LE PREMIER GENOCIDE IGNORE DU XXe SIECLE

HERERO ET  NAMA dans  le  Sud-Ouest africain allemand (1904-1908)

par   Pascal Blanchard

 

Le Mémorial de la Shoah, qui avait déjà traité des génocides arménien et Tutsi, présente, jusqu’au 12 mars 2017, une exposition sur le génocide Herero et Nama, intitulé Le premier génocide du XXe siècle. Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand (1904-1908). L’occasion pour Pascal Blanchard, historien et chercheur au Laboratoire communication et politique du CNRS (Irisso) à l’université Paris-Dauphine, de revenir sur un épisode tragique et méconnu de la colonisation allemande, un épisode dont la reconnaissance est au centre d’un enjeu mémoriel fondamental.

En l’espace de quatre ans, entre 1904 et 1908, près de 50 % du peuple Nama (environ dix mille individus) et 80 % du peuple Herero (environ soixante-cinq mille individus), deux populations vivant dans le Sud-Ouest africain allemand (l’actuelle Namibie), sont exterminés par le Reich allemand. Depuis 1884, date de prise de possession du territoire par l’administration coloniale allemande (suite à une série d’accords passés avec les autres puissances européennes et l’Empire ottoman), le Reich y impose ses règles en employant la manière forte, multipliant les violences physiques, les meurtres et les exactions sexuelles.
En 1904, en réaction à une telle brutalité, une révolte éclate chez les Herero. Le Reich allemand la réprime avec violence et le général Lothar von Trotha émet un ordre d’extermination, le 2 octobre 1904, condamnant ainsi hommes, femmes et enfants : « C’était, et c’est aujourd’hui encore, ma politique que d’appliquer cette force par la terreur absolue, voire la cruauté. Je détruirai les tribus rebelles en versant des torrents de sang et d’argent. C’est uniquement après un tel nettoyage que quelque chose de nouveau pourra apparaître et perdurer. » Les Nama prennent, à la suite des Herero, les armes contre les Allemands et subissent le même sort que les Herero.


Les prisonniers Herero sont alors internés dans des camps de concentration (tout comme les Nama, après qu’ils aient déposés les armes). Ils sont utilisés comme travailleurs forcés et leurs terres sont confisquées. Les conditions de vie y sont terribles, entre malnutrition et violences physiques, et ils seront des milliers à y perdre la vie. Autre aspect ̶ particulièrement morbide ̶ du génocide qui s’est perpétré sur le territoire : la collecte de crânes humains à destination de la recherche anthropologique allemande et, notamment, des chercheurs de l’Institut pathologique de Berlin, qui ont travaillé à prouver la différence hiérarchique entre Européens et Africains.
La guerre s’achève officiellement en mars 1907, mais les camps ne seront pas fermés avant le début de l’année 1908. Quelques années plus tard, en 1915, alors que la Première Guerre mondiale fait rage, les forces sud-africaines envahissent le territoire et, en octobre, le Sud-Ouest africain allemand passe sous mandat britannique.
Si les exactions commises par des officiers allemands doivent être considérées aujourd’hui dans le contexte global de la colonisation exercée par les puissances occidentales et que le système des camps de concentration n’est pas une invention allemande (le terme a d’ailleurs été employé pour la première fois lors de la guerre des Boers en 1899 en Afrique du Sud), ce qui distingue particulièrement cet épisode de la colonisation, c’est l’ordre explicite d’extermination qui a été donné.
C’est en cela que l’expression « premier génocide du XXe siècle » est fondamentale ; une reconnaissance qui a été le fruit d’un long processus, à la fois historique et politique. Un premier principe mémoriel voit le jour dans les années 20, lorsque Herero et Nama commencent à commémorer leurs héros de la « résistance » face au colon allemand. Mais il faut attendre 1985, pour qu’un principe de reconnaissance internationale advienne, lorsque la Commission des droits de l’homme des Nations Unies approuve un rapport dans lequel est mentionné « the German massacre of Herero in 1904 ». En 1990, la Namibie devient indépendante et, avec l’ouverture des archives, c’est une véritable problématique mémorielle qui s’affirme, dans le cadre d’un processus de réconciliation national. Quelques années plus tard, en 1998, Roman Herzog, le président allemand, est interpellé sur la question de la reconnaissance du génocide, alors qu’il est en visite en Namibie.
En 2001, des Herero déposent une plainte contre le gouvernement allemand. La plainte est rejetée mais, demi-victoire, des « excuses partielles » sont présentées. Cent ans après le début du génocide, en 2004, c’est l’importante question d’une possible compensation financière qui surgit, cette fois-ci dans la presse allemande. La même année, fait majeur, le ministre fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, participe à une commémoration du « massacre » des Herero en présence de soldats allemands. Il y présente le « pardon » de l’Allemagne et accepte, au nom du pays, la « responsabilité morale et historique et la culpabilité des Allemands à cette époque ». Si la question de l’indemnisation financière est alors passée sous silence, le gouvernement allemand déclare vouloir attribuer à la Namibie une aide au développement d’un montant de 11,5 millions d’euros. En 2011, une nouvelle étape fondamentale est franchie ; vingt crânes de Herero et de Nama sont restitués à la Namibie, qui en a fait la demande auprès du musée historique médical de la Charité de Berlin.
Enfin, dernière étape de ce processus de reconnaissance institutionnelle d’un crime contre l’humanité dans un territoire colonial, le 10 juillet 2015, Frank-Walter Steinmeier, le ministre des Affaires étrangères admet publiquement les notions de crime de guerre et de génocide et, en juillet 2016, il est annoncé que des « excuses officielles » vont être présentées par le gouvernement allemand. L’histoire n’est pas finie ; il reste la question de la compensation financière… Une problématique soulevée, en début d’année, par le dépôt d’un recours collectif devant un tribunal de New York contre l’Allemagne, un recours « au nom de tous les Herero et Nama dans le monde, à la recherche de réparations et de compensations pour le génocide ». C’est donc dans ce contexte, toujours éminemment sensible, que se déroule l’exposition présentée par le Mémorial de la Shoah à Paris, au moment même où le Deutsches Historisches Museum propose, jusqu’au 14 mai 2017, une exposition intitulée German Colonialism. Fragments Past and Present. Au moment, enfin, où en France, les déclarations d’Emmanuel Macron sur la notion de crime contre l’humanité associée à la question coloniale déclenche moult débats et polémiques.

