ESCLAVAGE, MEMOIRE ET LITTERATURE PARIS 18 et 19 OCTOBRE 2017

Organisateurs
Mads-Anders Baggesgaard, Université D’Aarhus
Myriam Cottias, CNRS & CIRESC&LC2S
Madeleine Dobie, Université de Columbia
Karen-Margrethe Simonsen, Université D’Aarhus

Octobre 18
Columbia University Global Center, 4 rue de Chevreuse.

9.30-10.00 : inscription et café

10.00-10.15 : remarques liminaires
Mads-Anders Baggesgaard & Karen-Margrethe Simonsen

10.15-12.00:
Session 1 : souvenirs publics et privés, président : M. Mads
Les musées de la maison historique de St. Louis
Jean Hébrard : appropriation et reformulation de l’histoire d’origine : la production et l’utilisation des souvenirs familiaux de l’esclavage atlantique
Jane-Marie Collins : trop proche pour le confort : cultures de cruauté à debret, Machado et firmina dos reis

13.00-14.45:
Session 2 : relations transatlantiques et traductions, président elvan zabunyan
Anne c. Bailey : L’esclavage, la mémoire et les voix transatlantiques
Marie-Jeanne Rossignol : Traduction des récits d’esclaves nord-Américains en français et pour un public français : questions sur la série récits d’esclaves et une mémoire de de l’esclavage
Tatiana Petrovich Njegosh : Aferim ! (2015) et la mémoire silencieuse de l’esclavage des roms en Europe

14.45-15.00 : café

15.00-16.45
Session 3 : souvenirs poétique et visuel du passage moyen, Président Jean Hébrard
Ellen Howley : les voix du massacre de zong : postcoloniales approche de la mémoire
Noni Carter : fabriqué dans le ventre du navire : représenter l’esclave dans l’ère des lumières et la littérature contemporaine
Elvan Zabunyan : sur l’imaginaire d’Ellen Gallagher, une lecture afrofuturist de l’histoire de l’esclavage

18.30-20.30
Evénement public :
Race, genre et cinéma : une conversation entre le cinéaste euzhan palcy et l’historien Myriam Cottias.

20:30 réception

Octobre 19
EHESS, 105 Boulevard Raspail

9.15-11.00:
Séance 5 : se souvenir des résistances, présidente Karen-Margrethe Simonsen
Domna c. Stanton : Re-collections contradictoires : L’esclave du Triangle Atlantique Français du 17 ème siècle
Des traces contradictoires. Récits de voyage et de la résistance à l’esclavage
Isabel Kalous : le monde connu : restitutions du passé et représentations de l’esclavage dans les romans du Xxie siècle

11.00-11.30 : pause café

11.30-13.15
Séance 6 : Incarnation et performance, présidente Laura Murphy
Anna Scacchi : le corps noir dans la douleur
Fabienne Kanor : chair de l’histoire
Jerry w. Carlson : exorciser esclavage : célébration et kinesis dans la vidéo de Cuba, de la Colombie et de la République Dominicaine

14.15-16.00
Session 7
Nouvelle le passé : Alternative Temporalités et contre-récits, présidente Myriam Cottias
Marco Doudin : créer l’histoire par la fiction : Derek Walcott et la mémoire d’Edouard glissant de l’esclavage
Fiction Lourenço : fiction de mémoire. Sur le Deus-Dará de Lucas Coelho et le temps-être de « Lusophone » coloniales
Laura Murphy : la nouvelle histoire d’esclave et l’invention des « survivants » de l’esclavage moderne

16.00-16.15 Pause café

16.15-18.00:
Séance 8 :
Perspectives des Caraïbes, présidente : Madeleine Dobie
Lovia Mondesir : la femme sans nom et le traumatisme de l’abolition de l’esclavage selon Edouard glissant
Heather Cateau : documents de plantation : le dix-huitième siècle selfie – instantanés pour re en esclavage dans les Caraïbes
Mads Anders Baggesgaard : se souvenir de l’esclavage au moment du transfert, 1900-30 dans les Antilles danoises

18.00-18.30 Informations sur les prochains volumes et remarques de clôture
Madeleine Dobie

L’atelier est soutenu par le programme de recherche sur l’esclavage (readingslavery. Au. DK) financé par les fondations.

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INTERNATIONAL SLAVERY MUSEUM in LIVERPOOL (UK)

