FONDATION pour la MEMOIRE de L’ ESCLAVAGE (acte 2)

 

QUESTIONS-REPONSES   avec  J.M AYRAULT

Jean-Marc Ayrault est Président de la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions dont le but est de créer une Fondation nationale sur le sujet. Annoncée par Emmanuel Macron à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en avril 2018, cette Fondation entend « rassembler toutes les mémoires de la France » et « transmettre l’histoire de la France mondiale ». Après une première tribune publiée le 23 novembre 2018 dans Le Monde, il accorde un entretien exclusif au Groupe de recherche Achac dans le prolongement des Ateliers de la fondation, journées de réflexion participative autour des missions de la Fondation, organisés les 24 et 25 novembre 2018.

 

Quelles sont les missions de la Fondation ?

Notre ambition peut se résumer en une phrase : faire enfin pleinement entrer l’esclavage et ses héritages dans la mémoire nationale de la France. La loi Taubira a rappelé cette nécessité. Mais il lui manquait l’institution nationale autonome et dotée de vrais moyens qu’elle appelait pour réaliser cette ambition.

La Fondation sera cet outil, pour travailler sur ces questions avec tous les partenaires à mobiliser : les chercheurs, les établissements scolaires – la question des programmes scolaires est essentielle –, les institutions culturelles et patrimoniales, les artistes, les associations, les élus, les entreprises…

 

Sur quels périmètre et thématiques historiques et mémoriels souhaitez-vous travailler ?

L’action de la Fondation se déclinera en trois objectifs, qui devraient être repris dans son objet statutaire :

– développer la connaissance et la transmission de l’histoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions comme partie intégrante de l’histoire de la France et du monde, en replaçant ce phénomène dans l’histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques et l’océan Indien ;

– rassembler les mémoires en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de cette histoire, dans toute leur richesse et leur variété ;

– promouvoir les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité et l’engagement de la France contre le racisme, les discriminations et les formes contemporaines d’esclavage.

 

En quoi la fondation va-t-elle se distinguer des actions ou des projets du Mémorial ACTe, du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes ou du Comité national pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage ? Avez-vous pour objectif de coordonner l’action de ces différentes institutions ?

Le Mémorial ACTe et le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes sont des lieux ouverts au public, ce que ne sera pas la Fondation, qui n’aura que des bureaux à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris. La Fondation sera une institution de mutualisation, de mise en réseau et d’accompagnement, et elle sera donc en rapport avec tous ces acteurs.

Le Mémorial ACTe en Guadeloupe sera évidemment un partenaire capital, en tant que centre national dédié à cette question, et institution majeure sur les Caraïbes et au-delà. Et la Fondation travaillera avec le Mémorial de l’abolition de Nantes, comme avec les autres sites et lieux de mémoire, les musées de Nantes et Bordeaux, la Maison de l’Armateur du Havre, le musée du Nouveau Monde de La Rochelle, La Route des Abolitions… je ne saurais tous les citer.

Quant au CNMHE, qui existe depuis 2004, lors des Ateliers de la Fondation, j’ai rendu hommage au travail essentiel qu’il a mené pendant près de 15 ans, sous la conduite de ses présidentes passées, Maryse Condé, Françoise Vergès et Myriam Cottias, et de son président actuel, Frédéric Régent. Dès qu’elle sera créée, la Fondation succèdera officiellement au Comité.

 

Quels liens voyez-vous ou faites-vous entre l’histoire de l’esclavage (jusqu’aux abolitions définitives en 1848) et l’histoire de la colonisation, qui se superpose à cette première période et va se poursuive jusqu’aux années 60 et même au-delà pour certains pays ou territoires ?

L’esclavage est un phénomène global qui a transformé radicalement le monde. La France d’aujourd’hui est l’héritière de cette transformation, qui a débuté avec les premiers contacts entre les Européens et les peuples d’Afrique et d’Amérique, puis qui s’est prolongé dans la traite et l’esclavage coloniaux, puis dans la seconde colonisation, laquelle n’a d’ailleurs pas fait disparaître le travail forcé, pas plus dans les « vieilles colonies » françaises, avec l’engagisme, que dans le reste de l’Empire.

Mais surtout, l’héritage de l’esclavage et des combats pour l’abolir ont perduré jusqu’à aujourd’hui : on en retrouve l’empreinte dans notre culture, dans nos valeurs, tout simplement dans la diversité française. C’est pourquoi les chercheurs aujourd’hui parlent de l’esclavage et du post-esclavage, et c’est une approche qui nous intéresse beaucoup.

 

Selon  vous, à quoi devrait ressembler un musée de la colonisation en France ? Est-il nécessaire d’imaginer un tel projet ?

Le travail de la Fondation sera important sur ce sujet, même si elle ne sera pas un musée ; et l’exemple de la Mission du Centenaire montre comment on peut renouveler la vision d’un événement historique sans être un musée, notamment en travaillant avec les institutions existantes. La Fondation le fera, avec des acteurs aussi divers que le musée d’Orsay ou le Mémorial ACTe.

Quant à doter la France d’un musée de la colonisation en général, qui raconterait cette part de notre histoire, sur cinq siècles et sur tous les continents, beaucoup le demandent et j’ai entendu aussi cette demande lors des Ateliers de la Fondation qui ont eu lieu le 24 et 25 novembre. Pour un sujet aussi majeur, ce sera au Président de la République d’en décider. La création prochaine de la Fondation pourra aider à cette réflexion.

 

Quel bilan tirez-vous des Ateliers de la Fondation que vous mentionnez ? En quoi est-ce une étape majeure ?

En organisant cette rencontre avec la société civile, que nous avions voulu ouverte et participative, nous ignorions si notre appel serait entendu. C’est pourquoi notre première satisfaction a été de voir que près de 200 personnes y ont répondu malgré la rapidité des délais d’organisation et qu’elles sont restées pendant deux jours pour débattre de ce que devrait être la Fondation.

Notre deuxième satisfaction a été la qualité des échanges, le respect entre les participants et le sentiment commun qui s’est dégagé d’une urgence à doter la France d’une institution nationale qui fasse la place à ces sujets. Il faut enrichir notre récit national, et le faire partager à tous nos concitoyens, pour conjurer les incompréhensions, les concurrences mémorielles, le racisme : c’est le message que tous ces militants, chercheurs, artistes nous ont adressé. Ces Ateliers sont aussi une leçon pour nous : nous devrons régulièrement créer des moments forts pour que la Fondation cultive ce lien qui a été créé ce week-end.

Cette réussite doit en appeler d’autres : d’abord achever les travaux de préfiguration de la Fondation. Les propositions des participants nous disent les priorités et les attentes. Nous les partagerons avec le gouvernement et les entreprises avec lesquelles nous sommes en contact, pour que la Fondation puisse être créée en 2019 comme prévu. Puis nous aurons à mettre en œuvre tous les projets et la tâche est grande.