GROUPE DE RECHERCHE ACHAC
Colonisation, immigration, post-colonialisme

33 Boulevard des Batignolles
75008 Paris – FRANCE
Tél : 01 43 18 38 85

L’EGALITE REELLE en marche…

Première lecture au Sénat (17, 18 et 19 janvier 2017)

 

Mardi 17 janvier 2017, les sénateurs ont procédé à la discussion générale.

À l’issue de celle-ci, ils ont entamé l’examen des articles du texte et ont, notamment :

  • demandé au Gouvernement d’étudier la création d’un observatoire régional du suicide en Guyane, faisant suite au constat dressé dans le rapport établi par Aline ARCHIMBAUD et Marie-Anne CHAPDELAINE en 2015 (amt 85 – art add après art 10 quater) ;
  • supprimé l’art 10 undecies A – introduit à l’initiative de la commission des affaires sociales – qui visait à prévoir une convergence progressive, sur dix ans, du taux de la cotisation de sécurité sociale sur les boissons alcooliques entre les outre-mer et la métropole (amts 167 rect et 201 rect – art 10 undecies A), tout en prévoyant une évaluation du lien entre le prix des boissons alcooliques et la consommation d’alcool (amts de rétablissement 78 et 200 rect – art 10 decies) ;
  • adopté des dispositions facilitant le déploiement de la téléphonie mobile dans les départements d’outre-mer (amts 3 rect et 100 rect – art add après art 11 A) ;
  • rétabli l’article 13 A – supprimé en commission – qui prévoit qu’une sensibilisation des élèves sur les questions nutritionnelles, notamment sur les liens entre une alimentation trop riche en sucre et la survenance éventuelle du diabète, soit organisée à l’école dans les départements d’Outre-mer ainsi qu’à Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon. En effet, les territoires d’outre-mer sont concernées par une prévalence très importante du surpoids et l’obésité chez leurs habitants, et notamment chez les jeunes, et des maladies qui y sont associées comme le diabète, l’hypertension artérielle ou encore les maladies cardiovasculaires (amts 79 et 102 du Gvt – art. 13 A) ;
  • rétabli l’interdiction – supprimée en commission – de toute discrimination en raison de la domiciliation bancaire (amt 88 rect du Gvt – art 17) ;
  • réintroduit – en le précisant et l’encadrant – le dispositif prévoyant l’introduction, à titre expérimental, d’un « Small Business Act ultramarin  » donnant la faculté aux pouvoirs adjudicateurs, aux entités adjudicatrices et aux acheteurs publics, de réserver jusqu’à un tiers de leurs marchés aux petites et moyennes entreprises locales (amts 24 et 101 – art 19) ;
  • réintroduit la consécration de journées de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le 10 mai, et d’hommage aux victimes de l’esclavage colonial, le 23 mai (amt 18 rect et 157 rect  – art 20 A) ;
  • renforcé le contrôle de la détention et de la circulation d’armes à feu en Guyane (amt 133 rect bis – art add après art 24 bis) ;
  • rétabli l’article 29 bis qui renforce les moyens des officiers de police judiciaire dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane (amt 111 du Gvt et ss-amt 233 de la commission – art 29 bis) ;
  • modifié le régime d’indemnisation des essais nucléaires dans un sens favorable aux demandeurs (amt 239 du Gvt – art add après art 34 sexies) ;
  • mis fin à une disparité dans le traitement fiscal des opérations dites de sortie de défiscalisation (amts 10 rect bis, 72 rect et 184 rect – art add après art 40) ;
  • étendu aux vols au départ de Saint-Barthélemy et Saint-Martin l’exemption de taxe de solidarité sur les billets d’avion (amts 21 rect quater, 108 rect ter et 175 rect ter – art add après art 46).

 

Jeudi 19 janvier, le Sénat a adopté, à l’unanimité, le projet de loi de programmation relatif à l’égalité réelle outre-mer et portant autres dispositions en matière sociale et économique.

NB. Après une intervention  du    DESPLAT (Guadeloupe) l’article  20  spécifiant la  date  du  23 Mai comme  date  de  Commémoration  des  Victimes  de  l’Esclavage ,  différente  du 10 Mai (Commémoration  de  la  Loi  d’Abolition  de l’Esclavage) avait été  dans  un  premier  temps  retiré du projet  de  loi .  Restriction    qui avait suscité la  colère   du  Président  du  CM98  Serge  ROMANA   engageant de ce  fait  une  grève  de la  faim  dans  le  square   face  au  Sénat. Ainsi  que   l’on  peut   s’en  rendre   compte,   la  loi   a été  « réintroduite » pour  être  votée dans  son  ensemble à  l’unanimité (en  première lecture).