 
En octobre 2017, Historians Against Slavery organise sa conférence biennale à l’extérieur des États-Unis pour la première fois, au International Slavery Museum (ISM) à Liverpool. La conférence de deux jours fait partie d’une série d’événements au cours de l’année du 10ème anniversaire de l’ISM et marque également le Mois de l’histoire des Noirs 2017. Il est co-organisé par Historians Against Slavery, l’ISM, le Centre pour l’étude de l’esclavage international (Université de Liverpool) et le projet Antislavery Usable Past (Universities of Nottingham and Hull), financé par l’AHRC. En reliant le passé au présent, nous approfondirons le dialogue et la collaboration entre les chercheurs, les enseignants, les militants et les représentants de la communauté, et créerons des coalitions pour la recherche et l’activisme antisludes.
Nous rassemblons un éminent organe d’éminents spécialistes, de professionnels des musées et d’activistes antisludes du monde entier, en se basant sur des études de pointe et en débattant d’exemples concrets de la façon dont l’histoire peut éclairer les efforts contemporains pour mettre fin à l’asservissement de 46 millions de personnes dans le monde entier. L’inscription à la conférence est gratuite et comprend le déjeuner les deux jours. Les participants à la conférence sont responsables du transport, de l’hébergement et des repas du soir. Le programme complet de la conférence est maintenant disponible en ligne.
Historians Against Slavery est une communauté d’érudits-activistes qui contribue à la recherche et au contexte historique au mouvement antislavery d’aujourd’hui, afin d’inspirer et d’informer l’activisme et de développer des collaborations qui renforcent ces efforts. Basé aux États-Unis avec une adhésion de 800 membres, il a lancé un chapitre britannique en 2016. Le Musée international de l’esclavage a ouvert ses portes en août 2007 lors du bicentenaire de l’abolition de la traite négrière britannique. En 2016, il avait accueilli près de 4 millions de visiteurs. C’est le seul musée de son genre à se pencher sur les aspects de l’esclavage historique et contemporain, en plus d’être un centre international de ressources en matière de droits de l’homme. Il est situé dans le Albert Dock de Liverpool, au centre du site du patrimoine mondial et à seulement quelques mètres des quais secs où les navires de commerce des esclaves du XVIIIe siècle ont été réparés et aménagés.
Le Centre pour l’étude de l’esclavage international (CSIS) a été fondé en 2006 par National Museums Liverpool et l’Université de Liverpool pour collaborer avec des communautés internationales et locales de chercheurs qui recherchent l’esclavage, l’abolition et leurs legs avant l’ouverture du International Slavery Museum on Le 23 août 2007. Il soutient et partage des recherches de pointe sur l’asservissement humain et ses legs, et travaille avec d’autres universités et organisations pour développer des activités scolaires et publiques liées à l’esclavage dans ses manifestations historiques et contemporaines.
The Antislavery Usable Past est un projet quinquennal financé par l’AHRC basé à l’Université de Nottingham et à l’Institut Wilberforce pour l’étude de l’esclavage et de l’émancipation (Université de Hull). Il traduit les leçons de l’abolitionnisme historique pour l’usage contemporain – fournissant le mouvement antislavery d’aujourd’hui avec un passé utilisable d’exemples et de méthodes. Ses partenaires comprennent Historians Against Slavery et le International Slavery Museum.
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Date and Time

Sat, 7 Oct 2017, 09:00 –

Sun, 8 Oct 2017, 17:00 BST

Location

International Slavery Museum

Dr Martin Luther King Jr Building

Albert Dock

Liverpool

L3 4AX

United Kingdom

 

AU LARGE DE GOREE (Sénégal)

AU LARGE  DE  GOREE,  LIEU  DE  MEMOIRE DE  L’ESCLAVAGE

des explorations d’archéologie sous-marine

OUTRE-MER 1ÈRE L’archéologue Ibrahima Thiaw contemple depuis Dakar les îles qui bordent la capitale. Avec son équipe de plongeurs, il s’apprête à partir à la recherche d’épaves gisant, il en est certain, à quelques encablures de la plus célèbre d’entre elles, Gorée, lieu de mémoire de la traite négrière.

Des membres de l'équipe d'archéologie sous-marine au large de l'île de Gorée, au Sénégal. © SEYLLOU/AFP
© SEYLLOU/AFP Des membres de l’équipe d’archéologie sous-marine au large de l’île de Gorée, au Sénégal.
  • La1ere.fr (avec AFP)
  • Publié le 17/08/2017 à 13:31, mis à jour le 17/08/2017 à 13:32
Du 15e au milieu du 19e siècle, des milliers d’esclaves africains ont transité par cette minuscule île située à cinq kilomètres à peine de Dakar, au Sénégal, avant d’entreprendre une épouvantable traversée vers les Amériques. Ils y servaient de main-d’oeuvre forcée dans les plantations, tandis que les navires repartaient vers l’Europe les coques remplies de coton, de sucre ou de tabac.

Selon l’archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw, trois navires négriers au moins, la « Nanette », la « Bonne Amitié » et le « Racehorse », ont disparu au large de Gorée au 18e siècle. Retrouver ces épaves permettrait de recueillir de nouvelles données scientifiques sur le « commerce triangulaire » – on estime à un millier le nombre de navires négriers ayant fait naufrage entre l’Afrique et l’Amérique mais très peu d’épaves ont jusqu’ici été découvertes.

Question taboue

Mais cela permettrait aussi d’aborder une question encore largement taboue au Sénégal, selon le chercheur. « Des stigmates de l’esclavage persistent dans notre société moderne. Il y a encore des populations qui sont désignées esclaves« , affirme Ibrahima Thiaw. « Il y a au Sénégal un silence autour de la question. Les temps sont mûrs pour que nous apprenions à nos étudiants et à nos enfants à respecter les gens de statuts différents ou considérés comme inférieurs« , ajoute-t-il.

Or, le passé du Sénégal « repose ici », quelque part entre Dakar et Gorée, explique M. Thiaw (photo ci-dessous) après avoir parcouru quelques milles à bord d’une chaloupe à moteur en compagnie d’une demi-douzaine de membres de son équipe, composée notamment d’étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Vêtu d’une combinaison de plongée, l’archéologue vérifie une dernière fois son magnétomètre, qui lui servira à repérer les objets échoués sur le fond marin, puis disparaît sous les vagues vert-foncé de l’Océan Atlantique.

L'archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw (au premier plan). © SEYLLOU/AFP
© SEYLLOU/AFP L’archéologue sénégalais Ibrahima Thiaw (au premier plan).