 

Source ACHAC Newsletter #4 – 28 novembre 2018

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MISSION FONDATION

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LONDRES : MOIS de l’HISTOIRE des NOIRS (A J Y/ B H M )

 

 

Aujourd’hui, le Mois de l’histoire des Noirs (BHM), également connu sous le nom de Mois de l’histoire africaine (AHM), a été intégré au calendrier culturel britannique. Il est largement marqué, du premier ministre, aux organismes statutaires, aux institutions patrimoniales, aux écoles et aux groupes communautaires partout au pays. «L’Année jubilaire africaine est la mère du Mois de l’histoire des Noirs, qui est censé refléter les contributions des Africains à Londres et à la Grande-Bretagne culturellement, économiquement et politiquement, de l’antiquité au présent», explique Akyaaba Addai-Sebo, ROYAUME-UNI. Cependant, peu de gens savent que BHM est un héritage de l’initiative de l’Année jubilaire africaine (AJY), qui couvrait la période d’août 1987 à juillet 1988. En effet, la notation de BHM en octobre faisait partie de l’AJY, qui encourageait également les autorités pour promouvoir des images publiques positives et la compréhension des personnes d’ascendance africaine, et l’enseignement de leur histoire, culture et lutte, tout en honorant les Africains progressistes à travers des monuments publics, tels que des plaques et des noms de rues et de bâtiments. Le 26 novembre, l’organisation communautaire BTWSC / African Histories Revisited organise l’année commémorative du jubilé africain 1987-88 à 30 ans à l’hôtel de ville de Londres. Le consultant en histoire, Kwaku, donnera l’arrière-plan du voyage d’AJY, de ses racines au GLC (Greater London Council) jusqu’à sa mise en œuvre par le LSPU (London Strategic Policy Unit) avec le soutien de Des autorités londoniennes). L’événement mettra en évidence les officiers peu connus des différentes organisations, politiciens et groupes communautaires qui ont soutenu AJY. Certains seront sur place pour donner un compte rendu personnel de leur rôle. Pour vous inscrire, n’hésitez pas à réserver sur http://www.AfricanHistoryPlus.eventbrite.com. Les organisateurs font appel à des pistes pour aider à localiser des vidéos qui ont capturé les différents événements AJY, du lancement à Westminster Central Hall, aux nombreux concerts au Royal Albert Hall et aux conférences à travers Londres. «Le Mois de l’histoire des Noirs, ou Mois de l’histoire de l’Afrique, est destiné en particulier aux jeunes et aux enfants, afin de connaître les différentes contributions des Africains, qui font partie intégrante de l’histoire britannique», explique Addai-Sebo. M. Kwaku ajoute: «Nous pouvons maintenant ajouter le 22 juin, la Journée Windrush, récemment soutenue par le gouvernement, en partie à cause du scandale inique du Commonwealth et du Windrush». refléter l’une des histoires britanniques d’Afrique au cours des deux derniers millénaires, au lieu de simplement s’attarder sur une histoire à partir de 1948.


Ama Butler
BTWSC
btwsc@hotmail.com

BTWSC/African Histories Revisited

P O Box 14092, London NW10 1WL, England

btwsc@hotmail.com

www.AfricanHistoryPlus.eventbrite.com

Remarques: ‘Regardez jusqu’où nous sommes allés: perturber les histoires africaines
britanniques?’ livre de Kwaku publié en novembre 2018 par
BTWSC / African Histories Revisited Un article d’Awula Serwah & Kwaku publié en octobre 2018, intitulé
«Une histoire africaine plus large en Grande-Bretagne» Événements liés à la BTWSC / AHR @ http://www.AfricanHistoryPlus.eventbrite.com

JOURNEE d’ETUDE « TRISTES TROPHEES »

Journée d’étude « Tristes trophées/Sad trophies
S’approprier, exposer et restituer objets et restes humains
des conquêtes coloniales (de la du fin du XIXe siècle à nos jours)
Appropriating, exhibiting, and reconstituting objects and human remains
from colonial conquests (late 19th century-present day)

Paris Nanterre Université
Bâtiment Max Weber
Mercredi 5 septembre 2018

« Les grands musées européens conservent pour la plupart des traces de pratiques de collecte de restes humains et de trophées de tous ordres opérée durant la période coloniale. Le phénomène, très répandu lors des guerres de conquête coloniale et des pacifications , de constitution de butins d’objets à forte portée symbolique pour les populations locales, voire de prélèvement de têtes humaines à des fins de recherche anthropologique ou de profanation, a suscité le développement de recherches de plus en plus dynamiques. La collecte de ces objets et de ces trophées n’a pas obéi aux mêmes logiques. Certains furent avant tout des trophées de guerre, enlevés dans la violence du combat, d’autres furent négociés dans un processus moins unilatéral. Les interventions mettront en valeur cette diversité des pratiques. C’est aussi le lien entre chasse et violence coloniale, qui explique en partie certaines de ces pratiques, qui a lui aussi attiré l’attention des historiens et qui sera examiné. Cette journée d’études analysera ces collectes telles qu’elles furent pratiquées par les Empires coloniaux dans la phase la plus rapide et la plus violente de leur expansion, de la fin du XIXème siècle à la Première Guerre mondiale, en Afrique, en Asie et en Océanie. Elle mettra en valeur non seulement la prise puis la circulation de ces prises de guerre et de ces objets négociés mais aussi leur vie sociale en métropole. La question des objets ethnographiques se pose d’ailleurs de façon plus vive à mesure que certains États demandent de plus en plus distinctement le retour de certaines œuvres prises par les Européens à l’occasion d’expéditions. Les trophées coloniaux sont un héritage lourd d’enjeux de mémoire, et parfois d’oubli, comme le démontre parfois leur traitement muséologique dans les grandes institutions européennes. Cette journée vise à analyser la diversité de ces rituels au cœur de la période d’expansion de l’influence européenne et de comparer les expériences de différents Empires. Elle entamera par ailleurs une réflexion sur la question des restitutions et les enjeux liés à la mise en relief de ces formes de violence coloniale à travers le regard de spécialistes venus de différents horizons. »

Most major ethnographic museums in Europe hold objects that can be traced back to the wars of conquest and “pacification” of the late 19th and early 20th centuries, during what was one of the most violent phases of European colonial expansion. The appropriation of ethnographic artifacts and human remains for the purpose of collection or desecration was a feature of colonial expansion. It has become the focus of a growing field of research. Collecting and accumulating objects took various shapes. Some were looted as war trophies in the violence of combat ; others were negotiated in complicated and often uneven hierarchical fashion. This one-day conference will underline the diversity of these processes. It will also delve on the articulations between hunting and colonial violence : a key to some of the practices under study. Not only will the presentations analyze how these objects were collected on site, they will also examine the social life of these artifacts and trophies in Europe. The lingering debate on restitutions will also be addressed. There are increasing demands for some of these human remains and artifacts to be returned. Colonial trophies and objects are a complicated legacy. Their museographic uses often echo their contrived history. The participants – coming from different disciplines – will discuss these issues from a interdisciplinary perspective. »

Programme
9H – Accueil et introduction – Lancelot Arzel, Daniel Foliard

9h30-11h – Trophées ou spécimens ?
Kim Wagner (Queen Mary University of London) « But from the Skulls of the Slain » : empire, violence et collecte de restes Humains dans les Indes britanniques (communication en anglais)
En 1963, un crâne humain fut découvert sous de vieilles caisses dans un pub du Kent, dans l’Est de l’Angleterre. On trouva une brève histoire de son parcours sur un papier glissé à l’intérieur. C’était le crâne d’Alum Bheg, un Cipaye – un soldat indien de l’armée britannique des Indes – exécuté durant la répression de la mutinerie de 1857 dans les Indes britanniques. Ligoté à la bouche d’un canon, Alum Bheg avait été pulvérisé. On l’accusait d’avoir horriblement tué plusieurs civils d’origine européenne, dont des femmes et des enfants, durant les troubles survenus dans une ville de garnison, Sialkot, dans l’actuel Pakistan. Les exemples de trophées de ce type, que ce soit des crânes ou d’autres parties du corps, sont nombreux, mais le cas d’Alum Bheg est exceptionnel. C’est le seul exemple connu de crâne resté en-dehors des processus de collecte muséale et anthropologique classiques et qui n’ait en outre pas été restitué. Cette intervention vise à replacer l’histoire d’Alum Bheg et de son crâne dans un contexte plus général de violence coloniale, qu’il faut considérer en lien, en particulier, avec les rituels d’exécutions publiques et les pratiques contemporaines de collectes de restes humains. La brutalité qui fut à l’origine de la circulation du crâne d’Alum Bheg, et qui était explicitement décrite dans la courte histoire jointe au reste humain, est révélatrice de la violence implicitement liée aux pratiques phrénologiques et anthropométriques du 19ème siècle. Le cas d’Alum Bheg – la collecte de sa tête et la conservation de son crâne – n’est pas isolé. Il est plus qu’un corps ennemi singulier. La « construction » du crâne d’Alum Bheg fut d’une certaine manière la continuation de la punition et de l’exécution qu’on lui appliqua. En ce sens, son histoire s’entremêle inexorablement avec les formes et les objectifs de la violence coloniale pratiquée dans l’empire britannique.