Il  est  à   noter  également l’aboutissement  et dans  une  perspective  de pratique éducative de  la  lutte  engagée  par  Victorin  LUREL contre  l’abus  de  sucre  dans l’alimentation  et  les  produits  manufacturés  en  provenance  de l’Hexagone  dont  le  taux  (de  sucre)  était   anormalement   élevé. Quand  on  sait le  nombre  élevé  de  diabétiques  aux  Antilles  Guyane,  on ne  peut   que  se  féliciter  de  la  vigilance que  se  doivent  d’exercer  nos  élus sur  des  sujets  pointus.

 

 

 

 

JOURNEES D’ETUDE : EMOTION et ESCLAVAGE au Domaine de la Pagerie

Des journées d’étude en Martinique, au domaine de la pagerie, autour de « L’ émotion et l’ esclavage », à suivre (en anglais) !
Programme de l’émotion et de l’esclavage
Domaine de la pagerie, Martinique, janvier 2017

Vendredi 6 janvier
9:30-10:00 Bienvenue, présentation du programme et de la présentation ronde, Madeleine Dobie
10:00-11:30 séance 1 sentiments intimes, présentation par laprésidente madeleine dobie
Hélène enreinages birkeli : L’affectif après-vie de l’esclavage dans les photographies de Saint -.. Croix, 1905-1910
Jennifer L. Palmer :: L’intimité interracial dans l’Atlantique Français du dix-huitième siècle
Sasha Turner : L’inconnu et l’oubli : le chagrin maternel et l’archive de l’esclavage
11:30-12:30 déjeuner
12:30-14:15 séance 2 la politique des émotions, Président Karen Margrethe Simonsen
Margaret Crosby-Arnold :  » L’esclavage, » la politique d’identité et les blocs de vote dans les États-Unis d’
Lawrence T. Argument : L’argument esclavagisme comme un appel émotionnel dans le antebellum sud
Myriam Cottias : pour rembourser les sentiments : un micro-histoire de l’indemnité en Martinique (au Xixe siècle)
15:00-17:00 visite guidée de la pagerie

Samedi, janvier 7
9:00-10:45 SESSION 3 de la commission de la peur, Président Mads Anders Baggesgaard
Kathleen Hilliard : L’esclavage, le capitalisme et l’émotion : rupture des obligations en 1865 et 1866
Jonas Ross Kjærgaard : perdre le paradis : La Révolution haïtienne et l’imagination gothique au début du Xixe siècle
Erin Dwyer : les cœurs empoisonnés : la peur, le poison et l’esclavage dans le monde de l’atlantique
11:00-12:45 session 4 Styles et formes d’émotion, chaise Myriam Cottias
Sarga Moussa : un abolitionnistes abolitionnistes : L’expérience de l’est et l’engagement politique à Lamartine (1835).
Christina Kullberg : expression de l’émotion : discours des esclaves dans les nouveaux voyages de Jean-Baptiste Labat aux îles de l’Amérique
Inge Dornan : « quoi qu’ il soit inhumain et injuste, de »: la rhétorique de l’émotion dans les débats parlementaires britanniques sur le commerce transatlantique des esclaves, c. 1780-1807.
12:45-13:45 déjeuner
13:45-15:30 session 5 du sentiment d’avoir une incidence sur le président jakob ladegaard
Karen-Margrete Simonsen : Affecter et politique à Sab, un roman cubain de gertrudis gómez de avellaneda
Madeleine Dobie : L’esclavage, la race et l’atteinte à Gustave de Beaumont, ou l’esclavage aux États-Unis
Lynn Festa : L’esclavage, la sentimentalité et la suppression des effets
15:45-16.55 Séance 6 sympathie et mémoire, présidente de la présidente Jennifer Palmer
Annette Joseph-Gabriel : L’émotion hommes dans les récits abolitionnistes du Xixe siècle
Cheikh Sene : Gorée dans le commerce des esclaves de l’Atlantique et l’esclavage à sénégambie : quand le grâce de la prime sur la droite.
20:00 dîner en ville

Dimanche, janvier 8
9:00-9:45 Atelier sur le projet de publication, Président Mads Anders Baggesgaard
10:00-10:45 Atelier : au-delà du sentiment, président de la Présidence Lynn
11:00-11:45 Atelier : L’esclavage et le « Tour affectif » en historiographie, président de la présidente madeleine dobie
11:45-12:00 résumé, Karen-Margrethe Simonsen
12:00-13:00 déjeuner et au revoir

NOS CHERCHEURS ONT LA PAROLE…

Esclavage : notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie.

Publié le 27/10/2016 à 07:03, mis à jour le 27/10/2016 à 07:14
MARTINIQUE 1ÈRE Historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues poursuivent aujourd’hui encore (27 octobre), à Schoelcher, leurs réflexions sur la dimension psychologique des conséquences de la traite et de l’esclavage des Noirs.

Ce colloque sur l’impact psychologique de l’esclavage, est aussi celui des paradoxes. Ce ne sont pas les scientifiques qui ont lancé le débat, mais les écrivains et les artistes en général, représentés par Patrick Chamoiseau.
L’écrivain martiniquais s’est exprimé sur l’influence de l’esclavage dans la littérature poétique, en se référant à deux grandes figures : Aimé Césaire et Édouard glissant. Ces deux auteurs ont trouvé dans le traumatisme esclavagiste, une source d’inspiration exhaustive, ce qui a donné naissance notamment, au « Cahier d’un retour au pays natal » ou au « Discours antillais« .