« Epaves de négriers »

Une demi-heure plus tard, c’est la déception : « Nous avons trouvé une grande épave de navire moderne. Ce n’est vraiment pas ce que nous cherchons« , explique M. Thiaw, le visage dégoulinant encore d’eau de mer. Spécialiste reconnu des conditions de vie des esclaves à Gorée, l’archéologue, chercheur à l’Université de Dakar, a été contacté il y a trois ans par deux institutions américaines : le Service des parcs nationaux des Etats-Unis et le Musée national pour l’histoire et la culture afro-américaine.

Les deux organisations, accompagnées de partenaires américains et sud-africains, cherchaient à l’époque un nouveau point de chute en Afrique de l’Ouest pour leur projet « Epaves de négriers » (Slavewrecks, en anglais). Le Sénégal était tout désigné puisqu’une présence occidentale est signalée sur ses côtes depuis le 15e siècle au moins. Les membres du projet se sont chargés de former les archéologues sénégalais à l’archéologie sous-marine, une pratique récente dans ce pays situé à la pointe occidentale de l’Afrique, et de fournir le matériel nécessaire.

Vestiges

Auparavant, elles avaient déjà participé à la création de centres de plongée sous-marine au Mozambique et en Afrique du Sud. Dans le cadre de ces projets, les archéologues avaient pu remonter à la surface des vestiges — dont des chaînes — du « Sao Jose Paquete de Africa », un négrier portugais ayant chaviré au large du Cap avec sa « cargaison humaine » à bord.

Si les Européens ont joué un rôle majeur dans la traite en lui donnant une dimension intercontinentale, les populations arabes et d’Afrique subsaharienne y ont également participé en leur pourvoyant hommes, femmes et enfants faits prisonniers. M. Thiaw déplore le manque de fonds disponibles pour ses recherches sous-marines et la frilosité face à ce sujet dans son pays, alors que de nombreux Afro-Américains se penchent sur leurs racines africaines en se rendant notamment à Gorée, à l’instar de l’ancien président américain Barack Obama en 2013. Plus largement, la traite concerne l’humanité tout entière, estime-t-il. « Dans l’océan, les esclaves ont été formatés pour devenir un autre peuple, adapté à d’autres conditions. La traite des esclaves est l’acte fondateur de notre modernité, faite au départ de violences infligées aux Africains.

« MEMOIRE DE L’HUMANITE » : UN FESTIVAL DU FILM EN AOUT 2017 AU BENIN

« Mémoire de l’Humanité »: Un Festival du film au Bénin qui relie la Caraïbe à l’Océan Indien

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©Site Source de l’Humanité

Du 11 au 26 août prochain aura lieu, au Bénin, le Festival itinérant « Mémoire de l’Humanité ». Durant ce Festival, plusieurs films seront projetés dans plusieurs villes du Bénin afin de rappeler l’Histoire de l’esclavage et favoriser la réconciliation entre les Afro-descendants et les Africains.

Organisé par un collectif d’associations, qui ont décidé de mutualiser leurs moyens, le Festival « Mémoire de l’Humanité » a pour objectif « de favoriser la réconciliation, la rencontre entre les Afro-descendants et les Africains », explique Marie-Ange Thébaud, Réunionnaise et Présidente de l’association Ecrans sans Frontières. C’est notamment lors d’une rencontre avec le Prince de Savè et d’Abomey, Serge Guézo, qu’est née l’idée de ce Collectif et de ce Festival. « Le Prince Serge Guézo est opérateur culturel pour le Ministère de la Culture du Bénin. Il travaille beaucoup pour le développement de son pays », explique-t-elle. « C’est un projet mémoriel: Il faut prendre en compte l’Histoire », indique de son côté le Prince Serge Guézo, qui rappelle que le 23 août, Journée Internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, aura lieu pendant la durée du Festival. Cette date avait été choisie par l’UNESCO afin de rappeler l’insurrection de Saint-Domingue.

Serge Guézo, Prince de Savè et d'Abomey, devant la piste des captifs à Ouidah ©Marie-Ange Thébaud

Durant ce Festival, pas moins de 15 films seront projetés dans plusieurs villes du Bénin: de Savè à Ouidah, en passant par Nikki, Parakou, Natitingou, Cotonou, Porto-Novo et Abomey. Les projections seront également ponctuées d’interventions de personnalités venant de la Caraïbes, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Océan Indien. « Le Festival « Mémoire de l’Humanité » sera un circuit qui va avoir le label de l’UNESCO: « Route de l’Esclave ». Et les villes que nous visiterons aurons le label « Site de Mémoire associé à la Route de l’Esclave » », poursuit Marie-Ange Thébaud. Qui plus est, le Festival est dans l’attente du label « Action de la décennie des personnes d’ascendances africaines » auprès des Nations Unies.

Marie-Ange Thébaud, Présidente de l'association Ecrans sans Frontières ©DR

« Pendant la Traite transatlantique, les Peuples d’Afrique ont été emmenés aux Etats-Unis, dans les îles des Caraïbes et aussi, une petite partie, vers La Réunion et l’île Maurice » raconte Marie-Ange Thébaud. « Il y a des sentiers qui existaient pour emmener les captifs vers le port de Ouidah ou Lagos. Et ils n’étaient pas que Béninois, ça concerne toute la région de l’Afrique de l’Ouest. Il y a une cartographie de ces sentiers qui existent et on va pouvoir interviewer les sages qui sont encore vivants, dont un qui va nous expliquer ces sentiers ».

