FONDATION pour la MEMOIRE de L’ ESCLAVAGE (acte 2)

 

QUESTIONS-REPONSES   avec  J.M AYRAULT

Jean-Marc Ayrault est Président de la Mission de la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions dont le but est de créer une Fondation nationale sur le sujet. Annoncée par Emmanuel Macron à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en avril 2018, cette Fondation entend « rassembler toutes les mémoires de la France » et « transmettre l’histoire de la France mondiale ». Après une première tribune publiée le 23 novembre 2018 dans Le Monde, il accorde un entretien exclusif au Groupe de recherche Achac dans le prolongement des Ateliers de la fondation, journées de réflexion participative autour des missions de la Fondation, organisés les 24 et 25 novembre 2018.

 

Quelles sont les missions de la Fondation ?

Notre ambition peut se résumer en une phrase : faire enfin pleinement entrer l’esclavage et ses héritages dans la mémoire nationale de la France. La loi Taubira a rappelé cette nécessité. Mais il lui manquait l’institution nationale autonome et dotée de vrais moyens qu’elle appelait pour réaliser cette ambition.

La Fondation sera cet outil, pour travailler sur ces questions avec tous les partenaires à mobiliser : les chercheurs, les établissements scolaires – la question des programmes scolaires est essentielle –, les institutions culturelles et patrimoniales, les artistes, les associations, les élus, les entreprises…

 

Sur quels périmètre et thématiques historiques et mémoriels souhaitez-vous travailler ?

L’action de la Fondation se déclinera en trois objectifs, qui devraient être repris dans son objet statutaire :

– développer la connaissance et la transmission de l’histoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions comme partie intégrante de l’histoire de la France et du monde, en replaçant ce phénomène dans l’histoire longue des relations entre la France, l’Afrique, les Amériques et l’océan Indien ;

– rassembler les mémoires en valorisant les héritages culturels, artistiques et humains issus de cette histoire, dans toute leur richesse et leur variété ;

– promouvoir les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité et l’engagement de la France contre le racisme, les discriminations et les formes contemporaines d’esclavage.

 

En quoi la fondation va-t-elle se distinguer des actions ou des projets du Mémorial ACTe, du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes ou du Comité national pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage ? Avez-vous pour objectif de coordonner l’action de ces différentes institutions ?

Le Mémorial ACTe et le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes sont des lieux ouverts au public, ce que ne sera pas la Fondation, qui n’aura que des bureaux à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris. La Fondation sera une institution de mutualisation, de mise en réseau et d’accompagnement, et elle sera donc en rapport avec tous ces acteurs.

Le Mémorial ACTe en Guadeloupe sera évidemment un partenaire capital, en tant que centre national dédié à cette question, et institution majeure sur les Caraïbes et au-delà. Et la Fondation travaillera avec le Mémorial de l’abolition de Nantes, comme avec les autres sites et lieux de mémoire, les musées de Nantes et Bordeaux, la Maison de l’Armateur du Havre, le musée du Nouveau Monde de La Rochelle, La Route des Abolitions… je ne saurais tous les citer.

Quant au CNMHE, qui existe depuis 2004, lors des Ateliers de la Fondation, j’ai rendu hommage au travail essentiel qu’il a mené pendant près de 15 ans, sous la conduite de ses présidentes passées, Maryse Condé, Françoise Vergès et Myriam Cottias, et de son président actuel, Frédéric Régent. Dès qu’elle sera créée, la Fondation succèdera officiellement au Comité.

 

Quels liens voyez-vous ou faites-vous entre l’histoire de l’esclavage (jusqu’aux abolitions définitives en 1848) et l’histoire de la colonisation, qui se superpose à cette première période et va se poursuive jusqu’aux années 60 et même au-delà pour certains pays ou territoires ?

L’esclavage est un phénomène global qui a transformé radicalement le monde. La France d’aujourd’hui est l’héritière de cette transformation, qui a débuté avec les premiers contacts entre les Européens et les peuples d’Afrique et d’Amérique, puis qui s’est prolongé dans la traite et l’esclavage coloniaux, puis dans la seconde colonisation, laquelle n’a d’ailleurs pas fait disparaître le travail forcé, pas plus dans les « vieilles colonies » françaises, avec l’engagisme, que dans le reste de l’Empire.

Mais surtout, l’héritage de l’esclavage et des combats pour l’abolir ont perduré jusqu’à aujourd’hui : on en retrouve l’empreinte dans notre culture, dans nos valeurs, tout simplement dans la diversité française. C’est pourquoi les chercheurs aujourd’hui parlent de l’esclavage et du post-esclavage, et c’est une approche qui nous intéresse beaucoup.

 

Selon  vous, à quoi devrait ressembler un musée de la colonisation en France ? Est-il nécessaire d’imaginer un tel projet ?

Le travail de la Fondation sera important sur ce sujet, même si elle ne sera pas un musée ; et l’exemple de la Mission du Centenaire montre comment on peut renouveler la vision d’un événement historique sans être un musée, notamment en travaillant avec les institutions existantes. La Fondation le fera, avec des acteurs aussi divers que le musée d’Orsay ou le Mémorial ACTe.

Quant à doter la France d’un musée de la colonisation en général, qui raconterait cette part de notre histoire, sur cinq siècles et sur tous les continents, beaucoup le demandent et j’ai entendu aussi cette demande lors des Ateliers de la Fondation qui ont eu lieu le 24 et 25 novembre. Pour un sujet aussi majeur, ce sera au Président de la République d’en décider. La création prochaine de la Fondation pourra aider à cette réflexion.

 

Quel bilan tirez-vous des Ateliers de la Fondation que vous mentionnez ? En quoi est-ce une étape majeure ?