Leonor Faber-Jonker (African Studies Centre Leiden) Spécimens anthropologiques ou trophées de guerre ? La collecte de crânes pendant le génocide Herero et Nama (1904-1908) (communication en anglais)
En septembre 2011, vingt crânes originaires de Namibie furent rapatriés par l’Hôpital universitaire de la Charité de Berlin. Ces restes humains étaient restés plus d’un siècle en Allemagne. Ils avaient été prélevés sur des victimes de la guerre menées par les troupes allemandes contre les Herero et les Nama. Ce génocide coûta la vie à près de quatre-vingt pour cent de la population Herero et à la moitié de la population Nama. La majorité de ces crânes arrivèrent à Berlin sous la forme de têtes préservées chimiquement. Toutes servirent à des fins scientifiques dans les premières décennies du vingtième siècle.
Cette intervention démontre que ces restes humains furent collectés à la fois comme des trophées et des spécimens anthropologiques. Elle débute par l’analyse d’une carte postale qui montre des soldats en train d’emballer des crânes. Cette image constitue un point d’entrée dans l’étude du rapport que les troupes impliquées dans la collecte entretenaient avec ces restes humains. Hantés par les rumeurs des traitements atroces supposément infligés par les Herero (on disait qu’ils mutilaient les soldats allemands) et plongés dans une guérilla confuse avec les Nama, ces militaires étaient habités d’un intense esprit de revanche. Cette intervention explore les parallèles entre ces pratiques et la collecte des « trophées cafres » par les Britanniques pendant les guerres xhosa. Dans les deux conflits, la conduite des troupes semble avoir été déterminée par des sentiments similaires de peur face à un terrain ennemi des adversaires inconnus.
Les conceptions de l’ennemi développées sur place par les troupes allemandes influencèrent les travaux des scientifiques qui travaillèrent sur ces restes humains. Ces têtes/crânes restèrent, inéluctablement, des trophées. Le statut qui fut le leur dans le passé a d’ailleurs des conséquences très actuelles. Ce travail montre dans un deuxième temps comment le fait que ces restes aient été des trophées a pu jouer un rôle dans le processus de rapatriement en 2011. Car c’est aussi parce que ces crânes ont été des trophées qu’ils constituent des preuves éminentes du génocide.
Cette intervention examine les archives de l’Hôpital universitaire de la Charité de Berlin de manière critique, en particulier les rapports de recherche. Elle s’appuie aussi sur d’autres documents qui traitent des restes Herero et Nama, plus récents et conservés dans d’autres fonds en Allemagne. La perspective raciste ouvertement exprimée par les scientifiques de l’époque face à des têtes qui sont, en partie, des spécimens anthropologiques, a été bien documentée et analysée par la recherche récente. Reste à trouver des voies d’analyse pour comprendre le pendant émotionnel de cette relation à des crânes qui sont aussi perçus comme des trophées, par des vainqueurs.

Gidena Mesfin Kebede (Université technique de Berlin, départment d’histoire de l’art, Translocations Project) Les restes d’un jeune prince éthiopien kidnappé et la question de leur rapatriement (Communication en anglais)
En 1868, un conflit diplomatique entre la Grande-Bretagne victorienne et l’empereur Tewodros II (1855-1868) d’Éthiopie, alors appelée Abyssinie, dégénère en une expédition punitive. Une armée venue des Indes britanniques atteint Aroge, non loin de la capitale de Tewodros II, le 10 avril 1868. L‘infanterie britannique y affronte avec des armes modernes des troupes abyssiniennes équipées d‘armes traditionnelles : machettes, lances et boucliers. L’asymétrie du combat est telle que cet événement tient plus du massacre que de la bataille pour les historiens de cette campagne. Trois jours plus tard, l’armée britannique se met en marche contre Magdala, où se trouvent la forteresse et le palais impérial. Tewodros II se suicide pour éviter l’humiliation de la capture. La chute de la place forte est suivie d’une phase de pillage. Le butin accumulé est tel que deux cent mules et quinze éléphants sont nécessaires pour le transporter vers la côte. Ces prises de guerre comprennent plus de mille livres manuscrits dont de nombreux ouvrages enluminés, une couronne et un calice en or, de nombreux objets en argent et en bronze ainsi que des reliques sacrées. Après avoir libéré les otages européens qui avaient été le prétexte de l’expédition, les troupes britanniques emmènent avec eux la veuve de Tewodros II, la Princesse Terunesh, et son fils de sept ans, le Prince Alemayehu. Commence alors un long voyage vers l’Angleterre. La princesse meurt en route à Tigray, dans le nord de l’Éthiopie. L’enfant, une fois à Londres, devient le protégé de la Reine Victoria. Il décède tragiquement à dix-huit ans. Il est enterré dans la chapelle Saint-Georges du château de Windsor. Dès 1871, des demandes de restitutions des objets pillés se font jour. Elles vont se multiplier au fil des décennies. L’Éthiopie réclame en outre le retour de la dépouille d’Alemayehu. La dernière demande officielle date de 2007. Girma Woldegiorgis, le président de l’Éthiopie à l’époque, rédige alors une lettre officielle à cette fin. Dans cette intervention, j’examinerai le contexte historique de ces circulations, les demandes de restitution et les débats actuels sur le retour des restes du Prince Alemayehu.

11h-11h30 Pause

11h30-12h30 – Médiatisations et controverses
Paul Bijl (Utrecht University) La photographie d’atrocités coloniales dans les Indes néerlandaises : du trophée à l’oubli de réserve (communication en anglais)
Cette intervention revient sur la biographie sociale d’un type de trophée collecté durant les guerres coloniales au tournant du vingtième siècle : les photographies célébrant la prise de villages indonésiens où l’armée hollandaise venait de commettre des atrocités de masse. Prises dans le but de montrer que les troupes avaient fait leur travail, ces clichés furent immédiatement matière à une polémique aux Pays-Bas où ils devinrent des objets très problématiques, aux yeux d’une partie de la population tout du moins. De nouvelles grilles d’interprétation étaient alors en train d’émerger, en particulier en ce qui concernait la nature de la mission civilisatrice européenne. Au long des vingtième et vingt-et-unième siècles, ces photographies ont régulièrement refait surface, d’une part comme bases d’une critique du passé colonial des Pays-Bas et, d’autre part, à l’instar d’autres reflets des atrocités coloniales pris comme des traces d’une histoire oubliée, comme les illustrations paradoxales d’un récit promouvant une forme d’innocence.

