des états au statut des Afro-descendants. Le débat a montré que les réparations ne forment pas un bloc unique et que la première des réparations est l’enseignement de l’histoire de l’Afrique et les formes de mise en esclavage.
Par ailleurs, les mesures d’accompagnement économique ont été soulignées par des intervenants et l’assistance, mais il ne s’agit nullement de réparations pécuniaires. L’accès à la terre et la préservation des lieux de résistance comme les Kilombos au Brésil ont été mentionnés parmi les possibilités de faire disparaître « la discrimination systémique » .
La question de la transmission du traumatisme qui suscite des interrogations a été traitée par la chercheuse suisse Ariane Giacobino. « Oui, il y a transmission, mais tout est réversible » , observe-t-elle. Dès lors comment faut-il le dépasser ? En Jamaïque, l’introduction des expressions culturelles dans les écoles a réconcilié les enfants avec leur passé. Le parallèle a été tout de suite fait par le professeur Aimé Charles-Nicolas et Ariane Giacobino avec les dessins et peintures réalisés par des élèves des écoles du Lamentin, Fort-de-France et Lamentin sur leur vision de l’esclavage. Cette manifestation s’est tenue mardi dernier au Domaine de La Pagerie en partenariat avec Canopé, le réseau de création et d’accompagnement pédagogiques. On vise donc l’avenir pour avoir une mémoire apaisée dans la longue marche vers « la réconciliation » , selon Aimé Charles-Nicolas.
Le premier colloque sur les traumatismes liés à l’esclavage est appelé à se reproduire sous diverses formes, par exemple des conférences-débats entre les professionnels du secteur sanitaire et social et les historiens ou les psychologues. Les participants ont décidé également d’aller plus loin en créant un observatoire dont la forme n’est pas révélée.
ILS ONT DIT
Aimé Charles Nicolas, président de l’association First Caraïbes : « Ce colloque n’est pas une conclusion »
Aimé Charles-Nicolas, clôturant le colloque en Guadeloupe, tire un bilan satisfaisant.
« Nous avons établi des faits psychiques, politiques ou psychiatriques. Donc nous pouvons dire que les voies sont ouvertes pour une auto-réparation personnelle et aussi une réparation collective. Il y a un impact du traumatisme de l’esclavage sur nos populations, voire toute la planète. Il faut donc poursuivre le travail personnel et collectif, car ce colloque n’est pas une conclusion, mais il permettra de revenir par des séminaires et poursuivre des discussions. »
Gilbert Pago, historien co-organisateur du colloque : « La rencontre a eu un véritable écho »
« C’est un triomphe en matière de fréquentation et de contenu. En Martinique et en Guadeloupe, une moyenne de 1000 personnes ont assisté par jour au colloque. Rapporté à la population française, c’est l’équivalent de 100 000 personnes. Donc la rencontre a eu un véritable écho. Les participants ont abordé des thèmes importants et veulent aller plus loin.
Contrairement à ce l’on pourrait penser, les sujets sont porteurs et attendent d’être développés dans un cadre interdisciplinaire. »

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En  attendant   l’édition  des  actes  du  colloque,  retrouvez  les  différentes  interventions en  Martinique  et  en  Guadeloupe  sur  le  site  : WWW.CIPHAGE/HOME/REPLAY

SEMINAIRE PROGRAMME 2016-17 du CI.R.E.S.C *

*CENTRE   INTERNATIONAL  DE  RECHERCHE  SUR  LES   ESCLAVAGES .

Esclaves, affranchis et « nouveaux libres » dans l’espace public du monde atlantique : race et citoyenneté. De l’agentivité aux réparations

Myriam Cottias, directrice de recherche au CNRS
Antonio De Almeida Mendes, maître de conférences à l’université de Nantes
Céline Flory, chargée de recherche au CNRS 
Jean Hébrard, inspecteur général de l’éducation nationale
Marie-Jeanne Rossignol, professeur à l’Université Paris-Diderot

2e et 4e mercredis du mois de 17 h à 19 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris)

Le séminaire s’articulera cette année autour de la question de la place des esclaves, des affranchis et des « nouveaux libres » dans l’espace public du monde atlantique. À compter de 1783, l’espace atlantique a été traversé par la question de la citoyenneté des affranchis et des anciens esclaves. Par exemple, libérant leurs esclaves lors de la Révolution américaine, certains des États des États-Unis leur avaient accordé une pleine citoyenneté, de même que la seconde République française en 1848. Quel a été le fondement de ces accessions à la citoyenneté (militaire et révolutionnaire) ? Pourquoi et comment a-t-on offert, limité, puis parfois repris, la citoyenneté aux anciens esclaves ? Comment la race et la citoyenneté se sont-elles combinées ? En quoi le républicanisme des révolutionnaires atlantiques était-il universel, en quoi offrait-il des libertés graduelles ?

Plus généralement, il s’agira de voir quelles ont été les modalités d’intervention dans l’espace public des esclaves, des affranchis et des « nouveaux libres » du monde atlantique. Comment envisager l’agentivité des sujets dans un espace de coercition ? Comment analyser les révoltes d’esclaves, de « libres de couleur » ou d’affranchis? Quels sont les modèles de contestations et les revendications exprimées par exemple à partir des sources judiciaires, des récits de planteur ? Les séances s’articuleront autour de ces problématiques en intégrant des débats historiographiques.

Par ailleurs, des séances de lecture de textes sur les indemnités et réparations au titre de l’esclavage atlantique et dans l’Océan Indien se feront en coordination avec les chercheurs du programme de l’ANR REPAIRS.

Programme 2016 – 2017

16 novembre 2016
Miranda Spieler (The American University of Paris)
Liberté, liberté trahie…Faire et défaire des citoyens français, Guyane 1780-1880 (Editions Alma, 2016)

23 novembre 2016 
Charlotte de Castelnau L’Estoile (Université Paris Diderot) et Giacomo Ghedini (Université de Bologne – université Paris Diderot)
Eglise, Esclavage et Réparations : les termes d’un débat 
A titre exceptionnel, cette séance se déroulera à l’Université Paris Diderot (salle 209-2e étage), bâtiment Olympe de Gouges 13 rue Albert Einstein, Paris

7 décembre 2016
Nicola Frith (Université d’Edinburgh)
Réparation de l’esclavage : au delà des limites de la mémoire

11 janvier 2017 
Romain Robinet (EHESS/CERMA)
La notion de race à l’épreuve de la guerre-monde (1937-1947) : regards mexicains

25 janvier 2017
Marie-Pierre Ballarin (IRD-URMIS)
Être citoyen après l’esclavage en Afrique de l’Est : l’exemple kenyan (20e-21e siècles)

8 février 2017
Antonio de Almeida Mendes (Université de Nantes – CRHIA-CIRESC)
Histoires et parcours d’esclaves en Europe du Sud, XVIe-XIXe siècles

22 février 2017
Claudine Raynaud (Université Montpellier 3)
Le Récit de Sojourner Truth (1850) : témoignage de l’esclavage dans l’Etat de New York ? (PURH, 2017)

8 mars 2017
Marie-Jeanne Rossignol (Université Paris Diderot – LARCA-CIRESC)
L’Histoire de la Guinée, d’Anthony Benezet, première traduction du livre qui inspira la campagne britannique contre la traite des esclaves à la fin du XVIIIème siècle

22 mars 2017
Myriam Cottias (CNRS, CRPLC-CIRESC), Antonio de Almeida Mendes (Université de Nantes, CRHIA-CIRESC) et Céline Flory (CNRS/EHESS, CIRESC)
Présentation de l’ouvrage : Esclavages et subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français (XVIIe-XXe siècles) » (dir. M. Cottias & H. Mattos, Open éditions books, 2016)

26 avril 2017
Céline Flory (CNRS/EHESS – CIRESC)
« L’engagisme africain » au sein des mémoires familiales aux Antilles françaises

10 mai 2017
Myriam Cottias (CNRS, CRPLC-CIRESC)
Les indemnités à un niveau micro-local aux Antilles, XIXe siècle

24 mai 2017
Michaël Roy (Université Paris-Ouest Nanterre la Défense)
Publier et diffuser les récits d’esclaves américains 1830-1860 : esprit d’entreprise, agentivité, littérarité

DECENNIE INTERNATIONALE (an II)

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DE L’égalité … à l’EGALITE, parlons en!

Egalité réelle, une réparation de l’esclavage qui ne dit pas son nom?

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par Anne-Laure BERNARD

Le 10 mai 2015, date de commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage dans les anciennes colonies françaises, François Hollande inaugurait à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) le Mémorial ACTe, centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage. Est-ce un hasard si le Président de la République a annoncé ce même jour une future loi sur l’« égalité réelle » en faveur des territoires d’outre-mer ?