En organisant cette rencontre avec la société civile, que nous avions voulu ouverte et participative, nous ignorions si notre appel serait entendu. C’est pourquoi notre première satisfaction a été de voir que près de 200 personnes y ont répondu malgré la rapidité des délais d’organisation et qu’elles sont restées pendant deux jours pour débattre de ce que devrait être la Fondation.

Notre deuxième satisfaction a été la qualité des échanges, le respect entre les participants et le sentiment commun qui s’est dégagé d’une urgence à doter la France d’une institution nationale qui fasse la place à ces sujets. Il faut enrichir notre récit national, et le faire partager à tous nos concitoyens, pour conjurer les incompréhensions, les concurrences mémorielles, le racisme : c’est le message que tous ces militants, chercheurs, artistes nous ont adressé. Ces Ateliers sont aussi une leçon pour nous : nous devrons régulièrement créer des moments forts pour que la Fondation cultive ce lien qui a été créé ce week-end.

Cette réussite doit en appeler d’autres : d’abord achever les travaux de préfiguration de la Fondation. Les propositions des participants nous disent les priorités et les attentes. Nous les partagerons avec le gouvernement et les entreprises avec lesquelles nous sommes en contact, pour que la Fondation puisse être créée en 2019 comme prévu. Puis nous aurons à mettre en œuvre tous les projets et la tâche est grande.

 

Source ACHAC Newsletter #4 – 28 novembre 2018

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VERS UNE RESTITUTION DES OEUVRES d’ART AU PATRIMOINE AFRICAIN…

Polémiques sur la question de la restitution

Il s’agit de rendre
au continent africain
une partie de son histoire

par Joseph Confavreux

vendredi 30 novembre 2018

 

Le rapport des universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain remis au président de la République le 23 novembre 2018 a provoqué de nombreux débats dans la presse. Nous reprenons ici, avec son accord, l’article que Joseph Confavreux a publié dans « Mediapart ». Avec un entretien avec Nanette Snoep, Néerlandaise, directrice des musées d’ethnologie de Dresde, Leipzig et Herrnhut en Allemagne après avoir travaillé quinze ans au Musée du Quai Branly.

Restitution du patrimoine :
« Il s’agit de rendre au continent africain
une partie de son histoire »

par Joseph Confavreux Source

Avant même d’être rendu officiellement au président de la République, vendredi 23 novembre, le Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain des universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, a suscité une polémique par voie de presse.

Les tirs de barrage des journaux conservateurs ont ouvert le bal. Le Point, ayant eu la primeur du texte, a mis en exergue un « vocabulaire inspiré des postcolonial studies » et questionné le fond d’un rapport préconisant, selon lui, de « tout rendre ou presque ».

Dans La Tribune de l’art, son fondateur, Didier Rykner y est allé au lance-flammes, jugeant que le rapport mettait « la France dans une position intenable ». Pour ce journaliste, « le choix de ces deux personnalités devait fatalement aboutir aux préconisations très inquiétantes de leur rapport », quitte à faire de Felwine Sarr un portrait largement fantasmé, deux citations trouvées sur Google suffisant à transformer l’économiste et écrivain sénégalais en proche des Indigènes de la République et en « fervent défenseur de Tariq Ramadan ». Ce qui expliquerait pourquoi « il ne fallait évidemment rien attendre d’autre de lui qu’une proposition de “restitutions” massives ».

À l’inverse, Libération titrait son édition du 21 novembre : « Art africain spolié : l’heure du retour », en l’accompagnant d’une photo pleine page d’une statuette africaine semblant se réjouir. Quant au Monde, son éditorial daté du 23 novembre mettait en avant le « risque pour les collections nationales » d’une « voie maximaliste » susceptible de les démanteler, collections dans lesquelles le nombre total de pièces africaines est estimé à plus de 90 000.

Quels sont alors les enjeux de cette séquence ouverte par la déclaration d’Emmanuel Macron, il y a un an à Ouagadougou, annonçant vouloir que « d’ici cinq ans les conditions [seraient] réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique » ? Panorama comparatif et éléments de réponse avec Nanette Snoep, Néerlandaise qui, après avoir passé 15 années au Quai Branly, est depuis 2015 directrice des musées d’ethnologie de Dresde, Leipzig et Herrnhut en Allemagne et prendra, à partir de janvier 2019, la direction du musée ethnographique de Cologne.

La déclaration faite par Emmanuel Macron à Ouagadougou le 28 novembre 2017 et le rapport rédigé par les universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy introduisent-ils une rupture dans la politique française vis-à-vis des collections des musées français issues du continent africain ?

Nanette Snoep : Nous sommes face à une véritable transformation, qui ne touche pas seulement la France, mais concerne toute l’Europe. Avant le rapport de Sarr et Savoy, j’ai eu le sentiment que la déclaration d’Emmanuel Macron avait eu un effet plus fort en Allemagne qu’en France, mais cela va sans doute changer !

Nanette Snoep © DR

Quoi qu’il en soit, nous sommes face à un changement d’ampleur dans la façon de penser les politiques culturelles, patrimoniales et muséales. Le débat sur la restitution des œuvres issues de l’héritage colonial et présentes dans les collections ethnographiques m’intéresse depuis longtemps, et cela va faire 20 ans qu’il est enclenché. Mais on assiste à une accélération puissante depuis au moins deux ans.

L’enjeu est-il posé de manière différente en Allemagne et en France, et cela est-il davantage lié à des passés coloniaux différents ou à des contextes post-coloniaux qui ne sont pas identiques ?

Il existe des différences importantes entre la France et l’Allemagne, ne serait-ce que parce que l’Allemagne a perdu ses colonies après la Première Guerre mondiale, tandis qu’en France, les effets de la colonisation demeurent encore très présents. Les relations économiques, démographiques, culturelles entre l’Afrique et la France sont incomparables avec celles qui existent avec l’Allemagne.