Daniel Foliard (Paris Ouest Nanterre), La tête de Rabah et le crâne du Mahdi : histoires croisées de trophées coloniaux français et britanniques
Rabah, l’une des figures de la résistance militaire à l’expansion française en Afrique est battu à la bataille de Kousséri en avril 1900. Sa tête décapitée est exposée pendant plusieurs jours aux abords du campement français après avoir été photographiée. Elle est ramenée par la suite à Paris où sa trace s’est perdue aujourd’hui mais qui fut étudiée au début du vingtième siècle comme spécimen anthropologique. Un an et demi plus tôt, ce sont les Britanniques qui défont leurs principaux ennemis dans la région du Nil, les Mahdistes, à la bataille d’Omdurman en septembre 1898. La tombe de Muhammad Ahmad est détruite par les troupes britanniques après la victoire, les ossements du fondateur de l’État mahdiste sont jetés dans le fleuve et son crâne, que Kitchener pense un temps envoyer à Londres, est finalement enterré dans une oasis égyptienne sous la pression de l’opinion publique naissante en métropole. La controverse agite en effet jusqu’au Parlement et le projet de donner le crâne du Mahdi au Royal College of Surgeons est abandonné. Durant la campagne militaire, la collecte de restes humains et d’artefacts s’inscrit dans une dynamique unique. Elle participe de rituels de victoire qui n’ont rien d’exceptionnel aux yeux des soldats français et britanniques engagés dans les combats sur place.
Puis, dans les deux cas, les vainqueurs rapportent sabres, drapeaux et objets pris à l’ennemi. Ce déplacement favorise les réinterprétations de la raison d’être de ces objets. Parfois même, comme le montre le destin du crâne du Mahdi, ce qui paraissait jusque-là acceptable cesse de l’être. Une fois déplacés dans les métropoles, un autre sens est en effet donné à certains de ces trophées. Ils deviennent des objets ethnographiques ou des spécimens anthropologiques. La part de violence guerrière qui les produit est en partie effacée. D’autres, au contraire, sont utilisés dans des mises en scène qui célèbrent les victoires britanniques et françaises dans ces guerres au loin. Cette intervention examinera les croisements entre les utilisations sélectives des trophées collectés pendant la campagne du Soudan (1898) et la fin de la campagne française contre Rabah (1900). La grande proximité entre les deux processus, et leurs différences, sera au cœur d’une analyse qui mettra en valeur le fonctionnement du co-impérialisme franco-britannique en matière de propagande, ainsi que les circulations entre les deux Empires en matière de pratiques guerrières.

12h30-14h00 – Pause

14h-15h – L’exemple du Congo
Maarten Couttenier – Royal Museum for Central Africa, De deux trophées du Congo en Belgique : objectifications craniologiques et ethnographiques
À travers l’étude de deux « objets » conservés au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) et l’Université libre de Bruxelles (ULB), cette intervention explorera les thématiques croisées des butins réalisés au cours d’opérations militaires, de la mise en place du pouvoir colonial, des représentations, de l’expertise locale et des restitutions. Le premier objet est aujourd’hui conservé au sein du fonds ethnographique du MRAC sous la cote EO.0.0.7943. Il s’agit statue composite qui fut « collectée » par Alexandre Delcommune après une campagne dans la région de Boma en 1878, quelques mois après la naissance du Comité d’Etudes du Haut-Congo. Alors que les demandes de restitutions furent immédiates, Delcommune refusa de rendre l’objet sous prétexte qu’il faisait partie d’un « butin » légitime. Ce Nkisi –un type d’objet magique- fut envoyé en Belgique par bateau et montré dans des expositions en Europe et aux Etats-Unis. Le détail de l’histoire de ses déplacements révèle la permanence des demandes de restitution comme l’auteur a pu le constater lors d’une visite à Boma en 2016. Le deuxième « objet » est un crâne conservé à la Faculté de Médecine de l’ULB. L’auteur a localisé ce crâne il y a quinze ans et s’est rapidement rendu compte qu’il avait fait partie de la collection de la Société d’Anthropologie de Bruxelles créée en 1882. L’examen des papiers de Charles Lemaire des années plus tard a permis d’établir les circonstances troubles qui entourent l’acquisition de ce crâne. A travers l’histoire de ces deux objets, cette intervention explorera ainsi la question de la restitution des artefacts et des restes humains, un sujet encore largement ignoré en Belgique.

Lancelot Arzel (Centre d’Histoire de Sciences Po) Les trophées humains de la conquête. Découpe des corps, mise en trophée et guerres coloniales dans l’État indépendant du Congo (fin XIXe siècle-début XXe siècle)
À la fin du XIXe siècle, les « mains coupées » par les soldats de l’armée de conquête du roi Léopold II, au Congo, créent une onde de choc dans les imaginaires européens : jamais ramenées en métropole, elles illustrent à distance et aux yeux de nombreux observateurs, l’intensité des violences pratiquées contre les populations civiles de la région de l’Équateur par les hommes de la conquête – militaires européens et warlords africains. Cette communication examine de plus près la découpe des corps lors des très longues guerres de conquête coloniale qui marquèrent cet État indépendant du Congo (ÉIC) des années 1880 aux années 1910. Car il ne s’agissait pas que de mains : la découpe des corps concerna aussi bien les têtes, les parties sexuelles que d’autres éléments des corps morts.
Dans un premier temps, nous éclairerons les modalités de ces découpes, aussi bien les contextes guerriers, les acteurs que les phases de la conquête. Puis, nous analyserons la mise en trophée de ces restes humains dans les postes coloniaux ou auprès des populations civiles. Il s’agira de mettre en évidence les multiples logiques à l’œuvre, qu’elles relèvent de facteurs logistiques et militaires ou de raisons sociopolitiques et anthropologiques. Dans cette « rencontre » que constitue la conquête, nous verrons ainsi à quel point les pratiques combattantes des soldats coloniaux s’appuient puis modifient les pratiques autochtones. Dans un dernier point, tel un angle mort de la découpe des corps, nous verrons que ces trophées humains ont finalement peu circulé entre le Congo et le reste du monde, à la différence d’autres colonies : la grande campagne anticongolaise menée dès le début du XXe siècle contre l’administration de Léopold II mais aussi les écarts de sensibilités existant entre les hommes de la conquête et les sociétés européennes expliquent, en partie, cette absence de circulation des trophées vers les métropoles. Leur seule présence sera iconographique.
Pour mener à bien cette communication, nous nous appuierons sur les témoignages rapportés par les militaires européens en charge de la conquête comme par des observateurs civils, sur les archives de la Commission d’Enquête de 1904-1905 mais aussi sur les photographies en circulation de ces « atrocités » comme sur les sources orales locales collectées une fois la conquête terminée.

15h-15h30 – Pause

15h00-16h30 – Le sens des « objets » : Regards croisés sur les circulations
Christelle Patin (Centre Alexandre-Koyré) Le traitement ordinaire ou extraordinaire des restes humains patrimonialisés – Le cas des têtes de chefs kanak.
À partir de la reconstitution précise du traitement post-mortem des têtes de chefs kanak de l’insurrection de 1878, de leur récolte, étude, exposition à leur patrimonialisation actuelle, nous tenterons de cerner les éventuelles spécificités de leur parcours et mise en récit au sein de la destinée ordinaire des autres spécimens anthropologiques. Finalement, le musée parvient-il à transformer le trophée de guerre en un objet d’étude ordinaire ?

Felicity Bodenstein, Technische Universität, Berlin Où est Idia ? La reine-mère comme « personne distribuée » ou le destin des masques en ivoire de Benin City pillés en 1897
Les cinq masques en ivoire de la reine-mère Idia (16e siècle) sont sans doute les objets les plus iconiques du butin de plus de 3000 pièces emportés par les troupes de la « mission punitive » britannique qui envahit le royaume de Benin (dans le sud-ouest du Nigéria actuel) en février 1897. Cette présentation met en regard les trajectoires de ces objets dispersés avec les images de la reine-mère Idia qui prolifèrent à Benin City en tant que « substituts » des objets perdus. Il s’agit de faire dialoguer deux manières de percevoir « Idia », grande figure historique de la protection du royaume. L’une se fixe sur les objets matériels singuliers, les artefacts « historiques » ou « authentiques » conservés dans les musées d’Europe et d’Amérique du nord. Elle s’est formée au fil des accumulations successives des significations données à ces objets au gré de leurs déplacements depuis 1897. L’autre est constituée des perceptions locales, régionales et nationales construites autour de la tension entre l’absence de ces pièces et la possibilité de retrouver « Idia » dans la production d’objets et d’images nouvelles.