Nikki, un des points étapes du Festival "Mémoire de l'Humanité" ©Site Source de l'Humanité

Le Collectif ne compte pas s’arrêter à ce Festival. « Nous allons faire d’autres circuits sur d’autres thématiques, notamment autour des Royaumes, autour du Cultuel, autour de la Fête du Vaudou le 10 janvier », indique Marie-Ange Thébaud. « Ce projet est aussi un projet de formation et de développement: on va former des jeunes qui, dans 3 ans, seront capables de prendre le circuit du Festival en main et d’autres seront formés pour créer leur entreprise ». Par la suite, le Collectif « prévoit de déplacer le Festival à La Réunion au mois de mai 2018, avec toujours ce projet de formation et de développement dédié aux jeunes » et « Mémoire de l’Humanité » sera également amené à se déplacer dans les Pays de la région du Golfe de Guinée.

En attendant, le Festival « Mémoire de l’Humanité » dispose de sa propre application baptisée « Source de l’Humanité », téléchargeable via l’Apple Store ou Google Play.

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NB.Le prochain festival international de films itinérant de la route de l’esclave s’exporte en mai 2018 à la Réunion. Invité d’honneur : le Bénin.
Au Bénin, en août 2018, les invités d’honneur seront les afro-descendants des Etats-Unis.
Entre temps autres évènements en décembre, janvier (le 10) et tout au long de l’année. Réservez vos places. Voir l’application et site sourcedelhumanité.com

 

LE PREMIER GENOCIDE IGNORE DU XXe SIECLE

HERERO ET  NAMA dans  le  Sud-Ouest africain allemand (1904-1908)

par   Pascal Blanchard

 

Le Mémorial de la Shoah, qui avait déjà traité des génocides arménien et Tutsi, présente, jusqu’au 12 mars 2017, une exposition sur le génocide Herero et Nama, intitulé Le premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand (1904-1908). L’occasion pour Pascal Blanchard, historien et chercheur au Laboratoire communication et politique du CNRS (Irisso) à l’université Paris-Dauphine, de revenir sur un épisode tragique et méconnu de la colonisation allemande, un épisode dont la reconnaissance est au centre d’un enjeu mémoriel fondamental.

En l’espace de quatre ans, entre 1904 et 1908, près de 50 % du peuple Nama (environ dix mille individus) et 80 % du peuple Herero (environ soixante-cinq mille individus), deux populations vivant dans le Sud-Ouest africain allemand (l’actuelle Namibie), sont exterminés par le Reich allemand. Depuis 1884, date de prise de possession du territoire par l’administration coloniale allemande (suite à une série d’accords passés avec les autres puissances européennes et l’Empire ottoman), le Reich y impose ses règles en employant la manière forte, multipliant les violences physiques, les meurtres et les exactions sexuelles.
En 1904, en réaction à une telle brutalité, une révolte éclate chez les Herero. Le Reich allemand la réprime avec violence et le général Lothar von Trotha émet un ordre d’extermination, le 2 octobre 1904, condamnant ainsi hommes, femmes et enfants : « C’était, et c’est aujourd’hui encore, ma politique que d’appliquer cette force par la terreur absolue, voire la cruauté. Je détruirai les tribus rebelles en versant des torrents de sang et d’argent. C’est uniquement après un tel nettoyage que quelque chose de nouveau pourra apparaître et perdurer. » Les Nama prennent, à la suite des Herero, les armes contre les Allemands et subissent le même sort que les Herero.


Les prisonniers Herero sont alors internés dans des camps de concentration (tout comme les Nama, après qu’ils aient déposés les armes). Ils sont utilisés comme travailleurs forcés et leurs terres sont confisquées. Les conditions de vie y sont terribles, entre malnutrition et violences physiques, et ils seront des milliers à y perdre la vie. Autre aspect ̶ particulièrement morbide ̶ du génocide qui s’est perpétré sur le territoire : la collecte de crânes humains à destination de la recherche anthropologique allemande et, notamment, des chercheurs de l’Institut pathologique de Berlin, qui ont travaillé à prouver la différence hiérarchique entre Européens et Africains.
La guerre s’achève officiellement en mars 1907, mais les camps ne seront pas fermés avant le début de l’année 1908. Quelques années plus tard, en 1915, alors que la Première Guerre mondiale fait rage, les forces sud-africaines envahissent le territoire et, en octobre, le Sud-Ouest africain allemand passe sous mandat britannique.
Si les exactions commises par des officiers allemands doivent être considérées aujourd’hui dans le contexte global de la colonisation exercée par les puissances occidentales et que le système des camps de concentration n’est pas une invention allemande (le terme a d’ailleurs été employé pour la première fois lors de la guerre des Boers en 1899 en Afrique du Sud), ce qui distingue particulièrement cet épisode de la colonisation, c’est l’ordre explicite d’extermination qui a été donné.
C’est en cela que l’expression « premier génocide du XXe siècle » est fondamentale ; une reconnaissance qui a été le fruit d’un long processus, à la fois historique et politique. Un premier principe mémoriel voit le jour dans les années 20, lorsque Herero et Nama commencent à commémorer leurs héros de la « résistance » face au colon allemand. Mais il faut attendre 1985, pour qu’un principe de reconnaissance internationale advienne, lorsque la Commission des droits de l’homme des Nations Unies approuve un rapport dans lequel est mentionné « the German massacre of Herero in 1904 ». En 1990, la Namibie devient indépendante et, avec l’ouverture des archives, c’est une véritable problématique mémorielle qui s’affirme, dans le cadre d’un processus de réconciliation national. Quelques années plus tard, en 1998, Roman Herzog, le président allemand, est interpellé sur la question de la reconnaissance du génocide, alors qu’il est en visite en Namibie.
En 2001, des Herero déposent une plainte contre le gouvernement allemand. La plainte est rejetée mais, demi-victoire, des « excuses partielles » sont présentées. Cent ans après le début du génocide, en 2004, c’est l’importante question d’une possible compensation financière qui surgit, cette fois-ci dans la presse allemande. La même année, fait majeur, le ministre fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, participe à une commémoration du « massacre » des Herero en présence de soldats allemands. Il y présente le « pardon » de l’Allemagne et accepte, au nom du pays, la « responsabilité morale et historique et la culpabilité des Allemands à cette époque ». Si la question de l’indemnisation financière est alors passée sous silence, le gouvernement allemand déclare vouloir attribuer à la Namibie une aide au développement d’un montant de 11,5 millions d’euros. En 2011, une nouvelle étape fondamentale est franchie ; vingt crânes de Herero et de Nama sont restitués à la Namibie, qui en a fait la demande auprès du musée historique médical de la Charité de Berlin.
Enfin, dernière étape de ce processus de reconnaissance institutionnelle d’un crime contre l’humanité dans un territoire colonial, le 10 juillet 2015, Frank-Walter Steinmeier, le ministre des Affaires étrangères admet publiquement les notions de crime de guerre et de génocide et, en juillet 2016, il est annoncé que des « excuses officielles » vont être présentées par le gouvernement allemand. L’histoire n’est pas finie ; il reste la question de la compensation financière… Une problématique soulevée, en début d’année, par le dépôt d’un recours collectif devant un tribunal de New York contre l’Allemagne, un recours « au nom de tous les Herero et Nama dans le monde, à la recherche de réparations et de compensations pour le génocide ». C’est donc dans ce contexte, toujours éminemment sensible, que se déroule l’exposition présentée par le Mémorial de la Shoah à Paris, au moment même où le Deutsches Historisches Museum propose, jusqu’au 14 mai 2017, une exposition intitulée German Colonialism. Fragments Past and Present. Au moment, enfin, où en France, les déclarations d’Emmanuel Macron sur la notion de crime contre l’humanité associée à la question coloniale déclenche moult débats et polémiques.