Les intervenants l’ont également souligné : les arts et la culture ont beaucoup contribué à notre émancipation, tout comme l’instruction. Mais s’il y a bien eu émancipation de nos populations, il y a aussi des traumatismes du fait de l’esclavage. Selon les chercheurs, l’impact sur nos sociétés modernes est bien réel, même s’il varie selon les zones géographiques. Notre besoin de parler de l’esclavage est aussi une stratégie de survie…
On ne peut pas comparer la situation aux Antilles avec celles des États-Unis ou du Brésil par exemple. Mais il y a tout de même un point commun fondamental. L’esclavage et la traite négrière ont contribué à la création du concept de race, jusqu’à présent inexistant et à la domination du blanc sur le noir.

Nous ne souffrons pas des mêmes symptômes que nos ancêtres esclaves, frappés par l’anxiété, la dépression, la torpeur ou l’amnésie. Mais notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie et de résistance, à un traumatisme séculaire et insidieux, qui a pris ses racines dans le code noir en 1685.

Rassembler des compétences pluridisciplinaires
Ce colloque scientifique international, a débuté hier matin (26 octobre) dans un hôtel du quartier la Batelière (Schoelcher). Il rassemble des scientifiques et des historiens qui échangent sur les conséquences psychologiques et traumatiques de l’esclavage grâce à l’association First Caraïbes présidée par le professeur Aimé Charles-Nicolas.
« Comment la mauvaise image de soi a-t-elle été inculquée ? Quel rapport avec l’esclavage ? Comment aider « ceux qui ne se consolent point de n’être pas à la ressemblance de Dieu mais du diable » ? Il n’est pas rare en effet, que dans ces pays qui furent des terres d’esclavage, les psychiatres expliquent certains symptômes de leurs patients par les traces de l’esclavage », souligne Aimé Charles-Nicolas.

« Mais comment construire un corpus scientifique des conséquences psychologiques de la mise en esclavage ? Il est alors apparu indispensable de faire se rencontrer pour la première fois historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues pour échanger sur cette question loin de toute posture victimaire« , insiste-t-il.

Christine Cupit

NOS CHERCHEURS ONT LA PAROLE…

Esclavage : notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie

  • Christine Cupit
  • Publié le 27/10/2016 à 07:03, mis à jour le 27/10/2016 à 07:14

MARTINIQUE 1ÈRE Historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues poursuivent aujourd’hui encore (27 octobre), à Schoelcher, leurs réflexions sur la dimension psychologique des conséquences de la traite et de l’esclavage des Noirs.

Ce colloque sur l’impact psychologique de l’esclavage, est aussi celui des paradoxes. Ce ne sont pas les scientifiques qui ont lancé le débat, mais les écrivains et les artistes en général, représentés par Patrick Chamoiseau.

L’écrivain martiniquais s’est exprimé sur l’influence de l’esclavage dans la littérature poétique, en se référant à deux grandes figures : Aimé Césaire et Édouard glissant. Ces deux auteurs ont trouvé dans le traumatisme esclavagiste, une source d’inspiration exhaustive, ce qui a donné naissance notamment, au « Cahier d’un retour au pays natal » ou au « Discours antillais« .

Les intervenants l’ont également souligné : les arts et la culture ont beaucoup contribué à notre émancipation, tout comme l’instruction. Mais s’il y a bien eu émancipation de nos populations, il y a aussi des traumatismes du fait de l’esclavage. Selon les chercheurs, l’impact sur nos sociétés modernes est bien réel, même s’il varie selon les zones géographiques.  Notre besoin de parler de l’esclavage est aussi une stratégie de survie…
On ne peut pas comparer la situation aux Antilles avec celles des États-Unis ou du Brésil par exemple. Mais il y a tout de même un point commun fondamental. L’esclavage et la traite négrière ont contribué à la création du concept de race, jusqu’à présent inexistant et à la domination du blanc sur le noir.

Nous ne souffrons pas des mêmes symptômes que nos ancêtres esclaves, frappés par l’anxiété, la dépression, la torpeur ou l’amnésie. Mais notre besoin d’en parler quitte à parfois ressasser, est aussi une stratégie de survie et de résistance, à un traumatisme séculaire et insidieux, qui a pris ses racines dans le code noir en 1685.

Rassembler des compétences pluridisciplinaires

Ce colloque scientifique international, a débuté hier matin (26 octobre) dans un hôtel du quartier la Batelière (Schoelcher). Il rassemble des scientifiques et des historiens qui échangent sur les conséquences psychologiques et traumatiques de l’esclavage grâce à l’association First Caraïbes présidée par le professeur Aimé Charles-Nicolas.

« Comment la mauvaise image de soi a-t-elle été inculquée ? Quel rapport avec l’esclavage ? Comment aider « ceux qui ne se consolent point de n’être pas à la ressemblance de Dieu mais du diable » ? Il n’est pas rare en effet, que dans ces pays qui furent des terres d’esclavage, les psychiatres expliquent certains symptômes de leurs patients par les traces de l’esclavage », souligne Aimé Charles-Nicolas.