Depuis quelques années, on a assisté, en Allemagne, à un réveil du passé colonial, qui a longtemps été relégué derrière l’histoire de la Shoah. Mais l’Allemagne aborde la question des butins coloniaux à travers le travail qui a été fait sur la spoliation des biens juifs. Des lois, des méthodes de recherche et des cadres de restitution ont été établis à cette occasion. C’est d’ailleurs un même organisme, à Leipzig, qui s’occupe des biens juifs spoliés et a reçu pour mission de s’occuper des butins de guerres coloniaux.

Une autre différence est que le sujet est abordé de manière beaucoup plus pragmatique en Allemagne qu’en France. Après la déclaration de Macron faite à Ouagadougou, des demandes de restitution ont été adressées à Angela Merkel, sans qu’elle prenne position publiquement. Mais une commission a été mise en place, un rapport a été rendu au printemps dernier pour savoir quoi faire de nos butins coloniaux, et des recherches précises ont été lancées.

En France, le rapport annonce que beaucoup des œuvres des musées nationaux devraient être restituées et cela déclenche des réactions émotionnelles. J’ai d’ailleurs été surprise que personne ne réagisse, en France, vis-à-vis du choix de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, une historienne de l’art qui connaît bien la situation allemande. La question est maintenant de savoir si cela va avoir des conséquences ou si cela va rester un effet d’annonce.

Peut-on et faut-il distinguer, et si oui comment, les biens acquis dans les musées européens par des prises de guerre, par des collectes ethnographiques ou par des achats égaux ou inégaux ?

La distinction est importante. Quand on regarde les collections, certaines œuvres proviennent clairement de butins de guerre, par exemple pour le royaume du Dahomey. Quand on consulte les archives, on voit qu’à la fin du XIXe siècle, on en parle d’ailleurs ainsi, en toute transparence, tandis que, plus tard, on va éviter de prononcer ces termes.

Les collectes ethnographiques constituent une zone plus complexe, qui ont impliqué des ethnologues, des géographes, des missionnaires… On ne sait pas toujours comment les pièces sont arrivées dans les musées, mais on sait que, parfois, il s’agissait de vol, comme dans l’exemple souvent cité du journal de Michel Leiris confessant avoir dérobé un objet sacré au Mali, à l’occasion de sa participation à la Mission Dakar-Djibouti, une expédition dirigée par l’ethnologue Marcel Griaule au début des années 1930.

Membres de la Mission Dakar-Djibouti
au musée d’Éthnographie du Trocadéro, Paris 1931.

De gauche à droite : André Schaeffner, Jean Mouchet, Georges-Henri Rivière,
Michel Leiris, le baron Outomsky, Marcel Griaule, Éric Lutten,
Jean Moufle, Gaston-Louis Roux, Marcel Larget.

Les ethnologues partaient rarement seuls et souvent accompagnés de soldats. Dans l’inventaire de départ de cette même mission, dont une grande partie de la collecte se retrouve aujourd’hui au Quai Branly, on note ainsi la présence de nombreux fusils. Et même quand les ethnologues partent sans fusils, cela n’empêche pas les rapports de force.

Peut-on savoir dans quel contexte un chef religieux a pu livrer ses objets sacrés à un ethnologue ? Il existe des enjeux de pouvoir, financiers, symboliques et politiques, qui font qu’on n’est pas dans la même problématique que pour des butins de guerre, mais qu’on demeure toutefois dans des rapports de force.

Quant aux achats, ils ne sont pas non plus exempts de ces rapports de force. Les archives nous montrent des cas de personnes contraintes de céder leurs objets à vil prix. Quand on parle des biens juifs spoliés, on inclut d’ailleurs ceux des Juifs qui ont vendu, dès 1933, des œuvres par exemple pour financer leurs fuites, ou n’ont pas pu vendre au juste prix. Ces œuvres sont aujourd’hui considérées comme ayant été spoliées et à restituer, même s’il existe un acte d’achat. On sent aujourd’hui l’inquiétude des marchands sur le sujet, mais une preuve d’achat n’est pas une garantie suffisante de l’équité de la transaction.

Même s’il existe, dans tous les cas, des rapports de pouvoir, il demeure important de distinguer les différentes catégories d’appropriation du patrimoine africain, et donc de bien connaître le contexte de collecte. Les auteurs du rapport ont raison d’estimer que l’ethnologue ou le marchand doivent pouvoir prouver avoir acquis leurs objets de manière correcte, mais cela va être difficile.

Que pensez-vous du fait que le rapport demande que tout objet qui aurait été emporté sans le consentement explicite ou très vraisemblable des propriétaires ou gardiens des œuvres puisse être restitué aux pays africains qui en feraient la demande ?

Pour moi, la notion de consentement explicite est importante et les auteurs du rapport ont donc raison de l’employer, parce qu’on se trouve en effet le plus souvent dans une zone grisâtre. On peut très rarement, en effet, prouver le consentement explicite. Mais si je prends l’exemple des objets venant de Syrie qui sont arrivés ces dernières années sur le marché européen, en tant que directrice de musée, je refuse d’en acheter parce que je ne pense pas qu’il y ait eu de consentement explicite.

Le mérite de ce rapport est qu’il va obliger les directeurs de musée, les marchands, voire les usagers des musées, à réfléchir à leurs pratiques. Il me semble important et courageux de mettre ce motif du consentement au cœur de la question des restitutions, parce que les musées doivent repenser leur éthique de collecte. Ils ne peuvent plus se permettre d’acheter, parfois pour des millions d’euros, des objets sacrés circulant sur le marché de l’art européen en s’abritant derrière l’existence d’actes d’achat.

Felwine Sarr

Le rapport Savoy-Sarr n’aborde que l’Afrique noire. La question des revendications et des restitutions ne se pose-t-il pas de la même manière pour l’Afrique noire, le Maghreb, l’Océanie ou l’Asie ?