Une « égalité réelle » pour réparer l’esclavage ?

Lors des commémorations, Victorin Lurel, alors député et Président du Conseil Régional de Guadeloupe, a dit vouloir prendre toute sa part dans le débat sur les réparations. Il a soutenu la venue du Révérend Jesse Jackson, figure du combat des Noirs Américains pour leurs droits civiques. Au Mémorial ACTe, entre meeting politique, office religieux et embrassades avec les séparatistes, Jesse Jackson a déployé sa verve pour exhorter les Guadeloupéens, qu’il désigne comme « son peuple », à exiger des réparations, déchaînant les vivats de la foule et des élus locaux. Un clou qu’il enfoncera au journal de 20h de Guadeloupe 1ère : « Vous ne devez rien à la France, c’est la France qui vous doit ».

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Environ un an plus tard, on retrouve Jesse Jackson aux côtés du Président Hollande et de l’ancienne Garde des Sceaux, Christiane Taubira, à la cérémonie de commémoration du 10 mai à Paris. Il plaide à nouveau pour une politique de réparation en faveur des descendants d’esclaves français qui selon lui sont « libres mais pas égaux ». Ce que la loi Taubira de 2001 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité » n’a pas obtenu de la représentation nationale, à savoir l’indemnisation au titre du crime, la loi sur l’« égalité réelle » y parviendra-t-elle de manière détournée ?

Dans son pays, les Etats-Unis d’Amérique, Jesse Jackson réclame pour la communauté noire des mesures économiques, sanitaires, éducatives et sociales pour réparer les conséquences de l’esclavage et de la ségrégation. Cette revendication se fonde sur l’idée de « justice réparatrice ». En 2014, sur ce même principe, les pays de la CARICOM ont adressé à la France, au Royaume-Unis et au Pays-Bas une demande officielle de réparations au titre de l’esclavage et de la colonisation, en vue de rattraper leur retard de développement. N’est-ce pas aussi cette voie qu’ont choisie les défenseurs du projet de loi sur l’« égalité réelle », dite « loi sur l’égalité économique » ? A leur tête, le CREFOM n’appelle-t-il pas de ses vœux « un vaste plan d’égalité dans tous les territoires d’outre-mer, afin que ces derniers obtiennent enfin le rattrapage…» économique, social, éducatif, sanitaire, en matière d’infrastructures et de logement ? C’est en tout cas ce que confirme le rapport remis en mars 2016 à Georges Pau-Langevin, Ministre des Outre-Mers, par le député Victorin Lurel qui propose un plan de convergence et un « big-bang » économique, social et fiscal contractualisé avec l’Etat.

« Egalité réelle » pour les Antilles-Guyane et… Haïti l’émancipée

« Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons ». En 2015, cette phrase de François Hollande enthousiasma l’auditoire du MACTe. On pensa alors que la France, jusqu’ici opposée à des réparations financières, était prête à rendre les 150 millions de francs-or versés par Haïti de 1825 à 1883 – ce fameux emprunt qui obligea l’ex-colonie à s’endetter lourdement auprès des banques françaises et contribua à obérer son avenir. « Certains ont appelé cette exigence la rançon de l’indépendance » a nuancé le Président français. Mais de quelle exigence s’agit-il ? A quoi renvoient ces mots énigmatiques ?

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Dans la Caraïbe francophone, d’aucuns estiment que la France n’a jamais digéré la perte de sa richissime colonie de Saint-Domingue (actuelle Haïti) suite à la révolte des esclaves africains. Or, du point de vue de Paris, l’analyse est différente : La défaite infligée aux troupes de Bonaparte en 1803 a certes été cuisante mais, la 1ère République noire demeure le fruit (inattendu !) de la Révolution française. Mieux : En 1825, sous la Restauration, quand Haïti, victorieuse et ruinée, propose d’indemniser les colons expropriés, la France s’engage à reconnaitre l’existence du nouveau pays en échange de ce remboursement. C’est par cet acte de naissance officiel (garantie de paix et de légitimité) et par lui seul, que l’Etat souverain d’Haïti pût enfin nouer librement des relations internationales politiques et commerciales. Pour les deux parties, respecter cet acte est un devoir. Une exigence. Hollande et ses prédécesseurs le savent : seules la guerre, la diplomatie ou la mansuétude du plus fort peuvent conduire à renégocier un traité dûment signé entre Etats dignes de ce nom.

En termes diplomatique et historique, préserver le prestige et l’honneur des deux nations impose de manœuvrer avec prudence : D’un côté, laisser Haïti aux prises avec une misère dont la France est en partie responsable entacherait l’image de la ‘‘Patrie des droits de l’Homme’’ ; de l’autre, suivre ceux qui exigent qu’on « rende l’argent d’Haïti » laisserait planer un gros doute sur la valeur de l’indépendance du seul pays où, excusez du peu, les esclaves ont non seulement battu l’armée coloniale mais racheté d’eux-mêmes leur liberté aux anciens maîtres. C’est là l’honneur d’Haïti. Vouloir à tout prix refaire l’histoire ne servirait que le prestige d’une France généreuse, repentante et vertueuse, et sous-entendrait qu’en réalité, la victoire des héros Haïtiens, celle de David contre Goliath, n’était que relative (car on n’impose rien au vainqueur d’une bataille). On peut se référer au texte des historiens Marcel Dorigny et François Blancpain figurant dans le rapport Debray pour mieux comprendre cet épineux dossier.

Une « réparation réelle » pour le prestige de la France ?

Mais revenons au Mémorial ACTe, impressionnant monument de 83 Millions d’euros dédié à la mémoire de nos ancêtres victimes ; lieu où fut, rappelons-le, annoncé une future loi sur l’« égalité réelle ». Pour François Hollande, Président de la République Française, son inauguration en grande pompe en présence de Chefs d’Etats de la Caraïbe et de pays Africains était autant un « ACTe » de réparation (et non de contrition !) qu’une splendide occasion de réaffirmer urbi et orbi la grandeur et la droiture morale de son pays. Un exercice qu’il a renouvelé cette année en annonçant la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage, prémisse à l’édification d’un nouveau mémorial et d’un lieu muséographique dans l’Hexagone. Et de deux !

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Avec la loi Taubira, la France –qui s’enorgueillit d’être la première nation à reconnaitre l’esclavage comme crime contre l’humanité– avoue être une génitrice terrible moralement responsable envers les descendants d’esclaves de ses anciennes colonies. Son devoir d’assistance, et non d’assistanat, vaut donc pour toute sa ‘‘filiation’’ : celle des territoires d’Amérique qui ont choisi de rester dans son giron (décolonisation par l’intégration) ; et dans une moindre mesure pour les citoyens de la République d’Haïti (décolonisation par l’indépendance). Par conséquent, le soutien multiforme contre les séquelles de l’esclavage et le paupérisme du tiers-monde qu’on pourrait aux Antilles appeler « égalité réelle » pourrait prendre pour Haïti le nom de « justice réparatrice ».

Côté guadeloupéen, seuls les indépendantistes ont boudé l’inauguration du mastodonte mémoriel offert par la France. Ainsi, Elie Domota qui qualifie le Mémorial ACTe de « macaquerie » coloniale, ne doute pas que derrière l’ « égalité réelle » se profile la question des réparations. Interviewé par le journal Nouvelles Semaine du 2 octobre 2015, le secrétaire général du syndicat UGTG, leader du LKP (qui, en 2009, dénonçait le scandaleux écart des prix entre la métropole et la Guadeloupe), rejette l’« égalité réelle ». Selon lui, la seule réparation qui vaille ne peut être que financière et adossée à une redistribution des terres des descendants de colons blancs aux descendants d’esclaves noirs. Une position qui est loin de faire l’unanimité aux Antilles, terres de profond métissage. Un autre indépendantiste, Luc Reinette, considéré comme l’initiateur du Mémorial ACTe, martèle que cet édifice n’est qu’un (bon) début ; que « la France doit maintenant nous demander pardon » et quitter la Guadeloupe tout en continuant à nous financer au titre des réparations. Dans le Nouvelles Semaine du 20 mai 2016, l’ex leader de l’ARC rassure sur sa capacité à diriger une Guadeloupe indépendante grâce à un puit financier sans fond qu’alimenterait la Mère Patrie sur une durée minimale de 25 ans. Là encore, le soutien de la population est loin d’être acquis.