« Mais comment construire un corpus scientifique des conséquences psychologiques de la mise en esclavage ? Il est alors apparu indispensable de faire se rencontrer pour la première fois historiens, psychiatres, généticiens, anthropologues et sociologues pour échanger sur cette question loin de toute posture victimaire« , insiste-t-il.

SEMINAIRE PROGRAMME 2016-17 du CI.R.E.S.C *

*CENTRE   INTERNATIONAL  DE  RECHERCHE  SUR  LES   ESCLAVAGES .

Esclaves, affranchis et « nouveaux libres » dans l’espace public du monde atlantique : race et citoyenneté. De l’agentivité aux réparations

Myriam Cottias, directrice de recherche au CNRS
Antonio De Almeida Mendes, maître de conférences à l’université de Nantes
Céline Flory, chargée de recherche au CNRS 
Jean Hébrard, inspecteur général de l’éducation nationale
Marie-Jeanne Rossignol, professeur à l’Université Paris-Diderot

2e et 4e mercredis du mois de 17 h à 19 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris)

Le séminaire s’articulera cette année autour de la question de la place des esclaves, des affranchis et des « nouveaux libres » dans l’espace public du monde atlantique. À compter de 1783, l’espace atlantique a été traversé par la question de la citoyenneté des affranchis et des anciens esclaves. Par exemple, libérant leurs esclaves lors de la Révolution américaine, certains des États des États-Unis leur avaient accordé une pleine citoyenneté, de même que la seconde République française en 1848. Quel a été le fondement de ces accessions à la citoyenneté (militaire et révolutionnaire) ? Pourquoi et comment a-t-on offert, limité, puis parfois repris, la citoyenneté aux anciens esclaves ? Comment la race et la citoyenneté se sont-elles combinées ? En quoi le républicanisme des révolutionnaires atlantiques était-il universel, en quoi offrait-il des libertés graduelles ?

Plus généralement, il s’agira de voir quelles ont été les modalités d’intervention dans l’espace public des esclaves, des affranchis et des « nouveaux libres » du monde atlantique. Comment envisager l’agentivité des sujets dans un espace de coercition ? Comment analyser les révoltes d’esclaves, de « libres de couleur » ou d’affranchis? Quels sont les modèles de contestations et les revendications exprimées par exemple à partir des sources judiciaires, des récits de planteur ? Les séances s’articuleront autour de ces problématiques en intégrant des débats historiographiques.

Par ailleurs, des séances de lecture de textes sur les indemnités et réparations au titre de l’esclavage atlantique et dans l’Océan Indien se feront en coordination avec les chercheurs du programme de l’ANR REPAIRS.

Programme 2016 – 2017

16 novembre 2016
Miranda Spieler (The American University of Paris)
Liberté, liberté trahie…Faire et défaire des citoyens français, Guyane 1780-1880 (Editions Alma, 2016)

23 novembre 2016 
Charlotte de Castelnau L’Estoile (Université Paris Diderot) et Giacomo Ghedini (Université de Bologne – université Paris Diderot)
Eglise, Esclavage et Réparations : les termes d’un débat 
A titre exceptionnel, cette séance se déroulera à l’Université Paris Diderot (salle 209-2e étage), bâtiment Olympe de Gouges 13 rue Albert Einstein, Paris

7 décembre 2016
Nicola Frith (Université d’Edinburgh)
Réparation de l’esclavage : au delà des limites de la mémoire

11 janvier 2017 
Romain Robinet (EHESS/CERMA)
La notion de race à l’épreuve de la guerre-monde (1937-1947) : regards mexicains

25 janvier 2017
Marie-Pierre Ballarin (IRD-URMIS)
Être citoyen après l’esclavage en Afrique de l’Est : l’exemple kenyan (20e-21e siècles)

8 février 2017
Antonio de Almeida Mendes (Université de Nantes – CRHIA-CIRESC)
Histoires et parcours d’esclaves en Europe du Sud, XVIe-XIXe siècles

22 février 2017
Claudine Raynaud (Université Montpellier 3)
Le Récit de Sojourner Truth (1850) : témoignage de l’esclavage dans l’Etat de New York ? (PURH, 2017)

8 mars 2017
Marie-Jeanne Rossignol (Université Paris Diderot – LARCA-CIRESC)
L’Histoire de la Guinée, d’Anthony Benezet, première traduction du livre qui inspira la campagne britannique contre la traite des esclaves à la fin du XVIIIème siècle

22 mars 2017
Myriam Cottias (CNRS, CRPLC-CIRESC), Antonio de Almeida Mendes (Université de Nantes, CRHIA-CIRESC) et Céline Flory (CNRS/EHESS, CIRESC)
Présentation de l’ouvrage : Esclavages et subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français (XVIIe-XXe siècles) » (dir. M. Cottias & H. Mattos, Open éditions books, 2016)

26 avril 2017
Céline Flory (CNRS/EHESS – CIRESC)
« L’engagisme africain » au sein des mémoires familiales aux Antilles françaises

10 mai 2017
Myriam Cottias (CNRS, CRPLC-CIRESC)
Les indemnités à un niveau micro-local aux Antilles, XIXe siècle

24 mai 2017
Michaël Roy (Université Paris-Ouest Nanterre la Défense)
Publier et diffuser les récits d’esclaves américains 1830-1860 : esprit d’entreprise, agentivité, littérarité

VENT DE CONTESTATION A L’UNIVERSITE de LA REUNION

Esclavage, insultes et poésie à l’université de La Réunion
La nomination d’une enseignante métropolitaine pour un cours sur l’histoire de l’esclavage suscite un tollé et vire à la querelle identitaire.