Comme l’a dit Emmanuel Macron lors de sa déclaration de Ouagadougou, il y a là un cas vraiment particulier, au sens où la grande majorité de l’héritage culturel et du patrimoine africain se trouve aujourd’hui dans les galeries et musées européens ou américains.

Ce n’est pas pareil pour l’Asie. Je suis néerlandaise et beaucoup de collections indonésiennes se trouvent aujourd’hui en Hollande. Mais si vous allez à Jakarta, vous trouvez des musées disposant de collections richissimes, et on ne peut donc pas dire que l’Indonésie soit dépourvue de patrimoine indonésien. Cela ne veut pas dire que les restitutions aux pays asiatiques ne soient pas justifiées et importantes, mais c’est sans doute moins urgent que pour l’Afrique.

Restituer certains objets, ce n’est pas seulement une question de patrimoine. Il s’agit de rendre au continent africain une partie de son histoire pour permettre aux Africains de prendre en main cette histoire. Pour moi, les restitutions peuvent donner une énergie au continent africain en lui offrant la possibilité de dire : « on a un patrimoine, on va s’en occuper et on va ainsi se projeter vers l’avenir », même si la manière de prendre en charge ce patrimoine ne sera pas la même que dans les musées européens.

L’important n’est pas seulement la restitution de l’objet, mais aussi de la partie de l’histoire dont l’Europe s’est emparée et qui demeure inaccessible aux Africains. Dans mon musée, je fais actuellement une exposition sur Kinshasa et le plus grand problème auquel j’ai été confrontée a été de faire obtenir des visas aux artistes que je voulais inviter.

Les musées allemands, britanniques ou français ne peuvent prétendre être des musées universels, ne serait-ce que parce que les Africains n’ont pas accès à la même mobilité que les Européens. Aujourd’hui, l’histoire du royaume de Dahomey se retrouve au Quai Branly, alors que les Béninois ne reçoivent pas de visas.

Bénédicte Savoy

Comment jugez-vous l’argument mis en avant par les plumes qui s’inquiètent du rapport Savoy-Sarr en expliquant qu’il n’est guère possible de savoir à quel pays rendre certains objets accaparés avant le dessin des actuelles frontières ?

C’est un mauvais argument, même s’il est vrai que si la France ou l’Allemagne ne veulent travailler qu’avec les États, on aura des soucis. Mais la restitution peut se faire à un village ou à un musée privé, il faut savoir dépasser le cadre des États ! Dans mes musées existe une grande collection en provenance de Namibie qui a été largement composée pendant les années du génocide des Héréros et des Namas, au début du XXe siècle, perpétré pendant la colonisation allemande.

Le Land de Saxe est prêt à faire des restitutions à des associations qui le demandent, alors que cela coince au niveau interétatique, entre l’Allemagne et la Namibie. Il existe plein de petits musées privés en Afrique qui sont tout à fait en mesure d’accueillir ces restitutions. On peut chercher d’autres partenaires que les musées nationaux. Et on peut tout à fait aussi imaginer qu’un objet sacré, par exemple, soit restitué au village d’où il provient.

Un argument récurrent, employé par exemple par La Tribune de l’art, est alors de craindre la mauvaise conservation, et de donner en exemple la façon dont, après les restitutions faites par les Belges au musée de Kinshasa dans les années 1970, les œuvres ont été pillées et dégradées.

Mais les choses ont évolué et on donne toujours ce même exemple, qui oublie que, pendant des décennies, les collections africaines ont souvent été très mal traitées et mal conservées en Europe. Aujourd’hui, les réserves du Quai Branly sont tout à fait bien, mais quand j’y suis arrivée, au milieu des années 1990, c’était loin d’être le cas ! Il faut être modeste quand on critique les Africains et la manière dont ils conservent le patrimoine…

Un autre argument entendu à l’encontre de ce rapport est qu’il va vider et détruire les collections. Que vaut-il ?

En Europe, nous avons des centaines de milliers d’objets en provenance du continent africain. Le Quai Branly [qui détient environ 70 000 objets en provenance d’Afrique – ndlr], comparativement aux musées allemands, ce n’est rien ! Rien que dans les musées de Saxe, nous avons 80 000 objets venant d’Afrique. À Berlin, il y a plus de 500 000 pièces issues des autres continents. La peur que les musées européens se vident est donc infondée.

Avez-vous déjà été confrontée à des demandes de restitution ?

Oui, par exemple de restes humains d’Hawaï. Un groupe d’Hawaïens a fait une première demande de restitution aux musées de Saxe en 1991, renouvelée tous les ans, mais restée sans réponse. Quand j’ai pris ma fonction de directrice, en 2015, cette demande était sur la table et il a fallu batailler pour la faire, et la faire dans des conditions respectueuses.

L’important n’est, en effet, pas seulement le fait de restituer. C’est important de savoir comment on fait pour restituer. On ne va pas se contenter d’envoyer par la poste, mais est-ce qu’on fait une cérémonie ou un rituel ?

Les restitutions peuvent être l’occasion de gestes de réparation et le socle de relations futures, de projets en commun. Il ne faudrait pas que les restitutions deviennent juste un moyen pour se débarrasser d’une histoire qui fait mal. Est-ce que le récit d’un vol d’objet doit rester au musée qui effectue la restitution ? Comment parler d’un objet qui a été rendu, mais dont le passé demeure ?

1948 – 2018 7O ANS de DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME

 

1948 Les droits de l’Homme à Chaillot

Farid Abdelouahab, écrivain, historien et commissaire d’expositions, publie une histoire de l’élaboration de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans la revue de Chaillot, l’Esplanade (mars 2018). Il y expose le rôle qu’a tenu le palais de Chaillot en devenant dès 1947 le siège de l’O.N.U. puis le 10 décembre 1948, le lieu de la troisième Assemblée générale des Nations unie. Ce lieu fête cette année les 70 ans de la ratification de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.  