Marie Cornu Directrice de recherches CNRS à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP, UMR 7220, ENS Paris Saclay, Université Paris Nanterre, CNRS) Le droit et la restitution des restes humains
Dans l’univers du droit, les restes humains ont un statut particulier. Juridiquement devenus « choses » à la disparition de la personne, ils n’en sont pas moins des choses particulières en ce qu’ils sont revêtus d’une dimension sacrée. En règle générale, les biens sacrés ne sont pas une catégorie juridique du droit contemporain du moins dans un certain nombre de systèmes dont le droit français et contrairement à ce que connaissait le droit romain. Ils sont, en principe librement dans le commerce, ce qu’ont pu confirmer les juges saisis de plusieurs demandes de restitution de ce type de biens (à propos notamment de masques Hopis, propriété collective d’une tribu amérindienne). Les restes humains font cependant exception. Ils doivent être, au sens du Code civil traités avec respect et ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial (art. 16-1 et suivants du Code civil). Ils sont pourtant intégrés dans nos collections publiques. En réalité, la question de la place des restes humains au musée n’a guère soulevé de questions jusqu’à une époque assez récente. Les demandes contemporaines de retour ou de restitutions ont nourri un débat sur leur singularité au sein des collections et sur la possibilité même de leur appropriation. Le plus souvent, ces demandes concernant des collectes anciennes se heurtent en France au statut des collections publiques (inaliénabilité, imprescriptibilité). La discussion s’est notamment nouée autour d’une initiative de restitution d’une tête de guerrier maori présente dans un musée de France. La ville de Rouen avait pris la décision de la restituer à sa communauté d’origine, se fondant sur le principe de dignité et le respect dû aux morts. Les juges ont censuré cette décision en invoquant précisément le régime de domanialité publique. Le droit civil ne fait pas obstacle à leur situation d’éléments de collection publique soumis au dispositif du Code du patrimoine. Ces biens seraient finalement des biens culturels comme tout autre sous le rapport de leur régime propriétaire, solution critiquée par la société civile et par un certain nombre de parlementaires. Cette forme de déni a conduit à une intervention législative (comme en l’occurrence dix ans plus tôt, dans le cas de la Vénus hottentote). D’autres exemples contemporains questionnent le statut de ces biens et, dans l’espace international, la façon dont peuvent être appréciées des revendications de retour, restitution, rapatriement. Les questions juridiques ne sont, en l’occurrence, pas seules mobilisées dans la réflexion sur la condition des restes humains et leur traitement institutionnel et patrimonial. Fortement déterminées par une dimension éthique, elles doivent aussi être mises en relation avec le ressort de la déontologie.

16h30-17h00 – Conclusion : Sébastian Minchin, Directeur-Conservateur du Muséum d’histoire naturelle de Bourges

ORGANISATION :
Daniel Foliard (Paris Ouest Nanterre)
Lancelot Arzel (Centre d’Histoire de Sciences Po.)

Contact :
dfoliard@parisnanterre.fr

Source de l’information :
https://guerres.hypotheses.org/1590
https://calenda.org/446237

Merci à Daniel Foliard d’avoir signalé à la Sfhom cette journée d’étude d’un grand intérêt.

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L’USAGE DES CATEGORIES RACIALES EN OUTRE-MER – 15 Mai 2018

 Silyane LARCHER, Fanny MALEGUE et Benoît TREPIED

Silyane Larcher (URMIS, CNRS), « Citoyenneté et fabrique de la ’race’ durant la période post-esclavagiste aux ’vieilles colonies’ (1848-1890) »

Si en vertu du principe révolutionnaire d’universalité des droits du citoyen, l’abolition de l’esclavage par la Seconde République en 1848 a institué la pleine égalité civile et politique entre citoyens (masculins) de la métropole et ex-esclaves des « vieilles colonies » de plantation, l’égalité civique n’a pas pour autant impliqué la pleine inclusion de ces derniers dans la « communauté des citoyens » (Dominique Schnapper, 1994). La citoyenneté française (droits civils et droits politiques) s’est en effet accompagnée aux Antilles (mais aussi en Guyane et à la Réunion) d’un régime législatif dérogatoire au droit commun. Ces « colonies de citoyens » (Laurent Dubois, 2004) furent régies par un régime juridique les plaçant en dehors des lois applicables en métropole. Quelle « pensée d’État » permit de faire tenir ensemble l’articulation improbable entre égalité civique et exception ? La division de l’égalité qui fonda une mise à l’écart des égaux ou une « altérisation » des citoyens des colonies post-esclavagistes s’est articulée dans la longue durée à une politisation des héritages historiques et anthropologiques des personnes originaires des îles à sucre. En abordant l’histoire de la citoyenneté française à partir de sa marge coloniale caribéenne, on observe ainsi qu’elle ne fut pas toujours unitaire ni abstraite : elle s’est articulée à une fabrique de la race. La logique de racisation par laquelle s’opéra la coupure entre Français de la métropole et Français des « vieilles colonies » anciennement esclavagistes ne se comprend pas simplement en termes coloristes, mais plutôt en termes « civilisationnels » – dirions-nous aujourd’hui en termes « culturels ».

Fanny Malègue (EHESS, INED), « ’Qu’on ne s’étonne plus de voir répéter si souvent un dénombrement des esclaves et des animaux’ : recenser la population dans un empire colonial esclavagiste, Antilles, 1763-1804 »

Alors que la France métropolitaine n’est pas recensée in extenso avant l’ère napoléonienne, des recensements sont réalisés de manière minutieuse et très régulière sur les territoires ultra-marins, et ce, dès le début de l’expansion coloniale. Dès 1635, et avant même que la domination coloniale ne soit effective, ou que des populations aient été envoyées, les instructions données aux membres de la compagnie à charte chargée de coloniser les Isles mentionnent l’ordre d’effectuer un recensement annuel de la population. Le recensement semble dès lors accompagner la construction de l’Empire et l’imposition de la colonialité. Le but de cette communication sera d’explorer cette hypothèse à travers une circulation dans le temps et dans l’espace, des origines du premier Empire colonial à son crépuscule, des colonies antillaises à la Corse, de l’Ancien Régime à l’Empire napoléonien. L’analyse sera aussi aiguillée par la diversité des terrains recensés où l’esclavage n’est pas partout appliqué. Comment s’articule la pratique du recensement à l’imposition de la domination coloniale et impériale et au maintien de l’esclavage ?

Benoît Trépied (IRIS, CNRS), « Les statistiques ethniques en Nouvelle-Calédonie : enjeux d’une exception républicaine »

La Nouvelle-Calédonie est à ce jour le seul territoire de la République française autorisé à produire des statistiques ethniques. Lors des recensements de population réalisés tous les cinq ans, les personnes recensées doivent répondre à une question sur leur appartenance « communautaire » en cochant une (ou, depuis 2009, plusieurs) des neuf cases proposées ; elles peuvent aussi écrire un commentaire après avoir coché la case « Autres ». Ma présentation a pour objectif d’expliquer les raisons de cette exception républicaine et d’ouvrir des pistes de réflexion sur les enjeux et tensions qu’elle soulève. Ce dispositif s’inscrit d’abord dans la continuité administrative d’une technique d’identification des populations élaborée sous l’ère coloniale et prend tout son sens à l’aune du type bien spécifique de colonisation (dite de « peuplement ») qu’a connue la Nouvelle-Calédonie au sein de l’empire français. En outre, les questions communautaires du recensement calédonien sont aujourd’hui constituées en un outil-clé d’évaluation du processus de « décolonisation progressive » qu’expérimente la Nouvelle-Calédonie depuis 20 ans et que le référendum d’autodétermination du 4 novembre 2018 est censé clôturer. Enfin, la possibilité offerte depuis 2009 de cocher plusieurs cases, qui résulte d’une longue mobilisation collective locale, a transformé les représentations dominantes de la population de l’archipel en donnant une visibilité inédite aux personnes auto-identifiées comme « métisses », ce qui n’est pas sans conséquences sur les termes du débat politique entre indépendantistes et anti-indépendantistes.