GROUPE DE RECHERCHE ACHAC
Colonisation, immigration, post-colonialisme

33 Boulevard des Batignolles
75008 Paris – FRANCE
Tél : 01 43 18 38 85

L’EGALITE REELLE en marche…

Première lecture au Sénat (17, 18 et 19 janvier 2017)

 

Mardi 17 janvier 2017, les sénateurs ont procédé à la discussion générale.

À l’issue de celle-ci, ils ont entamé l’examen des articles du texte et ont, notamment :

  • demandé au Gouvernement d’étudier la création d’un observatoire régional du suicide en Guyane, faisant suite au constat dressé dans le rapport établi par Aline ARCHIMBAUD et Marie-Anne CHAPDELAINE en 2015 (amt 85 – art add après art 10 quater) ;
  • supprimé l’art 10 undecies A – introduit à l’initiative de la commission des affaires sociales – qui visait à prévoir une convergence progressive, sur dix ans, du taux de la cotisation de sécurité sociale sur les boissons alcooliques entre les outre-mer et la métropole (amts 167 rect et 201 rect – art 10 undecies A), tout en prévoyant une évaluation du lien entre le prix des boissons alcooliques et la consommation d’alcool (amts de rétablissement 78 et 200 rect – art 10 decies) ;
  • adopté des dispositions facilitant le déploiement de la téléphonie mobile dans les départements d’outre-mer (amts 3 rect et 100 rect – art add après art 11 A) ;
  • rétabli l’article 13 A – supprimé en commission – qui prévoit qu’une sensibilisation des élèves sur les questions nutritionnelles, notamment sur les liens entre une alimentation trop riche en sucre et la survenance éventuelle du diabète, soit organisée à l’école dans les départements d’Outre-mer ainsi qu’à Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon. En effet, les territoires d’outre-mer sont concernées par une prévalence très importante du surpoids et l’obésité chez leurs habitants, et notamment chez les jeunes, et des maladies qui y sont associées comme le diabète, l’hypertension artérielle ou encore les maladies cardiovasculaires (amts 79 et 102 du Gvt – art. 13 A) ;
  • rétabli l’interdiction – supprimée en commission – de toute discrimination en raison de la domiciliation bancaire (amt 88 rect du Gvt – art 17) ;
  • réintroduit – en le précisant et l’encadrant – le dispositif prévoyant l’introduction, à titre expérimental, d’un « Small Business Act ultramarin  » donnant la faculté aux pouvoirs adjudicateurs, aux entités adjudicatrices et aux acheteurs publics, de réserver jusqu’à un tiers de leurs marchés aux petites et moyennes entreprises locales (amts 24 et 101 – art 19) ;
  • réintroduit la consécration de journées de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le 10 mai, et d’hommage aux victimes de l’esclavage colonial, le 23 mai (amt 18 rect et 157 rect  – art 20 A) ;
  • renforcé le contrôle de la détention et de la circulation d’armes à feu en Guyane (amt 133 rect bis – art add après art 24 bis) ;
  • rétabli l’article 29 bis qui renforce les moyens des officiers de police judiciaire dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane (amt 111 du Gvt et ss-amt 233 de la commission – art 29 bis) ;
  • modifié le régime d’indemnisation des essais nucléaires dans un sens favorable aux demandeurs (amt 239 du Gvt – art add après art 34 sexies) ;
  • mis fin à une disparité dans le traitement fiscal des opérations dites de sortie de défiscalisation (amts 10 rect bis, 72 rect et 184 rect – art add après art 40) ;
  • étendu aux vols au départ de Saint-Barthélemy et Saint-Martin l’exemption de taxe de solidarité sur les billets d’avion (amts 21 rect quater, 108 rect ter et 175 rect ter – art add après art 46).