 

Chaillot, le 10 décembre 1948, la troisième Assemblée générale des Nations unie adopte la Déclaration universelle des droits de l’homme. En pleine guerre froide et devant l’opposition croissante au colonialisme, quarante-huit États membres, réunis dans la grande salle du TNP, votent les trente articles proclamant les droits humains fondamentaux, quand l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud et le bloc soviétique s’abstiennent. Il faudra deux décennies aux Nations unies pour s’accorder sur des mécanismes d’application. 1948 représente ainsi une date charnière qui consacre les droits de l’homme au cœur du Palais de Chaillot. Bien avant cette déclaration qui énonce les droits fondamentaux de l’individu à l’échelle universelle, d’autres grands textes avaient défendu les droits de l’homme.

 

Une longue histoire

Le cylindre d’argile de Cyrus, daté de 539 av. J.-C., décrète la liberté de religion et l’interdiction de l’esclavage. Au XIIIe siècle, la Grande Charte (Magna Carta), imposée en 1215 par les barons anglais à Jean sans Terre, condamne l’arbitraire et deviendra par la suite un symbole pour l’état de droit. La Déclaration des droits dictée en 1689 aux souverains d’Angleterre à la suite de la guerre civile exprime quant à elle l’aspiration du peuple à la démocratie en définissant les principes de la monarchie parlementaire.

La Déclaration d’indépendance américaine de 1776, écrite en grande partie par Thomas Jefferson, déclare pour sa part : « Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis par les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement. » Avec cette déclaration, la philosophie des Lumières a trouvé un terrain d’application pour la liberté et la gouvernance des peuples. Rédigée pendant l’été 1787 à Philadelphie, la Constitution des États-Unis d’Amérique définit les principaux organes du gouvernement, leurs juridictions et les droits fondamentaux des citoyens. Quatre ans plus tard, la Déclaration des droits vient protéger les libertés fondamentales : la liberté de parole, de religion, le droit de posséder et de transporter des armes, de se réunir et de pétitionner. Elle interdit les fouilles et les arrestations arbitraires, les maltraitances et les aveux sous contrainte.

Universaliste, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution française représente, déjà en 1789, une grande avancée concernant les droits naturels individuels et les conditions de leur mise en œuvre.

La première convention de Genève, en 1864, édite le premier texte du droit humanitaire, instituant les obligations des individus en temps de guerre. Quatre-vingts ans plus tard, la barbarie et la violence extrême de la Seconde Guerre mondiale conduisent les Nations unies à redéfinir la notion de « crime contre l’humanité » en se donnant pour but d’actualiser à nouveau les valeurs humanistes qui doivent nous gouverner. En 1945, la conférence de San Francisco a en effet donné naissance à l’Organisation des Nations unies, en charge d’assurer la paix et la sécurité internationales. Concomitamment, la Charte des Nations unies est signée le 26 juin, et affirme les droits de l’homme et les libertés fondamentales, en attendant qu’une commission ne bâtisse une déclaration internationale. La première session de la Commission des droits de l’homme, qui réunit un comité de rédaction en provenance de huit pays, se tient en 1947 ; à sa tête, Eleanor Roosevelt, la veuve du Président américain. Le juriste français René Cassin joue un rôle préliminaire important à ses côtés, en élaborant un avant-projet dont l’objectif est d’affirmer le caractère universel de la déclaration, un « idéal commun à atteindre par tous les peuples ».

 

Chaillot : territoire international sous la juridiction de l’O.N.U.

En 1947, le gouvernement français propose de recevoir à Paris la troisième Assemblée générale des Nations unies. Le Palais de Chaillot devient alors pour quelques mois le siège de l’O.N.U. : une transformation qui n’est pas du goût de tous. Ainsi, le fondateur et directeur du musée de l’Homme, Paul Rivet, se plaint par exemple par voie de presse de cette prochaine installation. Le site doit en effet connaître des travaux d’aménagement importants pour accueillir les représentants des cinquante-huit nations appelées à se réunir en septembre 1948. Soit pas moins de cinq mille personnes. Les séances de l’Assemblée doivent se tenir dans le grand auditorium, les ailes du bâtiment se transformant en salles de réunion pour les commissions, tandis que l’on érige un restaurant et des locaux sur la place du Trocadéro. Des centaines de journalistes sont présents, venus du monde entier.

Outre la Déclaration universelle des droits de l’homme, le programme est chargé et l’on doit statuer sur de nombreux sujets : la question monétaire à Berlin, les frontières palestiniennes, les accords sur l’énergie atomique et le désarmement… Débats et tractations se déroulent sur fond de guerre froide naissante, et les tensions internationales sont vives : dès la fin du mois de septembre, une rupture se dessine entre le bloc occidental et les Soviétiques à propos du couloir aérien berlinois. Les travaux reprennent à la mi-décembre. La Commission des droits de l’homme est censée réunir dix-huit membres représentant diverses tendances politiques, culturelles et religieuses (mais il n’y a pas un seul Africain, les indépendances sont à venir…).

Eleanor Roosevelt, nommée par le président des États-Unis Harry S. Truman comme déléguée à l’Assemblée générale des Nations unies en 1946, préside donc le comité de rédaction, qui rassemble un Libanais, un Chinois, un Canadien, un Australien, un Chilien, un Anglais et un Russe. Le Français René Cassin influence notablement ce comité avec sa conception interventionniste des droits de l’homme : la souveraineté des États n’est pas supérieure à ces derniers. Ainsi, grâce à lui, la Déclaration ne sera pas dans son titre « internationale », mais bien « universelle », c’est-à-dire reconnue de tous et destinée à la communauté humaine en son entier. Mais tous les membres ne sont pas d’accord sur les objectifs à tenir : en effet, la Déclaration doit-elle se présenter comme un instrument juridique que l’on doit imposer aux nations, ou bien juste comme un texte qui doit servir de règle ? Lors de sa dernière séance au Palais de Chaillot, le 10 décembre 1948, l’O.N.U. adopte la Déclaration universelle des droits de l’homme, avec quarante-huit membres en sa faveur, plusieurs amendements repoussés et huit abstentions. Le Conseil de sécurité occupe encore une semaine le Palais, dont le nom connaît désormais une renommée mondiale, avant de s’installer, en janvier 1949, à Lake Success, ville située sur l’île de Long Island, dans l’État de New York.