Par

Modifié le 15/10/2016 à 13:15 – Publié le 15/10/2016 à 09:43 | Le Point.fr
Le volcan de La Fournaise en éruption, en septembre 2016. Image d'illustration. 
Le volcan de La Fournaise en éruption, en septembre 2016. Image d’illustration.  © CITIZENSIDE/Gaëtan HOARAU

 

UNE AFFAIRE D’IRRÉGULARITÉS ET NON DE LOCALISME SELON  LE  CREFOM .

Alerté par le contenu de l’article du site lepoint.fr du 15 octobre courant, le CREFOM (Conseil Représentatif des Français de l’Outre-Mer) qui s’est trouvé impliqué dès le début dans la procédure de recrutement émaillée d’irrégularités sur le poste d’histoire à l’université de La Réunion, estime de son devoir, dans un souci d’équité, d’apporter quelques précisions aux lecteurs.

Il faut en effet savoir que c’est Patrick KARAM alors président du CREFOM qui, informé des vices de procédures ayant entaché le déroulement du concours qui a abouti à la proposition de nomination de Madame Virginie CHAILLOU, en a aussitôt alerté les autorités gouvernementales et exigé son annulation pure et simple.

L’absence de réaction à sa demande devait aboutir à la saisine du tribunal administratif dans une démarche commune avec les historiens de l’université de La Réunion et un candidat lésé.

Les juges, sur la base des irrégularités constatées, se sont alors prononcés pour la suspension de la décision du conseil d’administration de l’université de La Réunion qui s’était déclaré favorable au recrutement de Madame CHAILLOU.

Cette décision de justice est la seule réalité objective pour l’instant et donne raison aux plaignants d’avoir dénoncé les manœuvres qui ont eu pour effet de désavantager un candidat local.

Il devient dès lors impossible d’étayer sur des faits avérés une quelconque manipulation confinant au localisme sinon à vouloir faire pression sur les juges et tromper l’opinion dans le but non avoué d’imposer la candidature de Madame CHAILLOU contre vents et marées.

Cette dernière qui s’érige par ailleurs en victime, et qui n’est pas partie au procès, montre en réalité que la vraie victime n’est pas celle qui se prétend l’être.

Tout plaide en effet aujourd’hui pour désigner le candidat réunionnais comme la réelle victime de la manipulation qui a tenu lieu de concours de recrutement à l’université de La Réunion.

Devant une telle affaire qui est loin d’honorer l’image que l’opinion se fait de la communauté universitaire censée représenter l’élite de la nation, le CREFOM tient à rappeler que son action s’inscrit dans le strict respect de la loi républicaine et qu’il ne se laissera pas entrainer sur le terrain de la « querelle identitaire » dont fait état l’article en question.

L’égalité réelle qui est au cœur de notre engagement nous impose en effet de nous référer au cadre légal garant de l’ordre moral et de la justice au sein de la république. Spéculer que les juges auraient statué sur la base d’une appréciation d’ordre identitaire et non sur des faits réprimés par la loi, dans leur décision, révèle à tout le moins le peu de respect que les thuriféraires de la postulante de Nantes accordent aux dépositaires du droit.

Cette mise au point étant, le CREFOM n’entend pas poursuivre sur la voie des joutes épistolaires qui loin de servir la vérité ternissent un peu plus l’honorabilité dont se parent les grands scientifiques à l’origine d’une affaire à faire rougir de honte le citoyen lambda.

La loi, l’esprit de la loi et la sagesse imposent le silence et le respect de la justice afin de permettre au tribunal administratif de procéder à l’examen au fond des faits soumis à son appréciation dans la sérénité. Nous nous y conformerons car rien n’apparaît plus néfaste à la restauration du lien social, ferment du vivre ensemble au pays des droits de l’homme que de vouloir cliver une population aspirant au meilleur, sachant par ailleurs que les sujets de discorde n’auront jamais d’incidence sur l’impartialité, l’objectivité et la probité des juges.

Au nom de l’exemplarité, nous ne saurions conclure sans réaffirmer ici une position inébranlable « à compétence égale, le CREFOM soutiendra toujours la demande d’un ultra marin dès lors qu’il souhaiterait intégrer un poste à responsabilités.

Il en va de la nécessité d’ériger des modèles d’identifications positifs pour les générations en devenir. Il est aussi urgent d’accompagner la re–construction du soi et l’acceptation par nous-même et les autres de notre capacité à enrichir le monde de l’excellence, de notre créativité et de nos talents, jadis fragmentés, écrasés, niés ».

Avec le poète A. Césaire, nous disons :
« … Un pas,
Un autre pas,
Encore un autre pas
Et tenir chaque pas gagné,
C’est d’une remontée extraordinaire dont je parle… »

Aussi c’est en toute confiance vis-à-vis de la loi que nous accompagnerons et saurons imposer le respect du retour en dignité des Ultra-marins.