Mais bien plus déroutant est de lire dans le même journal la rhétorique indépendantiste reprise par un élu de la République : Interrogé sur les réparations, le sénateur Jacques Gillot répond directement sur l’égalité réelle. Ce partisan de l’autonomie de la Guadeloupe, regrette que l’égalité selon Lurel fixe comme référence la métropole. A son sens, le projet de loi soutenu par l’ex Président de Région est « une négation » de notre identité, un projet assimilationniste qui ne tient pas compte « du caractère particulier de nos territoires ». Cet élu de gauche semble voir une incompatibilité entre identité guadeloupéenne et progrès social à la française. Or, vers quel autre standard sinon celui de la France, celui que nous avons mandaté pour nous représenter au sein de la Nation, voudrait-il que nous tendions ? A en croire son cri patriotique, il nous faudrait renoncer à nos droits pour ne plus être des aliénés assimilés (Adieu donc 40%, minima sociaux, protections sociales, système de soin, retraite, droit du travail, services et équipements publics…). Or, qu’est-ce que l’autonomie sinon nous gérer nous-mêmes au sein de la République Française ? Sérieusement, qui imagine Jacques Gillot jeter son écharpe tricolore aux orties pour brandir le drapeau séparatiste guadeloupéen ?

Conscient que les mots ‘‘autonomie’’ et ‘‘indépendance’’ font figure d’épouvantail pour les Antillais, Jacques Gillot déclare par ailleurs, qu’une politique de réparation doit déboucher sur « un programme d’ ‘‘empowerment’’ au niveau culturel, social et économique ». Le concept d’ ‘‘empowerment’’ fut utilisé aux Etats-Unis par le mouvement des droits civiques dans les années 60. On peut le traduire comme un processus d’appropriation ou de réappropriation de son pouvoir d’agir, qui redonne aux minorités victimes d’inégalités les moyens d’améliorer leurs conditions d’existence. Il s’agit donc d’une logique d’intégration au pays dans lequel on vit et non d’une prise de distance avec une quelconque tutelle coloniale.

En Guadeloupe, l’ ‘‘empowerment’’ aurait consisté pour Jacques Gillot lui-même, puisqu’il en avait la compétence (au sens légal) 14 ans durant en tant que Président du Département, à travailler à ce que tous les Guadeloupéens aient de l’eau à leur robinet toute l’année.

Réparation-séparation ou négociation-intégration ?

L’objectif affiché du projet de loi sur l’égalité réelle est de « repenser le pacte de progrès économique et social » entre la métropole et les Outremers.

Or, le lourd financement de monuments mémoriels ne doit pas faire oublier que nos territoires, largement dépendants de l’Etat,

voient aujourd’hui leurs ressources menacées sur deux fronts :

  • Le risque de perdre les avantages acquis (sur-rémunération des fonctionnaires, défiscalisation, octroi de mer et autres niches fiscales)
  • Les dotations et les investissements de l’Etat (dotation aux budgets des collectivités locales, LBU…) qui s’amenuisent comme peau de chagrin.

Pour préserver l’unique source d’oxygène de territoires économiquement à bout de souffle, il y a donc urgence à endiguer le désengagement de l’Etat et faire inscrire dans le marbre certaines dispositions dérogatoires –y compris celles régulièrement fustigées par l’Europe ou la Cour des Comptes– voire à anticiper leur inéluctable disparition par des mesures de substitution.

Nous voilà donc aux Antilles devant la quadrature du cercle : Pour réduire son déficit public et respecter des règles du libre-échange imposées par l’Europe et l’OMC, l’Etat français s’éclipse au moment même où nos pays, frappés de chômage endémique, doivent affronter sur le long terme les effets de la mondialisation, de la crise économique et d’une puissante révolution technologique. Comment amener l’Etat, pressé par des instances supranationales, à ne pas se désengager chez nous comme il semble décidé à le faire partout dans l’Hexagone ? Et surtout, comment peser dans cette négociation ?

En rappelant la France, pays des droits de l’Homme, à sa responsabilité ET à ses devoirs !

A ce jeu, notre maître-atout reste l’invocation de la dette morale imprescriptible de l’esclavage. Pour des peuples dont les voix les plus tonitruantes n’ont de cesse de clamer leur désir d’émancipation ou de responsabilité, c’est le seul moyen digne d’obtenir la garantie du maintien des transferts financiers de la France dans nos territoires qu’elle a créés dans la douleur (surtout pour nous, la douleur !).

Dans un contexte où les Etats occidentaux sont très soucieux de leur bonne image, l’irruption de la question des réparations sur la scène internationale est une aubaine pour nos responsables politiques et syndicaux. Bien utilisée par les descendants de victimes, cette carte permettrait le maintien des avantages acquis, et qui sait ? Peut-être même l’amplification des engagements financiers de l’Etat français dans nos territoires… quel que soit leur statut.

Mais alors, pourquoi tant de circonvolutions ? Si notre mal développement est une conséquence de l’esclavage et de la colonisation, s’il s’agit de gommer des inégalités entre territoires français tout en conservant nos privilèges de citoyens français d’outre-mer, pourquoi ne pas appeler un chat « un chat » ? Pourquoi substituer au terme « réparation » celui d’« égalité réelle » ? Puisque Victorin Lurel prend en effet « toute sa part » en soutenant ce projet de loi et si la justice réparatrice est son parti pris, pourquoi le futur texte ne serait-il pas une loi sur les réparations, parachevant ainsi l’œuvre entamée 15 ans plus tôt par la députée Guyanaise, Christiane Taubira qui, soyons honnêtes, reprenait elle-même le flambeau de l’abolitionniste Victor Schœlcher ?

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Une « égalité réelle » politiquement correcte

On l’a vu, la revendication des réparations financières est portée chez nous, en Guadeloupe, par des indépendantistes, certes ultra-minoritaires mais dont la propagande est omniprésente. Ces derniers, à l’instar des pays de la CARICOM se disent prêts à aller devant les plus hautes instances juridiques si la France n’accédait pas à leurs demandes. Dès lors, comment nos élus, dont certains sont membres du Parlement français justement grâce aux luttes et à la volonté d’intégration de plusieurs générations de Guadeloupéens, pourraient-ils participer à cette aventure sans passer pour schizophrènes ? Si l’idée de justice sociale les séduit, celle d’une vengeance à retardement d’une Guadeloupe sous le joug d’une France esclavagiste leur semble forcément anachronique. Nos élus sont aussi conscients de la formidable différence de niveau de vie des Antilles françaises comparativement au reste de la grande et de la petite Caraïbe. On comprend pourquoi le concept d’ « égalité réelle » qui permet d’arriver aux mêmes fins sans passer pour d’éternels quémandeurs leur semble plus séduisant que l’idée conflictuelle de réparations.

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D’ailleurs, les adversaires électoraux de Victorin Lurel et de François Hollande se bornent à dénoncer l’égalité réelle comme une manœuvre électorale pour pêcher des voix ultramarines ou comme un projet assimilationniste. Critiques molles car si d’aventure l’Etat concrétisait les propositions du député Lurel (qui font furieusement penser aux revendications du LKP), nos économies sous perfusion s’en trouveraient forcément requinquées. Débouya pa péché !

Quid de la responsabilité réelle ?

L’« égalité économique réelle » nous est présentée comme une manière de parvenir en 25 ans maximum à un progrès social que la départementalisation n’aurait pas suffisamment accompli.

Pour qui aime son pays, force est d’admettre, même si c’est douloureux, que la conception qu’ont nos élus de la gestion des deniers publics (voir les différents rapports de la Chambre Régionale des Comptes) propulse la Guadeloupe dans le XXIème siècle sans égal accès à l’eau, aux transports publics dignes de ce nom, à une filière de traitement des déchets pérenne. Après 34 ans de décentralisation, on s’achemine toute honte bue, vers une demande auprès de l’Etat tant décrié pour qu’il efface l’ardoise au nom de l’« égalité réelle ».

La question de la responsabilité se pose cruellement lorsque certains de nos représentants, après avoir réclamé et salué un monument à la mémoire de nos ancêtres martyrs, estiment qu’il revient encore à l’Etat d’assumer le fonctionnement et la gestion d’un mémorial qu’ils considèrent désormais comme un boulet. Peut-être un avant-goût de ce qu’il adviendra aux Antilles des équipements et des infrastructures issus de l’ « égalité réelle » ?

La responsabilité devant l’Histoire devrait conduire les défenseurs d’une Guadeloupe indépendante (projet tout à fait respectable en soi) à refuser de demander des réparations au titre de l’esclavage et de la colonisation. En effet, comment justifier une telle demande alors que l’île est toujours (selon ce courant idéologique) sous le joug colonial ? Si donc une partie des nationalistes antillais exige de la France des réparations, sans passer par la case indépendance, c’est qu’ils reconnaissent de facto que la Guadeloupe n’est plus à décoloniser.