Discutante : Sarah Mazouz (CERAPS, CNRS)

14-17h, salle Alfred Sauvy, INED: 133, boulevard Davout, 75020 Paris

Guyane: l’histoire des Boni, de l’esclavage au marronnage

Par Arnaud Jouve/RFI

Publié le 27-04-2018 Modifié le 28-04-2018 à 18:46
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gravure  représentant  un  cimarron  ou  noir marron  en  fuite  dans les  colonies . wikipedia commons /

 
Le 27 avril 1848, l’esclavage est aboli en France et dans ses colonies, mais certains Guyanais n’ont pas attendu cette date pour se libérer de l’esclavage. Leur histoire est celles des « marrons » et en particulier du peuple Boni qui a fui la servitude et s’est installé dans la forêt guyanaise pour vivre libre. Une aventure humaine exceptionnelle et peu connue en métropole, que retrace Jean Moomou, maître de conférences en Histoire à l’Université des Antilles, spécialiste des Boni, un peuple dont il est issu.

RFI : Qui sont les « Marrons » appelés aussi « Noirs marron » ou « Bushinengué » ? Que veulent dire ces appellations ?

Jean MOOMOU : Les Marrons, ceux qui marronnent, ce sont ceux qui ont quitté « l’habitation » pour s’installer dans la forêt. « Noir marron » est un vocable utilisé à partir des années 1980 en Guyane française pour désigner les Marrons du Suriname, mais l’appellation originelle est « Bushinengué » terme qui émerge en 1680-1690, qui veut dire « les Noirs de la forêt ». Ils se composent en plusieurs groupes : les Djuka, les Saramaka, les Matawaï, les Kuinty, les Paramaka et enfin les Aluku ou Boni. Ce sont donc des descendants d’esclaves du Suriname dont certains se sont installés à l’intérieur des terres de ce pays, tandis qu’une partie, notamment les Boni, s’installeront sur le territoire français à partir de 1776.

Vous êtes le premier Boni à retracer l’histoire de votre peuple qui s’est libéré de l’esclavage colonial. Quand et où commence cette histoire des Boni ?

Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, vers 1650, les Anglais colonisent un territoire, que l’on appelle aujourd’hui le Suriname, et y apporte des esclaves d’Afrique pour mettre en valeur cette colonie. Mais ce territoire passe sous domination hollandaise en 1667, suite au traité de Breda, où Anglais et Hollandais échangeront le Suriname contre New Amsterdam, qui deviendra le New York actuel. Les populations déportées d’Afrique, mises en esclavage, passent sous domination hollandaise.

La colonie se met au service de la métropole coloniale hollandaise et exploite des plantations de canne à sucre dont la production est envoyée en Hollande pour le marché du sucre qui se trouvait en Europe. Il faut noter que le système colonial hollandais était très difficile. Il n’y avait pas de « code noir » comme dans les colonies françaises. Liberté au maître de donner des punitions sévères aux esclaves. Il y a eu des infanticides, des suicides, des mouvements de révolte. Tout cela était classique dans le système esclavagiste de l’Amérique des plantations. Partout, on va retrouver les mêmes phénomènes. Ces mauvais traitements, raison pour laquelle les esclaves ont décidé de fuir pour retrouver leur statut d’homme libre sont d’ailleurs encore dans l’imaginaire de leurs descendants. Les esclaves ont donc décidé de s’enfuir en s’organisant par petites bandes et le marronnage individuel va devenir un marronnage collectif.

Y a-t-il eu des circonstances particulières qui ont permis aux esclaves de s’enfuir ?

Il y a eu une tentative de colonisation du Suriname par les Français en 1712. L’amiral français Jacques Cassard, en charge de récupérer des terres, demande en contrepartie de son retrait et en guise de compensation, un impôt par capitation, c’est-à-dire un impôt par tête d’esclave. Suite à cette demande, les planteurs envoient des esclaves en forêt pour diminuer le coût de l’impôt, en espérant bien sûr les récupérer plus tard, mais beaucoup ne reviendront pas. Les esclaves avaient des champs personnels à l’intérieur de la forêt, ils maîtrisaient cet environnement forestier et du coup, certains décident de profiter de cette aubaine pour s’enfuir et rejoindre d’autres Bushinengué avec qui ils constitueront des communautés marronnes.

Ce qui n’était pas une menace au début va le devenir. Tout au long de la première moitié du XVIIIe siècle, le mouvement de désertion va s’amplifier et va entraîner une réaction des autorités coloniales, à la fois de l’armée coloniale hollandaise mais aussi des planteurs pour traquer ces marrons et les ramener dans « l’habitation », engendrant une guerre entre les marrons et les autorités coloniales.

Pendant cette guerre, plusieurs chefs vont se distinguer chez les marrons et notamment un certain Boni qui donnera son nom à la communauté ?

Dans ce Suriname du début du XVIIIe siècle, dans la période de 1730, le nom de Boni est celui d’un des chefs mais le premier s’appelait Aluku. L’histoire de Boni est un peu compliquée : il est né en forêt, il connaît cet espace et en grandissant, il va prendre de l’assurance. L’ancien chef, étant âgé, lui transmet le pouvoir. Du coup, les marrons vont s’identifier à leur chef et cette identification va déboucher sur une construction d’identité guerrière, car Boni est à la fois un chef et aussi un chef spirituel.

« Avec la mise en exploitation des colonies dans les Amériques par les différentes puissances européennes, émergent « deux mondes » entre lesquels existe un antagonisme profond. Il s’agit du monde de « l’habitation », caractérisé par la servitude et se subdivisant en deux groupes : d’un côté, les planteurs et tous les hommes libres (petits Blancs et affranchis), de l’autre, les esclaves qui représentent les forces productrices du système esclavagiste. Ce sont ces derniers qui vont fuir l’espace colonial pour ne plus revenir et créer un autre monde, celui des « Marrons ». » Extrait de l’ouvrage de Jean Moomou, Le monde des Marrons du Maroni en Guyane (1772-1860). La naissance d’un peuple: Les Boni, aux éditions Ibis rouge 2004.

Les Saramaka, les Matawaï, les Kuinty, les Djuka ont chacun leur chef. Il y a environ six grandes communautés réparties à l’intérieur de la forêt qui vont tenter de réagir contre le pouvoir colonial qui cherche à les soumettre pour les ramener dans les « habitations ». La stratégie, utilisée par les autorités coloniales, consistait à signer des traités de paix avec des marrons. Cette signature de traités a débouché sur la constitution de communautés marronnes autonomes à l’intérieur de la forêt.

Mais il y avait des clauses à ces traités qui disaient que les marrons pacifiés devaient aider les autorités coloniales à chasser les autres marrons et en même temps, ils devaient refuser d’intégrer de nouveaux marrons à l’intérieur de leur groupe. En 1760-1762, les Djuka et les Saramaka signent mais les Boni refusent ces traités de paix avec les Hollandais, et par conséquent, la guerre va s’amplifier entre les marrons et les autorités coloniales. A partir de 1776, le chef Boni décide de quitter le Suriname et de franchir le fleuve-frontière Maroni. Le groupe de marron Boni s’installe alors en Guyane française.