 

Défendre la dignité, la justice et la démocratie

Les trente articles de la Déclaration abordent les droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux. Les droits au travail, à l’éducation, à la culture et à la santé, dont tous doivent bénéficier, y sont précisés. Universelle, la Déclaration s’adresse à l’ensemble de la communauté humaine, au-delà des religions, origines, milieux ou cultures : l’O.N.U. s’est ainsi engagée à défendre la dignité et la justice sur l’ensemble de la planète, en affirmant l’interdépendance et l’indivisibilité, l’égalité et la non-discrimination. De même, en déclarant que « la volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics », la Déclaration énonce les droits essentiels à une véritable participation politique, indissociable de la valeur universelle qu’elle donne à la démocratie, système qui garantit au mieux la paix, le progrès et le développement. Les individus ont des devoirs de solidarité et les États des obligations pour faire respecter, protéger et satisfaire les droits de l’homme. Tous les systèmes juridiques nationaux doivent y pourvoir.

La Déclaration fait partie de la Charte internationale des droits de l’homme, qui inclut le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adoptés en 1966 seulement par l’Assemblée générale des Nations unies. Car le bloc communiste s’opposant jusqu’alors à tout consensus, il fallut une vingtaine d’années aux États membres pour débattre sur diverses dispositions de la Déclaration universelle, comme le droit à l’autodétermination et la défense des minorités. Dix années supplémentaires ont été de surcroît nécessaires pour que les décisions entrent réellement en vigueur, et c’est alors que la Déclaration universelle a trouvé force obligatoire pour les États qui l’avaient ratifiée.

Aujourd’hui, tous les États membres de l’Organisation des Nations unies ont adopté au moins un des neuf traités internationaux relatifs aux droits de l’homme, et la très grande majorité d’entre eux en a ratifié quatre ou plus. La Déclaration de 1948 a entraîné dans son sillage d’autres grands textes, comme la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), signée par les États membres du Conseil de l’Europe en 1950 et entrée en vigueur trois ans plus tard. Notons que la France, qui héberge la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, n’a ratifié la Convention qu’en 1974, et n’a permis à ses résidents de la saisir qu’en 1981. De même, la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) est un traité international adopté en 1989 par l’Assemblée générale des Nations unies dans le but de reconnaître et protéger les droits spécifiques des enfants. Le concept d’intérêt supérieur de l’enfant le consacre dès lors comme « sujet de droit », et non plus comme « objet de droit ». Parmi les cent quatre-vingt-treize États reconnus par l’O.N.U., seuls les États-Unis ne font pas partie de ce traité, car il interdisait toute condamnation à mort pour un crime commis par un mineur (loi abrogée en 2005 aux États-Unis).

La défense des droits de l’homme, et par extension des droits de tous les êtres vivants sur cette planète, apparaît comme un combat permanent qui traverse l’Histoire et qui restera, semble-t-il, sans fin.

Pour vous procurer la revue L’Esplanade,

rendez-vous sur le site : Chaillot Théâtre National de la Danse

 

Source ACHAC  newsletter#1 – 5 décembre 2018

MISSION FONDATION

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MAISONS ALFORT(94) honore les troupes coloniales.

Les troupes coloniales françaises dans les deux guerres mondiales

Date :
22 sep 2018 (Jour entier)24 nov 2018 (Jour entier)
Lieu :
Médiathèque André Malraux
4, rue Albert Camus
94700  Maisons-Alfort

France

Jusqu’au samedi 24 novembre 2018

À l’occasion du 100e anniversaire de l’armistice de 1918, Maison-Alfort organise une série d’événements avec notamment l’exposition Les troupes coloniales françaises dans les deux guerres mondiales,

Une production du groupe de recherche ACHAC, avec le soutien du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires et de la Direction du Patrimoine, de la Mémoire et des Archives
L’exposition retrace l’histoire de ces unités qui ont joué un rôle considérable aux côtés des troupes métropolitaines durant les conquêtes coloniales, les trois conflits européens et les guerres de décolonisation.: combattants des Comores, soldat créoles des Antilles-Guyane, spahis, zouaves, goumiers, tirailleurs indochinois ou malgaches kanaks de  Nouvelle  Calédonie.

Le vendredi 19 octobre 2018 à 17h00, une visite commentée en présence de Pascal Blanchard, historien, sera suivie d’un échange avec le public.

RETOUR AU THEATRE !

THEATRE DE LA COLLINE
15 rue Malte-Brun
Paris 20e
01 44 62 5

du 19 septembre au 14 octobre 2018
du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h
création à La Colline
Petit Théâtre
durée 2h environ
« Tout est politique dans la vie. Même l’amour. Ce sentiment qui traverse nos capacités physiques et psychiques, qui nous surprend et nous altère par sa force. Chacun le définit différemment et pourtant c’est politique. On ne peut pas aimer dans un sens divergent à notre existence. On aime comme on pense le monde. »
Alexandra Badea
Alors qu’elle prenait part à la cérémonie de naturalisation qui lui conféra officiellement la nationalité française, l’auteure metteure en scène Alexandra Badea prit à la lettre cette remarque de l’officier d’état civil « À partir de ce moment vous devez assumer l’histoire de ce pays avec ses moments de grandeur et ses coins d’ombre. » Comment dénouer les nœuds de l’histoire, ces « points de non-retour » dont on effleure parfois les thèmes dans les repas de famille, sources de blessures et de divisions de la société française, qui ont pour nom collaboration, colonialisme, etc.