De plus, contrairement aux pays de la CARICOM qui demandent réparations à des puissances étrangères, la Guadeloupe, elle, fait plus que jamais partie de son ancienne puissance coloniale. Obtenir une indemnisation reviendrait donc à nous faire payer nous-mêmes nos propres réparations en tant que contribuables et à les faire payer par tous les travailleurs Français. Etre responsable devant l’Ethique c’est refuser de « pwofitasyonner » du combat que mènent les pays pauvres de la Caraïbes pour leur survie, tandis qu’il s’agit pour nous de préserver voire augmenter nos privilèges et notre pouvoir de surconsommation. Qu’y a-t-il de moral à demander à l’Etat français des réparations financières tout en lui réclamant d’assumer notre standing ?

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Esclavage et colonialisme obligent, notre ressentiment historique a fini par nous rendre réticents à affirmer en toute simplicité ‘‘nous sommes Français’’, et pire, honteux de demander comme n’importe quels citoyens Français ce que la France offre de meilleur. Il est devenu d’autant plus difficile de verbaliser cette appartenance chèrement acquise par nos ancêtres, que le ressentiment contre la France est exacerbé par le discours nationaliste. Cette idéologie de la culpabilisation irrigue depuis plus de quarante ans l’ensemble de la pensée politique aux Antilles et interdit toute revendication de nouveaux droits ou de maintien des acquis au nom de la citoyenneté, sous peine d’être taxé d’aliéné-décérébré-assimilé traître à la Guadeloupe. C’est ainsi qu’en 2009, nos nationalistes, eux-mêmes victimes de leur propre logique, ont pu réclamer plus d’Etat et davantage de droits français au nom de… la lutte contre l’Etat colonial esclavagiste.

Etre responsable, c’est aussi admettre que ce défaut de citoyenneté déploré par tous, classe politique et simples électeurs confondus, nous a interdit de tirer tous les bénéfices de la départementalisation, quelles qu’aient pu être les carences de l’Etat, et d’assumer le rôle qui nous incombait dans ce cadre, retardant davantage encore notre développement.

Les souffrances de l’esclavage, bien réelles et aussi terribles furent-elles, ne sauraient justifier le renoncement à la responsabilité, quelle qu’elle soit. Que l’on soit autonomiste, départementaliste ou indépendantiste, chacun constate aujourd’hui que notre pratique d’une citoyenneté où seuls comptent les droits sans les devoirs, a grandement facilité, en pleine mondialisation, le délitement des valeurs fondamentales de notre propre société (famille, travail, solidarité, respect de l’autorité, respect des aînés, mérite, sens de l’honneur…).

Egalité sans citoyenneté réelle ?

A la faveur d’un projet de loi dénommé « Egalité et Citoyenneté », bien distinct de celui sur l’« égalité réelle », Victorin Lurel, résolu à gommer des faits historiques qui font, aujourd’hui, tâche sur le pedigree de la France, a obtenu l’abrogation de l’indemnisation versée aux colons expropriés par Haïti et la France il y a plus de 160 ans. Une victoire qui s’ajoute certes à la liste des réparations symboliques, mais dont on peine à voir le lien avec la citoyenneté française. De plus, en jouant d’une similitude d’intitulé entre loi « Egalité et Citoyenneté » et loi sur « l’égalité réelle », Victorin Lurel a habilement focalisé l’attention médiatique sur les réparations symboliques en attendant d’obtenir, également, des réparations économiques réelles… mais inavouables. Abracadabra !

A bien y regarder, l’action menée en 2009 par le LKP contre la vie chère et les monopoles abusifs et celle conduite par le député Victorin Lurel, la Secrétaire d’Etat Erika Bareigts et le CREFOM de Patrick Karam  au nom de l’« égalité réelle » adressent un message identique à la France : le combat pour les droits et l’intégration à la République, entamé depuis 1848, n’est pas terminé. C’est comme si cette lutte, singulière dans la Caraïbe, avait finalement supplanté la question du développement, comme si elle était devenue notre moteur collectif, une composante essentielle de notre identité. Au plus profond de nous, nous avons chouké cette idée que le progrès social, l’amélioration de nos conditions d’existence, l’avenir de nos enfants ne dépendent nullement de notre propre capacité à créer de la richesse économique, ni de notre génie collectif pour innover et conquérir des marchés mais avant tout de notre volonté persévérante à

être aussi Français que les autres

tout en sauvegardant certaines singularités.

En tant que partie intégrante de la République Française, les Outremers devraient logiquement bénéficier des mesures du texte « Egalité et Citoyenneté » : un arsenal juridique visant la mixité sociale, l’égalité des chances pour les jeunes et les territoires les plus fragiles de la République et le renforcement de la lutte contre toutes formes de discriminations. Mais il semble que seul le texte sur « l’égalité réelle » puisse nous assurer ce fameux verrouillage des avantages spécifiques dont nous avons parlé plus haut, sans obligation citoyenne de notre part.

En l’occurrence, il ne s’agit donc pas pour nos élus de consolider notre citoyenneté, celle des droits ET des devoirs, mais plutôt de garantir nos privilèges de Français, certes, mais « entièrement à part ».

Le véritable projet de loi sur « l’égalité réelle » sera lui, examiné à la rentrée de septembre 2016. Gageons que d’ici là, Victorin Lurel s’activera, sans jamais le dire clairement, à obtenir des réparations concrètes, palpables, de l’esclavage. L’avenir nous dira si avec de telles fondations, qui font fi du contrat de la citoyenneté, l’édifice de l’ « égalité réelle » résistera au temps.

Anne-Laure BERNARD
Pour Creoleways

UNE FONDATION pour la MEMOIRE de L’ESCLAVAGE

Lionel Zinsou participera à la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage

Le Monde.fr avec AFP | 10.05.2016 à 14h35 • Mis à jour le 10.05.2016 à 17h23

 
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L’ancien premier mùinistre béninois Lionel Zinsou, le 4 février 2015 à Paris.
L’ancien premier mùinistre béninois Lionel Zinsou, le 4 février 2015 à Paris. THOMAS SAMSON / AFP

Le président de la République, François Hollande, a annoncé, mardi 10 mai, la création, avant la fin de l’année, d’une « fondation pour la mémoire de l’esclavage, de la traite et des abolitions ». Cette annonce a été faite à l’occasion de la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage qui coïncide cette année avec les quinze ans de la loi Taubira, qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité.

Cette fondation « sera une source de promotion des valeurs de liberté, d’égalité, de tolérance » et « diffusera la connaissance de l’esclavage, de la traite mais aussi tout le combat des abolitionnistes », a-t-il ajouté. Il a également précisé que cette fondation réfléchirait aussi « à l’édification d’un mémorial aux esclaves et d’un lieu muséographique ».

L’économiste franco-béninois Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin, présidera la mission de préfiguration de cette fondation et présentera son rapport « à l’automne ». Dans un communiqué, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) s’est aussitôt félicité de cette « victoire », qui « constitue objectivement une avancée importante en matière de réparation ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/05/10/francois-hollande-annonce-la-creation-d-une-fondation-pour-la-memoire-de-l-esclavage_4916758_3224.html#HX8QQHIADU6tQi26.99

COLLOQUE SCIENTIFIQUE INTERNATIONAL

L’ESCLAVAGE : quel  impact   sur  la  psychologie  des  populations ?

Martinique 26 & 27 octobre 2016 – Hôtel   la  Batelière (Route  de  Schoelcher)

Guadeloupe  28  octobre 2016

 Source  http://www.CIPHAGE.COM

A l’initiative de l’Association Régionale FIRST CARAIBES, se tiendra à la Martinique les 26 et 27 octobre et en Guadeloupe le 28 octobre 2016 le Colloque Scientifique International «L’esclavage : quel impact sur la psychologie des populations ?» dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les afro descendants 2015-2024.

Avec la présence de plus en plus insistante dans l’espace public de la thématique de l’esclavage nous nous sommes rendus compte que nous ne savions rien des conséquences psychologiques de la traite des Noirs et de leur mise en esclavage alors même que des travaux psychiatriques ont démontré la nécessité de traiter les psychotraumatismes, que des travaux d’épigénétique démontrent l’existence de traces sur l’ADN des traumatismes psychologiques et leur transmission de génération en génération, alors, enfin, que des travaux d’historiens ont mis au jour «la voix des esclaves». Il est alors apparu indispensable de faire se rencontrer historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues pour échanger sur cette question loin de toute posture victimaire.

En fait, l’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de la première manifestation scientifique sur les conséquences psychologiques de l’esclavage. Dans ce contexte l’enjeu c’est aussi le lien entre esclavage et racisme puisque, avec la traite composée exclusivement de Noirs, le changement de nature et d’échelle de l’esclavage a fait se développer à partir du XVIe siècle une vision racialisée et racialement hiérarchisée de l’humanité (Controverse de Valladolid etc.). Avec l’abolition de l’esclavage, le XIXe siècle a inventé les théories raciales qui ont rationnalisé et justifié «scientifiquement» la hiérarchie, intriquée à la colonisation et plaçant le nègre dans l’évolution darwinienne entre le singe et l’homme.