Comment les Boni vont-ils s’intégrer en Guyane ?

Les Boni vont progressivement remonter le fleuve Maroni jusqu’à s’installer à son amont. Il y a eu des négociations avec les autorités coloniales françaises. Quand ils sont arrivés, certains administrateurs disaient : « Puisque la Guyane manque de main d’œuvre, c’est un moyen de leur offrir l’asile, l’intégration ». D’autres disaient : « Non, ce sont des marrons dangereux à recevoir, vu ce qui s’est produit avec le Suriname ». Donc, il y aura une volonté d’exclure ces marrons en terre française et en même temps, une volonté de signer un traité avec eux. On va envoyer des missionnaires pour les sonder mais cela se traduira par un échec d’accord de paix en 1786, qui entraînera un nouvel évènement avec le Suriname. Boni part alors en 1789 au Suriname pour libérer des esclaves. La guerre entre les Hollandais et les Boni recommence et aboutit à la mort de Boni en 1792-1793.

Dès le départ, la France était hésitante : comment intégrer des marrons, car en Guyane française nous avons aussi des marrons et des esclaves ? La stratégie était de les intégrer dans des régions où il y avait des plantations, mais les Boni ne pouvaient pas accepter cette solution-là et cela a été un échec. Et ce n’est qu’à partir de l’abolition de l’esclavage en 1848 en Guyane que la relation entre les Boni et l’autorité française va changer.

Aujourd’hui comment les Boni vivent avec cette histoire ?

J’ai constaté ces derniers temps que beaucoup de jeunes ne connaissent pas cette histoire parce que la transmission de ce savoir est en panne. Et du coup, ils sont en train de relire cette histoire mais pas dans une version éclairée mais pour trouver des éléments pour condamner le colonisateur hollandais. Beaucoup de jeunes contestent cette appellation de « Bushinengué », préférant « Afro-Guyanais », ne connaissant pas l’origine de ce mot, ni les circonstances dans lesquelles ce mot a été donné. Ce n’était pas un terme péjoratif au départ, c’était pour distinguer les esclaves de ceux qui marronnaient en forêt, c’était une dénomination coloniale mais ce n’était pas péjoratif. Donc, il y a une relecture de cette histoire par certains qui n’est pas claire. Et du coup, la mythification, la glorification de l’Afrique que les anciens éprouvaient, aujourd’hui les nouvelles générations ont tendance à la mettre à distance.

Jusqu’à une époque récente, les Bushinengué dans leur ensemble ne commémoraient pas l’abolition de l’esclavage. Ils se disaient :« Ce n’est pas notre histoire, on n’a pas été libéré par les autorités coloniales, on s’est auto-libérés ». Aujourd’hui, ils participent avec les populations qui commémorent à Cayenne l’abolition de l’esclavage de 1848 mais aussi l’abolition de l’esclavage au Suriname en 1863, et l’idée qui émerge, c’est de faire, pourquoi pas, une commémoration du marronnage.

Jacques ROUMAIN

Jacques Roumain, est un écrivain et homme politique communiste haïtien. Il est le fondateur du Parti communiste haïtien. Bien que sa vie fût courte, Jacques Roumain, le poète, a une influence considérable sur la culture haïtienne.

Né le 4 juin 1907, à Port-au-Prince, dans une famille aisée. Son grand-père, Tancrède Auguste, fut président d’Haïti de 1912 à 1913. Il fréquenta des écoles catholiques à Port-au-Prince (institution Saint-Louis de Gonzague notamment) et, plus tard, étudia en Belgique, en Suisse, en France et en Allemagne. Il voyage également au Royaume-Uni et en Espagne où il amorce des études d’agronomie1.

À vingt ans, il revint en Haïti et fut cocréateur de La Revue Indigèneavec Émile RoumerPhilippe Thoby-MarcelinCarl Brouard et Antonio Vieux, dans laquelle ils publièrent des poèmes et des nouvelles.

Il fut très actif dans la lutte contre l’occupation américaine d’Haïti (1915-1934). il est le fondateur du mouvement ouvrier et communiste haïtien.

En 1934, il fonda le Parti communiste haïtien. En raison de ses activités politiques, de sa participation au mouvement de résistance contre la présence américaine, et, surtout, de la création de sa part du Parti communiste haïtien, il fut souvent arrêté et finalement contraint à l’exil par le président de l’époque, Sténio Vincent.

Pendant ses années d’exil, Roumain travailla et se lia d’amitié avec de nombreux écrivains et poètes de son époque, comme Langston Hughes. Il fréquenta également l’université Columbia à New York. Après le changement de gouvernement en Haïti, il fut autorisé à revenir dans son pays natal. Une fois revenu, il fonda le Bureau National d’Ethnologie.

En 1942, le Président Élie Lescot l’investit d’une charge de diplomate à Mexico. Il compléta à la même époque deux de ses livres les plus influents : le recueil de poésie Bois D’Ébène et le roman Gouverneurs de la Rosée, qui se vendit pourtant à moins d’un millier de copies la première année suivant sa publication.

La majorité du travail de Roumain exprime la frustration et la rage d’un peuple qui a été piétiné durant des siècles. Il incluait tous les Haïtiens dans ses écrits, et appelait les pauvres à s’unir contre la misère.

Mort et Héritage

Le 18 août 1944, trois jours après son retour d’un voyage à Cuba où il rencontra des camarades cubains et haïtiens, Jacques Roumain meurt d’une raison inconnue (empoisonnement ou maladie)2, à l’âge de 37 ans sur sa terre natale.

Son œuvre continue d’influencer la culture haïtienne et africaine en général.

Romans

Poésie

Poèmes (Répertoriés par Léon-François Hoffmann [archive])

  • 1927 – juillet. « Midi », La Trouée, p.22 (Anth. p.32.)
  • 1927 – juillet. « Pluie », La Trouée, p.22 (Anth. p.31.)
  • 1927 – juillet. « Cent mètres », La Revue indigène (Anth. p.33-34.)
  • 1927 – août. « La Danse du poète-clown », La Revue indigène, p.62.
  • 1927 – août. « Noir », La Revue indigène, p.62. (ms.: Wiener Walzer).
  • 1927 – août. « Nungesser et Coli », La Trouée, p.49.
  • 1927 – septembre. « Le Buvard : Insomnie », La Revue indigène, p.111.
  • 1927 – septembre. « Le Buvard : Le Chant de l’homme », La Revue indigène, p.113.
  • 1927 – septembre. « Le Buvard : Calme », La Revue indigène, p.114.
  • 1927 – septembre. « Le Buvard : Orage », La Revue indigène, p.112. (Anth. p.35.)
  • 1927 – septembre. « Corrida » (signé Madrid, mai 1926), La Revue indigène, p.115-116.
  • 1927 – septembre. « Après-midi », La Trouée.
  • 1927 – octobre. « Miragôane », La Trouée.
  • 1928 – janvier « À jouer aux billes », La Revue indigène, p.208.
  • 1928 – mars « Échappée », La Trouée.
  • 1928 – « Surgi d’une natte de paille peinte » (Anth. p.40.) (ms. Paysage irréel)
  • 1928 – « Absence » (Anth. p.38.)
  • 1928 – « Angoisse » (Anth. p.36.)
  • 1928 – «Attente» (Anth. p.37.) (ms. Soir)
  • 1928 – « Mirage » (Anth. p.39.)
  • 1928 – « Appel » ; poème par…; suivi de « La Chanson des Lambis », par Émile Roumer, Port-au-Prince, Impr. V. Pierre-Noël.
  • 1929 – 7 septembre. « Horizon … soleil », La Presse.
  • 1929 – 14 septembre. « Je rêve que je rêve », La Presse.
  • 1929 – 14 septembre. « L’Aube », La Presse.
  • 1931 – 4 juillet. « Quand bat le Tam-Tam », Haïti-Journal.
  • 1931 – 11 juillet. « Une composition inédite de Ludovic Lamothe – poème de Jacques Roumain », Haïti-Journal
  • 1931 – 20 octobre. « Langston Hugues », Haïti-Journal.
  • 1931 – 30 décembre. « Guinée », Haïti-Journal.
  • 1937 – avril. « Madrid », Commune (Paris), n° 44, 4e année, p.926-927.
  • 1945 – Bois d’ébène, Port-au-Prince: Impr. Henri Deschamps. Rééditions Éditions Mémoire d’encrier, Collection : Poésie, Montréal : 2003
    • Comprend quatre poèmes:
      • « Bois d’ébène »
      • « Nouveau Sermon nègre »
      • « Sales nègres »
      • « L’amour la mort »
  • 1978 – 24 septembre. « Un poème inédit de Jacques Roumain : Chanson pour un enfant qui n’avait jamais eu de jouets », Le Nouveau Monde. (signé Bruxelles, 6 décembre 1936).
  • 1980 – « Violettes fanées », in Carolyn Fowler, « A Knot in the Thread », Washington, D.C., Howard University Press, p.4. [Composé probablement en 1926].
  • Poèmes inédits:
    • Poèmes de l’époque indigéniste
      • « Finale »
      • « Pieuse petite Chanson »
      • « S’échapper »
    • Poèmes de prison :
      • « L’Arbre et l’oiseau »
      • « Chanson du prisonnier pour son petit garçon »
      • « La Goélette »
      • « In black and white »
      • « M’allé la riviè »