 

Jeudi 19 janvier, le Sénat a adopté, à l’unanimité, le projet de loi de programmation relatif à l’égalité réelle outre-mer et portant autres dispositions en matière sociale et économique.

NB. Après une intervention  du    DESPLAT (Guadeloupe) l’article  20  spécifiant la  date  du  23 Mai comme  date  de  Commémoration  des  Victimes  de  l’Esclavage ,  différente  du 10 Mai (Commémoration  de  la  Loi  d’Abolition  de l’Esclavage) avait été  dans  un  premier  temps  retiré du projet  de  loi .  Restriction    qui avait suscité la  colère   du  Président  du  CM98  Serge  ROMANA   engageant de ce  fait  une  grève  de la  faim  dans  le  square   face  au  Sénat. Ainsi  que   l’on  peut   s’en  rendre   compte,   la  loi   a été  « réintroduite » pour  être  votée dans  son  ensemble à  l’unanimité (en  première lecture).

Il  est  à   noter  également l’aboutissement  et dans  une  perspective  de pratique éducative de  la  lutte  engagée  par  Victorin  LUREL contre  l’abus  de  sucre  dans l’alimentation  et  les  produits  manufacturés  en  provenance  de l’Hexagone  dont  le  taux  (de  sucre)  était   anormalement   élevé. Quand  on  sait le  nombre  élevé  de  diabétiques  aux  Antilles  Guyane,  on ne  peut   que  se  féliciter  de  la  vigilance que  se  doivent  d’exercer  nos  élus sur  des  sujets  pointus.

 

 

 

 

JOURNEES D’ETUDE : EMOTION et ESCLAVAGE au Domaine de la Pagerie

Des journées d’étude en Martinique, au domaine de la pagerie, autour de « L’ émotion et l’ esclavage », à suivre (en anglais) !
Programme de l’émotion et de l’esclavage
Domaine de la pagerie, Martinique, janvier 2017

Vendredi 6 janvier
9:30-10:00 Bienvenue, présentation du programme et de la présentation ronde, Madeleine Dobie
10:00-11:30 séance 1 sentiments intimes, présentation par laprésidente madeleine dobie
Hélène enreinages birkeli : L’affectif après-vie de l’esclavage dans les photographies de Saint -.. Croix, 1905-1910
Jennifer L. Palmer :: L’intimité interracial dans l’Atlantique Français du dix-huitième siècle
Sasha Turner : L’inconnu et l’oubli : le chagrin maternel et l’archive de l’esclavage
11:30-12:30 déjeuner
12:30-14:15 séance 2 la politique des émotions, Président Karen Margrethe Simonsen
Margaret Crosby-Arnold :  » L’esclavage, » la politique d’identité et les blocs de vote dans les États-Unis d’
Lawrence T. Argument : L’argument esclavagisme comme un appel émotionnel dans le antebellum sud
Myriam Cottias : pour rembourser les sentiments : un micro-histoire de l’indemnité en Martinique (au Xixe siècle)
15:00-17:00 visite guidée de la pagerie

Samedi, janvier 7
9:00-10:45 SESSION 3 de la commission de la peur, Président Mads Anders Baggesgaard
Kathleen Hilliard : L’esclavage, le capitalisme et l’émotion : rupture des obligations en 1865 et 1866
Jonas Ross Kjærgaard : perdre le paradis : La Révolution haïtienne et l’imagination gothique au début du Xixe siècle
Erin Dwyer : les cœurs empoisonnés : la peur, le poison et l’esclavage dans le monde de l’atlantique
11:00-12:45 session 4 Styles et formes d’émotion, chaise Myriam Cottias
Sarga Moussa : un abolitionnistes abolitionnistes : L’expérience de l’est et l’engagement politique à Lamartine (1835).
Christina Kullberg : expression de l’émotion : discours des esclaves dans les nouveaux voyages de Jean-Baptiste Labat aux îles de l’Amérique
Inge Dornan : « quoi qu’ il soit inhumain et injuste, de »: la rhétorique de l’émotion dans les débats parlementaires britanniques sur le commerce transatlantique des esclaves, c. 1780-1807.
12:45-13:45 déjeuner
13:45-15:30 session 5 du sentiment d’avoir une incidence sur le président jakob ladegaard
Karen-Margrete Simonsen : Affecter et politique à Sab, un roman cubain de gertrudis gómez de avellaneda
Madeleine Dobie : L’esclavage, la race et l’atteinte à Gustave de Beaumont, ou l’esclavage aux États-Unis
Lynn Festa : L’esclavage, la sentimentalité et la suppression des effets
15:45-16.55 Séance 6 sympathie et mémoire, présidente de la présidente Jennifer Palmer
Annette Joseph-Gabriel : L’émotion hommes dans les récits abolitionnistes du Xixe siècle
Cheikh Sene : Gorée dans le commerce des esclaves de l’Atlantique et l’esclavage à sénégambie : quand le grâce de la prime sur la droite.
20:00 dîner en ville

Dimanche, janvier 8
9:00-9:45 Atelier sur le projet de publication, Président Mads Anders Baggesgaard
10:00-10:45 Atelier : au-delà du sentiment, président de la Présidence Lynn
11:00-11:45 Atelier : L’esclavage et le « Tour affectif » en historiographie, président de la présidente madeleine dobie
11:45-12:00 résumé, Karen-Margrethe Simonsen
12:00-13:00 déjeuner et au revoir

NOS CHERCHEURS ONT LA PAROLE…

Esclavage : notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie.