Ainsi les conséquences de l’esclavage et de ses suites (Jim Crow, lynchages, apartheid, droits civiques…) qui ont façonné les esprits pendant des siècles se révèlent incommensurables ne serait-ce qu’à la lumière des données scientifiques actuelles sur le psychotraumatisme.

La Caraïbe, qui a payé un lourd tribut à l’esclavage avec ses 10 millions d’Africains déportés, apparait bien placée pour échanger des savoirs sur cette question et créer des savoir-faire de résilience.

Certaines des questions que nous allons approfondir ont été posées par Frantz Fanon notamment celle des modèles intériorisés qu’il a englobés sous le terme «aliénation» et que les américains nomment «internalized racism».

En octobre 2011 FIRST CARAIBES a organisé en Martinique, un Congrès International consacré à l’héritage de Frantz Fanon. Il a montré, entre autres, que l’aliénation nécessitait de nouvelles recherches et, à cet égard, ce colloque de 2016 s’inscrit dans la continuité du congrès de 2011 et donnera lieu à la publication d’un ouvrage en français et en anglais

 

Professeur Aimé CHARLES–NICOLAS,

Président de l’Association First Caraïbes

Le projet

Nous souhaitons organiser un colloque scientifique international fin octobre 2016 en Martinique et en Guadeloupe sur les conséquences psychologiques de l’esclavage, problématique très peu étudiée.

L’idée est de faire le point sur les connaissances scientifiques dans ce domaine, de proposer des pistes de recherche et de résilience en faisant se rencontrer, pour la première fois, historiens, psychiatres, anthropologues et généticiens qui ont travaillé sur les stigmates actuels de l’esclavage.

Ces experts invités viennent des Etats-Unis, du Brésil, de la Caraïbe, du Sénégal et d’Europe. Du fait de leur histoire encore actuelle et du travail qu’ils ont commencé sur ce sujet, les Américains seront les plus nombreux, ils seront 11.

La généticienne spécialiste d’épigénétique du psychotraumatisme et de sa transmission transgénérationnelle vient de Genève.
Nous avons invité un expert du Portugal qui a été le premier et le dernier pays à pratiquer la traite d’esclaves et trois experts du Brésil.

C’est que la question de l’esclavage s’installe dans l’espace public.
Elle a acquis une visibilité politique, sociale et culturelle, à un niveau global, des Amériques à l’Europe, à l’Afrique, l’Océan Indien et même l’Asie. Les Nations Unies ont reconnu en 2001 l’esclavage et la traite comme «une tragédie épouvantable dans l’histoire de l’humanité» lors de la Conférence Mondiale de Durban. Des évènements consacrés à ces questions font aujourd’hui florès : colloques, commémorations, pièces de théâtre, films, livres d’histoire, bandes dessinées. Les thèses d’histoire se multiplient en Europe et dans l’hémisphère américain. Parmi les mémoriaux (Nantes, Gorée, Atlanta, Manchester, etc…) celui des Nations Unies a été inauguré à New York le 25 mars 2015 et le tout récent Mémorial ACTe en Guadeloupe a été signalé par la presse internationale comme «the world’s largest memorial devoted to the history of slavery in the western world». Même le hip-hop français et les rappeurs jamaïcains font directement référence à l’héritage de l’esclavage et réclament un accès à leur «véritable histoire».

En effet le travail récent des historiens a révélé une autre histoire décentrant le point de vue jusque-là exclusivement occidental, interrogeant les rapports de pouvoir à partir des esclaves, cherchant à retrouver leur voix, mettant en évidence leur capacité à agir. Des pans entiers de la mémoire et de l’histoire se (re)construisent ainsi par petites touches où la logique de revendication d’une identité historique est confrontée à la logique du refoulement, puissante.

Comment alors ne pas s’interroger sur la dimension psychologique des conséquences de la traite et de l’esclavage des Noirs ?
Cette ampleur du traumatisme, cette violence, «le collectif ravalement à la bête, le total outrage, la vaste insulte, (…) l’omni-niant crachat» ne peuvent pas demeurer sans conséquences psychotraumatiques alors que les recherches génétiques les plus récentes montrent l’inscription des psychotraumatismes dans l’ADN des sujets et leur transmission sur plusieurs générations. En effet, il n’est pas rare que, dans ces pays qui furent des terres d’esclavage, les psychiatres expliquent certains symptômes de leurs patients par les traces de l’esclavage. Certains comportements de la vie quotidienne courants dans ces pays et qualifiés de «pathologiques» nécessitent un examen pluridisciplinaire par les sciences humaines et sociales.

Et pourtant, curieusement, bien peu de travaux sont consacrés aux moyens de surmonter ce psychotraumatisme.

Certes, les conséquences actuelles ne sont pas en continuité linéaire avec les traumatismes initiaux, elles ont été remaniées par les contingences existentielles. Les conditions des Noirs ont été différentes dans la Caraïbe francophone, anglophone ou hispanophone, aux Etats-Unis et au Brésil, notamment après l’abolition. Comment ces conditions ont-elles imprimé leurs marques ? Qu’ont dit de leur vécu les personnes mises en esclavage ? Des facteurs de protection ont-ils permis d’enrayer la transmission transgénérationnelle ? A l’inverse, lorsque les facteurs dommageables sont plus nombreux, un cycle de la haine de soi apparaît-il ? Par une reproduction des modèles intériorisés ? Y a-t-il des dénominateurs communs aux psychismes façonnés par l’esclavage ? Quels mécanismes conduisent de l’esclavage au racisme ? Quel impact l’esclavage a-t-il eu sur la représentation du Noir actuelle et sur les relations sociales dans la Caraïbe, en Europe, aux Etats-Unis, au Brésil et en Afrique ? Quelle piste pour la résilience ? (en effet, loin de toute posture victimaire, une meilleure connaissance des mécanismes devrait nous aider à alléger ce boulet psychologique).

Plusieurs de ces questions ont été posées par Frantz Fanon notamment celle des modèles intériorisés qu’il a englobés sous le terme «aliénation» et que les américains nomment «internalized racism». En octobre 2011 FIRST CARAIBES a organisé en Martinique un Congrès International consacré à l’héritage de Frantz Fanon. Il a montré, entre autres, que l’aliénation nécessitait de nouvelles recherches et, à cet égard, ce colloque de 2016 s’inscrit dans la continuité du congrès de 2011.

Il est ainsi apparu indispensable à un psychiatre Aimé CHARLES-NICOLAS (Martinique), un sociologue Benjamin BOWSER (USA), une historienne Myriam COTTIAS (Martinique), une anthropologue Hebe MATTOS (Brésil) et un politologue Ali MOUSSA IYE (République de Djibouti, UNESCO) d’organiser un colloque scientifique international durant lequel des historiens, des psychiatres, des généticiens, des sociologues et des anthropologues se rencontreront afin de faire le point sur les conséquences et les traces psychologiques de l’esclavage de nos jours, dans un échange interdisciplinaire sous forme de séances plénières, de tables-rondes et d’interactions permanentes avec la salle.
Il sera complété par des propositions artistiques. En effet, de tous temps facteur de sublimation, d’épanouissement individuel et puissant levier de reconnaissance et de résilience collective, l’art ouvre ici sur une poétique de la relation à soi et aux autres qui se fait «poétique d’émancipation». C’est surtout pour évoquer le dépassement du trauma qu’il sera présent et pas seulement comme entracte ou ornementation de journées laborieuses. Des vidéos de témoignages seront également présentées.

Ce colloque, porté par l’Association FIRST CARAIBES, aura lieu les 26-27octobre 2016 en Martinique, à La Batelière, et le 28 octobre en Guadeloupe au Mémorial ACTe dont la puissance symbolique et universelle est particulièrement pertinente pour un point d’orgue de la manifestation.

Le Colloque se situe dans le cadre de la «Décennie des Nations Unies pour les afro-descendants 2015-2024» et bénéficiera du parrainage de l’UNESCO et aussi de l’Association Mondiale de Psychiatrie et de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Il sera placé sous le haut patronage de Madame Christiane TAUBIRA, ancienne Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, auteur de la loi qui reconnait la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. Elle a bien voulu accepter d’être présente et d’ouvrir le Colloque. De même Madame George PAU-LANGEVIN, Ministre des Outre-mer, a bien voulu accorder son haut patronage et prononcera une allocution d’ouverture.