Essais

  • À propos de la campagne antisuperstitieuse, Port-au-Prince : Imprimerie de l’État, 1942

Œuvres complètes

En 2003 est parue une édition complète des œuvres de Jacques Roumain sous la direction de Léon-François Hoffmann :

  • Jacques Roumain, Œuvres complètes, édition critique, Collection Archivos, Espagne : 2003, 1750 p

LE BENIN SOURCE HISTORIQUE de L’ESCLAVAGE s’interroge …

L’image contient peut-être : 2 personnes, texte

Cyrille Bissette enfin réhabilité …

… dans notre mémoire collective ?

Plusieurs initiatives permettront de célébrer cette année, le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Il serait opportun de redonner toute sa place au Martiniquais Cyrille Bissette dans le combat ayant abouti à l’interdiction du travail servile.

Cyrille Bissette (1795-1858), précurseur du mouvement abolitionniste dans les colonies françaises © Wikipédia.org
© WIKIPÉDIA.ORG Cyrille Bissette (1795-1858), précurseur du mouvement abolitionniste dans les colonies françaises
  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le 
Justice sera-t-elle enfin rendue à Bissette, le premier militant martiniquais en faveur de l’abolition de l’esclavage ? L’histoire officielle a retenu le nom de Victor Schoelcher comme artisan de l’interdiction du travail servile dans les colonies françaises. Ce qui peut se comprendre, vu sa participation à ce combat. Membre du gouvernement provisoire, il a signé le décret du 27 avril 1848 déclarant illégale cette abomination.

Toutefois, nul ne doit plus méconnaître le rôle central de Cyrille Bissette dans cette révolution. Espérons qu’à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, sa place éminente soit enfin reconnue. Accusé à tort, en décembre 1823, d’avoir distribué une brochure dénonçant la condition des mulâtres, ou hommes libres de couleur. Ce texte manuscrit, « De la situation des gens de couleur libres aux Antilles Françaises », est anonyme. Pourtant, Bissette est condamné lors d’un procès expéditif, le mois suivant.

L’historienne Stella Pame, auteure de la première biographie de Cyrille Bissette, rappelle que deux riches négociants mulâtres de Saint-Pierre, Monlouis Thébia et Joseph Eriché, ont été soupçonnés d’avoir amené secrètement cette brochure, de retour d’un séjour à Paris. Les preuves n’avaient aucune importance pour la Cour royale, composée de colons et d’alliés. Il leur fallait des boucs émissaires. Ce seront Bissette et deux soi-disant complices, Jean-Baptiste Volny et Louis Fabien.
Dans la foulée, pas moins de 200 hommes libres de couleur furent éloignés, de peur que leur influence ne devînt contagieuse. Békés et mulâtres se livraient alors une lutte politique et économique sans merci. Les premiers craignaient de perdre leur suprématie sur les seconds et leur fermaient toute possibilité d’ascension sociale.

Banni à Paris, Bissette s’attèle, dès 1825, à la fin du système esclavagiste, bien avant Schoelcher. Les deux hommes ne s’entendent pas. Le ministre écarte son rival des travaux de la commission préparant l’émancipation, en mars 1848. Il n’empêche, les faits sont têtus. Bissette est bel et bien l’abolitionniste martiniquais par excellence

« Le mémorial des tirailleurs naufragés »

Exposition documentaire

L’Hôtel de Région Nouvelle-Aquitaine accueille

la nouvelle exposition de Mémoires & Partages

du 12 au 30 janvier 2018

 14 Rue François de Sourdis, 33000 Bordeaux, France
Exposition documentaire
Exposition documentaire © Mémoire et partage

A l’occasion des manifestations célébrant le Centenaire de la première guerre mondiale, l’association Mémoires & Partages, avec le soutien de plusieurs partenaires institutionnels et associatifs,  présente une Exposition documentaire itinérante « Le Mémorial des Tirailleurs Naufragés ».

Le 12 janvier 1920, le paquebot Afrique fait naufrage au large de la Nouvelle-Aquitaine. La plus grande catastrophe maritime de France emporte presque 600 passagers. 98 ans après le naufrage, cette exposition veut rendre visible la réalité du plus grand fait divers de l’histoire de France, la situation coloniale qui l’a permis, faire revivre ses victimes dans leur diversité, retrouver la mémoire de ses tirailleurs sénégalais  dont le sacrifice ignoré, dans ce drame, donne à cette catastrophe une dimension particulière.

Cette exposition itinérante se veut, donc, le prolongement, du Plaidoyer pour réhabiliter les tirailleurs naufragés, lancé par l’association Mémoires & Partages le 25 janvier 2016 et soutenu par de nombreux parlementaires et citoyens en France et au Sénégal.

Elle s’est appuyée sur les archives (documents météo, presse, documents officiels, rapports de mer, actes de justice, interpellations politiques et témoignages familiaux) mais aussi sur deux travaux particulièrement édifiants: l’ouvrage de Roland MORNET « La tragédie du paquebot Afrique », (Geste Editions, 2006) et le documentaire réalisé par Daniel DUHAND et Lionel CHAUMET « Mémoires de l’Afrique »  (52 mn, 2014).

Autour d’une pédagogie du fait divers mais surtout de la relation-monde que préfigure cette tragédie, l’exposition, se veut une histoire des chemins sinueux  que la mémoire emprunte dans nos consciences. Reconnue et labellisée par la Mission Nationale du Centenaire 14-18, l’exposition Le Mémorial des Tirailleurs Naufragés  est labellisée par la Mission 14-18.

Cette exposition a été conçue et réalisée par Karfa Sira Diallo, fondateur-directeur de Mémoires & Partages. Karfa Sira Diallo a réalisé plusieurs expositions dont:

« Frères d’âme, héritages croisés de la Grande guerre », (2014) labellisée par la Mission 14-18,

Senghor, l’Africain Universel (2017), qui a fait connaitre l’emprisonnement en Gironde de l’ancien président du Sénégal

« Triangle doré », une histoire de l’esclavage (2016).

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