Comme dans les meilleurs récits, tout commence par une histoire d’amour. Dans la ferveur bouillonnante de la France pompidolienne de l’après-mai 68, des jeunes gens tombent amoureux, tous deux sont porteurs d’un lourd passé. L’un prend sa source dans l’Europe centrale de l’après-guerre, l’autre dans l’Afrique occidentale post-coloniale. Parviendront-ils à remonter le fil de leur histoire familiale pour vivre un présent serein ?

Dans une fresque déployée en trois parties dont la première sera créée à La Colline cette année, Alexandra Badea et ses acteurs donnent la parole à ceux que l’on n’entend pas, dans une traversée de l’histoire contemporaine et résolument universelle de la France.

Points de non-retour © Velica Panduru
Photo © Velica Panduru
Documents

Rencontre avec l’auteur

– le samedi 22 septembre à 14h à l’espace rencontre de l’événement Culture au Quai /

Bassin  de  la  Villette-  Quai  de  la  Loire -Paris  19e

– le samedi 29 septembre à 15h à la médiathèque Marguerite-Duras 115 Rue  de Bagnolet  Paris  2Oe /Autobus  26 et  76 / carrefour Pyrénées -Bagnolet

Lecture-rencontre avec Alexandra Badea
Alexandra Badea lira un extrait de Points de non-retour [Thiaroye] et échangera ensuite.

 

Source  ACHAC NewsLetter 29 Août 2018

FIGURES LEGENDAIRES

Nelson .Mandela

Centenaire de la naissance de N. MANDELA

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Fresque au Pont  de  Bondy(93)

Malala

Malala Yousafzai ou Malala Yousufzai (en ourdou : ملالہ یوسف زئی) est une militante pakistanaise des droits des femmes1, née le 12 juillet 1997 à Mingora, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, où elle s’est opposée aux talibans qui tentaient d’interdire la scolarisation des filles. Elle a vécu à Mingora, principale ville du district de Swat, dans le Nord-Ouest du Pakistan, une zone proche de l’influence des talibans. Symbole de la lutte pour l’éducation des filles et contre les talibans, elle a reçu plusieurs distinctions pakistanaises et internationales à la suite de ses prises de position alors que sa région était l’objet d’une lutte entre les talibans pakistanais et l’armée. Durant son enfance, Malala a écrit un blog pour la BBC2, racontant son point de vue sur l’éducation et sa vie sous la domination talibanes. Le 9 octobre 2012, elle est victime d’une tentative d’assassinat où elle est grièvement blessée, un attentat condamné par toute la classe politique du pays. Elle est transférée vers l’hôpital de Birmingham au Royaume-Uni le 15 octobre pour suivre un traitement plus poussé. Cette attaque conduit à une médiatisation internationale de Malala Yousafzai. En 2014, âgée de 17 ans, elle obtient le Prix Nobel de la paix avec l’Indien Kailash Satyarthi, ce qui fait d’elle la plus jeune lauréate de l’histoire de ce pays.

 

 

détail artistique de  l’oeuvre  (oeil  droit)

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LA MAISON D’Aimé CESAIRE : restaurée bientôt en MUSEE

La « maison d’Aimé Césaire à Redoute (Fort-de-France) va bénéficier du financement des opérations de sauvegarde du patrimoine. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a validé mardi 3 avril, le projet de rénovation et de valorisation de la maison du poète et de l’homme politique.

La maison d'Aimé Césaire, quartier Redoute à Fort-de-France. © Martinique la 1ère
© MARTINIQUE LA 1ÈRE La maison d’Aimé Césaire, quartier Redoute à Fort-de-France.
  • Par Jean-Claude SAMYDE
  • Publié le , mis à jour le 
La maison d’Aimé Césaire, patrimoine emblématique de Martinique, figurera sur le jeu de grattage qui accompagnera le tirage spécial du loto du patrimoine, prévu le 14 septembre prochain.

Stéphan Bern, nommé par le président de la République Emmanuel Macron, à la tête d’une mission d’identification et de sauvegarde du patrimoine en péril a retenu dans ses 250 projets, la maison du poète et de l’homme politique, située à Redoute sur le territoire de Fort-de-France.

Aimé Césaire © kobason.wordpress.com
© kobason.wordpress.com Aimé Césaire

Cette nouvelle intervient quelques jours avant le dixième anniversaire de la mort du chantre de la négritude (17 avril 2008). Écrivain, maire de Fort-de-France, député de la Martinique, artisan de la départementalisation, toute l’œuvre d’Aimé Césaire sera valorisée dans ce projet.
La maison d’Aimé Césaire, acquise par la ville de Fort-de-France est devenue par donation, propriété de l’Institut Aimé Césaire.

Raymond Saint-Louis Augustin président de l’institut Aimé Césaire

Cette inscription permettra, par la mobilisation de financements publics et privés, nationaux et locaux et notamment de la Collectivité Territoriale de Martinique, d’entamer les travaux de mise en œuvre de l’installation de la Fondation Aimé Césaire.

Trois projets martiniquais sont concernés par cette opération menée par le ministère de la Culture : la maison Telle au Saint-Esprit, le fort de l’îlet à Ramiers aux Trois-Îlets et la maison d’Aimé Césaire à Fort-de-France.

Cyrille Bissette enfin réhabilité …

… dans notre mémoire collective ?

Plusieurs initiatives permettront de célébrer cette année, le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Il serait opportun de redonner toute sa place au Martiniquais Cyrille Bissette dans le combat ayant abouti à l’interdiction du travail servile.