Il bénéficie du parrainage – c’est un grand honneur – de la First Lady Michelle Obama qui sera peut-être présente.

Le Comité d’Honneur est composé de 4 Prix Nobel de littérature connus pour leur engagement : Mr Derek Walcott (qui a déjà annoncé qu’il sera présent), Wole Soyinka, Toni Morrison et JMG Le Clézio, et aussi de Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt), Maryse Condé (Ecrivain), Christiane Eda-Pierre (Cantatrice), et Robert Badinter (ancien Gardes des Sceaux, Ministre de la Justice de 1981 à 1986). Ce contexte prestigieux de personnalités à nos côtés vise à donner du poids aux conclusions de ce colloque scientifique qui seront largement médiatisées à travers le monde entier (nous avons déjà l’accord de télévisions américaines, européennes, africaines).

Il s’agit d’un projet de collaboration scientifique et culturelle de grande envergure sur une question de première importance qui concerne l’humain et les fondements de notre société et dont la Martinique (terre natale d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon) et la Guadeloupe (qui a récemment inauguré son Mémorial ACTe) seraient les bâtisseurs. La Caraïbe qui a payé un lourd tribut à l’esclavage avec ses 10 millions d’Africains déportés apparait bien placée pour échanger des savoirs sur cette question et créer des savoir-faire.

Le colloque vise à :

  • Décrire les conséquences psychologiques de l’esclavage,
  • Identifier les praticiens et les chercheurs qui pourront mettre en œuvre des recherches dans ce domaine,
  • Identifier les possiblités d’enquêtes collaboratives entre les différents pays de la Caraïbe d’une part et d’autre part entre la Caraïbe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud afin de vérifier les hypothèses et les résultats des actions mises en place.

PROGRAMME

Introduction à la subjectivité de l’esclave

Le vécu des razzias, de l’arrachement, de la traversée. La métamorphose en objet

L’arrivée, la vie quotidienne. Le maitre et l’esclave,  les arrangements, les résistances

L’évolution au cours des siècles, selon les lieux

Les révoltes et leur retentissement sur « le moral des troupes ».

Les récits : qu’ont dit de leur vécu psychologique les personnes mises en esclavage ?  Conséquences chez les enfants et les adultes de la maltraitance au quotidien.

Divers conflits intrapsychiques. Facteurs de destruction et de protection de l’estime de soi. Y a-t-il des dénominateurs communs aux psychismes façonnés par l’esclavage ?

Qu’est-ce que le psycho-traumatisme ?

L’inscription épigénétique du psycho-traumatisme et sa transmission transgénérationnelle. Certains comportements sociaux, certains symptômes actuels de patients (violence,  comportements anti-sociaux, conduites auto-punitives, certaines obésités, certains tempéraments dépressifs, anxieux) peuvent-ils être rattachés à l’esclavage ?

Après l’abolition,les conditions des Noirs ont été différentes dans la Caraïbe francophone, anglophone ou hispanophone, aux Etats-Unis et au Brésil, comment ces conditions ont-elles imprimé leurs marques ?

Des facteurs de protection ont-ils permis d’enrayer la transmission transgénérationnelle ? A l’inverse, lorsque les facteurs dommageables sont plus nombreux, un cycle de la haine de soi apparaît-il ? Par une reproduction des modèles intériorisés (internalizedracism) ? Quels sont les mécanismes intimes de cette « aliénation » ?

Y a-t-il des dénominateurs communs aux psychismes façonnés par l’esclavage ? Quels mécanismes conduisent de l’esclavage au renforcement du racisme ? Quel impact l’esclavage a-t-il eu sur la représentation du Noir actuelle et sur les relations sociales dans la Caraïbe, en Europe, aux Etats-Unis, au Brésil, et en Afrique ?

Introduction à la subjectivité du maître et de son entourage

Les affects en jeu chez les maîtres.

Pourquoi le fonctionnement mental du raciste résiste-t-il aux faits aujourd’hui ?

La loi, La loi du plus fort.

Les bénéfices secondaires du racisme.

Le sadisme.

La compassion.

Le psychisme des Blancs façonné par l’esclavage ?

Quelle continuité entre esclavage, revendication identitaire et racisme ?

Les meurtres de Noirs par des policiers aux Etats-Unis : approfondir l’analyse de ce comportement et le mettre en perspective

L’intériorisation du racisme

conséquences sur la psychologie des populations et possibilités d’intervention thérapeutique.

Quelles pistes pour la résilience ? Sortir de l’esclavage des symptômes de l’esclavage ?

 

MERCREDI  26  OCTOBRE

SOIREE  CULTURELLE  (PAYANTE) AU  DOMAINE  DE  FONDS  ST JACQUES

Vendredi 28 octobre : Mémorial ACTe, Guadeloupe

Sociologie politique

Quel impact des lois (code noir, lois instaurant l’apartheid, décrets d’abolition, loi Taubira, loi Gayssot de 1972, droits civiques et Jim Crow, législation trinidadienne, brésilienne etc.) sur la psychologie des populations dans les différents pays concernés ? Etude des résistances

Mise en place des recherches et des interventions sociales

Identification des équipes et des thèmes de recherche et des interventions sociales. Par exemple études d’opinion, par exemple mise en perspective historique de l’étude « Racisme, discrimination et intégration dans la France de 2010 » ; Recherche sur les mariages mixtes. Conclusions et éléments de langage, stratégies de communication et de valorisation des résultats du colloque. Contributeurs de l’ouvrage et propositions de titres des chapitres

Visite de l’exposition permanente au Mémorial ACTe (payante)

Initié par le président du Conseil régional Victorin LUREL et la Région Guadeloupe accompagnés par le Comité International des Peuples Noirs (CIPN), le Mémorial ACTe a pour ambition originelle de créer un lieu dédié à la mémoire collective de l’esclavage et de la traite, ouvert sur le monde contemporain. En plus d’être directement celle des Guadeloupéens et des habitants de la Caraïbe, l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière concerne toute l’Humanité. Offrir un lieu de mémoire et de recherche, c’est, en plus de fédérer toutes les composantes de la population autour d’un passé commun, s’engager à poser la question de la liberté, de toutes les libertés et du vivre ensemble. En 2014, les ONG estimaient que 36 millions de personnes étaient asservies dans des conditions assimilables à l’esclavage, prouvant ainsi que les problématiques et réflexions menées par le 
Mémorial ACTe sont d’une incontestable actualité.

Conclusions et éléments de langage

Stratégies de communication et de valorisation des résultats du colloque.

Contributeurs de l’ouvrage et propositions de titres des chapitres

 

 

VOYAGE INITIATIQUE…ET RETOUR AUX SOURCES

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LA COMMEMORATION DE l’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE devient une pratique officielle et citoyenne

 

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Ambitions pour l’histoire et la mémoire

par Myriam COTTIAS

L’année 2016 ouvre une nouvelle décennie pour le Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CNMHE). Créé en 2006, à la suite de la loi du 10 mai 2001 déclarant l’esclavage atlantique et dans l’Océan indien crime contre l’humanité, les trois comités qui se sont succédés, présidés par Maryse Condé puis Françoise Vergès et moi-même, ont ouvert des voies de réflexion mais aussi permis des réalisations très concrètes.

Récit national et reconnaissance

Plutôt que de demeurer dans le registre de l’accusation ou de la victimisation, le CNMHE, depuis 2013, a œuvré très concrètement. Il a poursuivi son action pour faire reconnaître l’histoire de la déportation de près de 13 millions d’êtres humains et celle de l’esclavage, des esclaves non pas comme histoire marginale mais comme histoire de France, motrice de son développement économique, politique, social ; partie prenante de l’élaboration des valeurs politiques de la République française ; ciment, malheureusement, des préjugés, des discriminations et du racisme.

Faire reconnaître l’histoire, transmettre le savoir, diffuser les connaissances, valoriser les initiatives citoyennes, fédérer les différentes mémoires autour de la commémoration de l’esclavage, voilà les mots d’ordre principaux du CNMHE.

Cartographier les actions citoyennes

Après la création du site sur tous les lieux de mémoire et d’histoire sur le territoire français et dans l’ancien empire français (http://www.esclavage-memoire.com), l’une des premières actions pour valoriser les différentes dates de commémoration de l’abolition de l’esclavage, a été de créer le « Mois des Mémoires de l’Esclavage et des Combats pour l’Egalité (27 avril-10 juin) ». Pour cette deuxième édition, près d’une centaine d’événements répartis sur toute la France (Ile-de-France comme Martinique, Guadeloupe, Guyane…) et des manifestations à Londres, Dakar et Chicago, ont répertoriés sur le site http://www.esclavage-memoire.com. Contrairement à ce que l’on peut entendre ici ou là, quelque soit la date, la commémoration devient une pratique officielle et… citoyenne, avec succès (plus de 30% d’augmentation depuis 2015) !