Jean Michel Martial
Président du CREFOM

Source  97land.com

LE PRESIDENT OBAMA inaugure le MUSEE AFRO-AMERICAIN des U.S.A

Une   correspondance  de   Stéphanie  Le BARS   Journaliste du  Journal  « le Monde »

image: http://s2.lemde.fr/image/2016/09/24/534×0/5002991_6_260a_le-president-americain-barack-obama-a_b087f551be9c3398cc7298e2adf13134.jpgLe président américain Barack Obama à l’inauguration du National Museum of African American History and Culture, le 24 septembre.
Le président américain Barack Obama à l’inauguration du National Museum of African American History and Culture, le 24 septembre. ZACH GIBSON/AFP

Ils s’étaient juré de confier au premier président noir des Etats-Unis la charge de lancer leur musée sous les meilleurs auspices. Les fondateurs du National Museum of African American History and Culture (NMAAHC) ont gagné leur pari.

Barack Obama a présidé à l’inauguration, samedi 24 septembre, du désormais plus grand musée du pays consacré à l’histoire afro-américaine. Devant une foule de plusieurs milliers de personnes, en grande majorité noires, et en présence de son prédécesseur, Georges W. Bush, qui avait autorisé le lancement du projet en 2003, le président s’est félicité de l’ouverture, maintes fois ajournée, d’un tel musée, estimant qu’« une grande Nation ne se cache pas la vérité ». Et c’est en président afro-américain qu’il s’est exprimé, donnant à l’inauguration de ce lieu culturel une dimension politique.

Nous ne sommes pas un fardeau pour l’Amérique, une tache sur l’Amérique, un objet de honte ou de pitié pour l’Amérique. Nous sommes l’Amérique ! »

 « Moi aussi, je suis l’Amérique », a-t-il répété, reprenant les mots du poète noir américain Langston Hughes. « L’histoire afro-américaine n’est pas séparée de l’histoire américaine, elle en est une partie centrale, a-t-il ajouté. Ce musée va permettre de raconter une histoire plus riche, plus complète de ce que nous sommes. Il va nous aider à nous parler, à nous écouter les uns les autres et surtout, à nous voir les uns les autres. »

En référence aux mouvements de protestations qui ont émaillé l’histoire des Afro-américains et qui perdurent aujourd’hui dans la société, le président a rappelé qu’« aimer son pays et protester » sont deux attitudes qui non seulement « coexistent mais s’enrichissent ». « Ce musée peut, peut-être, aider un visiteur blanc à comprendre la souffrance et la colère de manifestants, dans des endroits tels que Ferguson et Charlotte », a-t-il ajouté, en référence à deux villes où des émeutes ont éclaté après la mort d’un Noir tué par la police, en 2014 à Ferguson (Missouri), et ces derniers jours à Charlotte (Caroline du Nord).

Posé à l’ombre de l’obélisque du Washington Monument et au cœur des mémoriaux et musées qui fondent l’identité nationale américaine, à mi-chemin du Congrès et de la monumentale statue d’Abraham Lincoln, qui mit fin à l’esclavage, l’imposant bâtiment de six étages évoque une couronne africaine composée de 3 600 plaques forgées – hommage au travail des esclaves dans les Etats américains du Sud aux XVIIIe et XIXe siècles.

Projet centenaire

L’idée d’honorer la mémoire des Afro-Américains remonte à 1915  : des anciens combattants noirs de la guerre civile (1861-1865) demandent alors – en vain – l’érection d’un mémorial. En 1929, le Congrès donne son accord à la création d’un musée mais, alors que le pays plonge dans la crise, lui refuse toute subvention.

A la fin des années 1960, dans la foulée des victoires liées aux droits civiques, l’idée est relancée, mais là encore, ni le monde universitaire ni le monde politique ne pousse en ce sens. «  Longtemps, le groupe dominant, l’homme blanc d’origine européenne, a choisi de ne pas inclure cette ­histoire dans le récit national  », nous déclarait Rhea L. Combs, la conservatrice du nouveau musée, lors de l’exposition préfigurant son ouverture, fin 2015.

Aussi l’ouverture du NMAAHC constitue-t-elle l’événement culturel de l’année dans la capitale fédérale. Les tickets d’entrée – gratuits, comme l’accès à tous les musées nationaux gérés par la Smithsonian Institution – se sont arrachés en quelques heures et il faut attendre le mois de décembre pour avoir une chance d’y accéder. Sur près de 40 000 mètres carré, dans un entrelacs de galeries, le visiteur va découvrir plusieurs milliers des 33 000 objets collectés depuis treize ans.

Présence de psychologues

Trois thèmes majeurs ont été retenus : l’esclavage, la ségrégation, la culture et le sport. La partie consacrée à l’esclavage fut la plus difficile à documenter. Au-delà des classiques chaînes d’esclaves ou des listes d’hommes, de femmes et d’enfants mis à prix, visibles dans bien d’autres musées à travers le pays, le NMAAHC est parvenu à réunir des objets inédits.

La collerette d’Harriet Tubman, une esclave du Maryland qui a facilité l’évasion de nombre de ses compagnons, voisine avec la Bible de Nat Turner, l’esclave de Virginie qui, en 1831, mena la rébellion la plus sanglante de l’histoire de l’esclavage. Cette Bible a été remise au musée par les descendants blancs d’une famille tuée durant ce soulèvement.

Pour illustrer la période ségrégationniste qui s’acheva officiellement dans les années 1960, le musée a réalisé un tour de force : exposer au sous-sol un wagon de train datant de 1918 avec des sièges réservés aux Noirs. Le wagon a été acheminé sur place avant les débuts des travaux et le musée a été construit autour de cette pièce.