Publié le 27/10/2016 à 07:03, mis à jour le 27/10/2016 à 07:14
MARTINIQUE 1ÈRE Historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues poursuivent aujourd’hui encore (27 octobre), à Schoelcher, leurs réflexions sur la dimension psychologique des conséquences de la traite et de l’esclavage des Noirs.

Ce colloque sur l’impact psychologique de l’esclavage, est aussi celui des paradoxes. Ce ne sont pas les scientifiques qui ont lancé le débat, mais les écrivains et les artistes en général, représentés par Patrick Chamoiseau.
L’écrivain martiniquais s’est exprimé sur l’influence de l’esclavage dans la littérature poétique, en se référant à deux grandes figures : Aimé Césaire et Édouard glissant. Ces deux auteurs ont trouvé dans le traumatisme esclavagiste, une source d’inspiration exhaustive, ce qui a donné naissance notamment, au « Cahier d’un retour au pays natal » ou au « Discours antillais« .

Les intervenants l’ont également souligné : les arts et la culture ont beaucoup contribué à notre émancipation, tout comme l’instruction. Mais s’il y a bien eu émancipation de nos populations, il y a aussi des traumatismes du fait de l’esclavage. Selon les chercheurs, l’impact sur nos sociétés modernes est bien réel, même s’il varie selon les zones géographiques. Notre besoin de parler de l’esclavage est aussi une stratégie de survie…
On ne peut pas comparer la situation aux Antilles avec celles des États-Unis ou du Brésil par exemple. Mais il y a tout de même un point commun fondamental. L’esclavage et la traite négrière ont contribué à la création du concept de race, jusqu’à présent inexistant et à la domination du blanc sur le noir.

Nous ne souffrons pas des mêmes symptômes que nos ancêtres esclaves, frappés par l’anxiété, la dépression, la torpeur ou l’amnésie. Mais notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie et de résistance, à un traumatisme séculaire et insidieux, qui a pris ses racines dans le code noir en 1685.

Rassembler des compétences pluridisciplinaires
Ce colloque scientifique international, a débuté hier matin (26 octobre) dans un hôtel du quartier la Batelière (Schoelcher). Il rassemble des scientifiques et des historiens qui échangent sur les conséquences psychologiques et traumatiques de l’esclavage grâce à l’association First Caraïbes présidée par le professeur Aimé Charles-Nicolas.
« Comment la mauvaise image de soi a-t-elle été inculquée ? Quel rapport avec l’esclavage ? Comment aider « ceux qui ne se consolent point de n’être pas à la ressemblance de Dieu mais du diable » ? Il n’est pas rare en effet, que dans ces pays qui furent des terres d’esclavage, les psychiatres expliquent certains symptômes de leurs patients par les traces de l’esclavage », souligne Aimé Charles-Nicolas.

« Mais comment construire un corpus scientifique des conséquences psychologiques de la mise en esclavage ? Il est alors apparu indispensable de faire se rencontrer pour la première fois historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues pour échanger sur cette question loin de toute posture victimaire« , insiste-t-il.

Christine Cupit

NOS CHERCHEURS ONT LA PAROLE…

Esclavage : notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie

  • Christine Cupit
  • Publié le 27/10/2016 à 07:03, mis à jour le 27/10/2016 à 07:14

MARTINIQUE 1ÈRE Historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues poursuivent aujourd’hui encore (27 octobre), à Schoelcher, leurs réflexions sur la dimension psychologique des conséquences de la traite et de l’esclavage des Noirs.

Ce colloque sur l’impact psychologique de l’esclavage, est aussi celui des paradoxes. Ce ne sont pas les scientifiques qui ont lancé le débat, mais les écrivains et les artistes en général, représentés par Patrick Chamoiseau.

L’écrivain martiniquais s’est exprimé sur l’influence de l’esclavage dans la littérature poétique, en se référant à deux grandes figures : Aimé Césaire et Édouard glissant. Ces deux auteurs ont trouvé dans le traumatisme esclavagiste, une source d’inspiration exhaustive, ce qui a donné naissance notamment, au « Cahier d’un retour au pays natal » ou au « Discours antillais« .

Les intervenants l’ont également souligné : les arts et la culture ont beaucoup contribué à notre émancipation, tout comme l’instruction. Mais s’il y a bien eu émancipation de nos populations, il y a aussi des traumatismes du fait de l’esclavage. Selon les chercheurs, l’impact sur nos sociétés modernes est bien réel, même s’il varie selon les zones géographiques.  Notre besoin de parler de l’esclavage est aussi une stratégie de survie…
On ne peut pas comparer la situation aux Antilles avec celles des États-Unis ou du Brésil par exemple. Mais il y a tout de même un point commun fondamental. L’esclavage et la traite négrière ont contribué à la création du concept de race, jusqu’à présent inexistant et à la domination du blanc sur le noir.

Nous ne souffrons pas des mêmes symptômes que nos ancêtres esclaves, frappés par l’anxiété, la dépression, la torpeur ou l’amnésie. Mais notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie et de résistance, à un traumatisme séculaire et insidieux, qui a pris ses racines dans le code noir en 1685.

Rassembler des compétences pluridisciplinaires

Ce colloque scientifique international, a débuté hier matin (26 octobre) dans un hôtel du quartier la Batelière (Schoelcher). Il rassemble des scientifiques et des historiens qui échangent sur les conséquences psychologiques et traumatiques de l’esclavage grâce à l’association First Caraïbes présidée par le professeur Aimé Charles-Nicolas.