Pour instaurer le dialogue à partir d’essais, d’ouvrages de littérature, d’histoire sur les Antilles, l’Afrique, les Etats-Unis, confronter les visions avec un large public, le CNMHE a créé pour cela « les Rencontres citoyennes » qui ont réuni plus de 2 000 personnes depuis le lancement en 2014, le plus souvent à Paris mais leur vocation est de se tenir sur tout le territoire ; c’est une nécessité.

Enseigner l’esclavage : la flamme de l’égalité

La convergence des volontés de transmission et de réflexion sur les héritages contemporains de cette histoire tragique a permis au CNMHE de construire le concours pédagogique national « La Flamme de l’Egalité » suggéré par la ministre des Outre6Mer, avec l’appui de l’Education nationale et la fédération de Paris de la Ligue de l’enseignement. C’est un moment historique : pour la première fois, un concours est entièrement dédié aux questions de traite, d’esclavage, des abolitions et de leurs héritages! Dorénavant, chaque année, les classes seront sollicitées pour construire un projet pédagogique (vidéo, livre, poème, musique…) sur le sujet. La première édition sur le thème des « Récits de vies : Restituer la voix des acteurs et des témoins de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions » , a rassemblé une centaine de classes-plus de 2 100 élèves-provenant de 16 académies en Île-de-France, en région et dans les outre-mer. Quatre prix (dont un attribué au collège Paul Kapel de Cayenne) et une mention spéciale (à l’unité locale d’enseignement de Fleury-Mérogis pour leur création intitulée « la société des détenus sans race » ) ont été décernés lors du dernier 10 mai, dans les Jardins du Luxembourg par la présidente du CNMHE, les ministres et le président de la République. C’est un grand succès qui a dépassé toutes nos attentes et qui doit être poursuivi pour que l’histoire de l’esclavage « fasse France » , soit vraiment histoire de France, c’est seulement à cette condition que nous pourrons construire les conditions d’une égalité, pleine et entière.

Perfectionner l’outil du CNMHE

Voilà nos réalisations principales, et c’est en faisant le bilan et en constatant l’étroitesse institutionnelle du CNMHE que, depuis un an, nous avons construit le projet de « Fondation pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage » qui a été annoncée par le président de la République le 10 mai dernier.

Telle que le CNMHE l’a définie, elle constituera une structure de médiation, un carrefour de rencontres d’opinions et d’initiatives diverses : elle impulsera des réflexions sociétales autour de questions « sensibles » ; elle créera des actions fédératives et consolidera un maillage citoyen du territoire ; elle relaiera les actions et les initiatives de mémoire et d’histoire ; elle soutiendra et valorisera la création artistique (en partenariat avec les structures déjà existantes) ; elle nouera des partenariats institutionnels au niveau national, européen et international ; elle soutiendra la recherche et la formation à tous les niveaux.

À l’heure où d’importantes structures de médiation sont créées à l’international (comme le International Slavery Museum de Liverpool, la parade annuelle d’Amsterdam « Keti-Koti » [chaînes brisées], et le Black Heritage Amsterdam Tour) ou vont l’être (comme le National Museum of African-American History & Culture au sein du complexe muséal national du Smithsonian de Washington), la « Fondation pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage » permettra de capitaliser, sur le sol hexagonal, toutes les initiatives de mémoire et d’histoire impulsées à la fois par l’État, les collectivités territoriales, les associations et les citoyens, pour que la marginalité des questions de l’esclavage et de ses conséquences -comme les discriminations et le racisme- se dilue. C’est un projet ambitieux qui est lancé! ; c’est le hurlement d’Aimé Césaire dans Moi Laminaire : « vous n’avez pas le droit de laisser couper le chemin de la transmission ». Une condition : que les projets sur l’histoire et la mémoire de l’esclavage soient réellement inscrits dans une réflexion politique.

Myriam Cottias,
présidente du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage

Parlons réel ….avec LUREL !

 Victorin Lurel veut réparer l’eau(en  Guadeloupe), Haïti et la loi Taubira

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Le 21 mai 2001, année de la conférence de Durban, la représentation nationale adopta (dans une belle, inédite et apparente unanimité), la loi mémorielle dite « Taubira ».

Dans l’esprit des députés de l’hexagone, cette loi symbolique venait, en plus de la citoyenneté française accordée à l’abolition de 1848, réparer l’injonction au silence et à l’oubli du drame de l’esclavage faite aux citoyens noirs des anciennes colonies.  Les élus d’outremer, qui eux voyaient dans la loi Taubira le moyen d’obtenir des résultats similaires à ceux de la loi Gayssot, avaient en leur temps timidement regretté le peu de portée juridique du texte qui, certes, s’emploie à réhabiliter la mémoire et l’histoire, mais se borne à dire que le crime existe et reste circonscrit dans l’espace et dans le temps, sans qu’y soient rattachées de sanctions pénales. A l’époque, certains ultramarins, voyaient même la loi Taubira comme le moyen d’obtenir des réparations financières, voire une redistribution du foncier dans les anciennes colonies françaises à esclaves.

Quinze ans plus tard, à la faveur du projet de loi sur l’égalité économique réelle qui ambitionne le rattrapage du retard de développement de l’Outre-Mer par rapport à la métropole, Victorin Lurel semble être décidé à remettre le couvert. Un positionnement qui ressemble fort à une demande de réparations tant pour les territoires français d’outremer que pour… la République indépendante d’Haïti.

Lurel, député de la Guadeloupe…

Dans le cadre de son combat pour l’égalité réelle entre les citoyens français de l’Hexagone et ceux d’Outre-Mer, le député socialiste Victorin Lurel (candidat à sa propre succession aux prochaines législatives et soutien de François Hollande aux prochaines présidentielles) va soumettre à l’Assemblée Nationale des amendements lors de l’examen du projet de loi « Egalité et Citoyenneté ». L’objectif, dit-il, est de donner  « une force normative et sanctionnatrice à la loi Taubira de 2001 » permettant de faire « condamner pénalement toute apologie de la traite et de l’esclavage ou toute atteinte aux descendants des victimes ».

…et Victorin, représentant d’Haïti ?

Visiblement très préoccupé par ce que d’aucuns ont appelé la dette ou « la rançon de l’indépendance d’Haïti », qui a contribué au mal développement de ce pays indépendant de la Caraibe (et membre de la CARICOM qui demande des réparations aux anciennes puissances esclavagistes) Victorin Lurel, député du département français de Guadeloupe compte défendre « un amendement abrogeant la loi du 30 avril 1849 relative à l’indemnité accordée aux colons par suite de l’affranchissement des esclaves et l’ordonnance royale du 17 avril 1825 » par laquelle la France concédait l’indépendance à Haïti contre 150 millions de francs-or.

Rappelons que la Fondation Frantz Fanon, le LKP-UGTG d’Elie Domota, et d’autres comme le COSE, ont déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) pour  l’abolition de cette même loi du 30 avril 1849 relative à l’indemnité accordée aux colons. Ci-dessous, in extenso, le communiqué de Victorin Lurel qui aborde aussi les points vitaux pour la Guadeloupe que sont le dossier de l’eau (création d’un syndicat unique et ouvert) et le logement social (sanctuarisation des crédits LBU).

Tertullien Mesdouze (Creoleways).

 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ – ÉGALITÉ – FRATERNITÉ

Victorin LUREL
Député de la Guadeloupe
Ancien ministre

COMMUNIQUE DE PRESSE

Paris, le 7 juin 2016

J’ai été reçu ce jour par le Président de la République en vue de la transmission au Conseil économique, social et environnemental et au Conseil d’Etat du texte préparé par le Gouvernement suite au rapport Egalité réelle outre-mer remis en mars 2016.

Cette rencontre a été l’occasion pour le Président de la République de marquer sa volonté de voir aboutir un texte dès décembre 2016 concrétisant notamment certaines mesures d’égalité sociale et économique réelle proposées dans le rapport.

A la demande du Président, j’ai, en outre, fait le point sur la situation de l’eau en Guadeloupe et réaffirmé mon engagement pour la création d’un syndicat unique et ouvert Eau de Guadeloupe pour garantir, dans les plus brefs délais, un approvisionnement régulier en eau aux Guadeloupéens, premières victimes de cette crise.

En soutien total aux initiatives prises par le Gouvernement, j’ai par ailleurs échangé sur la situation du logement social outre-mer en demandant que les crédits de la LBU soient sanctuarisés et que la réforme majeure de suppression des agréments fiscaux soit votée dès cette semaine à l’Assemblée nationale.