On y découvre aussi la nappe sur laquelle fut rédigé l’argumentaire demandant la déségrégation scolaire dans les années 1950, ou le premier cercueil du jeune Emmet Till, un adolescent de 14 ans battu à mort dans le Mississippi pour avoir sifflé au passage d’une femme blanche. Les concepteurs du musée, conscients de la charge émotionnelle de certains passages de l’exposition, ont prévu la présence de psychologues.

Récit national

Plus légère, la partie consacrée à l’apport des Afro-américains à la vie culturelle, artistique et sportive des Etats-Unis présente la combinaison du premier astronaute noir, des costumes de scène d’artistes, la Cadillac du musicien Chuck Berry…

Ce voyage dans l’histoire sombre des relations raciales dans la société américaine doit, selon les concepteurs du NMAAHC, redonner à la population afro-américaine sa place dans le récit national. Tout en évitant plusieurs écueils : verser dans le militantisme ou risquer « de victimiser les Noirs et de culpabiliser les Blancs  ».

La commission mise en place par M. Bush l’avait conçu comme un lieu de « guérison » susceptible de contribuer à «  la réconciliation entre les races  ».

Signe que les tensions liées à la place de la communauté afro-américaine aux Etats-Unis n’appartiennent pas qu’au passé, le musée a fait le choix d’évoquer les événements les plus récents. Les visiteurs pourront donc découvrir un T-shirt siglé « Black Lives Matter », référence au mouvement qui prospère aujourd’hui dans la communauté noire pour protester contre les violences policières à l’encontre des Noirs.

Souhaitant toucher une audience qui irait bien au-delà de la population afro-américaine, les responsables du musée espèrent attirer 3 millions à 3,5 millions de visiteurs par an, juste derrière le Musée de l’espace.

L’ampleur de ce projet a nécessité une levée de fonds de plus de 500 millions de dollars (445 millions d’euros). La moitié du budget est assuré par le gouvernement fédéral, l’autre par des dons privés. Parmi ces donateurs, l’animatrice et actrice afro-américaine Oprah Winfrey a apporté à elle seule 21 millions de dollars, la fondation de Bill et Melinda Gates plus de 10 millions, la famille du basketteur Michael Jordan plus de 5 millions… En compagnie de l’acteur Will Smith, Mme Winfrey a déclamé des citations d’auteurs noirs lors de l’inauguration.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/09/24/obama-president-noir-inaugure-le-musee-national-afro-americain_5002992_3222.html#LP0qdEbjcooTtwo6.99

DECENNIE INTERNATIONALE (an II)

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PARTICIPEZ à l’enquête de BORDEAUX !

 

Enquête sur la mémoire de l’esclavage sur le territoire de Bordeaux

Le développement de la Ville de Bordeaux au 18e siècle est en grande partie dû au commerce triangulaire (la traite négrière) et au commerce en droiture (transports de denrées coloniales). Bordeaux fut en effet l’un des principaux port négrier en France, et le 1er port colonial. La Ville a engagé il y a plus de 10 ans un important travail de mémoire, car comme le disait le très regretté  Aimé Césaire, « le racisme a commencé avec la colonisation car il a fallu légitimer cette entreprise ».
Ce travail s’est traduit par différentes actions. Mais aujourd’hui, la ville de Bordeaux veut aller plus loin. Alain Juppé a donc confié le soin à une commission d’experts de lui faire des propositions d’ici la fin de l’année 2016 pour poursuivre et amplifier ce travail. Cette commission a souhaité être à l’écoute des demandes du grand public, c’est la raison pour laquelle elle a élaboré ce questionnaire dont le temps de réponse ne prend que quelques minutes.
Nous vous remercions par avance du temps que vous pourrez y consacrer.

La politique mémorielle menée à Bordeaux

Savez-vous que Bordeaux a été un port négrier ?

Savez-vous qu’il existe une commémoration annuelle chaque 10 mai pour la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ?

Saviez-vous qu’un travail mémoriel a déjà été mené à Bordeaux ?

Selon vous, l’offre mémorielle portant sur l’esclavage au sein de la ville de Bordeaux est

Merci de préciser
Quel(s) rôle(s) ont à jouer selon vous les associations dans la politique mémorielle menée par la Ville de Bordeaux ?

Quelles sont celles que vous connaissez (pouvez-vous si possible préciser les coordonnées de chaque structure citée) ?

Représenter, montrer, figurer l’esclavage

Avez-vous déjà visité un lieu lié à l’esclavage à Bordeaux ?

Lequel ou lesquels ?

Parmi les sites de mémoire et d’histoire de l’esclavage ci-dessous, quels sont ceux que vous connaissez

(plusieurs réponses possibles)
L’offre de mémoire locale est-elle selon vous représentative de l’histoire de la ville ?

Pourquoi ?

Que manque-t-il à la ville de Bordeaux afin de compléter son travail entamé relativement à la mémoire de l’esclavage ?

Effets et impacts de la connaissance de la mémoire

Quelle signification donnez-vous à la commémoration annuelle nationale du 10 mai pour les mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ?

(plusieurs réponses possibles)
Merci de préciser laquelle
Pensez-vous que la reconnaissance des mémoires traumatiques (esclavage, Shoah, colonisation,…) participe à une meilleure cohésion sociale et à une meilleure compréhension et acceptation d’autrui ?

Expliquez :

Remarques et suggestions :

Vous

Vous êtes

Age ans
Commune de résidence
Vous sentez-vous concerné par la mémoire et l’histoire de l’esclavage ?

Pourquoi ?

Cette étude respecte les directives de la Commission Nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Toutes les données récoltées sont anonymes et protégées.

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