« Comment la mauvaise image de soi a-t-elle été inculquée ? Quel rapport avec l’esclavage ? Comment aider « ceux qui ne se consolent point de n’être pas à la ressemblance de Dieu mais du diable » ? Il n’est pas rare en effet, que dans ces pays qui furent des terres d’esclavage, les psychiatres expliquent certains symptômes de leurs patients par les traces de l’esclavage », souligne Aimé Charles-Nicolas.

« Mais comment construire un corpus scientifique des conséquences psychologiques de la mise en esclavage ? Il est alors apparu indispensable de faire se rencontrer pour la première fois historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues pour échanger sur cette question loin de toute posture victimaire« , insiste-t-il.

SEMINAIRE PROGRAMME 2016-17 du CI.R.E.S.C *

*CENTRE   INTERNATIONAL  DE  RECHERCHE  SUR  LES   ESCLAVAGES .

Esclaves, affranchis et « nouveaux libres » dans l’espace public du monde atlantique : race et citoyenneté. De l’agentivité aux réparations

Myriam Cottias, directrice de recherche au CNRS
Antonio De Almeida Mendes, maître de conférences à l’université de Nantes
Céline Flory, chargée de recherche au CNRS 
Jean Hébrard, inspecteur général de l’éducation nationale
Marie-Jeanne Rossignol, professeur à l’Université Paris-Diderot

2e et 4e mercredis du mois de 17 h à 19 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris)

Le séminaire s’articulera cette année autour de la question de la place des esclaves, des affranchis et des « nouveaux libres » dans l’espace public du monde atlantique. À compter de 1783, l’espace atlantique a été traversé par la question de la citoyenneté des affranchis et des anciens esclaves. Par exemple, libérant leurs esclaves lors de la Révolution américaine, certains des États des États-Unis leur avaient accordé une pleine citoyenneté, de même que la seconde République française en 1848. Quel a été le fondement de ces accessions à la citoyenneté (militaire et révolutionnaire) ? Pourquoi et comment a-t-on offert, limité, puis parfois repris, la citoyenneté aux anciens esclaves ? Comment la race et la citoyenneté se sont-elles combinées ? En quoi le républicanisme des révolutionnaires atlantiques était-il universel, en quoi offrait-il des libertés graduelles ?

Plus généralement, il s’agira de voir quelles ont été les modalités d’intervention dans l’espace public des esclaves, des affranchis et des « nouveaux libres » du monde atlantique. Comment envisager l’agentivité des sujets dans un espace de coercition ? Comment analyser les révoltes d’esclaves, de « libres de couleur » ou d’affranchis? Quels sont les modèles de contestations et les revendications exprimées par exemple à partir des sources judiciaires, des récits de planteur ? Les séances s’articuleront autour de ces problématiques en intégrant des débats historiographiques.

Par ailleurs, des séances de lecture de textes sur les indemnités et réparations au titre de l’esclavage atlantique et dans l’Océan Indien se feront en coordination avec les chercheurs du programme de l’ANR REPAIRS.

Programme 2016 – 2017

16 novembre 2016
Miranda Spieler (The American University of Paris)
Liberté, liberté trahie…Faire et défaire des citoyens français, Guyane 1780-1880 (Editions Alma, 2016)

23 novembre 2016 
Charlotte de Castelnau L’Estoile (Université Paris Diderot) et Giacomo Ghedini (Université de Bologne – université Paris Diderot)
Eglise, Esclavage et Réparations : les termes d’un débat 
A titre exceptionnel, cette séance se déroulera à l’Université Paris Diderot (salle 209-2e étage), bâtiment Olympe de Gouges 13 rue Albert Einstein, Paris

7 décembre 2016
Nicola Frith (Université d’Edinburgh)
Réparation de l’esclavage : au delà des limites de la mémoire

11 janvier 2017 
Romain Robinet (EHESS/CERMA)
La notion de race à l’épreuve de la guerre-monde (1937-1947) : regards mexicains

25 janvier 2017
Marie-Pierre Ballarin (IRD-URMIS)
Être citoyen après l’esclavage en Afrique de l’Est : l’exemple kenyan (20e-21e siècles)

8 février 2017
Antonio de Almeida Mendes (Université de Nantes – CRHIA-CIRESC)
Histoires et parcours d’esclaves en Europe du Sud, XVIe-XIXe siècles

22 février 2017
Claudine Raynaud (Université Montpellier 3)
Le Récit de Sojourner Truth (1850) : témoignage de l’esclavage dans l’Etat de New York ? (PURH, 2017)

8 mars 2017
Marie-Jeanne Rossignol (Université Paris Diderot – LARCA-CIRESC)
L’Histoire de la Guinée, d’Anthony Benezet, première traduction du livre qui inspira la campagne britannique contre la traite des esclaves à la fin du XVIIIème siècle

22 mars 2017
Myriam Cottias (CNRS, CRPLC-CIRESC), Antonio de Almeida Mendes (Université de Nantes, CRHIA-CIRESC) et Céline Flory (CNRS/EHESS, CIRESC)
Présentation de l’ouvrage : Esclavages et subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français (XVIIe-XXe siècles) » (dir. M. Cottias & H. Mattos, Open éditions books, 2016)

26 avril 2017
Céline Flory (CNRS/EHESS – CIRESC)
« L’engagisme africain » au sein des mémoires familiales aux Antilles françaises

10 mai 2017
Myriam Cottias (CNRS, CRPLC-CIRESC)
Les indemnités à un niveau micro-local aux Antilles, XIXe siècle

24 mai 2017
Michaël Roy (Université Paris-Ouest Nanterre la Défense)
Publier et diffuser les récits d’esclaves américains 1830-1860 : esprit d’entreprise, agentivité, littérarité

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