Enfin, j’ai évoqué mon souhait de voir adopter des amendements que je soumettrai à la discussion lors de l’examen du projet de loi Egalité et Citoyenneté donnant une force normative et sanctionnatrice à la loi Taubira de 2001 par une faculté de condamner pénalement toute apologie de la traite et de l’esclavage ou toute atteinte aux descendants des victimes. J’ai, en outre, présenté au Président de la République un amendement abrogeant la loi du 30 avril 1849 relative à l’indemnité accordée aux colons par suite de l’affranchissement des esclaves et l’ordonnance royale du 17 avril 1825 par laquelle la France « concédait » – selon les termes de l’époque- l’indépendance à Haïti moyennant paiement de 150 millions de francs-or

ACTE II  . 8 amendements pour gommer les inégalités

En politique, semaine décisive pour plus d’égalité en Outre-Mer. Le projet de loi Egalité et Citoyenneté est examiné à partir de ce mardi 14 juin 2016 et jusqu’à jeudi 16 juin 2016 en commission spéciale de l’assemblée nationale. 8 amendements sont proposés par le député Victorin Lurel pour gommer des inégalités entre la métropole et l’Outre-Mer. Des amendements importants, voire même historiques pour certains s’ils sont votés.

En premier lieu, un amendement propose que le Gouvernement remette au Parlement un rapport relatif à l’abrogation du décret n° 29 du 24 novembre 1849 relatif à la répartition de l’indemnité coloniale et de l’article 5 du décret relatif à l’abolition de l’esclavage dans les colonies et les possessions françaises du 27 avril 1848.
Un fait historique qui viendrait en complément de l’amendement prévoyant l’abrogation de la loi n° 285 du 30 avril 1849 relative, cette fois, à l’indemnité accordée aux colons suite à l’affranchissement des esclaves. Mais attention, avec cette abrogation, on ne parle pas de réparation financière pour les victimes de l’esclavage, mais uniquement morale.
Dans le même ordre, un autre amendement propose d’abroger symboliquement l’ordonnance du 17 avril 1825, date à la laquelle la France à concédé, pour rappel, à Haiti son indépendance moyennant une forte indemnité financière pour indemniser notamment les anciens colons.Encore une fois, aucune réparation financière n’est prévue avec cet amendement dans la lignée des propos du président de la République François Hollande lorsqu’il est venu inaugurer le Mémorial Act l’année dernière.

Pour lutter contre le racisme, un amendement propose aussi de rendre public tous les 21 mars, date retenue par l’Organisation des Nations Unies pour la Journée internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, un rapport sur la lutte contre les actes portant atteinte aux personnes d’ascendance africaine.
Il serait remis au gouvernement par la Commission nationale consultative des droits de l’homme, car aujourd’hui aucune étude ne permet aux pouvoirs publics et aux associations d’évaluer les atteintes portées aux personnes d’ascendance africaine et d’y apporter ainsi une réponse adéquate.

Certains amendements prévoient de muscler l’arsenal juridique en cas d’apologie de l’esclavage et d’atteinte à l’honneur des descendants des victimes

Il est proposé aux députés de l’assemblée nationale d’inscrire la traite de l’esclavage comme crime contre l’humanité. C’est déjà le cas avec la loi du 21 mai 2001, mais cette fois il s’agit de le rajouter dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Cela permettrait de donner une plus grande portée judiciaire pour pouvoir engager des poursuites contre le délit d’apologie de l’esclavage et d’atteinte à l’honneur des descendants des victimes, et non uniquement de racisme comme c’est souvent le cas aujourd’hui. Avec des peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 mille euros d’amende.

Il est aussi prévu de proposer de donner plus de pouvoir juridique aux associations de défense de la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants en leur permettant d’exercer les droits reconnus à la partie civile en ce qui concerne les délits de provocation à la discrimination, à la haine, ou à la violence raciale, sauf désaccord de la personne visée.
Et ce détail est important car jusqu’à présent, c’est l’inverse, il faut un accord de la victime présumée pour qu’une association puisse se porter partie civile. Et dans certains cas, les personnes préfèrent se taire. Il s’agit donc là de faciliter les démarches.

D’autres amendements visent enfin à la protection de notre patrimoine…

C’est même le premier amendement qui sera étudié. Il modifie plusieurs dispositions issues du projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine.
Il concerne notamment les radios, comme la notre, RCI, en inscrivant dans la loi qu’au moins une chanson sur 10 diffusée à l’antenne proviennent d’œuvres musicales en langues d’expression régionale ou des départements et territoires d’outre-mer.

En clair, pour nous, en créole, afin de valoriser la langue et la création locale. Un autre amendement va même plus loin en demandant que les œuvres musicales interprétées dans une langue régionale en usage en France constituent au minimum 4% de la proportion d’œuvres musicales d’expression française diffusées sur les ondes au niveau national. une manière de favoriser la diversité de l’expression musicale et culturelle et de dynamiser et pérenniser la création musicale dans toutes les régions d’outre-mer.

ACTE III

 

Victorin Lurel donne force à la loi Taubira et fait abroger l’indemnité versée aux colons expropriés par la France et par Haïti .

by Rédac Creoleways

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Déclaration de Victorin LUREL, Député de la Guadeloupe

La Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi Egalité et Citoyenneté vient aujourd’hui d’opérer un changement majeur et historique de notre droit par le vote des amendements que j’ai souhaité porter.

15 ans après la loi Taubira de 2001 par laquelle la France reconnaissait la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, c’est aujourd’hui l’honneur de la gauche de faire aboutir un combat historique pour rendre ce texte symbolique majeur invocable en droit et normatif.

Si, hier, seuls les propos ayant nié ou fait l’apologie de la Shoah pouvaient être condamnés, demain, nous étendons ce délit aux propos ayant fait l’apologie, la négation, ayant contesté ou minimisé de façon outrancière l’ensemble des crimes contre l’humanité. Ainsi, 15 ans après avoir reconnu la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité, le législateur comble un vide juridique qui empêchait jusqu’ici les juges de condamner l’atteinte portée à la mémoire des victimes de l’esclavage et à l’honneur de leurs descendants par des propos littéralement odieux.

Longtemps attendu par les descendants des victimes de l’esclavage et par les associations les représentant, cette petite révolution n’a pour seul objectif que de renforcer la cohérence de notre régime juridique et le droit à la défense de l’ensemble des citoyens.

En matière de cohérence du corpus juridique, j’ai par ailleurs souhaité porter un amendement proposant une réparation morale du préjudice subi par les esclaves en abrogeant la loi de 1849 relative à l’indemnisation des colons. Le paradoxe juridique par lequel notre droit reconnait l’esclavage comme crime contre l’humanité tout en laissant par ailleurs vivre un texte indemnisant les anciens maîtres qui ont profité de ce crime ne pouvait perdurer.

Dans le prolongement du discours tenu par le Président de la République lors de l’inauguration du Mémorial ACTe en 2015 et sans prétendre à une quelconque réparation financière, l’adoption d’un autre amendement a permis de corriger une faute majeure commise par la France en 1825 qui « concéda » à la République d’Haïti son indépendance moyennant le versement d’une « indemnité » de 150 millions de francs-or. Si cette « dette pour l’indépendance » a été impeccablement acquittée en 1883 malgré les conditions usuraires imposées, j’ai souhaité que soit symboliquement abrogée l’ordonnance du 17 avril 1825 par laquelle notre pays édicta les règles de cette décolonisation honteuse.

Consciente de vivre un moment historique, la Commission a adopté à l’unanimité avec une émotion non dissimulée ces deux abrogations avec le puissant soutien du groupe socialiste, écologiste et républicain, du rapporteur Razzy Hammadi, des rapporteurs thématiques et du Gouvernement représenté par Mme Ericka Bareigts.

En matière de lutte contre les discriminations dont sont trop souvent victimes nos compatriotes, je suis heureux d’avoir pu étendre les droits reconnus aux associations en ce qui concerne les délits de provocation à la discrimination, à la haine, ou à la violence raciale, de diffamation ou d’injure raciale. Si jusqu’alors il s’avérait souvent difficile pour les associations souhaitant ester en justice de recueillir l’accord express des personnes discriminées, la recevabilité de la plainte des associations sera désormais validée, même sans accord express de ces personnes dès lors qu’elles ne s’opposeront pas aux poursuites.

Enfin, à l’heure où la Constitution reconnaît l’existence des langues régionales comme constitutive du patrimoine national, je souhaitais que la richesse de notre diversité culturelle soit mieux reconnue. Afin de valoriser sur l’ensemble du territoire national ce patrimoine vivant, j’ai obtenu qu’au minimum 4 % de la proportion des œuvres diffusées sur nos radios soient désormais en langue régionale.

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