Cyrille Bissette (1795-1858), précurseur du mouvement abolitionniste dans les colonies françaises © Wikipédia.org
© WIKIPÉDIA.ORG Cyrille Bissette (1795-1858), précurseur du mouvement abolitionniste dans les colonies françaises
  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le 
Justice sera-t-elle enfin rendue à Bissette, le premier militant martiniquais en faveur de l’abolition de l’esclavage ? L’histoire officielle a retenu le nom de Victor Schoelcher comme artisan de l’interdiction du travail servile dans les colonies françaises. Ce qui peut se comprendre, vu sa participation à ce combat. Membre du gouvernement provisoire, il a signé le décret du 27 avril 1848 déclarant illégale cette abomination.

Toutefois, nul ne doit plus méconnaître le rôle central de Cyrille Bissette dans cette révolution. Espérons qu’à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, sa place éminente soit enfin reconnue. Accusé à tort, en décembre 1823, d’avoir distribué une brochure dénonçant la condition des mulâtres, ou hommes libres de couleur. Ce texte manuscrit, « De la situation des gens de couleur libres aux Antilles Françaises », est anonyme. Pourtant, Bissette est condamné lors d’un procès expéditif, le mois suivant.

L’historienne Stella Pame, auteure de la première biographie de Cyrille Bissette, rappelle que deux riches négociants mulâtres de Saint-Pierre, Monlouis Thébia et Joseph Eriché, ont été soupçonnés d’avoir amené secrètement cette brochure, de retour d’un séjour à Paris. Les preuves n’avaient aucune importance pour la Cour royale, composée de colons et d’alliés. Il leur fallait des boucs émissaires. Ce seront Bissette et deux soi-disant complices, Jean-Baptiste Volny et Louis Fabien.
Dans la foulée, pas moins de 200 hommes libres de couleur furent éloignés, de peur que leur influence ne devînt contagieuse. Békés et mulâtres se livraient alors une lutte politique et économique sans merci. Les premiers craignaient de perdre leur suprématie sur les seconds et leur fermaient toute possibilité d’ascension sociale.

Banni à Paris, Bissette s’attèle, dès 1825, à la fin du système esclavagiste, bien avant Schoelcher. Les deux hommes ne s’entendent pas. Le ministre écarte son rival des travaux de la commission préparant l’émancipation, en mars 1848. Il n’empêche, les faits sont têtus. Bissette est bel et bien l’abolitionniste martiniquais par excellence

La ville de Basse-Pointe honore un Maître de la culture Tamoul en Martinique.

B.-R. T.Mardi 23 janvier 2018
Une rue porte le nom d'Albert Allemele

La mémoire d’Albert Allemele, Pointois dépositaire de la culture indienne en Martinique, a été honorée dimanche avec l’inauguration d’une rue qui porte désormais son nom. La cérémonie, qui s’est déroulée en présence de ses enfants, était placée sous le signe de la tradition hindoue.

C’est la rue du Stade, quartier Hackaërt, qui a été rebaptisée au nom d’Albert Allemele. L’inauguration s’est déroulée devant l’entrée de sa maison. Décédé le 13 mars 2017 à l’âge de 90 ans, Albert Allemele était une figure emblématique pointoise.
Vatialou, c’est à dire maître du sacré, dansant, chantant lors des cérémonies religieuses hindoues, il parlait la langue tamoule et faisait partie de la troisième génération de descendants indiens installés en Martinique depuis 1853. Cette dénomination de rue a pu être réalisée, grâce à la démarche des enfants d’Albert Allemele auprès du maire de Basse-Pointe. Marie-Thérèse Casimirius a été séduite par la proposition et les membres du conseil municipal ont ensuite voté favorablement.
Lors de cette inauguration, la maire a déclaré que « les rues racontent une histoire et que celle-ci sera gravée à jamais dans la pérennité de l’histoire indienne de la commune » . Représentant la Collectivité Territoriale de Martinique, Marie-Thérèse Léotin, conseillère exécutive en charge du patrimoine et de la culture, n’a pas manqué de dire que « la culture indienne a marqué la Martinique de son empreinte » . Et de poursuivre : « Albert Allemele continue à jamais d’exister, de traverser le pays et nos esprits. Dès que le centre culturel du Grand Nord de Gradis fonctionnera, nous y exposeront les diverses pièces du « Naret » (ensemble de coiffes, de costumes traditionnels du sud de l’Inde), confectionné et transmis en héritage par Albert Allemele » , a conclu Marie-Thérèse Léotin. L’inauguration s’est poursuivie par une cérémonie hindoue au son du tapou, constituée de prières et d’offrandes végétales.
Les festivités ont pris fin à l’hôtel de ville où des danseurs indiens ont évolué sur le parvis. C’est ensuite un documentaire retraçant la vie d’Albert Allemele qui a été montré aux personnalités.
>La maire de Basse-Pointe, Marie-Thérèse Casimirius, coupe symboliquement le ruban tricolore barrant la rue du Stade, appelée désormais rue Albert-Allemele.
Une mémoire vivante
Dès l’âge de 8 ans, Albert Allemele (en médaillon) travaille avec son père à l’habitation Pécoul à Saint-Pierre, s’occupant des animaux, besogne qu’il réitérera à Basse-Pointe dans une autre habitation. Mais à côté de ce travail dédié au soin des animaux et des cultures agricoles, Albert Allemele a su transmettre et véhiculer la culture indienne tamoule de ses lointains aïeux à plusieurs générations d’Indiens installés dans les diverses îles caribéennes et surtout en Martinique. Papa de six enfants, cinq filles et un garçon, Albert Allemele a perpétué la culture indienne auprès des siens. L’une de ses filles, Maryse, disait lors de la cérémonie que son papa était à lui seul une encyclopédie, en raison de ses connaissances extraordinaires sur l’indianité et la place qu’elle détient dans les communes du Grand Nord, comme Basse-Pointe.

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